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Full text of "Comptes rendus des séances"

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ACADEMIE 


DES 


INSCRIPTIONS    &    BELLES-LETTRES 

ANNÉE    1916 


MAÇON,    PKOTAT    FHERE5,    IMPRIMEIII-. 


J     J    , 


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ACADEMIE 


DES 


INSCRIPTIONS   &    BELLES-LETTRES 


COMPTKS    REND!  S 


DES 


SEANCES      DE      L'ANNEE 


1916 


PARIS 
AUGUSTE    PICARD,    ÉDITEI  R 

LIBRAlRr     DES    U«<  HIVBS   NATIONALES    ET  DE    LA   SOCIETE  M     i    UES   <   HAKT1  S 

S  "2.     RUE    BONAPARTE,    8 '2 


M    1)  CCCC    XVI 


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COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE    DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE  DE   M.  MAURICE  CROISE! 
SÉANCE    DU   7   JANVIER 


PRESIDENCE    DE    MM.   EDOUARD    CHAVANNES    ET    MAURICE    CROISET. 

M.  Edouard  Chavannes,  président  sortant,  avant  de  quitter  le 
bureau,  prononce  l'allocution  suivante  : 

«  Mes  chers  Confrères, 

«  Maintenant  que  prennent  fin  pour  moi  les  fonctions  que 
chacun  de  nous  doit  exercer  à  tour  de  rôle,  je  vous  exprime, 
avec  toute  ma  gratitude  pour  la  bienveillance  que  vous  n'avez 
cessé  de  me  témoigner,  le  vœu  que  mon  successeur  ait  à  saluer 
de  votre  part  le  triomphe  de  nos  armées. 

«  Dans  la  douloureuse  année  qui  vient  de  s'écouler,  j'aurais 
voulu  pouvoir  mieux  traduire,  au  nom  de  l'Académie,  notre 
admiration  et  notre  immense  amour  pour  ceux  qui  ont  été  tués 
à  l'ennemi.  Mais  quels  mots  seront  jamais  assez  simples  et  assez 
forts  pour  correspondre  aux  sentiments  que  nous  éprouvons? 
Comment  n'y  aurait-il  pas  une  sorte  de  profanation  à  prétendre 
proportionner  des   paroles  à  l'acte  sublime  du  sacrifice  de  soi? 

«  Peut-être  seraient-ce  les  poètes  anciens  que  nous  tolérerions 
le  mieux  en  ces  tragiques  moments  où  nous  sommes  brusque- 
ment ramenés  à  toute  l'intensité  des  émotions  primitives  : 

Et  dulces  moriens  reminiscitur  Argos, 
1916.  I 


2  SÉANCE    DU    7    JANVIER     1916 

a  dit  Virgile,  rendant  impérissable  dans  la  mémoire  des  hommes 
le  guerrier  mourant  qui  se  souvient  des  doux  lieux  où  il  a  vu  le 
jour.  Aujourd'hui  de  même,  devant  les  yeux  du  soldat  tombé, 
apparaît  comme  en  rêve  la  chambre  familiale  où  sont  rassem- 
blés à  cette  heure  les  visages  de  ceux  qu'il  aima;  à  ses  oreilles 
murmure,  toujours  plus  faible,  le  gazouillis  dans  un  berceau  de 
l'enfant  qui  fut  le  sien,  et  tinte,  de  plus  en  plus  lointaine,  la 
cloche  près  du  cimetière  où  il  n'ira  point  dormir  avec  ses 
pères.  C'est  un  Français  qui  meurt  pour  son  pays. 

«  Les  autres,  cependant,  sont  restés  à,  leur  poste  dans  la  tran- 
chée que  la  boue  envahit  ;  sous  la  bourguignote  dont  leur  tête 
est  casquée,  nul  émoi  n'a  fait  tressaillir  leurs  traits  durcis  par 
les  longues  souffrances  ;  une  seule  volonté  les  inspire  :  tenir 
quand  même,  tenir  encore  ;  ils  sont  l'âme  de  la  terre  natale 
résolue  à  repousser  l'envahisseur. 

»  Lorsque  reviendront  parmi  nous  ces  braves,  notre  orgueil 
et  notre  espérance,  ils  nous  apporteront,  avec  la  victoire,  un 
renouveau  de  la  vigueur  nationale.  Ils  seront  hardis  et  fiers;  ils 
n'auront  peur  ni  des  responsabilités,  ni  de  la  conduite  franche; 
ayant  compris  à  rude  école  que  la  vie  n'a  de  valeur  que  si  elle 
se  propose  des  fins  supérieures  h  elle-même,  ils  ne  craindront 
point  l'ell'ort  ni  la  peine  ;  ils  seront  vraiment  l'incarnation  de 
notre  patrie  telle  qu'elle  fut  aux  plus  belles  époques  de  son  his- 
toire, telle  qu'elle  restera  dans  l'avenir. 

«  Pour  nous,  voyant  ce  qu'ils  accomplissent  pendant  cette 
guerre,  nous  reconnaissons  en  eux,  par  instants,  une  des  mani- 
festations du  jeune  Dieu,  adoré  sous  des  symboles  divers,  qui  se 
lève  lentement  au-dessus  du  monde  comme  s'il  se  réalisait  peu 
à  peu  par  les  vertus  surhumaines  des  héros.  » 

M.  Maurice  Croiset,  président  pour  l'année  1916,  prend 
ensuite  la  parole  en  ces  termes  : 

«  Mes  chers  Confrères, 

a  En  présence  des  événements  si  graves  qui  s'accomplissent, 
quand  nous  nous  sentons  mêlés  à  un  des  plus  grands  drames  de 
l'histoire,  quand  nous  sommes  tout  entiers,  par  la  pensée  et  par  le 
cœur,  là  où  se  joue  l'avenir  de  notre  pays,  il  me  semble  que  les 


SÉANCE    DU    7    JANVIER    1916  3 

paroles  les  moins  apprêtées  sont  celles  qui  s'accordent  le  mieux 
avec  nos  sentiments  à  tous. 

«  Laissez-moi  donc  vous  remercier  très  simplement,  au  nom 
du  bureau  élu  pour  1916,  de  l'honneur  que  vous  nous  avez  fait 
en  sanctionnant  par  vos  suffrages  ce  que  Tordre  d'ancienneté 
suggérait  sans  l'imposer.  Et  puisque  j'ai,  pour  la  première  fois, 
le  droit  de  parler  en  votre  nom,  permettez-moi  aussi  de  dire  à 
M.  Ghavannes  quel  souvenir  nous  garderons  tous  de  sa  prési- 
dence. Aucun  de  nous  n'a  oublié  les  paroles  si  touchantes  et  si 
fièrement  patriotiques  qu'il  prononçait  ici  même,  il  y  a  un  an. 
Et,  depuis  lors,  chacune  de  nos  séances  ne  nous  a-t-elle  pas 
donné  l'occasion  de  rendre  intérieurement  hommage  à  son  tact, 
à  sa  discrète  et  toujours  délicate  fermeté,  à  l'élégant  à-propos 
de  ses  observations  et,  pour  tout  dire,  à  cette  haute  valeur 
morale  et  à  cette  distinction  d'esprit  qui  se  laissaient  sentir  dans 
tout  ce  qu'il  disait?  J'aurais  eu  grand  besoin,  avant  de  lui  suc- 
céder, de  pouvoir  prolonger  auprès  de  lui  mon  apprentissage. 
Je  compte  du  moins,  pour  suppléer  le  plus  possible  à  ce  qui  me 
manquera,  sur  le  concours  de  notre  nouveau  vice-président, 
M.  Thomas,  dont  l'autorité  scientifique  et  le  ferme  jugement 
sont  si  appréciés  parmi  nous,  et  sur  les  précieux  conseils  de 
notre  éminent  Secrétaire  perpétuel,  en  m'estimant  heureux  de 
pouvoir  faire  appel  auprès  de  lui  à  une  fidèle  amitié,  qui  a  com- 
mencé, il  y  a  plus  d'un  demi-siècle,  sur  les  bancs  du  lycée. 

«  Jamais  d'ailleurs  le  terme  de  confraternité,  qui  définit  si 
bien  nos  relations  mutuelles,  n'a  eu  un  sens  plus  fort  qu'en  ces 
jours  d'épreuves  communes  et  d'unanime  volonté.  Tandis  que 
le  pays  tout  entier,  en  face  de  l'invasion  barbare,  réalisait,  d'un 
mouvement  de  cœur  spontané,  l'union  sacrée,  nous  avons  senti 
que  cette  union  devait  se  traduire  ici  en  une  collaboration  sacrée. 
Oui,  collaboration  pieuse  et  ardente  pour  la  gloire  de  la  France, 
pour  qu'à  la  victoire  sanglante  des  armes,  elle  ajoute  les  vic- 
toires pacifiques  de  la  science  et  de  la  pensée,  pour  qu'elle 
recueille  et  rassemble  en  une  auréole  de  plus  en  plus  resplen- 
dissante tous  les  rayons  de  beauté  et  d'humanité  émanés  depuis 
trente  siècles  du  foyer  de  l'antiquité.  Où  donc  a-t-on  plus  de 
raisons  de  l'admirer  et  de  l'aimer  qu'en  cette  Académie,  où  par 
l'étude  et  la  comparaison  des  civilisations  de  tous  les  peuples  et 


4  SÉANCE    DU    7    JANVIER    1  9  I  () 

de  tous  les  âges,  nous  nous  rendons  compte  si  clairement  du 
rôle  qu'elle  a  joué  dans  le  monde  comme  héritière  et  comme  ini- 
tiatrice? 

«  Ce  rôle,  nous  voulons  tous  qu'elle  continue  à  le  jouer  dans 
l'Europe  pacifiée,  quand  sera  venu  le  jour  de  la  justice;  et  nous 
n'avons  rien  plus  à  c<cur  que  d'y  contribuer  chacun  pour  quelque 
part,  si  modeste  qu'elle  soit.  Tâche  facile,  puisqu'il  sutlit  d'y 
travailler  en  honnêtes  gens.  Car  elle  ne  nous  demande  pas  de 
mettre  à  son  service  le  mensonge  ni  la  jactance  insolente,  elle 
ne  cherche  pas  à  se  faire  valoir  par  la  présomption  et  par  le 
sophisme.  Exempte  d'envie,  elle  met  au-dessus  de  tout  la  justice, 
elle  la  revendique  pour  les  autres  comme  pour  elle-même. 

«  Servons-la  donc  comme  elle  veut  être  servie,  en  nous  atta- 
chant, chacun  dans  notre  domaine,  à  lui  apporter  une  active  con- 
tribution de  travail  et  de  vérité.  Demain,  sans  doute,  la  concur- 
rence pacifique  des  influences  intellectuelles  reprendra  dans  le 
monde  son  cours  normal.  11  est  certain  que  les  conditions  en 
seront  changées  en  notre  faveur;  et  si  nous  pouvons  quelque 
chose  pour  que  le  rayonnement  de  notre  pays  soit  accru,  nous 
n'avons  pas  le  droit  de  le  négliger.  Que  cette  pensée,  mes  chers 
confrères,  illumine  pour  nous  l'année  qui  commence,  celle  qui 
sera,  nous  l'espérons,  après  l'année  douloureuse  des  sacrifices, 
l'année  radieuse  de  la  victoire  !  » 

Le  Secrétaire  perpétuel  fait  connaître,  ainsi  qu'il  suit,  la 
situation  des  concours  de  l'Académie  pour  l'année  1916  : 

Prix  ordinaire  du  budget  (Étudier  la  fabrication  et  le  com- 
merce des  draps  dans  une  région  de  la  France  au  moyen  âge). 
—  Pas  de  mémoire. 

Antiquités  de  la  France  :  5  ouvrages  ; 

Prix  Duchalais  (numismatique  du  moyen  âge)  :  1  concurrent; 

Prix  Gobert  :  3  concurrents; 

Prix  Bordin  (Orient)  :  4  concurrents  ; 

Prix  Fould  :  2  concurrents  ; 

Prix  Stanislas  Julien  :  2  concurrents; 


SÉANCE    DU    7    JANVIER    1916  5 

Prix  Delalande-Guérineau  (moyen  âge  ou  Renaissance)  : 
2  concurrents  ; 

Prix  de  La  Grange  :  pas  de  concurrents  ; 

Prix  du  duc  de  Loubat  (histoire,  géographie,  etc.  du  Nou- 
veau Monde)  :  pas  de  concurrents  ; 

Prix  Saintour  (antiquité  classique)  :  5  concurrents  ; 

Prix  Auguste  Prost  (au  meilleur  ouvrage  sur  Metz  et  les 
pays  voisins)  :  3  concurrents  ; 

Prix  Henri  Lantoine  (pour  un  travail  sur  Virgile)  :  pas  de 
concurrents. 

Au  nom  de  la  commission  du  prix  Gobert,  M.  Fourmer 
donne  lecture  de  la  liste  des  ouvrages  adressés  au  concours. 

L'Académie  procède  ensuite  à  la  nomination  des  Commissions 
des  prix  suivants  : 

Prix  ordinaire  du  budget,  dont  le  sujet  mis  au  concours  était  : 
Etudier  la  fabrication  et  le  commerce  des  draps  dans  une 
région  de  la  France  au  moyen  âge  :  MM.  Paul  Meyer,  Omont, 
Maurice  Prou,  Fournier; 

Prix  Duchalais  (numismatique  du  moyen  âge)  :  MM.  de 
Vogué,  Schlumberger,  Héron  de  Villefosse,  Babelon  ; 

Prix  Bordin  (études  orientales)  :  MM.  Senart,  Glermont-Gan- 
neau,  Barth,  le  P.  Scheil  ; 

Prix  Fould  :  MM.  de  Lasteyrie,  Collignon,  Durrieu,  Diehl; 

Prix  Delalande-Guérineau  :  MM.  Elie  Berger,  Durrieu,  Mau- 
rice Prou,  Morel-Fatio. 

Prix  Stanislas  Julien  :  MM.  Senart,  Barth,  Chavannes,  Cor- 
dier  ; 

Prix  de  La  Grange  :  MM.  Paul  Meyer,  Picot,  Omont,  Morel- 
Fatio  ; 

Prix  du  duc  de  Loubat  (histoire  et  géographie  du  Nouveau 
Monde)  :  MM.  Senart,  Barth,  Léger,  Cordier; 


6  SÉANCE   DU    7    JANVIER    1  91 G 

Prix    Saintour    (antiquité    classique)    :    MM.   Alfred    Croiset, 
Cagnat,  Bouçhé-Leclercq,  Ilaussoullier  ; 

Prix  Auguste  Prost  :  MM.  Collignon,   Omont,   Élie  Berger, 
le  P.  Scheil; 

Prix  Henri  Lantoini:  :  MM.  Havet,  Gagnât,  Châtelain,  Mon- 
ceaux. 

L'Académie  procède  ensuite  à  l'élection  d'un  membre  de  la 
Commission  du  prix  Yolney. 

M.  Maspero  est  élu  à  l'unanimité. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  de  son  Rapport  sur 
les  travaux  des  Commissions  de  publication  de  l'Académie  pen- 
dant le  second  semestre  de  1915  l. 


APPENDICE 


Rapport  du  secrétaire  perpétuel  sur  les  travaux  des  commis- 
sions DE  PUBLICATION  DE  L,' ACADEMIE  PENDANT  LE  SECOND  SEMESTRE 
DE     1915;     LU    DANS    LA    SÉANCE    DU    7    JANVIER     1916. 

Messieurs  et  chers  Confrères, 

L'Académie  a  livré  au  public  depuis  le  mois  de  juillet  1915  un 
nombre  convenable  de  volumes  et  de  fascicules  appartenant  à 
ses  publications  diverses.  C'est  ainsi  que  les  tirages  à  part  sui- 
vants ont  paru  : 

M.  R.  Cagnat,  Vannone  d'Afrique  (t.  XL  de  nos  Mémoires); 

M.  E.  Cuq,  Une  statistique  des  locaux  affectés  à  l'habitation 
dans  la  Home  impériale  (t.  XL  de  nos  Mémoires). 

Nous  avons  de  plus  envoyé  à  l'Imprimerie  Nationale,  pour 
être  imprimée  dans  nos  Mémoires,  une  étude  de  M.  Omont  inti- 

1.  Voir  ci-après. 


RAPPORT  DU  SECRETAIRE  PERPETUEL  7 

tulée  :  Minoïde  Mynas  et  ses  missions  en   Orient  en   1 840  et 
1845. 

Un  mémoire  de  M.  Lângfors,  -Sur  le  manuscrit  n°  12483  de 
la  Bibliothèque  nationale,  est  de  même  parti  pour  l'impression 
au  tome  XXXIX  des  Notices  et  Extraits  des  manuscrits. 

Le  tome  XXXIV  de  V Histoire  littéraire  de  la  France  a  été 
mis  en  distribution  dans  le  cours  du  mois  de  novembre  dernier, 
mais  notre  confrère,  M.  Noël  Valois,  qui  avait  si  largement  con- 
tribué à  l'établir,  est  mort  le  9  novembre,  et  l'ouvrage  a  été 
déposé  sur  le  bureau  le  jour  même  où  notre  Président  nous 
annonçait  la  perte  de  notre  confrère.  Il  a  fallu  le  remplacer 
immédiatement  près  de  la  Commission  :  notre  confrère  M.  Four- 
nier  est  entré  dans  celle-ci  le  10  décembre.  L'impression  du 
tome  XXXV  est  commencée;  il  débute  par  un  long  et  important 
mémoire  de  M.  Paul  Viollet  sur  Guillaume  Durant  le  jeune, 
évêque  de  Mende.  Soixante  et  onze  placards  en  sont  composés 
et  ont  été  déjà  révisés  en  partie. 

La  publication  des  Chartes  et  Diplômes,  ralentie  par  la 
guerre,  a  progressé  néanmoins  sous  la  direction  de  MM.  Prou  et 
Flie  Berger.  Là  encore,  la  mort  de  M.  Valois  avait  creusé  un 
vide  dans  la  Commission  qui  préside  aux  travaux  :  l'Académie 
l'a  comblé  en  élisant  M.  Thomas,  dans  cette  même  séance  du 
10  décembre  où  M.  Fournier  fut  désigné  pour  être  de  V Histoire 
littéraire. 

Les  diplômes  des  rois  carolingiens,  publiés  par  les  soins  de 
M.  Prou,  se  sont  enrichis,  au  mois  d'octobre  dernier,  de  l'ou- 
vrage de  M.  Lauer  :  Recueil  des  actes  de  Louis  IV,  roi  de 
France;  le  volume  a  été  mis  en  distribution  récemment,  mais 
le  travail  de  préparation  des  autres  volumes  a  été  arrêté  par  les 
circonstances,  nos  collaborateurs  ayant  été  mobilisés. 

Par  contre,  les  recueils  dont  la  commission  des  Chartes  et 
Diplômes  confia  la  direction  à  M.  Élie  Berger  ont  pu  être  pous- 
sés avec  activité  pour  la  plupart.  C'est  ainsi  que  M.  François 
Delaborde  a  continué  l'impression  du  Recueil  des  actes  de  Phi- 
lippe Auguste,  tome  Ier,  qui  comprend  actuellement  71  feuilles 
tirées.  Il  achève  une  Introduction  sur  les  registres  de  ce  prince 
qui  sera   placée  en  tête  de  la  collection;  il   aura  certainement 


8  RAPPORT    DU     SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL 

terminé  le  tout  dans  les  premiers  jours  de  janvier,  à  moins  de 
retards  que  rien  n'autorise  à  prévoir,  et,  comme  les  textes  qui 
doivent  entrer  dans  le  tome  II  et  dans  les  suivants  sont  dès 
maintenant  dressés,  classés,  annotés,  nous  avons  tout  lieu  de 
croire  que  l'œuvre  poursuivra  son  cours  normalement.  M.  Dela- 
borde  ne  s'est  pas  laissé  arrêter  par  les  deuils  et  par  les  inquié- 
tudes qui  ne  l'ont  pas  épargné  un  instant  depuis  le  milieu  de 
l'an  passé.  Après  avoir  perdu  dans  les  Vosges  les  deux  aînés 
de  ses  tils,  l'un  lieutenant,  l'autre  capitaine  de  chasseurs  alpins, 
il  tremble  encore  pour  la  vie  du  troisième  qui  est  sous  les  dra- 
peaux, en  première  ligne  :  en  face  de  cette  grande  douleur, 
l'Académie  n'ose  pas  s'enorgueillir  comme  il  conviendrait  du 
bel  exemple  de  courage  stoïque  que  son  collaborateur  donne  à 
tous . 

Vous  vous  rappelez  que  M.  Élie  Berger  avait  été  chargé  du 
soin  de  mettre  en  état  définitif  un  Recueil  des  actes  de  Henri  II, 
roi  d'Angleterre  et  duc  de  Normandie,  dont  M.  Delisle  n'avait 
avant  sa  mort  rédigé  que  l'Introduction.  C'est  un  volume  de 
six  cents  pages  et  plus  que  M.  Berger  nous  livre  aujourd'hui, 
avec  une  courte  préface  et  quatre  cent  cinquante-trois  articles, 
couvrant  une  période  de  onze  années,  depuis  1159  jusqu'à  1172- 
1 173.  Le  deuxième  volume  contiendra  trois  cent  quatorze  pièces, 
nos  CCCCLIV-DCCLXVIII,  datées  des  années  1172-1173  à 
1189;  il  se  terminera  par  un  Index  pour  la  confection  duquel 
le  relevé  sur  fiches  est  déjà  en  bonne  voie. 

Le  Recueil  des  actes  de  saint  Louis  {1 226-1 27 0)  a  marché 
plus  rapidement  pendant  ce  second  semestre  de  1915,  car 
M.  Daumet  qui  le  forme  avec  M.  Stein,  après  avoir  rempli  pen- 
dant quelques  mois  ses  obligations  militaires,  a  été  renvoyé  dans 
ses  foyers,  et,  à  peine  libéré,  il  a  repris  ses  recherches,  princi- 
palement à  la  Bibliothèque  nationale.  Il  y  a  dépouillé  les  recueils 
de  copies  manuscrites  :  celui  de  la  Collection  Doat  qui  intéresse 
surtout  nos  provinces  méridionales,  les  cinquante-neuf  volumes 
de  la  Collection  Moreau  correspondant  à  1226-1270,  les  Cartu- 
laires  des  abbayes  de  Barbeau  et  du  Lys.  puis  les  recueils  impri- 
més, la  Gallia  Christiana,  ÏAmplissima  Collectio  de  Dom  Mar- 
tène,  le  Spicilegium    de  Dom  Luc  d'Achery,  les   Ordonnances 


RAPPORT  DU  SECRÉTAIRE  PERPÉTUEL  9 

des  rois  de  France,  le  Cartulaire  normand  de  L.  Delisle  :  le 
total  des  pièces  ainsi  recueillies  et  analysées  s'élève  présentement 
à  plus  de  douze  cents. 

La  part  de  M.  Stein  dans  L'œuvre  commune  est  moins  considé- 
rable :  elle  ne  compte  en  ce  moment  que  trois  cent  vingt-cinq 
numéros  provenant  pour  la  plupart  des  Archives  Nationales 
(série  S),  de  cartulaires  manuscrits  conservés  à  la  Bibliothèque 
nationale,  et  de  cartulaires  imprimés.  Il  parcourt  en  outre,  de 
concert  avec  M,  Daumet,  les  inventaires  imprimés  des  Archives 
départementales,  Seine-et-Oise,  Oise,  Loiret,  Yonne,  Aube,  Indre 
et  ainsi  de  suite,  pour  y  relever  l'indication  des  actes  de  saint 
Louis  qu'il  y  aura  lieu  d'en  tirer,  lorsque  le  moment  sera  venu. 

M.  Prou  presse  de  son  mieux  l'impression  des  volumes  con- 
sacrés aux  Pouillés;  mais  comme  deux  de  ses  collaborateurs 
sont  encore  à  l'armée,  elle  ne  progresse  pas  aussi  rapidement 
sur  tous  les  points.  Le  cinquième  volume,  dans  lequel  sont  com- 
pris les  Pouillés  de  la  Province  de  Trêves,  peut  être  considéré 
comme  entièrement  terminé,  car  il  ne  reste  plus  à  y  donner 
qu'un  bon  à  tirer,  celui  de  la  dernière  feuille  de  Y  Introduction  ; 
M.  l'abbé  Carrière,  qui  l'a  mis  sur  pied,  a  pu  corriger  ses 
épreuves,  bien  qu'il  soit  retenu  encore  au  loin  par  les  exigences 
du  service  militaire. 

M.  Etienne  Clouzot  a  reçu  en  novembre  les  trente  premiers 
placards  du  tome  VIIIe  où  seront  les  documents  relatifs  aux  pro- 
vinces d'Aix,  d'Arles  et  d'Embrun.  L'impression  du  volume  qui 
renfermera  les  Pouillés  de  la  province  de  Bourges  reste  en  l'air 
pour  l'instant  :  M.  Robert  Latouche  est  au  feu. 

M,  Omont  n'a  que  de  bonnes  nouvelles  à  nous  donner  de  la 
collection  des  Ohituaires  :  le  tome  IV,  province  de  Sens,  dio- 
cèse de  Troyes,  est  achevé  entièrement.  Les  feuilles  41-55  ont 
été  revues  une  dernière  fois  par  M.  Boutillier  du  Retail,  et  sont 
en  hon  h  tirer;  les  placards  192-228  nous  sont  arrivés  en  seconde 
épreuve,  et  vont  être  mis  en  pages  après  correction.  La  table 
générale  du  volume  sera  considérable  ;  la  rédaction  en  est  com- 
mencée et  M.  Boutillier  du  Retail  nous  a  promis  d'y  employer, 
dans  le  courant  du  prochain  semestre,  tout  ce  que  ses  fonctions 
d'archiviste  de  l'Aube  lui  laisseront  de  temps. 


10  RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL 

Le  Corpus  inscriptionum  semiticarum  a  progressé  clans  la 
mesure  du  possible.  En  ce  qui  concerne  la  partie  phénicienne , 
M.  l'abbé  Chabot  n'a  pas  réussi  à  terminer  le  classement  des 
matériaux  accumulés  dans  le  cabinet  de  rédaction,  bien  qu'il  ait 
employé  à  ce  labeur  pénible  et  fastidieux  la  majeure  partie  de 
l'été,  aidé  de  temps  à  autre  par  M.  Guérinot.  Le  comité  a  vu 
lors  de  sa  dernière  réunion  que  l'ordre  matériel  commençait  à 
régner  sensiblement,  et  il  en  a  témoigné  sa  satisfaction  à 
M.  l'abbé  Chabot;  toutefois  il  a  eu  le  regret  de  constater  une 
fois  de  plus  que  les  deux  chambrettes  où  son  œuvre  se  poursuit 
sont  en  vérité  trop  étroites  :  il  lui  faudrait  une  pièce  plus  large, 
où  les  rédacteurs  ou  les  auxiliaires  du  Corpus  inscriptionum 
pussent  étaler  sans  gêne  les  estampages  de  grandes  dimensions 
qu'ils  reçoivent  et  les  manier  à  leur  aise  sans  crainte  de  les 
endommager.  On  a  pu  néanmoins  opérer  le  triage  des  docu- 
ments et  mettre  de  côté  tout  ce  qu'il  y  avait  d'inédit  en  phéni- 
cien :  la  copie  de  125  inscriptions  de  Carthage  a  été  livrée  à 
l'Imprimerie  Nationale  pendant  la  dernière  semaine  de  décembre. 
M.  Guérinot  s'occupe  spécialement  des  Indices  qui  doivent 
prendre  place  à  la  fin  du  troisième  volume.  M.  l'abbé  Chabot  a 
corrigé  de  son  mieux  les  épreuves  du  recueii  des  inscriptions 
palmyréniennes  dans  la  section  araméenne  :  ce  travail  ne  pourra 
pas  être  fini  sans  le  secours  des  estampages  rapportés  par  le 
P.  Jaussen  de  sa  mission  à  Palmyre  et  qui  sont  restés  à  Jéru- 
salem. Enfin  la  copie  confiée  à  l'Imprimerie  Nationale  au  com- 
mencement de  l'année  pour  le  Répertoire  d'Epigraphie  sémi- 
tique y  est  demeurée  neuf  mois  en  souffrance,  et  c'est  assez 
récemment  que  trente-trois  placards  in-folio  viennent  de  nous 
être  servis;  toutefois  ces  épreuves,  exécutées  par  de  jeunes 
apprentis  en  l'absence  des  ouvriers  mobilisés,  laissent  beaucoup 
à  désirer,  et  la  tâche  de  les  corriger  est  souvent  pénible. 

La  section  himyarite  en  est  au  même  point  que  l'an  dernier, 
faute  d'ouvriers  à  l'Imprimerie  Nationale  :  les  directeurs,  le 
P.  Scheil  et  ses  auxiliaires,  continuent  à  préparer  activement 
la  suite,  et  lorsque  l'Imprimerie  sera  en  état  de  reprendre  le 
travail,  la  publication  pourra  marcher  rapidement.  La  mise  en 
train  de  la  partie  arabe,  dont  il  a  été  décidé  que  le  texte  expli- 
catif serait  écrit  en  français,  est  arrêtée  par  l'absence  de  l'auxi- 


RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL  11 

liaire,  M.  Gaston  Wiet,  qui  est  présentement  à  Salonique  en 
qualité  de  lieutenant  au  327e  régiment  d'infanterie.  La  première 
livraison  est  presque  entièrement  prête  pour  la  presse,  texte  et 
planches  :  la  guerre  une  fois  terminée  heureusement,  l'impres- 
sion ira  bon  train,  à  moins  que  les  ouvriers  capables  de  bien 
composer  l'arabe  ne  viennent  à  manquer.  Pour  la  partie 
hébraïque,  il  n'y  a  rien  de  nouveau. 

Les  ouvrages  qui  se  publient  chez  l'éditeur  Leroux  sous  le 
patronage  ou  simplement  avec  le  concours  de  l'Académie  ont 
été  poussés  raisonnablement  pendant  ce  second  semestre  de 
1915. 

Pour  les  Monuments  et  Mémoires  de  la  fondation  Piot,  il 
nous  reste  à  compléter  le  volume  XX,  dont  un  premier  fasci- 
cule, le  numéro  37  de  la  collection,  avait  déjà  paru  en  1913.  Le 
trente-huitième  fascicule  doit  contenir  la  Table  et  les  Index  des 
vingt  premiers  volumes  établis,  comme  on  sait,  par  M.  Léon 
Dorez.  La  composition  du  texte  en  est  terminée  depuis  quelque 
temps  et  le  fascicule  entier  en  avait  été  mis  en  pages,  mais  l'état 
de  santé  de  l'auteur  avait  arrêté  la  correction  du  tout.  Elle  a 
été  reprise  ces  jours-ci,  une  dernière  épreuve  a  été  demandée  et 
nous  aurons  bientôt  le  bon  à  tirer  définitif. 

M.  Collignon  surveille  la  préparation  du  tome  XXII  et  de  son 
premier  fascicule.  Celui-ci  contiendra,  outre  une  notice  sur 
notre  regretté  Secrétaire  perpétuel  M.  Georges  Perrot,  signée 
par  MM.  de  Lasteyrie  et  Collignon,  des  articles  de  MM.  Pottier, 
Durrieu,  Georges  Bénédite,  Michon  ;  celui  que  M.  Durrieu  a 
bien  voulu  nous  confier  est  destiné  à  remplacer  un  article  de 
M.  Bréhier,  dont  nous  avons  le  manuscrit,  mais  dont  il  n'a  pas 
été  possible  de  faire  exécuter  l'illustration  pour  le  moment,  car 
les  documents  ne  sont  plus  à  Paris.  Les  articles  de  MM.  Durrieu 
et  Pottier  sont  prêts  pour  l'impression,  ceux  de  MM.  Michon 
et  Bénédite  nous  seront  prochainement  livrés  en  manuscrit  ; 
malgré  les  difficultés  que  l'absence  de  M.  Jamot,  secrétaire  de 
la  rédaction,  crée  pour  la  bonne  exécution  des  planches  et  poul- 
ies rapports  avec  l'imprimeur,  il  y  a  lieu  d'espérer  que  ce  fasci- 
cule paraîtra  en  1916. 


12  RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL 

La  seconde  partie  du  premier  volume  de  l'ouvrage  de  notre 
confrère  M.  Chavannes  :  Mission  archéologique  dans  la  Chine 
septentrionale,  la  sculpture  bouddhique,  a  vu  le  jour,  et  le  nombre 
d'exemplaires  prévu  par  notre  contrat  avec  M.  Leroux  nous  a 
été  consigné  en  octobre. 

Le  tome  II  de  l'ouvrage  de  M.  .Merlin,  les  Inventaires  des 
mosaïques  de  la  Gaule  et  de  V Afrique  (supplément!,  Afrique 
proconsulaîre  (Tunisie), avait  été  mis  en  distribution  à  la  fin  de 
juin  et  au  commencement  de  juillet  derniers  :  il  a  été  impossible 
de  publier  depuis  lors  un  nouveau  fascicule  de  planches,  la  pho- 
tographie des  pièces  qui  se  trouvent  actuellement  dans  les  musées 
de  la  France  et  de  l'Algérie  étant  fort  malaisée  à  faire  en  ce 
moment.  En  revanche,  l'impression  des  Inscriptiones  grxcae  ad 
res  romanas  pertinentes  pourra  recommencer  sans  retard.  Le 
manuscrit  du  prochain  fascicule  a  été  déposé  en  partie  chez 
l'imprimeur,  et  le  reste  est  prêt  en  totalité  à  lui  être  expédié 
dès  que  les  premières  épreuves  surviendront. 

L'ouvrage  de  M.  Babelon  contenant  la  Description  du  trésor 
de  Berthouville  près  Bernay  (Eure)  est  prêt  à  paraître  et  sera 
distribué  prochainement.  Par  malheur,  les  raisons  qui  ont  empê- 
ché jusqu'ici  M.  Babelon  et  M.  Théodore  Reinach  de  continuer 
la  publication  de  leur  Recueil  général  des  monnaies  grecques 
d'Asie  Mineure  subsistent  plus  fortes  que  jamais.  Il  est  pro- 
bable qu'elles  se  perpétueront,  telle  que  je  les  ai  exposées  dans 
mon  dernier  rapport,  quelque  temps  encore  après  la  tin  de  la 
guerre. 

Nos  Comptes  rendus  ont  subi  un  long  arrêt  sans  qu'il  y  ait  de 
la  faute,  ni  de  l'imprimeur,  ni  surtout  du  rédacteur.  Le  bon  à 
tirer  du  cahier  de  juillet-août  avait  été  donné  il  y  a  nombre  de 
semaines  ;  mais  après  les  premières  deux  feuilles,  le  tirage  fut 
suspendu  par  suite  de  la  perte  à  Mâcon  d'un  des  clichés  desti- 
nés à  figurer  dans  l'illustration  du  texte,  perte  qui  a  été  notifiée 
par  l'imprimeur  au  dernier  moment  et  seulement  sur  une  obser- 
vation de  M.  Dorez.  Cet  accident,  qu'on  s'occupe  à  réparer  en 
ce  moment,  a  eu  des  répercussions  sur  la  suite  du  volume.  Néan- 
moins, le  cahier  de  septembre-octobre  est  en  pages  et  le  bon  à 


Livrés  offerts'  i3 

tirer  m'en  pourra  être  proposé  dans  quelques  jours.  Le  cahier 
de  novembre  est  entièrement  composé  en  placards,  mais  le  gra- 
veur paraît  éprouver  de  sérieuses  difficultés  à  exécuter  le  por- 
trait qui  doit  accompagner  la  Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de 
M.  Georges  Perrot.  Quant  au  cahier  de  décembre,  le  manuscrit 
n'en  a  pas  été  livré  encore  aux  ouvriers. 

Tel  est  l'état  de  nos  publications  à  la  date  du  1er  janvier  1916  ; 
s'il  n'est  pas  aussi  satisfaisant  sur  certains  points  que  nous 
souhaiterions  qu'il  fût,  on  doit  convenir  qu'il  n'est  pas  mauvais, 
après  dix-sept  mois  d'une  guerre  qui  nous  a  enlevé  beaucoup  de 
nos  collaborateurs  dans  le  cabinet  d'études  et  dans  l'atelier 
typographique. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente,  de  la  part  des  auteurs,  les 
ouvrages  suivants  : 

M.  Emile  Espérandieu,  correspondant  de  l'Institut  :  le  tome  VI  de 
son  Recueil  général  des  bas-reliefs,  statues  et  bustes  de  la  Gaule 
romaine  (Paris,  1915,  in-4°). 

M.  Cl.  Huarl  :  Documents  de  VAsie  centrale  [Mission  Pelliot).  — 
Trois  actes  notariés  arabes  de  Yârkend  (Paris,  1915  ;  extr.  du  c<  Journal 
asiatique  »). 

Du  même  auteur  :  Le  Ghazel  heptaglotte  d Abou-Ishaq  Hallâdj 
(Paris,  1915,  in-8°;  extr.  du  «  Journal  asiatique  »). 

M.  Henri  Cordier  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer,  au  nom  de  l'auteur,  M.  G.  Desdevises 
du  Dezert,  professeur  à  l'Université  de  Clermont-Ferrand,  deux  inté- 
ressants mémoires  :  l'un,  extrait  de  la  Revue  Hispanique,  sur  l'In- 
quisition aux  Indes  espagnoles  à  la  fin  du  XVIIIe  siècle,  d'après  des 
documents  tirés  des  Archives  historiques  de  Madrid  et  des  Archives 
des  Indes  de  Séville  ;  l'autre,  tiré  du  Bulletin  de  la  Société  de  l'his- 
toire des  colonies  françaises,  est  relatif  à  La  Louisiane  à  la  fin  du 
XVIIIe  siècle,  c'est-à-dire  depuis  l'occupation  espagnole,  en  1762, 
jusqu'à  la  reprise  de  possession  par  la  France,  par  le  traité  de 
Saint-Ildephonse,  du    1er  octobre    1800,  confirmé    par    le    traité   de 


14  LIVRES    OFFERTS 

Madrid  du  21  mars  1801,  et  à  la  vente  aux  Étals-Unis  de  notre  colo- 
nie le  30  avril  1803  moyennant  60  millions  de  francs.  » 


SÉANCE  DU  14  JANVIER 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

La  correspondance  contient  une  lettre  de  M.  Merlin,  corres- 
pondant de  l'Académie  à  Tunis,  remerciant  l'Académie  de  lui 
avoir  accordé  un  subside  pour  l'aider  dans  ses  fouilles  de  Thu- 
burbo  Majus. 

M.  Héron  de  Villefosse  communique  à  l'Académie  une  lettre 
du  R.  P.  Delattre,  correspondant  à  Carthage,  annonçant  la 
découverte,  sur  le  Koudiat-Zâteur,  d'une  riche  sépulture  de 
1  époque  chrétienne  : 

«  Le  29  décembre  1915,  M.  l'abbé  Munier,  directeur  de  l'Ins- 
titution Perret,  en  faisant  exécuter  des  travaux  de  culture  sur  le 
Koudiat-Zâteur,  rencontrait  trois  grandes  pierres  portant  des 
inscriptions  chrétiennes. 

Sur  l'une,  haute  de  0  m  66  et  large  de  0  m  90,  on  lisait  : 

BONIFATIYS 
IN     P  AC  E 

Haut,  des  lettres,  0m  055.  La  pierre  porte  sur  la  droite  les 
traces  d'une  inscription  plus  ancienne,  presque  entièrement 
effacée,  dont  il  ne  reste  que  le  début  de  deux  lignes.  La  pre- 
mière commençait  par  les  lettres  :  POM  P 

Les  deux  autres  pierres,  hautes  chacune  de  0  m  63,  peuvent  se 
juxtaposer  et  forment  ensemble  une  longueur  de  1  m  75.  Elles 
présentent  l'épitaphe  suivante  : 

V  E  R  V  L  V  S  SIDONIENSIS 
IN  P  A  C  E 

Haut,  des  lettres  à  la  première  ligne,  0m  12;  à  la  seconde 
<)"'  10. 


SÉANCE    DU     14    JANVIER    491 6  15 

Avec  ces  trois  pierres  se  trouvait  un  bas-relief  de  marbre, 
partie  droite  de  la  face  d'un  sarcophage,  représentant  à  peu 
près  le  tiers  de  la  longueur.  On  y  voyait  quatre  personnages 
debout,  d'une  facture  singulière  révélant  une  assez  basse  époque. 
Le  personnage  qui  occupe  l'extrémité  du  sarcophage  porte 
d'une  main  un  instrument  et  de  l'autre  un  oiseau.  Celui  qui  suit 
porte  d'une  main  une  sorte  de  faucille  et  de  l'autre  des  épis 
liés  en  faisceau  ;  le  troisième  est  représenté  avec  un  lion  à  ses 
pieds,  et  le  quatrième  élève  en  l'air  une  corbeille  qu'un  cheval 
cherche  à  atteindre.  Dans  l'angle  inférieur  du  bas-relief  se  voit 
un  dauphin. 

Cette  sculpture,  déjà  intéressante  par  elle-même,  reposait  sur 
une  grande  dalle  de  marbre  bien  équarrie  et  mesurant  2  m  12  de 
longueur.  C'était  le  couvercle  d'un  sarcophage  de  marbre  :  lors- 
qu'on le  leva,  on  aperçut  un  squelette,  sans  doute  celui  d'une 
femme.  Le  corps  avait  été  déposé  dans  le  sarcophage  avec  une 
riche  parure  de  bijoux  d'or.  Au  cou  brillait  un  collier  parfaite- 
ment conservé,  rehaussé  de  distance  en  distance  d'émeraudes  et 
de  rubis  ;  au  milieu  se  voyait  un  magnifique  médaillon  dans 
lequel  étaient  enchâssées  des  pierres  rouges  que  je  crois  être 
des  rubis.  Ces  gemmes  formaient  une  croix  grecque  monogram- 
matique  pattée  sous  les  bras  de  laquelle  les  lettres  alpha  et 
oméga  étaient  incrustées  en  or.  Sur  les  épaules  apparaissaient 
deux  grandes  agrafes  ornées  de  cabochons. 

Près  du  cou,  on  recueillit  aussi  une  épingle  à  ressort,  genre 
épingle  anglaise  :  lorsque  l'ardillon  fut  sorti  de  son  alvéole,  il  se 
souleva  de  lui-même  de  plusieurs  millimètres;  l'or  avait  con- 
servé une  grande  partie  de  son  élasticité. 

Sur  le  bassin  était  placée  une  boucle  en  or  massif,  pesant 
environ  50  grammes. 

Toute  la  partie  supérieure  du  squelette  avait  été  couverte  de 
petites  appliques  en  or,  quelques-unes  portant  des  pierres  fines 
enchâssées.  La  plupart  de  ces  appliques  étaient  de  forme  carrée; 
d'autres  se  composaient  de  minuscules  tubes  qui  se  comptent 
par  milliers  et  qui  étaient  destinés  sans  doute  à  être  enfilés  et 
cousus  sur  le  vêtement. 

A  la  hauteur  des  mains,  on  trouva  une  petite  bague  sur 
laquelle  est  finement  gravée  une  colombe;  devant  elle  est  repré- 
sentée une  palme  et  au-dessus  une  étoile. 


îri 


SÉANCE   fit'     14    JANVIER    49l(j 


Une  âiitre  bague,  également  en  or,  mais  plus  grande  que  la 
précédente,  est  extérieurement  de  l'orme  octogonale.  Un  des  car- 
rés porte  une  couronne,  et  les  sept  autres  portent  chacun  une 
lettre  grecque. 


a 

X 

V\ 

B 

K 

A 

A 

0 

Les  deux  A  sont  accompagnés  de  petits  appendices  placés  sur 
les  montants  et  faisant  saillie  à  l'extérieur. 

Le  sarcophage  qui  renfermait  cette  riche  parure  en  or  avait 
sa  face  antérieure  ornée  de  strigiles  et  de  deux  génies  tenant 
une  torche  renversée.  On  m'a  affirmé  qu'il  ne  porte  aucune 
inscription. 

Le  Koudiat-Zâteur  avait  déjà  fourni  à  l'archéologie  plusieurs 
antiquités  chrétiennes,  surtout  des  inscriptions.  Mais  c'est  la 
première  fois  que  je  rencontre  à  Carthage  une  sépulture  chré- 
tienne renfermant  des  bijoux,  et  surtout  une  parure  aussi  riche. 
J'ai  tenu  à  signaler  immédiatement  ce  fait  à  l'Académie  des 
inscriptions.   » 

A  propos  de  cette  découverte,  M.  Héron  de  Villefosse  fait 
remarquer  que  le  Musée  du  Louvre  possède  des  ornements  de 
vêtements  en  or,  trouvés  à  Kertch  dans  un  tombeau  et  acquis 
en  1889,  qui  paraissent  présenter  une  grande  ressemblance  avec 
les  appliques  en  or  de  forme  carrée  et  les  petits  tubes  en  or  dont 
parle  le  P.  Delattre  '. 

MM.  Gagnât  et  Glermont-Ganneau  présentent  quelques  obser- 
vations. 

A  la  suite  d'un  comité  secret,  le  Président  annonce  que  l'Aca- 
démie vient  de  décider  l'ajournement  à  six  mois  des  élections 
aux  cinq  places  vacantes  parmi  les  membres. 

M.  Camille  Jullian  signale  une  théorie  pangermanique  qui 
s'est  introduite  dans  les  livres  de  l'érudition  allemande  depuis 
ces  dernières  années.  Jusqu'ici,  tous  les  historiens  étaient  d'ac- 

1.  Inventaire  MNC.  n.  1120.  Ces  ornements,  cousus  sur  du  drap  rouge, 
sont  exposés  dans  la  Salle  des  bijoux. 


SEANCE    DU    14    JANVIER    1916  17 

Corel  sur  ce  point,  que  l'empire  fondé  par  Postume  en  Gaule  en 
"258  (au  temps  de  l'anarchie  militaire!  avait  un  caractère  unique- 
ment romain  :  Postume  portait  des  noms  et  des  titres  latins,  sa 
politique  a  été  toute  romaine,  son  œuvre  a  consisté  surtout  à 
écarter  les  Germains  de  la  frontière.  L'érudition  allemande  a 
changé  tout  cela.  Elle  fait  de  Postume  un  empereur  à  la  façon 
germanique  (c'est  son  expression).  Elle  le  considère  comme 
un  héritier  d'Arioviste  ou  un  précurseur  d'Alaric.  Or  il  est 
impossible,  absolument  impossible,  de  trouver  un  seul  texte, 
une  seule  inscription,  une  seule  monnaie  en  faveur  de  cette 
hypothèse,  inventée  de  toutes  pièces  par  les  professeurs  des 
Universités  allemandes  à  l'appui  de  leur  pangermanisme  rétro- 
spectif. 

M.  Salomon  Reixacii  et  M.  Babelon  présentent  quelques 
observations. 

M.  J.-B.  Chabot  fait  une  communication  sur  les  inscrip- 
tions puniques  de  la  collection  Marchant,  conservée  en  partie 
au  Louvre,  en  partie  au  Musée  du  Bardo,  et  il  explique  le  texte 
des  stèles  encore  inédites  '. 

MM.  Gagnât  et  Clermont-Ganneau  présentent  quelques  obser- 
vations. 


COMMUNICATION' 


LES    INSCRIPTIONS     PUNIQUES    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT, 
PAR    M.    J.-B.    CHABOT. 

I 

Le  commandant  Marchant,  ancien  chef  d'escadron  au 
2°  spahis,  fixé  en  Tunisie  antérieurement  à  l'occupation 
française,  avait  réuni   chez   lui  une  assez   belle  collection 

l .  Voir  ci-après. 

1910 


IS  LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MAUGHAM 

d'antiquités  '.  En  1888,  il  offrit  cette  collection  au  Louvre; 
mais  le  comité  tunisien  de  l'Exposition  universelle  ayant 
exprimé  le  désir  de  voir  ces  objets  figurer  dans  son  pavil- 
lon, le  commandant  y  consentit,  et  la  collection  n'entra 
définitivement  dans  notre  grand  musée  qu'au  mois  de 
décembre  1891  2.  Elle  comprenait  220  objets  divers  et 
34  stèles  puniques3.  Ces  34  stèles  étaient  les  plus  belles 
parmi  celles  que  possédait  M.  Marchant.  Sa  collection  en 
comprenait,  en  effet,  S2  au  mois  de  mars  1887,  époque  à 
laquelle  elles  avaient  été  estampées  par  M.  Joseph  Letaille. 
Les  estampages  furent  adressés  à  M.  Renan,  qui  les  pré- 
senta à  l'Académie,  a  la  séance  du  17  juin  1887  4.  Après  la 
mort  du  commandant  (9  nov.  1901 1,  son  fils,  M.  Djilani 
Marchant,  fit  don  au  Musée  du  Bardo  de  seize  stèles  qui 
n'avaient  pas  été  expédiées  à  Paris  '. 

Voici  dans  quelles  circonstances  j'ai  été  amené  à  m'occu- 
per  particulièrement  de  cette  collection. 

Le  Musée  du  Louvre  possède  un  fort  bel  ensemble  de 
monuments  puniques,  qui  forment  deux  groupes  très  dis- 
tincts :  ceux  qui  proviennent  de  la  région  de  Constantine 
et  ceux  qui  proviennent  de  Carthage.  Le  premier  groupe, 
qui  comprend  environ  200  stèles,  est  constitué  par  les  col- 
lections Costa  et  Reboud  ;  la  majeure  partie  de  ces  monu- 
ments est  encore  inédite''  et  prendra  place  dans  le  second 

1.  Comp.  Gauckler,  Mouv.  Archives  des  Missions  scientifiques,  t.  XV, 
p.  523,  n.  1  :  et  Bulletin  arch.  du  Comité  des  Trav.  hist.,  année  J902,  p.  1 13. 

2.  J'exprime  ici  mes  remerciements  à  M.  Pottier  et  à  M.  Merlin  qui  unt 
bien  voulu  faire,  à  mon  intention,  des  recherches  dans  les  Archives  du 
Louvre  et  du  Bardo. 

3.  Voir  Héron  île  Villefosse,  (Comptes  rendus  de  VAcad.  des  inscript., 
1890,  p.  318. 

4.  Comptes  rendus,  1887,  p.  180  :  Gazette  archéologique,  1887  ;  Chronique, 
p.  30  (E.  M    . 

5.  Cf.  Gauckler,  Compte  rendu  de  la  marche  du  Service  des  Antiquités 
en  J902,  p.  27;  Bulletin  archéol.  du  Comité,  1902,  p.  143-4  44  ;  —  Ph.  Berger, 
ibid..  L903,  p.  ci.wxviii  et  suiv.  —  Catalogue  du  Musée  Alaoui,  Supplé- 
ment, n°'  1105-1118,  1134,  1135. 

6.  Une  série   de  34    stèles   de   la    collection  Costa  a  été  publiée  en  lac- 


LES"  INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT  19 

fascicule  à  venir  du  Corpus  Inscriptionum  Semiticarum. 
Le  second  groupe  comprend  environ  150  stèles  provenant 
principalement  des  acquisitions  faites  par  M.  Héron  de 
Villefosse,  pendant  sa  mission  en  Algérie,  en  1872,  aux- 
quelles sont  venues  s'ajouter  successivement  les  collections 
Sainte-Marie1,  Hérisson'2  et  Marchant. 

Dans  la  salle  du  Musée  où  les  monuments  sont  exposés, 
ils  ont  été  rangés  et  numérotés,  par  les  soins  de  M.  Ledrain, 
d'après  leur  aspect  extérieur  et  sans  tenir  compte  de  leur 
provenance  :  ce  qui,  en  somme,  n'est  pas  une  mauvaise 
chose  pour  une  exposition  publique.  Mais  M.  Ledrain  ayant 
négligé  de  noter  sur  les  inventaires  l'identité  et  l'origine 
de  chaque  monument,  il  en  est  résulté  par  la  suite  de 
fâcheuses  confusions.  C'est  ainsi  qu'il  a  induit  en  erreur 
M.  Ph.  Berger  en  lui  signalant3  comme  appartenant  à  la 
collection  Marchant  trois  monuments  qui  avaient  déjà  été 
publiés  une  première  fois  dans  le  Corpus  comme  faisant 
partie  d'autres  collections4.  En  vue  d'assurer  aux  Indices 
du  Corpus  toute  l'exactitude  désirable,  je  voulus  vérifier 
si  l'erreur  résidait  dans  la  première  attribution  faite  par  le 
Corpus  ou  dans  les  indications  fournies  par  M.  Ledrain. 
Ayant  réussi  à  reconstituer  au  complet  la  série  des  52  estam- 
pages pris  par  M.  Letaille,  je  constatai  avec  surprise  qu'elle 
renfermait  douze  inscriptions  encore   inédites  qui  devaient 

similé,  sans  interprétation,  par  V.  Reboud,  Quelques  mots  sur  les  stèles  néo- 
puniques  découvertes  par  Lazare  Costa  (Rec.  des  notices  et  mémoires  de  la 
Soc.  archéol.  de  Constantine,  t.  XVIII;  1877).  Cinq  stèles  ont  été  citées,  par 
anticipation,  dans  le  Corpus,  pars  I,  sous  le  n°  294.  Enfin  Ph.  Berger  en  a 
étudié  dix  autres  dans  son  mémoire  sur  Les  inscriptions  de  Constantine 
au  Musée  du  Louvre  Actes  du  XIe  Congrès  des  Orientalistes,  Paris,  1897; 
IVe  sect.,  p.  273-294). 

1.  Entrée  en  sept.  187 i.  —  27  pièces   y   compris    les   deux   inscriptions 
d'Altiburos. 

2.  Entrée   en   mars   1885.  Parmi  les   objets  figurent  au  moins  79  stèles 
puniques. 

3.  Cf.  C.  I.S.,l,  sub  n»  299-i. 

4.  Savoir  :  C.  /.  S.,  2999  (=  C.  1.  S.,  1996)  ;  3004  (=  1916  ;  3006  =  1947). 


20         lès  Inscriptions  de  La  collection  mahcIia.m 

apparemment  se  trouver  parmi  les  stèles  offertes  au  Louvre- 
(irâce  à  la  grande  obligeance  de  M.  Pottier,  j'ai  pu  travail- 
ler plusieurs  jours  au  Musée,  et  après  un  examen  minu- 
tieux de  toute  la  collection  punique,  j'ai,  en  effet,  retrouvé 
dix  des  stèles  en  question.  Je  suis-  même  parvenu,  à  l'aide 
des  collections  d'estampages  conservées  au  cabinet  du 
Corpus,  à  déterminer  la  provenance  de  chacune  des  stèles 
carthaginoises  exposées  au  Louvre  '. 

Avant  de  passer  à  l'explication  des  incriptions  inédites  de 
la  collection  Marchant,  j'ajouterai  un  mot  des  origines  de 
cette  collection.  Le  plus  grand  nombre  des  stèles  paraît  avoir 
été  acquis  directement  des  Arabes  qui  opèrent  des  fouilles 
clandestines  à  Carthage.  Quelques-unes  cependant  pro- 
viennent de  collections  antérieures.  On  trouve  parmi  celles 
qui  sont  aujourd  hui  au  Louvre  :  1°  Les  quatre  inscriptions 
qui  composaient  la  collection  de  M.  Tulin,  consul  de  Suède 
à  Tunis,  estampées  par  M.  Euting  et  par  M.  de  Sainte- 
Marie,  en  1874;  —  2°  deux  stèles  anépigraphes  qui  pro- 
viennent sûrement  de  la  collection  jadis  réunie  au  palais 
de  la  Manouba-;  —  3°  une  inscription  ayant  fait  partie  de 
la  collection  de  M.  Anglev,  en  son  vivant  vice-consul 
d'Italie  à  Tunis. 

Parmi  celles  qui  sont  au  Bardo  figurent  une  stèle 
provenant  des  fouilles  faites  à  Carthage,  en  1883,  par 
MM.  Babelon  et  Reinach,  et  deux  stèles  connues  de  l'abbé 
Bourgade  dès  18523. 

Le  tableau  suivant  résume  l'état  de  la  collection.  Les 
numéros  d'ordre  sont  ceux  que  M.  Letaille  a  inscrits,  en 
1887,  sur  ses  estampages. 

1.  A  l'exception  de  quatre  ou  cinq  stèles  anépigraphes  dont  nous  n'avons 
pas  d'estampages. 

2.  Elles  y  ont  été  estampées  en  1X7:2  par  M.  de  Villefosse,  et  copiées 
par  M.  S.  Reinach  en  1883. 

3.  J'ignore  si  elles  faisaient  partie  de  la  petite  collection  réunie  par 
Bourgade  et  vendue  après  sa  mort  1866),  ou  si  elles  étaient  entrées  à  la 
Manouba.  Dans  cette  dernière  hypothèse,  elles  n'y  étaient  plus  quand  la 
collection  fut  estampée  pai  M.  de  Villefosse. 


LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT 


21 


8. 

9. 
10. 
il. 

12. 

13. 
14. 

15. 

16. 

17. 

18. 
19. 


20. 
21. 

22. 

23. 
24. 


.  Inédit.  Louvre,  A.  O.  5092.  2b. 

.  Anépigraphe.  Louvre,  A.  O.  26. 

5083. 

Anépigraphe.  Louvre,  A.  O.  27. 

5102.  28. 

Anépigraphe.  Louvre,  A.  O. 

5163.  (Jadis  à  la  Manouba;  29. 
copié  par  S.  Reinach  !  n°  45 

en  1883.)  30. 
C  I.  S.,  3005.  Louvre,  A.  O. 

5180.  31. 

CI.  S.,  2998.  Louvre,  A.  O.  32. 

5169.  33. 

C  1.  S.,  2996.  Louvre,  A.  O.  34. 

5164.  35. 
Inédit.  Destination  inconnue.  36. 
CI.  S.,  2929.  Bardo,  1105. 
Inédit.  Louvre,  A.  O.  5096.  M. 
C  I.  S.,  561.  Louvre,  A.  O.  38. 

5165.  (Tulin  4.)  39. 
C.  I.  S.,  3002.  Louvre,  A.  O.  40. 

yl  /o. 

C.  I.  S.,  2937.  Bardo,  1106.  41. 

Anépigraphe.  Louvre,  A.  O.  42. 

5173.  43. 

C  I.  S.,  395.  Destination  in-  44. 

connue.  (Angley  14.)  45. 
Inédit.  Louvre,  A.  O.  5089. 

C   I.  S.,  2398.  Bardo,  1107.  46. 

(Reinach  et  Babelon  585.) 

Inédit.  Louvre,  A.  O.  5087.  47. 

Anépigraphe.  Louvre,  A.  O.  48. 

5172.    (Manouba  :   Reinach 

42.  49. 
Inédit.  Louvre,  A.  O.  5099. 

C  I.  .S.,  201.  Louvre,  A.  O.  50. 

5094.  (Tulin  1.)  51. 
C  I.  S.,  560.  Louvre,  A.  O. 

5161.  (Tulin  3. 

Inédit.  Louvre,  A.  O.  5079.  52. 
C  1.  S.,  559.   Louvre,  A.  O. 

5167.  (Tulin  2. 


C  I.S.,  2933.  Bardo,  1108. 
Anépigraphe.  Louvre,  A.  O. 

5171. 
CI.  S.,  2920.  Bardo,  1109. 
C.  /.  S.,  3001.  Louvre,  A.  O. 

5174. 
C.  I.  S.,  2995.  Louvre,  A.  O. 

5162. 
C.  I  S.,  2997.  Louvre,  A.  O. 

5166. 
CI.  S.,  2926.  Bardo,  1110. 
Inédit.  Destination  inconnue. 
Inédit.  Louvre,  A.  O.  5077. 
C  I.  S.,  2928.  Bardo,  1111. 
Inédit.  Louvre,  A.  O.  5158. 
CI.  S.,  2994,  Louvre,  A.  O. 

5160. 
C.  I.S.,  2921.  Bardo,  1112. 
C.  /.S.,  2943.  Bardo,  1113. 
C  I.  S.,  2935.  Bardo,  1114. 
C  I.  S.,  3000.  Louvre,  A.  O. 

5178. 
Inédit.  Louvre,  A.  O.  509:;. 
C.  I.  S.,  2942.  Bardo,  1115. 
Inédit.  Louvre,  A.  O.  5190. 
C  I.S.,  2948.  Bardo,  1116. 
Anépigraphe.  Destination  in- 
connue. 
Anépigraphe.  Destination  in- 
connue. 
C.  I.  S.,  2932,  Bardo,  1117. 
Anépigraphe.   Louvre,  A.  O. 

5101. 
Anépigraphe.  Louvre,  A.  O. 

5168. 
C  7.  S.,  2940.  Bardo,  1118. 
Xeopunica     56     (Bourgade, 

Toison     d'or,    22).    Bardo, 

1134. 
Neopunicn  59.  (Bourgade  25.) 

Bardo,  1135. 


22  LES    INSCRIPTIONS    DK    LA    COLLECTION     MARCHANT 

Ce  tableau  assigne  au  Louvre  31  stèles.  Il  en  est  entré 
34.  Les  trois  autres,  qui  proviennent  sans  doute  d'acquisi- 
tions faites  par  M.  Marchant  depuis  1887,  sont  parmi  celles 
qui  portent  au  Musée  les  cotes  A.  0.  5157,  5170,  5159, 
517G,  5177,  5179.  Les  deux  premières  viennent  sûrement 
(et  les  autres  probablement)  de  la  Manouba. 

II 

Voici  l'interprétation  des  inscriptions  inédites  de  la  col- 
ection  Marchant. 
I.  Marchant,  n°  1  (Louvre,  A.  0.  5092). 

Stèle  brisée  par  en  bas.  Haut.  0m  47;  larg.  0ra27.  Pierre  grossière 
et  sans  aucun  ornement. 

[y]aS  ]tvh\  bîn  p  runb  n[nbj 
lïani  p  -|Son  tt:  wn  pnb 

pD  ][2///////I///l]2] 

A  la  grande  Tanit,  face  de  Baal,  et  au  seigneur  Baal 
Hammon  :  ce  qiïa  voué  Himilco,  fils  de  Yatansid,  [fils 
de ,  fi\ls  de  Matan. 

IL   Marchant  8  (destination  inconnue). 

Stèle  mutilée.  Haut.  0m  27;  larg.  0m  15.  Dans  le  fronton,  croissant 
renversé  sur  le  disque  ;  l'inscription  est  placée  entre  deux  bandes 
ornées.  Au-dessous,  le  symbole  de  Tanit  entre  un  caducée  à  droite 
et  une  colonne  basse  (un  autel?)  à  gauche. 

[]]7xbï  bjn  ]S  n:nb  rmb 

[i  n]tzrm  srna  vx  ]on  bsn[b] 

-jb^byii  p  bjnan  n 

Même  formule.  Vœu  de  'Arisat,  fille  de  Hannibal,  fils  de 
Baalsillek. 

III.  Marchant  10  (Louvre,  A.  0.  5096). 

Stèle  mutilée.  Haut.  0ra  40;  larg.  0m  14.  En  haut,  la  main  droite 
levée  ;  dans  la  paume  est  gravé  un  petit  ustensile  indistinct,  Au- 


LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT  23 

dessous  de  l'inscription  est  figuré  un  palmier  avec  deux  régimes  de 
dattes,  placé  entre  deux  caducées. 

paSi   bsn  p  n:nS    nnb 

[ND]-a  mpbmn  ra  mp[S] 

Vœu  de  :  'Amatmelqart,  fille  de  Bodmelqart.  —  Ce  der- 
nier nom  est  suivi  de  la  formule  :  Il  Va  bénie. 

Je  coupe  à  la  seconde  ligne  mp^onDN  YTJ.  On  pourrait 
être  tenté  de  couper  mpbnnD  NT7J,  en  donnant  au  verbe  la 
forme  spécifiquement  féminine.  Et  de  fait,  dans  le  Corpus, 
l'existence  d'une  forme  mpbanc  a  été  envisagée  comme 
possible  et  même  comme  réelle  dans  un  ou  deux  cas.  Mais 
on  peut,  et,  à  mon  avis,  on  doit  partout  lire  mpbnriDN  ou 
mpTOnnsr  t.  C'est  le  contraire  pour  le  nom  mpbnnn  ;  le  N 
ou  le  "  qui  précède  nn  appartient  toujours  au  verbe,  et  la 
lecture  rnpbnnrw  (C.  /.  S.,  I,  1903)  oumpSonrw  (C.  /.  .S., 
I,  624)  doit  être    abandonnée  2. 

IV.  Marchant  16  (Louvre,  A.  0.  5089). 

Stèle  brisée  en  bas.  Haut.  0m  31  ;  larg.  0m  12.  Dans  le  fronton,  la 
main,  mutilée.  Dans  chacun  des  acrotères,  le  symbole  de  Tanit.  Au- 
dessous  de  l'inscription,  une  feuille  de  lotus. 

'J1  "jE  runS  rmb  Même  formule.  Vœu  de  :  Aris, 

H  SyiS  "HnSi  S  fils  de  Himilco,  fils  d' Esrhunyaton  , 

ttHN  112  VJH  VD  fils  de  Ba'ahjaton. 

nwx  p  robDn  p 

[]]niSv3  p  ^ni: 

1.  On  peut  objecter  que  le  grec  Maôya  (dans  une  inscription  du  Ilauran) 
paraît  supposer  une  forme  nabatéenne  NJHD  ou  XJ^XIID»  à  côté  de 
NibxiVDX  Littmann,  Semitic  Inscriptions,  p.  62).  Je  ne  conteste  pas  abso- 
ii:nï.it  la  possibilité  d'une  forme  analogue  en  punique,  mais  je  la  regarde 
comme  n'étant  pas  suffisamment  établie  par  les  textes  connus  jusqu'ici. 

2.  Ici  encore  on  peut  invoquer  contre  mon  opinion   l'existence  avérée  de 
rO^OnriN  qui  s'est  rencontré    deux    fois   [neopun.  66   et    68,  où    on    lit 
nDblDnnsS  7  TIN  N2Î3)- Je  considère  ici  le  x  comme  faisant  fonction  de 
la  voyelle  o.  On  devait  prononcer  lotmilcat,  comme  on  prononçait  otmilc 
iÇ.  I,  L,,  VIII,  5285)  le  nom  punique  "jbcrri- 


24  LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION     MARCHANT 

V.   Marchant  18  (Louvre,  A.  O.,3087). 

Stèle  mutilée  et  mal  conservée.  Haut.  0  '«  31  ;  larg.  0  m  13.  L'inscrip- 
tion était  gravée  clans  un  cadre,  la  partie  droite  a  disparu.  Sur  la 
base,  ornement  formé  de  palmettes  disposées  en  forme  de  croix. 

z  ]Z  nr''"1  raiS] 
an  SyiS  [paSi  Sst] 
p  "j  ban  lia  rx  ■;] 
aron/////////// 

Même   formule.  Je   restitue    sans   hésitation   le    nom   du 
dédicant  "([ban]  Himilco,  parce  que  ce  nom  paraît  remplir 
exactement  la  lacune.  Le  nom  de  son  père  a  disparu  tota- 
lement. Il  était  suivi   d'un   qualificatif  écrit  très  distincte- 
ment 2HDH-  C'est  un  nom  de  condition  ou   de  métier.  Il  se 
rencontre  pour  la  première  fois  en  phénicien.  La  racine  2UD, 
dans  l'hébreu  biblique  et  dans   la   stèle  de  Mésa,  a  le  sens 
de   «  traîner  ».  A  défaut  de   contexte,  il  est  impossible   de 
préciser  le  sens  dérivé  qu'il  conviendrait  d'attribuer  au  sub- 
stantif. Il  est  tout  à  fait  vraisemblable  que  2nc  est  la  forme 
correcte  du  mot   nettement  écrit  anD  sur  une    autre  stèle 
de    Carthage  (C.  /.  S.,  I,  355);  car  la    racine   ne  n'existe 
pas  et,  d'autre  part,  le  changement  de  n  en  n  n'est  pas  sans 
exemple  dans  l'épigraphie  punique  (ainsi  :  pn  au  lieu  de 
pn,  C.  I.  S.,  774,  2939,  3098).  Le  fait  que  la  même  racine 
s'écrit  en  arabe  w^s*",  et  non  v^"***  atténuerait   la    diffi- 
culté s'il  y  en  avait  réellement  une  à  admettre  cet  échange 
des  gutturales. 

VI.   Marchant  20  (Louvre,  A.  0.  5099). 

Stèle  brisée  par  en  bas.  Haut.  0m  30;  larg.O*  15.  Pierre  grossière 
et  sans  ornement. 

"£  njnS  nXlb  Même  formule.  Vœu   de    'Abd- 

2^  TInSi  SîD  melqart.  —  Sans  doute  un  homme 

~;  w'N  TQU  Sy  de  condition  servile,  et  de  là  l'ab- 

mpSoTaST  1  sence  de  généalogie. 


LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT  23 

VII.  Marchant  23  (Louvre,  A.  0.  5079). 

Stèle  brisée  en  bas.  Haut.  0m23;  larg.  Om  15.  Dans  le  fronton,  la 
main  ;  et  au-dessous  de  l'inscription,  le  symbole  de  Tanit  entre  deux 
caducées. 

[S  ]-n;i  bsfa  p  n:nS  rarh 

[sa  p]  "p^n  yu  wn  pn  Syn 

[y]  p  mpbma  p  NjrrS 

bym 

Même  formule.  Vœu  de  Himileo,  fils  de  Baalhanno,  fils 
de  Bodmelqart,  /ils  de  'Azruha'al. 

Après  sbon  la  pierre  est  brisée  ;  mais  l'espace  est  trop 
restreint  pour  qu'on  puisse  songer  à  restituer  robon. 

VIII.  Marchant  32  (destination  inconnue). 

Petite  stèle  mutilée  par  en  bas.  Haut.  Om  14;  larg.  Om09.j.  Main 
dans  le  fronton  et  volutes  dans  les  acrotères. 

"2  13  n:rP  re^h  Vœu  de  Himileo  fils  de  M 

*         f  r         * 

Cil  s"2i  pN^l   7]  —  La  suite  a  été  emportée  par  la 

2  "j^n  TTJ  [ttTN  }]  cassure. 

//////// mm  []] 

IX.  Marchant  33  (Louvre,  A.  0.  5077). 

Fragment  de  stèle.  Haut.  0  m  21,  larg.  0m  10.  Au-dessous  de  l'in- 
scription, le  symbole  divin  entre  la  main  et  le  caducée. 

n  byab  pabi  bys  p  mnb  n2i[b] 
rnnwjm  tt:  un  []d] 

Vœu  de  Bodastart,  sans  généalogie,  comme  au  n°  VI. 

X.  Marchant  35  (Louvre,  A.  0.,  5188). 

Stèle  brisée  en  haut  et  en  bas.  Haut.  0m  32;  larg.  0IU  10.  Le  sym- 
bole de  Tanit  était  gravé  dans  le  fronton  triangulaire. 

ron1"1  ^I2*^",  Même   formule.  Vœu  de    Yatan- 

Ns1  Sya  "JE  sid,  fils  de  Mahet'ba'al. 

n  by:ib  p 

TU  XOH  \D 

p  -ÏIP' 

byxinia 


26  LES    INSCRIPTIONS     DR    LA    COLLECTION    MARCHANT 

XI.  Marchant  il  (Louvre,  A.  0.  5095). 

Stèle  brisée  en  bas.  Haut.  0m  22;  larg.  0  m  il.  Dans  le  fronton,  le 
croissant  renversé  sur  le  disque.  Au-dessous  de  l'inscription,  pal- 
mier avec  deux  régimes  de  dattes,  placé  entre  deux  symboles  de 
Tanil. 

2  73  T\2rh  Î"Q*)S  Vœu  de  Safot,  /ils   </<>    Iiodastart, 

n  byab  ^nSi  Sy  fils  de  Safot. 

p  mrwsna  p 

T2EU 

A  la  ligne  2,  le  graveur  a  écrit  ]V2H  au  lieu  de  "px  ;  il 
copiait  probablement  la  ligne  3e,  par  distraction. 

XII.  Marchant  43  (Louvre  A.  0.  5190). 

Stèle  fortement  endommagée.  Haut.  0m36;  larg.  0m  13.  La  base 
est  très  ornée  :  deux  colonnes  avec  chapiteau  ionique  sont  figurées 
aux  bords,  au  milieu  un  palmier,  et  de  chaque  côté,  entre  le  palmier 
et  la  colonne,  un  petit  symbole  de  Tanit. 

Il  ne  reste  que  les  deux  derniers  mots  de  l'inscription  : 
nJ"IN  ttnn  /////////////      fabricant  de  sarcophages. 

Cette  expression  s'est  déjà  rencontrée  au  n°  326  du  Cor- 
pus, où  Renan  l'avait  admise  à  regret  (non  multum  placet, 
dit-il)  ;  notre  stèle  enlève  tout  doute  possible  sur  la  lec- 
ture. nj"IN  est  le  pi.  du  mot  féminin  pM,  qui  signifie  pro- 
prement arca.  Dans  la  Bible,  nous  le  trouvons  employé  pour 
désigner  le  sarcophage  dans  lequel  on  déposa  le  corps 
de  Joseph  (Gen.,  l,  25).  En  phénicien,  il  désigne  aussi 
un  grand  sarcophage  monumental  comme  celui  du  roi  Teb- 
nit.  «  C'est  moi  Tebnit...  qui  repose  dans  ce  sarcophage,  » 
-  ma,  dit  l'inscription.  Mais  on  le  rencontre  également 
sur  un  petit  ossuaire  de  pierre  trouvé  à  Carthage,  en  1903, 
par  le  P.  Delattre1.  L'inscription  qui  y  est  gravée  com- 
mence par  les  mots  '  pnbjra  px   «  arca  Ba'alfyajtonis...  ». 

1.  Comptes  rendus  de  i'Acad.,1903,  p.  465.  —  Rèp.  d'épigr.  se/».,  n°  &2J, 

2,  Sic,  Sans  doute  une  faute  pour  Tn'nSDj 


LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT  27 

Ce  terme  désignait  donc,  chez  les  Phéniciens,  un  sarco- 
phage, quelles  qu'en  fussent  les  dimensions,  et  peut-être 
quelle  qu'en  fût  la  matière,  pierre  ou  bois. 

III 

Je  terminerai  en  signalant  deux   stèles  anépigraphes  de 
la  collection  Marchant  qui  présentent  un  intérêt  exception- 
nel '.  A  part  les  symboles  isolés,  gravés  sur  la  plupart  des 
stèles  votives,  nous  n'avons  rencontré  jusqu'ici,  à  Carthage, 
qu'un  très  petit  nombre   de    monuments   nous    offrant   la 
représentation  de  scènes  religieuses.  Parmi  les  trois  mille 
ex-voto  recueillis  par  MM.  de  Sainte-Marie  et  Reinach,  il 
ne   s*en  est  trouvé  qu'un.  M.  Ph.  Berger,  qui  l'a  publié,  le 
décrit  en  ces  termes  2  :  «  Sur  le  devant  se  tient  un  homme 
vêtu  d'une  robe  qui  est  retenue  par  une  ceinture,  il   a  la 
main  gauche  levée  et  à  demi  ouverte,  comme  les   prêtres 
assyriens,  tandis  que  de  la  main  droite  il  tient  une  coupe3. 
En  face  de  lui  est  un  autel  d'une  forme  assez  étrange  ;  de 
cet  autel  partent  quelques  traits  sans  contours  bien  arrê- 
tés ;  est-ce  de  la  fumée?  est-ce  un  arbre  sacré?  nous  n'en 
savons  rien4.  Enfin,  le  fond  de  la  scène  est  occupé  par  un 
naos,  qui  est   lui-même   sur    une   sorte   de    piédestal.  Des 
deux  côtés  de  l'un  des  piliers  on  aperçoit  de  petites  figu- 
rines qui  peuvent  êtres  des  singes  ou  des  génies,  ou  peut- 

1.  Ceci  n"a  point  échappé  à  L'attention  de  M.  E.  Michon  qui  en  a  donné 
un  croquis  à  très  petite  échelle  dans  la  note  déjà  citée  de  la  Chronique 
(Gaz.  archéol.,  1887). 

2.  Les  ex-voto  du  temple  de  Tanit  ^extrait  de  la  Gazette  archéologique, 
années  1876-77).  p.  31. 

3.  Un  examen  attentif  permet  de  reconnaître  que  le  personnage  lève  la 
main  droite  et  tient  la  coupe  de  la  main  gauche.  C'est  également  la  main 
droite  que  lève  le  prêtre  représenté  sur  la  stèle  de  Lilybée  (Corpus,  n"  138), 
et  le  personnage  grossièrement  dessiné  à  côté  de  l'inscription  n°  1083.  Le 
bras  qui  figure,  isolé,  au  n°  941,  paraît  être  aussi  un  bras  droit.  Ce  sont,  je 
crois,  les  seuls  exemples  connus  jusqu'à  prés, Mil     J.-B,  Ch.  . 

4.  On  peut  maintenant  croire  qu'il  s'agit  d'une  tète  de  bœuf  (J.-B-  Ch,  . 


28  LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT 

être  autre  chose  encore  ».  Cette  intéressante  image  a  été 
depuis  reproduite  dans  le  Corpus^.  Nous  la  donnons  de 
nouveau  ici  comme  terme  de  comparaison  (fig.  1). 


Fig.  1. 


Stèle  anépigraphe  de  la  collection  Sainte-Marie  (Musée  Guimet). 


Le  P.  Delattre  avait  signalé  jadis  à  M.  Berger  une  autre 
stèle,  et  lui  en  avait  envoyé  un  croquis  sommaire2  qui  fut 
reproduit  au  Corpus  (t.   I.  p.  283).   On  voit  ici  encore  un 


1.  Pars  prima,  loin.  I.  p.  179. 

2.  Lettre  du  P.  Delattre  i>  janv.  1885  ,  aux  archives  du  Corpus.  Dans  une 
lettre  antérieure  (21  nov.  1884),  le  P.  Delattre  annonce  qu'il  a  découvert, 
dans  les  ruines  d'une  basilique  chrétienne,  un  morceau  de  stèle  où  on  voit 
«  en  relief  une  femme  tenant  la  main  gauche  sur  la  poitrine  et  la  droite 
levée  à  la  hauteur  de  l'épaule  ».  Ce  fragment  appartient  peut-être  à  l'époque 
romaine. 


Les  inscriptions  de  la  collection  marchant  '2$ 

personnage,  probablement  une  femme,  debout  devant  un 
autel,  la  main  droite  levée  dans  le  geste  de  l'adoration,  et 
tenant  de  la  gauche  un  petit  vase  rempli  de  fruits.  Sur  Tau- 
tel  repose  une  tête  de  bœuf  vue  de  profil  '.  Cette  stèle  avait 
été  présentée  au  P.  Delattre,  vers   1880,  par  un  Arabe  qui 


.?} 


LééJ     -y  * 


m 


Fig.  2.  —  Stèle  n"  2  de  la  collection  Marchant  (Musée  du  Louvre). 

en  demandait  un  prix  exorbitant.  Depuis  lors  elle  avait 
disparu  de  la  circulation.  C'est  précisément  le  n°  2  de  la  col- 
lection Marchant,  qui  est  maintenant  au  Louvre.  La  stèle, 
mutilée  en  haut  et  en  bas,  mesure  actuellement  0m16  sur 
0m  18  (voir  ci-dessus,  fig.  2). 

1.  La  corne  est  marquée  — c'est  M.  Clermont-Ganneau  qui  a  appelé  mon 
attention  sur  ce  point  —  de  trois  stries  transversales,  faisant  allusion  sans 
doute  à  L'âge  de  l'animal. 


30 


LES    INSCRIPTIONS    DE    LA   COLLECTION    MARCHANT 


Le  n°  26,  également  au  Louvre,  représente  une  scène 
avec  trois  personnages.  Cette  scène  gravée  au  trait,  sans 
relief,  et  un  peu  confuse  (voir  fig.  3),  occupe  la  partie  supé- 
rieure d'une  stèle  à  fronton  triangulaire,  flanqué  de  deux 
acrotères.  La  partie  inférieure  a  disparu  ;  le  monument 
mesure  maintenant  dans  ses  plus  grandes  dimensions  0  m  17 
sur  0  m14.  On  voit,  au  fond,  un  homme  assis  et  les  jambes 
étendues  sur  un  lit.  Du  côté  des  pieds,  un  homme    se  tient 


Fio-   3  Stèle  n°  26  de  la  colleclion  Marchant  (Musée  du  Louvre). 

debout,  coiffé  d'un  bonnet  rond;  il  semble  poser  la  main 
droite  sur  l'extrémité  du  lit  et  lève  la  gauche  en  avant.  Du 
côté  de  la  tète,  un  autre  personnage,  qui  semble  être 
une  femme,  est  assis  sur  une  sorte  de  trône  ;  ses  pieds 
reposent  sur  un  escabeau,  et  son  bras  gauche  est  étendu 


LES    INSCRIPTIONS   DE    LA    COLLECTION    MARCHANT  31 

sur  le  bord  du  lit.  Devant  le  lit,  entre  les  deux  person- 
nages, se  trouve  une  table  à  offrandes  ou  un  bassin  repo- 
sant sur  un  trépied.  Il  est  difficile  de  méconnaître  la  nature 
à  la  fois  religieuse  et  funéraire  de  cette  représentation1. 
Le  motif  de  la  tête  de  bœuf  placée  sur  l'autel  paraît 
avoir  été  un  sujet  classique  à  Carthage  ;  car,  parmi  le  très 
petit  nombre  de  représentations  religieuses  qui  nous  sont 
parvenues,  nous  en  avons  un  second  exemple.  Il  se  pré- 
sente sur  une  des  quatre  stèles  encore  inédites  2  signalées  à 
l'Académie  par  Ph.  Berger,  en  1907.  J'ai  retrouvé  l'estam- 
page de  ce  petit  monument.  La  stèle,  haute  de  0  m  44,  large 
de  0m19,  est  terminée  par  un  fronton  triangulaire,  avec 
petits  acrotères.  Le  fronton  est  occupé  par  le  croissant  ren- 
versé sur  le  disque.  Au-dessous,  une  rangée  d'oves  forme  la 
partie  supérieure  d'un  cadre,  fermé  des  deux  côtés  par  des 
colonnes  à  chapiteaux  ioniques,  et  en  bas  par  une  bande 
décorée  de  lignes  en  zigzag.  Au-dessous  de  ce  cadre  se 
trouve  le  symbole  de  Tanit  entre  deux  caducées.  L'espace 
compris  dans  le  cadre  est  occupé  à  droite  par  une  inscrip- 
tion, à  gauche  par  une  scène  de  sacrifice.  Elle  représente, 
dit  M.  Berger3,  «  un  homme  dans  la  pose  de  l'adoration, 
debout  devant  un  autel  sur  lequel  on  voit  une  tête  de 
veau  ».  Cette  interprétation  n'est  pas  tout  à  fait  exacte.  La 
scène  paraît  identique  à  celle  de  la  stèle  Marchant  n°  2.  La 
tête  placée  sur  l'autel,  à  en  juger  par  la  dimension  des 
cornes,  doit  être  une  tête  de  bœuf4.  Il  semble  qu'il  y  ait 
une  sorte  de  vase  à  long  col  à  côté  et  en  arrière  de  la  tête. 

1.  M.  Clermont-Ganneau  m'a  l'ait  remarquer  l'analogie  de  cette  scène 
avec  celles  qu'on  retrouve  sur  certains  bas-reliefs  grecs  d'un  caractère 
funéraire.  D'autre  part,  le  geste  de  l'homme  qui  lève  la  main  gauche  est 
bien  le  même  que  celui  de  l'homme  qui  se  tient  devant  l'autel  (fig.  1). 
Il  s'agit  d'une  offrande  religieuse  en  faveur  d'un  défunt. 

2.  Elles  appartenaient  au  consul  d'Autriche  à  Tunis.  On  ignore  ce 
qu'elles  sont  devenues. 

3.  Comptes  rendus  de  l'Acad.,  1007,  p.  769. 

•i.  M.  Gagnât  me  rappelle,  à  ce  propos,  la  tête  de  bœuf  en  marbre,  trouvée 
par  M.  Gauckler,  à  Cartilage,  qui  est  maintenant  au  Louvre. 


£)2 


LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT 


Kig.  i.  —  Stèle  punique  inédite  trouvée  à  Carthage. 


LES    INSCRIPTIONS    DE    LA    COLLECTION    MARCHANT  33 

(Voir  ci-contre,  fîg.  4.)  Le  personnage  qui  lève  la  main 
droite  et  tient  une  fleur  de  la  gauche,  est  sans  doute  le 
dédicant,  et  par  conséquent  une  femme,  comme  nous  l'ap- 
prend l'inscription,  ainsi  conçue  : 

£  P:nb  nnb  A  la  grande  Tanit,  fa- 

21  "piO!  1V2  ]  ce  de  Baal,  et  au  seigneur  Ba- 

yn:  ex  ]pr\  IV  al  Hammon,  ce  qu  avoué 

ru  vrw  ni  bain  Abibal,  fdle  de  Aris,  {fils  de) 

"Sdtï  'Ozmilc. 

U1N,  nom  féminin,  ne  figure  encore  qu'une  fois  au  Corpus 
(I,  1407). 

UHN,  Arisus,  nom  très  usité,  est  suivi  du  mot  ru  fdle.  Si 
le  texte  était  exact,  ce  nom  serait  ici  féminin,  et  la  généa- 
logie serait  donnée  par  la  ligne  maternelle.  De  ce  dernier 
fait,  -je  ne  connais  pas  d'exemple  dans  l'épigraphie  phéni- 
cienne. Il  semble  difficile  d'admettre  que  ttDN  soit  féminin. 
Dans  les  inscriptions  carthaginoises  déjà  éditées,  ce  nom 
apparaît  247  fois  comme  masculin,  et  2  fois  seulement 
comme  féminin  :  C.  I.  S.,  709  et  1400.  Ces  deux  exceptions 
apparentes,  et  celle  que  fournirait  notre  texte,  doivent  être 
imputées  à  la  négligence  du  graveur.  Des  fautes  analogues 
ont  été  commises  plusieurs  fois  ;  ainsi,  on  trouve  le  nom 
masculin  ]XD  Magon  suivi  du  mot  plie  (C.  I.  S.,  2397),  et 
les  noms  exclusivement  féminins  rnnttWny  et  mpbanDN 
(«  servante  de  Melqart  »)  suivis  du  mot  fils  (C.  I.  S.,  I, 
2069,  2576).  Pour  «n«,  la  chose  serait  d'autant  plus  sur- 
prenante que  ce  nom  a  un  féminin  régulier,  nïlx,  fréquem- 
ment employé  ' . 

De  ce  que  les  Carthaginois  sont  représentés  en  prière 
devant  un  autel  sur  lequel  repose  une  tète  de  bœuf,  l'idée 
ne  peut  venir  à  personne  qu'ils  adoraient  la  divinité  sous  la 
figure  d'un  animal.  L'animal  dans   ce   cas  représente  l'of- 

1.   Au  n°  709  la  faute  du  lapicide  consiste  probablement  dans  l'omission 

du  p  de  nariN- 

1916.  a 


34  LIVRES    OFFERTS 

frande  faite  a  l'occasion  ou  pour  l'accomplissement  du  vœu. 
(Test  ce  qu'indique  clairement  la  représentation  figurée  sur 
une  stèle  néopunique,  encore  inédite,  découverte  à  Mas- 
culula,  par  M.  Gagnât,  en  1 881 .  L'original  se  trouve  au  cabi- 
net  du   Corpus.    L'inscription    commence   par  ces    mots  : 

ttn  SyiS  tu  xsnw  nsna 

c.-à-d.  «  Vœu  qu'a  voue  à  Baal  Aclir  (=  Saturno  Augusto) 
un  tel...  y  Au-dessus,  on  voit  un  homme  amenant  par  la 
corde  un  bœuf  qui,  dans  ces  conditions,  ne  peut  aucunement 
être  pris  pour  un  symbole  de  la  divinité.  On  sait  d'ailleurs 
que  le  bœuf  était  l'animal  consacré  à  Saturne,  et  il  appa- 
raît sur  un  assez  bon  nombre  de  monuments  de  l'époque 
romaine1.  Les  exemples  sont  beaucoup  plus  rares  sur  les 
stèles  carthaginoises  de  l'époque  punique'2.  Ils  ne  font,  au 
reste,    que  confirmer   le  témoignage  de  l'épigraphie  3. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente  l'ouvrage  suivant  :  Estudios 
de  prehistoria  americana.  Contribucion  ni  conocimiento  de  los  abori- 
gènes de  la  Provincia  de  Imhabura  en  la  Repùhlica  del  Ecuador,  por 
J.  .Tizôn  y  Caramano  (Madrid  in-4°). 

1.  On  en  trouvera  des  exemples  dans  le  travail  de  MM.  H.  Cagnat  et 
Pli.  Berger,  Le  sanctuaire  de  Saturne  à  Aïn-Tounga  (Bull.  arch.  du  Comité, 
L889,  p.  207 -2(i)  .  M.  Berger  a  fait  entrer  dans  ce  travail  une  petite  repro- 
duction de  la  stèle  Marchant  n°  2. 

2.  M.  Ph.  Berger  n'en  a  rencontré  que  deux  dans  toute  la  collection 
Sainte-Marie  de  la  Bibliothèque  nationale  (maintenant  au  Musée  Guimet), 
sur  des  stèles  anépigraphes  ;  cf.  Les  ex-voto  du  Temple  de  Tanit,  p.  17. 
1S.  Depuis  lors,  une  réplique  du  taureau  immolé  s'est  trouvée  sur  la  stèle 
qui  porte  au  Corpus  le  n°  3013  (Musée  du  Bardo).  On  voit  aussi  la  tête  de 
bœuf,  entre  le  cône  divin  et  le  caducée,  sur  quelques  tessères.  Le  bélier,  au 
contraire,  est  fréquent;  on  en  connaît  plusieurs  centaines  d'exemples, 
principalement  sur  des  stèles  anépigraphes. 

3.  Le  breuf  occupe  le  premier  article  dans  le  Tarif  des  sacrifices  de  Mar- 
seille (C.J.S.,1,  165,  1.  3-4). 


LIVRES    OFFERTS  35 

M.  le  comte  Durrieu  offre  à  l'Académie  le  tirage  à  part  d'un  article 
qu'il  a  publié  dans  le  cahier  d'août  19io  du  Journal  des  Savants,  inti- 
tulé :  Les  goûts  archéologujues  d'un  pharmacien  militaire  de  l'armée 
française  en  Espagne  sous  le  premier  Empire.  «  Je  me  permets,  ajoute- 
t-il,  de  présenter  moi-même  ce  travail,  parce  qu'il  démontre  que,  il 
y  a  plus  d'un  siècle,  il  se  trouvait  déjà,  dans  les  armées  françaises, 
comme  aujourd'hui  encore,  des  officiers  qui,  tout  en  servant  héroï- 
quement la  Patrie,  ne  se  désintéressaient  pas  cependant,  en  même 
temps,  des  études  archéologiques.  » 

M.  Henri  Cordier  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  présenter  à  l'Académie,  au  nom  de  l'auteur, 
M.  René  Basset,  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  d'Alger,  et  de  l'édi- 
teur M.  Jean  Maisonneuve,  un  volume  de  Mélanges  africains  et 
orientaux,  témoignage  de  la  vaste  érudition  de  notre  savant  corres- 
pondant. Je  signalerai  particulièrement  les  articles  sur  La  littéra- 
ture populaire  arabe  dans  le  Maghreb  et  chez  les  Maures  d'Espagne, 
sur  les  Sources  arabes  de  Floire  et  Blancheflor,  sur  les  philosophes 
arabes  Avicenne  et  Ghazali,  à  propos  des  ouvrages  de  M.  le  baron 
Carra  de  Vaux,  etc.  Le  domaine  de  M.  Basset  comprend  aussi  bien 
des  contes  syriaques  et  persans  que  des  contes  de  l'Australasie,  le 
folklore  que  l'histoire  et  la  linguistique  et,  par  la  réunion  de  ces 
mémoires  épars  dans  un  grand  nombre  de  publications  périodiques 
qu'il  n'est  pas  toujours  facile  de  se  procurer,  il  donne  aux  cher- 
cheurs un  excellent  instrument  de  travail.  » 

M.  Morel-Fatio  dépose  sur  le  bureau  une  brochure  de  M.  E.  Lar- 
rabure  y  Unanne,  président  de  l'Institut  historique  de  Lima  et  ancien 
ministre  des  affaires  étrangères  de  la  république  péruvienne,  qui 
traite  des  Archives  des  Indes  et  de  la  Bibliothèque  Colombine  à 
Séville.  Celte  brochure  s'ajoute  aux  travaux  de  Henry  Barrisse  et  de 
M.  Jean  Babelon  qui  ont  fait  connaître,  à  divers  points  de  vue,  les 
richesses  bibliographiques  de  la  fondation  du  fils  naturel  de  Chris- 
tophe Colomb.  M.  Larrabure  a  augmenté  l'intérêt  de  son  travail 
en  l'accompagnant  de  nombreux  facsimilés  de  l'écriture  du  grand 
découvreur  et  de  son  fils.  Il  a  touché  incidemment  à  la  question  de 
L'authenticité  des  Historié  de  Ferdinand  Colomb,  défendue  avec 
toute  raison  par  un  savant  membre  de  notre  Académie,  M.  d'Avezac, 
et  combattue  à  l'aide  de  très  mauvais  arguments  par  Harrisse.  On 
appréciera  aussi  dans  la  brochure  de  l'érudit  péruvien  les  renseigne- 
ments cpi'il  donne  sur  les  documents  cartographiques  conservés  aux 
Archives  des  Indes. 


'M  UVIil.S    MITI.HTs 

M.  Antoine  Thomas  a  la  parole  pour  un  hommage  : 
»  J'ai  L'honneur  de  présenter  à  l'Académie  l;i  dernière  publication 
de  son  correspondant,  M.  le  professeur  Kr.  Nyrop,  de  l'Université  de 
Copenhague;  elle  est  écrite  en  langue  danoise  cl  intitulée  :  Frankrig 
France).  C'est   le   texte,  fixé  par  l'auteur,  d'une   conférence  'ju'il  a 
faite, d'abord  à  Copenhague,  puis  dans  les  principales  villes  du  Dane- 
mark, et  qui  a  obtenu  le  plus  grand  succès,  réveillant  et  fortifiant  la 
sympathie  que  ce  pays  nourrit  depuis  longtemps  pour  le  nôtre.  Cha- 
cun sait  que  M.  Nyrop  occupe  un  des  premiers  rangs  parmi  les  phi- 
lologues actuellement  vivants,  et  que,  dans  son  œuvre  scientifique,  la 
langue  et  la  littérature  françaises  tiennent  une  place  prépondérante  : 
je  rappelle  seulement  son  livre  sur  notre  épopée   médiévale,  publié 
en  1X83,  traduit   en    italien  en   1886,  et  sa  monumentale  Grammaire 
historique  de  notre  langue,  dont  le  premier  volume  a  paru  en  1899, 
dont  le  cinquième  et  dernier  est  en    préparation.  Personne   n'était 
mieux   qualifié  pour  présenter  à  ses   compatriotes   une  synthèse  de 
la  civilisation  et  du  rôle  de  la  France.  Il  l'a  fait  avec  autant  de  talent 
que   de   compétence.  Il   nous   a,  si   je    puis   dire,  disséqués   en    dix 
tranches,  mettant  à  nu   nos  fibres  les  plus  secrètes,  habile  à  scruter 
les  causes  autant  qu'à   décrire  les  effets  de    notre  activité  politique 
el  littéraire  à   travers  les  siècles.  Il  reconnaît,  dans   ses  manifesta- 
tions diverses,  la   continuité   de    notre  effort   et    il   en   proclame   la 
noblesse,  digne   de   servir  de   modèle  aux  autres  nations,  sans   leur 
porter  ombrage.  Il  conclut  en  ces  termes  :  «  La  France  est   toujours 
prèle  à  défendre  une  grande  cause,  celle  de  la  liberté  et  du  progrès. 
Le   panache   d'Henri    IV    prend  les  devants   et    nous   appelle  là  où 
germe  un  avenir  plein  d'espoir,  là  où  doit  se  lever  L'aube  d'un  jour 
meilleur  pour  l'humanité  qui  souffre  et  qui  lutte.  » 

«  Nous  sommes  plus  portés,  en  France,  à  nous  dénigrer  qu'à  nous 
louer  nous-mêmes.  Acceptons,  sans  fausse  honte,  avec  reconnais- 
sance, la  louange  qui  nous  vient  de  Copenhague.  M.  Nyrop  m'écrit  : 
«  Mon  livre  est  un  livre  d'amour,  si  vous  voulez,  mais  il  ne  dit 
que  la  vérité.  »  Il  faut  l'en  croire,  car  ce  n'est  pas  en  Danemark, 
aujourd'hui,  qu'il  y  a  quelque  chose  de  pourri.  Ce  petit  livre  a  déjà 
fait  son  chemin  :  huit  jours  après  la  mise  en  vente,  la  première  édi- 
tion était  épuisée;  on  prépare  actuellement  la  quatrième.  Souhai- 
tons qu'on  le  lise  non  seulement  en  Danemark  et  en  Norvège,  mais 
aussi  et  surtout  en  Suède  :  là,  sous  son  influence  bienfaisante,  les 
yeux  se  dessilleront  sans  doute,  et  les  esprits  et  les  cœurs  se  dépren- 
dront peu  à  peu  d'une  autre  culture  dont  les  dehors  spécieux 
s'écaillent  chaque  jour  pour  laisser  apparaître  les  plus  vils  appétits 
cl  les  plus  barbares  instincts.  En  tout  cas,  la  France  a  en  M.  Nyrop 


SÉANCE    DU    21    JANVIER    1916  37 

comme  un  fils  d'élection  dont  elle  peut  être  sûre  et  dont  elle  doit 
être  fière  ;  notre  Académie  n'a  qu'à  se  féliciter  de  l'avoir  inscrit,  il  y 
a  trois  ans,  sur  la  liste  de  ses  correspondants.  » 


SÉANCE  DU  21  JANVIER 


PRESIDENCE    DE     M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Théodore  Reinach  signale  à  l'Académie  la  publication  du 
XIe  volume  des  Papyrus  dfOxyrhynchus  par  MM.  Grenfell  et 
Hunt.  Il  analyse  et  traduit  des  textes  grecs  inédits,  très  intéres- 
sants, que  renferme  ce  volume  :  textes  d'Hésiode,  Bacchy- 
lides,  Gallimaque,  Antiphon,  etc.,  et  propose  des  corrections 
à  quelques  passages. 

En  terminant,  il  rappelle  qu'une  partie  des  papyrus  d'Oxy- 
rhynchus  donnés  par  les  savants  d'Oxford  à  la  Belgique  a  péri 
dans  l'incendie  de  la  Bibliothèque  de  Louvain,  allumé  par  les 
Allemands.  Quelle  destinée  que  celle  de  ces  vénérables  rouleaux, 
échappés  à  tant  de  désastres,  et  finalement  détruits  par  des  bar- 
bares civilisés  ! 

M.  Pottieb  expose  les  résultats  des  fouilles  faites  à  l'extrémité 
de  la  presqu'île  de  Gallipoli  par  le  corps  expéditionnaire  d'Orient, 
dans  la  nécropole  de  l'ancienne  ville  d'Éléonte.  Il  résume  un 
rapport  détaillé,  fait  par  M.  Chamonard  et  M.  Courby  ■ . 

L'Académie  s'associe  aux  remerciements  et  aux  félicitations 
adressés  aux  courageux  explorateurs  qui  ont  opéré  dans  des 
conditions  si  exceptionnelles  et  si  périlleuses. 

M.  P.   Monceaux  fait  la  communication  suivante  : 
«  J'ai   reçu   de    M.  Gsell   la*  copie    d'une   curieuse   inscription 
chrétienne,  qui  a  été  trouvée  récemment  (1915),  par  M.  Joly,  à 
Khamissa,  l'ancien  Thubursicum  Numidarum,  au  Sud-Ouest  de 
Souk-Ahras. 

I.  Voir  ci-après. 


38 


SÉANCE    DT1    21    JANVIEB     1910 


«  Au  cours  des  fouilles  que  poursuit  dans  ces  ruines  le  Ser- 
vice des  Monuments  historiques  de  l'Algérie,  M.  Joly  a  décou- 
vert une  table  de  pierre  calcaire,  large  en  bas  de  1"',  haute  d'en- 
viron 0m80,  dont  la  partie  inférieure,  aujourd'hui  brisée,  parait 


JE 

T 

fIN&hD  E 
aVID  LACERAS 

iuosoyos-CRESŒ 

RE-SHNTISTVT1BIÎORTO  R- 
^yiECV/ATVRBVLNEE  S. 

1  PJQ  K  rA  > 


avoir  été  rectangulaire,  et  dont  la  partie  supérieure  est  arrondie 
en  l'orme  de  demi-cercle.  L'une  des  faces  de  cette  pierre  porte 
une  inscription  de  six  lignes,  surmontée  d'une  croix  monogram- 
matique  avec  l'x-o>,  et  précédée  d'une  croix  latine.  Lettres  hautes 
de  0m  Ot>;  régulièrement  gravées,  mais  d'assez  basse  époque. 

D 


A0) 

T  I  N  B  I  •  D  E 
QV  ID  L  A  C  E  R  A  S 
I  L  LOSQVOS-CRESC  E 
RE-SENTISTVTIBITORTOR 
TVTECVMTVABVLNERA 
P  O   R  TAS 

j  In(v)ide,  quid  laceras  illos  (/nos  crescere  sentis  ? 
Tu  tibi  torior;  lu  tecum  tua  (ii)ulnera  portas. 

«  A  en  juger  par  la   forme  des  chrismes  et    par  l'aspect  des 


SÉANCE    DU    21     JANVIER    1916  39 

lettres,  cette  inscription  métrique,  composée  de  deux  hexamètres, 
doit  dater  du  vie  siècle. 

«  A  première  vue,  elle  se  rattache  à  la  série  des  inscriptions 
contre  les  envieux  (invidi,  lividi)  ou  contre  le  mauvais-œil.  Mais 
elle  présente  un  trait  particulier  :  le  caractère  nettement  chré- 
tien en  est  attesté  par  les  symboles  qui  la  surmontent  ou  la  pré- 
cèdent. 

«  En  raison  de  la  présence  de  ces  symboles,  on  peut  se  deman- 
der si  le  document  n'avait  pas  une  signification  différente,  ou 
plutôt,  un  double  sens.  Dans  la  croyance  et  dans  le  langage  des 
chrétiens  de  ces  temps-là,  Vlnvidus,  l'Envieux  par  excellence, 
c'était  le  Diable,  qui,  pour  se  venger  de  sa  chute,  cherchait  à 
perdre  les  hommes,  en  redoublant  d'ailleurs  ses  propres  souf- 
frances. 

«  Ces  idées  sont  notamment  développées  dans  un  opuscule 
de  saint  Cyprien  sur  l'envie,  le  De  zelo  et  livore.  Par  une 
curieuse  coïncidence,  on  trouve  dans  cet  ouvrage,  non  seulement 
les  idées  dont  s'est  inspiré  le  rédacteur  de  l'inscription,  mais 
toutes  les  expressions  caractéristiques  des  deux  vers  :  l'assimi- 
lation de  Vlnvidus  et  du  Diable,  le  laceras,  le  crescere,  le  tor- 
lor,  le  vulnera  (Cyprien,  De  zelo  et  livore,  3-4;  7;  9-10).  Le 
versificateur  de  Thubursicum  Numidarum,  quelque  clerc  de 
l'Afrique  byzantine,  paraît  donc  s'être  souvenu  du  traité  de 
saint  Cyprien,  resté  classique  dans  le  pays. 

«  En  conséquence,  on  ne  peut  guère  douter  que  l'inscription 
de  Khamissa  ait  eu  un  double  sens  et  un  double  objet.  Elle  visait 
à  la  fois  les  passants  suspects  et  les  démons  :  talisman  contre  le 
mauvais-œil,  préservatif  contre  le  Diable.  » 


'.Il 

COMMUNICATION 


fouilles    archéologiques 
sur  l'emplacement  de  la  nécropole  d'éléonte,   en    thrace. 

NOTE    DE    M.    E.    POTTIER,     MEMRRE    DE    LACADÉMIE, 

SLR     LE    RAPPORT    PRÉSENTÉ     AU     NOM     DE     L'ÉTAT-MAJOR 

DU    CORPS    EXPÉDITIONNAIRE    D'ORIENT 

A    L'ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS. 

Je  me  contenterai  d'analyser  et  de  résumer  la  longue  et 
consciencieuse  étude  de  MM.  Chamonard  et  Courbv  qui, 
avec  l'agrément  de  l'Académie,  doit  prendre  place  en  entier 
dans  le  Bulletin  de  correspondance  hellénique  d'Athènes. 
Ces  travaux,  dont  l'intérêt  a  déjà  été  signalé  à  1  Académie 
C.  rendus  de  l'Acad.,  1915,  p.  282),  accomplis  dans  des 
conditions  tout  à  fait  exceptionnelles  et  sous  le  feu  même 
de  l'ennemi,  font  le  plus  grand  honneur  aux  vaillants  explo- 
rateurs qui,  obéissant  aux  instructions  de  M.  le  Comman- 
dant en  chef  du  Corps  expéditionnaire,  onl  exécuté  des 
fouilles  dont  le  résultat  enrichit  la  science  historique  de 
connaissances   nouvelles. 

La  direction  des  recherches  fut  confiée,  du  8  juillet  1915 
au  22  août,  au  sergent  Dhorme;  puis,  en  collaboration  avec 
celui-ci,  du  23  août  au  26  septembre,  à  l'interprète  stagiaire 
J.  Chamonard,  qui  fut  chargé  aussi  de  la  rédaction  du  rap- 
port général.  Au  sergent  Courbv  sont  dus  l'étude  et  le  cata- 
logue du  mobilier  funéraire.  Ces  noms  ne  sont  pas  ignorés 
de  l'Académie  qui  saura  reconnaître,  sous  ces  glorieuses 
tuniques  de  soldats,  les  jeunes  savants  dont  elle  suivait 
avec  sympathie  la  carrière  scientifique  et  les  pacifiques 
études. 

Voici  ce  que  le  rapport  de  M.  Chamonard  et  le  catalogue 


FOUILLES    ARCHÉOLOGIQUES    d'ÉLÉOXTE  41 

de  M.  Courby  contiennent  d'essentiel  sur  les  résultats 
scientifiques  acquis  par  ces  fouilles.  Le  rapport  fait  d'abord 
l'histoire  de  la  ville  grecque  d'Eléonte  dont  l'emplacement, 
recherché  à  maintes  reprises  par  les  voyageurs  et  inexacte- 
ment situé  par  la  plupart  d'entre  eux,  est  aujourd'hui 
déterminé  avec  précision  par  la  découverte  de  la  nécropole  ; 
il  est  clair  que  c'est  à  peu  de  distance  de  ce  champ  des 
morts  qu  il  faut  placer  la  cité,  c'est-à-dire  près  du  rivage 
de  cette  baie  de  Morto  que  les  événements  actuels  ont  ren- 
due célèbre,  qui  vit  jadis,  d'après  la  légende,  la  flotte 
d'Agamemnon  jeter  l'ancre  dans  ses  eaux  et  où  s'élevait 
le  tombeau  de  Protésilas,  le  premier  guerrier  grec,  tué 
en  débarquant  sur  le  sol  d'Asie;  son  sanctuaire  vénéré 
se  trouvait  tout  près  de  la  ville.  Celle-ci  fut  fondée  et 
colonisée  par  des  Athéniens.  C'est  de  là  que  vers  520 
Miltiade,  le  futur  vainqueur  de  Marathon,  partit  pour 
conquérir  Lemnos.  Elle  a  sa  place  aussi  dans  l'histoire  des 
Guerres  Médiques  et  de  la  Confédération  athénienne  ;  elle 
lui  resta  fidèle  dans  la  guerre  contre  Philippe  de  Macédoine. 
Alexandre  visita  le  sanctuaire  en  334  et  sacrifia  au  héros 
Protésilas.  Elle  vivait  encore  obscurément  sous  l'Empire 
romain,  et  Justinien,  frappé  de  sa  situation  géographique, 
y  fit  construire  une  citadelle  très  forte. 

La  plupart  des  voyageurs  en  avaient  cherché  le  site  du 
côté  de  Sedd-ul-bahr.  Seul  Choiseul-GouiFier  en  indiqua 
l'emplacement  exact.  Les  fouilles  de  1915  ont  justifié  son 
opinion. 

Au  mois  de  mai  1915,  les  travaux  de  retranchement  exé- 
cutés sur  le  plateau  d'Eski-Hissarlik  mirent  à  découvert  des 
tombes  de  pierre  dont  plusieurs  durent  être  coupées  pour 
les  besoins  du  cheminement  ;  des  officiers  aussitôt  préve- 
nus recueillirent  les  objets  ainsi  trouvés.  Au  mois  de  juin, 
un  boyau  de  communication  rencontra  encore  plusieurs 
sarcophages,  et  M.  le  colonel  Nieger,  désireux  de  sauve- 
garder  le    champ    d'exploration,  fit   enclore    le   périmètre 


ï'2  FOUILLES    ARCHÉOLOGIQUES    d'ÉLÉONTE 

supposé.  L'Etat-major  mis  au  courant  jugea  avec  beaucoup 
de  décision  qu'il  y  avait  lit  une  heureuse  occasion  de 
fouilles  archéologiques  et  organisa  officiellement  les  tra- 
vaux dont  nous  exposons  l'ensemble.  Ils  furent  conduits 
avec  un  personnel  très  restreint  pour  ne  pas  attirer  l'atten- 


Fig.  1.  —  Tombeaux  d'Éléonte. 

tion   de    l'ennemi    par   de    trop    nombreux    groupements  ; 
l'équipe  ne  dépassa  pas  en  général  quatre  hommes. 

Les  tombes  sont  de  deux  sortes,  sarcophages  de  pierre 
et  grandes  jarres  d'argile;  en  quelques  endroits,  de  plus 
petites  jarres  ou  amphores.  L'orientation  paraît  avoir  été 
régulière,  nord-sud,  et  plus  exceptionnellement  est-ouest. 
Les  sépultures  forment  des  alignements  qui,  sans  être  abso- 


FOUILLES    ARCHÉOLOGIQUES    d'ÉLÉONTE 


43 


c 
o 

« 

-3 


44  FOUILLES    ARCHÉOLOGIQUES    d'ÉLÉONTE 

lument  rectilignes,  dessinent  à  l'œil  des  espaces  symétri- 
quement disposés,  avec  des  intervalles  formant  allées  de  un 
à  deux  mètres  de  large  (figures  1  et  2.i.  Les  sarcophages 
sont  taillés  dans^une  pierre  du  pays  ;  aucun  ne  porte  de  déco- 
ration sculptée;  la  cuve  est  recouverte  d'une  dalle  posée  à 
joints  vifs.  En  général,  le  sarcophage  ne  contient  pas 
d'autre  terre  que  la  fine  poussière  qui  s'est  glissée  par  les 
interstices  des  blocs,  ce  qui  rend  facile  la  saisie  des  objets  ; 
mais  ailleurs  les  dalles  se  sont  fendues  ou  ont  glissé  et  la 
cuve  s'est  remplie  d'une  terre  compacte  qu'il  faut  vider  avec 
soin.  Comme  les  sarcophages,  les  grandes  jarres  renferment 
des  ossements  et  de  menus  objets.  Il  n'y  a  pas  de  raison 
de  penser  qu'elles  représentent  une  sépulture  plus  pauvre, 
car  certaines  ont  fourni  un  mobilier  aussi  abondant. 
Quelques-unes  sont  réparées  avec  des  agrafes  de  plomb. 
Elles  varient  comme  longueur  entre  1  m  75  et  0  '"  27  ; 
on  les  utilisait  donc  pour  des  adultes  comme  pour  des 
enfants  ;  on  les  trouve  couchées,  légèrement  inclinées,  le 
goulot  un  peu  rehaussé  par  un  petit  tas  de  pierres.  Les 
amphores,  plus  petites,  placées  de  la  même  manière, 
semblent  avoir  contenu  seulement  des  offrandes,  mises  à 
proximité  du  tombeau  ;  une  pierre  plate  et  ronde  servait  de 
bouchon.  Les  ossements  en  place  montrent  que  le  cadavre 
a  été  inhumé  la  tête  au  Nord  ou  à  l'Est  ;  il  y  a  parfois  traces 
de  deux  ou  trois  inhumations  successives  dans  le  même 
tombeau.  Mais  aucun  squelette  n'a  été  retrouvé  intact. 

L'étude  du  mobilier  funéraire  a  fourni  à  M.  Courby  la 
matière  d'un  catalogue  détaillé  que  précède  une  introduc- 
tion dont  nous  résumerons  aussi  les  traits  essentiels.  On 
remarquera  que  ce  mobilier  présente  la  plus  grande  ressem- 
blance, comme  composition  et  comme  style,  avec  celui  de 
la  nécropole  de  Myrina  que  nous  avons  fouillée,  M.  S.  Rei- 
nach  et  moi,  de  1880  à  1883,  sur  la  côte  d'Éolide.  Les 
séries  qui  le  composent  sont  :  1°  des  vases  de  terre  cuite, 
qui  sont  en  plus  grande  quantité  que  tout  le  reste,  surtout 


FOtJILLES    ARCHÉOLOGIQUES    d'ÉLÉONTE  ib 

en  formes  de  coupe  et  de  skyphos  ;  on  y  compte  aussi  des 
phiales,  une  coupe  à  figures  noires,  quelques  lécythes  à 
figures  rouges,  des  verreries  et  des  flacons  en  pâte  de 
verre  polychrome  ;  2°  des  figurines  de  terre  cuite,  dont 
quelques-unes,  représentant  Déméter  assise,  ont  encore  un 
caractère  archaïque  ;  les  autres,  du  style  hellénistique,  se 
rapportent  surtout  au  cycle  d'Aphrodite  et  d'Eros  (ce  qui 
est  une  ressemblance  de  plus  avec  les  statuettes  de  Myrina); 
on  y  remarque  aussi  quelques  statuettes  d'hommes  et  de 
femmes,  parfois  rappelant  le  style  tanagréen  ;  3°  des  objets 
de  parure,  bracelets,  bagues,  colliers,  en  matières  de  peu 
de  prix,  bronze,  pâte  de  verre,  coquillage;  4°  des  lampes 
d'argile  de  type  grec  ;  5°  des  instruments  de  travail  ou 
de  toilette,  faucille,  fuseau,  manche  de  miroir,  fibule. 
Comme  armes,  on  ne  signale  qu'une  pointe  de  lance  en 
bronze. 

Le  mobilier  sert  à  dater  les  tombes.  D'après  M.  Courby, 
la  chronologie  s'étend  du  vie  siècle  au  début  du  IIe  et  même 
plus  tard.  Un  tableau  synoptique,  soigneusement  dressé, 
établit  l'époque  approximative  pour  toutes  les  tombes  gar- 
nies d'objets.  Mais  comme  il  arrive  qu'un  tombeau  attribué 
d'après  le  contenu  au  ve  siècle  est  tout  voisin  d'un  autre 
qui  a  fourni  des  figurines  du  me  ou  du  ne,  on  peut  en  inférer 
que  parfois  un  ancien  tombeau  a  été  vidé  et  utilisé  pour 
recevoir  un  mort  plus  récent.  Ce  remploi  ne  se  constate 
jamais  pour  les  jarres  ;  celles-ci  paraissent  appartenir  à  un 
mode  d'inhumation  plus  ancien  qui  a  persisté  au  delà  du 
Ve  siècle.  Quand  les  Eléontins  du  uie  siècle  exproprièrent 
des  tombes  pour  y  loger  leurs  morts,  ils  avaient  l'habi- 
tude de  se  servir  de  sarcophages,  et  c'est  aux  sarcophages 
seulement  qu'ils  se  sont  adressés  pour  ce  remploi. 

Le  catalogue  annexé  par  M.  Courby  à  cette  introduction 
est  considérable.  Il  comprend  la  description  de  37  sarco- 
phages et  de  17  jarres  ou  amphores  avec  leurs  dimensions, 
leur  orientation,  les  détails  relatifs  à  la  position  des  osse- 
ments, à  la  nature  du  mobilier  qui  y  était  contenu. 


46  FOUILLES    ARCHÉOLOGIQUES    d'ÉLÉONTE 

Nous  aurons  donc  avec  cet  ensemble  si  soigneusement 
étudié  de  nouveaux  et  importants  renseignements  sur  les 
caractères  dune  nécropole  grecque  de  la  Chersonèse  de 
Thrace,  assez  éloignée  de  la  Grèce  et  de  son  rayonnement 
artistique,  mais  que  sa  situation  de  colonie  d'Athènes  et 
la  proximité  des  riches  cités  d'Asie  Mineure  soumettaient  à 
des  influences  helléniques  dont  la  force  est  attestée  par  le 
mobilier  déposé  dans  les  tombes. 

L'Académie  voudra  bien  nous  autoriser  à  transmettre  ses 
félicitations  aux  explorateurs  qui,  dans  des  conditions  si 
périlleuses,  ont  travaillé  pour  la  science,  sans  oublier  les 
courageux  soldats  qui  composaient  leur  petite  équipe.  Le 
sergent  Dhorme,  qui  fut  le  premier  chargé  des  fouilles,  a  été 
cité  à  l'ordre  du  jour  pour  avoir  «  dans  une  position  avan- 
cée, soumise  au  bombardement  ennemi,  accompli  sa  tâche 
avec  une  ardeur  inlassable  et  un  mépris  constant  du  dan- 
ger ».  M.  le  colonel  Girodon,  que  j'eus  l'occasion  de  voir  à 
Paris  et  qui  a  pris  une  part  importante  comme  officier  de 
l'État-Major  à  l'organisation  des  travaux,  m'a  dit  en 
propres  termes  :  «  Je  souscris  d'avance  à  tous  les  éloges 
que  vous  adresserez  à  M.  Chamonard,  qui  nous  a  laissé  le 
souvenir  d'une  compétence  scientifique  remarquable  et  d'un 
infatigable  dévouement.  » 


J'ai  dû,  ces  jours  derniers,  rédiger  une  sorte  de  post- 
scriptum  à  la  notice  qui  précède.  En  effet,  nous  venons 
d'apprendre  que  les  fouilles  de  Gallipoli  ne  s'étaient  pas 
terminées  avec  les  travaux  de  MM.  Dhorme  et  Chamonard. 
Après  eux,  M.  Courby  a  pu  pendant  quelques  jours  continuer 
des  sondages  qui  ont  produit  quelques  bons  résultats.  Enfin 
le  Sous-Secrétariat  d'Etat  des  Beaux-Arts  nous  a  transmis 
d'urgence  un  nouveau  rapport  envoyé  par  M.  le  général 
Brulard,  avec  un  dossier  relatif  aux  recherches  qui  se  pour- 
suivirent jusqu'au  mois  de  décembre.  La  direction  en  fut, 


tfe 


Comptas  rendus,  1910,  p.  4" 


croquis  d  ensemble 
indiquant  l'emplacement 
du  champ   de  fouilles 
d'éléonte. 


:>* 


FOUILLES    ARCHÉOLOGIQUES    d'ÉLÉONTE  47 

cette  fois,  confiée  à  M.  le  lieutenant  Leune,  -du  2e  bureau 
de  l'État-Major,  qui  rédigea  une  note  que  je  résume  ici.  A 
la  date  du  7  octobre,  les  fouilles  étaient  reprises  à  côté  de 
l'emplacement  exploré  précédemment,  un  peu  plus  vers  le 
Sud  ;  mais  on  se  heurta  à  un  banc  de  calcaire  dur  où  ne  se 
rencontrait  aucune  tombe.  Le  2o,  on  se  reporta  plus  haut 
vers  l'Est,  sur  un  plateau  semé  de  broussailles  et  difficile  à 
creuser,  mais  où  un  obus  en  éclatant  avait  révélé  la  pré- 
sence d'une  tombe  ;  on  y  découvrit  plusieurs  jarres  de  terre. 
Le  13  novembre,  avec  une  nouvelle  équipe  de  Sénégalais, 
les  recherches  étaient  menées  dans  une  direction  perpendi- 
culaire à  la  première,  en  allant  vers  le  Sud  ;  le  terrain  était 
meilleur,  mais  on  dut  travailler  en  tranchées,  car  on  était 
plus  près  de  la  ligne  de  feu,  et  l'ennemi,  trouvant  sans 
doute  suspecte  cette  petite  équipe,  visait  en  particulier  le 
plateau.  Ce  fut  pourtant  la  période  la  plus  fructueuse 
comme  résultats.  Le  12  décembre,  les  travaux  étaient  arrê- 
tés, en  raison  du  départ  de  la  brigade  qui  fournissait  les 
hommes.  Ainsi  jusqu'au  dernier  moment  nos  soldats 
auront  poursuivi  cette    exploration. 

Au  rapport  de  M.  le  lieutenant  Leune  sont  annexés 
un  croquis  topographique  indiquant  l'emplacement  des 
fouilles  d'Eléonte  (lig.  3),  un  plan  d'ensemble  des  fouilles 
exécutées  par  le  Corps  expéditionnaire,  du  mois  d'août  au 
mois  de  septembre,  un  plan  détaillé  des  fouilles  dirigées 
après  cette  date  par  le  lieutenant  Leune,  un  court  inven- 
taire des  antiquités  et  une  série  de  croquis  représentant 
les  principaux  objets.  Il  ne  s'y  trouve  guère  que  des  vases, 
peu  de  terres  cuites  ;  mais  on  y  remarque  plusieurs  ala- 
bastres  de  style  corinthien  et  un  vase  en  forme  de  tête  de 
bœuf,  qui  appartiennent  à  la  céramique  du  VIe  siècle,  ce  qui 
confirme  l'opinion  de  M.  Courby  d'après  laquelle  certains 
tombeaux  de  la  nécropole  d'Eléonte  remontent  certainement 
jusqu'à  cette  période  ancienne. 


llî  SÉANCE    DU    28    .lA.NVIKli     P. M  li 

LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  le  fascicule  de 
juillet-août  191  ;>  des  Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie 
(Paris,  1915,  in-8°). 

M.  Salomon  Reinach  offre  à  l'Académie  un  mémoire  intitulé  :  Le 
dieu  Lug,  la  Terre  mère  et  les  Lugoves  (extr.  de  la  Revue  archéolo- 
!/i'/ue,  1915).  Aucun  texte  ne  mentionne  le  dieu  Lug;  on  connaît 
seulement  un  héros  de  ce  nom,  célébré  par  des  légendes  irlandaises. 
Les  celtistes  n'en  sont  pas  moins  d'accord  pour  admettre  un  dieu 
Lug  ou  Lugu-s,  identifié  tantôt  à  Apollon,  tantôt  à  Mercure,  et  pour 
retrouver  son  nom  dans  celui  de  Lugdunum,  à  rencontre  des  deux 
étymologies  que  les  anciens  nous  ont  rapportées  de  ce  nom.  A  défaut 
de  Lug,  quelques  textes  épigraphiques  mentionnent  les  Lugoves; 
c'était,  suivant  M.  Loth,  des  divinités  féminines  analogues  aux  Maires 
et  dont  la  désignation,  dérivant  de  celle  de  Lug,  s'expliquerait  par 
le  caractère  chthonien  attribué  accessoirement  à  ce  dieu.  La  com- 
pagne du  Mercure  gallo-romain,  Maia  ou  Rosmerta,  est  aussi  une 
déesse  de  la  terre  féconde,  nourricière  de  Lugu,  que  les  Romains, 
suivant  la  théorie  de  M.  d'Arbois  adoptée  par  M.  Loti),  ont  assimilé 
à  leur  Mercure. 


SÉANCE    DU    28   JANVIER 


PRESIDENCE    DB     M.     MAURICE     CROISET. 

M.  le  comte  Durrieu  communique  une  note  de  M.  P.  Esdou- 
hard  d'Anisy  relative  au  célèbre  polyptyque  du  Jugement  der- 
nier, conservé  à  l'Hôtel-Dieu  de  Beaune  et  attribué  à  Roger 
Van  der  Weyden. 

Les  critiques,  presque  sans  exception,  —  porte  en  résumé  le 
début  de  cette  note,  —  ont  adopté  la  date  de  1443  pour  la  mise  en 
train  du   polyptyque.  En  admettant  cette  date,  on  ne  s'était  pas 


SEÀiNCE    DC   28    JANVIER    1 91  ë  49 

assez  fendu  compte  que  l'âge  apparent  des  personnages  histo- 
riques du  tableau  ne  correspondait  pas  du  tout  avec  leur  état 
civil.  Selon  les  opinions  reçues,  les  hommes  se  nommeraient  : 
Philippe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne,  le  pape  Eugène  IV,  le  chan- 
celier Nicolas  Bolin  et  son  fils  Jean  ;  les  trois  femmes  :  la 
duchesse  de  Bourgogne  Isabelle  de  Portugal,  Guigone  de  Salins, 
femme  du  chancelier,  et  Philipote  Rolin,  sa  belle-fille.  Or  tous 
les  personnages  en  question  paraissent  dans  le  tableau,  étant 
donnée  leur  date  de  naissance,  beaucoup  trop  jeunes  d'aspect 
par  rapport  à  l'époque  proposée  de  1443. 

«  Nous  avons  été  conduit  par  le  fait  de  ces  contradictions, 
continue  M.  Esdouhard  d'Anisy,  à  reculer  d'un  certain  nombre 
d'années  le  commencement  du  polyptyque  et  nous  arrivions 
ainsi  à  la  date  de  1430;  mais  le  jeune  visage  de  la  duchesse  de 
Bourgogne  nous  incitait  à  la  reculer  encore  de  quelques  années. 
«  Nous  nous  heurtions  alors  à  une  autre  difficulté,  le  veuvage 
de  Philippe  le  Bon.  Pour  avoir  une  duchesse  de  Bourgogne 
jeune,  il  fallait  descendre  jusqu'à  1425,  et  alors  nous  nous  trou- 
vions en  face  de  Bonne  d'Artois,  seconde  femme  du  duc.  » 
D'autre  part,  «  le  portrait  de  Philippe  le  Bon  ne  portait  pas  le 
collier  de  la  Toison  d'Or.  Le  duc  avait  fondé  cet  ordre  le  10  jan- 
vier 1430,  et  les  statuts  imposaient  aux  chevaliers  l'obligation 
stricte  de  toujours  porterie  collier...  L'absence  de  Toison  d'Or 
sur  le  costume  du  duc  nous  parut  une  preuve  indiscutable  que 
le  polyptyque  était  antérieur  à  1430  et,  comme  nous  y  voyions 
figurer  une  jeune  duchesse,  ce  ne  pouvait  être  que  Bonne  d'Ar- 
tois, dont  le  règne  ne  dura  que  quelques  mois,  du  30  novembre 
1424  à  une  date  indéterminée  de  1425.  Le  polyptyque  dut  donc 
être  commencé  au  début  de  1425,  dès  les  premières  semaines  de 
l'union  des  souverains  et  continué  pendant  le  veuvage  du  duc. 
Notre  système  détruit  ainsi  complètement  celui  qui  voulait  que 
!e  tableau  eût  été  commandé  expressément  pour  l'IIôtel-Dieu 
de  Beaune.  La  date  de  1425  nous  troubla;  néanmoins  nous  pen- 
sons que  l'on  peut  continuer  à  considérer  Roger  Van  cfer  Wey- 
deu  comme  le  peintre  du  «  Jugement  dernier  ».  A  cette  époque, 
Roger  était  déjà  en  possession  de  sa  réputation.  Il  est  donc 
vraisemblable  que  Nicolas  Rolin,  voulant  orner  d'un  retable 
la  chapelle  de  son  hôtel  ou  sa  chère  église  paroissiale  d'Autun, 
1916  4 


'Kl  LIVRES    OFFERTS 

ait  songé  au  jeune  artiste,  dont  il  encourageait  ainsi  les  débuts, 
pour  lui  faire  exécuter  cette  œuvre  magistrale.  » 

M.  Antoine  Thomas  commente  une  inscription  provençale  de 
Figeac,  encore  inexpliquée  '. 

M.  Paul  Monceaux  communique  un  mémoire  sur  les  premiers 
temps  du  Donalisme  et  la  question  des  deux  Douai. 

Dans  l'histoire  des  origines  du  Donatisme,  on  distingue  ordi- 
nairement deux  personnages  du  nom  de  Donat.  qui,  tour  à  tour, 
auraient  été  les  chefs  de  la  secte  :  Donat  des  Cases-Noires  et 
Donat  de  Carthage.  M.  Monceaux  montre  qu'on  doit  identifier 
les  deux  personnages.  Le  dédoublement  est  une  hypothèse  très 
tardive,  lancée  au  début  du  ve  siècle  par  les  Donatistes,  qui  se 
refusaient  à  admettre  que  leur  grand  Donat  eût  été  d'abord  un 
intrigant.  Dès  lors,  plus  ou  moins  sincèrement,  ils  attribuèrent 
la  première  partie  du  rôle  à  un  premier  Donat,  qui  aurait  dis- 
paru brusquement  de  l'histoire  après  sa  condamnation  par  les 
conciles,  pour  céder  la  place  à  Donat  le  Grand. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Maurice  Croiset,  pour  M.  Pottieb  son  confrère,  présente  de  la 
part  de  l'auteur,  M.  le  colonel  A.  Boucher,  l'ouvrage  suivant  :  La 
bataille  de  Platées  d'apri's  Hérodote  (extr.  de  la  Revue  archéolo- 
gique, 1915,  in-8°)  : 

«  M.  le  colonel  A.  Boucher,  que  ses  belles  études  sur  Xénophon 
et  sur  YAnabase  ont  déjà  fait  connaître  des  hellénistes,  vient  de 
publier  une  étude  sur  la  Bataille  de  Platées  qu'il  me  prie  d'offrir  de 
sa  part  à  l'Académie.  Il  a  repris  l'étude  du  texte  d'Hérodote  qu'il 
commente  d'une  façon  nouvelle,  avec  sa  compétence  toute  spéciale 
d'écrivain  militaire  et  de  technicien.  Il  complète  ainsi  le  livre 
qu'avait  laissé  notre  regretté  ami  Amédée  Ilauvetle  sur  Hérodote, 
historien  des  guerres  médiques,  et  il  prouve,  une  fois  de  plus,  la 
grande  exactitude  et  la  précision  de  l'écrivain  grec,  en  qui  l'on  a  dii 

t.    Voir  ci-après,  p.  ->7. 


LIVRES    OFFERTS  ol 

renoncera  voir  un  simple  conteur.  Avec  une  carte  d'État-major  pour 
base,  le  colonel  Boucher  a  pu  reconstituer  les  aspects  des  fronts 
grec  et  perse  au  cours  des  mouvements  qui  précédèrent  la  célèbre 
bataille  de  479  et  les  péripéties  du  combat.  Il  montre  —  ce  qui  sera 
une  nouveauté  pour  beaucoup  de  gens  —  que  la  science  tactique 
était  du  côté  des  Perses,  grâce  aux  excellentes  dispositions  prises 
par  leur  général  Mardonios,  et  que  le  chef  lacédémonien  Pausanias 
commit  fautes  sur  fautes.  Les  Grecs,  d'après  les  principes  straté- 
giques, devaient  èlre  complètement  battus.  Mais  une  imprudence  du 
général  ennemi,  qui  mit  aux  prises  les  archers  perses  avec  les 
hoplites,  et  la  rapide  mort  de  Mardonios,  les  sauvèrent;  la  valeur 
individuelle  du  fantassin  grec  fit  le  reste.  L'auteur  en  tire  d'intéres- 
santes et  instructives  réflexions,  qui  sont  bonnes  à  méditer,  sur  les 
conditions  de  la  guerre  actuelle  et  sur  l'éducation  du  soldat  moderne 
qui  n'a  jamais  cessé  de  faire  l'objet  de  sa  sollicitude  personnelle.  Il 
a  pu  faire  lui-même  l'application  de  sa  méthode  qu'il  nomme 
«  socratique  »,  au  cours  des  rudes  combats  où  il  dirigeait  une  bri- 
gade, et  la  brochure,  datée  du  mois  de  septembre  dernier,  a  été  cor- 
rigée en  épreuves  dans  les  tranchées  de  l'Artois.  » 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE     DES     INSCRIPTIONS 

ET    BELLES- LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 


PRÉSIDENCE    DE    M.  MAURICE    CROISET 
SÉANCE  DU   4    FÉVRIER 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

A  propos  du  procès-verbal,  M.  Thomas  ajoute  quelques  mots 
au  sujet  de  l'inscription  de  Figeac  qu'il  a  communiquée  à  la 
dernière  séance  *. 

Le  Président  félicite  M.  Prou  de  sa  nomination  à  la  direction 
de  l'Ecole  des  Chartes. 

M.  Schlumberger  lit  une  note  de  M.  Bréhier  sur  les  galeries 
des  rois  aux  frontispices  des  cathédrales  et  les  catalogues  offi- 
ciels des  rois  de  France  2. 

M.  Prou  présente  quelques  observations. 

Le  P.  Scheil  fait  la  communication  suivante  : 
«  J'ai  l'honneur  de  faire  part  à  l'Académie  d'une  petite  décou- 
verte   encore    inédite,  due  à    M.   Stephen    Langdon,  professeur 


1.  Voir  ci-après. 

2.  Voir  ci-aprèsi 


54  SÉANCE    DT     i    FÉVRIER     1916 

d'assvriologie  à  Oxford.  Celte  découverte  concerne  la  Légende 
de  la  descente  d'hlar  aux  Enfers  qui  est  un  des  plus  inté- 
ressants morceaux  de  la  mythologie  babylonienne  et  que  nous 
connaissons  par  une  copie  de  l'époque  cTAssurbanipal. 

«  On  se  rappelle  que  la  déesse  descendant  aux  Enfers  fran- 
chit sept  portes  et  qu'à  chaque  station  les  gardiens  lui  enlèvent 
une  partie  du  vêtement.  Pendant  son  séjour  dans  le  monde 
inférieur,  toute  génération  est  arrêtée  sur  terre,  voire  chez  les 
hommes  et  les  animaux.  A  la  prière  de  Samaè,  Ea  crée  tout 
exprès  un  messager  qui  va  ramener  Istar,  la  fait  repasser  par 
les  sept  portes  où  lui  sont  rendues  successivement  toutes  les 
parties  de  son  vêtement. 

«  Quoi  qu'il  en  soit  de  la  portée  générale  de  ce  mythe  où  les 
dernières  lignes  demeurent  obscures,  il  reste  que,  chemin  fai- 
sant, nous  y  cueillons  de  précieux  renseignements  sur  le  monde 
inférieur,  tel  qu'il  était  selon  les  conceptions  babyloniennes 
comparables  avec  celles  des  Juifs  sur  le  Scheol. 

«  Or  l'origine  de  ce  mythe  serait  pseudo-babylonienne,  et 
voici  ce  que  M.  Langdon  m'écrit  sur  ce  sujet  : 

«  Dans  une  tablette  de  la  Xippur  Collection  Musée  de  Phila- 
«  delphie)  où  Yobvers  est  effacé  et  où  le  revers  est  entièrement 
«  conservé,  j'ai  lu  l'original  d'une  section  du  fameux  poème  de 
«  la  Descente  d'Istar  aux  Enfers.  Le  revers  commence  au 
«  milieu  du  récit  où  la  déesse  demande  au  portier  d'ouvrir  les 
«  portes  de  l'Enfer,  et  se  continue  par  le  récit  de  son  passage 
«  par  les  trois  premières  portes.  La  première  ligne  de  la  scène  de 
«  la  quatrième  porte  termine  le  revers  et  la  tablette.  La  suite  du 
«  récit  se  poursuivait  sans  doute  sur  deux  autres  tablettes.  La 
«  partie  que  j'ai  lue  correspond  aux  lignes  1-51  de  la  version 
«  sémitique.  Car  le  poème  est  rédigé  en  sumérien,  et  il  n'y  a 
«  aucun  doute  que  le  sumérien  ne  corresponde  parfaitement  à 
«  la  version  sémitique  de  Rawl.  IV.  31.  Le  document  est  de 
«  l'époque  de  la  dynastie  d'Isin  (vers  2100  av.  J.-C).  Voilà  donc 
«  encore  un  chef-d'œuvre  sémitique  qui  a  été  copié  presque 
«  littéralement  sur  le  poème  sumérien.  »  (Lettre  du  2  décembre 
«   1915.) 

«   Il  se  trouverait,  comme  l'insinue  en  finissant  M.  Langdon, 
que  les  sémites  de  Babylonie,  loin  d'être  les  auteurs,  n'auraient 


SÉANCE    DU    4    FÉVRIER    1916  55 

été  que  les  traducteurs  et  colporteurs  des  épopées  de  Gilgamès, 
d'Etana,  de  celle  du  Paradis  terrestre  et  du  Déluge,  du  récit  de 
la  Descente  d'Istar  aux  Enfers,  etc. 

«  Ceux  qui  estimeront  que  cette  grosse  conclusion  est  dénuée 
de  vraisemblance  inclineront  à  penser  avec  M.  Halévy  que  le 
sumérien  n'est  pas  une  langue  représentative  d'une  race,  mais 
un  système  perfectionné  d'écriture  idéographique  dont  se  ser- 
vaient volontiers  les  sémites  traditionnalistes  de  Basse-Baby- 
lonie.  » 

M.  Charles  Normand  appelle  l'attention  de  l'Académie  sur  un 
monument  peu  étudié  jusqu'ici  et  qui  prend  un  singulier 
intérêt  en  raison  des  événements  de  la  guerre  d'Orient,  près  de 
Gallipoli  et  des  Dardanelles,  en  1915  et  1916.  Il  groupe  des 
renseignements  épars  dans  son  livre  sur  la  Troie  d'Homère  et  les 
complète  par  des  souvenirs  personnels  lors  de  ses  deux  voyages 
en  Troade  et  à  Berlin.  Il  discuta  de  ce  monument  dans  le  bourg 
même  des  Dardanelles,  nommé  Tsohanak-kalesi,  avec  Schlie- 
mann,  l'explorateur  de  cette  ville,  et  son  collaborateur,  le  direc- 
teur de  l'École  allemande  d'Athènes,  M.  Dcerpfeld,  l'un  des 
futurs  signataires  du  manifeste  des  intellectuels  allemands. 
M.Charles  Normand  avait  appris  par  les  journaux  d'Athènes 
la  découverte  d'un  prétendu  théâtre,  dans  lequel  on  doit  recon- 
naître un  hémicycle  du  temple  de  Tibère  :  les  dimensions  et  les 
dispositions  de  l'emplacement  où  se  serait  trouvée  la  scène  lui 
font  décider  qu'il  s'agit  d'une  salle  d'assemblée. 

Au  contraire,  au  bas  du  coteau  où  sont  entassées  les  ruines  de 
la  Troie  antique,  est  un  monument  dont  le  dispositif  atteste  nette- 
ment le  caractère  théâtral.  Il  est  situé  en  face  du  vieux  donjon, 
le  Château  d'Europe,  qui,  entouré  d'une  enceinte  ovale,  défendait 
l'entrée  des  Dardanelles  au  moyen  âge.  Il  est  creusé  dans  une 
pente  du  mont  Ida  à  l'endroit  où  il  finit  dans  le  voisinage  de  la 
mer  et  au  Sud-Est  du  bourg  des  Dardanelles  ;  il  pouvait  contenir, 
dit-on,  environ  6.000  personnes.  En  son  état  actuel,  on  ne  peut 
préciser  les  caractères  architectoniques  des  diverses  parties  du 
monument.  Sur  les  cartes  du  théâtre  de  la  guerre  des  Darda- 
nelles, publiées  par  la  Marine,  il  est  figuré  comme  un  accident 
du  sol,  en  façon  de  coteau  demi-circulaire.  C'est  dans  cette  pente 
naturelle    qu'on  a   creusé   la   cavea   ou    entonnoir  au   pourtour 


î)6  SÉANCE    DU    4    FÉVRIER    1916 

duquel  on  avait  placé  les  gradins  retrouvés,  mais  déplacés.  Des 
fragments  de  colonnes  dorées,  ioniques,  corinthiens,  rappellent 
la  somptuosité  du  décor  en  marbre  de  l'édifice  selon  la  coutume 
que  M.  Charles  Normand  a  observée  dans  les  autres  théâtres 
antiques  d'Asie  Mineure.  La  profusion  du  décor  se  révèle  aussi 
par  les  restes  d'une  statue  colossale  et  par  un  curieux  bas-relief 
circulaire  photographié  à  Berlin  par  M.  Charles  Normand;  en 
marbre  blanc  et  haut  de  1  '"  25,  on  y  voit  la  Louve  allaitant 
Romulus  et  Hémus,  témoignage  de  l'influence  de  l'Italie  en  ces 
parages.  Le  diamètre  extérieur  de  ce  théâtre  pouvait  être  d'une 
centaine  de  mètres,  alors  que  le  théâtre-arènes  de  Lutèce  devait 
en  avoir  environ  150,  comme  M.  Charles  Normand  l'a  établi 
dans  une  précédente  communication  à  l'Académie,  lorsqu'il  a 
prouvé  que,  du  côté  de  la  rue  Monge,  notre  premier  théâtre 
parisien  avait  une  façade  égale  à  l'une  de  celles  du  Colisée  de 
Rome.  A  Ilium  Novum,  le  front  de  la  scène  a  40  mètres,  et  Schlie- 
mann  qualifie  son  théâtre  de  gigantesque.  A  Paris,  rue  Monge, 
il  mesure  une  cinquantaine  de  mètres.  Comme  M.  Normand  l'a 
indiqué  sur  son  plan  du  Guide  de  lAlésia  de  César  et  de  Ver- 
cingétorix,  le  théâtre  de  cette  ville  avait  un  diamètre  extérieur 
d'environ  80  mètres.  M.  Normand  ignore  si  les  travaux  de 
nos  ennemis  ont  amené  des  découvertes  nouvelles  utiles  à  la 
science,  ainsi  qu'il  est  advenu  dans  les  tranchées  françaises  de 
Gallipoli  ;  car  ce  théâtre  antique  est  à  environ  5  kilomètres  du 
rivage  et  à  proximité  des  fortifications  modernes  des  Dardanelles 
et  du  Château  d'Asie. 

M.  le  Dr  Capitan  fait  une  lecture  sur  les  découvertes  récentes 
faites  à  Amiens  par  M.  Commont  dans  des  puits  funéraires.  Il 
signale  un  certain  nombre  d'objets  particulièrement  curieux  : 
beaucoup  d'ossements  de  chiens  et  deux  vases  de  vin  résineux1. 

1.    Voir  ci-après. 


57 


COMMUNICATIONS 


UNE    INSCRIPTION    PROVENÇALE 

RÉCEMMENT    DÉCOUVERTE    A    FIGEAC  ; 

PAR    M.    ANTOINE    THOMAS,    MEMBRE    DE    LACADÉMIE. 

Par  une  lettre  du  16  avril  1913,  M.  l'abbé  A.  Vayssié, 
licencié  es  lettres,  chanoine  honoraire  de  Cahors,  curé  de 
Notre-Dame  du  Puy  à  Figeac  (Lot),  informait  le  président 
de  notre  Académie  qu'il  venait  de  faire  dans  cette  ville  une 
curieuse  découverte.  La  lettre  débutait  ainsi  :  «  En  visitant 
mes  paroissiens,  j'ai  remarqué  sur  le  linteau  d'une  fenêtre 
une  inscription  que  je  n'ai  pu  déchiffrer,  et  que  je  m'étonne 
de  ne  trouver  ni  reproduite  ni  déchiffrée  dans  aucune  his- 
toire de  Figeac.  Après  m'ètre  adressé  vainement  à  tous  les 
érudits  du  pays  pour  en  avoir  l'interprétation,  j'ai  cru 
devoir  en  prendre  une  copie  et  l'adresser  à  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres.  » 

Notre  regretté  secrétaire  perpétuel,  Georges  Perrot, 
m'ayant  chargé  de  répondre  à  M.  l'abbé  Vayssié,  je  deman- 
dai quelques  renseignements  complémentaires  et  une  pho- 
tographie, sinon  un  estampage,  de  l'inscription  en  question. 
Le  21  avril  suivant,  M.  l'abbé  Vayssié  m'envoyait  une  pho- 
tographie très  réduite,  mais  assez  bonne.  Depuis,  et  tout 
récemment,  il  a  eu  l'obligeance  de  me  faire  parvenir  un 
estampage,  grâce  auquel  je  crois  être  arrivé  à  un  déchif- 
frement définitif. 

La  pierre  où  l'inscription  a  été  gravée  mesure  environ 
0  m  60  de  large  sur  0  m  40  de  haut.  Elle  sert  de  linteau  de 
fenêtre  dans  une  maison  ayant  longtemps  appartenu  à  la 
famille  de  Palhasse,  et  actuellement  possédée  par  M.  Bac;i- 
lou,  boucher.  Les  lettres  ont  de  0m  030  à  0  '"  035  de  hauteur. 


58 


UNE    INSCRIPTION    PROVENÇALE 


L'écriture,  où  la  capitale  et  l'onciale  sont  admises  concur- 
remment et  où  les  mêmes  lettres  ont  des  formes  variables, 
peut  être  attribuée  au  xme  siècle.  La  langue  est  celle 
que  1  on  parlait  alors  à  Figeac,  c'est-à-dire,  pour  employer 
le  terme  généralement  reçu  aujourd'hui,  le  provençal.  La 
déclinaison  est  imparfaitement  observée.  Le  rédacteur  de 
l'inscription  semble  avoir  voulu  lui  donner  d'abord  une 
forme  versifiée,  mais  cette  forme  n'est  réalisée,  tant  bien 
que  mal,  qu'au  commencement  et  à  la  fin. 


— 


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Voici  la  transcription  du   texte  ligne  par  ligne  avec  ses 
abréviations  : 

BARO  UOS  Q<  VINEZ  DAVAL 
MEZVRA  DVRA  E  CARAVAIL  FAIL 

3      MEZURA  VOS  DIC  q  TEINAZ  EN  MA 
L°    CARAVAIL    ES   AIROS    OME   GETA 
L°  TROB  i  GASTARS  SAB  LO  MOL  BO 

6      AL    FOL    q    FA    LA    MESSIO. 


1.  La  queue  du  Q  est  barrée  obliquement. 


UNE    INSCRIPTION    PROVENÇALE  59 

Je  propose  la  lecture  et  la  ponctuation  suivantes  : 

Baro,  vos  que  vinez  daval, 

Mezura  dura,  e  carauail  fail . 
3     Mezura  vos  clic  que  leinaz  en  ma. 

Lo  caravail  es  aïros.  Ome  (jeta 

Lo  trob  gastars,  sab  lo  mol[t]  ho 
6     Al  fol  que  fa  la  messio. 

Et  je  traduis  ainsi,  au  plus  près  du  texte,  sous  réserve 
des  observations  qui  vont  suivre  : 

Seigneurs,  vous  qui  venez  ici  dessous. 
Mesure  dure,  et  gaspillage  a  une  (in. 
3     Mesure  je  vous  dis  que  teniez  en  main. 

Le  gaspillage  est  haïssable.  Homme  jette  [à  bas] 
Le  trop  dépenser  ',  s'il  est  très  agréable 
6     Au  fou  qui  fait  la  dépense. 
La   première  ligne  s'adresse  aux  gens  qui  entrent   dans 
la  maison;  elle  indique  que  la  pierre  servait  primitivement 
de  linteau  de  porte. 

Le  mot  caravail,  qui  tigure  à  la  ligne  2  et  à  la  ligne  4, 
est  opposé  a  mezura;  il  se  dénonce,  par  cela  même, 
comme  signifiant  «  excès  »  et  spécialement  «  gaspillage  ». 
C'est  la  première  fois  qu'on  le  trouve  en  ancien  provençal. 
J'en  ignore  l'étymologie,  mais  je  le  tiens  pour  l'ancêtre 
du  mot  actuel  garavai,  que  Mistral  enregistre  et  qu'il  tra- 
duit par  «  désordre,   fouillis  ». 

La  ligne  2  nous  donne  un  proverbe  bien  frappé,  que  Mis- 
tral a  recueilli  sous  une  forme  un  peu  différente  : 

Mesuro  duro,  e  bèuta  faie. 

A  la  ligne  4,  la  traduction  de  aïros  par  «  haïssable  » 
paraît  s'imposer;  mais  cet  adjectif  n'est  attesté  en  ancien 
provençal  qu'au  sens  de  «  haineux,  irrité  ».  Le  verbe  getar 

1.  C'est-à-dire  :  «  la  trop  grande  dépense  jette  l'homme  [à  bas].  » 


60  UNE    INSCRIPTION    PROVENÇALE 

au  sens  de  «  jeter  bas,  détruire  »,  que  j'admets  ici,  n'est 
pas  non  plus  attesté. 

A  la  ligne  o,  mol,  pour  molt,  devant  consonne,  est  un 
lapsus  d'orthographe  qui  n'a  rien  de  surprenant.  La  locution 
saber  bo,  au  sens  de  «  être  agréable  »,  est  courante  en  pro- 
vençal ancien  et  moderne.  Le  rôle  grammatical  de  l'article- 
pronom  lo,  placé  après  le  verbe  sah,  n'est  pas  clair,  mais  le 
sens  général  de  la  phrase  ne  fait  pas  difficulté. 

En  somme,  l'inscription  de  Figeac  offre  un  très  réel 
intérêt,  pour  le"  fond  et  pour  la  forme  ;  il  faut  savoir  gré  à 
M.  l'abbé  Vavssié  d'avoir  attiré  l'attention  de  l'Académie 
sur  son  existence.  L'espoir  exprimé  dans  sa  première  lettre, 
que  ce  texte  révélerait  «  quelque  nom  ou  quelque  fait  inté- 
ressant l'histoire  locale  »,  n'est  guère  réalisé  par  l'étude 
que  je  viens  d'en  faire.  Il  en  résulte  seulement  qu'il  y  eut 
à  Figeac,  jadis,  un  émule  d'Harpagon,  qui  éprouva  le  besoin 
de  confier  à  la  pierre  ses  idées  d'économie  domestique. 
Il  était  un  peu  frotté  de  littérature,  mais  pas  assez  pour 
mériter  le  nom  de  troubadour.  Notons  cependant  que  son 
culte  pour  la  «  mesure  »  rappelle  un  thème  familier  aux 
anciens  poètes  provençaux,  qui  font  de  cette  vertu  la  base 
de    la    courtoisie1. 

Les  inscriptions  analogues  à  celles  de  Figeac,  où  la 
morale  se  présente  dégagée  de  toute  idée  religieuse,  ne  sont 
pas  communes  au  moyen  âge.  On  n'en  connaît  aucune, 
il  me  semble,  qui  remonte  aussi  haut,  au  moins  en  langue 
vulgaire  du  Nord  ou  du  Midi.  Mon  confrère  M.  Eugène 
Lefèvre-Pontalis,    professeur    à   l'École    des   Chartes,  veut 

1 .  De  cortcsiais  pot  vanar 

Qui  ben  sap  mesur'  esg-ardar. 

Marcabru,  éd.  Dejeanne,  p.  62. 
Cortesia  non  es  als  mas  mesura. 

Folquet  de  Marseille,  éd.  Stronski,  p.  59. 
La  même  idée  se  retrouve  en  langue  d'oïl  dans  le  célèbre  roman  de  Per- 
ceforesl,  qui    date    du    commencement    du    \ive   siècle  :  «   Courtoysie  et 
mesure  est  une  mesme  chose  »    voir  Littré,  à  l'historique  du  mot  mbsl're). 


LES    GALERIES    DES    ROIS 

bien  ffle  signaler  celle  qui  est  gravée,  en  minuscule 
gothique  de  la  fin  du  xve  siècle,  sur  la  tourelle  d'un  escalier 
de  l'abbaye  de  Morienval  (Oise)  : 

On  doit  peu  priser  le  soûlas, 
Quant  en  la  fin  on  dit  :  helas  ! 

H.  Vaschalde  a  publié,  en  1888,  une  inscription  qui  se 
lit  sur  une  clef  de  cheminée  dans  une  maison  appartenant 
au  hameau  de  Serrecourt,  commune  de  Thueyts  (Ardèche), 
et  dont  la  teneur  évoque  le  même  ordre  d'idées  : 
Reguarda  que  faras.  Comta  en  tou[t]  cas  ce  que  pot  te  venir. 
Reguarda  la  fin  K 

La  langue   et   la  graphie    ne    permettent  pas  de   faire 
remonter  cette  inscription  plus  haut  que  le  xvc  siècle. 


LES    GALERIES    DES    ROIS 

ET   LES    CATALOGUES    OFFICIELS    DES    ROIS    DE    FRANCE, 

PAR    M.    LOUIS    BRÉHIER. 

PROFESSEUR    A    l'uMVERSITÉ    DE    CLERM0NT. 

Dans  une  précédente  communication  sur  «  La  façade  de 
la  cathédrale  de  Reims  et  la  liturgie  du  sacre  »  (séance  de 
l'Académie  du  26  mars  1915),  nous  avions  cru  pouvoir 
affirmer  que  la  galerie  des  rois  qui  se  développe  au  fron- 
tispice représente  non  pas  les  rois  de  Juda  ancêtres  de 
Jésus,  mais  les  rois  de  France,  consacrés  comme  Clovis 
par  l'huile  de  la  sainte  Ampoule.  Nous  avions  constaté 
que  ce  chiffre  de  56  rois  correspondait  à  peu  près  à  celui 
des  rois  de  France  depuis  les  origines  jusqu'au  xive  siècle. 
De  nouvelles  recherches  nous  permettent  d'apporter  plus 
de  précision  à  cette  théorie  et  de  conclure  que  toutes  les 

1.  Bull,  d'hisl.  ecclès.  et  d  archéol.  relig .  des  diocèses  de  Valence,  Gap, 
Grenoble  et  Viviers,  t.  VIII,  p.  234  et  s.,  inscr.  n°  III. 


62  LÉS    GALERIES    DES    ROIS 

galeries  royales  connues  (Chartres,  Paris,  Amiens,  Reims) 
représentaient  bien  d'une  manière  plus  ou  moins  complète 
(16  rois  à  Chartres,  20  à  Amiens,  28  à  Paris,  56  à  Reims) 
l'ensemble   des   dynasties  nationales. 

Et  d'abord  l'idée  de  réunir  en  une  série  majestueuse  tous 
les  princes  qui  ont  régné  sur  la  France  est  bien  conforme 
aux  préoccupations  des  clercs  qui  formaient  l'entourage 
des  Capétiens  du  xme  siècle.  A  Paris  même,  Philippe  le  Bel 
avait  orné  d'une  galerie  semblable  la  corniche  de  la  Grand 
Salle  du  Palais.  On  y  plaça  successivement  toutes  les  sta- 
tues des  rois  de  France  depuis  Pharamond  jusqu'à  Fran- 
çois Ie1'  '.  Comme  à  Notre-Dame,  comme  à  Chartres,  comme 
à  Reims,  on  y  voyait  Pépin  le  Bref  monté  sur  le  lion  qu'il 
abattit  d'après  la  légende,  et  on  y  mit  plus  tard  Louis  X, 
tenant  par  la  main  le  petit  Jean  I  qui  ne  vécut  qu'un  mois. 
Sous  la  domination  anglaise,  on  y  plaça  même  la  statue 
d'Henri  VI,  mai-s  Charles  VII,  à  son  retour  à  Paris,  lui  fît 
taillader  le  visage.  Cette  curieuse  galerie  disparut  dans  l'in- 
cendie de  1618  2. 

Mais  surtout  depuis  une  époque  très  ancienne  les  chro- 
niqueurs monastiques  des  abbayes  royales  s'étaient  préoc- 
cupés de  dresser  des  catalogues  dynastiques,  dont  quelques- 
uns  avaient  une  valeur  presque  officielle.  L'un  de  ces  cata- 
logues fut  même  gravé  sous  le  règne  de  saint  Louis  à  l'un 
des  portails  de  Notre-Dame  de  Paris  :  il  comprenait  39  noms 
depuis  Clovis  jusqu'à  Louis  IX  «  qui  adhuc  régnât  »  3. 

1.  Géraud,  Paris   sous  Philippe   le   Bel  (Doc.  inéd.  H.  F.),  1837,  p.  405. 

2.  Sur  cette  galerie,  voy.  le  témoignage  de  Jean  de  Jandun  [Bull,  du 
Com.  de  la  langue  et  littèr.,  1856,  p.  518).—  Sauvai,  Histoire  et  antiquités 
de  Paris,  II,  p.  317.  —  P.  Champion,  François  Villon  (Paris,  1913),  I, 
p.  250.  —  Une  galerie  de  bustes  des  rois  de  France  existait  au  château  de 
Hesdin  au  xive  siècle  (Enlart,  Manuel  d'archéologie.  Architecture  reli- 
gieuse, 1902,  p.  548). 

3.  Bibl.  nationale,  ms.  lat.  5921  (anc.  Colbert  701),  fol.  47  V.  Reproduit 
par  Lebeuf,  Dissertations  sur  l'histoire  ecclésiastique  et  civile  de  Paris, 
1739,  p.  75-102. —  Cf.  Guérard,  Carlulaire  de  Sotre-Dame  de  Paris  (Doc. 
inéd.   H.  Fr.,  1850),  I,  ci.xix. 


LES    GALERIES    DES    ROIS  63 

L'existence  bien  attestée  de  ce  catalogue  montre  qu'au 
xuie  siècle  l'idée  de  commémorer  les  dynasties  françaises  à 
la  façade   d'une  église  apparaissait  comme  très   naturelle. 

Mais,  en  outre,  un  grand  nombre  de  catalogues  figurent 
dans  les  chroniques  du  xme  et  du  xive  siècle.  Existe-t-il 
des  rapports  entre  eux  et  les  galeries  des  rois?  Peuvent-ils 
en  particulier  nous  fournir  la  clef  des  chiffres  si  différents 
adoptés  à  Paris  et  à  Reims?  En  etfet,  si  on  laisse  de  côté 
les  séries  abrégées  de  Chartres  et  d'Amiens,  on  aboutit  à 
deux  systèmes  différents  représentés,  l'un  par  les  28  rois  de 
Paris,  l'autre  par  les  56  rois  de  Reims. 

Le  dépouillement  de  ces  documents  monotones  est 
d'abord  quelque  peu  décevant,  puisqu'il  n'y  en  a  pas  deux 
qui  coïncident  entièrement.  Un  seul  trait  leur  est  commun, 
c'est  l'inexactitude,  et  aucun  ne  donne  la  liste  réelle  des 
rois  telle  que  nous  pouvons  la  dresser  aujourd'hui. 

Pour  les  débuts,  chacun  a  son  système.  Les  uns  com- 
mencent à  Clovis,  les  autres  à  Pharamond,  fils  de  Marcho- 
mir  ;  d'autres  remontent  encore  plus  haut  dans  la  liste  des 
princes  troyens,  présentés  comme  les  ancêtres  des  rois 
francs.  Pour  Vincent  de  Beauvais,  le  premier  roi  de  France 
fut  Priam  descendant  de  Francion,  fils  d'Hector;  pour  la 
«  Genealogia  regum  Francorum  »,  ce  fut  Anténor,  grand- 
père  de  Francion,  et  sur  cette  liste  Pharamond  n'arrive 
qu'au  7''  rang. 

Voilà  donc  une  première  cause  de  divergences.  De  plus, 
si  la  liste  des  Capétiens  et  même  celle  des  Carolingiens 
étaient  relativement  faciles  à  dresser,  il  en  allait  autrement 
pour  les  Mérovingiens.  Ici  on  trouve  autant  de  systèmes 
que  d'auteurs.  Les  uns,  comme  les  rédacteurs  des  Grandes 
Chroniques  de  France,  ne  comptent  comme  rois  que  les 
princes  francs  qui  ont  régné  à  Paris  ;  les  autres  ne  donnent 
ce  titre  qu'à  ceux  qui  ont  été  en  possession  effective  de 
tout  le  royaume,  Clovis  I,  Clotaire  I,  Chilpéric,  etc.,  sans 
se  soucier  du  véritable  contresens  historique  ainsi  commis  ; 


64  i.i.s  GALEkits  des  Mois 

tous  s'enibrouillent  d'ailleurs  sur  la  liste  des  derniers  roia 
Mérovingiens,  et  l'accord  n'est  même  pas  complet  pour  les 
Carolingiens. 

Et  pourtant,  en  dépit  de  ce  désaccord,  si  l'on  élimine 
quelques  isolés,  réfractaires  à  toute  classification,  l'examen 
attentif  des  principaux  catalogues  nous  permet  de  les  grou- 
per en  deux  classes  bien  distinctes. 

A.  Liste  abrégée.  Quelques-uns  abrègent  à  l'extrême  la 
liste  des  Mérovingiens.  Tel  est  le  système  de  Rigord,  le 
chroniqueur  de  Philippe- Auguste.  Pharamond  est  pour  lui 
le  premier  roi  de  France,  Gharlemagne  le  16e,  Louis  VI  le 
28e  et  Philippe- Auguste  le  31e  l.  Or  ce  système  de  Rigord 
fut  adopté  par  des  compilateurs  du  xrve  siècle.  Dans  la 
Chronique  des  Rois  de  France  de  Bernard  Gui,  Louis  VI 
occupe  justement  le  28e  rang  2  ;  dans  la  Chronique  anonyme 
de  Philippe  de  Valois,  il  est  seulement  le  27e3.  Sans  doute 
les  artistes  du  moyen  âge  n'avaient  pas  toujours  le  souci 
de  l'exactitude  et  on  les  a  vus  parfois  réduire  à  vingt  le 
nombre  des  Vieillards  de  l'Apocalypse  et  à  dix  celui  des 
apôtres.  Il  n'en  existe  pas  moins  une  coïncidence  entre  les 
chiffres  de  ces  catalogues  et  la  galerie  des  28  rois  de  Notre- 
Dame  de  Paris.  Le  plan  de  la  façade  exécutée  sous  Philippe- 
Auguste  a  pu  être  dressé  sous  Louis  VII,  et  ce  roi  qui  s'est 
fait  représenter  lui-même  au  portail  Sainte- Anne  a  pu  avoir 
la  pensée  de  glorifier  ainsi  ses  prédécesseurs.  Les  galeries 
de  Chartres  et  d'Amiens  seraient  une  simplification  de  ce 
premier  système. 

B.  Liste  développée.  Mais  une  méthode  différente  appa- 
raît au  début  du  «  Miroir  historial  »  de  Vincent  de  Beauvais  '* 


1.  Gesta  Philippi  Augusti.  éd.  Delaborde  (Soc.  H.  F.),  p.  55-64.  II  compte 
suivant  l'usage  de  Saint-Denis,  comme  29e  roi,  Philippe,  fils  de  Louis  VI, 
sacré  du  vivant  de  son  père  et  mort  avant  lui. 

2.  Rec.  Histor.  de  Fr.,  XII,  230. 

3.  Rec.  Histor.  de  Fr.,  X,  314. 

4.  Vincent  de  Beauvais,  Spéculum  historUle,  XVI,  4  (éd.  de  1624). 


LES    GALERIES    DES    ROIS  65 

et  on  la  retrouve  dans  une  «  Genealogia  regum  Francorum  » 
également  contemporaine  de  saint  Louis1. 

Dans  Vincent  de  Beauvais,  Louis  VI  occupe  le  42e  ran°-, 
dans  la  Généalogie  le  41e;  puis,  bien  qu'ayant  suivi  des 
voies  différentes,  les  deux  auteurs  s'accordent  à  faire  de 
Louis  IX  le  46e  roi  depuis  les  origines  de   la  monarchie2. 

Or,  si  l'on  prolonge  ce  système,  il  se  trouve  que  le 
56e  roi  est  Charles  VI  ou  Charles  VII  (suivant  que  l'on 
compte  ou  non  Jean  I).  Nous  nous  rapprochons  ainsi  sin- 
gulièrement du  canon  adopté  à  Reims,  où  la  galerie  des 
Rois  ne  fut  achevée  qu'au  xve  siècle.  Il  est  donc  permis  de 
croire  que  les  décorateurs  rémois  s'étaient  inspirés  d'un 
catalogue  de  ce  second  type. 

Ainsi  les  deux  principales  galeries  royales  correspondent 
aux  deux  principaux  systèmes  adoptés  dans  les  catalogues 
dynastiques,  et  il  paraît  difficile  de  voir  dans  cette  coïnci- 
dence l'effet  d'un  simple  hasard.  Il  faut  donc  en  revenir 
purement  et  simplement  à  l'opinion  populaire,  suivie  par 
les  érudits  d'autrefois3,  qui  attribuait  aux  façades  de  nos 
cathédrales  un  caractère  national  et  voyait  dans  ces  galeries 
une  glorification  des  dynasties  françaises.  Toutes  ces  gale- 
ries, on  l'a  fait  remarquer  depuis  longtemps,  se  trouvent 
situées  dans  le  domaine  royal  :  si  elles  étaient  particulières 
aux  églises  dédiées  à  Notre-Dame,  on  ne  voit  pas  pourquoi 
elles  seraient  restées  dans  des  limites  aussi  étroites.  Leur 
existence  n'est  d'ailleurs  nullement  contraire  aux  rèerles  de 

1.  Mon.  German.,  SS.,  IX,  iOâ. 

2.  La  Généalogie  compte  comme  roi  Philippe,  fils  de  Louis  VI,  et  se 
met  ainsi  d'accord  avec  Vincent  de  Beauvais. 

3.  G.  Briee,  Description  nouvelle  de  la  ville  de  Paris,  1706,  II,  p  434.  — 
Gérard  Dubois,  Ristoria  ecclesise  parisiensis,  1720,  II,  p.  ]2i.  —  Félibien, 
Histoire  de  Paris,  1725,  I,  201.  —  Montfaucon.  Monuments  de  la  Monarchie 
française,  I,  194.  —  Guérard,  Ca.rtula.ire  de  Xotre-Dame  de  Paris,  1850,  I, 
ci.xix.  —  L'opinion  contraire  est  d'abord  soutenue  par  Didron  ;  Rapport  à 
M.  de  Salvandy  sur  la  monographie  de  la  cathédrale  de  Chartres,  Paris, 
1835,  réimprimé  dans  les  Annales  archéologiques,  XXVII,  p.  20).  —  Viol- 
let-Leduc,  Dictionnaire  d'architecture.  VI,  p.  9. 

1916  * 


lili  i.i.s    i..\U.l;ii:s    lus    i;oi> 

l'ictfri6grâphie  du  xnr  siècle,  puisque  le  sacre  confère  aux 
rois  une  autorité  mystique  qui  légitime  suffisamment  cette 
exaltation.  Enfin  il  faut  remarquer  que  ces  statues  appa- 
raissent toujours  à  l'étage  supérieur  des  façades,  entière- 
ment séparées  de  celles  des  personnages  de  l'Ancien  ou  du 
Nouveau  Testament,  qui  occupent  aux  portails  les  places 
d'honneur. 

Ajoutons  qu'à  Reims  la  galerie  des  rois  complétait  admi- 
rablement la  pensée  de  ceux  qui  avaient  composé  la  déco- 
ration des  parties  hautes,  comme  une  page  sublime  d'his- 
toire de  France,  mais  d'histoire  de  France  vue  par  les  théo- 
logiens, sub  specie  seterni. 

En  effet,  les  sculptures  qui  surmontaient  la  rose  centrale 
montraient  comment,  par  l'onction  sacrée  que  David  avait 
reçue  de  Samuel,  Dieu  avait  institué  la  royauté  légitime  et 
quels  modèles  il  avait  proposés  dans  la  personne  de  David 
et  de  Salomon  aux  monarques  des  temps  futurs.  Puis  le 
groupe  du  Baptême  de  Clovis  racontait  le  transfert  de  ce 
précieux  privilège  du  sacre  à  «  l'illustre  nation  des  Francs  » 
et  exaltait  la  gloire  du  peuple  qui  avait  été  jugé  digne  de 
cette  grâce  divine.  Enfin  la  galerie  sublime  des  succes- 
seurs de  Clovis  montrait  à  tous  les  yeux  comment  la  monar- 
chie française  était  sortie  du  baptistère  de  Reims.  L'oeuvre 
des  vieux  maîtres  champenois  était  donc  une  des  plus 
belles  manifestations  de  notre   sentiment  national. 


QUELQUES    OBSERVATIONS    SUR    LES    CHIENS    ET    LE    VIN 

A    L'ÉPOQUE    GALLO-ROMAINE, 

PAR    M.     LE    Dr    CAP1TAN. 

De  grands  travaux  de  terrassements  exécutés  aux  envi- 
rons d'Amiens,  dans  le  courant  de  l'été,  ont  amené  la  décou- 
verte de  plusieurs  sépultures  gauloises,  d'une  grande  exca- 
vation creusée  dans  la  craie  et  d'un   puits  carré  de  36  m. 


LIJS    CHIENS    ET    LE    VIN    A    i/ÉPOQLÈ    GALLO-ROMAINE        67 

de  profondeur.  Les  deux  étaient  remplis  de  débris  gallo- 
romains  et  furent  très  soigneusement. étudiés  par  M.  Com- 
mont,  d'Amiens.  M.  Jullian,  dans  une  des  dernières  séances 
de  l'Académie,  a  signalé  l'intérêt  de  cette  découverte. 

Ayant  pu  l'étudier  sur  place  avec  M.  Gommont,  je  vou- 
drais, avec  les  conseils  de  M.  Jullian,  me  permettre  d'atti- 
rer l'attention  de  l'Académie  sur  deux  particularités  assez 
spéciales  que  présente  cette  fouille. 

I 

L'Académie  se  souvient  sans  doute  que  le  remplissage  du 
puits  et  de  l'avant-puits  avait  été  fait  systématiquement  du 
ii('  au  ive  siècle  probablement  et  se  manifeste  dans  la  fouille 
sous  la  forme  de  sortes  de  cases  superposées,  séparées  cha- 
cune par  un  amas  de  moellons  de  craie.  Chaque  case  ren- 
ferme, au  milieu  de  débris  de  craie  et  de  boue  grise,  soit 
des  ossements  de  chevaux  et  d'agneaux  ayant  été  probable- 
ment sacrifiés,  soit  un  squelette  humain,  soit  des  vases  ren- 
fermant des  ossements  humains  brûlés  ou  ossements  de 
petits  animaux.  Parmi  ces  vases,  qui  ont  dû  être  déposés 
entiers  et  non  jetés  dans  le  puits,  certains  ont  un  contenu 
présentant  un  assez  grand  intérêt. 

Quatre  de  ces  vases  avaient  une  forme  ventrue  à  ouver- 
ture assez  large  et  bord  renversé  en  dehors,  du  type  des 
urnes  funéraires  ordinaires  d'époque  gallo-romaine,  en  terre 
grise  assez  fine  et  bien  cuite. 

Deux  de  ces  urnes,  enfouies  seulement  à  2  mètres  de  pro- 
fondeur, dans  la  grande  excavation,  renfermaient  des  cendres 
d'os  et  de  charbon  de  bois.  On  peut  admettre  qu'il  y  avait 
là  le  résidu  de  deux  cadavres  qui  auraient  été  exposés  à 
un  feu  très  violent  et  prolongé  et  dont  les  débris  osseux 
restants  auraient  été  fragmentés  encore.  Au-dessous,  une 
fibule  en  fer,  à  arc  très  simple.  A  6  '"  25  de  profondeur 
gisait  une  autre  urne  ne  contenant  que  des  débris  indéter- 


1)8  LES    CHIENS    HT    LE  VlN    A    [/ÉPOQUE   GALLO-KOMÀtNË 

minés.  Mais  entre  les  deux  dépôts,  à  i  '"  50  de  profondeur, 
on  rencontra  une  urne  renfermant  des  débris  d'os,  des 
cendres,  du  charbon,  trois  fragments  osseux  dont  un  débris 
de  côte  indéterminables  et  enfin  les  ossements  de  deux 
petits  chiens.  Leur  étude  soigneuse,  qu'a  bien  voulu  en 
faire  notre  éminent  ami  M.  Boule,  professeur  de  paléonto- 
logie au  Muséum,  a  démontré  qu'il  s'agissait  de  chiens  de 
petite  taille,  très  jeunes  (quelques  mois),  à  museau  court 
ressemblant  à  celui  du  bouledogue,  à  membres  trapus, 
comme  réduits  dans  leur  longueur.  On  a  pu  recueillir  les 
os  des  membres  et  une  partie  du  crâne  d'un  animal  et  seu- 
lement les  maxillaires  de  l'autre,  présentant  exactement  les 
mêmes  caractères.  Mais  il  y  avait  aussi  d'autres  chiens 
dans  le  puits.  A  18'"  80,  se  trouvait  un  squelette  humain 
dont  les  vertèbres  montrent  un  commencement  d'incinéra- 
tion. Sous  ce  squelette  gisait  un  chien  adulte  d'une  dimen- 
sion double  de  celle  des  petits  chiens  d'en  haut.  A  25 m  20, 
on  a  également  retrouvé,  isolé  au  milieu  de  débris  variés, 
les  mâchoires  d'un  quatrième  petit  chien,  identique  à  ceux 
de  l'urne.  Enfin,  il  faut  noter  également  qu'au  milieu  de  la 
boue  et  des  débris  de  pierres  remplissant  le  puits,  on  a  ren- 
contré, à  8  mètres  de  profondeur,  les  ossements  d'un  chien 
et,  à  32  mètres,  ceux  de  trois  autres  chiens,  mais  ces  ani- 
maux étaient  de  grande  taille. 

Donc,  dans  ce  puits,  on  avait  placé  neuf  chiens.  Nous  ne 
retiendrons  que  ceux  contenus  dans  l'urne  et  celui  placé 
sous  le  squelette,  parce  qu'ils  indiquent  très  nettement  un 
rite.  C'est  là  un  fait  nouveau  ;  car,  si  l'on  connaît  par  les 
textes  et  l'iconographie  les  soins  pieux  dont  ont  été  parfois 
entourés  dans  l'antiquité  les  cadavres  des  chiens  domes- 
tiques ',  on  n'avait  pas,  à  notre  connaissance,  encore  recueilli 
les  preuves  matérielles  de  cette  inhumation,  surtout  faite 
dans  les  circonstances  singulières  où  on  les  retrouve  dans 
le  puits  d'Amiens. 

1.  Hadrianus  equos  et  canes  sic  amavit   ut  cis  sepulchra  constitueret 
(Spartianus  :  Scriptores  Historiae  Augustae,  50-12). 


LES    CHIENS    ET    LE    VIN    A    l'ÉPOQUE    GALLO-ROMAINE  69 

Le  chien  domestique  jouait,  à  l'époque  gallo-romaine, 
un  rôle  important.  Chiens  de  berger,  chiens  de  garde, 
chiens  de  chasse  et  même  chiens  de  guerre,  puis  chiens  de 
luxe  ont  été  très  fréquemment  cités  et  décrits  par  de  nom- 
breux auteurs  latins  et  très  fréquemment  figurés  sur  les 
statues  et  bas-reliefs. 

Il  y  avait  donc  trois  catégories  de  chiens  dans  l'antiquité 
romaine  :  1°  le  chien  de  garde  et  le  chien  de  berger;  2°  les 
chiens  de  chasse;  3°  le  petit  chien  de  luxe. 

1°  Le  chien  de  berger  est  figuré  dans  l'exercice  de  ses 
fonctions  sur  trois  bas-reliefs  publiés  par  M.  Espéra ndieu 
dans  son  Recueil  des  statues  de  la  Gaule  romaine. 

2°  Les  chiens  de  chasse  ont  une  iconographie  gallo- 
romaine  considérable.  Ils  font  partie  de  représentations  de 
chasse  en  général.  M.  Espérandieu  n'en  publie  pas  moins 
de  20  figures). 

Leurs  variétés  étaient  très  nombreuses.  Gratius  Faliscus 
dans  ses  Cynégétiques  en  décrit  un  grand  nombre. 

Mille  canum  patrise,  ductique  ab  origine  mores 
Cuique  sua  :  magna  indocilis  dal  praelia  Medus, 
Magnaque  diversos  extollit  gloria  Geltas. 

Puis  viennent  les  Gelons  ;  les  chiens  de  Perse,  d'Arca- 
die,  d'Hvrcanie,  dont  les  chiennes  s'unissent  au  ti°Te  ;  les 
chiens  d'Ombrie  et  surtout  les  chiens  des  Morins  et  des 
Bretons,  d'une  bravoure  à  toute  épreuve.  Puis  viennent  les 
molosses,  les  chiens  d'Étolie,  etc.  et  pour  chasser  le  faible 
gibier,  daim  ou  lièvre  : 

Petronios  (sic  fama)  canes,  volucresque  Sicambros 
Et  pictam  macula  vertrabam  delige  fulva. 

Martial,  dans  ses  épigrammes  (XIV,  200),  parle  aussi  de 
ce  dernier,  le  canis  vertagus  : 

Non  sibi,  sed  domino  venatur  vertagus  acer, 
Illaesum  leporem  qui  tibi  dente  feret. 


70         LES    CHIENS    ET    LE  VIN    A    L  EPOQUE    GALLO-ROMAINE 

D'ailleurs  cette  espèce  (un  grand  lévrier)  a  persisté  et 
était  encore  fort  estimée  au  moyen  âge  où  il  portait  le 
même  nom. 

En  Gaule,  d'après  M.  Camille  Jullian  Histoire  de  la 
C;iule,  t.  II,  p.  287),  il  y  avait  trois  races  principales  de 
chiens,  d'abord  le  même  vertar/us  ou  vertrague  (grand 
lévrier),  puis  les  séguses  ou  sicambres  (braques  actuels), 
enfin  les  pe trônes  (chiens  courants). 

Ce  sont  précisément  les  mêmes  espèces  qu'indiquait 
Gratius  dans  les  vers  cités  plus  haut.  D'ailleurs  les  chiens 
gaulois  accompagnaient  les  guerriers  au  combat,  et  c'est 
pour  cela  qu'on  les  voit  figurer  sur  certains  deniers  consu- 
laires romains  de  la  famille  Domitia,  luttant  contre  les  enne- 
mis de  leurs  maîtres.  Il  y  avait  donc  également  des  chiens 
de  guerre. 

Mais  ce  qui  nous  intéresse  surtout,  c'est  la  troisième 
catégorie  :  le  petit  chien  de  luxe. 

Un  passage  du  Festin  de  Trimalchion,  dans  le  Safj/ricon 
de  Pétrone  (chap.  lxïv),  met  en  scène  les  deux  espèces  de 
chiens  domestiques  :  le  chien  de  garde  et  le  chien  de  luxe. 

«  Puer  autem  lippus  sordidissimus  dentibus  catellam 
nigram  atque  indecenter  pinguem  prasina  involvebat  fascia 
panemque  semissem  ponebat  supra  torum  atque  hac  nausea 
recusantem  saginabat.  »  Voilà  pour  le  chien  de  luxe.  Mais 
alors  intervient  le  chien  de  garde;  celui-ci  a  un  rôle  autre- 
ment sérieux  :  «  quo  admonitus  oflîcio  Trimalchio  Scylacem 
jussit  adduci,  praesidium  domus  familia^que.  Xec  mora. 
inarentis  forma1  adductus  est  canis,  catena  vinctus  ;  admo- 
nitusque  ostiarii  calce,  ut  cubaret,  ante  mensam  se  posuit. 
Tum  Trimalchio  jactans  candidum  panem  :  Nemo,  inquit, 
in  domo  mea  me  plus  amat.  » 

Le  chien  de  garde  a  donc  un  brevet  de  fidélité  et  on  com- 
prend facilement  que  nombre  de  maîtres  ont  voulu  avoir  à 
côté  d'eux  l'image  du  gardien  fidèle  qui  pourra,  dans  l'autre 
monde  encore,  les  défendre  et  les  protéger.  De  même  aussi 


LES    CHIENS    ET    LE  VIN    A    l'ÉPOQUÈ    GALLO-ROMAINE  71 

le  petit  chien  pourra  accompagner  son  maître,  l'aidant 
ainsi  à  se  distraire  dans  la  vie  future.  Et  c'est  ainsi  égale- 
ment qu'il  fera  reproduire  son  image  mortuaire  à  côté  de 
la  sienne.  C'est  aussi  dans  ce  même  festin  de  Trimalchion 
(Satyricon,  chap.  lxxi)  que  nous  en  trouvons  une  trace 
très  nette.  Celui-ci  lit  son  testament  à  ses  amis  attablés.  Il 
leur  déclare  entre  autres  :  «  ad  dexteram  meam  ponas  sta- 
tuam  Fortunata?  meae,  columbam  tenentem  et  catellam  cin- 
gulo  alligatam  ducat.  » 

Parfois  enfin,  et  nous  en  avons  la  preuve  dans  le  puits 
d'Amiens,  le  chien  est  placé  à  côté  de  son  maître  (squelette 
avec  le  chien  sous  lui). 

D'autres  fois,  le  chien  est  mort  avant  son  maître,  et  celui- 
ci,  plein  de  regrets  pour  l'animal  qu'il  a  tant  caressé  pen- 
dant sa  vie,  lui  fait  faire  une  épitaphe  et  le  fait  enterrer 
dignement.  Nous  ne  parlerons  pas  de  la  jolie  épitaphe  de 
Margarita,  la  chienne  de  chasse,  jadis  attribuée  à  Pétrone 
et  considérée  depuis  comme  étant  une  œuvre  satis  elegans 
et  vetusti  poetœ  mais  anonyme  (Poe/se  latini  minores,  t.  I, 
p.  142),  que  le  Corpus  dit  provenir  de  Rome  près  du 
Pincio.  Mais  il  faut  citer  la  non  moins  jolie  et  plus  vibrante 
épitaphe  de  la  chienne  Lydie,  celle-ci  œuvre  de  Martial 
{Épigr.,  livre  XI-69)  : 

Epitaphium  canis  Lydize. 

Amphitheatrales  inter  nutrita  magistros 

Venatrix,  sylvis  aspera,  blanrla  domi, 
Lydia  dicebar,  domino  fidissima  Dextro, 

Qui  non  Erigones  mallet  habere  canera, 
Necqui,  Dictœa  Cephalum  degente  secutus, 

Luciferae  pariter  venil  ad  astra  Deae. 
Non  me  longa  dies,  nec  inutilis  abstulit  a^tas, 

Qualia  Dulichio  fata  fuere  cani. 
Fnlmineo  spumantis  apri  sum  dente  perempta, 

Quantus  erat,  Galydon  aut  Erymantbe,  tuus. 
Nec  queror,  infernas  quamvis  cilo  rapta  sub  umbras  : 

Non  potui  fato  nobiliore  mori. 


72         LF.S    l  HIENS    ET    LE  VIN    A    L'ÉPOQUE    GALLO-ROMAINE 

Dans  cette  épitaphe,  c'est  la  chienne  familière,  mais  sur- 
tout la  chienne  de  chasse  dont  les  qualités  sont  célébrées. 
C'est  au  contraire  à  un  tout  autre  point  de  vue  qu'imitant 
la  poésie  de  Catulle  «  ad  passerem  Lesbia>  »,  Martial  égale- 
ment a  écrit  Epiyr.,  livre  I,  110)  ces  jolis  et  pas  mal  licen- 
cieux vers  : 

De  Catella  Publii  et  pictura  ejusdem. 

Issa  est  passere  nequior  Catulli, 
Issa  est  purior  osculo  columbae. 
Issa  est  blandior  omnibus  puellis. 
Issa  est  carior  Indicis  lapillis. 
Issa  est  delicise  catella  Publi. 
Hanc  tu,  si  queritur,  loqui  putabis. 
Sentit  tristitiamque  gaudiumque. 
Collo  nixa  cubât,  capitque  somnos, 
Ut  suspiria  nulla  sentiantur. 
Et  desiderio  coacta  ventris, 
Gutta  pallia  non  fefellit  ulla  : 
Sed  blando  pede  suscitât,  toroque 
Deponi  monet,  et  rogat  levari. 
Castœ  tantus  inest  pudor  catellœ  ; 
Ignorât  Venerem  :  nec  invenimus 
Dignum  tam  tenera  virum  puella. 
Hanc  ne  lux  rapiat  suprema  totam, 
Picta  Publius  exprimit  tabella, 
In  qua  tam  similem  videbis  Issam, 
Ut  sit  tam  similis  sibi  nec  Issa. 
Issam  denique  pone  cum  tabella  : 
Aut  utramque  putabis  esse  veram, 
Aul  utramque  putabis  esse  pictam. 

Œuvre  de  poète,  pourrait-on  dire,  mais  très  certainement 
traduisant  un  état  psychologique  montrant  une  des  faces 
des  mœurs  romaines  de  la  décadence. 

Mais  nous  avons  un  témoignage  irréfutable  dans  une 
épitaphe  gravée  sur  marbre.  C'est  celle  consacrée  par  une 
Gallo-romaine  à  sa  petite  chienne  tendrement  aimée.  Ce 
marbre  est  conservé  au  Musée  d'Auch  '. 

1.  Corpus  inxcr.  lat.,  tome   XIII.  Partis    primée   fasciculus   prior,  p.  63. 


LES    CHIENS    ET    LE  VIN    A    l' EPOQUE    GALLO-ROMAINE  73 

Quam  dulcis  fuit  ista  quam  benigna 
Quœ  cum  viveret  in  sinu  jacehat 
Somni  conscia  semper  et  cubilis. 
O  Factum  maie  MYia  quod  peristi 
Latrares  modo  siquis  adcubaret 
Rivalis  dominas  licentiosa. 
O  Factum  maie  MYia  quod  peristi. 
Altum  jam  tenet  insciam  sepulcrum 
Nec  sevire  potes  nec  insilire 
Nec  blandis  mihi  morsibus  renides. 

Si  maintenant  nous  passons  à  l'iconographie,  nous  voyons 
tout  d'abord  les  figurines  gallo-romaines  en  terre  blanche 
de  l'Allier  nous  montrer  de  curieuses  reproductions  de 
chiens.  Un  chien  assis  dans  l'attitude  de  la  garde  est  très 
souvent  figuré  isolé.  Parfois  il  y  a  des  figures  d'enfant  cou- 
ché  dans  son  berceau  ayant  un  chien  auprès  de  lui.  Une 
curieuse  terre  cuite  trouvée  à  Bordeaux  montre  un  homme 
et  une  femme  s'embrassant,  couchés  sur  le  lit  conjugal  et, 
auprès  d'eux,  leur  chien  fidèle  est  figuré. 

Mais  c'est  surtout  le  Recueil  c/e'néral  des  bas-reliefs  de 
la  Gaule  romaine  de  M.  Espérandieu  qui  nous  fournit  d'in- 
téressants renseignements  en  l'espèce. 

Le  dépouillement  de  toutes  les  figures  où  se  trouvent  des 
chiens  nous  donne  le  résultat  suivant  : 

Chiens  isolés  8  ;  deux  chiens  gardant  une  urne  1  ; 

Chiens  de  chasse  20  ; 

Chiens  de  berger  3  ; 

Chiens  avec  un  dieu  ou  une  déesse  6  ; 

Chiens  avec  leur  maître  ou  maîtresse  9  ; 

Chiens  avec  maître  et  maîtresse  2  ; 

Chiens  avec  un  enfant  4  ; 

Chiens  devant  un  triclinium  2  ; 

Chiens  mithriaques  3  ; 

nn  488;  tabula  marmorea  quadrata  litteris  non  bonis  saeculi  secundi  vel 
tertii.  Auch  rep.  a  186ô  in  fundamentis  jaciendis  stationis  viae  ferratae 
Bisch.  Bai  r.  Ibi  extat  in  museo. 


74  LES    CHIENS    F.T    LE    VIN    A    l/ÉPOQUE    GAELO- ROMAINE 

Tombeaux  de  chiens  2  ; 

Soit  donc  60  figurations  de  chiens  dans  l'iconographie 
gallo-romaine. 

Nous  signalerons  tout  spécialement  ceux  qui  rentrent 
dans  les  types  que  nous  étudions  et  dont  les  figurations 
cadrent  bien  avec  ce  que  nous  indiquent  les  textes. 

Voici,  par  exemple  n°  298  1,  au  Musée  Galvet  à  Avignon, 
un  couvercle  de  tombeau  :  à  un  angle,  le  portrait  d'un 
enfant,  au  milieu,  un  amour  et,  à  droite,  le  chien  familier 
regardant  avec  intérêt  un  plat  sur  une  table.  Au  Musée  de 
Bordeaux  (n°  1184),  c'est  la  pierre  tombale  d'un  enfant 
debout  ;  à  ses  pieds,  son  chien  gardien  fidèle  qu'il  aura 
après  sa  mort  comme  il  l'a  eu  pendant  sa  vie. 

Voici  maintenant  la  représentation,  telle  que  la  deman- 
dait Trimalchion,  de  l'homme  et  de  sa  femme  avec  leur 
chien  familier.  Au  Musée  de  Narbonne,  une  stèle  (n°  653) 
représente  le  mari  et  la  femme  debout  ;  entre  eux  deux  est 
un  gros  chien  avec  un  grelot  au  cou.  A  Autun  (n°  1893), 
deux  époux  également  sont  figurés  debout  et,  la  femme 
a,  près  d'elle,  un  petit  chien. 

D'autres  fois,  la  maîtresse  seule  a  voulu  être  représentée 
sur  sa  pierre  tombale  avec  son  chien  ou  sa  chienne  fami- 
lière :  tel  est  le  cas  de  la  stèle  du  Musée  Rolin  à  Autun 
(n°  1842)  où,  devant  sa  maîtresse  assise,  est  représenté  un 
chien  à  grande  échelle,  de  façon  à  ce  que  son  rôle  impor- 
tant dans  la  sépulture  soit  bien  noté. 

Mais  nous  avons  vu  aussi  le  rôle  des  petits  chiens  dans 
les  festins  (la  chienne  Margarita  au  festin  de  Trimalchion). 
Voici  deux  images  mortuaires  qui  font  allusion  à  cette  cou- 
tume. Dans  le  soubassement  de  la  cathédrale  du  Puy 
(n°  1666),  on  peut  voir  un  bas-relief  représentant  un  repas. 
Devant  le  triclinium  est  sagement  assis  le  chien  familier 
attendant  qu'on   lui    lance   un   bon   morceau.  Sur  la  stèle 

1.  Ces  numéros  correspondent  à  ceux  du  recueil  de  M.  Espérandieu. 


LES    CHIENS    ET    LE    VIN    A    L  ÉPOQUE    GALLO-ROMAINE  75 

trouvée  dans  les  fondations  de  l'église  de  Vaise  (Musée  de 
Lyon,  n°  1778),  c'est,  à  peu  de  chose  près,  la  scène,  narrée 
par  Pétrone,  de  l'esclave  bourrant  de  pain  la  petite  Marga- 
rita.  Ici,  c'est  un  jeune  enfant  couché  sur  le  triclinium  qui 
donne  à  manger  à  un  petit  chien  les  restes  encore  sur  son 
assiette. 

Enfin  nous   voudrions  insister  un  peu   sur  deux  pierres 
dont  la   signification  semble  jusqu'ici  avoir  été  méconnue. 
La  première   est   une    stèle   brisée   à   sa  partie   supérieure 
(n°  773)  au  Musée  Lamourgnier  à  Narbonne  :  un  gros  chien 
à  gauche  y  est  figuré  seul.  Il  est  à  demi  assis  sur  son  train 
de  derrière,  sa  tête  élevée  dans  l'attitude  du  chien  qui  hurle. 
Il  paraît,  bien  vraisemblablement,  que   c'est    bien    là    une 
pierre  tombale  d'un  chien  de  chasse  représenté  hurlant  de 
douleur  ou  donnant  de  la  voix  en  chassant.  Plus  évidente  et 
je  crois  même  absolument  certaine  comme  stèle  funéraire  est 
la  pierre  rectangulaire,  complète,  retirée  du  rempart  antique 
de  Narbonne  et  conservée  au  même  musée,  n°  770  (vov.  la 
fig.  ci-après,  p.  76).  Une   jolie  petite  chienne,  à  gauche,  v 
est  figurée  seule.  Avec  ses  longs  poils,  ses  pattes  fines,  elle 
rappelle  les  griffons  du  Nivernais  célèbres  dans  l'antiquité. 
Demi-assise  sur  son  train  de  derrière,  elle  donne  gentiment 
la  patte  gauche  de  devant.  Le  mouvement  est  très  exact  et 
fait  songer  à  la   fidélité  de  reproduction  en   peinture  de  la 
petite    chienne    Issa    qu'attribuait    Martial    à    son    maître 
Publius.  Du   reste,   pour  que   l'on    n'en   ignore,  au-dessus 
d'elle  est  gravé  son  nom  Gytheris  suivi  d'un  L  :  L(iberta)  ? 
Etait-ce  pour  dire  en  un  mot  combien  libre  et  heureuse  était 
la  petite  bête  au  cours  de  sa  vie?  En  tout  cas,  voilà   bien 
une  tombe  de  petite  chienne   de  luxe  qui   fera    passer  son 
joli  nom  de  Cytheris  à  la  postérité  avec  ceux  de  ses   simi- 
laires que  nous  indiquent  et  Pétrone  et  Martial  :  Margarita, 
Lydia,  Issa,   sans  oublier   la  petite    Mya   d'Auch.  Mais    si 
bibliographie  et  iconographie  existent  en  l'espèce,  jusqu'ici 
on  n'avait   pas   retrouvé   le   squelette   du   chien   auquel  on 


70  LES    CHIENS    ET    LE    VIN    A    L'ÉPOQUE    GALLO-ROMAINE 

avait  rendu  les  honneurs  funéraires  isolément.  Les  deux 
petits  chiens  soigneusement  placés  dans  l'urne  de  l'avant- 
puits  d'Amiens  que  nous  signalions  plus  haut  permettent 
de  combler  cette  lacune. 

Et,  en  effet,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  il  est  certain  que 
ce  vase  a  été  déposé  en  ce  point  du  puits,  et  non  jeté.  Il 
est  évident  d'ailleurs,  en  étudiant  chaque  compartiment  de 
ce  puits,  que   chaque   objet  y  a  été  placé  suivant  une  idée 


Pierre  tombale  d'une  petite  chienne.  —  Musée  d'Auch. 

bien  arrêtée  et  avec  une  intention  déterminée,  et  non  projeté 
au  hasard  comme  en  un  dépôt  d'ordures.  Nous  n'entrerons 
pas  dans  la  discussion  de  l'idée  de  puits  funéraire  établi 
ad  hoc.  Nous  pensons  plutôt  qu'il  s'agit  d'une  sorte  de 
favissse  où  étaient  placés  successivement,  pour  les  dérober 
à  toute  violation,  des  objets  sacrés  par  leur  rôle  ou  leur 
composition  (funéraires  par  exemple);  que  c'était  en  somme 
un  mode  de  sépulture  occasionnel,  mais  comportant  la  con- 
servation indéfinie  de  ce  qu'on  y  plaçait.  Et  en  effet,  sans  ce 
hasard  tout  spécial  qui  a  fait  passer  un  tracé  de  boulevard 
en  ce  point  et  qui  a  permis  la  rencontre  d'un  maire  intelli- 
gent, M.  Piquet,  autorisant   et   payant  les  fouilles,  et  celle 


t.ES    CHIENS    ET    LE    VIN    A    l'éPOQLE    GALLO-ROMAINE         77 

d'un  archéologue  soigneux  et  averti  comme  M.  Commont, 
squelettes  d'hommes  et  de  chiens,  de  chevaux  et  de  mou- 
tons, vieux  vases,  etc.  seraient  restés  intacts  et  inconnus 
probablement   pendant   des    siècles   encore. 

D'ailleurs  cet  amour  pour  les  chiens  utiles  ou  agréables, 
ce  besoin  de  les  avoir  auprès  de  soi,  de  les  emmener  même 
avec  soi  dans  l'autre  monde  et  d'en  conserver  l'image 
sur  son  tombeau  a  été  extrêmement  répandu  dans  tout  le 
moven  àg;e.  Innombrables  sont  les  tombeaux  où  la  tête  du 
gisant  repose  sur  son  chien,  ou  encore  c'est  sur  lui  que 
s'appuient  ses  pieds.  Aujourd'hui  encore  l'amour  du  chien 
est  si  développé  que  bien  des  gens  le  font  enterrer,  et  c'est 
pour  cela  qu'a  été  fondé  le  fameux  cimetière  des  chiens 
d'Asnières,  si  achalandé. 

On  voit  donc  que  les  quatre  petits  squelettes  de  chiens 
du  puits  d'Amiens  avaient  leur  intérêt  en  ce  qu'ils  nous 
révèlent,  une  fois  de  plus  et  de  façon  matérielle,  le  rôle 
important  que  jouait  le  chien  dans  la  vie  des  Gallo-lîomains. 

II 

Il  est  maintenant  un  autre  problème,  tout  différent, 
auquel  les  fouilles  de  M.  Commont  apportent  une  contribu- 
tion intéressante  :  c'est  celui  du  vin  à  l'époque  gallo- 
romaine. 

Voyons  d'abord  les  faits  , 

A  3o  mètres  de  profondeur,  il  a  été  rencontré  deux  grands 
vases  brisés  qui  devaient  mesurer  0  "'  3o  environ  de  dia- 
mètre sur  0  "'  20  de  hauteur,  en  forme  de  coupes  probable- 
ment et  faits  d'une  terre  grise  assez  fine  et  assez  bien  cuite, 
mais  mal  tournée.  La  texture  et  l'aspect  de  la  pâte  semblent 
devoir  les  faire  attribuer  à  l'époque  gallo-romaine.  Les  frag- 
ments de  ces  vases  présentent,  sur  leur  face  interne,  un 
dépôt  brun  jaunâtre  se  détachant  assez  facilement.  J'ai 
prié   mon   ami   M.    Fouard,  chimiste    distingué,  attaché    à 


78  ils    I  IIII.V-    I.l     I.E   VIN    A    L'ÉPOQUE    i.Al.l.n-HoMAIM. 

l'Institut  Pasteur,  de  vouloir  bien  examiner  ce  dépôt.  Il 
m'a  remis  la  note  ci-jointe  : 

«  Le  dépôt  fixé  au  fragment  de  vase  ancien  remis  par 
M.  Capitan  est  faiblement  adhérent  à  la  poterie  et  s'en 
détache  facilement  avec  la  lame  d'un  couteau. 

((  On  voit  immédiatement  qu'il  renferme  une  substance 
organique  fusible,  en  chaud'ant  une  parcelle  de  ce  produit 
en  suspension  dans  l'eau  bouillante  :  la  matière  fond  aussi- 
tôt en  s'étalant  en  gouttelettes  à  la  surface  de  l'eau. 

«  Cette  matière  est  une  résine,  se  dissolvant  dans  l'alcool, 
dans  l'éther  et  dans  l'essence  de  térébenthine  brûlant  sur 
une  spatule  de  platine  avec  une  flamme  fuligineuse  et  très 
éclairante. 

«  La  cendre  obtenue  est  très  soluble  dans  l'eau,  donnant 
une  solution  alcaline  :  on  peut  ainsi  présumer  que  le  dépôt 
donné  est  l'extrait  sec  d'un  vin  aromatisé  par  une  substance 
de  la  famille  des  résines  ;  les  carbonates  alcalins  de  la 
cendre  obtenue  seraient  le  résidu  minéral  des  sels  orga- 
niques de  la  résine  et  du  vin. 

«  Pour  caractériser  directement  les  éléments  du  vin,  on 
prend  une  partie  du  dépôt  jaune  du  vase  donné  et  on  éli- 
mine tout  ce  qu'il  contient  de  résine  par  dissolution  dans 
l'essence  de  térébenthine,  ajoutée  par  doses  successives, 
jusqu'à  épuisement.  Il  reste  un  résidu  solide  qui  doit  ren- 
fermer les  éléments  du  vin  ;  on  traite  ce  résidu  par  F  eau 
distillée  bouillante  et  on  filtre  sur  un  filtre  sans  cendre  ;  on 
étudie  d'une  part  ce  qui  reste  sur  le  filtre,  de  l'autre  la  dis- 
solution filtrée.  On  peut  constater  sur  celle-ci  qu'il  n'y  a 
pas  d'œnotannin,  substance  tannique  contenue  habituelle- 
ment dans  les  vins  ;  on  n'y  décèle  pas  non  plus  la  présence 
du  bilarlrate  de  potasse,  sel  contenu  régulièrement  dans  les 
vins  ;  puis,  le  résidu  solide  demeuré  sur  le  liltre  est  sou- 
mis à  un  examen  microscopique,  en  vue  d'y  déceler  la  pré- 
sence de  corps  de  levures  de  la  fermentation  alcoolique,  ce 
qui  aboutit  à  un  résultat  négatif.  Enfin,  ce  résidu  solide  est 


LES    CHIENS    ET    LE    VIN    A    L'ÉPOQUE    C.ALLO-fcoMAiNE  *9 

incinéré  et  la  cendre  reprise  par  l'eau  bouillante  ;  on  obtient 
ainsi  une  solution  alcaline  à  la  phénolphtaléine. 

«  Cette  dernière  alcalinité  ne  peut  plus  être  attribuée  à  la 
présence  de  la  résine  qu'on  a  totalement  séparée  .*  elle  est 
due  uniquement  au  liquide  qui  avait  dissous  la  résine,  vrai- 
semblablement liquide  alcoolique,  de  la  nature  d'un  vin  ou 
moût  fermenté. 

«  Le  dépôt  contenu  dans  le  vase  donné  pèse  environ 
30  milligrammes  par  centimètre  carré  ;  par  conséquent 
1  décimètre  carré  de  surface  intérieure  du  vase  porterait 
3  grammes  de  ce  dépôt  de  fond. 

«  L'analyse  de  ce  dépôt  montre  de  plus  que  pour 
3  grammes,  il  y  a  2  gr.  2  de  substances  solubles  dans  l'es- 
sence de  térébenthine.  Le  reste,  0  gr.  8,  contient  de  la 
matière  organique  et  de  la  matière  minérale  ne  pouvant 
provenir  que  du  liquide  alcoolique  qui  dissout  les  résines  ; 
on  constate  que  ce  reste  contient  0  gr.  27  de  cendres, 
la  ditférence,  0  gr.  53,  étant  constituée  par  des  substances 
organiques,  résidu  de  la  dessiccation  du  vin  et  de"  l'oxyda- 
tion lente  de  ses  éléments  non  volatils. 

«  Si  on  compare  ce  chiffre  de  0  gr.  27  de  cendres  à  celui  de 
3  grammes  valeur  moyenne  du  taux  de  cendres  contenu 
dans  un  litre  de  vin,  on  constate  que  pour  0  gr.  27  la  quan- 
tité de  vin  ne  serait  approximativement  que  100  centi- 
mètres cubes,  soit  un  dixième  de  litre  :  ce  serait  donc  dans 
un  décilitre  qu'il  y  aurait  2  gr.  2  de  substances  résineuses, 
soit,  pour  un  litre,  22  grammes. 

«  Or  les  chiffres  relatés  par  les  documents  anciens 
indiquent  que  le  taux  de  résine  employé  était  de  1  à 
5  grammes  par  litre.  Le  chiifre  trouvé  ici  par  l'analyse  est 
donc  beaucoup  trop  élevé. 

«  Une  première  interprétation  de  cette  analyse  est  que 
la  résine  caractérisée  ici,  présente  en  plus  grande  propor- 
tion, proviendrait  d'un  liquide  alcoolique  beaucoup  plus 
riche  en  alcool  que  nos  vins  actuels  ;  on  pourrait  supposer 


80         LES    CHIENS    ET    LE    VlN    A    e'éPOQI'E  GALLO-ROM  A  tNE 

qu'il  s'agit  d'un  liquide  analogue  aux  liqueurs  actuelles  dites 
;ij)éritifs  ou  liqueurs  digestives,  contenant  une  proportion 
élevée  d'essences  aromatiques.  Ces  essences,  résinifiées 
avec  le   temps,  se    retrouveraient  dans  le  dépôt  du  vase. 

«  Une  seconde  interprétation  de  la  même  analyse  résulte 
des  faits  suivants  :  si  l'on  cherche  directement  ce  que  dis- 
sout un  litre  de  vin,  d'un  degré  alcoolique  assez  élevé,  en 
résine  de  pin,  on  trouve  que  cette  quantité  est  en  réalité 
extrêmement  minime,  quelques  centigrammes  par  litre  suf- 
fisant cependant  à  donner  au  vin  un  goût  d'amertume  très 
prononcé.  Le  taux  élevé  de  résine,  apparemment  révélé 
dans  ce  vin  ancien,  serait  donc  inexplicable.  Mais  on  sait, 
d'après  les  travaux  de  certains  chimistes,  que  lorsqu'un  vin 
est  abandonné  à  lui-même,  au  contact  de  l'air,  l'oxygène  et 
les  substances  tanniques  de  ce  vin  forment,  par  une  oxy- 
dation progressive,  un  dépôt  solide  résinifié  avec  le  temps. 
Ces  différentes  causes,  addition  directe  de  résine,  macéra- 
tion de  plantes  aromatiques  donnant  des  essences  résini- 
fiables,  et  oxvdation  avec  résinitication  d'éléments  nor- 
maux  du  vin,  suffisent  à  expliquer  complètement  le  taux 
élevé,  déduit  approximativement,  de  la  résine  contenue 
dans  le  dépôt  soumis  à  notre  analyse.  » 

Par  conséquent,  il  avait  été  déposé  tout  au  fond  du  puits 
deux  vases  contenant  un  vin  résineux. 

Les  découvertes  de  vins  antiques  ne  sont  pas  très  nom- 
breuses. La  première  se  rapporte  à  l'analyse  que  fit  Ber- 
thelot,  en  1877,  d'un  vin  romain  contenu  dans  un  tube  de 
verre  recourbé  et  scellé  découvert  dans  un  tombeau  des 
Alyscamps.  Mais  il  s'agissait  de  vin  ordinaire.  En  1910, 
on  découvrit  à  Bordeaux,  au  cimetière  de  Saint-Seurin,  une 
fiole  en  verre  contenant  un  dépôt  qui,  analysé  par  le  chi- 
miste spécialiste  Denigès,  lui  démontra  l'existence  de  crème 
de  tartre  et  de  matière  chromotanique  permettant  d'affirmer 
l'existence  du  vin.  Au  Musée  de  Spire,  une  fiole  en  verre 
semble  contenir  du  vin.  11  n'y  en  a  eu  aucune  analyse  faite. 


LES    CHIENS    Et    LE  VIN    A    l'ÉPOQUE    GALLO-fiOMALNE         81 

Je  me  souviens  d'avoir  vu  jadis  au  Musée  archéologique 
de  Reims,  hélas  !  complètement  détruit  par  le  bombarde- 
ment des  Allemands,  une  fiole  allongée,  fermée  à  la  lampe 
datant  de  l'époque  romaine  et  semblant  contenir  du  vin. 

D'après  une  analyse  du  chimiste  Reuter  de  Genève,  un 
fragment  de  vase  recueilli  par  le  D1'  Baudouin,  dans  un  puits 
antique  de  Vendée,  décrit  par  lui  comme  puits  funéraire, 
présentait  sur  sa  paroi  interne  un  enduit  résineux  [Homme 
prchist.,  1913). 

A  Ercheu,  près  d'Amiens,  dans  la  tourbe,  on  découvrit, 
il  y  a  quelque  temps,  d'après  ce  que  nous  a  dit  M.  Com- 
mont,  une  coupe  sans  rebords  présentant  un  enduit  rési- 
neux (anal.  Vignard). 

Enfin  les  deux  vases  du  fond  du  puits  d'Amiens  dont  le 
dépôt  a  été  étudié  par  M.  Fouard  révèlent  les  éléments 
du  vin  et  d'un  vin  résineux. 

De  quoi  s'agit-il  donc  en  l'espèce?  Le  vin  résineux 
(picatum  vinum)  n'était  pas  un  vin  médicamenteux,  c'était 
une  préparation  de  vin  toute  spéciale  et  très  appréciée  de 
certaines  gens,  malgré  ou  à  cause  de  son  àcreté.  Elle 
reproduisait,  en  l'exagérant  souvent,  le  goût  naturel  de 
certains  crus.  C'est  ce  que  nous  dit  Martial  [Épigr., 
livre  XIII,  107). 

Ha?c  de  vitifera  venisse  picata  Vienna 
Ne  dubites  ;  misit  Romulus  ipse  mihi. 

Mais  le  vrai  picatum  vinum  était  fabriqué  au  moyen  de 
l'adjonction  soit  au  vin,  soit  plutôt  au  moût  d'une  résine  de 
nature  variée.  Cette  résine  donnait  au  vin  un  goût  tout 
spécial  et  fort  prisé1.  Non  seulement  l'amphore  était 
enduite,  à  l'intérieur,  d'une  couche  de  résine,  mais  on  en 
mettait   dans  le    vin.  C'est  en  Italie,  d'après  Pline,  que  fut 


1.  VA.  le   très  intéressanl  volume  de   M.    Milliard,  Lu   vigne  ihtns   l'anti- 
quité, Lyon,  1913. 

1916  « 


cS2         LKS    CHIENS    ET    LK   VIN    A    L'ÉPOQUE   GALLO-ROMAINE 

imaginé   ce    procédé.  De    là,  il    se    répandit    en   Gaule,  en 
Transpadane,  en  Egypte. 

Les  variétés  de  poix  employées  étaient  nombreuses  : 
térébinthe,  lentisque,  cyprès,  pin,  sapin,  mélèze.  La  résine 
la  plus  estimée  venait  du  Brutium  et  était  obtenue  de  Tantes 
ëxcelsa.  Pline,  dans  son  Histoire  naturelle,  traite  assez  lon- 
guement du  picatum  vinum  (XIV,  25).  D'après  lui,  «  c'est 
un  mode  de  traitement  du  vin  qui  ôte  aux  vins  leur  force 
sauvage  et  en  brise  l'àpreté  ou  donne  de  l'àpreté  à  ceux 
dont  la  douceur  est  plate  et  incertaine.  » 

La  résine  était  en  général  ajoutée  au  moût  et  au  cours  de 
la  fermentation.  La  poix  était  soit  crue,  soit  cuite,  tantôt 
liquide,  tantôt  desséchée  et  pulvérisée  ou  dissoute  dans  du 
vin  cuit.  Les  doses  à  employer  varient  notablement  :  d'après 
Gaton,  il  en  faudrait  0  kgr.  981  pour  194  litres.  Selon  Colu- 
melle,  il  en  fallait  5  livres  4  par  2340  litres  ou  bien  encore 
81  gr.  par  26  litres  ou  6  gr.  75  par  26  litres.  Quelques 
auteurs,  tels  que  Palladius,  n'employaient  que  3  onces  pour 
un  dolium  de  plus  de  100  litres. 

On  a  vu  par  l'analyse  exacte  de  M.  Fouard  que  ces  éva- 
luations sont  erronées  et  beaucoup  trop  élevées. 

Le  vin  ainsi  préparé  avait  une  àcreté  particulière  et  un 
goût  de  bourgeons  de  sapin  que  l'on  trouverait  aujourd'hui 
exécrable  ou  au  moins  auquel  il  faudrait  s'habituer  à  la 
longue.  Dans  l'antiquité,  il  était  au  contraire  très  estimé. 
Certains  crus  avaient  un  goût  naturel  analogue.  Tels  les  crus 
de  Dioscoride  en  Eubée  et  du  Viennois  en  Gaule  (pays  des 
Allobroges).  Cependant  les  médecins  de  l'antiquité  accu- 
saient le  picatum  vinum  de  causer  de  la  céphalalgie  et  du 
vertige.  On  alla  même  plus  loin,  d'après  Columelle,  et  on 
désigna  par  le  terme  de  crapula  et  la  résine  et  l'ivresse 
elle-même  produite  par  le  picatum  vinum. 

Faut-il  voir  là  l'indication  d'une  ivresse  spéciale  qui 
serait  due  à  un  produit  enivrant  particulier?  C'est  un  point 
que  l'on  peut  au  moins  soulever  en  présence  des  résultats 


LES    CHIENS    ET,  LE   VIN    A    l'ÉPOQUE    GALLO-ROMAINE  83 

fournis  par  l'analyse  chimique  de  M.  Fouard  ci-dessus  rap- 
portée. Selon  cet  auteur,  il  pourrait  s'agir  en  l'espèce  soit 
d'une  solution  fortement  alcoolique  très  chargée  de  prin- 
cipes résineux,  soit  de  substances  aromatiques  d'origine 
végétale  qu'on  aurait  fait  macérer  dans  des  vins  variés  et 
qui  en  vieillissant  se  seraient  résinifiés,  comme  il  a  été  dit 
plus  haut.  En  somme,  c'eût  été  même  chose  que  le  ver- 
mouth, l'absinthe  ou  autres  liqueurs  de  nos  jours.  Or  Pline 
[Hist.  nat.,  XIV,  18)  donne  une  longue  liste  de  plantes  qui, 
mises  dans  du  moût  de  vin,  donnent,  après  ébullition  pro- 
longée ou  fermentation,  des  vins  très  variés.  Il  indique 
l'absinthe,  le  cyprès,  le  laurier,  le  genièvre,  le  lentisque, 
la  gentiane,  l'hysope,  la  myrrhe,  etc.  On  le  voit  :  toute  la 
gamme  des  apéritifs  modernes. 

Il  est  donc  probable  que  les  vases  du  puits  d'Amiens 
contenaient  ou  du  vin  poissé  ou  un  vin  aromatique  comme 
ceux  dont  nous  venons  de  parler,  offrandes  de  choix,  dépo- 
sées dans  le  puits  sacré  et  capables  d'ailleurs  de  donner 
une  ivresse  distincte  de  celle  du  vin  ordinaire. 

Voilà  donc  encore  toute  une  série  de  points  que  soulève 
la  récolte  de  quelques  tessons  de  poteries.  Recueillis  très 
statigraphiquement  et  avec  tout  le  soin  nécessaire  par 
M.  Commont,  ces  bien  modestes  documents  donnent  pour- 
tant, quand  on  sait  les  utiliser,  des  indications  réellement 
curieuses  sur  une  pratique  de  vinitication  très  spéciale. 
Nous  avons  pensé  que  ces  quelques  observations  pouvaient 
être  également  soumises  à  la  bienveillante  attention  de 
l'Académie. 


Si 


SÉANCE   DU    11   FEVRIER 


PRESIDENCE    DE    M.    MATRICE    CROISET 


M.  Omont  donne,  au  nom  de  M.  Georges  Guigue,  archiviste 
en  chef  du  département  du  Rhône,  quelques  détails  sur  une 
récente  et  importante  découverte  de  documents  provenant  des 
anciennes  archives  de  l'église  de  Lyon. 

Au  cours  de  réparations  exécutées  dans  la  partie  supérieure 
de  Tune  des  chapelles  de  la  cathédrale  de  Lyon  (la  chapelle  de 
Bourbon),  des  ouvriers  ont  fortuitement  découvert,  cachés  sous 
un  amas  de  débris  provenant  de  travaux  antérieurs,  trois  caisses 
et  un  petit  coffret  de  bois  ou  layette  contenant  de  nombreuses 
liasses  de  parchemins  et  papiers  provenant  des  archives  de  l'an- 
cien chapitre  métropolitain. 

La  plus  grande  de  ces  caisses  renfermait  73  registres  ou 
cahiers  de  minutes  originales  d'actes  capitulaires,  de  1447  à 
1734,  qui  sont  venus  combler  de  nombreuses  lacunes  constatées 
dans  la  série  de  ces  actes  conservés  aux  Archives  du  Rhône. 

Dans  deux  autres  caisses  se  trouvaient  un  précieux  cartulaire 
de  l'église  de  Lyon,  le  Grand  cartulaire,  dit  de  1350,  que  l'on 
considérait  depuis  longtemps  comme  perdu,  et  la  table  générale 
des  27  volumes  de  l'inventaire  des  archives  du  chapitre,  rédigé 
par  l'archiviste  Lemoine  au  xvme  siècle  et  déposé  en  1790  aux 
Archives  du  Rhône.  Il  y  avait  encore  trois  fortes  liasses  de  baux 
et  devis  du  xvme  siècle,  et  enfin  trente  paquets,  soigneusement 
attachés  et  cotés,  contenant  58  registres  ou  cahiers  et  près  de 
700  pièces  originales,  dont  plusieurs  avec  sceaux,  datées  des 
années  861  à  1788.  Le  plus  ancien  de  ces  documents  est  un 
diplôme,  le  seul  que  l'on  connaisse  en  original,  du  roi  de  Pro- 
vence, Charles,  fils  de  l'empereur  Lothaire  Ier,  daté  de  861  et  en 
faveur  de  l'abbaye  de  l'Ile-Barbe.  Ce  diplôme,  publié  jadis  par 
Le  Laboureur,  puis  par  le  P.  Méneslrier  et  réimprimé  par  Dom 
Bouquet  dans  le  Recueil  des  historiens  de  France  f[.  VIII, 
p.  400),  est  accompagné  d'un  sceau  plaqué,  admirablement  con- 


SÉANCE    DU    H    FÉVRIER    1916  85 

serve,  dont  le  centre  est  formé  d'une  pierre  gravée,  représen- 
tant une  tète  imberbe,  de  profil  à  droite,  avec  les  cheveux  rele- 
vés sur  la  nuque,  et  entourée  de  la  légende  :  -\-  XPE  PRO- 
TEGE   KAROLVM    REGEM. 

Enfin,  le  petit  coffret  ou  layette  (cotée  Jehova  dans  les  anciens 
inventaires  du  chapitre)  renfermait  vingt-trois  documents,  soi- 
gneusement placés  dans  autant  de  chemises  de  papier  et  égale- 
ment cotées  par  l'archiviste  Lemoine.  C'étaient  tous  les  titres 
confirmant  les  antiques  privilèges  de  l'église  de  Lyon  :  des 
bulles  des  papes  Sergius  III  (918;  copie  du  xve  s.),  Grégoire  X 
(1275),  Innocent  VI  (1352),  Martin  V  (14*26),  Léon  X  (1515), 
Clément  VU  (1532),  Pie  IV  (1564);  deux  diplômes  ou  bulles 
d'or  (dont  une  seule  conservée)  de  l'empereur  Frédéric  Barbe- 
rousse  (1157  et  1184);  des  lettres  patentes  de  différents  rois  de 
France,  en  faveur  de  l'église  de  Lyon  :  Philippe-Auguste  (copie), 
Philippe  le  Bel,  Louis  X,  Phipppe  V,  François  Ier,  Louis  XIV, 
Louis  XV,  etc. 

Tous  ces  documents,  qui  constituaient  la  portion  la  plus  pré- 
cieuse des  archives  capitulaires,  avaient  sans  doute  été  déposés 
clans  cette  cachette  au  début  de  la  Bévolution  et  y  étaient  restés 
oubliés  depuis  plus  d'un  siècle. 

.MM.  Babelon  et  Maurice  Prou  présentent  quelques  observa- 
sur  le  sceau  dont  M.  Omont  vient  de  présenter  deux  photogra- 
phies. 

M.  Cordier  annonce  que  la  Commission  du  prix  Loubat  a 
décerné  un  prix  de  2.500  francs  à  M.  Henry  Vignaud,  pour  son 
ouvrage  sur  Améric  Vespuce,  et  une  récompense  de  500  francs 
à  M.  le  professeur  Callegari,  de  Vérone,  pour  l'ensemble  de  ses 
études  américaines. 

M.  .1.  Loth,  professeur  au  Collège  de  France,  lit  une  note  sur 
le  gaulois  pelru-  et  son  évolution  au  point  de  vue  du  sens. 

Il  y  a  une  véritable  paléontologie  linguistique  du  langage, 
avec  ses  couches  ou  terrains  caractéristiques,  ses  mots  fossiles 
et  ses  mots  en  évolution,  dont  les  formes  et  les  aspects  successifs 
révèlent  des  époques  différentes  et  permettent  d'établir  une 
chronologie  linguistique  approximative. 


80  SÉANCE    DU    11      FÉVRIER    1916 

La  lexicographie  des  langues  celtiques  en  offre  d'importants 
exemples.  Un  des  plus  curieux,  au  point  de  vue  de  l'évolution 
du, sens,  nous  est  fourni  par  l'anglais  du  Cornwal.  Le  comique, 
la  langue  celtique  du  pays,  variété  du  breton,  encore  facilement 
intelligible  aux  Bretons-armoricains  au  xvi'-.w  n'!  siècle,  a  tota- 
lement disparu  dans  la  seconde  moitié  du  xvnr  siècle,  mais  une 
partie  de  son  vocabulaire  a  survécu  dans  l'anglais  qui  l'a  sup- 
planté. La  plupart  des  mots  comiques  survivants  ont  été  récem- 
ment recueillis  par  Wright  dans  son  English  Dialectal  Dictio- 
nary.  Un  des  plus  inattendus,  qui  resterait  assurément  énigma- 
tique,  s'il  n'était  éclairé  par  le  gallois,  c'est  peddrack,  dans  l'ex- 
pression peddrack  mow.  Mow  est  purement  anglais  et  signifie 
meule  de  blé  ou  de  foin  ;  peddrack  qualifie  la  meule.  Or  ped- 
drack mow  a  ceci  de  caractéristique,  d'après  la  définition  de 
Wright,  que  la  meule  a  le  même  diamètre  dans  tous  les  sens, 
qu'elle  est  absolument  ronde,  sauf  qu'elle  se  contracte  au  som- 
met ;  peddrack  accentue  donc  l'idée  de  rondeur  et  semble  signi- 
fier rond,  parfaitement  rond.  Or  son  sens  réel,  complètement 
oublié,  est  carré,  à  quatre  cotés.  Le  gallois  pedri/,  qui  lui  est 
identique,  a  le  sens  de  carré  et  en  même  temps  de  parfait,  com- 
plet. Ce  sont  des  dérivés  de  petr-,  gaulois  petru-,  quatre  en 
composition,  de  même  origine  et  sens  que  le  latin  quadru-;  la 
forme  pan-celtique  serait  quelru-,  comme  le  montre  l'irlandais 
cethar-,  pour  *  cethr-  —  quetru-.  Le  gaulois  et  le  brittonique 
changent  le  son  labio-vélaire  qu  en  p.  Petru-  apparaît  dans  le 
mot  petru-decameto-,  quatorzième  (decameto-  signifie  dixième 
et  a  donné  le  gallois  et  breton  degved),  de  l'inscription  latine 
de  l'époque  gauloise  de  Gélignieux  (Ain),  et  aussi  dans  des  noms 
de  peuples  et  de  lieux,  comme  Petro-corii,  Petro-mantalum. 

Si  peddrack  représente  seul  en  comique  petru-  avec  un  sens 
si  différent  de  quatre,  il  n'en  est  pas  de  même  en  gallois;  pedry- 
qui  représente  petru-  a  couramment  non  seulement  le  sens  de 
quatre,  carré,  mais  aussi  un  sens  intensif  et  perfectif  C'est 
ainsi  que  pedry-law,  qui,  mot  à  mot,  signifierait  h  la  main  car- 
rée, a  le  sens  de  adroit,  à  la  main  habile,  etc. 

Il  semble  qu'en  irlandais  cethar-  ait  eu  un  sens  analogue  au 
moins  dans  un  composé. 

Il  est  également  probable  qu'il  faut  prendre  petru-  dans  un 


SÉANCE    DU    11    FÉVRIER    1916  87 

sens  métaphorique  et  intensif  dans  le  nom  des  Pelro-corii  (mot 
à  mot:  peuple  aux  quatre  troupes). 

En  tout  cas,  le  nombre  quatre  est  arrivé  chez  les  Celtes  insu- 
laires, les  Bretons  tout  au  moins,  à  prendre,  à  une  époque  très 
ancienne,  un  sens  intensif  et  perfectif.  L'idée  de  perfection  atta- 
chée au  nombre  quatre  explique  peut-être,  au  moins  en  partie, 
la  faveur  extraordinaire  dont  les  vases  à  quatre  anses  ont  joui 
en  Armorique,  au  cours  de  la  première  époque  de  l'introduction 
du  métal  dans  le  pays,  c'est-à-dire  vers  1700  ou  1800  avant 
Jésus-Christ  (cf.  J.  Lolh,  Les  vases  k  quatre  anses  à  l'époque 
préhistorique  dans  la  péninsule  armoricaine,  dans  la  Revue  des 
études  anciennes,  X,  p.  175).  Il  en  a  été  de  même  en  Çornwal,  à 
une  période  plus  avancée  de  l'époque  du  bronze,  c'est-à-dire  à  un 
moment  où  les  Celtes  occupaient  assurément  l'île  de  Bretagne. 
On  conçoit  assez  facilement  que  l'idée  de  perfection  se  soit  atta- 
chée au  carré  aussi  bien  qu'au  cercle.  Chez  les  Celtes,  le  cercle 
donne  plutôt  l'idée  de  l'exactitude,  de  l'achèvement,  d'après  cer- 
tains idiotismes  irlandais,  gallois  et  bretons.  Il  semble  qu'il  y  ait 
eu  plus  particulièrement  dans  le  carré  une  idée  de  symétrie. 

M.  le  comte  Durriiîu,  après  avoir  rappelé  que  la  bataille  de 
Marignan,  gagnée  par  François  Ier  le  14  septembre  1515,  au 
bout  de  deux  jours  d'«  un  combat  de  géants  »,  fut  en  réalité  une 
victoire  de  la  France  sur  les  intrigues  germaniques  en  Europe, 
signale  un  curieux  souvenir  qui  nous  est  parvenu  de  ce  grand 
événement. 

Vers  la  fin  de  l'année  1515,  la  mère  du  roi,  Louise  de  Savoie, 
se  rendit  en  Provence,  en  compagnie  de  la  reine  Claude  de 
France,  première  femme  de  François  Ier,  allant  au  devant  de  son 
fils  qui  revenait  de  sa  glorieuse  campagne  en  Lombardie.  Après 
que  la  réunion  des  augustes  personnages  se  fut  accomplie  à 
Sisteron,  le  13  janvier  1516,  Louise  de  Savoie  eut  l'idée  de  faire 
paraphraser  en  français,  à  l'usage  du  souverain  son  fils,  les 
vingt  versets  du  psaume  XXVI  qui  commence  par  «  Dominus, 
illuminatio  mea  »,  en  appliquant  chaque  verset  à  une  action  de 
François  1er,  soit  une  action  déjà  exécutée  par  lui,  en  particulier 
durant  la  campagne  de  Marignan,  soit  une  action  qu'il  pourrait 
être  amené  à  exécuter  dans  la  suite. 

Le  texte  de  la  paraphrase  fut  entièrement  rédigé,  et  l'on  arrêta 


88  LIVRES    OFFERTS 

la  composition  de  vingt  images,  en  forme  de  médaillons  circu- 
laires, qui  devaient  l'illustrer.  Sans  doute  avait-on  l'intention 
d'en  faire  faire  uri  exemplaire  de  luxe,  calligraphié  sur  parche- 
min, et  dans  lequel  les  images  auraient  été  peintes  en  manière 
de  grisailles.  Pour  une  raison  inconnue,  on  s'en  est  tenu  à  une 
sorte  de  minute,  sur  papier,  mince  livret  qui  faisait  déjà  partie 
des  collections  royales  au  xvie  siècle  et  qui  se  trouve  toujours 
à  Paris,  à  la  Bibliothèque  nationale  (ms.  français  2088).  Dans 
cette  minute,  les  images  en  médaillons,  alternant  avec  les  para- 
graphes du  texte,  sont  simplement  dessinés  au  trait  à  l'encre, 
sauf  une  seule  qui,  probablement  à  titre  d'essai,  a  été  transfor- 
mée en  grisaille  avec  touches  de  couleur  et  rehauts  d'or. 

Les  dessins  sont  d'une  délicatesse  exquise  et  M.  Durrieu  a 
déjà  proposé  antérieurement  '  d'y  reconnaître  la  main  de  Gode- 
frov  le  Batave,  artiste  charmant  dont  l'Institut  possède  à  Chan- 
tilly une  série  de  grisailles  signées,  dans  le  tome  III  du  manu- 
scrit des  Commentaires  de  la  guerre  gallique  provenant  de 
François  Ier. 

Quant  au  côté  littéraire  de  l'opuscule,  M.  Durrieu  montre  que, 
par  les  allusions  historiques  qui  s'y  rencontrent,  en  même  temps 
que  par  le  caractère  quelque  peu  alambiqué  et  par  là  amusant 
de  sa  rédaction,  il  contribue  à  faire  du  petit  volume  de  la  Biblio- 
thèque nationale  qui  le  contient  une  curieuse  relique  du  passé, 
qui  n'est  pas  indigne  de  la  glorieuse  page  de  nos  annales  natio- 
nales dont  elle  évoque  la  mémoire. 

MM.  Salomon  Reixacii  et  Thomas  présentent  quelques  obser- 
vations. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  P.  Sciieil  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai   l'honneur    d'offrir  à    l'Académie,  au   nom   de   leur   auteur, 

1.  C"  Paul  Durrieu,  Un  mystérieux  dessinateur  du  début  du  XVI"  siècle. 
—  Le  maître  du  «  Monslrelet  »  de  Rochechouart  (Paris,  1913,  in-4°),  p.  28- 
29  ;  et  dans  la  Revue  de  lArt  ancien  et  moderne,  où  ce  travail  a  d'abord 
paru,  t.  XXXIII.  p.  332-333. 


SÉANCE   DU    18    FÉVRIER    1916  89 

M.  Maurice  Vernes,  président  de  la  Section  des  sciences  religieuses 
à  l'École  pratique  des  Hautes  Études.  Le  premier  a  pour  titre  : 

Les  emprunts  de  la  Bible  hébraïque  au  grec  et  au  latin  (Paris, 
1914).  Le  second  est  une  étude  archéologique  et  géographique  inti- 
tulée :  Sinaï  contre  Kadès.  —  Les  grands  sanctuaires  de  l'Exode  et  les 
routes  du  désert  —  parue  dans  l'Annuaire  1915-1916  de  la  Section 
des  Sciences  religieuses  de  l'École  des  Hautes  Études. 

«  Mérite  surtout  de  retenir  notre  attention  ce  dernier  travail  où 
l'auteur,  admettant  la  réalité  de  l'exode  des  Israélites  et  de  leur 
migration  —  sous  la  conduite  de  Moïse,  au  xne  ou  xine  siècle  — 
défend  aussi  le  tracé  traditionnel  de  l'itinéraire,  avec  stations  aux 
sanctuaires  Sinaï-Horeb,  Kadès,  Ba'al  Péor. 

»  L'auteur  suit  pas  à  pas  les  Israélites  et  constate  que  «  les  rédac- 
«  teurs  des  documents  primitifs  dont  la  réunion  a  formé  le  Penta- 
«  teuque,  avaient  une  connaissance  précise  du  système  routier  unis- 
ce  sant  dès  la  haute  antiquité  l'Egypte  à  l'Asie,  —  système  routier 
«  qui,  sauf  modifications  de  détail,  se  retrouve  à  l'époque  romaine 
ii  dans  la  Tabula  Peutingeriana  que  confirment  les  données  de  la 
«  Géographie  de  Ptolémée  »  (p.  79).  La  lecture  du  travail  de 
M.  Vernes  est  des  plus  attachantes  et  des  plus  instructives,  et  l'ou- 
vrage est  tout  à  fait  digne  du  distingué  savant  à  qui  on  doit  tant  de 
belles  études  d'exégèse  biblique.  » 


SÉANCE  DU  18  FÉVRIER 


PRESIDENCE    DE     M.    THOMAS,    VICE-PRESIDENT. 

En  prenant  le  fauteuil  de  la  présidence,  M.  A.  Thomas  annonce 
que  le  Président,  M.  Maurice  Croiset,  indisposé,  ne  peut  assister 
la  séance. 

M.  Babelon  fait  une  communication  relative  à  des  signatures 
d'artistes  qu'il  a  relevées  sur  des  monnaies  grecques.  Il  insiste 
particulièrement  sur  les  signatures  des  grands  sculpteurs  du 
ve  siècle  avant  notre  ère,  Daidalos,  Alcamène  et  Polyclète,  dont 
il  pense  avoir  retrouvé  les  initiales  sur  les  monnaies  frappées  par 
les  Éléens  à  l'occasion  de  la  célébrations  des  Jeux  Olympiques. 
Ces  sculpteurs  célèbres  auraient  ainsi  gravé  des  coins  monétaires 


90  RAPPORT    SLR    LA    FONDATION    PIOT 

et  se  seraient,  exercés  à  la  fois  dans  plusieurs  branches  des  arts 
comme  le  firent  aussi  à  l'époque  de  la  Renaissance  des  artistes 
tels  que  Albert  Durer  et  Vittore  Pisano. 

MM.  Théodore  Reinacii  et  Durrieu  présentent  quelques 
observations. 

L'Académie  se  forme  en  comité  secret  pour  entendre  la  lec- 
ture du  rapport  de  M.  le  comte  Durrieu  sur  les  travaux  exécutés 
ou  encouragés  à  l'aide  de  la  Fondation  Piot  '. 


APPENDICE 


RAPPORT    DE    M.    LE    COMTE   DURRIEU, 
MEMRRE    DE    l' ACADÉMIE, 

sur  les  travaux  exécutés  ou  encouragés 

a  laide  des  arrérages  de  la  fondation  piot  ; 

lu  dans  la  séance  du  18  février  1916. 

Messieurs, 

J'ai  l'honneur  de  vous  présenter,  au  nom  de  la  Commis- 
sion Piot,  le  rapport  annuel  sur  l'emploi  des  arrérages  de 
ladite  fondation  en  1915. 

I.  La  prolongation,  durant  toute  cette  année,  de  la 
guerre  que  la  France  soutient  avec  tant  d'héroïsme  a  eu 
naturellement  sa  répercussion  dans  le  domaine  des 
recherches  scientifiques. 

Cependant,  en  certaines  régions  éloignées  du  théâtre  des 
hostilités,  l'activité  de  nos  érudits  qui  se  consacrent  spé- 
cialement aux  fouilles  et  explorations  ne  s'est  pas  arrêtée. 
A  plusieurs  reprises,  la  Commission  Piot  a  eu  à  soumettre 
à  l'Académie  des  demandes  de  subventions,  Sur  sa  propo- 

1.  Voir  ci-après. 


RAPPORT    SL'R    LA    FONDATION    PIOT  91 

sition,  vous   avez    successivement  accordé,  d'après    l'ordre 
chronologique  de  vos  votes  à  cet  égard  : 

3000  francs  à  M.  le  D1'  Carton  pour  entreprendre,  en 
Tunisie,  de  nouvelles  fouilles  à  Bulla  Regia,  où  il  a  déjà  fait 
de  si  intéressantes  découvertes,  comme  vous  le  savez  par 
sa  notice  sur  l'église  du  prêtre  Alexander  lue  à  votre  séance 
du  5  mars  1 9 1  o  (cf.  Comptes  rendus,  1915,  p.  116-130). 

1500  francs  pour  des  fouilles  au  Maroc,  sur  l'emplace- 
ment de  l'antique  Volubilis,  fouilles  à  exécuter  d'après  la 
proposition  de  notre  confrère  M.  Dieulafoy  avec  l'aide 
financière  du  Protectorat. 

2000  francs  au  R.  P.  Delattre  pour  des  fouilles  à  Car- 
thage,  dans  une  basilique  chrétienne  récemment  décou- 
verte où  le  P.  Delattre  avait  déjà  recueilli  de  nombreux 
fragments  d'inscriptions  chrétiennes. 

2000  francs  à  M.  Pierre  Paris,  directeur  de  l'École  des 
Hautes  Etudes  hispaniques,  à  l'effet  d'entreprendre  des 
fouilles  à  Bolonia  (ancienne  Belo),  à  quelques  kilomètres 
à  l'Ouest  de  Tarifa,  province  de  Cadix. 

Enfin,  1500  francs  à  M.  Merlin,  directeur  du  Service  des 
antiquités  et  des  arts  de  la  Régence  de  Tunis,  en  vue  de  con- 
tinuer des  fouilles  à  Thuburbo  Majus. 

Les  bénéficiaires  de  nos  allocations  n'ont  pas  oublié  le 
devoir,  qu'ils  contractent  du  fait  même  d'avoir  sollicité 
notre  concours,  d'instruire  l'Académie  du  résultat  de  leurs 
recherches.  Vous  avez  été  mis  au  courant  de  découvertes 
faites  soit  au  Maroc,  soit  en  Tunisie,  par  MM.  Dieulafov, 
Louis  Châtelain,  le  P.  Delattre  et  le  Dr  Carton.  Notre 
confrère  M.  Dieulafoy,  notamment,  vous  a  parlé,  dans  votre 
séance  du  25  juin  dernier,  des  fouilles  entreprises  à  Rabat 
et  qui  ont  dégagé  les  restes  de  la  si  importante  mosquée  de 
Yacoub  el  Mansour  (Comptes  rendus,  1915,  p.  237-242). 
Dans  une  séance  antérieure,  celle  du  9  avril,  vous  aviez 
entendu  une  communication  sur  le  théâtre  romain  de  Meri- 
da  que  M.  Raymond  Lantier  a  pu  aller  étudier  en  Espagne, 


92  RAPPORT    SUR    LA    FONDATION    P10T 

en  s'aidant  d'une  subvention  que  vous  lui  aviez  accordée 
en  1913  (Comptes  rendus,  1915,  p.  164-174). 

II.  Ouvrages  subventionnés.  Vous  ne  serez  pas  surpris  si 
les  événements  ont  exercé  leur  influence,  plus  encore  que 
pour  les  touilles  et  explorations,  au  point  de  vue  des  publi- 
cations de  librairie.  Des  différents  ouvrages  en  voie  d'exé- 
cution auxquels  la  Commission,  avait  les  années  précé- 
dentes, demandé  à  l'Académie  de  s'intéresser  par  des  sous- 
criptions, aucun  n'avait  encore  été  mis  en  circulation  à  la 
date  du  31  décembre  1915.  Mais  nous  devons  espérer  que 
ce  n'est  là  qu'un  arrêt  momentané,  trop  facilement  expli- 
cable dans  les  circonstances  que  nous  traversons. 

En  tout  cas,  d'ailleurs,  ce  qui  est  notre  principale  œuvre 
en  fait  de  publication,  le  recueil  des  Monuments  et 
mémoires  a  continué  à  paraître  sous  la  direction  de  nos 
confrères  MM.  le  comte  H.  de  Lastevrie  et  Collignon,  ce 
dernier  ayant  été  appelé,  vous  le  savez,  au  début  de  l'année 
1915,  par  un  choix  unanime,  à  succéder  au  si  regretté  et 
éminent  Georges  Perrot. 

Ce  n'est  pas  que  les  directeurs  du  recueil  n'aient  eu,  eux 
aussi,  à  lutter  contre  des  difficultés.  Le  secrétaire  de  la 
rédaction,  M.  Paul  Jamot,  s'est  trouvé  et  se  trouve  tou- 
jours retenu  en  province  par  une  mission  d'Etat.  Il  déploie 
tout  son  zèle  habituel  en  faveur  de  l'exécution  de  nos 
impressions,  mais  son  éloignement  de  Paris  complique  sa 
tâche,  en  entraînant  des  échanges  de  correspondances  qui 
occasionnent  forcément  des  retards. 

Nos  deux  précédents  rapports,  datés  de  1914  et  1915, 
vous  expliquaient  d  autre  part  combien  était  délicat,  et  par 
conséquent  long  à  accomplir  avec  toute  la  conscience  qu'y 
apporte  l'auteur,  le  travail  confié  à  M.  Léon  Dorez  de 
dresser  une  table  complète  des  vingt  premières  années  de 
notre  recueil,  table  qui  doit  constituer  la  seconde  partie  du 
tome  XX. 

En   attendant  que  cette  table  soit  mise  en  distribution, 


LIVRES    OFFERTS  93 

vous  avez  reçu  les  deux  fascicules  qui  composent  l'ensemble 
du  tome  XXI  des  Monuments  et  mémoires.  Ce  tome  com- 
prend une  suite  de  1 1  dissertations,  avec  21  planches  hors 
texte.  Deux  de  vos  confrères  y  ont  coopéré,  M.  Héron  de  Vil- 
lefosse  et  celui  qui  a  l'honneur  de  vous  soumettre  le  pré- 
sent rapport.  Un  autre  mémoire,  consacré  à  un  sujet  qui  se 
rattache  à  l'histoire  des  races  ayant  peuplé  l'antique  Gaule  : 
La  mort  de  Brennus,  étude  sur  quelques  figurations  de 
Gaulois  dans  l'art  hellénistique,  porte  la  signature,  que 
nous  ne  pouvons  lire  qu'avec  une  douloureuse  émotion,  de 
M.  Adolphe  Reinach. 

Parmi  les  planches,  nous  vous  signalerons  la  reproduc- 
tion en  couleurs  de  la  mosaïque  de  Sens,  d'après  une  aqua- 
relle de  M.  de  Fonseca,  planche  accompagnant  un  texte 
explicatif  dû  à  M.  Héron  de  Villefosse  et  pour  laquelle 
vous  aviez,  en  1914,  alloué  un  subside  spécial  à  l'éditeur, 
M.  Leroux.  Trois  autres  planches  en  couleurs  sont  consa- 
crées à  garder  le  souvenir  de  curieuses  fresques  de  l'église 
Saint-Loup  de  Naud,  précieux  vestiges  de  l'art  français  à 
l'époque  romane. 

Je  termine  en  me  faisant  auprès  de  vous,  Messieurs,  l'in- 
terprète de  la  Commission  pour  vous  demander  de  vouloir 
bien  approuver  ce  compte  rendu  de  l'emploi  des  arrérages 
de  la  Fondation  Piot  durant  le  cours  de  Tannée  1915. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  PorriEH  offre  à  l'Académie,  de  la  part  de  Mlle  A.  Gauckler,  deux 
volumes  sur  les  Nécropoles  puniques  de  Ca.rtha.ge  (Paris,  Picard, 
1915).  C'est  le  recueil  des  travaux  de  Paul  Gauckler  dans  cet  impor- 
tant domaine  où  pendant  plusieurs  années  s'est  exercée  son  activité. 
Le  premier  volume  tout  entier  est  consacre  aux  carnets  de  fouilles, 
aux  notes  inédites,  aux  croquis  pris  sur  le  terrain,  qui  nous  font 
suivre  pas  à   pas  les  recherches  du  regretté  explorateur  el  qui  nous 


04  SÉANCE    DU    25    FÉVRIER    1916 

montrent  avec  quelle  sûre  méthode  et  quelle  conscience  il  travaillait. 

Nos  étudiants  et  nos  apprentis  archéologues  y  pourront  puiser  d'ex- 
cellents exemples.  L'Introduction  est  due  à  un  ancien  membre  de 
l'École  de  Rome,  M.  Dominique  Anziani,  qui  est  un  des  glorieux 
combattants  de  la  grande  guerre  que  nous  soutenons  et  dont  la  dis- 
parition déjà  ancienne  cause  aux  siens  de  mortelles  inquiétudes.  C'est 
une  raison  de  plus  d'accueillir  ce  volume  avec  une  attention  émue. 

Le  second  volume  est  un  recueil  d'articles  autrefois  publiés  par 
P.  Gauckler  dans  divers  périodiques  sur  certains  musées  d'Algérie, 
sur  les  antiquités  découvertes  en  Tunisie,  sur  les  fouilles  de  Car- 
tilage, de  comptes  rendus  sur  la  marche  du  service  qui  lui  avait  été 
confié,  de  notices  sur  des  objets  divers  ou  des  inscriptions.  L'illus- 
tration est  extrêmement  abondante  et  soignée.  Elle  comprend  pins 
de  300  planches  et  des  figures  dans  le  texte.  C'est  un  répertoire  consi- 
dérable où  les  historiens  de  l'Afrique  du  Nord  trouveront  à  se  ren- 
seigner sur  quantité  de  faits  et  de  monuments  de  toute  sorte. 

On  sait  avec  quel  zèle  pieux  Mlle  Gauckler  s'est  vouée  à  la  mise  en 
valeur  des  matériaux  scientifiques  que  son  frère  avait  accumulés. 
Nous  lui  devons  déjà  le  Temple  syrien  du  Janicule  1912  et  les  Basi- 
liques chrétiennes  de  Tunisie  (1913)  ;  ces  deux  nouveaux  volumes 
complètent  la  série.  On  lui  saura  gré  d'un  effort  considérable  qui 
n'est  pas  seulement  un  hommage  rendu  à  une  chère  mémoire,  maie 
une  œuvre  utile  à  la  science  française. 


SÉANCE   DU  25  FÉVRIER 


PRESIDENCE   DE    M.    THOMAS,    VICE-PRESIDENT. 

M.  Louis  Léger  lit  un  travail  sur  le  mouvement  intellectuel  à 
l'époque  de  la  Renaissance  en  Dalmatie.  Ce  mouvement  com- 
mence par  des  œuvres  latines;  les  intellectuels  vont  étudier  à 
Venise,  à  Podoue,  à  Florence.  Mais  la  pratique  de  la  langue 
latine  ne  fait  pas  oublier  celle  de  la  langue  nationale,  le  croate 
ou  pour  parler  plus  exactement  le  serbo-croate.  Le  mouvement 
intellectuel  commencé  à  Raguse  se  continue  à  Spalato.  M.  Léger 
étudie  la  vie  et  les  œuvres  de  Mencetic,  de  Drzic,  de  Cubrano- 
vic  et  particulièrement  de  Marulic  qui,  dès  1522,  engage  le 
pape  Adrien  VI  à  grouper  tous  les  princes  de   l'Europe  contre 


JEAN    P1TAKT,    CHIRURGIEN    ET    POÈTE  95 

les  Turcs,  et  qui  dans  son  poème  de  Judith  chante  par  allégorie 
le  premier  triomphe  delà  chrétienté. 

MM.  Morel-Fatio  et  le  comte  Durriel*  présentent  quelques 
observations. 

M.  Antoine  Thomas  cède  le  fauteuil  de  la  présidence  à 
M.  Léger  et  donne  lecture  d'une  étude  sur  Jean  Pitart,  chirur- 
gien et  poète  (. 

M.  Théodore  Reinach  communique  et  restitue  une  inscription 
funéraire  en  vers  de  Sinope  sur  la  mort  d'un  jeune  homme  accom- 
pli. Xarcissos.  A  cette  occasion,  il  définit  le  caractère  du  dieu 
Phthonos,  invoqué  dans  ce  petit  poème  :  c'est  le  dieu  de  1  Envie 
—  ou  l'Envie  des  dieux  —  responsable  des  morts  prématurées. 


COMMUNICATION 


JEAN    PITART,    CHIRURGIEN   ET    POÈTE, 
PAR    M.    ANTOINE    THOMAS,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 

Jean  Pitart  est  le  premier  chirurgien  français  qui  ait  jeté  de 
l'éclat  sur  sa  profession,  encore  décriée  en  notre  pays  aune 
époque  où  elle  avait  déjà  pris  en  Italie  un  rang-  honorable 
à  côté  de  la  médecine2.  L'établissement  en  France,  d'abord 
à  Lyon,  puis  à  Paris,  du  célèbre  chirurgien  italien,  Lanfranc 
de  Milan3,  élève  de  l'école  de  Bologne,  qui  termina  à  Paris, 

1.  Voir  ci-après. 

2.  Le  plus  ancien  traité  de  chirurgie  rédigé  en  Italie  qui  nous  soit  par- 
venu est  celui  de  Roger  de  Salerne.  Composé  en  1180,  il  pénétra  dans  le 
Midi  de  la  France  dès  les  premières  années  du  xm"  siècle  et  y  fut  traduit 
partiellement,  d'abord  en  vers  provençaux,  puis  en  prose  (voir  Romania, 
t.  X,  p.  62  et  s.,  où  l'on  trouvera  des  rectifications  à  l'article  publié  par 
Félix  Lajard  clans  ÏHist.  lit  t.  de  la  France,  t.  XXI,  p.  513  et  s.);  on  en  pos- 
sède aussi  plusieurs  versions  en  ancien  français  (voir  Romania,  t.  XXXII, 
p.  18,  art.  3  et  p.  91,  art.  \0\ 

3.  Voir  sur  lui  l'article  de  Littré,  Hisl.  lit  t.,  t.  XXV,  p.  281  et  s.,  et  sur- 


96  JEAN    PlTART.    r.llllUlifill  ,\    Il    POETE 

en  129(i.  la  rédaction  de  sa  Chirurgia  magna,  dut  contri- 
buer à  relever  le  prestige  de  la  chirurgie  et  exciter  l'ému- 
lation de  nos  compatriotes.  On  a  dit  qu'en  arrivant  à  Paris, 
Lanfrahc  y  avait  trouvé  un  Collège  de  chirurgie  fondé  par 
Jean  Pilait,  en  1271,  et  qu'il  avait  été  immédiatement 
admis  dans  ce  collège,  en  1295  '  :  cette  double  affirmation 
ne  repose  sur  aucun  document  authentique.  Lanfranc  parle 
de  l'accueil  flatteur  que  lui  firent,  à  Paris,  certains  maîtres 
en  médecine,  nommément  le  doyen,  Jean  de  Passavant2; 
il  ne  parle  ni  de  Jean  Pitart,  ni  du  Collège  de  chirurgie.  La 
biographie  de  Jean  Pitart  "a  été  malheureusement  faussée 
par  des  préoccupations  de  boutique  qui  excitaient  déjà,  au 
xvie  siècle,  la  bile  d'Etienne  Pasquier:\  Nous  nous  efforce- 
rons de  dégager  l'histoire  de  la  légende. 


1 


SA    VIE 

On  ne  possède  pas  de  document  catégorique  sur  la  patrie 
de  Jean  Pitart  '.  Jean  de  Vaux  le  dit  Parisien  •"•  ;  d'autres  le 
tiennent  pour  Normand,  et  cette  hypothèse  est  plus  que 
vraisemblable.  Il  est  même  permis  de  supposer  qu'il  était 
originaire  des  environs  de  Carentan,  car  le  roi  Philippe  V 
lui  fit  don  d'une  confiscation   à  Picauville6.  Ainsi  s'expli- 

tout  Puccinotti,  Sloria  délia  medicina   Livourne,  1859),  t.  II,  2e partie,  1.  VI, 
chap.  13  et  14,  p.  411-447. 

1.  Puccinotti,  loc.  cit.,  p.  11":  cf.  Hist.  lilt..  XVI,  p.  96. 

2.  Hist.  litl.,  t.  XXV.  p.  284-6. 

3.  «  Les  Chirurgiens  par  une  vieille  cabale,  attribuent  la  première  insti- 
tution de  leur  Collège  à  sainct  Louys.  qui  est  un  abus...  »  Rech.de  la 
France,  I.  IX,  chap.  30  . 

•1.  L'idée  d'en  faire  un  Italien,  parce  que  son  nom  es!  énoncé  en  latin 
sous  la  forme  Johannes  Pitardi.  n'a  pu  venir  qu'à  un  historien  ignorant 
des  usages  du  moyen  âge  H.  Haeser,  Lehrhuch  der  Geschichte  der  Medizin. 
3'  éd.,  léna,  1875,  t.  I.  p.  764). 

5.  Index  funereus  chirurgicorum  Parisiensium.  Trévoux,  1711,  p.  1. 

>>.  Voir  ci-dessous,  p.  99. 


JEAiN    PiTART,    CtllKLRtilEN    ET     POÈTE  !»7 

pueraient  à  merveille  les  relations  de  maître  à  élève  qui 
s'établirent  entre  Jean  Pitart  et  Henri  de  Mondeville,  fils 
avéré  de  la  Normandie  ',  qu'il  vaudrait  mieux  nommer 
Henri  d'Emondeville.  car  son  nom  paraît  être  emprunté  a 
celui  de  la  commune  d'Emondeville,  canton  de  Montebourg, 
arrondissement  de  Valognes  (Manche),  plutôt  qu'à  celui  de 
Mondeville,  commune  du  canton  Est  de  Caen  (Calvados). 
En  revanche,  rien  n'autorise  Domfront-,  ni  Baveux3,  ni 
Aunav-sur-Odon 4  à  réclamer  Jean  Pitart  comme  un  de 
leurs  enfants.  D'autre  part,  des  différentes  familles  fran- 
çaises qui  ont  porté  ou  qui  portent  le  nom  de  Pitart  ou 
Pitard,  aucune  ne  peut  fournir  la  preuve  quelle  remonte 
réellement  au  célèbre  chirurgien5. 

La  plupart  des  biographes  de  Jean  Pitart  le  font  naître 
en  1228,  date  trop  reculée,  assurément,  mais  qui  ne  le 
serait  pas  assez  s'il  fallait  croire  qu'il  fût  déjà  chirurgien 
du  roi  Louis  IX  à  l'époque  où  ce  prince  fit  sa  première 
croisade  et  qu'il  ait  pu  l'accompagner,  en  cette  qualité, 
dans  son  expédition  d'outre  mer6.  En  réalité,  comme  Mal- 

1.  Les  doutes  émis  à  ce  sujet  par  Littré  [Hist.  litt..  XXVIII,  326)  ne  résis- 
tent pas  aux  preuves  linguistiques  de  l'origine  normande  de  Henri  de 
Mondeville  qu'a  réunies  le  Dr  Bos  dans  La  Chirurgie  de  Henri  de  Monde- 
ville.  Paris,  1897,  t.  I,  p.  m. 

2.  Courtebotte,  Essai  sur  l'hist.  et  les  antiq.  de  Domfront  (2e  éd.,  Caen, 
1816),  p.  103.  Il  est  certain  qu'il  a  existé  à  Domfront  une  famille  Pitart. 
qui  a  donné  son  nom  à  une  des  tours  de  la  ville,  mais  le  plus  ancien 
membre  connu  de  cette  famille,  Mainfray  Pitart,  n'est  mentionné  qu'en 
1360. 

3.  Pluquet,  Essai  hist.  sur  la  ville  de  Bai/eux   Caen.  1829:,  p.  123. 

4.  Dr  Chéreau,  Henri  de  Mondeville  Paris,  1862;  tirage  à  part  des  Mém. 
de  la  Soc.  des  antiquaires  de  .Xormandie),  p.  10-11. 

5.  Le  plus  ancien  document  qui  figure  dans  les  recueils  généalogiques 
des  D'Hozier  conservés  à  la  Bibliothèque  nationale  (Fr.  28776,  30071  et 
30727)  ne  remonte  qu'à  1493  :-il  émane  d'un  certain  Jehan  Pitart.  écuyer, 
capitaine  de  Buzet  i'Haute-Garonne)  ;  voir  Fr.  28776,  dossier  51802. 

6.  J.  de  Vaux  loc.  laud.)  ne  lui  donne  que  77  ans  au  moment  de  sa  mort, 
qu'il  place  en  1313  ;  François  Quesnay.  en  réimprimant  VIndc.r  funereus 
dans  ses  Rech.  critiques  et  historiques  sur  l'origine  de  la  chirurgie  en 
France    Paris.  17  i  ;'.  p.  534,  a  changé  arbitrairement  le  chiffre  77  en  87. 

1916  - 


98  JKAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET    POÈTE 

gaigne  et  Chéreau  l'ont  depuis  longtemps  proclamé1,  celte 
hypothèse  est  sans  fondement  :  Pitart  devait  être  au  ber- 
ceau quand  Louis  IX   s'embarqua  à  Aiguës-Mortes  (12i8  . 
Nous  ne  possédons  pas  de  témoignage  authentique  sur  son 
compte  avant  l'année  1292,  date  où  nous  le  trouvons  inscrit 
sur  le  rôle  de  la  taille  de  Paris  parmi  les  contribuables  de 
la  rue  neuve  Notre-Dame  :  «  Mestre  Jehan  Pitart,  20  sous2.  » 
Dès  1298,  au  plus  tard,  il  avait  pris  rang-  parmi  les  chirur- 
giens de  la  cour,  car  il  figure,  à  la  date  du  23  mars,  dans 
le  Journal  du  Trésor  de  Philippe  le  Bel :i.  Les  tablettes  de 
cire   de    Jean    de    Saint-Just  le    mentionnent    à   plusieurs 
reprises,  en  1300,  et  nous  voyons   qu'il   touche   des  gages 
pour  ses  services,  tantôt   «  en  cour  »,  tantôt   «  hors  de  la 
cour»».  A  la  fin    de    1303,  il  accompagna   Philippe  IV  en 
Languedoc  :  vin  compte  arrêté  à  Toulouse,  le  26  décembre, 
lui    attribue,  pour   40   jours  de   service,  7    livres,  13   sous, 
i  deniers,  plus  trois  robes'.  Son  titre  de  chirurgien  royal 
lui  donnait  naturellement  du  crédit  auprès  des  grands  sei- 
gneurs du  royaume.  Le  7  juin  1 308,  on  le  trouve  à  Conflans, 
près  de  Paris,  à  la  table  du  jeune  Robert  d'Artois;  en  1312, 
il  fut  appelé  en  Artois  pour  soigner  la  comtesse  Mahaut, 
qui  récompensa  largement  les  soins  dont  il  l'entoura  :  elle 
lui  fit  délivrer  100  livres,  «  sans  compter  ses  frais  de  route, 
des  hanaps  et  des  robes  pour  lui  et  pour  sa  femme  »  6.  La 

1.  Mal^aigne,  OEuvres  complètes  d'Amhroise  Paré  (Paris,  1S'£0;,  t.  I, 
p.  xi.ix-i.  :  Cliéreau,  op.  laud..  p.  10.  Cf.  II.  Bcrthaud  dans  Bull,  de  lu  Soc. 
franc,  d'histoire  de  la  médecine.  Paris,  1907,  t.  VI,  p.  78. 

2.  Bibl.  nat..  lat.  0783,  fol.  62  v",  1™  col. 

3.  II.  Géraud,  Parts  sous  Philippe  le  Bel  Paris,  1837;  Coll.  des  doc.  iné- 
dits sur  l'histoire  de  France),  p.  149. 

i.  Recueil  des  historiens  des  Gaules,  t.  XXII,  p.  51(5  C.  La  lecture  Picard 
doit  être  fautive;  Antonio  Cocchi,  qui  a  le  premier  publié  ces  tablettes, 
en   1 7  46,  a  lu  Pitard. 

5.  Recueil  cité.  t.  XXII,  p.  512  A.  d'après  les  tablettes  de  Ileims,  où  les 
éditeurs  lisent  aussi  Picardi,  au  lieu  de  P Hardi. 

6.  J.-M.  Richard,  Une  petite-nièce  de  saint  Louis.  Mahaut,  comtesse 
d'Artois  et  de  Bonryoyne  (Paris,  18s7  p.  loi  :  cf.  Inv.  sommaire  des  archives 
dép.  du   Pas-de-Calais  (1878),  t.   I.  p.   269,  reg.  coté  A  298.  Bien   que   les 


I 


JEAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET    POÈTE  99 

confiance  qu'il  inspirait  à  Charles,  comte  de  Valois,  frère 
de  Philippe  IV  et  père  de  Philippe  VI,  n'est  pas  seulement 
attestée  par  Henri  de  Mondeville,  dans  un  passage  souvent 
cité  de  sa  Chirurgia  *.  Le  prince  lui-même  a  tenu  à  inscrire 
le  nom  du  chirurgien  royal  dans  son  testament,  fait  le 
17  septembre  1325,  avec  un  legs  de  50  livres  tournois2. 
Chirurgien  en  titre  de  la  cour  de  France  sous  Philippe  IV3, 
Pitart  réussit  à  se  maintenir  dans  la  faveur  royale  après  la 
mort  de  ce  roi.  Nous  ne  savons  rien  de  particulier  sur  ses 
rapports  avec  Louis  X,  qui  ne  fit  que  passer  sur  le  trône, 
mais  un  document  authentique  établit  que  Philippe  V, 
à  une  date  indéterminée,  lui  témoigna  sa  reconnaissance  en 
lui  faisant  don,  à  titre  viager,  de  différents  biens-fonds  sis 
à  Picauville  '  et  dans  le  voisinage,  au  bailliage  de  Cotentin, 
biens  qui  avaient  été  confisqués  sur  un  certain  Roger  de 
Paris  -\  En  février  1327,  Charles  IV   qualifie   encore    Jean 

comptes  utilisés  par  l'auteur  estropient  le  nom  du  praticien  et  l'appellent 
«  maistre  Jehan  Pierart  (ou  Precart  »),  comme  ils  le  qualifient  «  sirurgien 
le  roy  »,  il  s'agit  certainement  de  notre  personnage,  qu'il  ne  faut  pas  con- 
fondre avec  un  autre  chirurgien  royal  «  Jehan  Le  Mire,  surourgien  nostre 
songneur  le  roy  de  France  et  chastelain  du  chasteau  d'Ayre  »  en  1303  (op. 
cit.,  p.  152).  M.  Alfred  Franklin  a  été  bien  inspiré  en  attribuant  à  Pitart  ce 
que  Richard  dit  de  Precart  ou  Pierart  :  cette  attribution,  qu'il  donne  seu- 
lement comme  très  probable,  nous  paraît  tout  à  fait  certaine  (La  Vie 
privée  d'autrefois.  Les  chirurgiens.  Paris,  1893,  p.  17,  note  1). 

1.  Littré  a  cité  (Hist.  lilt.,  XXVIII,  338)  l'ancienne  traduction  française 
de  ce  passage,  qu'il  vaut  mieux  lire  dans  le  texte  latin  original  publié  depuis 
par  le  Dr  Pagel  (Die  Chirurgie  des  Heinrich  von  Mondeville,  Berlin,  1892, 
p.  125  . 

2.  Joseph  Petit,  Charles  de  Valois  (Paris,  1900),  p.  227,  note  6,  où  l'au- 
teur a  lu  à  tort  Picard.  Le  texte  original  du  testament  (Arch.  Nat.,  J  164B, 
n"  54)  porte  exactement  :  «  A  mestre  Jehan  Pitart,  cinquante  livres  tour- 
nois. »  C'est  aussi  à  tort  que  J.  Petit  déclare  que  Charles  de  Valois  lit  en 
même  temps  un  legs  de  Î0  livres  à  Henri  de  Mondeville,  collègue  de  Pitart  ; 
ce  legs  est  l'ait  à  un  certain  «  Guillaume  de  Mondeville  »,  qui  n'esl  pas  qua- 
lifié «  mestre  »,  et  que  rien  n'autorise  à  regarder  comme  un  parent  du 
célèbre  chirurgien  ;  cf.  Hist.  litl.,  t.  XXVIII,  p.  325. 

3.  Il  figure  en  tête  d'un  groupe  de  six  chirurgiens,  dans  un  étal  royal  dé, 
1313    Ludewig,  Reliquise  manuscriptorum,  17  io,  t.  XII,  p.  43  . 

1.  Canton  de  Sainte-Mère-Église,  arr.  île  Valognes    Manche). 

5.   L'acte  de  donation  ne  nous  est  pas  parvenu,  mais  nous  le  ( naissons 

par  des  Lettres  de  Charles  IV  dont  il  va  être  question. 


Il  III  .11. AN     l'ITAHT,    CHIIU  ItdlL.N    ET     Poi.ll, 

Pitart  de  «  dilectus  cirurgicus  noster  »,  dans  un  acte  qui  d 
pour  1ml  d'assurer  la  transmission  de  ces  biens-fonds,  après 
La  mort  du  possesseur  viager,  et  moyennant  un  cens  annuel 
de  2o  livres  tournois,  à  Robert  du  Sartrin,  garde  du  sceau 
royal  à  Carentan1.  Il  est  donc  bien  établi  que  notre  chirur- 
gien n'est  pas  mort  en  1315,  comme  on  l'a  affirmé  gratui- 
tement, mais  au  plus  tôt  en  1327,  probablement  même  après 
septembre  1328,  car  Robert  du  Sartrin  fit  confirmer,  à  cette 
date,  par  Philippe  VI  la  donation  de  Charles  IV2,  et  il 
semble  que,  si  Pitart  fût  mort  dans  l'intervalle,  son  succes- 
seur désigné  à  Picauville  aurait  notifié  le  fait  à  la  chancel- 
lerie royale. 

Entre  ces  deux  dates,  1292  et  1328,  se  placent  deux 
monuments,  de  nature  très  dissemblable,  où  figure  le  nom 
de  Jean  Pitart,  et  dont  il  nous  faut  parler  avec  quelques 
détails. 

En  1310,  notre  chirurgien  lit  creuser  un  puits  dans  la 
cour  d'une  maison  de  la  Cité,  sise  dans  la  rue  qui  prit  plus 
tard  le  nom  de  rue  de  la  Licorne.  Ce  puits  existait  encore 
en  1611,  date  a  laquelle  la  maison  fut  rebâtie.  Il  portait 
l'inscription  suivante,  aujourd'hui  disparue  : 

Jehan  Pitard  en  ce  repaire, 
Chirurgien  le  roy,  fit  faire 
Ce  puits  en    l'an]  mil  trois  cens  dix, 
Dont  Dieu  lui  doint  son  paradis3. 

1.  Arch.  nat..  .1.1  64,  n"  361.  L'acte  est  daté  «  apud  Villam  Looys  », 
aujourd'hui  Villuis,  cant.  de  Bray-sur-Seine,  arr.  de  Provins  (Seine-et- 
Marne);  il  concède  en  même  temps  à  Hubert  du  Sartrin,  moyennant  un 
cens  de  6  livres  tournois,  les  marais  de  Gorges  (cant.  de  Périers,  arr.  de 
Coutance- 

2.  Arch.  nat.,  .T,I  65  A.  n°  284.  L'acte  est  daté  du  camp  près  d'Ypres  :  il 
reproduit  non  pas  l'acte  de  Charles  IV  visé  plus  haut,  mais  deux  actes  dis- 
tincts, datés  également  de  Villuis,  février  1327.  l'un  relatif  au  viager  de 
Pitart  à  Picauville,  l'autre  relatif  aux  marais  de  Gorges.  Cf.  H.  Berthaut, 
loc.  cil.,  p.  78-79,  où  sont  publiées,  peu  correctement,  quelques  lignes  des 
lett  res  de  Philippe  VI. 

3.  Quesnay,  lieclwrches...  sur  l'origine...  de  la  chirurgie  en  France, 
p.  37,  note  6.  L'auteur  dit  que  -  M.  de  la  Noue  vit  cette  inscription   auprès 


JEAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET    POÈTE  101 

On  considère  généralement  cette  construction  de  Pitart 
comme  une  œuvre  de  philanthropie,  destinée  à  combattre  le 
danger  que  présentait   dès  lors   l'usage  de    l'eau   de  Seine 
pour  l'alimentation  publique,  et  l'on  voit  dans  l'inscription 
même  un  témoignage  de  la  reconnaissance  de  ses  contempo- 
rains. L'inscription   a   du  être  gravée    sur   la   margelle  du 
puits  dès  l'achèvement  des  travaux,  en  1310.  Nous  sommes 
persuadé  que  Pitart  l'a  rédigée  lui-même,  ayant  pleine  cons- 
cience qu'il  avait   fait    œuvre    méritoire  en  construisant  ce 
modeste   édifice.  Rien   n'empêche   de   croire,  mais    rien    ne 
prouve  que  ses  contemporains  aient  partagé  ce  sentiment. 
Au  mois  de  novembre  1311,  le  roi  Philippe  IV  promul- 
gua solennellement   un    édit  réglementant   l'exercice  de  la 
chirurgie  dans  l'étendue   de   la   ville  et  de  la   vicomte  de 
Paris1.  L'idée   n'était  pas  nouvelle,  et  le  terrain  était  déjà 
préparé.  Dès  le  règne  de  saint  Louis,  le  prévôt   de   Paris, 
Etienne    Boileau,  avait    institué    une   commission    de    six 
<>  cyrurgiens  jurez  examineeur[s]  »,  chargée  de  dresser  la 
liste     des    chirurgiens    dignes     d'exercer    le     métier'2.  Le 
lundi   21    août     1301,   vingt-neuf    barbiers    parisiens,   qui 
exerçaient  la  chirurgie,  furent  convoqués  personnellement, 
et  il   leur   fut    interdit    «  sus    peine  de   corps    et   d'avoir  » 
de  continuer    leur    exercice    avant    d'avoir    été     examinés 
par    les   maîtres3.  La  seule    nouveauté   de    l'édit   de    1311 
consiste  en  ce  que  le  chirurgien    royal,  maître  Jean  Pitart. 
est   chargé    spécialement   de   présider    et    de     convoquer, 
quand  il  y  aura   lieu,  la  commission  d'examen.  Le  nombre 


du  puits  en  la  cour  ».  Il  cite  comme  source  le  registre  E,  feuillet  219  v°,  des 
archives  de  l'Académie  de  chirurgie,  aujourd'hui  introuvables. 
^   1.   Arch.  nat.,  J.I  46,  n"  20.  fol.  20;  Y  2,  fol.  36;   Y    12.  fol.  167.  Cet  relit  a 
été  plusieurs  fois  publié,  notamment  par  F.  Quesnay  dans  ses  Recherches 
citées,  p.  137-  1  io. 

2.  Livre  des  Métiers,  titre  XCVI,  éd.  H.  de  Lespinasse  et  V.  Bonnardot 
(Paris,  1879),  p.  208. 

3.  Quesnay.  Recherches  citées,  p.  '.:(:>:  R.  de  Lespinasse.  Métiers  et  cor- 
porations de  lu  ville  de  Paris  (Paris,  1897  .  t.  III.  p.  628i 


f02  JEAN     PITART,    CHIRURGIEN    El     POÈTE 

des  membres  de  cette  commission  n'est  pas  fixé.  Le  rùle  de 
président  attribué  à  Jean  Pitart  doit  passer  après  lui  à  son 
successeur  dans  ses  fonctions  de  chirurgien  royal,  mesure 
destinée  à  assurer  à  L'avenir  l'observation  de  l'édit  de  131  1 . 
Il  est  permis  de  supposer,  non  seulement  que  l'influence 
prise  à  la  cour  par  Pitart  a  provoqué  la  publication  de  cet 
édit  solennel,  mais  que  sa  plume  n'est  pas  étrangère  à  la 
rédaction  du  préambule,  où  les  abus  auxquels  donnait  lieu 
l'exercice  de  la  chirurgie  sont  vigoureusement  stigmatisés, 
et  où  la  dignité  scientifique  de  la  ville  de  Paris  est  exaltée 
en  termes  magnifiques  qui  méritent  d'être  cités  '. 

Tel  nous  apparaît,  d'après  les  documents  authentiques,  le 
rôle  de  Jean  Pitart  comme  chirurgien  et  comme  gardien  du 
bon  renom  des  études  chirurgicales  dans  la  capitale  de  la 
France.  Si  la  postérité  l'a  exagéré  en  voyant  dans  Pitart  le 
«  fondateur  du  Collège  de  chirurgie  »,  si  des  apologistes 
sans  critique,  pour  rehausser  l'éclat  de  sa  biographie,  en  ont 
faussé  les  limites  chronologiques,  on  ne  saurait  nier  que  sa 
renommée  ne  repose  sur  de  solides  fondements.  L  Ecole  de 
chirurgie  de  Paris,  devenue  Académie  au  xvme  siècle,  garda 
le  culte  de  sa  mémoire  et  fit  exécuter  son  portrait.  Cette 
toile  nous  est  parvenue  et  a  été  plusieurs  fois  reproduite 
par  la  gravure  -'.  Il  est  difficile  de  lui  assigner  une  date  pré- 
cise, mais  il  suffit  de  la  considérer  pour  affirmer  qu'elle  ne 
remonte  pas  au  delà  des  premières  années  du  xvue  siècle3. 
Sur  le  mur  du  péristyle  de  la  nouvelle  Ecole  de  chirurgie4, 
construction  qui  consacra  la  réputation  de  l'architecte  Gon- 

1.  «  Ne  in  villa  Parisiensi,  quae  proprie  locus  est  fhientissimi  fontis 
scientiae,  quœ  eliam  scientes  parit  et.  in  utero  recipiens  ignorantes,  tan- 
dem siue  fontis  sapientiae  germinosis  i  kat>>s  rivulis  diversarum  faculta- 
tum  reddil  scientiis  insignitos,  talia  de  cetero  perpetrentur.  »  (Quesnay, 
Recherches,  p.   i-'^. 

2.  Tout  d'abord,  cl  fort  librement,  dans  l'ouvrage  de  Quesnay  déjà  cité, 

3.  Description  cl  reproduction  dans  Nue  Legrand,  Les  collections  nrlis- 
liijiies  Je  la  Faculté  de  médecine  de  Paris  l'aris.  1911,  in-4"),  p.  41  et  pi.  8. 
La  notice  biographique  est  sans  valeur. 

i.  Aujourd'hui  occupée  par  la  Faculté  de  médecine, 


JEAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET     POÈTE  103 

doin  et  qui  fut  inaugurée  solennellement  en  1775,  on  avait 
fait  sculpter  cinq  médaillons  en  bas-relief,  hommage  aux  plus 
célèbres  chirurgiens  français  :  Jean  Pitart  y  voisine  avec 
Ambroise  Paré,  Georges  Mareschal,  François  de  La  Peyro- 
nie  et  Jean-Louis  Petit.  Des  poètes  de  circonstance  firent 
entendre  leur  voix  à  cette  occasion,  notamment  le  chirur- 
gien Périlhe,  à  qui  nous  empruntons  ces  quatre  vers,  où  le 
«  génie  »  de  Pitart  est  révélé  à  la  postérité  : 

Paré,  Pitart,  La  Peyronie, 
Et  vous,  Mareschal  et  Petit, 
Des  bienfaits  de  votre  génie 
Vous  allez  recueillir  le  fruit  '. 


II 


SES    ECRITS 

Pendant  longtemps  Jean  Pitart  a  passé  pour  n'avoir  rien 
écrit  ou  du  moins  on  croyait  que  rien  de  ce  qu'il  avait  pu 
écrire  ne  nous  était  parvenu  :  c'est  ce  dont  les  auteurs  de 
Y  Histoire  littéraire  de  la  France  se  sont  jadis  portés  garants  2. 
Malgaigne  avait  cependant  remarqué  dans  un  recueil  manu- 
scrit deux  recettes  médicales  en  français  auxquelles  le  nom 
de  Pitart  se  trouve  attaché3.  En  1907,  le  Dr  Karl  Sudhoff 
a  trouvé  dans  un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  communale 
de  Lunebourg,  une  compilation  latine  intitulée  :  Expéri- 
menta magistri  Jo.  Pickaert,  qu'il  a  publiée  sous  le  nom 
de  notre  chirurgien  4.  Nous  allons  d'abord  discuter  le  bien 
fondé   de  cette    attribution  ;  nous   parlerons  ensuite  d'une 

1.  Cf.  Gabriel   Mareschal    de    Bièvre,  Georges   Mareschal.   seic/neur   de 
Bièvre  (Paris.  1906  .  p.  :>l  :>. 

2.  ffist.  litt.,  t.  XVI,  p.  96;  I.  XXIV,  p.  171  :  t.  XXVIII,  p.  :V26. 

'■*>.  Œuvres  d' Ambroise  Paré,  (.  I,  p.  i..  d'après  le  ms.  B.  X.  IV.  -'nui    alors 

COté   7917  . 

i.  Ein  chirnrgisches  Manual  des  Jean  Pitard,  Leipzig,  i [1908  .  tirage  à  part 
de  VArchiv  fur  Geschichte  der  Mcilizin. 


101  JKAN    PI  l'Ait'!',    CHIRURGIEN    ET     POÈTE 

poésie  française  que  personne  jusqu'ici  n'a  songé  à  attribuer 
à  maître  Jean  Pitart,  bien  qu'elle  porte  son  nom  en  acros- 
tiche. 

1. —  Recueil  de  recettes   médicales  attribué  à  Jean   Pitart. 

Le  D1'  Sudhoff  considère  le    texte    latin  du  manuscrit  de 
Lunebourg,  sinon  comme  le  texte  original,  du  moins  comme 
celui  qui  s'en   rapproche  le  plus.  Il  suppose    qu'il  en  a  été 
l'ait    anciennement    une    traduction    française,    aujourd'hui 
perdue,  mais  dont  deux  manuscrits  nous  ont  transmis  des 
rédactions   plus  ou  moins  développées,  à  savoir  le   ms.  fr. 
12323  de  la  Bibliothèque  nationale  et  le  ms.  n°  1  de  l'Ecole 
supérieure  de  pharmacie  de  Paris,  et  dont  quelques  autres 
nous    offrent    des    extraits    fragmentaires,  notamment    les 
mss.  fr.   2001  et   2046    de  la  Bibliothèque    nationale  et   le 
ms.  n°  1037    de   la   Bibliothèque   Sainte-Geneviève  '.  Nous 
ne  saurions  partager  cette  manière  de  voir.  La  comparaison 
du  texte  latin  avec  le  texte  français  prouve  clairement  que 
le  premier  a  été  fait  sur  le   second.  Le  traducteur  n'a   pas 
toujours  pris  la  peine  de  mettre  en   latin   le   texte  français 
qu'il  avait  sous  les  yeux;  il   l'a  parfois  reproduit  tel  quel, 
avec  plus  ou  moins  d'exactitude.  Tel  est  le  cas  qui  se  pré- 
sente dès  la   première  recette,  où  on  lit,  :  «  mittatis  supra 
unam  tubulam  quae  sit  uncta  ex  olio  oliva-,  et  soit  la  toille 
bene  forte  de  una  parte  2  »,  ce  qui  correspond  au  texte  fran- 
çais :  «  puis  la   mettes  sur  une   table  qui  soit   ointe  d'uile 
d'olive  et  soit  bien  frotee  d'une  part*.  » 

Cette  première  recette  est  ainsi  enregistrée  dans  la  table 

1.  Il  ignore  que  la  rédaction  française  se  trouvait  aussi  dans  le  ms.  L.  V, 
17  de  la  Bibliothèque  de  Turin  et  qu'un  autre  manuscrit  de  cette  même 
bibliothèque,  cote  M,  IV,  1 1,  contenait  un  abrégé  de  cette  rédaction.  Ces 
deux  manuscrits  ont  péri  dans  l'incendie  du  25-26  janvier  190i  ;  mais 
M.  Jules  Camus  en  avait  pris  copie  et,  dès  1895,  il  promettait  de  donner, 
avec  le  concours  de  M.  A.  Sàlmon,  une  édition  du  Recueil  en  question,  qui 
n'a  malheureusement  pas  encore  paru.  Voir  la  Rev.  des  langues  romanes, 
Montpellier,  1895,  t.  XXX  VIII,  p.  i  I . 

2.  Sudhoff,  op.  laud.,  p.  211. 

3.  //).,  p.  212. 


JEAN    PITAKT,    CHIKUKGIEN    ET    POÈTE  105 

des  chapitres  qui  ouvre  le  recueil  de  Lunebourg  :  «  Uti- 
lium  magistri  Johannis  Piccardi  contra  omnes  plaças  tybia- 
rum  et  aliorum  membrorum1.  »  Que  signifie  le  premier 
mot  du  texte  latin?  Les  textes  français  flottent  entre  :  C'est 
Vistoire2,  C'est  la  taille -\  C'est  la  table*  et  C'est  la  toile 
maistre  Jehan  Pitart  contre  toutes  bleceures  de  jambes  et 
d'autres  lieus:\  La  bonne  leçon  est  toile,  terme  de  l'art 
conservé  presque  jusqu'à  nos  jours  comme  synonyme  de 
<(  sparadrap  »  6  :  le  traducteur  n'a  pas  bien  lu  ou  n'a  pas 
bien  compris  ce  terme,  qu'il  aurait  dû  rendre  simplement 
par  tela,  et  il  a  forgé,  au  petit  bonheur,  le  pseudo-latin  uti- 
lium,  auquel  il  semble  attribuer  le  sens  de  «  recette  utile  ». 
Plus  loin,  il  est  question  d'un  «  unguentum  quod  voca- 
tur  in  lingua  gallica  aucect1  ».  L'énigmatique  aucect  cache 
l'ancien  mot  français  antrect,  pour  entrait,  nom  générique 
signifiant  «emplâtre»,  que  le  traducteur  a  pris  pour  le 
nom  d'un  «  unguentum  »  spécial.  Il  commet  des  erreurs 
autrement  graves.  On  lit  la  phrase  suivante  dans  le  texte 
français  :  «  Se  il  y  avoit  boue,  vous  le  savriés  au  flairier  au 
nés  :  sy  puoit,  il  y  averoit  boue*.  »  C'est  clair.  Pourtant, 
voyez  le  galimatias  qu'il  en  a  tiré  :  «  Si  scire  volueris  si  sit 
bonum  vel  ne,  quia  si  bonum  sit,  vos  senti[reti]s  fetorem 
ad  nasum9.  »  Evidemment,  le   traducteur,  ne   comprenant 

1.  Sudhoff,  p.  105-199. 

2.  Bibl.  nat.  fr.  2001,  dans  Sudhoff,  p.  191. 

3.  Bibl.  nat.  fr.  2046,  ib.,  p.  196. 

4.  Bibl.  de  l'École  de  pharmacie,  ms.  n°  1,  ib.,  p.  21 1 . 

5.  Bibl.  nat.  fr.  12323,  ib.,  p.  202  et  21 1 . 

6.  La  toile  Jehan  Pitarl  n'a  pas  eu,  il  faut  l'avouer,  le  même  succès  que 
la  toile  Gautier,  probablement  ainsi  nommée  en  souvenir  du  médecin 
auquel  VHist.  litt.  a  consacré  un  article,  t.  XXI,  p.  411,415  et  mentionnée 
parla  plupart  des  pharmacopées;  voir  notamment  Charas,  Pharmacopée 
royale  (Paris.  1676),  p.  569.  et  Littré  et  Bobin,  Dict.  de  Médecine,  au   mol 

TOILE. 

T.  Sudhoff,  p.  222. 

s.  Sudhoff,  p.  212,  imprime  ainsi  le  texte  français  :  «  Et  sce  il  y  avoit  voé 
vous  le  sarieres  aux  flairier  aux  nés  sy  puoit  il  y  averoit  voe.  » 
9.  Sudhoff,  p.  212. 


1 06  JEAN    PITAlîï.    CHIRURGIEN    F.  I      POÈTE 

pas  le  substantif  français  houe,  employé  au  sens  de  «  pus  », 
l'a  pris  pour  l'adjectif  féminin  boue,  «  bonne  ». 

Il  serait  fastidieux  de  poursuivre  la  comparaison  des  deux 
textes1.  Mais  si  le  traducteur  sait  très  mal  le  français,  il 
est  assez  familier  avec  l'italien  et  l'espagnol.  Il  écrit  scor/za 
pour  «  écorce  »  2,  fortczella  pour  «  estomac  »  •'.  et  il  appelle 
le  son  rcmula,  ce  qui  ne  se  comprend  que  de  la  part  d'un 
Italien  du  Nord  '.  Des  termes  comme  campanilla  pour  la 
luette  ',  durasne  pour  le  pêcher0,  harros  pour  la  berle  7, 
garhanzos  pour  les  pois  chiches  s  viennent  certainement  de 
L'Espagne;  d'ailleurs,  l'auteur  nous  dit  formellement  qu'en 
espagnol  les  dartres  s'appellent  empendes'1  et  les  rousses  ou 
gardons  vermeroeles*{\  On  peut  donc  hardiment  affirmer  que 
le  texte  latin  de  Lunebourg  n'émane  directement  ni  de  Jean 
Pitart  ni  même  de  l'école  médicale  ou  chirurgicale  de  Paris. 

En  fin  de  compte,  il  faut  s  appuyer  uniquement  sur  le 
texte  des  manuscrits  français,  lesquels  ne  connaissent  pas 
ces  interpolations  exotiques,  pour  déterminer  l'origine  du 
Recueil.  Malgré  leurs  divergences  de  détail,  ces  textes  s'ac- 
cordent entre  eux  et  avec  le  texte  latin  pour  attribuer  à 
Charles,  comte  de  Valois,  père  du  roi  de  France  Phi- 
lippe VI,  l'initiative  de  la  rédaction.  Voici  en  quels  termes 
le  fait  le  manuscrit  de  l'Ecole  de  pharmacie  u. 

1.  Notons  cependant  que  le  traducteur  a  confondu  le  nom  de  la  plante 
dite  aurone  avec  le  mot  couronne  et  l'a  rendu  par  corona  (SudhofT,  p.  226  : 
qu'il  a  pris  un  petit  chien  (anc.  fr.  chael)  pour  un  pourceau  (ib.,  p.  2  18  . 
etc.,  etc. 

2.  Sudhoff,  p.  229  et  253. 

3.  //).,  p.  237;  cf.  l'anc.  fr.  fourcele. 

1.  Ib..  p.  227;  cf.  l'ilal.  dialectal  remola. 

5.  Ib.,  p.  201. 

6.  Ib.,  p.  251  :  cf.  l'espagnol  durazno. 

7.  //).,  p.  255:  cf.  l'espagnol  berro, 

8.  //).,  p.  259.  Le  manuscrit  porte,  parait-il.  gorhanzos. 

9.  lh..  p.  2i(>.  Au  lieu  de  lingua  cattelana,  il  faut  lire  lingua  ea.stela.na  : 
l'espagnol  moderne  dit  empeine. 

10.  Ib.,  p.  2 18.  Il  faut  lire  vermejoeles;  l'espagnol  moderne  dit  bennejuela. 
I  1.  Je  suis  le  manuscrit  et  non  le  Dr  Sudhoff   p.  206-207),  qui    a    commis 

quelques  menues  fautes  de  lecture. 


JEAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET    POÈTE  107 

Monseigneur  Charles,  conte  de  Valois,  d'Alençon  '  et  de  Chartres 
et  d'Anjou,  fist  faire  ce  livre,  qui  est  bon  et  profitable  pour  garir 
touttes  manières  de  plaies  vieles  et  novelles  et  pour  aucune[s] 
aullre^s]  malaidies  aussi.  Et  saichent  certainement  tous  ceulx  qui  le 
verront  que,  se  le  oignement  (sic)  et  les  chosses  qui  sont  ou  dit  livre 
sont2  bien  fait  (sic)  a  leur  droit,  et  l'en  en  use  si  comme  l'on  doit, 
que  les  trouvères  merveilleu[sejinent  profitables,  car  elle~s]  sont 
bien  esprovee[s]  par  ledit  conte  de  Valois  et  par  maistrefs]  de  cyro- 
logie  (sic)  des  meilleurs  en  leur  temps  qui  en  ont  ouvrés  (sic)  en 
moût  de  grant  (sic)  maladies,  et  par  especial  ung  moût  bon  maistre 
que  l'on  nonmoit  maistre  Jehan  Le  Picart  (sic),  en  ce  temps  le  meil- 
leur qui  fut  (sic),  et  estoit  cirugien  du  roy  de  France. 

Le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève  asso- 
cie le  nom  de  Mondeville  à  celui  de  Pitart  : 

Ensievent  les  recheites  de  cirurgie  que  Monsr  Charles  de  Valois 
fist  faire  et  acomplir...  par  maistre  Jehan  Picart  (sic)  et  maistre  Jehan 
(sic)  de  Mondeville,  cirurgien[s]  du  roy  pour  le  camp  [corriger  :  temps] 
de  Phelipe  le  Bel,  lors  roy  de  France,  et  qui  furent  le  sj  plus  souffi- 
sans  en  l'art  de  cyrurgie  qui  aient  demouré  en  France,  en  J'estude 
de  Paris,  dont  il  soit  mémoire  3. 

Dans  le  corps  même  du  Recueil,  le  ms.  12323  de  la  Biblio- 
thèque nationale  attribue  nominativement  à  notre  auteur 
les  recettes  n°  1  (la  toile  maistre  Jehan  Pitart)  et  n°6  (l'em- 
plastre  maistre  Jehan  Pitart).  Nous  conclurons  sans  hési- 
ter que  le  Recueil  n'est  pas  l'œuvre  de  Jean  Pitart,  mais 
d'un  compilateur  postérieur.  Ce  compilateur  savait,  soit 
pour  l'avoir  lu  dans  les  écrits  de  Mondeville,  soit  par  des 
renseignements  personnels,  que  le  comte  de  Valois  avait  été 
le  protecteur  de  Pitart  :  peut-être  ne  s'est-il  servi  de  ces 
deux  noms  que  pour  donner  du  crédit  à  son  Recueil.  Tant 
que  nous  ne  posséderons  pas  d'édition  critique,  il  sera  pru- 
dent de  réserver  la  réponse  qu'il  convient  de  faire  à  ces 
deux  questions  :  a  quelle  époque  vivait  l'auteur  du  «  Livre 

1.  Ms.  :  delencon. 

2.  Ms.  :  Hure  et  sont. 

3.  Sudhoff,  p.  197, 


1  OS  JEAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET    POETE 

monseigneur  Charles  de  Valois  »?  Ouelle  confiance  mérite 
la  tradition  d'après  laquelle  le  père  de  Philippe  VI  en  aurait 
provoqué  la  rédaction  ?  En  tout  cas,  il  paraît  certain  que  ce 
«  livre  »  émane  de  l'école  de  Paris  ;  le  témoignage  de  celui 
qui  l'a  compilé  est  à  retenir,  et  il  constitue  une  nouvelle 
preuve  de  l'autorité  que  maître  Jean  Pitart  s'était  acquise 
dans  cette  école,  sinon  comme  auteur,  du  moins  comme 
praticien.  On  sait  que  sa  méthode  pour  le  traitement  des 
plaies,  méthode  expliquée  et  suivie  par  Mondeville,  souleva 
une  vive  opposition  parmi  les  chirurgiens  et  les  médecins 
français  de  son  temps1.  De  bons  juges  l'estiment  préfé- 
rable à  celle  de  ses  concurrents-'.  Nous  nous  en  rapportons 
à  eux,  et  il  faut  croire  que  le  sentiment  public  se  montra 
favorable  à  cette  méthode,  puisque  notre  compilateur  ano- 
nyme a  placé  son  Recueil  sous  le  patronage  de  Pitart  et  de 
son  protecteur  princier,  le  comte  de  Valois. 

2.  —  Le  Dit  de  Bigamie. 

Le  manuscrit  CXXX.E.  5  de  la  Bibliothèque  de  l'Univer- 
sité de  Pavie  nous  a  conservé  un  «  dit  »  français  de  158  vers 
octosyllabiques,à  rimes  plates,  intitulé  :  Le  Dit  de  Bigamie. 
On  n'en  connaît  pas  d'autre  copie,  et  personne  ne  l'avait 
signalé  avant  1  870,  date  de  l'édition  qu'en  a  donnée  le  pro- 
fesseur Adolf  Mussafia  :!.  L'auteur,  plaidant  sa  propre  cause, 
prend  la  défense  du  clerc  «  bigame  »,  c'est-à-dire  de  celui 
qui,  devenu  veuf,  a  contracté  un  second  mariage.  Il  proteste 
contre  l'opinion  courante,  qui  tient  le  «  bigame  »  non  seu- 
lement pour  malheureux,  mais  pour  coupable, 

Car  il  en  pert  qui  passe  avoir, 

C'est  priviliege  de  couronne    v.  10-11  . 

1.    Voir  Hist.  Utt.,  I.  XXVIII.  p.  336,  337,  338. 

•2.  Voir  notamment  ce  qu'on  dit  le  D"  E.  Xieaise,  Chirurgie  de  tnaitre 
Henri  de  Mondeville    Paris.  1893),  p.  xvi-xix. 

3.  Sitzunysberichte  de  l'Académie  de  Vienne,  se.  hist.  et  pliilol.,  janvl- 
mars  1870,  l.  LXIV,  p.  .'tSô  et  s. 


JEAN    PlîÀRÎ,    CtUKLRGlEIS    ET    POÈTE  i()£) 

Le  mariage,  dit-il,  a  été  institué  par  Dieu  lui-même  et 
c'est  une  manière  de  couronne  qui  vaut  bien  la  couronne 
cléricale  : 

Et  Diex,  qui  toute  rienz  nature, 

Adan  à  Eve  maria 

Et  aussi  tost  que  mari  a 

A  li  douné,  ceste  parole 

Leur  dist,  si  com  la  loy  parole, 

Nature,  par  quoi  les  coupla, 

Et  dit,  en  faisant  d'euls  couple,  a 

Qu'il  pensent  de  mouteploier. 

Obeï'r  doit  moult  et  ploier 

Chascun  à  si  noble  commant  (v.  20-29). 

L'auteur  insiste  sur  la  légitimité  du  mariage,  dont  il 
oppose  la  sage  pratique  aux  austérités  des  différents  ordres 
religieux  fondés  par  des  saints  qui  ont  voulu  aller  au  delà 
des  obligations  de  la  loi  naturelle  et  de  la  loi  divine  : 

Et  miex  me  vaut  bigamus  estre 

Qu'antrer  en  relegieus  estre, 

Et  puis  m'en  repante  demain; 

Conques  Jésus  Crist  le  demain 

Des  moinnes  ne  leur  establie 

N'establi  par  loi  establie  (v.  71-76)... 

Car  Jacobins  n'autre[s]  couvens 

Ne  fist  Diex,  je  vous  ai  couvens; 

Mais  sfainsl  Bernart  et  s[ains]  François 

E[tj  sjains]  Dominiques,  françois, 

Les  ont,  qui  selonc  leur  voloir 

Por  la  volante  Dieu  vouloir 

Eslurent  l'ordre  que  maintiennent 

Cil  qu'orendroit  en  leur  main  tiennent 

Del  monde  la  greigneur  partie  (v.  89-97). 

Pour  lui,  il  a  pris  son  parti  depuis  longtemps  :  il  estime 
que  le  mariage  est  l'état  dans  lequel  il  peut  le  mieux  faire 
son  salut.  Pourquoi  vilipender  celui  qui  convole  de  nouveau 
en  justes  noces,  puisque  «  le  droit  escript  »  et  «  les  lois 
Dieu  »  l'autorisent  à  agir  ainsi? 


Ml)  JEAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET    POETE 

S'aucuns  prenoil  famés  ja  «lis, 

Si  coin  aucun  firent  jadis 

Deus  ou  trois,  de  rien  ne  mesfait  v.  83-85). 

Il   s'est   marié   une  seconde    fois;   il    le    proclame,  et    il 
estime  qu'il  a  agi  sagement  : 

Si  di,  qui  que  m'en  blasnie  ou  prise, 
Qu'an  moi  mariant  n'ai  mesprîs 

A  la  seconde  fois,  mes  pris 

Le  meillieur,  je  vous  asseiir, 

Des  esta/,  pour  vivre  asseiir 

Senz  faire  pechié  et  folie  (v.  108-113). 

Les  vers  124-132  contiennent  la  déclaration   suivante  : 

Tant  rli  je  bien  et  mon  non  dure 
Dusques  ici  qui  fis  ce  conte 
Qui  de  bigamie  vous  conte, 
Et  mon  seurnom  tout  à  délivre  '. 
Cil  qui  counnoist  leistre  de  livre 
Puet  trouver  tout  apertement 
—  Ou  escripture  aperle  ment2  — 
En  onze  verz  desus  escriz, 
Dont  I  est  li  premierz  escriz. 

Guidé  par  le  poète  lui-même,  le  professeur  Mussafia  est 
remonté  au  v.  114,  qui  commence  effectivement  par  la  lettre 
I  (ou  J),  et  il  a  lu  en  acrostiche  le  nom  et  le  surnom 
annoncés,  à  savoir  :  jehas  pitart.  Mais  il  s'en  est  tenu  là, 
ce  qui  prouve  que  la  notoriété  de  notre  chirurgien  n'était 
pas  parvenue  jusqu'à  lui. 

Le  lecteur  a  pu  se  convaincre,  par  les  extraits  que  nous 
avons  cités,  que  l'auteur  du  D'il  de  Bit/amie  n'a  rien  d'un 
vrai  poète.  Comme  il  a  été  dit  plus  haut,  le  chirurgien  Pitart 
peut   être  soupçonné  d'avoir  rimé  les  quatre  vers  inscrits 

1.  Mussafia  ne  met  aucune  ponctuation  après  ce  vers. 

2.  Mussafia  marque  le  mot  ou  d'un  accent  grave,  le  prenant  pour  l'ad- 
verbe, et  il  imprime  les  vers  129-130  sans  aucun  signe  de  ponctuation.  Sa 
leçon  prouve  qu'il  n'a  pas  compris  le  texte  qu'il  éditait,  ce  qui  n'est  pas 
surprenant,  étant  donné  le  style  de  Jean  Pitart. 


JEAN    PITART,    CHIRURGIEN    ET    POÈTE  1  1  1 

sur  la  margelle  du  puits  qu'il  avait  fait  creuser  dans  la  cour 
de  sa  maison  de  la  Cité,  et  où  son  nom  est  soigneusement 
mis  en  évidence.  Le  même  souci  d'attirer  l'attention  sur  la 
personne  de  l'auteur  se  fait  jour,  plus  naïvement  encore, 
dans  le  Dit  de  Bigamie.  Celui  qui  l'a  composé,  bien  qu'il 
se  soit  astreint  au  rude  exercice  de  la  rime  équivoquée,  n'ar- 
rive pas  à  prendre  le  ton  d'un  poète  d'inspiration  ou  de 
profession.  C'est  un  homme  de  sens  pratique,  qui  cultive 
son  «  moi  »,  que  rien  ne  décidera  à  sacrifier  les  droits  de 
la  nature  aux  exigences  d'un  ascétisme  imprudent.  Nous 
sommes  persuadé  que  l'auteur  du  Dit  de  Bigamie  ne  fait 
qu'un  avec  le  chirurgien  des  derniers  Capétiens  directs, 
hypothèse  qui  donne  à  maître  Jean  Pitartcun  titre  de  plus 
à  figurer  dans  Y  Histoire  littéraire  de  la  France,  mais  qui  ne 
nous  autorise  pas  à  revendiquer  pour  lui  une  place  consi- 
dérable dans  la  liste  des  poètes  français. 

Nous  ne  croyons  pas  que  les  bibliothèques  recèlent 
d'autre  œuvre  qui  se  réclame  du  nom  de  notre  personnage, 
soit  dans  le  domaine  de  la  médecine  ou  de  la  chirurgie, 
soit  dans  celui  de  la  poésie.  Il  n'y  a  qu'à  louer  maître  Jean 
Pitart  de  la  discrétion  avec  laquelle  il  a  cultivé  la  muse 
française.  Mais  quand  on  songe  à  la  haute  situation  qu'il  a 
occupée  de  son  vivant  comme  chirurgien  et  aux  hommages 
qui  lui  ont  été  rendus  après  sa  mort,  on  lui  en  veut  un  peu 
de  n'avoir  pas  trouvé  le  temps  de  rédiger  un  traité  de  chi- 
rurgie, comme  l'a  fait  son  élève  Henri  de  Mondeville,  en 
songeant  «  ad  utilitatem  communem,  quae  pneponenda  est 
utilitati  singulari  »  l.  Disons  plus.  On  comprend  et  on  n'est 
pas  loin  d'approuver  la  boutade  échappée  sur  son  compte  à 
un  des  grands  chirurgiens  du  xixe  siècle  :  «  Pitart  est  une 
de  ces  renommées  fantastiques  qui,  comme  ces  héros  de  la 
cour  de  Charlemagne,  tiennent  bien  plus  de  place  dans  la 
fable  que  dans  l'histoire2.  » 

1.  Die  Chirurgie  des  II.  von  Mondeville,  éd.  Pagel,  p.  lu. 

2.  Malgaigne,  Œuvres  complètes  d'Ambroise   Paré    Pans.   1840),  t.   I. 

[).    XL IX. 


Livres  offerts 


Le  Sechétaire  perpétuel  présente  de  la  part  de  M.  M.  Nehlil, 
directeur  de  l'École  Supérieure  de  langue  arabe  et  de  dialectes  ber- 
bères de  Rabat,  un  ouvrage  intitulé  :  Lettres  châri/iennes  (128  docu- 
ments reproduits  en  facsimilé),  lre  partie.  Textes  (Paris,  in-4°). 


ERRATA 


Année  1915,  p.  540,  ligne  4,  lire  :  la  présence  du  licteur  rend  cer- 
taine celle  d'un  sixième  personnage.  —  P.  539,  supprimer  les  notes 
3  et  4.  —  P.  542,  ligne  33,  ajouter  cette  note  :  «  Si  la  scène  se  passe 
au  tribunal,  tout  ce  qui  est  étranger  à  la  solennité  de  l'action  de  la 
loi  doit  à  plus  forte  raison  être  écarté.  —  P.  545,  transposer  les  notes 
1,2,  3,  en  leur  donnant  les  numéros  2,  3,  1. 


Le  Gérant,  A.   Picard. 


MAÇON,    riliiTAT     FKERES,     [MI'lilMKIUS 


\» 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE    DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE  DE   M.  MAURICE  CROISET 


SÉANCE  DU  3  MARS 


PRESIDENCE    DE     M.    MAURICE   CROISET. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  de  la  correspondance 
qui  comprend  : 

1°  Une  lettre  datée  de  Vérone,  24  février,  par  laquelle  M.  le 
professeur  Calligari  remercie  l'Académie  de  lui  avoir  décerné 
un  prix  sur  la  fondation  du  duc  de  Loubat; 

2°  Une  lettre  du  Président  de  la  Société  italienne  pour  le  pro- 
grès des  sciences  invitant  l'Académie  à  envoyer  quelques  délé- 
gués à  la  réunion  de  cette  Société  qui  se  tiendra  à  Rome  du  1er 
au  3  mars  1916  ; 

3°  Une  lettre  de  M.  H.  A.  Giles,  professeur  de  chinois  à  l'Uni- 
versité de  Cambridge,  priant  l'Académie  d'accepter  le  don  d'une 
somme  d'argent  destinée  à  fonder,  en  faveur  des  Français  seuls, 
un  prix  biennal  pour  le  meilleur  ouvrage  écrit  sur  la  Chine,  sur 
le  Japon  ou  sur  l' Extrême-Orient  en  général  : 

«  Je  suis  amené,  dit-il,  à  demander  cette  faveur  pour  les  con- 
sidérations suivantes  :  1°  la  prééminence  indiscutable  des 
orientalistes  français,  spécialement  en  chinois;  2°  la  générosité 
sans  pareille  qui  a  ouvert  à  tout  venant  une  récompense  telle 
que  le  prix  Stanislas  Julien,  et  je  voudrais  qu'il  me  fût  permis 

19V.  S 


114  SÉANCE    DU    3    MARS    191 G 

d'ajouter  :  l'héroïsme  indomptable  el  l'esprit  de  sacrifice  des 
hommes  el  des  femmes  de  France,  avec  lesquels  j'ai  assez  vécu 
pour  en  rendre  maintenant  témoignage.  » 

L'Académie  appréciera  à  sa  juste  valeur  le  sentiment  qui  a 
dicté  sa  résolution  à  M.  le  professeur  Giles,  et  elle  acceptera  le 
don  avec  reconnaissance,  les  formalités  nécessaires  une  fois 
remplies  pour  obtenir  l'autorisation  officielle  de  l'accepter. 

Enfin,  à  propos  de  la  correspondance,  le  Secrétaire  perpétuel 
annonce  qu'en  remplacement  de  M.  Mézières,  décédé,  l'Académie 
française  a  nommé  notre  confrère  Mgr  Duciiks.m;  membre  de  la 
Commission  du  prix  Volney. 

M.  Babelon  annonce  à  l'Académie  que  la  Commission  du  prix 
Duchalais  a  décerné  le  prix  de  numismatique  médiévale  à  M.  A. 
Dieudonné,  pour  son  ouvrage  intitulé  :  Manuel  de  numismatique 
française.  Tome  II.  Monnaies  royales  françaises  depuis  Hugues 
Capel  jusqu'à  la  Révolution. 

M.  Chavannes  annonce  ensuite  que  le  prix  Stanislas  Julien 
est  décerné  à  M.  Bernhard  Ivarlgrest,  docteur  de  l'Université 
d'Upsal,  pour  son  livre  intitulé  :  Eludes  de  phonologie  chinoise. 

M.  Paul  Girard  étudie  le  mot  Tcooàoxv);  dans  Y  Iliade.  Ce  mot 
est  une  épithète  d'Achille  et  fait  allusion,  sans  aucun  doute  pos- 
sible, à  l'agilité  légendaire  de  ce  héros.  Cependant,  on  le  trouve 
aussi  employé  par  le  poète  comme  nom  propre,  et  sa  composi- 
tion fait  songer  à  ces  surnoms  de  chefs  qui  sont  devenus  des 
noms,  et  qui  semblent  avoir  eu  pour  objet  de  glorifier  la  solidité 
de  la  résistance  dans  la  défensive  comme  l'une  des  qualités 
essentielles  du  roi,  du  conducteur  d'hommes.  La  même  qualité 
a  pu,  originairement,  être  attribuée  à  Achille.  Mais  le  sens  de 
TroBâoy.r,?,  évoluant  sous  l'influence  d'une  conception  différente 
du  héros,  se  serait  identifié  pour  Homère,  et  déjà  peut-être  pour 
ses  devanciers,  avec  celui  de  qualificatifs  postérieurs  tels  que 
7rooa;  (oxuç  et  ttoScox.'^?. 

MM.  Théodore  Reinach  et  Maurice  Croïset  présentent 
quelques  observations. 

M.   Morel-Fatio   communique   une   lettre    d'un    ambassadeur 


L1VHÊS    OFFERTS  US 

de  Charles-Quint  à  Rome  où  il  est  parlé  d'une  invention  nau- 
tique mystérieuse  de  Jean  Lascaris.  Tout  ce  que  le  document 
nous  apprend,  c'est  qu'il  s'agit  d'un  engin  permettant  aux 
navires,  même  d'un  fort  tonnage,  de  naviguer  par  temps  calme. 
La  lettre  en  question  permet  aussi  de  rectifier  certains  détails 
de  la  biographie  de  Lascaris. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Collignon  fait  hommage  à  l'Académie,  au  nom  de  la  Commis- 
sion de  publication  des  fouilles  de  Delphes,  d'un  fascicule  de  l'ou- 
vrage intitulé  :  Fouillas  de  Delphes.  Tome  IL  Topographie  et  archi- 
tecture. La  terrasse  du  temple,  par  F.  Courby.  Premier  fascicule 
(Paris,  Fontemoing,  191.'))  : 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie,  un  peu 
tardivement,  le  fascicule  que  M.  F.  Courby  a  consacré  à  l'étude  de 
l'édifice  qui  était  le  centre  religieux  du  sanctuaire  de  Delphes,  le 
temple  d'Apollon  Pythien.  Les  recherches  antérieures  de  M.  Homolle 
avaient  déjà  fixé  les  phases  de  l'histoire  du  temple.  Au  cours  de 
plusieurs  missions  accomplies  à  Delphes  avec  le  concours  de 
M.  Lacoste,  architecte,  .M.  Courby  a  repris  en  détail  l'examen  des 
ruines  qu'il  a  pour  ainsi  dire  interrogées  pierre  par  pierre.  C'est  le 
résultat  de  ces  recherches  qu'il  expose  dans  un  travail  aussi  remar- 
quable par  la  précision  de  la  méthode  que  par  la  clarté  de  l'exposi- 
tion. 

«M.  Courby  étudie  d'abord  le  temple  du  ive  siècle,  reconstruit  après 
l'événement  qui,  peu  de  temps  avant  l'année  371,  causa  la  destruc- 
tion du  temple  plue  ancien,  édifié  au  vie  siècle.  On  ne  saurait  ana- 
lyser les  pa^es  illustrées  de  nombreux  plans  et  relevés,  où  il  exa- 
mine le  plan  du  temple,  l'élévation  de  la  péristasis,  les  éléments 
de  l'ordre  intérieur  et  extérieur,  et  montre  comment  le  plan 
avait  été  imposé  à  l'architecte  par  la  nécessité  de  maintenir  les 
anciennes  fondations.  Mais  il  faut  signaler  l'importance  des  con- 
clusions auxquelles  l'a  conduit,  sur  un  point  essentiel,  une  élude 
attentive  de  l'étal  actuel.  M.  Courby  a  pu  restituer  en  toute  certitude, 
au  fond  et  sur  le  côté  sud  de  la  cella,  une  sorte  de  chapelle  qui  est 
I  .idi/lun.  et     dont    il    ;i  dressé   un    plan    schématique.  Elle  communi- 


110  LIVRES    ÔPFÉRfS 

quait  par  un  escalier  avec  l'autre  prophétique  de  la  Pythie,  qui 
s'étendait  sous  Pédicule.  Rappelons  encore  (jue  M.  Courby  a  eu  la 
bonne  fortune  de  retrouver  en  1913,  sur  remplacement  même  de 
Vadyton,  le  véritable  omphalos  en  pôros  el  qu'il  a  réservé  à  l'Aca- 
démie la  primeur  de  cette  précieuse  découverte  {Comptes  rendus, 
1914,  p.  2">7-270).  Il  est  donc  aujourd'hui  possible  de  prendre  une 
idée  assez  exacte  de  Vadyton  delphique,  dont  la  simplicité  ne  laisse 
pas  de  surprendre.  C'était,  écrit  l'auteur,  «  une  chapelle  étroite  et 
«  inconfortable,  moins  riche  en  œuvres  précieuses  qu'en  souvenirs 
«  légendaires  et  en  dons  pieux,  encombrée  d'un  banc  pour  les  consul- 
«  tants,  d'une  statue,  des  deux  monuments  réservés  aux  Ilosioi,  où 
«  s'ouvrait  l'orifice  de  l'escalier  qui  donnait  accès  au  caveau  de  la  pro- 
«  phétesse,  et  dans  une  encoignure  duquel  l'omphalos  était  relégué,  à 
«même  le  dallage,  ou  sur  quelque  socle  sans  beauté».  Grâce  à  la  minu- 
tieuse enquête  conduite  par  M.  Courby,  les  ruines  du  temple  du 
ive  siècle,  si  insuffisantes  qu'elles  paraissent,  nous  parlent  plus  clai- 
rement qu'on  n'aurait  osé  l'espérer.  On  peut  apprécier  dans  son 
ensemble  cet  édifice  construit  avec  des  ressources  moindres  que 
celles  dont  disposaient  les  architectes  du  temple  antérieur,  et  pour 
le  plan  duquel  il  avait  fallu  compter  avec  des  nécessités  techniques 
et  rituelles.  Il  semble  néanmoins  avoir  été  digne  de  sa  renommée. 

«  Un  second  chapitre  est  consacré  à  l'histoire  du  temple  du  vie  siècle, 
à  l'achèvement  duquel  participèrent  les  Alcméonides.  M.  Homolle 
avait  déjà  fixé  les  dates  essentielles  de  l'histoire  de  l'édifice  et  mon- 
tré qu'il  était  déjà  en  cours  de  construction  quand  les  Alcméonides 
intervinrent,  en  513,  pour  le  doter  de  sa  décoration  extérieure  et  de 
ses  deux  frontons.  M.  Courby  en  attribue  la  destruction  non  pas  à  un 
incendie  ou  à  une  secousse  sismique,  mais  à  un  afflux  torrentiel 
d'eaux  souterraines  qui  en  provoqua  l'écroulement.  Les  matériaux 
ont  été  réemployés  en  grande  partie  et  les  fondations  ont  été  utili- 
sées pour  le  temple  du  ive  siècle.  On  a  retrouvé  d'importants  débris 
des  deux  frontons,  et  leur  mise  en  place  a  fait  l'objet  d'une  récente 
étude  de  M.  Courby  Bulletin  de  correspondance  hellénique,  XXVIII, 
1914).  Il  reste  donc  assez  d'éléments  pour  qu'il  soit  possible  de  pro- 
poser une  restitution  du  monument.  L'exposé  de  l'histoire  des  deux 
temples  termine  ce  fascicule  qui  inaugure  brillamment  le  volume  où 
seront  traitées  les  questions  relatives  à  la  topographie  el  à  l'archi- 
tecture de  Delphes. 

«  Le  manuscrit  de  M.  Courby  était  terminé  avant  le  mois  de  juillet 
1914.  Il  se  préparait  à  en  suivre  l'impression  lorsque  la  mobilisa- 
tion le  rappela  en  France.  D'abord  sergent  d'infanterie,  il  est  aujour- 
d'hui  interprète  à   l'armée    d'Orient,  tandis  que   son   collaborateur 


SÉANCE  DU  10  MARS  1916  117 

M.  Lacoste  est  dans  les  rangs  de  l'armée  belge.  La  publication  a  pu 
cependant  suivre  son  cours,  grâce  au  dévouement  de  M.  Bourguet  qui 
non  seulement  a  mis  au  service  de  M.  Courby  une  expérience 
acquise  sur  le  terrain  des  fouilles,  mais  s'est  chargé  de  la  mise  au 
point  du  manuscrit  et  de  la  correction  des  épreuves.  Ce  fascicule 
vient  à  point  pour  attester  la  continuité  et  l'énergie  de  l'effort  fourni 
par  l'École  française  d'Athènes  dans  l'accomplissement  d'une  grande 
œuvre  scientifique.  Je  suis  assuré  de  répondre  aux  sentiments  de 
l'Académie  en  remerciant  et  en  félicitant  l'auteur  de  cet  impor- 
tant travail,  ainsi  que  les  collaborateurs  qui  lui  ont  apporté  leur 
concours.  » 

M.  Cagnat  a   la   parole   pour   un   hommage  : 

«  Notre  confrère  de  l'Académie  des  beaux-arts,  M.  Le.monnier, 
me  charge  d'offrir  en  son  nom  à  l'Académie  le  tome  IV  des  Procès- 
verbaux  de  l 'Académie  royale  d'architecture,  publiés  par  lui  avec  une 
subvention  du  legs  Debrousse.  Ce  volume  comprend  la  période  qui 
s'étend  entre  1712  et  1726.  Dans  une  introduction  très  approfondie, 
M.  Lemonnier  note  les  changements  qui  s'introduisirent  au  début 
du  xvme  siècle  dans  les  préoccupations  des  académiciens  :  une  part 
considérable  d'abord,  puis  à  peu  près  exclusive,  est  attribuée  à  ce 
moment  à  des  matières  purement  techniques  ou  scientifiques.  Les 
procès-verbaux  eux-mêmes  remplissent  335  pages.  » 


SÉANCE   DU    10   MARS 


I'RESIDENCR    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

M.  Salomon  Reinach  a  la  parole  à  propos  du  procès-verbal  : 
«  Dans  la  dernière  séance,  M.  Morel-Fatio  avait  cité  un 
témoignage  inédit  d'après  lequel  Jean  Lascaris  aurait  connu  le 
secret  d'un  navire  qui  pouvait  se  mouvoir  sans  voiles  ni  rames. 
M.  S.  Reinach  rappelle,  à  ce  propos,  un  petit  traité  latin  sur  les 
machines  de  guerre,  dont  la  date  est  incertaine,  mais  qui  doit 
être  antérieur  au  moyen  âge.  Ce  traité  est  une  lettre  adressée  à 
un  empereur  non  désigné  par  un  anonyme  qui  préconise  des 
réformes  et  r.fï're  des  projets  de  machines.  L'une  d'elles,  action- 


118  SKANCK    DU    10    MARS    1916 

née  par  des  bœufs,  doit  être  placée  à  l'intérieur  d'un  navire 
pour  mettre  en  mouvement  des  roues.  Grâce  à  ce  moteur,  le 
navire  acquerra  une  force  de  propulsion  telle  quil  pourra  couler 
tout  navire  ennemi  au  premier  contact.  Nous  avons  là  certaine- 
ment le  plus  ancien  projet  connu  d'un  navire  à  aubes,  réalisé, 
bien  des  siècles  après,  grâce  à  la  substitution  de  la  vapeur  à  la 
force  animale.  » 

Le  Secrétaire  perpétuel  annonce  qu'il  a  reçu  une  lettre  de 
M.  le  professeur  Giles  confirmant  que  dans  sa  première  lettre  il 
voulait  écrire  :  Académie  des  inscriptions. 

A  l'occasion  de  cette  lettre.  M.  Chavannes  dit  quelques  mots 
au  sujet  de  la  donation  du  professeur  H.  A.  Giles.  La  décision 
prise  par  ce  savant  éminent  de  fonder  un  prix  destiné  à  récom- 
penser les  publications  de  sinologues  français  n'est  pas  seulement 
un  témoignage  de  sympathie  auquel  nous  sommes  très  sensibles  : 
elle  annonce  cette  entente  et  cette  collaboration  entre  travail- 
leurs français  et  anglais  qu'il  est  fort  désirable  de  voir  s'établir 
et  s'affermir  dès  maintenant;  elle  est,  d'autre  part,  comme  l'a 
dit  M.  Giles  lui-même,  un  hommage  que  le  donateur  a  voulu 
rendre  à  la  vaillance  du  peuple  français  ;  elle  nous  montre  com- 
ment l'héroïsme  de  nos  soldats  rehausse  la  grandeur  de  notre 
pays  dans  tous  les  domaines  et  rejaillit  sur  la  science  française 
dont  il  fait  mieux  apprécier  la  valeur. 

M.  Antoine  Thomas  donne  communication  d'une  lettre  de 
M.  l'abbé  Vayssié,  curé  de  Notre-Dame-du-Puy  à  Figeac,  lui 
transmettant  un  estampage  de  l'inscription  provençale  qu'il  a 
présentée  à  l'Académie   dans  la   séance  du  28  janvier  1916  '. 

Au  nom  de  la  commission  du  prix  Delalande-Guérineau  pour 
le  moyen  âge  et  la  Renaissance,  M.  Morel-Fatio  annonce  que 
le  prix  a  été  accordé  à  MM.  Bernard  et  Henri  Prost  pour  leur 
ouvrage  intitulé  :  Inventaires  des  ducs  de  Bourgogne.  M.  Ber- 
nard Prost  est  mort,  et  M.  Henri  Prost,  neveu  du  précédent  et 
continuateur  de  son  œuvre,  a  été  tué  l'an  dernier  à  l'ennemi. 

M.  J.-B.  Chabot  fait  une  communication  sur  les  inscriptions 

l.  Voir  ci-dessus,  p.  50  et  .">7. 


LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE    DOUGGA  119 

nécpuniques  découvertes  à  diverses  époques  dans  les  ruines  de 
Dougga.  Il  montre  que  trois  de  ces  inscriptions,  jusqu'ici  mal 
comprises,  renferment  le  nom  numide  de  cette  petite  cité'. 

MM.  Gagnât  et  le  comte  Durrieu  présentent  quelques  obser- 
vations. 

M.  Emile  Eude  lit  une  étude  sur  l'itinéraire  parisien  de  Jeanne 
d'Arc  en  la  journée  du  8  septembre  1429.  On  sait  que,  ce  jour- 
là,  l'héroïne  tenta  d'enlever  de  vive  force  la  ville  de  Paris,  alors 
au  pouvoir  de  l'étranger,  en  escaladant  les  puissantes  murailles 
de  l'enceinte  de  Charles  V,  près  la  porte  Saint-Honoré.  Son  itiné- 
raire, alors  dans  la  banlieue  de  la  capitale,  se  trouve  tout  entier 
compris  dans  le  Paris  actuel.  L'auteur,  s'appuyant  sur  divers 
témoignages  et  documents  contemporains,  montre  que  Jeanne 
d'Arc,  partie  de  l'église  de  La  Chapelle  (Saint-Denis),  a  dû  prendre 
par  la  rue  du  Faubourg-  Saint-Denis,  le  tournant  de  l'hospice 
Saint-Lazare,  suivre  le  chemin  du  pied  de  la  colline  de  Mont- 
martre (rues  de  Paradis,  Bleue,  Saint-Lazare),  franchir  le  «  ruis- 
seau de  Ménilmontant  »  par  le  pont  de  la  Ville-l'Evèque,  au  croi- 
sement du  boulevard  Haussmann  et  de  la  rue  de  l'Arcade, et  venir 
obliquement  «  es  champs  »,  par  divers  chemins  aboutissant  à 
notre  rue  d'Argenteuil,  jusque  sur  notre  place  du  Théâtre-Fran- 
çais, où  se  trouvait  alors  la  porte  ou  bastille  Saint-Honoré.  C'est 
à  l'assaut  de  cette  porte  que  l'héroïne  fut  blessée...  Malgré  ses  pro- 
testations, on  l'attacha  sur  un  cheval,  et  l'on  battit  en  retraite. 
Cependant  elle  ne  cessait  de  répéter  que  «  la  ville  eût  été  prise  ». 


COMMUNICATION 


LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE    DOUGGA, 
PAR    M.    .I.-IS.    CHABOT» 

Les    ruines  de    Doug-ga   ne    nous    ont   livré  qu'un    petit 
nombre  de  textes  puniques  ;  mais  parmi  ces  textes  figurent 

1.   Voir  ci-après. 


120  LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE   DOI'GGA 

deux  inscriptions  auxquelles  leur  importance  assigne  une 
place  à  part  dans  l'épigraphie  sémitique.  Ce  sont  les 
inscriptions  bilingues  qui  ont  permis  de  déterminer  la 
valeur  de  22  signes  de  l'écriture  improprement  appelée 
libyque.  La  première,  découverte  en  1631,  par  le  provençal 
Thomas  d'Arcos,  est  aujourd'hui  au  British  Muséum.  La 
seconde  découverte  en  4901,  par  M.  Sadoux1,  a  été  trans- 
portée au  Musée  du  Bardo.  Elle  a  été  publiée  par  M.  Lidz- 
barski  ~.  L'examen  de  ces  deux  inscriptions  fait  partie  d'un 
travail  sur  l'alphabet  libyque,  que  j'espère  avoir  l'honneur 
délire  prochainement  devant  l'Académie  ;  je  n'en  parlerai 
aujourd'hui  qu'incidemment. 

En  dehors  de  ces  deux  monuments,  les  autres  textes 
trouvés  à  Dougga  sont,  à  ma  connaissance  : 

1°  Une  dizaine  de  stèles,  la  plupart  fragmentaires,  trou- 
vées en  1893  par  M.  le  Dr  Carton  dans  ses  fouilles  du 
temple  de  Saturne,  et  publiées  par  lui  dans  son  rapport  3; 

2°  Une  stèle  votive  découverte  par  M.  Merlin,  en  1902, 
et  publiée  par  M.  Ph.  Berger  4  ; 

3°  Trois  stèles  votives  découvertes  par  M.  L.  Poinssot, 
en  1910,  et  publiées  récemment  par  M.  Dussaud  dans  le 
Bulletin  archéologique  5. 

C'est  cette  dernière  publication  qui  a  attiré  mon  attention 
sur  les  inscriptions  de  Dougga. 

Pour  la  première  des  trois  stèles  de  M.  Poinssot, 
M.  Dussaud  propose  sous  toutes  réserves,  vu  le  mauvais 
état  de  la  pierre,  la  transcription  et  la  traduction  suivantes  : 

.  .,;,2]r!"y2'"  -;~Nn     1    Au  seigneur  Ba'al-Hammon 

. . .;.:  n[:ï2]x     2  a  érigé 

1.  Cf.  Ph.  Berger,  Comptes  rendus  de  VAcad.,  1904,  p.  406  :  P.  Gauckler, 
Bull,  archéol.  du  Comité,  H>()5,  p.  281. 

2.  Eine  punisch-altberberische  Bilinguis  aus  einem  Tempel  des  Massi- 
nissa  Sitzunçjsber.  des  h.  preuss.  Akad.  der  Wiss.  zu  Berlin,  1913,  p.  296- 
304.) 

3.  Nouv.  Archives  dès  missions  scientifiques,  t.  VIII.  p.  407  et  suiv. 
1.  Bull,  archéol.  du  Comité  des  Trav.  hist.,  19U3,  p.  cxl. 

5.   Bull,  archéol..  1914,  p.    13. 


LES    INSCRIPTIONS   PUNIQUES    DE    DOUGGA  121 

p  DJJO  p     3  /?/s  c/c  Magonim,  fils  de  . 


•   • 


—   —   W    -  -à    —    w  | 


-San  p  ptUDDn     5 fils  de  Himilk. 

[~\]12  DC  nOE     6  //  a  entendu  (son)  nom  et  (Va)  béni. 

A  priori,  cette  transcription  présente  plusieurs  anoma- 
lies qui  en  rendent  la  lecture  fort  suspecte  :  1°  l'emploi  du 
verbe  00,  ériger  (au  lieu  de  TTJ  ou  de  nï":;,  dans  une  for- 
mule commençant  par  le  nom  de  la  divinité  ;  2°  l'expres- 
sion «  il  a  entendu  le  nom  »,  inconnue  dans  les  inscrip- 
tions, et  incorrecte  par  l'absence  d'un  suffixe,  en  suppo- 
sant que  Q*ùJ  puisse  être  employé  dans  cette  formule  ;  —  3° 
l'inscription  est  surmontée  d'une  figure  qui,  selon  toute 
vraisemblance,  occupait  le  milieu  de  la  stèle.  On  voit  par 
là  que  chaque  ligne  pouvait  contenir  jusqu'à  18  ou  même 
20  lettres.  Dès  lors,  la  généalogie  du  dédicant,  qui  est 
nommé  à  la  2e  ligne,  se  poursuivant  jusqu'à  la  o°,  com- 
prendrait sept  ou  huit  générations  :  ce  qui  est  contraire 
aux  habitudes  de  l'épigraphie  punique. 

L'examen  attentif  d'un  estampage  l  retrouvé  au  cabinet 
du  Corpus  m'a  permis  de  résoudre  ces  difficultés. 

Voici  comment  je  lis  les  parties  certaines  de  l'inscription; 
les  lettres  douteuses  ou  mutilées  sont  remplacées  par  des 
points  : 

/  flDTlbjnb  pab    ]  Domino  Baali  Hammoni 

/  /  /aJSttin  aSya  x  2  runt  cives  T 'hug penses  :  X 

/  /  /  /  /  «nn   pn    p  3  filius  Magonis;  Mares,  [fîlius] 

///  /  []]1  nitt  py.W.   4  ...atan;  Sobah,  \ filius 

[W]///DSnn  p  p.D.   :;  ..m..kan,  filius  Himilcomis 

[D]3"Q  D^p  XV2['j]  6  audivit  vocem  eorum,  henedixit  eis. 

Ainsi  il  s'agit  d'une  dédicace  collective,  faite  par  des 
citoyens  de   Dougga    au    nombre    de    deux    au    moins,  de 

I.   Le  croquis  ci-contre   lif,r.  1    a  été  calqué  sur  cet  estampage;  il  est 
réduit  au  1/3  de  la  grandeur  originale 


122 


LES    INSCRIPTIONS   PUNIQUES    DE    DOUGGA 


quatre  au  plus.  L'étendue  des  lacunes  ne  permet  pas  de 
préciser  davantage. 

A  la  1.  2,  le  N  initial  appartient  sans  doute  au  dernier 
mot  de  la  ligne  supérieure. 

L.  3,  je  lis  pD  au  lieu  de  DJ3D.  Ce  dernier  nom  existe 
bien  ;  mais  dans  notre  texte  les  mots  sont  séparés  par  un 
petit  espace,  et  le  Q  est  contigu  à  la  lettre  suivante;  il 
fait  partie  du  nom  que  je  lis,  avec  quelque  hésitation,  U7T3, 


¥)  )/  ^î  ^/ 


Fig\  1.  —  Inscription  de  Doùggâ. 

nom  déjà  connu  (C.I.$.,l,  390,  799)  :  toutefois  la  3"  lettre 
pourrait  bien  être  un  t. 

L.  4.  Le  premier  mot  est  un  nom  numide  terminé  en  ]T\". 

L.  5.  Le  dernier  nom  pourrait  se  lire  roSon,  si  on  con- 
sidère comme  reste  d'unn  le  point  qu'on  aperçoit  dans  la 
cassure. 

L.  6.  11  est  probable  que  le  verbe  était  écrit  nDSfttf,  la  lre 
lettre  de  la   f»°  ligne    paraissant   être  un  V  plutôt  qu'un  W. 


LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE    DOUGGA  123 

On  lit  ensuite  uip,  et  non  pas  Dti7;  le  signe  que  M.  Dus- 
saud  a  pris  pour  un  "QJ  est  formé  d'un  p  et  d'un  >  liés 
ensemble. 

On  remarquera  qu'ici,  comme  à  Maktar,  dans  une  dédi- 
cace collective,  le  titre  de  «  citoyens  »  de  la  ville  se  place 
en  tête  :  voverunt  cives  Mactaritani  :  X...  et  F..;  au 
contraire,  dans  une  dédicace  particulière,  cette  qualité  s'ex- 
prime après  le  nom  du  dédicant  :  vovit  TV...  civis  Macta- 
ritanus.  Je  ne  connais  pas  jusqu'à  présent  d'exception  à 
cette  règle. 

Malgré  que  la  lecture  de  plusieurs  noms  propres  demeure 
incertaine,  cette  inscription  est  intéressante  parce  qu'elle 
contient  la  vraie  forme  du  nom  de  Dougga,  3Ift2n.  Les 
noms  puniques  des  villes  d'Afrique  nous  ont  été  révé- 
lés, en  général,  par  les  monnaies.  Les  inscriptions  nous  ont 
donné  seulement  ceux  de  Carthage,  d'Altiburos,  de  Mactar, 
peut-être  celui  du  Guelma  (Calama),  et,  selon  le  Corpus 
(I,  309),  celui  de  Thubursieum.  Le  nom  de  Dougga  était 
jusqu'ici  inconnu,  aussi  bien  dans  la  numismatique  que  dans 
l'épigraphie.  Nous  avons  restitué,  il  est  vrai,  la  dernière 
lettre  ;  mais  cette  restitution  est  justifiée  par  un  autre 
exemple.  Il  est  emprunté  à  l'une  des  inscriptions  trouvées 
par  le  D1'  Carton.  Cette  inscription,  à  laquelle  M.  Carton 
attache  une  importance  exagérée  ',  «  se  trouvait,  dit-il, 
dans  les  murs  de  la  cella  médiane  et  avait  été  retaillée  pour 
y  être  placée  ».  Ces  paroles  manquent  de  précision  et  on 
aimerait  à  savoir  si  la  pierre  a  été  taillée  pour  être  mise  à 
sa  place  première  ou  au  contraire,  comme  je  le  croirais 
volontiers,  si  elle  a  été  tirée  d'un  autre  endroit  et  employée 
comme  pierre  de  construction.  Quoi  qu'il  en  soit  de  son 
origine,  voici    l'inscription  qu'elle  porte,   gravée   dans   un 

1.  "  L'opposition  dé  la  divinité  qui  y  est  mentionnée  au  nom  de  Saturne 
gravé  sur  le  portique  de  l'area  est  un  exemple  frappant  de  la  superposition 
des  deux  cultes  dans  un  sanctuaire  de  l'Afrique.  »  (Carton,  op.  cit.,  p.  412. 
On    a    établi    depuis    longtemps   l'identification    de    Baal-Hammon    avec 
Saturne.  C'est  la  même  divinité  sous  un  nom  latin  et  s,>us  un  nom  punique. 


124  LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE    DOUGGA 

cartouche  long  de  0  '"  32,  haut  de  0  "'  15,  brise'-  par  en  bas  1. 

«rcn  wk  ///////  /  "jlnn  ;*,^  poS1 
p  asyffi  sna  p       /  /  /  yjiyaari  N[S]y  n 
ion  n:^nn  //////  i . .  "fîDW 
/  /  /  Ssr|/  /  /  /  //  / 

L.  I .  Il  manque  vers  le  milieu  environ  7  lettres  totale- 
ment effacées.  Nnïï  est  sans  doute  la  3°  personne  du  pluriel 
Il  n'est  pas  téméraire  de  supposer  que  le  verbe  n2~  qui  signi- 


h)»  •' '  / • 


A 


Fig,  2. 


Inscription  de  Dougga 


fie  proprement  sacrifier,  prit  plus  tard  le  sens  d'offrir  ;  de 
même  que  le  substantif  ni">2  a  pris  celui  d'autel  en  général, 
quelle  que  soit  la  nature  des  oblations  qu'on  y  accomplisse. 
L.  2.  3WM3n  est  écrit  très  distinctement.  Suit  une  lacune 
d'environ  S  lettres,  qui  était  occupée  par  le  premier  nom 
propre.  Il  faut  remarquer  que  le  second  "  de  V">"2n 
pourrait  être  la  lettre  initiale  du  nom  propre  qui  occupait 
la  lacune.  Mais  les  mots  sont  séparés  par  un  espace  assez 
bien  marqué  et  généralement  plus  grand  que  celui  qui 
sépare   cet  "  du  a  précédent 2.   —  Le  "  de   EJSîntf  n'est   pas 

1.  Le  croquis  reproduit    l'inscription    au    1/4    de   la  grandeur  originale. 

2.  La  lecture  "ry^y^ZTl  est  exclue  par  la  forme  libyque  qui  ne  contient 
que  les  lettres  3;qp  :  le  1  final  d'un  grand  nombre  de  noms  numides,  qui 
est  souvent  omis  dans  les  transcriptions  latines  par  ex.  Tasucta  =  prOD*1), 
est  toujours  exprimé  dans  l'écriture  libyque. 


LKS    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE    DÔUGGA  125 

absolument  certain  :  ce  pourrait  être  un  accident  de  la 
pierre.  Cette  forme  est,  au  reste,  d'accord  avec  la  vocalisa- 
tion latine  Safotas  (C./.L.,  VIII,  23977). 

L.  3.  On  ne  distingue  aucune  trace  de  lettres  avant  "pi-"". 
Le  nom  roSnn  est  précédé  d'une  lettre  qui  est  n  ou  ]  ;  peut- 
être  \[1].  —  Les  lettres  qui  terminent  cette  ligne  sont  sans 
doute  le  début  d'un  nom  de  condition,  qui  se  continuait  à  la 
lig-ne  suivante  dont  il  reste  quelques  vestiges  sur  la  gauche. 
Il  est  probable  que  cette  dernière  ligne  n'était  pas  pleine, 
mais  commençait  vers  le  milieu. 

Le  sens  général  de  ce  texte  mutilé  est  donc  : 

1  Domino  Baali-Haminoni quod  obtulerunt 

2  cives  Thuggenses  X films  Babil  ;  Safot  filius 

3  'Ozmilk]  X [filius]  Hamilcat  zoX>  Mî- 

4  ...'al 

Tous  les  noms  dont  la  lecture  est  certaine  sont  connus 
par  ailleurs,  à  l'exception  de  37M,  nom  numide  qui  apparaît 
ici  pour  la  première  fois. 

Si  l'on  tient  compte  de  la  lecture  que  nous  venons  d'éta- 
blir par  un  double  exemple,  on  n'hésitera  plus  à  recon- 
naître le  nom  de  Dougga  dans  la  grande  inscription 
bilingue   publiée  par  M.  Lidzbarski.  On   lit  à  la   première 

ligne,  selon  lui,  /\/\9Y/J^-Aoc)-f-'i7c)-  Après  avoir  envisagé 
la  possibilité  de  couper  les  mots  ainsi  :  ^53U?  X^'JI  N33,  il 
écarte  cette  hypothèse  et  adopte  la  lecture  ^;2  XD8  1ÎD  «  die 
Mitglieder  des  Stammes  Bgg  ». 

Les  lettres  libyques  correspondantes  sont  :  [TOX-l^h 
c'est-à-dire  MaXTJDX.  J'avais   conjecturé  que    le  ff  punique 

pouvait  être  un  ^  dont  la  partie  supérieure  était  brisée. 
Depuis  lors,  M.  Dussaud  a  republié  l'inscription  *  et  a 
reconnu  de  son  côté,  sur  un  moulage  déposé  au  Louvre, 
que    la  lettre  en    question    est    bien   un  n.    La   lecture   de 

l.   Dédicace  bilingue  punique-berbère  en  V honneur  de  Massinissa   Bull. 

;trrh..  I'"14.  p.   38-42  . 


121»  I.F.S    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DÉ    DOUGGA 

M.  Lidzbarski  devient  donc  impossible  ;  il  faut  nécessaire- 
ment lire  Win  n^"2  «  les  citoyens  de  tbgg  ».  Mais  pou- 
vait-on voir  sous  ce  dernier  vocable  le  nom  de  Thougga  '.' 
M.  Lidzbarski  déclare  sans  hésiter  qu'il  n'en  est  rien  : 
«  Le  nom  de  lieu  Thougga  ne  peut  pas  se  trouver  ici.  Tugga 
est  un  bon  nom  berbère  qui  signifie  «  prairie  »,  et  il  devrait 
être  écrit  quelque  chose  comme  tg.  »  ■ —  Invoquer  la  forme 
berbère  à  l'appui  d'une  hypothèse  paraît  chose  d'autant 
plus  surprenante  que  L'auteur  assure  n'avoir  pu  saisir  aucun 
rapport  entre  les  mots  puniques  de  l'inscription  et  les  mots 
en  usage  dans  les  divers  dialectes  berbères  parlés  actuel- 
lement. M.  Dussaud,  au  contraire,  reconnaît  que  l'identi- 
fication est  «  bien  tentante  ».  Nous  venons  de  montrer 
qu'il  avait  raison.  La  forme  3Wn  est  la  transcription  lettre 
pour  lettre  du  nom  numide.  Les  deux  exemples  que  nous 
avons  retrouvés  ajoutent  la  voyelle  a  après  le  premier 
;//iimel  :  TBGâG,  et  peut-être  même  après  le  second  : 
TBGâGâ. 

Une  difficulté  reste  à  éclaircir.  Quel  rapport  y  a-t-il  entre 
cette  forme  sémitique  ou  numide  33311,  VX!ÏX2r\  et  les  formes 
grecque  (ToTJ/.xa)  et  latine  Thugga  ?  C'est  une  question 
de  linguistique  que  je  ne  saurais  résoudre  présentement. 
M.  Dussaud  cite,  comme  exemple  d'un  nom  où  le  B  aurait 
disparu,  l'ethnique  W313r,  qui  répondrait  à  Tubursicum; 
mais  ce  nom  me  parait  répondre  beaucoup  mieux  à  Thu- 
burbo.  La  forme  du  substantif  était  ttJTun,  qu'on  pronon- 
çait sans  doute  Thuburbos]  les  Romains  ont  laissé  tomber 
la  désinence  et  écrit  Thuburbo,  comme  ils  ont  écrit 
Tuniza  n""r-  Tunizan),  Macter  (DTOittC,  Muhtarim),  etc. 
La  raison  du  changement  est  peut-être  à  chercher  dans 
les  habitudes  phonétiques  de  la  région.  Les  inscriptions 
fournissent  des  indices  nombreux  de  particularités  dia- 
lectales (par  ex  :  bixit  pour  vixit;  obes  pour  oves,  etc.). 
Mais  les  lois  qui  régissent  ces  transformations  n'ont  pas 
encore    été.  <pie    je   sache,   suffisamment  déterminées. 


"LES    INSCRIPTIONS    PUNIoUES    DE    DOUGGA  1^7 

Les  autres  textes  recueillis  par  M.  le  D1  Carton  à  Dous-e-a 
sont  quatre  petits  fragments,  dont  on  ne  peut  tirer  que  des 
mots  incomplets,  et  six  stèles  où  le  texte  est  intact.  Le  carac- 
tère votif  de  ces  stèles  semble  attesté  par  les  emblèmes  qui 
y  sont  représentés,  en  particulier  par  le  symbole  de  Tanit. 
Mais  sur  plusieurs  d'entre  elles  on  ne  lit  aucune  formule 
dédicatoire  :  l'épigraphe  consiste   en  un  seul  nom  propre. 

Sur  Tune,  on  lit  en  caractères  puniques,  simplement  : 
\XO.  Magon. 

Sur  une  autre  :  1D27)S!  ;  sans  doute  un  nom  numide.  (La 
lre  lettre  est  douteuse.) 

Sur  deux  autres  :  "pi.  —  M.  Carton  traduit  «  il  a  béni  »  ; 
mais  les  exemples  précédents  montrent  qu'il  faut  y  lire  le 
nom  propre  Berik. 

Une  autre  stèle  porte,  gravés  dans  le  symbole  de  Tanit, 
les  deux  mots  : 

bîDD-O  Berikbaal 

T2127  ZTT 

Une  cinquième  porte,  en  néopunique,  le  mot  pno,  qui 
est  sans  doute  aussi  un  nom  numide. 

La  seule  formule  dédicatoire  se  trouve  dans  une  inscrip- 
tion  punique  de  deux  lignes,  où  on  lit  : 

D^T--n  m samim, 

[N]ip    K[D]ttT3  quia  audivit  vocem  cjus. 

Les  six  lettres  de  la  ligne  supérieure  forment  probable- 
ment le  nom  propre  du  dédicant. 

Sur  les  estampages  de  plusieurs  des  stèles  trouvées  par 
le  D1'  Carton,  je  crois  distinguer  assez  nettement  les  traces 
de  lettres  plus  anciennes  ;  ceci  donne  à  penser  que  ces 
pierres  auraient  pu  être  tirées  d'un  temple  en  ruines  et 
employées  à  nouveau,  après  martelage  de  l'inscription  pri- 
mitive. Je  me  suis  même  demandé  si,  malgré  la  présence 
d'emblèmes  religieux,  leur  destination  nouvelle  n'aurait 
pas  eu  un  caractère  funéraire.  Le   nom  propre   isolé   serait 


128  LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE    DOUGG-A 

celui  du  défunt  et  non  celui  du  dédicant.  Les  fragments 
latins,  trouvés  dans  les  mêmes  conditions,  ne  sont  pas 
favorables  à  cette  hypothèse,  et  peut-être  vaudrait-il  mieux 
admettre  qu'une  nouvelle  inscription  votive  a  été  substi- 
tuée à  l'ancienne. 

M.  le  D1'  Carton  a  également  recueilli  à  Dougga  deux 
fragments  d'une  inscription  grecque,  qui  se  raccordent 
et  donnent  les  mots  : 

ATA  GHHME/^0^  'A///ïjh4??] 

Ces  mots  formaient  probablement  le  début  d'une  dédi- 
cace, et  semblent  correspondre  à  la  formule  phénicienne 
□"j  EP3,  die  fortunù,  qui  se  trouve  en  tête  de  plusieurs 
inscriptions1,  et  notamment  des  2e  et  3°  votives  de  Dougga 
publiées  par  M.  Dussaud.  Ces  deux  ex-voto  émanent  d'un 
père  et  de  son  fils.  On  y  lit  : 

a2;    -sa  -pn  dn:  on  _     b,    -pal  DM  on 

p  -n";b  py  n  Tjyb  py  mis 

va  p  -p.jn  p  rora  p  nx 

wtdn  va  p  -//-- 

La  lecture  des  noms  présente  quelque  difficulté.  Je  lis 
nya  le  nom  que  M.  Dussaud  a  lu  21>:,  mais  je  reconnais 
que  cette  dernière  leçon  n'est  pas  impossible,  les  lettres  - 
et  ~  offrant  peu  de  dilférence  dans  ce  type  de  l'écriture 
néopunique.  —  Le  nom  suivant  est  lu  "|T1W,  dans  les  deux 
inscriptions,  par  M.  Dussaud;  et,  de  fait,  il  s'agit  bien  du 
même  personnage  ;  mais  il  semble  que  dans  la  seconde 
inscription  le  nom  ne  contienne  que  quatre  lettres,  dont  la 
troisième  est  fort  confuse  '. 

Il  y  a  également  une  différence  entre  les  deux  textes  à 
la  dernière  ligne  ;  elle  est  écrite  dans  l'un  ilTHDN  et  dans 
l'autre  TVTDK.   M.    Dussaud   croit  que  les   deux   premières 

1.  Cf.  Itép.  d'èpigr.  sémit..  n°°  303.  304. 

2.  Voir  le  croquis  ci-contre    li^.  3  réduit  au  1/3  de  l'original. 


LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES   DE    DOUGGA  129 

lettres  de  cette  ligne  forment  la  fin  du  nom  propre  écrit  à 
la  ligne  précédente,  et  il  lit  le  tout  'T  p  DîOlD  «  Kabouam 
fils  de  Yàd...  »  Il  est  absolument  certain  que  les  lettres  p 
n'existent  pas  dans  la  première  inscription,  et  dès  lors  la 
dernière  ligne  tout  entière  appartient  à  un  même  mot.  Le 
dernier  nom  propre  se  compose  donc  de  trois  lettres  seule- 
ment,   non    pas  1-D,    comme    a  lu   M.    Dussaud,  mais  TO. 


Fijr.  3.  —  Inscription  de  Dougga. 

Cette  forme  est  peut-être  à  rapprocher  des  noms  Ceiu  et 
Ceius  qu'on  trouve  dans  les  inscriptions  romaines  d'Afrique 
(C./.L.,  VIII,  60(56,  7825).  Les  noms  propres  numides  ter- 
minés en  1  ne  sont  pas  rares.  Ainsi,  à  Dougga  même,  **,E 
et  I2:n  (dans  la  bilingue)  ;  ailleurs  =  OD  (Reboud,  230, 
132),  TID,  latin  Marau  [C.I.L.,  VIII,  23442). 

Il  faut  voir  dans  la  dernière  ligne  de  nos  deux  inscrip- 
tions un  mot  numide,  W1DN,  qui  marque,  croyons-nous, 
une  condition  (le  n  est  probablement  l'article).  Nous  en 
trouvons  la  preuve  dans  une  inscription  inédite  de  Maktar 
dont    nous  donnons  ici  la  reproduction. 

1916  9 


130 


LES    INSCRIPTIONS    PUNIQUES    DE    DOL'GGA 

wsttqw  wn  x^p 


Domino  Baali  Hammoni,  quia  audivit 

vocem  ejus,  benedixit  ei,  Optatus 

P  ri  mus,  'mditi. 
Le  nom  Optatus  parait  écrit  Nidifia  3N  ;  entre  le  second  ia 
et  le  x  final,  on  remarque  un  signe  exactement  semblable 
au  -  de  byn.  Il  faut  l'attribuer  a  la  négligence  du  scribe. 
M.  Ph.  Berger  vovait  dans  "TiHnx  un  ethnique  précédé 
de  l'article,  dérivé  du  nom  de  Mididi;  cela  semble  impro- 


/ 


Fie.  4.  —  Inscription  de  Maktar. 
bable,  car  ailleurs  1  le  mot  est  écrit  nvra  sans  î'od  final,  et 
il  transcrit  lettre  pour  lettre  le  numidique  E+^nD,  qui 
apparaît  en  trop  d'endroits  -  pour  être  pris  comme  nom  de 
lieu  ou  d'origine.  Le  1  tinal  indique  une  forme  adjectivale, 
comme  dans  les  ethniques,  ou  dans  les  noms  de  nombres 
ordinaux  ('WIN,  itiflDn  3).  On  remarquera  que  quelques  titres 
libvques  exprimés  dans  la  seconde  inscription  bilingue  de 
Dougga  sont  transcrits  en  phénicien  lettre  à  lettre  avec 
addition  d'un  iod  à  la  lin  ;  =  £HO,  "IPMD  :  OHT,  ^  '«.  11  en 
est  sans  doute  de  même  dans  inHD. 

1.  Notamment  dans  une  inscription  bilingue  libyco-punique  de  Maktar 
encore  inédite,  où  un  personnage  esl  qualifié  de  IW2"- 

•2.  Collection  Reboud,  n»'  30,  39,  10,  267,  355,  etc. 

3.  C.  I.S.,  1,  166  B. 

i.  J'essaierai  de  montrer  ailleurs  que  ces  lectures  doivent  être  substi- 
tuées à  celles  qu'ont  proposées  M.  Lidzbarski  et  M.  Dussaud. 


LIVRES    OFFERTS  131 

Cette  lecture  est  correcte  ;  l'omission  du  i  (après  le  7  de 
T~n),  dans  la  seconde  inscription,  est  vraisemblablement 
due  à  une  faute  du  lapicide.  Les  deux  textes  se  tradui- 
raient donc  ainsi  : 

Die  secunda  et  benedicta,  erec-     Die  secunda  et  benedicta, 
tus  est  lapis  a  Gawad  filio  erectus  est  lapis  ab'Am- 

Ba .  .k,  filii  Ceiu  sat,  filio  Gawad,  filii 

'mdyti  Ba  .  .  .  k,  filii  Ceiu 

'mdyti. 

On  voit  par  ce  qui  vient  d'être  dit  que  l'interprétation  si 
laborieuse  des  inscriptions  néopuniques  trouverait  un 
secours  appréciable  dans  le  déchiffrement  des  textes 
libyques  ;  car  elles  contiennent  non  seulement  des  noms 
propres,  mais  parfois  des  phrases  entières  conçues  en 
langue  berbère.  Malheureusement  les  résultats  acquis  jus- 
qu'ici sont  encore  bien  minimes  ;  une  étude  d'ensemble  sur 
ces  documents  permettrait  sans  doute  de  réaliser  quelques 
progrès  dans  cette  voie  ;  mais  ces  progrès  ne  seront  réel- 
lement sensibles  que  le  jour  où  des  textes  bilingues,  comme 
ceux  qui  ont  été  trouvés  à  Dougga,  nous  fourniront  un 
certain  nombre  de  locutions  qui  permettraient  de  rattacher 
la  langue  des  anciennes  tribus  numides  à  quelqu'un  des 
dialectes  de  l'Afrique  du  Nord. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  G.  Schlumberger  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  un 
ouvrage  dont  il  est  l'auteur,  intitulé  :  Un  empereur  de  Byzance  ù 
Paris  et  à  Londres  (191G,  Paris,  in-8°). 


132 


SÉANCE  DU   17   MARS 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

M.  Camille  Jullian  donne  lecture  de  la  lettre  suivante,  qu'il  a 
reçue  de  notre  confrère  M.  Héron  de  Yillefosse,  retenu  chez  lui 
par  une  indisposition  ; 

«  Paris,  le  16  mars  1916, 

«  Il  nous  arrive  de  Sicile  un  renseignement  fort  intéressant 
sur  le  commerce  de  Marseille.  Je  le  recueille  dans  le  dernier 
numéro  des  Notizie  degli  scavi  1 1915,  p.  185).  Il  me  paraît  de 
nature  à  intéresser  nos  confrères  ;  c'est,  en  tout  cas,  un  document 
qu'il  faut  signaler  à  l'attention  des  archéologues  français,  et 
l'Académie  ne  lui  refusera  pas  la  publicité  de  ses  Comptes  ren- 
dus. 

«  On  a  découvert,  à  Syracuse,  en  1915,  dans  une  des  nécro- 
poles de  la  contrada  Canalicchio,  un  morceau  de  pierre  calcaire 
d'une  qualité  remarquable,  qui  formait  la  partie  centrale  d'une 
stèle  carrée.  11  manque  le  haut  et  le  bas  de  la  stèle  et,  dans  son 
état  actuel,  ce  morceau  mesure  encore  0.36  sur  0.25,5.  Il  nous  a 
conservé  presque  intact  un  court  texte  funéraire  que  je  repro- 
duis ici  d'après  le  facsimilé  donné  dans  les  ?\olizie  : 


Zevoxp^To;     'HcpaiffTOxXéoo    [M]ac<ïaÀiôV/jç  ' 


SÉANCE    DU    17    MARS    1916  133 

«  La  beauté  des  lettres  est  frappante.  D'après  M.  le  professeur 
P.  Orsi,  directeur  des  Musées  de  Syracuse,  qui  nous  fait  con- 
naître ce  petit  texte,  les  formes  épigraphiques  coïncident  exac- 
tement avec  celles  d'une  inscription  de  Hiévon  II  et  à  peu  près 
avec  celles  d'une  autre  inscription  de  Gélon  II,  ce  qui  permet 
de  le  faire  remonter  au  milieu  du  me  siècle  avant  J.-G. 

«  Ainsi  le  marseillais  Xénocritos  était  établi  à  Syracuse  vers  l'an- 
née 220,  au  moment  où  cette  ville  avait  pris  la  direction  des  plus 
grandes  entreprises  commerciales  dans  tout  le  bassin  de  la  Médi- 
terranée. Sans  doute  il  était  venu  s'y  fixer  pour  faire  du  trafic  ou 
pour  surveiller  les  intérêts  de  ses  compatriotes.  Comme  vous 
l'avez  rappelé  vous-même,  on  trouve  dans  un  célèbre  plaidoyer 
athénien  le  portrait  peu  flatteur  d'un  autre  marseillais,  tout  à  fait 
dénué  de  scrupules,  Zénothénis,  qui,  ayant  accepté  du  fret  entre 
Syracuse  et  le  Pirée,  se  livrait  avec  son  compatriote  Hégestrate 
à  des  pratiques  abominables.  Pour  le  bon  renom  des  Marseil- 
lais, j'aime  à  croire  que  le  cas  était  isolé  et  qu'ils  apportaient 
d'ordinaire  plus  de  conscience  et  de  droiture  dans  leurs  opéra- 
tions. 

«  On  ne  peut  pas  souhaiter  une  preuve  plus  directe  que  cette 
épitaphe  des  relations  de  Marseille  avec  la  Sicile.  Une  autre 
preuve  découle  du  fait  qu'on  rencontre  de  temps  à  autre  en 
Sicile  des  oboles  massaliotes  du  ve  siècle  ou  pour  le  moins  anté- 
rieures à  l'année  350.  Le  Musée  de  Syracuse  en  possède  une 
dont  l'origine  sicilienne  est  absolument  certaine. 

«  Les  Marseillais  trafiquaient  avec  les  ports  de  la  Grèce  propre 
comme  avec  ceux  de  la  Grande  Grèce  ;  on  constate  leur  présence 
non  seulement  sur  les  côtes  de  la  Sicile,  mais  aussi  dans  les  iles 
de  la  mer  Kgée.  C'est  ainsi  que  l'épitaphe  d'un  commerçant 
marseillais,  Apellis,  fils  de  Démon,  qui  paraît  remonter  à  la 
seconde  moitié  du  vie  siècle,  découverte  en  septembre  1894 
dans  une  des  nécropoles  de  Delphes,  a  fourni  à  M.  Paul  Per- 
drizet,  il  y  a  quelques  années,  l'occasion  de  parler  des  rapports 
établis  entre  Marseille  et  Delphes  et  de  rappeler  les  listes  de 
proxènes,  découvertes  à  Delphes,  sur  lesquelles  on  relève  les 
noms  d'un  certain  nombre  de  Marseillais. 

«  On  voit  que  les  documents  épigraphiques  s'accordent  avec 
les  textes  littéraires  et  les  documents  numismatiques  pour  éclai- 


134  SÉANCE    DU    17    MARS    1  (J  1  G 

rrr  une  intéressante  question,  celle  du  développement  du  com- 
merce de  Marseille  avec  la  Sicile,  sur  laquelle  M.  Adrien  Blanchet 
a  insisté  en  L904  en  comparant  certaines  monnaies  de  Syracuse 
et  de  Marseille. 

«  A  l'époque  où  la  grande  colonie  phocéenne  devint  en  Gaule 
l'entrepôt  de  toutes  les  marchandises  grecques,  à  l'époque  que 
vous  avez  nommée  avec  tant  d'à-propos  celle  de  l'empire  de  Mar- 
seille, les  bateaux  marseillais  répandaient  donc  le  long  de  nos 
côtes,  avec  bien  d'autres  objets,  ces  vases  grecs  aux  peintures 
élégantes  et  lines  dont  on  recherche  aujourd'hui  les  moindres 
débris  avec  une  vigilance  si  louable.  Les  fouilles  de  Marseille, 
de  Montlaurès,  de  Castel-Roussillon  ont  donné  à  MM.  Vasseur, 
Rouzaud  et  Thiers  l'occasion  d'en  recueillir  d'intéressants  spé- 
cimens et  d'en  signaler  d'importants  dépôts  le  long  de  nos  rivages 
méridionaux. 

«  Mais  lorsque  Rome,  devenue  une  puissance  maritime,  se  fut 
emparée  de  la  Narbonnaise,  le  commerce  de  Narbonne  paraît 
avoir  pris,  après  la  constitution  de  la  province,  un  dévelop- 
pement considérable.  Les  armateurs  de  cette  ville  avaient  organisé 
avec  la  Sicile,  au  second  siècle  de  notre  ère,  un  trafic  direct, 
évidemment  au  détriment  des  Marseillais.  C'est  ce  qui  ressort 
d'une  inscription  découverte  en  1892  aux  Moulinasses,  sur  l'em- 
placement de  l'ancien  forum  de  Narbonne.  Elle  concerne  un 
certain  L.  Aponius  Cheraea,  revêtu  dans  sa  ville  natale  de 
hautes  fonctions  civiles  et  religieuses,  honoré  en  même  temps 
des  ornements  de  l'édililé,  du  duumvirat,  du  flaminat  et  de 
l'augurât  par  plusieurs  grandes  villes  maritimes  de  la  Sicile, 
Syracuse,  Termini  et  Païenne. 

«  Nous  avons  dans  ce  dernier  texte  une  preuve  des  relations 
commerciales  que  Narbonne  entretenait,  au  second  siècle  de 
notre  ère,  avec  la  Sicile,  de  la  considération  dont  ses  armateurs 
jouissaient  dans  les  ports  où  ils  trafiquaient  et  peut-être  aussi  par 
contrecoup  de  la  décadence  momentanée  du  port  de  Marseille.  » 

M.  J.  Toutain,  directeur  d'études  à  l'Ecole  des  Hautes  Études, 
montre,  par  l'examen  d'un  rite  peu  connu  de  l'antiquité  clas- 
sique, que  le  paganisme  a  connu  l'idée  religieuse  de  la  rédemp- 
tion. Dans  certaines  villes  du  monde  grec  et  romain,  à  Leucade, 


SÉANCE    DU    17    MARS    1916  135 

à  Gurium  en  Chypre,  à  Terracine,  à  Marseille,  on  précipitait 
chaque  année  une  victime  humaine  du  haut  d'un  promontoire 
rocheux  dans  la  mer.  Un  texte  formel,  reproduit  dans  le  Lexique 
du  patriarche  de  Constantinople  Photius  et  dans  celui  du  gram- 
mairien byzantin  Suidas,  nous  apprend  que  le  malheureux  ainsi 
jeté  dans  les  flots  était  considéré  comme  le  sauveur,  le  rédemp- 
teur de  ses  concitoyens.  Le  terme,  employé  dans  ce  texte  pour 
expliquer  le  sens  d'un  tel  sacrifice,  est  précisément  celui  par 
lequel  les  chrétiens  de  langue  grecque  désignaient  la  rédemp- 
tion. L'idée  religieuse  de  la  rédemption  de  tout  un  groupe 
d'hommes  par  les  souffrances  et  la  mort  d'un  seul  n'a  donc  pas 
été  étrangère  au  paganisme  antique. 

MM.  Salomon  Reinach,  C.  Jullian,  Boucué-Leclercq  et  Mau- 
rice Croiset  présentent  quelques  observations. 

M.  Havet  lit  un  travail  sur  la  répartition  des  actes  dans  le 
comédies  de  Térence.  Il  estime  qu'au  temps  du  poète  il  n'exis- 
tait que  des  exemplaires  de  théâtre,  composés  de  cinq  manu- 
scrits partiels,  simplement  numérotés,  dont  chacun  contenait  un 
acte.  Plus  tard  il  y  eut  des  exemplaires  de  bibliothèque,  pré- 
sentant la  pièce  d'un  seul  tenant,  et  où  la  distinction  des  actes 
avait  disparu  avec  le  numérotage.  D'où  les  erreurs  des  anciens 
et  celles  des  modernes  en  ce  qui  touche  la  place  des  entr'actes. 

Dans  les  Adelphes,  lacté  II  est  de  67  vers  plus  long  qu'on  ne 
le  croit  généralement.  Dans  l'Eunuque,  l'acte  III  doit  être 
écourté  des  76  derniers  vers.  Dans  VAndrienne,  on  augmentera 
l'acte  Ier  de  56  vers;  on  supprimera  pour  cela  les  deux  vers  apo- 
cryphes 171  et  "225,  lequels  sont  attribuables  au  même  arran- 
geur qui  a  fabriqué  pour  le  dénouement  de  la  pièce  une  rallonge 
d'une  vingtaine  de  vers.  La  date  de  cet  arrangeur  pourrait  être 
l'époque  d'Auguste  ;  c'est  parce  qu'il  opérait  sur  un  exemplaire 
de  bibliothèque  qu'il  s'est  mépris  sur  la  vraie  place  de  l'entr'acte; 
son  remaniement  a  dû  être  fait  en  vue  d'une  représentation  pri- 
vée. 

M.  Théodore  Pieinach  présente  quelques  observations. 


136 

SÉANCE   DU    24    MARS 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Gagnât  donne  lecture  de  la  lettre  suivante,  qu'il  a  reçue 
de  M.  J.-B.  Chabot  :, 

«  Lors  de  la  communication  que  j'ai  eu  l'honneur  de  faire  à 
l'Académie  sur  les  inscriptions  de  Dougga,  vous  m'avez  demandé 
si  la  l'orme  latine  Thugga  ne  pourrait  être  le  résultat  d'une 
simple  assimilation.  J'hésitais  à  admettre  cette  explication, 
parce  que  je  cherchais  dans  les  deux  gg  de  Thugga  l'équivalent 
des  deux  g  de  la  forme  libyque  TBGG.  Ayant  examiné  à  nou- 
veau la  question,  je  partage  maintenant  votre  manière  de  voir, 
qui  peut  être  appuyée  par  les  considérations  suivantes  : 

«  1°  Dans  des  cas  analogues  à  Thuçjga,  la  voyelle  u  ne  s'écri- 
vait pas  en  punique.  Ainsi  Thuburbo,  Tanubra,  Tagura  sont 
écrits  vw2.~CP,  ÎTnjyn,  "pin,  sans  le  w.  La  forme  punique  du  nom 
de  Dougga,  5"^ZP,  peut  donc  parfaitement  répondre  à  une  pro- 
nonciation  Thubgag. 

«  2°  Lorsque  les  Grecs  ou  les  Romains  faisaient  passer  dans 
leur  langue  un  nom  étranger  finissant  par  une  consonne  inusitée 
comme  terminaison  (par  ex.  /,  g ,  p),  pour  donner  une  physiono- 
mie grecque  ou  latine  au  nom  -  -  nom  de  personne  ou  nom  de 
lieu,  —  ils  avaient  recours  à  un  double  procédé  : 

a)  ou  bien  on  ajoutait  une  désinence  après  la  consonne  ;  par 
ex  :  "pN  Erek  devient  Eryjc,  Eriks  ;  U?D  ;  Liks,  Lix  ou  Lixus  ; 
QSS  Lapil,  Aa-r/Jo;,  me  Marat.  Màpaôoç,  etc. 

h)  ou  bien  on  supprimait  la  consonne  finale,  et  le  nom  se 
terminait  ainsi  par  la  voyelle.  Celte  seconde  manière,  tout  à  fait 
classique  chez  les  Romains  (Plato  =  Nkéiw)  a  été  appliquée 
dans  une  large  mesure  aux  noms  numides,  Massinissa,  Mikipsa 
(de  Massinissan,  Mikivsan),  Yermina  (de  Yerminad)  etc.  On 
trouve  cependant  aussi  la  forme  libyque  à  côté  de  la  forme 
latinisée  :  ainsi  leptan  (CI. L.,  VIII,  17200)  et  Ieplha  (17029) 
de  73mS\ 


SÉANCE    DU    24    MARS     1916  137 

«  A  une  forme  telle  que  Thubgag,  on  devait  donc,  ou  ajouter 
une  terminaison,  et  dire,  par  ex.:  Thubgagum,  ou  supprimer  le 
dernier  q  et  écrire  Thubga.  L'adoption  de  cette  dernière  forme 
entraînait  presque  fatalement  l'assimilation  du  />,  et  le  nom 
devenait  ainsi  Thugga.  La  forme  grecque  Touxxa  paraît  être  la 
simple  transcription  du  latin. 

«  J'ajouterai  que  je  viens  de  retrouver  un  nouvel  exemple  du 
nom  de  Dougga  dans  l'inscription  libyque  découverte  pendant 
les  fouilles  de  1904.  Ce  fragment  d'inscription  monumentale, 
aujourd'hui  au  Bardo,  est  mutilé  adroite,  en  bas,  et  peut-être  h 
gauche.  La  première  ligne,  qui  formait  titre,  se  termine  par  les 
lettres  TBGG  =  Thubgag.  Les  6  lignes  de  la  suite  contiennent 
une  série  de  noms  propres,  presque  tous  qualifiés  de  GLDT 
«  personne  royale  »,  comme  dans  la  grande  dédicace  bilingue. 
L'état  de  la  pierre  ne  permet  pas  de  donner  une  généalogie  sui- 
vie de  ces  personnages  princiers,  qui  appartenaient  sans  doute  à 
plusieurs  familles,  car  la  liste  se  continuait  sur  sept  lignes  au 
moins.  » 

Le  Secrétaire  perpétuel  communique  une  lettre  invitant 
l'Académie  des  inscriptions  à  assister,  dimanche  prochain, 
26  mars,  à  la  cérémonie  qui  aura  lieu  dans  la  basilique  de  Mont- 
martre pour  adresser  des  prières  à  Dieu  en  faveur  de  nos 
armées  et  de  nos  Alliés. 

L'Académie  française  et  l'Académie  des  sciences  ont  désigné 
plusieurs   de  leurs  membres   pour  y  assister  officieusement. 

L'Académie  des  inscriptions  désigne  pour  y  assister,  dans  les 
mêmes  conditions,  MM.  Senart,  Gordier,  Guq  et  Fournier. 

M.  Fournier  annonce  que  la  Commission  du  concours  des 
Antiquités    nationales    pour    1910   a  accordé  : 

1°  une  seconde  médaille  à  M.  Pierre  Gautier,  archiviste  de  la 
Haute-Marne,  pour  son  ouvrage  manuscrit  :  Éludes  diploma- 
tiques sur  les  actes  des  évêques  de  Langres  du  Vit  siècle  à 
1136; 

2°  une  troisième  médaille  à  feu  M.  E.  Morel  pour  son  ouvrage: 
Le  plan  dWrras  en  1382. 

M.  Morel-Fatio  donne  lecture  du  rapport  suivant  : 

«  La  Commission  du  prix  de  Lagrange  a  décidé  de  décerner  ce 


138  LA    DATE    DE    LÀ    MORT    DE    JEAN    DE    MEUN 

prix  à  M.  Jeanroy,  pour  ses  deux  publications  intitulées  les 
Chansons  de  Jaufre  Rudel  et  les  Joies  du  gai  savoir,  ainsi  que 
pour  ses  publications  antérieures  d'anciennes  poésies  proven- 
çales. » 

M.  Thomas  donne  lecture  d'une  note  sur  la  date  de  la  mort  de 
Jean  de  Meun  '. 

M.  Meillet  lit  une  note  sur  le  développement  de  l'infinitif. 

MM.  Havet,  Maurice  Croiset  et  Thomas  présentent  quelques 
observations. 

M.  Moret,  conservateur  du  Musée  Guimet,  fait  une  communi- 
cation sur  un  terme  rare  des  décrets  de  Koptos  2. 


COMMUNICATIONS 


LA  DATE  DE  LA  MORT  DE  JEAN  DE  MEUN, 
PAR  M.  ANTOINE  THOMAS,  MEMRRE  DE  L'ACADÉMIE. 

J'ai  le  plaisir  de  communiquer  à  l'Académie  deux  docu- 
ments inédits  concernant  un  des  plus  célèbres  poètes  fran- 
çais du  moyen  âge,  maître  Jean  de  Meun,  auteur  de  la 
seconde  partie  du  Roman  de  la  Rose. 

On  a  définitivement  renoncé  à  identifier  le  continuateur 
de  Guillaume  de  Lorris  avec  un  archidiacre  de  Beauce,  en 
l'église  d'Orléans,  dont  nous  possédons  le  testament,  daté 
du  25  janvier  1298,  et  qui  vivait  encore  le  13  décembre  1303. 
Cet  archidiacre  de  Beauce  résidait  à  Orléans  ;  il  portait  le 
même  nom  que  le  poète,  mais  il  n'a  rien  à  voir  avec  l'his- 
toire littéraire. 

Maître    Jean    de     Meun,   le     poète,     résidait    à    Paris. 

1.  Voir  ci-après. 

2.  Voir  ci-après. 


LA    DATE    DE    LA    MORT    DE    JEAN    DE    MEUN  i 39 

Jules  Quicherat  a  publié,  en  1880  »,  un  document  qui 
établit  qu'il  habitait,  à  la  fin  de  sa  vie,  une  maison  à 
laquelle  son  nom  est  resté  longtemps  attaché,  et  dont  l'em- 
placement correspond  au  n°2l8  de  la  rue  Saint-Jacques. 
Une  plaque,  scellée  sur  l'immeuble  qui  porte  actuellement 
ce  numéro,  consacre  la  découverte  de  Quicherat. 

Le  document  en  question,  daté  du  6  novembre  1305,  men- 
tionne maître  Jean  de  Meun  comme  étant  mort  antérieure- 
ment à  cette  date.  D'autre  part,  Jean  de  Meun  ligure  comme 
vivant  dans  le  célèbre  Livre  de  la  taille  de  Paris  pour 
Tannée  1292  ?.  Entre  ces  deux  dates,  on  n'avait  jusqu'ici 
aucune  donnée  sur  l'existence  du  poète.  Les  documents 
que  je  vais   faire  connaître   se  placent  dans  cet  intervalle. 

1°  Extrait  du  compte  des  recettes  de  la  prévôté  de  Paris 
pour  le  terme  de  la  Toussaint  1299  : 

De  domo  magistri  Johannis  de  Magduno,  xij,  d.  3. 

2°  Extrait  du  compte  des  recettes  de  la  prévôté  de  Paris 
pour  le  terme  de  l'Ascension  1305  : 

De  censu  cujusdam  ruelle  assensate  rnagistro  Johanni 
de  Magduno,  pro  med[ietate],  xj .  d.  4. 

Malgré  la  différence  de  rédaction  de  ces  deux  articles  des 
comptes  de  la  prévôté,  l'identité  de  la  somme  perçue  (douze 
deniers)  porte  à  croire  qu'il  s'agit  du  même  immeuble. 
Était-ce  celui  de  la  rue  Saint-Jacques,  que  Jules  Quicherat 
a  fait  amplement  connaître?  L'absence  de  toute  indication 
topographique  dans  nos  comptes  nous  laisse  dans  l'incer- 
titude; il  semble  pourtant  qu'on  doive  pencher  vers  la 
négative.  Mais  ce  qui  ressort  clairement  du  dernier  de  ces 
comptes,  c'est  que  Jean   de  Meun  était  encore  vivant  au 

1.  Jean  de  Meuny  et  sa  maison  à  Paris,  dans  lnBihl.de  l'Ecole  des 
chartes,  t.  XLI,  pp.  46-52. 

2.  II.  Géraud,  Paris  sous  Philippe  le  Bel.  p.  160;  Buchon,  Coll.  des  chro- 
niques, t.  IX,  2"  partie,  p.  179.  Rappelons  que  le  fait  a  été  signalé  dès  le 
xvm»  siècle  par  D.  Félibicn,  Hist.  de  Paris  (1725),  pr.,  t.  III,  p.  121. 

3.  Bibl.  nat..  franc.  10365,  p.  15. 

4.  Bibl.  nat.,  coll.  Baluze,  vol.  394,  feuillet  coté  605l!,  recto. 


1 40  SUR    UN    TERME    RARE    DES    DÉCRETS    DE    K.OPTOS 

terme  de  l' Ascension  1305,  c'est-à-dire  le  27  mai.  Puisque 
l'acte  publié  par  Jules  Quicherat  prouve  qu'il  était  mort 
dès  le  6  novembre  suivant,  nous  pouvons  affirmer  que 
c'est  bien  en  1305,  entre  mai  et  novembre,  que  s'est  ter- 
minée la  carrière  du  poète. 

Si  mince   que  soit  l'importance  de  ce  résultat,  il  a   son 
prix,  et  il  valait  la  peine  de  le  faire  connaître.  Nos  biblio- 
thèques publiques  sont  un  arsenal  national,  où  nous  avons 
le  devoir  de  fouiller  sans  relâche  pour  le  perfectionnement 
de  notre   histoire.    Je   saisis   l'occasion    que    m'offre    cette 
petite  découverte  pour  informer  l'Académie  que  l'édition  du 
Roman  de  la  Rose,  entreprise,  il  y  a  quelques  années,  par 
celui  de  nos  philologues  qui  est  le  plus  qualifié  pour  mener 
à  bien  cette  lourde  tâche,  M.  Ernest  Langlois,  professeur 
à    l'Université    de   Lille,  a    été    suspendue   par    la   guerre. 
M.  Langlois  était  à  son  poste  au  moment  où  ont  éclaté  les 
hostilités.  Depuis  l'occupation  de  Lille  par  les  Allemands, 
il   se    trouve    dans    l'impossibilité    de    correspondre    avec 
notre  Société  des  anciens  textes  français  et  de  poursuivre 
l'impression.  Le   premier  volume,  où  est   résumée  la    bio- 
graphie de  Jean  de  Meun,  est  terminé,  mais  non  distribué 
au  public.  Il    sera  facile    d'y    ménager  un  carton   pour    y 
insérer   l'analyse   des    documents    que    je    viens    de    faire 
connaître.  Nous  avons   le    ferme  espoir  que    M.   Langlois 
sera  bientôt,  grâce  aux   succès  de  nos  armées,  en   mesure 
de   préparer  lui-même    le  texte   de    ce  carton. 


SUR    UN    TERME   RARE    DES    DÉCRETS    DE    KOPTOS, 

PAR    M.    A.    MORET. 

CONSERVATEUR    DU    MUSÉE    GUIMET. 

Les  décrets  de  Koptos,  qui  fournissent  des  renseigne- 
ments si  importants  sur  l'administration  pharaonique  à  la 
fin  de  l'ancien   Empire,  renferment  quelques   termes  rares 


SUB  UN  TERME  RARU  DES  DÉCRETS  DE  KGPTOS      141 

dont  l'explication  précise  est  essentielle  pour   l'interpréta- 
tion  historique.  L'un   de  ces    termes    est  le  mot  rT^  qui 

figure  dans  les  décrets  A,  B  et  C  de  Pepi  II. 

Ces  décrets  sont  des  chartes  d'immunité  accordées  par 
le  roi  aux  prêtres  du  temple  de  Minou,  et  à  leur  personnel 
subalterne.  L'adresse,  en  tête  du  texte,  mentionne,  de 
suite  après  le  directeur  et  l'inspecteur  des  prophètes,  «  les 

mcritou1  du  ^Tl  du  temple  de  Minou  »  (A.  1.  3,   26).  Ces 

gens,  en  raison  de  l'immunité,  «  ne  doivent  pas  être  placés 

parmi  les  ^Tl  ÇT^  ^Tl  royaux  »  (A.  1.  4).  Au  décret  d'Aby- 

dos,  de  Neferarkarâ,  le  roi  dit,  à  quatre  reprises,  «  qu'il  n'a 
pas  permis  de  prendre  les  prophètes  de  ce  Nome,  ni  per- 
sonne de  ceux  qui  sont  là,  pour  l'état  de  \~~1,  ni  pour  tous 
les  travaux  du  Nome  ».  On  verra  plus  loin  que  le  signe 
d'Abydos  correspond  à  celui  de  Koptos.  Le  terme  en  ques- 
tion désigne  donc  :  1°  une  catégorie  de  gens;  2°  un  service 
analogue  à  celui  des  travaux  du  nome;  3°  service  et  gens 
se  retrouvent  sur  le  domaine  royal  comme  sur  le  domaine 
du  temple.  Mais  que  signifie  le  signe? 

Sous  cette  forme.  PT^  n'a  pas  été  reconnu  ailleurs.  Weill 
et  Sethe  le  déclarent  inconnu  et  traduisent,  d'après  le  con- 
texte :  Weill  a  dépendant  »  et  «  dépendance  »  ;  Sethe  : 
«  agent  »  du  «  service  des  corvées  »  ;  Gardiner  :  «  serf  des 
domaines  »  ou  «  domaines  »  ;  Maspero  (Abydos)  avec  doute  : 
«  corvée  des  canaux  »;  au  Journal  asiatique  (1912,  II, 
p.  81),  j'ai  lu  le  signe  :  idr  et  interprété  :  «  agent  »  ou  «  ser- 
vice des  animaux  reproducteurs  ».  La  diversité  de  ces 
interprétations  n'est  pas  faite  pour  inspirer  confiance. 
Depuis,  l'étude  des  originaux  m'a  fourni  une  observation 
qui  permet  de  solutionner  le  problème. 

1.  Les  mer  itou  sont  des  ouvriers  agricoles  ou  industriels,  paysans,  vil- 
lageois ou  eiLadins,  au  service  d'un  maître  quelconque,  roi,  dieu  d'un 
temple,  propriétaire  foncier:  ils  peuvent  être  de  condition  libre  ou  ser- 
vile. 


142  SUR    UN    TERME    RARE    DES    DÉCRETS    DE    KOPTOS 

Le  texte  B  de   Koptos,  rédigé   vingt  ans  après  le   texte 
A,     reproduit    celui-ci,    tout    en    fournissant   variantes    et 

gloses.  La  phrase  relative  aux  meritou  du  F .  J  donne  pré- 
cisément une  variante,  très  visible  sur  l'original  et  même 
sur  la  photographie  (Weill,  Les  décrets  royaux,  pi.  VI)  ; 
elle  a  échappé  jusqu'ici  à   l'attention  à    cause  d'une  tran- 

scription  erronée  [  ^  <^>  vjj>  |j  ^  ^  ]  ^  ^p  pro-  | 

posée  par  Weill  (pi.  II).  Voici  les  textes  : 

S,   cK*t  ,1 

Donc  le  signe  £1  remplace  en  B  le  signe  FT!  de  A.  Or, 
£)  est  bien  connu.  Comme  syllabique,  sa  valeur  est  ,; 


ta  ;  comme  signe-mot,  il  peut  s'interpréter  :  1°  ^  K\  (1  ta 
«  flamme  »  ;  2°   ^^    \  ê  knbt,  «  angle,  gens  de  l'angle  (de 

la  cour)   »  —  d'où    «  conseil,   conseiller  »  ;  3°  <= — ^  £)  krt 

«  four  à  potier  ».  Ta  s'exclut  comme  inapte  à  fournir  un 
sens  ici.  Le  sens  knbt  repose  sur  une  confusion  de  signes 
qui  a  fait  prendre  aux  lapicides  la  forme  hiératique  de  l'angle 
[p-1  pour  Q.  Cette  confusion  est  fréquente  aux  papyrus  du 


SUR    UN    TERME    RARE    DES    DÉCRETS    DE    KOPTOS 


143 


Nouvel  Empire  ;  mais  je  ne  crois  pas  qu'on  en  ait  des 
exemples  dès  l'ancien  Empire;  enfin,  il  faudrait  traduire 
ici  «  les  meritou  du  conseil  knbt  »  —  or  les  paysans  ou  les 
ouvriers  ne  sont  pas  du  rang-  des  conseillers  —  ou,  encore, 
assimiler  le  travail  des  conseillers  à  «  tous  les  travaux  du 
nome  »  (Abydos),  ce  qui  est  absurde.  Knbt  est  donc  aussi 
à  rejeter.  Reste  le  sens  3  «  four  à  potier  »  krt. 

Le  signe  £)  représente  le   four  lui-même  '   (tombeau    de 
Ti,  pi.  84).  Dans  les  tombeaux  memphites,  «  cuire  les  pots  » 


irora 


B.  Hasan  :  «  Four  ».         Ti  :  «  allumer  le  four  »         «  Tourner  les   vases  ». 

se  dit  <=>  1  y  Ç5  krr  bda,  soit  qu'on  utilise  un  tas  de  char- 
bon de  bois  sur  lequel  les  pots  sont  empilés  -,  soit  qu'on 
use  d'un  four  :  à  Beni-Hasan3,  le  nom  du  four  est  <= — ^  £) 

krr  (var.  <r=>  D  krt)  4  ;  au  tombeau  de  Ti r'  (Ve  dyn.)  «  allu- 


mer le  four  à  potier  »  se  dit  : 


I 


D  et  krt  ;  dans  ces  deux 


O    c^ 


exemples  £)  est  soit  déterminatif,  soit  signe-mot  à  valeur 
pleine. 

1.  Grit'fith,  IIicrO({lyphs,  pi.  VIII,  n°  145.  Voir  le  cliché  p.  142. 

2.  Steindorff,  Grabd.  77,  pi.  N5-86. 

3.  Griffith  a.  Newberry,  Beni-llasan,  II,  7;  cf.  Montet,  Bulletin  de  ilns- 
titut  français  du  Caire,  IX,  p.  13. 

4.  Brugsch,  Wôrtb.,  p.  1469. 
i>.   T.  de  Ti.  pi.  84. 


144  SUR    UN    TERME    RARE    DES    DÉCRETS    DE    KOPTOS 

Le  four  krt  £)  est   donc  le  mot  que  le  décret  B  de  Kop- 
tos  donne   à   la    place  de  ^TJ  :  il   faut  traduire  en  B  «  les 
meritou  du  four  à   potier  ».  Cette  interprétation  convient- 
elle  au  site  de  Koptos  et  d'Abydos?  On  sait  que  l'industrie 
céramique  a  prospéré  en  Egypte  dès  les  débuts,  mais  nulle 
part  peut-être  plus  que  dans  la  région  Koptos-Abydos  ;  car 
les  potiers    trouvaient   à  Ballas  (r.  g.   du  Nil,  en    face   de 
Koptos),  une  inépuisable  couche  d'argile  plastique.  Aussi 
la  nécropole  d'Abydos    a-t-elle   conservé   des  pots   et  des 
vases  en  pierre  dure  par  milliers  ;  le  site  antique  était  à  ce 
point  jonché  de   tessons  que  les  Arabes  l'appelaient  Om  el 
Gaab  «  la  mère  aux  pots  ».  Aujourd'hui  encore    l'industrie 
céramique  fait   la  prospérité  du  pays  :  Kéné  !  à  mi-chemin 
entre  Koptos  et  Abydos)  expédie  chaque  année  les  gargou- 
lettes par  centaines  de  mille.  Il  est  donc  normal  que  le  ser- 
vice du  four  à   potier,  dans  l'administration  du  temple  ou 
l'administration  royale,  soit   cité  avant   tous  les  autres  au 
décret  B  comme  industrie  spécifique  de  la  région. 

Ceci  admis,  le  signe  ^jl  du  décret  A,  qui  correspond  à  Q 
du  décret  B,  doit  être  le  nom  de  l'agent  (ou  du  service)  du 
four  à  potier,  c'est-à-dire  le  nom  de  l'ouvrier  potier  lui- 
même.  Les  tableaux  qui  représentent  dans  les  tombeaux  le 
travail  du  potier  ne  fournissent  que  deux  termes  pour  dési- 

11  «  •  i     i  i     [     ?  rc^>n  o  /wwva 

gner  1  ouvrier  potier;  1  un  spécial  :  kd  sa  nch  \    Q     I  -¥- 

—  «  le  tourneur-sculpteur  »  (voir  la  figure  du  tombeau  de 

Ti l)  ;  l'autre  général  :  Ç^  f  ^m»  ou  f  ^  /-un'/-l  =  (<  lartisan> 
l'artiste'2  ».  Souvent  hm-tj  s'applique  aux  artisans  de  toute 
catégorie,    menuisiers,    orfèvres,  aussi    bien   que  potiers3; 

i.  Cf.  Beni-Hasan,  I,  29;  El  Bersheh  I,  23. 

2.  Pour  la  lecture  du  sijjiie,  cf.  Max  Millier,  ap.  Recueil  de  Travau.i -,  IX, 

p.  164  sqq.  Le  mot  est  conservé  en  copie  OAII  :  ''  équivaut  à  t&xtcov  Pap. 
Casai i. 

3.  Deir  el  Gebrawi,  I,  lis  où  l'on  voit  »  tous  les  travaux  dans  l'atelier  des 
artisans  hmtjw».  Cf.  Sethe,  Vrk.,  1.  pi.  38,  1.  13:  53,1.  13,  Tu.  1.  5:  82,  1.13; 
132.  1.  14. 


SUR  UN  TERME  RARE  DES  DÉCRETS  DE  KOPTOS      1 45 

mais,  avant  tout,  V^  désigne  «  celui  qui  se  sert  de  l'outil 
$  hm  ».  C'est  une  tarière,  à  tige  unique  ou  à  rallonge, 
munie  de  coussinets  pour  donner  à  la  main  un  point  d'appui, 


Deir  el  Gehrawi   1,18    : 
Fabricants  de  vases  hmtj. 


L'outil  htn  (Murray, 
Saqqara,  pi.  28,  39). 


et  d'un  levier  qui  permet  d'imprimer  un  mouvement  de 
rotation.  L'outil  servait  à  forer  les  vases  de  pierre  dure  et 
à  calibrer  les  vases  d'argile.  Avant  l'invention  du  tour, 
hm-tj  a  dû  être  le  seul  nom  du  potier;  puis  il  s'est  étendu 
à  toutes  les  variétés  d'art  '  ou  d'artisans  -. 

Or,  de  ces  deux  noms,  kd  \  *=^>  n'a  pas  de  rapport  avec 

r  /  ;  tandis  que  hm  ^T~~l  \  ,  réduit  au  seul  signe  \^J>  ce 
qui  n'a  rien  d'anormal,  présente  une  ressemblance  carac- 
téristique avec  le  signe  «  inconnu  ».  L'explication  de  rVl 

a  été  cherchée  jusqu'ici  dans  un  groupe  de  signes  qui  pré- 
sentent des  caractères   communs  :  forme  en   segment    de 


f 


1.  Le    sens    «   art    magique   »   y  compris.   Cf.    Thot   «    l'artisan  hm 

\û    »,  Slèle  de  Metternich,  1.  247  et  le  mot  «  hrr.ro  »  «  artifice  de 


bouche  ». 

2.  En  copte,  le  charpentier  =  OAUjye  (<  artisan   du    bois  »;  l'orfèvre 

O  AU  IIOTIi  "  artisan  de  l'or  ». 


1916 


10 


146  SUR    UN   TERME    RARE    DES    DÉCRETS    DE    KOI'TOS 

cercle,  trait  inférieur  vertical  ;  traits  verticaux  au-dessus  de 
la  corde  du  segment  :  tels  sont  les  signes  hm,  peh,  bi,  îdr, 
qui  s'échangent  perpétuellement  et  s'emploient  souvent 
abusivement  l'un  pour  l'autre  dans  l'écriture  hiéroglyphique 
ou  hiératique.  Jusqu'ici  le  choix  s'est  porté  sur  peh  = 
domaines  (Gardiner),  canaux  Maspero),  ou  sur  )<lr  Moret); 
ou  bien  on  a  inventé  le  sens  de  «  dépendance  »  «  service  de' 

corvée  »  pour  le  mot  PTl    Weill,  Sethe).  La  variante  de  B 

amène  à  repousser  ces  interprétations  et  limite  le  choix  au 


tthê 


à    t?  w    G/  x? 


seul  signe  ^~~^  hm  =  «  artisan  potier  ».  Hm  KJ  est  une 

simplification  du  signe   sexuel  féminin  c  (dans  ^  Jj    A/??/ 

«  femme  »  ;  celui-ci  a  comme  caractéristique,  quand  il  est 
détaillé,  une  incision  verticale  inférieure,  et  des  touffes  de 
poil  à  la  partie  supérieure  ;  légèrement  complété  xy  devient 

r//.  La  forme  hiératique  du  signe  h  m  explique  la  pre- 
mière variante  (détaillée)  d'Abydos,  qui  a  le  même  aspect 
que  VX/  km  au  papyrus  d'Orbiney;  la  variante  simplifiée 
d'Abydos  correspond  exactement  à  t^  Concluons  que 
Cj7  ou  LJ  son^  ^es  graphies  ^r^'s   reconnaissables  de  xy 


SUR    UN     TERME    RARE    DES    DÉCRETS    DE    KOPTOS  147 

syllabique  du  signe-mot  y  hm  =  «  artisan  potier  »  et  «  arti- 
san, artiste  en  général  ».  Le  sens  convient  à  tous  les  pas- 
sages des  décrets  de  Koptos.  L'adresse  du  décret  cite,  après 
les  prophètes  de  Minoti,  «  les  meritou  du  service  des  arti- 
sans potiers  »,  —  var.  B  :  «  les  meritou  du  four  à  potier  — 
de  la  maison  de  Minou  »  (A.  1.  3,  26).  Ces  gens  ne  doivent 
pas  être  placés  parmi  «les  artisans  potiers  du  Roi»  (A. 
1.  4)  ;  de  même,  au  décret  d'Abydos,  le  roi  «  n'a  pas  permis 
de  prendre  les  prophètes  de  ce  Nome,  ni  personne  de  ceux 
qui  sont  là^  pour  l'état  d'artisan  potier,  ni  pour  tous  les 
travaux  du  Nome  ». 


0 


cra 


ftBSt*Pi 


Ti,  pi.  16, 115.  Mastabas,  p.  366. 

Une  fois  identifié,  l  .  1  sera  reconnaissable  sur  d'autres 

monuments.  Ainsi  la  stèle  et  les  parois  du  tombeau  de 
Nechtsas  (Ve  dyn.)  nous  apprennent  que  ce  personnage  était 
«  directeur  et  surveillant  des  artisans  de  Pharaon  »  et 
«  constructeur  du  grand  four  à  potier  »  mdh  krt  a'at  *.  Le 
signe  hm  a  ici  la  même  forme  qu'à  Koptos  (sauf  l'incision 
inférieure,  qui  manque;  ;  il  apparaît  encore  comme  nom  de 
porteurs  de  caisses  (de  vases?)  au  tombeau  de  Ti  (pi.  16  et 
115).  Les  titres  de  Nechtsas  confirment  que  dès  l'Ancien 
Empire  l'industrie  céramique  était  organisée,  aussi  bien 
dans  les  services  du  roi  que  dans  ceux  des  temples  2.  L'as- 

1.  Mariette,  Mastabas,  p.  366  ;  Caire,  stèle  1 140.  Weill  avait  déjà  cité  ces 
deux  exemples  du  signe  (p.  "7  . 

2.  Phtah,  le  dieu  potier,  avait  un  atelier  d'artisans  dont  son  grand-prêtre 

était  le  chef  :  wr  hrp  hm  "^fe=^  y  T  >vo'r  'a  graphie  ancienne  ap.  Murray, 
Saqqara  Mastaba,  pi.  28. 


148  LIVRES    OFFERTS 

sociation  des  mots  «  directeur  des  artisans  hmtjw  »  et 
«  constructeur  du  grand  four  à  potier  krl  »  justifie  au  mieux 
l'interprétation  proposée  pour  ces  deux  termes,  que  nous 
avons  trouvés  aussi  réunis  aux  décrets  de  Koptos. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Omont  dépose  sur  le  bureau,  au  nom  de  notre  correspondant 
M.  Louis  Demaison,  président  de  l'Académie  de  Reims,  le  discours 
qu'il  a  prononcé  à  la  séance  annuelle  de  cette  Académie,  tenue  à 
Paris  le  10  décembre  1015  Reims,  1915,  in-8°,  11  pages).  M.  Demai- 
son rappelle  dans  son  discours  les  ruines  irréparables  que  les  bom- 
bardements répétés  de  l'ennemi  ont  accumulés  dans  cette  malheu- 
reuse cité  :  la  cathédrale,  Saint-Remi,  Saint-Jacques,  le  Palais  archi- 
épiscopal, avec  lequel  ont  péri  le  Musée  archéologique,  qui  venait 
d'y  être  installé,  les  archives,  les  publications  et  la  bibliothèque  de 
l'Académie  de  Reims. 

M.  Henri  Cordier,  au  nom  du  P.  Léonard  Ilennion,  d'Estaires, 
commissaire  général  de  Terre  Sainte,  procureur  des  Missions  fran- 
ciscaines, a  l'honneur  de  présenter  à  l'Académie  un  Atlas  des  Missions 
franciscaines  en  Chine  (1915),  publié  par  la  Procure  de  Paris,  mais 
dont  l'idée  première,  il  y  a  vingt-cinq  ans,  revient  à  Mgr  Potron  Frère 
Marie  de  Brest),  évêque  de  Jéricho.  Cet  atlas  comprend,  outre  une 
carte  générale  de  la  Chine,  dix  cartes  au  1  1.000.000  des  vicariats 
apostoliques  qui  relèvent  des  Frères  Mineurs,  à  savoir  le  Chan  Tong 
septentrional  et  oriental,  le  Chansi  septentrional  et  méridional,  le 
Chansi  septentrional  et  central,  le  Hou  Pe  Nord-Ouest,  méridio- 
nal et  oriental,  et  le  Ilou-Xan  méridional.  Ces  cartes,  dessinées  par  le 
cartographe  bien  connu  R.  Hausermann,  ont  été  tirées  par  l'impri- 
merie Monrocq,  à  Paris;  leur  exécution  est  particulièrement  soi- 
gnée. C'est  le  premier  travail  de  ce  genre  que  nous  possédons  sur 
les  Missions  franciscaines  de  Chine  alors  que  les  Missions  étrangères 
de  Paris  avaient  publié  en  1890  un  très  bel  atlas  de  27  cartes  dû  à 
l'abbé  Adrien  Launay.  Cet  atlas  est  accompagné  d'un  petit  volume 
de  Notes  géographiques  et  historiques  sur  les  Missions  franciscaines 
en  Chine,  écrit  par  le  P.  Pacifique  Marie  Chardin,  ancien  mission- 
naire au  Chan  Tong,  qui  en  forme  un  complément  fort  utile. 


149 
SÉANCE  DU  31  MARS 


PRESIDENCE    DE    M.    MAIRICE    CROISET. 

M.  Cagnat,  au  nom  de  la  Commission  du  prix  Saintour, 
annonce  que  ce  prix  a  été  ainsi  partagé  : 

1.000  francs  à  M.  Henri  Graillot,  professeur  à  la  Faculté  des 
lettres  de  Toulouse,  pour  son  livré  intitulé  :  Le  culte  de 
Cyhèle. 

800  francs  à  M.  de  Labriolle,  professeur  à  l'Université  de  Fri- 
bourg,  pour  son  ouvrage  intitulé  :  La  crise  montaniste. 

600  francs  à  M.  Edmond  Gourbaud,  professeur  adjoint  à  la 
Sorbonne,  pour  son  étude  sur  Horace. 

600  francs  à  M.  Pierre  Noailles,  chargé  de  cours  à  la  Faculté 
de  droit  de  Grenoble,  pour  son  volume  intitulé  :  Les  collec- 
tions de  Novelles  de  Justinien. 

M.  Maxime  Collignon  fait  le  rapport  suivant  : 

«  La  Commission  du  prix  Prost  a  partagé  le  prix  de  la  manière 
suivante  : 

600  francs  à  M.  Emile  Duvernoy,  archiviste  de  Meurthe-et- 
Moselle,  pour  son  Catalogue  des  actes  des  ducs  de  Lorraine  de 
1048  à  1139  et  de  1176  à  12*20. 

600  francs  à  M.  Charles  Chevreux,  sous-préfet  de  Ribérac, 
pour  son  ouvrage  intitulé  :  Les  institutions  communales  d'Epi- 
nal  sous  les  êvêques  de  Metz  (xe  siècle  —  1444).  » 

M.  Seymour  de  Ricci  lit  une  note  sur  une  inscription  grecque 
d'Egypte'. 

M.  Héron  de  Yii.i.efosse  communique  un  rapport  du  R.  P. 
Delattre,  correspondant  de  l'Académie,  sur  les  fouilles  d'une 
grande  basilique  chrétienne,  située  à  Carthage,  près  de  Sainte- 
Monique. 

Le  R.  P.  Delattre  a  poursuivi  très  activement  cette  exploration 

1.  Voir  ci-apr^n. 


150         BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE 

à  l'aide  d'une  généreuse  subvention  de  l'Académie.  Il  considère 
cette  église,  aujourd'hui  complètement  ruinée,  comme  une  des 
plus  importantes  de  la  ville  antique,  et  croit  avoir  retrouvé  une 
des  principales  basiliques  de  Saint-Cyprien,  probablement  celle 
où  Bélisaire  se  rendit  le  lendemain  de  la  prise  de  Carthage. 
Bâtie  dans  une  situation  magnifique  d'où  se  développait  une  vue 
splendide  sur  le  golfe  et  la  pleine  mer,  elle  ne  comptait  pas 
moins  de  sept  nefs  ;  ses  dimensions  étaient  considérables.  Au 
milieu  d'intéressants  débris  d'architecture,  le  P.  Delattre  a 
recueilli  plus  de  trois  mille  fragments  épigraphiques  provenant, 
pour  la  plupart,  d'inscriptions  funéraires.  Cette  grande  basilique 
a  subi  tant  d'outrages  que  les  textes  intacts  y  sont  assez  rares; 
il  y  a  lieu  pourtant  de  signaler  l'épitaphe  métrique  d'une  jeune 
fille  dont  le  nom  nous  reste  inconnu.  Les  résultats  de  cette  explo- 
ration présentent  un  intérêt  particulier  pour  l'onomastique  dé 
Carthage  à  l'époque  byzantine  '. 

M.  Joseph  Loth,  professeur  au  Collège  de  France,  donne 
lecture  d'une  noie  intitulée  :  Remarques  aux  inscriptions 
latines  sur  pesons  de  fuseau  trouvées  en  territoire  gaulois  et, 
en   particulier,    a     l'inscription    celtique    de     Saint-Bévèrien 

[Nièvre) 2. 


COMMUNICATIONS 


UNE    GRANDE    BASILIQUE     PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE. 

RAPPORT     DU    R.    P.    A.      L.     DELATTRE, 

CORRESPONDANT      DE      L'ACADÉMIE. 

Lorsque  fut  construite  la  voie  du  tramway  qui  traverse 
l'emplacement  de  Carthage  depuis  Le  Kram  jusqu'à  La 
Marsa,  les  travaux  donnèrent  lieu  à  plusieurs  observations 
archéologiques. 

1.  Voir  ci-après. 

2.  Voir  ci-après. 


BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-310N1QUE    A    CARTHAGE  151 

En  dehors  de  la  cité  même  de  Carthage,  c'est-à-dire  au 
delà  de  l'ancienne  enceinte,  entre  la  station  de  Sainte- 
Monique  et  la  suivante  (La  Briqueterie),  l'abaissement  du 
terrain  nécessitait  un  remblai  assez  considérable.  La  terre 
fut  empruntée,  d'une  part  aux  ruines  de  Carthage,  et 
d'autre  part  aux  pentes  de  Sidi-bou-Saïd.  Ceux  qui  ont 
assisté  à  l'exécution  de  ces  travaux  n'ont  pas  oublié  l'as- 
pect des  terres  provenant  de  la  montagne  de  Sidi-bou-Saïd, 
tout  différent  de  l'aspect  des  terres  qui  étaient  extraites 
des  ruines  de  l'antique  cité. 

La  terre  qui  venait  de  Sidi-bou-Saïd  était  une  argile  rouge 
vierge  de  tout  débris,  tandis  que  la  terre  de  Carthage, 
remplie  de  vestiges  de  toute  nature,  avait  la  couleur  de 
cendre. 

C'était  un  spectacle  curieux  et  en  même  temps  instruc- 
tif de  voir  s'avancer  l'une  vers  l'autre  les  deux  parties  du 
remblai,  et  la  différence  fut  encore  mieux  marquée  lors- 
qu'elles arrivèrent  à  se  rejoindre. 

En  creusant  les  fondations  de  la  pile  sud  du  pont  sous 
lequel  passe  le  chemin  de  la  chapelle  de  Sainte-Monique, 
on  découvrit,  du  côté  qui  regarde  la  mer,  une  citerne  large 
de  2"1  30,  aux  murs  épais  de  0  "'  40.  Elle  était  remplie  d'os- 
sements humains  sur  une  couche  de  terre  noirâtre  *. 

Si,  de  ce  point,  on  se  dirige  vers  la  chapelle  de  Sainte- 
Monique,  on  traverse  un  terrain  sablonneux  et  rougeâtre 
qui  ne  paraît  renfermer  aucune  ruine.  Mais,  après  avoir 
dépassé  le  chemin  de  Sidi-bou-Saïd,  parallèle  à  la  voie  du 
tramway,  en  s'écartant  à  gauche  d'une  vingtaine  de  pas, 
on  voit  le  sol  changer  d'aspect.  De  sablonneux  et  de  rou- 
geâtre il  devient  gris  et  couvert  de  débris.  La  végétation 
naturelle  de  l'été  y  est  elle-même  différente.  Tandis  qu'à 
droite  le  champ  est  rempli  de  chardons,  cette  plante  se 
montre  plus  rare  à  gauche,  pour  bientôt  disparaître  complè- 
tement. Cette  partie  du   plateau   de    Sainte-Monique  pré- 

1.   Note  pri6e  le  b  mai  1907. 


152  BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    r.ARTIIAliF 

cède  immédiatement  le  premier  ravin  de  Sidi-bou-Saïd. 
C'est  là  qu'une  série  de  sondages  m'a  fait  découvrir,  l'année 
dernière,  une  des  principales  basiliques  de  Carthage. 

Cette  église,  qui  n'avait  laissé  aucune  trace  extérieure- 
ment, a  été  profondément  ruinée.  Malgré  une  construction 
militaire  arabe,  turque  ou  espagnole,  malgré  une  série  de 
silos,  malgré  le  séjour  des  Arabes  sur  cet  emplacement, 
séjour  révélé  par  des  poteries,  des  lampes,  des  carreaux  en 
faïence  émaillée,  nous  avons  pu  reconnaître  le  plan  de  ce 
vaste  édifice  chrétien.  Grâce  à  la  bienveillante  générosité 
de  l'Académie  des  inscriptions,  les  fouilles  m'ont  permis  de 
constater  que  la  basilique  a  la  forme  bien  africaine  d'un 
rectangle  terminé  par  une  abside.  Celle-ci  mesure  9  m  58  de 
largeur  et  9  m  74  de  profondeur.  La  basilique  n'a  pas  moins 
de  sept  nefs  et  sa  largeur  totale  est  de  37  '"  65.  La  nef  cen- 
trale mesure  1 1  m  35  d'axe  en  axe  des  colonnes.  Nous  ne 
connaissons  pas  encore  la  longueur  totale,  mais  elle  doit 
atteindre  une  soixantaine  de  mètres.  A  80  m  35,  on  trouve 
les  traces  d'un  mur  près  de  l'arête  du  plateau,  du  côté  de  la 
mer.  Il  y  avait  sans  doute  un  atrium  en  avant  de  la  basi- 
lique. 

Le  mur  latéral  sud  que  nous  avons  surtout  déblayé  est 
construit  en  maçonnerie  avec  chaînes  de  pierres  de  taille  à 
assises  disposées  en  harpe.  Ce  mur  se  dirige  exactement 
vers  Korbous,  les  Aquae  Carpitanae,  dont  le  groupe  de 
maisons  blanches  s'aperçoit  sur  l'autre  rive  du  golfe. 
L'autre  mur  longitudinal  suit,  à  quelques  mètres,  l'arête  du 
plateau  du  côté  du  ravin. 

L'entrée l  de  la  basilique  dominait  la  mer.  On  a  de  là 
une  vue  splendide  qui  s'étend  sur  le  golfe,  vers  le  cap  Bon 
et  la  pleine  mer.  Cette  situation  et  l'importance  du  monu- 
ment me  portent  à  croire  que  j'ai  retrouvé  une  des  princi- 
pales basiliques  de  Saint-Cyprien,  probablement  celle  dont 
parle  Procope  et  dans  laquelle  se  rendit  Bélisaire  le  lende- 

1.  Telle  que  nous  la  supposons  pour  le  moment. 


BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE  153 

main  de  la  prise  de  Carthage  qui  était  le  jour  de  la  fête  de 
l'illustre  évêque  martyr.  Elle  était  située,  nous  dit  Pro- 
cope,  en  avant  de  la  ville,  près  de  la  nier.  Nous  savons 
que  les  Vandales  s'en  étaient  emparés,  et  les  noms  van- 
dales, tels  que  [CJALIMER,  CVDILV,  AEQITZA,  rencon- 
trés parmi  les  épitaphes,  semblent  venir  à  l'appui  de  mon 
opinion. 

Puisse  cette  identification  être  confirmée  par  la  suite  des 
fouilles  !  Il  restera  alors  à  étudier  les  rapports  que  peut 
avoir  cette  église,  soit  avec  les  actes  du  martyre  de  saint 
Cyprien,  soit  avec  ceux  du  martyre  de  saint  Maximilien  de 
Théveste,  ou  encore  avec  les  textes  de  saint  Augustin  et  de 
Victor  de  Vite.  Même  avec  notre  identification,  la  question 
des  Basiliques  ei/priennes  n'a  pas  fini  d'exercer  la  sagacité 
des  savants,  des  écrivains  et  des  archéologues. 

Dans  les  fouilles,  nous  avons  découvert  beaucoup  de 
tronçons  de  colonnes  de  divers  modules,  les  unes  lisses, 
les  autres  à  cannelures  concaves  soit  droites,  soit  obliques. 
Quelques-unes  sont  de  beau  marbre  et  proviennent  assuré- 
ment de  monuments  païens  plus  anciens.  J'en  dirai  autant 
des  nombreux  chapiteaux,  des  bases  et  des  portions  de 
pilastres. 

Ici  la  pioche  des  ouvriers  découvre  un  sommier,  là  des 
débris  de  chancel,  des  corniches,  des  ornements  en  stuc, 
des  fragments  de  cuves  ou  de  couvercles  de  sarcophages. 
Plusieurs  têtes,  des  personnages  mutilés  proviennent  de 
bas-reliefs  funéraires.  Des  portions  de  mosaïque  (tête 
de  personnage,  croix  dans  une  couronne,  lettres,  vestiges 
d'épitaphes),  enfin  de  nombreuses  lamelles  de  marbre,  sur- 
tout de  marbre  numidique,  découpées  en  forme  de  disque, 
de  fuseau,  sont  sorties  également  des  fouilles.  Signalons 
encore  une  main  de  statue,  l'oreille  d'un  grand  catillus, 
quelques  rares  fragments  de  lampes  chrétiennes,  et  un 
poids  de  plomb,  tronc  de  cône  haut  de  deux  centimètres  et 
correspondant  à  2;i1  grammes. 


154  BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE 

Les  tombeaux  chrétiens  ne  renferment  ordinairement 
aucun  mobilier  '.  Nous  avons  cependant  rencontré  quelques 
poteries.  Dans  un  tombeau,  nous  avons  recueilli  les  débris 
d'une  cassette  en  ivoire  rehaussée  de  dorures,  et  dans  une 
autre  sépulture  70  monnaies  minuscules  pesant  ensemble 
39  grammes. 


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Objet  en  marbre  trouvé  à  Carthage  dans  une  grande  basilique 
près  de  Sainte-Monique. 

Un  petit  marbre,  à  section  carrée,  épais  de  deux  centi- 
mètres, long-  de  sept,  aux  angles  des  deux  bouts  arrondis, 

1.  Les  sépultures  chrétienne  ne  renferment  presque  jamais  de  bijoux. 
Une  découverte  fait  exception  à  cette  règle.  Le  29  décembre,  M.  l'abbé 
Munier,  directeur  de  l'Institution  Perret,  faisant  exécuter  des  travaux 
de  culture,  derrière  son  établissement,  sur  le  sommet  du  Koudiat-Zàteur, 
découvrait  un  beau  sarcophage  avec  squelette  accompagné  d'une  riche 
parure  d'or.  C'était  sans  doute  le  tombeau  de  la  fille  ou  de  la  femme 
d'un  chrétien  opulent.  Le  corps  avait  été  déposé  avec  son  collier  d'or  et 
de  pierres  précieuses,  auquel  était  suspendu  un  médaillon  portant  la  croix 
monogrammatique  accostée  de  l'a/p/ia  et  de  l'oméga.  On  recueillit  dans 
cette  tombe  des  pendants  d'oreille,  de  grandes  agrafes  ornées  de  cabo- 
chons, une  épingle  à  ressort  dont  le  métal  avait  conservé  son  élastfcité, 
une  boucle  avec  incrustation  de  pierres,  deux  bagues,  une  centaine  d'ap- 
pliques carrées,  une  vingtaine  d'autres  avec  pierres  enchâssées,  enfin  des 
milliers  de  petits  tubes  qui  formaient  des  dessins  sur  le  vêtement.  Tous  ces 
bijoux  et  ces  ornements  sont  du  plus  bel  or.  Depuis  quarante-trois  ans 
que  je  suis  à  Carthage,  c'est  la  première  fois  que  j'y  vois  une  sépulture 
chrétienne  vraiment  riche. 


BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTIIAGE  1 55 

était  peut-être  un  instrument  de  jeu.  Je  l'ai  fait  repro- 
duire en  dessin  (figure  ci-jointe). 

Mais  ce  qui  sort  le  plus  abondamment  des  ruines  de  la 
vaste  basilique  que  nous  explorons  jusqu'au  sol  naturel,  ce 
sont  les  épitaphes  et  les  fragments  d'épitaphes,  car  l'édi- 
fice sacré  était  rempli  de  sépultures.  Il  y  en  avait  dans 
l'abside;  il  y  en  a  surtout  le  long  des  murs  latéraux  et 
autour  des  nombreux  piliers  des  différentes  nefs. 

A  côté  des  dalles  funéraires  intactes,  des  textes  que  j'ai 
pu  reconstituer  en  entier,  le  nombre  des  débris  épigra- 
phiques  recueillis  depuis  le  début  des  fouilles  dépasse  trois 
mille. 

L'intérêt  principal  du  produit  des  fouilles  réside  donc 
surtout  dans  les  inscriptions.  Par  leur  forme  et  par  la 
dimension  des  lettres,  certaines  paraissent  remonter  à  une 
très  haute  antiquité. 

Tel  est  ce  fragment  avec  le  symbole  primitif  de  l'ancre  : 

VIVAS///// 

PASTOR////// 
FELIX//////// 


Hauteur  des  lettres  :  0  m  025. 

Tel  est  cet  autre  fragment,  avec  lettres  de  0  '"  018  : 

////R///7//////// 

CONSCR////// 

INPACE-////// 

FE//7////////// 

Les  épitaphes  nous  offrent  d'ailleurs  toutes  les  formules 
funéraires  usitées,  soit  simultanément,  soit  successivement 
dans  l'église  de  Carthage,  depuis  le  seul  nom  suivi  de  IN 
PACE  jusqu'au  titre  de  FIDELIS  IN  PACE  avec  ou  sans 
l'indication  des  années  qu'a  vécues  le  défunt,  puis  avec  la 
mention  de  la  déposition  et  enfin  celle  de  l'indiction. 


156  BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE 

Le  mot  MARTYR  se  lit  sur  un  seul  fragment.  Une  épi- 
taphe  malheureusement  incomplète  est  celle  d'un  PRES- 

BITER. 

Une  autre  dalle  brisée  concerne  un  diacre  :  /// //DIACO- 

NVS  IN  PACE. 

Hauteur  des  lettres  :  0  "'  09. 

Je  joins  à  ce  rapport  un  choix   d'une   vingtaine  d'épi- 
taphes  entières. 

1.  _  Sur  une  tablette  de  marbre  (0m  10."'»  X  0  '"  17)  : 

VINCETDE 
VS    IN    PA 

CE 
colombe 

Hauteur  des  lettres  :  0  "'  017. 

2.  —  Sur  une  tablette  de  marbre  (0  m  22  X  0  ra  25)  : 

P ASCENT 
EA  IN  PA 
CEM    VJXI/ 
ANNIS  LX 

Hauteur  des  lettres  :  0"'0o. 

3.  —  Sur  un  marbre   de   forme  trapézoïdale  :  (0m43x 
0m  14). 

M  A  I O  R  IN  PACE  £ 
FIDELIS  VIXITANXXV 

Hauteur  des  lettres  :    0  m  03. 

4.  —  Sur  une  dalle   de  saouân,  haute  de  0m45,  longue 

de  1  "'  1  o  : 

DOMINICAFIDELISINPACEVIXIT 

AN  XXXV 

Hauteur  des  lettres  :  0  ni  065. 

5.  _  Sur  une  dalle  de  marbre  haute  de  0  m  34,  longue  de 


BASILIQUE    PRÈS   DE   SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE  157 

0 m  57.   Le    texte  est  gravé    dans   un  cartouche   à    queues 
d'aronde  : 

ANTIOCVS 
F  I  D  E  L  I  S 
I  N  P  A  C  E 
X  ITA  NUI 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  045. 

6.  —  Sur  une  dalle  de  saouân  : 

EVQVITIVSFID* 
LISINPACE 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  06. 

7.  —  Sur  une  dalle  de  saouân  (0m  70x0  m  40)  : 

COVVLDONIAFI 
DELISIN^VIXITAN 
NOS   XXXX 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  05. 

8.  —  Sur  une  dalle  de  saouân  (0  m  48  x  0  m  41)  : 

BENEDICTAFI 

DELISINPACEVI 

XITANXXXV 

Hauteur  des  lettres  :  0  ni  055. 

Certaines  inscriptions  paraissent  avoir  été  gravées  sans 
connaissance  exacte  de  la  valeur  des  caractères. 
0.  —  Sur  un  bloc  de  marbre  (0  m  63  x  0  m  24)  : 

AEQITZA  F/VELISINP  kce 
EXSILARAIAFIDLISENPACE  (sic) 
EXSIIZIOSVSEIDELISIIIPAOE  (sic) 
BIXIANIS 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  055  à  la  première  ligne  et  0  m  II."» 
aux  autres. 


158         BASILIQUE    PRKS    DE    SAlNTK-MONlnlJE   A    GARTHAGK 

Nous  avons  trouvé  également  la  lettre  H  pour  FI  dans 
le  mot  FIDELIS. 

10.  —  Sur  une  dalle  de  marbre  (  0  "'  69  X  0  "'  33)  : 

FORTVNATA  FIDELIS 
INPACEVIX1TANLXDPXVKALNOB 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  05. 

11.  —  Sur  une  dalle  de  marbre  carrée  (0  ra  44)  : 

RVSTICA 
•    FIDVINPC>     (sic) 
VXSANSXXXV 
DEP'PRID5 
IDSMAIAS 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  055. 

12.  —  Sur  une  dalle  (0  »'  63  x  0  m  38)  la  mention  de  la 
déposition  se  lit  au  début  de  l'épitaphe  : 

DPÇIKALNOVEMBRES 
DEOGRATIASFIDINPA 
CEVIXITAN  LXXX 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  07. 
Au  revers  de  cette  dalle  on  lit  : 

CYPRIANA  FIDELIS  IN  pace 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  055. 

13.  —  Sur  une  dalle  de  marbre  (0  "'  67 X  0  '•'  33)  : 

VIOLAFIDELISINPACE 
FELICITASFIDELISVI 
XITINPACEANNOS  XL 
DEPOSITAX^KADIANARAS  (sic) 

Hauteur  des  lettres  :   0'"  045.   Il   faut   lire   ka(len)d(as) 
jan(u)ar(i)as. 

Au  revers  de  cette  inscription,  autre  épitaphe  : 


BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE  159 

+  VICTORIAFIDELISINPCVIXIT 
ANSLXXXDPrVIDSEPTEMBRES-P 
INDCII 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  035. 

14.  Sur  une  dalle  de  marbre,  presque  carrée,  haute  de 
0m30,  large  de  0 '»  32  : 

+  BICTORINIAF 
I  DELIS      IN     PA 
CE    BIXI       ANN 
OS    XL      DEPOS 
ITA   SEXTV IDV 
SIANVARIAS    I 
•     NDITIONE  TER 
TIA  + 

Hauteur  des  lettres  :  0m  035. 

15.  —  Une  grande  dalle  (0m  56x0  m  59)  porte  une  liste 
de  noms. 

MARIA       V  P  C 
MAIA 
DATIBA 
PROEICIVS  (sic) 

Hauteur  des  lettres  :  0m  08.  La  lettre  C  qui  termine  la 
première  ligne  a  une  forme  étrange,  elle  ressemble  à  une 
oreille. 

16.  —  On  peut  ajouter  à  ces  divers  types  d'inscriptions 
l'emploi  de  l'expression  LOCVS,  rare  à  Carthage.  On  lit  sur 
une  pierre  noire  bien  équarrie,  haute  de  0  m  55  et  longue 
de  0  m  74,  brisée  à  droite  : 

B  O  N  I  F  A  T  I  V  S  F  I  D  E  lis   in    pace 
LOCVS      B  I  A  T  O  Ris 
GEMINIAFIDELISINPACEVLv//  annos  /// 


160         BASILIQUE    PRKS    DE    SAINTE-MONIQUE    A   CARTHAGE 

Hauteur  des  lettres  :  0  ,n  075  aux  deux  premières  lignes, 
()'"  i.'i  à  la  troisième. 

17.  —  La  formule  Hic  jacet  est  également  rare  à  Car- 
tilage. Sur  une  grosse  dalle,  haute  de  0m44,  longue 
de  0'»60  : 

HICIACETIN/////////// 
<$£     QVIVIXIT  annosllllj 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  08. 

18.  —  Comme  particularité,  je  citerai  encore  la  fin  des 
trois  premières  lignes  d'une  inscription  gravée  sur  une 
belle  plaque  de  marbre  : 

/////////////// DVSAMICITIA 

III  II  II  lllll  III  STTOTVIRTVTVM 
Hllvixit  ann  ISXL^I/ '/ '/ '/QVIESCIT 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  04. 

19.  —  Et  aussi  ce  fragment  important  : 

//////////  SIMPLEXDOCT 
condîtVRTVMOLOCQV 

/////////■//////SSEMORIV 

llllll  II  lllll  I  lllll  «MB  RE  S 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  04."). 

Signalons,  en  terminant,  les  mots  FAMVLA  et  PEREGRI- 
NVS  qui  se  lisent  sur  des  fragments. 

20.  —  Il  est  excessivement  rare  de  trouver  dans  les 
épitaphes  des  simples  fidèles  la  qualité  du  défunt.  Or  voici 
que  dans  la  première  semaine  de  janvier  1 9 1 G ,  peu  de  jours 
après  la  découverte  de  la  riche  sépulture  chrétienne  signa- 
lée plus  haut  dans  une  note,  les  ruines  de  la  basilique  nous 
fournissaient  la  double  épitaphe  d'un  AYRIFEX. 

Un  marbre  brisé  à  droite,  haut  de  0m  28,  long  de  0  m  i9, 
porte  : 


BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE  161 


Hauteur  des  lettres  :  0m035.  Au  revers  de  la  plaque  se 
lit  le  nom  de  DEVSDEDIT  accompagné  d'une  palme. 

Presque  en  même  temps,  nous  sortions  de  terre  dans  les 
fouilles  19  morceaux  d'une  dalle  de  saouàn  avec  cette 
inscription  : 


PAVLVSAVRIFESFI  delis  in  pace 
FELICISSIMAFIDELIS  in  pace  vixit  annos 
\l  II  IV  E  B~R  fNLVXI  III 
^AVLV_SINNC  INP 

////////I 

Hauteur  des  lettres  :  0  "'  075  à  la  première  ligne  et 
0  m  045  aux  autres. 

De  ces  trois  personnages,  Yaurifex  PAVLVS  mourut  le 
premier,  et  lorsqu'on  eut  inhumé  FELICISSIMA  et  PAVLVS, 
peut-être  sa  femme  et  son  fils,  on  enleva  la  première  épi- 
taphe  de  l'orfèvre  pour  la  remplacer  par  une  autre  por- 
tant de  nouveau  son  nom  et  celui  des  deux  membres  de  sa 
famille  qui  l'avaient  rejoint  dans  la  même  tombe. 

21.  —  Nous  avons  aussi  trouvé  dans  les  fouilles  plusieurs 
inscriptions  grecques.  Voici  la  copie  de  l'épitaphe  la  moins 
mutilée.  Elle  se  lit  sur  un  marbre  haut  de  0m  17  et  long  de 
0  m  20  : 

€NeAKIT€////// 
niTOCNIO/////// 
TGÛNOIPGÙN  /// 
ZHTÀC€ICHT 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  04  ;  celles  de  la  quatrième  ligne 
sont  incomplètes. 

1916  U 


lt)2         BASILIQUE    PRES    DE    SAINTE-MONIQUE   A   CARTHAGE 

Un  bon  nombre  d'inscriptions  sont  gravées  au  revers  de 
sculptures,  fragments  de  pilastres,  de  Corniches,  de  frises 
on  de  plinthes,  de  soffites  et  autres.  Beaucoup  de  plaques 
portent  une  épitaphe  chrétienne  sur  chaque  face. 

Gomme  emblème,  on  a  vu  plus  haut  que  nous  avons 
trouvé  une  fois  l'ancre.  Mais,  à  côté  de  la  croix  latine  ou 
de  la  croix  monogrammatique,  c'est  le  monogramme  du 
Christ  sous  la  forme  constantinienne  qui  se  montre  le  pins 
souvent.  Signalons  encore  Forante,  la  colombe,  le  calice, 
la  croix  srammée. 

La  basilique  a  été  construite  sur  des  bâtiments  plus 
anciens.  Une  citerne  très  étroite  remonte  peut-être  à 
l'époque  punique.  A  cette  époque  appartient  assurément 
une  anse  d'amphore  rhodienne  sortie  des  fouilles.  Elle 
porte  la  marque  : 

ONAIIOIKOY 

D'autres  citernes  sont  romaines. 

Il  convient  encore  de  signaler,  avec  plusieurs  fragments 
d'épitaphes  païennes,  un  marbre  votif  mentionnant  un 
temple  de  la  Sécurité  :  TEMPLVM  SECVRITATIS  » . 

Je  n'ose  me  prononcer  sur  l'âge  du  fortin,  arabe,  turc 
ou  espagnol,  qui  est  venu  s'asseoir  sur  le  mur  latéral  sud 
de  la  basilique.  Près  de  ce  fortin,  nous  avons  trouvé 
plusieurs  boulets  de  pierre  et  des  cailloux  ronds  avant  pu 
servir  de  projectiles. 

Les  silos  creusés  dans  l'enceinte  doivent  remonter  à  la 
même  époque.  J'en  dirai  autant  de  petits  moulins  à  main 
destinés  a  moudre  le  grain.  Quant  à  l'occupation  arabe, 
outre  les  pièces  signalées  plus  haut,  elle  se  révèle  par  des 
anses  massives  de  grands  vases  d'argile,  dont  une  porte 
l'estampille  du  potier,  et  par  une  portion  de  corniche  en 
plâtre  avec  caractères  arabes  anciens. 

1.  Voir  la  note  de  M.  Héron  de  Villefossè  dans  les  Comptes  rendus  de 
1915.  p.  497-498. 


BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE  163 

Le  présent  rapport  donne  un  aperçu  succinct  du  résultat 
de  nos  fouilles.  Il  n'est  pas  douteux  que  la  continuation  des 
travaux  d'exploration,  en  dévoilant  de  plus  en  plus  le  plan 
de  l'édifice,  nous  fera  exhumer  encore  des  centaines  et  des 
centaines  d'inscriptions. 

Parmi  tant  de  textes,  puissions-nous  en  trouver  un  plus 
important  que  les  autres,  assez  explicite  pour  fixer  défini- 
tivement l'identification  de  cette  vaste  église  !  C'est  dans 
cet  espoir,  à  travers  l'imprévu  des  fouilles,  que  je  désire, 
poursuivre  jusqu'au  bout  l'exploration  méthodique  com- 
mencée et  déjà  en  si  bonne  voie. 

Saint-Louis  de  Cartilage,  19  janvier  1916. 

Post-scriptum.  —  Le  25  janvier  1916,  nous  avons  ren- 
contré dans  nos  fouilles  de  la  basilique  une  inscription 
funéraire  d'un  intérêt  particulier.  C'est  l'épitaphe,  en  vers 
latins,  dune  jeune  fille. 

En  voici  la  copie  (voir  ci-après  p.  164). 

Hauteur  des  lettres  :  0  m  04  à  la  première  ligne,  et  0  m  03 
aux  autres. 

La  dalle  de  marbre  qui  porte  ce  texte  intéressant  mesure 
1  "'  51  de  longueur  et  0  "'  42  de  hauteur.  Elle  a  été  trouvée  en 
une  douzaine  de  morceaux  qui,  heureusement,  se  rejoignent 
exactement.  Le  texte,  sauf  deux  lettres  faciles  à  suppléer, 
est  complet.  Le  nombre  des  lignes  est  de  treize  ;  aucune 
n'occupe  toute  la  longueur  de  la  dalle.  La  plus  longue  s'ar- 
rête à  0  m  36  de  l'extrémité  du  marbre,  ce  qui  forme  une 
très  grande  marge.  En  dehors  de  la  première  ligne  qui  est 
restée  inachevée,  sans  doute  intentionnellement,  et  de  la 
dernière  qui  indique  la  déposition,  les  autres  sont  autant 
de  vers  latins  formant  cinq  distiques  et  un  hexamètre. 

Saint-Louis  de  Carthage,  ce  30  janvier  1916. 


164         BASILIQUE    PRÈS    DE    SAINTE-MONIQUE    A    CARTHAGE 


Z     ^     ._;  "  H 

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^«S^S^ 


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165 


UNE    INSCRIPTION    GKECQUE    d'ÉGYPTE, 
PAR    M.    SEYMOLR    DE    RICCI. 

Le  Musée  d'Alexandrie  possède  depuis  1892  environ 
deux  fragments  d'une  plaque  en  marbre  gris-bleu,  portant 
une  inscription  de  l'an  V  d'Hadrien.  La  provenance  exacte 
n'en  est  pas  connue  :  Botti  les  a  vus,  dès  1891,  chez  l'ama- 
teur alexandrin  Pietro  Pug'ioli.  Les  fiches  de  ce  dernier, 
que  m'a  communiquées  feu  Th.  Schreiber,  contiennent  une 
transcription  de  ces  deux  fragments,  sans  aucune  indica- 
tion de  provenance.  Pourtant  il  n'y  a  guère  de  doute  qu'ils 
aient  été  découverts  à  Alexandrie  ou  dans  les  environs. 

Ces  fragments  ont  été  publiés  à  plusieurs  reprises  par 
Botti,  par  M.  Breccia,  par  moi-même  et  dans  le  recueil 
d'inscriptions  gréco-romaines  édité  par  M.  Gagnât  pour 
l'Académie  des  inscriptions1. 

La  restitution  présente  de  grandes  difficultés  en  raison 
des  lacunes  qu'offrent  ces  fragments,  et  les  commentateurs 
ne  se  sont  pas  mis  d'accord  sur  la  manière  de  compléter 
ces  bribes  de  texte. 

La  solution  de  la  plupart  de  ces  difficultés  était  pourtant 
à  portée  de  toutes  les  mains  :  un  troisième  fragment  de  la 
même  pierre  existe  depuis  près  de  vingt  ans  au  Musée 
d'Alexandrie,  et  personne  n'a  eu  l'idée  de  le  rapprocher  des 
deux  autres,  ni  Botti  qui  l'a  publié  le  premier  en  nous 
disant  qu'il  a  été  trouvé  en  1897  à  Alexandrie,  ni  moi,  qui 

1.  Bihliographie.  —  Fragments  A  et  B.  Pugioli,  Fiches  mss.;  Botti, 
Ilirista  Quindicinale,  t.  III  (1891),  p.  446;  Botti,  Police  (1893),  pp.  163-166 
(cf.  pp.  1J3-154)  et  Calai.  (1901),  pp.  270-272,  n.  74:  Milne,  Fiches  mss. 
n.  19;  de  seconde  main,  en  minuscule,  de  Bicci,  Archiv  fur  Pnpyrusfor- 
sc/iunr/,  t.  II  1903,,  p.  400,  n.  49  (cf.  P.  M.  Meyer,  ibid.,  t.  III,  1903,  p.  79, 
note  5  et  p.  87,  note  1)  et  Cagnat-Jouguet,  Inscr.  yr.  rom.,  t.  I,  p.  372, 
n.  1078;  Breccia,  Calai.  1912:,  pp.  49-50,  n.  07,  en  minuscule.  —  Frag- 
ment C.  Botti,  Bull.  Soc.  arch.  Alex.,  I.  I  (1898),  p.  45,  n.  23;  Milne,  Carnets 
mss.,  n.  115;  d'après  eux.  de  Bicci,  Archiv.  I.  II  (1903),  p.  567,  n.  134,  en 
minuscule;  Breccia.  Calai.,  p.  98,  n.  169,  en  minuscule. 


1f>6  UNE    INSCRIPTION    GRECQUE    DÉGYPTE 

l'ai  republié  d'après  Botti,  ni  M.  Breccia  qui  l'a  réédité  en 
1912. 

Voici  comment  se  présente  l'inscription  d'après  une 
copie  prise  en  1 909  et  contrôlée  sur  mes  estampages. 

Les  fragments  de  lettres  visibles  à  la  ligne  7  sont  aujour- 
d'hui presque  impossibles  à  distinguer,  à  cause  du  plâtre 
dont  un  ouvrier  maladroit  les  a  recouverts.  Je  ne  puis  donc 
en  garantir  la  lecture. 


ArAQHTYXHI 

JTirPA4>0NYri0MNHMATIcJ 

r-mrJuAOrO)    L€AAPIAN0YKAICAPC 
nOTAMLUNOCKAlTUJNCYNAYTUJ^ 
AIOMYCIUjrPAMMAT£IKU)M0rPAMf 
MATO(j)YAAKIAN  n  POCHKOYCAN  AY/ 

TOVnAPOMTOCrPAMMATÉCUClO)N 


yNMAPKlOYMOICIÀKDYToYTPoCTiu 

cpioy  eoue  ici  OYAmoy 
\YM  ato  c  A>)  k  i  co  M  e  n  i  n  APorTi 

^UJTOïjfeinONTÎJOKM  NH 
^OYAéf  pNTOJCrnoûlorYcioy 


~i^/nfr\  i  r\  i  i-i  n^.Tu^T^ 


['AjvTiypaçov  Û7CO[AVYj[j.ax'.j[;.(ov  Mapxicu  Mstaiaxou  xcy  Ttpoç  tw 
tcûo  Xi-ftp  ("E-ouç)  s'  'AopiavoU  Kaiaapofç  toj  x]upisu  0w9  x;  . 
OùXtuou  IloTa[JLO)vo?  xai  xwv  aùv  aj-rto  â[icb  ftoXrr]st3[Jt.aio$  Auxîwv 
etcî  TCapsvTi  Atovuîiw    Ypa^AaTst  xe>{ii0Yp3((A[iAàTsiaç  tou  M]«pêw- 

tou  Xei7ï6vTo>7  p.vY]iJ.aTOfuXaxiav  Tîpoarçxouaav  aùifciç xa]i  ôy 

âeovT(7)ç,  ÛT50  Atovuai'ou  xou  rcapovTûç  Ypap[J.afea>$  "<^v[ 
aù]-:oîç    oioa;at  xat... 

L'intérêt  de  cette  inscription  ainsi  reconstituée  réside 
dans  les  nombreux  problèmes  qu'elle  soulève  et  dont  je  ne 
veux  ici  que  signaler  les  principaux. 

Nous  avons  ici,  placé  sous  l'invocation  usuelle  à  la 
«  Bonne  Fortune  »,  un  extrait  d'un  registre  officiel,  celui  de 
Yidiologue  d'Alexandrie,  dont  la  principale  fonction  était 
l'administration  du  domaine  impérial,  domaine  énorme  où 
une  fiction  administrative  faisait  rentrer  tous  les  biens  sans 


UNE    INSCRIPTION    GRECQUE   d'ÉGYPTE  167 

propriétaire  connu.  Le  27  Thoth  de  Tan  V  d'Hadrien,  c'est- 
à-dire  le  24  septembre  120,  comparut  devant  l'idiologue  un 
o-roupe  de  personnages  dont  le  chef  Ulpius  Potamon  était 
apparemment  un  affranchi  de  Trajan.  Il  avait  sous  ses 
ordres,  si  ma  restitution  est  exacte,  un  groupe  de  Lyeiens 
appartenant  à  un  politeurna,.  Ce  mot,  dans  la  plupart  des 
textes  grecs,  désigne  un  groupement  municipal  et  est 
presque  l'équivalent  de  tcôXiç.  A  coup  sûr,  nous  devons  ici 
le  comprendre  tout  autrement  et  y  voir  un  groupement  plus 
restreint  ;  un  exemple  typique  de  cet  emploi  du  mot  nous 
est  fourni  par  le  papyrus  32  de  Tebtunis  où  il  est  question 
d'individus  é-r/.î'/Mpr^.svwv  ;ù  t.oA'-zùij.xv,  twv  KpYjTÔv  ;  un 
autre  exemple,  à  peine  moins  clair,  nous  est  apporté  par 
la  belle  inscription  grecque  de  Memphis  communiquée  à 
l'Académie  en  mars  1902  par  M.  Maspero  '  et  par  une 
stèle  hellénistique  de  Sidon,  attestant  l'existence  dans  cette 
ville  d'un  tïoa{t£u;j.x  des  gens  de  Caunos  en  Carie2.  Ce 
politeurna  des  Lyeiens  demeurant  à  Alexandrie  est  peut- 
être  identique  avec  le  ■x.cvtbv  tûv  Auxtwv  que  nous  savons 
avoir  existé  à  Alexandrie  dès  le  règne  de  Ptolémée  Epi- 
phane3. 

Ces  Lyeiens  étaient  chargés  d'un  service  tout  spécial  et 
dont  je  ne  connais  point  d'autre  mention  ;  il  s'agit  de  la 
garde  des  nécropoles,  service  d'autant  plus  nécessaire  que 
les  Alexandrins  aimaient  davantage  à  être  enterrés  avec 
leurs  bijoux.  Cette  fonction,  notre  inscription  nous  apprend 
qu'ils  s'en  étaient  fort  mal  acquittés,  de  sorte  que  leur  supé- 
rieur hiérarchique,  le  comogrammate  du  Maréôtès,  avait 
été  obligé  de  les  traduire  devant  son  supérieur  à  lui,  l'idio- 
logue.  La  portion  perdue  de  l'inscription  relatait  sans  doute 
la  condamnation  de  ces  gardiens  peu  zélés  et,  pour  inspirer 
à  leurs  émules  éventuels  une  crainte  salutaire,  on  crut  bon 

1.  Musée  du  Caire,  n.  33027. 

2.  Dittenbcr^er,  Orientis  ittscr.,  t.  I,  p.  fif>3, 

3.  C.  /.  G.  4677. 


1G8  INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    UE    FUSEAU 

d'ordonner  1'  «  affichage  du  jugement  »  ;  à  cette  époque, 
Ton  affichait  sur  marbre,  et  c'est  à  cet  usage  dispendieux 
que  nous  devons  de  connaître  ce  petit  scandale  de  la  nécro- 
pole alexandrine. 


REMARQUES    AUX    INSCRIPTIONS    LATINES 

SUR    PESONS    DE    FUSEAU    TROUVÉS    EN    TERRITOIRE    GAULOIS 

ET,    EN    PARTICULIER,    A    L'iNSCRIPTION    CELTIQUE 

DE   SAINT-RÉVÉR1EN    (NIÈVRE), 

PAR    M.  J.    LOTH. 

Par  sa  récente  publication  sur  les  pesons  de  fuseau 1  avec 
inscriptions  latines,  M.  Héron  de  Villefosse  a  rendu  un 
signalé  service  à  l'archéologie  et  à  la  linguistique.  Il  n'est 
pas  douteux  que  ces  objets  n'aient  servi  à  l'usage  indiqué 
par  le  terme  sous  lequel  ils  sont  connus  de  pesons  de  fuseau 
ou  de  fusaïoles.  Mais  ils  en  avaient  d'autres  que  l'on  n'a  pas 
jusqu'ici  réussi  à  préciser  et  que  les  remarques  de  M.  Héron 
de  Villefosse  sont  de  nature  à  éclaircir.  De  plus,  il  nous 
révèle  l'importance  qu'on  ne  soupçonnait  guère  de  ce  genre 
d'objets  au  point  de  vue  épigraphique.  C'est  en  vain  qu'on 
chercherait  pour  eux  une  catégorie  à  part  dans  le  Corpus 
inscr.  lat.  Or  M.  Héron  de  Villefosse  n'en  signale  pas 
moins  de  quinze  avec  des  inscriptions  qu'il  nous  donne,  trou- 
vés en  territoire  gaulois,  la  plupart  dans  la  région  éduenne 
ou  sénonaise  :  deux  seulement  proviennent  de  'Langres  et 
de  Trêves.  Il  est  à  craindre  qu'un  bon  nombre  d'autres 
n'aient  disparu. 

En  revanche,  il  n'est  pas  impossible  que  les  pesons  de 
fuseau  épars  dans  nos  musées  ou  conservés  chez  des  par- 
ticuliers nous  réservent  de  nouvelles  surprises  épigra- 
phiques,    maintenant  que    l'attention    des   chercheurs   est 

1.  Pesons  de  fuseau    avec   inscriptions   latines  'Paris.  Impr.  nat.;  1895: 
extrait  du  Bulletin  archéologique,  1914 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUK    PESONS    DE    FUSEAU  169 

éveillée  sur  ce  point.  De  plus,  on  peut  espérer  de  nouvelles 
trouvailles,  les  fusaïoles  étant  des  objets  fort  communs 
depuis  l'époque  néolithique  jusqu'en  pleine  époque  histo- 
rique, du  temps  même  de  la  domination  romaine  en  Gaule. 

Pour  ne  parler  que  des  inscriptions,  elles  sont  du  plus 
grand  intérêt,  parce  qu'elles  prouvent  clairement  que  l'a 
région  où  on  les  a  trouvées  était  encore  bilingue,  que  le 
celtique  y  était  d'un  usage  courant  au  moins  chez  le  peuple, 
à  coté  du  latin,  vers  le  m°-ive  siècle  de  notre  ère,  date  à 
laquelle  on  peut  faire  remonter  approximativement  ces 
inscriptions.  L'inscription  de  Saint-Révérien  est,  en  effet, 
purement  celtique,  et,  de  plus,  certains  mots  des  inscrip- 
tions latines  sont  évidemment  du  gaulois  latinisé.  Ces 
inscriptions  ont  en  outre  le  mérite  d'être  purement  popu- 
laires, tandis  que  les  inscriptions  gauloises  du  Ier  et  du 
ii°  siècle  de  notre  ère  ont  un  caractère  en  quelque  sorte 
officiel  ;  aussi  ce  genre  d'inscription  a-t-il  de  bonne  heure 
disparu,  le  latin  étant  devenu  exclusivement  la  langue  de 
l'administration,  de  la  religion  romanisée  et  de  l'aristocra- 
tie. 

Au  point  de  vue  celtique,  les  mots  des  inscriptions 
latines  qui  méritent  l'attention  sont  :  eiwmi,  geneta,  vimpi, 
marcosior. 

Inscript.  7,  p.  16  : 

NATA  VIMPI. 
CVRMIDA 

Curmi  est  une  vieille  connaissance,  mais  il  n'est  pas  dou- 
teux qu'on  ait  confondu  sous  ce  nom  deux  variétés  sensi- 
blement différentes  de  bière.  D'après  Dioscorides,  2,  1 10,  le 
xoûp[Ai  est  fait  avec  de  l'orge  fermenté.  D'après  Poseido- 
nios  chez  Athénée,  i,  39,  p.  152e,  le  xôp^a  serait  du  froment 
fermenté  avec  une  addition  de  miel.  Ces  deux  espèces  de 
boisson  existaient  chez  les  Gallois.  La  bière  proprement 
dite,  faite  généralement  avec  de  l'orge,  parfois,  sans  doute 


170  INSCRIPTIONS    LATINES    Slii    PESONS    DE    FUSEAU 

ii    défatil    d'oPgêj    au    moins    chez    1rs    IrlandaiSj  avec   du 
ffoment  ou  de    l'avoine,   porte   le  nom  de   cure/',  cwryf  en 
moyen-gallois,  gallois  mod.  nrr/r,  correspondant  exacte* 
ini'iit  ii  l'irlandais  cuirm  =  vieux-celtique  cùrrnen,   thème 
neutre  en  -n  (cf.  nomê/i),  comme  le  prouve  le  datif  irlan- 
dais cormaim.  Le  mol  existe  également  en  comique;  au 
\n''  siècle,  c'est  corrf.  cofuf  glosé  par  cervisia  vel  celea,  en 
corn,  moderne  cor  par  la  chute  du  v  final.  Quant  à  la  variété 
de  curmi   décrite  par    Poseidonios,  elle   portait,    en  vieux- 
gallois,  le  nom  de  hracaut,  qui,  au  \"  siècle,  dans  les  gloses 
du  ms.  connu  sous  le  nom  d'O.rnniensis  posferior,  g\,  mulso, 
et  rnélligatam  (Gr.  Celt.2,  1061,  1063)  :  c'était  de  la   bière 
additionnée  de  miel  et  d'épices.  Le  mot,  sinon  la  chose,  a 
été  emprunté  par  les  Irlandais  (en  vieil-irl.  brocôit)  et  par 
les  Anglo-saxons  sous  la  forme  bragget.  Les  Bretons  insu- 
laires paraissent  avoir  été  d'éminents  brasseurs  :  dans  une 
charte  anglo-saxonne  de  790-701  [,  du  roi  Offa,  une  mesure 
pleine  de  bière    bretonne  est  réclamée    comme    redevance 
(eiimh  fulnr  wêliscès  alôd).  D'après  les  Lois   Galloises,  la 
boisson  la  moins  chère  était  le  cwrv  ou   bière    proprement 
dite.  Le  bfagavid  avait  plus  de  valeur.  La  boisson  distinguée 
et  de  beaucoup  la  plus  appréciée  était  l'hydromel  (med\  irl. 
nom.     mid,  gén.    medo  =  *medu,    indo-eur.    medhu),  Le 
prince-poète  de    Powjs  (xne  s.),    Owain  Cyveiliog,    nous 
déclare  sans  ambages  qu'il  est  honorable  de  s'enivrer  d  hy- 
dromel   écumant2.  Marcellus  Empirions,    de    /ned.,c.    16, 
33,  attribue  au   curmi  ou  cervisia  des  propriétés  curatives  : 
il  recommande  à  ceux    qui  toussent  une  potion  de  ccrvesa 
ou  de  curmi'  additionnée  d'une   poignée    de   sel.  Il  s'agit 
très  probablement    de  la  bière  avec  addition    de   miel,  du 
btagawt'*  gallois.  En  Galles,  c'est  l'hydromel  proprement 

1.  Earle,  Ifandhook  to  Land-cliarters.  p.  311. 

2.  Myv.  arch.,  191.  1  :  anrydetus  vetw  o  vet  gorewyn. 

3.  Salis  quantum  intra  palmain  Lenere  potest    qui    Lussiet   in    potionem 
cervesae   aut  curmi  mitlat. 

i.  Bragawt  esl  dérivé  de  brag,  mail  :  irl.  braieh  =  mraci-,  gaulois  brac  e. 


INSCRIPTIONS    LATINES    SLR    PESONS    DE     FUSEAU  171 

dit  qui  passe  pour  avoir  des  vertus  curatives  ;  d'où  le  terme 
qui  le  désigne  en  anglais  de  metheglin  :  ce  n'est  pas  autre 
chose  que  le  gallois  medyg-lyn,  boisson  de  médecin. 
Geneta  paraît  dans  deux  inscriptions  : 

8  GENETA  9  GENETA  IMI 

VISCARA  DAGAVIM  /// 

M.  Héron  de  Villefosse  suppose  que  viscara  est  pour 
vis  cara  ou  vi[vas)cara  ;  imi  serait  pour  tnihi,  et  gavim  pour 
gau{d)ium. 

Il  est  certain  que  les  incorrections  sont  fréquentes  dans 
ce  genre  de  graffiti  ;  néanmoins,  l'interprétation  de  ces 
mots  laisse  place  au  doute. 

Geneta  est  un  terme  commun  dont  le  sens  et  l'origine 
sont  assurés  de  la  façon  la  plus  heureuse  par  le  gallois 
actuel  gène  th.  Geneta  a  tous  les  sens  de  nata  qui  revient 
dans  plusieurs  inscriptions  et  aussi  de  puella  (n°  11,  p.  17, 
salve  tu,  puella).  C'est  un  terme  de  tendresse  à  l'origine,  et 
aujourd'hui  encore  le  mot  a  un  caractère  affectueux,  quand 
on  s'adresse  directement  à  une  adolescente  ou  à  une  jeune 
fille.  On  dit  encore  en  Galles  fy  ngheneth  dans  le  sens  du 
français  :  mon  enfant,  ma  chère  enfant,  ma  fille,  sans  qu'il 
y  ait  nécessairement  entre  les  interlocuteurs  aucun  lien  de 
parenté.  Geneth  remonte  évidemment  à  un  vieux-celtique 
*genettdK  Le  redoublement  du  t  est  caractéristique  de  ce 
genre  de  dérivés.  C'est  un  procédé  en  usage  chez  les 
peuples  indo-européens  dans  les  noms  propres  dits  hypoco- 
PistiqtiêÊ.  Les  noms  de  personnes  étaient  des  noms  compo- 
sés, en  général,  de  deux  termes.  A  côté  du  nom  plein  exis- 
tait un  nom  en  quelque  sorte  abrégé  consistant  le  plus 
souvent  dans  le  premier  terme  avec  un  suffixe  de  dériva- 
tion. La  consonne  interne  était  souvent  redoublée  :  à  côté 


1.  Je  m'aperçois  que  j'ai  été  précédé  dans    l'explication  de    ce  mot  par 
J.  Morris  .loues.  .1  irelsh  Gr&mmar  histor.  umJcnmp..  1913,]),   133. 


172  INSCRIPTIONS     LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU 

des  noms  gaulois  composés  avec  epo-,  cheval,  comme 
Eporedirix,  Eposognatos,  on  trouve  Eppo,  Eppius.  Le  vieil- 
irlandais  montre  à  côté  de  Tuathal,  vieux-bret.  Tut-wal 
=  Touto-valo-s,  Tuatàn  qui  suppose* Ton ttag nos.  Le  nom 
hypocoristique,  concurremment  avec  le  nom  composé,  pour 
le  même  personnage,  se  montre  jusqu'à  une  époque  assez 
récente  chez  les  Bretons  insulaires  et  continentaux.  Plu- 
sieurs de  nos  saints  ont  jusqu'à  trois  noms,  sous  lesquels 
ils  sont  connus  et  honorés.  C'est  le  cas  pour  saint  Brieuc. 
Le  nom  plein  est  Brigo-maglos,  qui  est  devenu,  en  gallois, 
Briavael,  conservé  dans  le  nom  de  paroisse  Briavel's  Gastle 
en  Gloucestershire.  En  Bretagne,  c'est  sous  la  forme  déri- 
vée du  premier  terme,  Brioc,  Brieuc  =  *Brigâco-s,  que  le 
saint  est  l'objet  d'un  culte.  La  forme  abrégée  avec  le  pré- 
fixe to-,  *To-brigâco-s  a  évolué  en  Ty-vrioc  qui  a  donné 
son  nom  à  la  paroisse  galloise  de  Llan-dyvriog ,  ou  monas- 
tère de  Ty-vriog  ' . 

Ce  procédé  s'est  étendu  des  noms  propres  à  un  certain 
nombre  de  noms  communs,  notamment  à  des  diminutifs  ou 
dérivés  comportant  une  nuance  de  tendresse2.  Genetta  sup- 
pose une  forme  genetâ  qui  serait  la  nôtre.  Le  thème  gène-, 
comme  la  racine  gen-,  est  largement  représenté  dans  les 
langues  celtiques  à  toute  époque.  11  est  fort  possible  que 
geneta  soit  une  graphie  imparfaite  pour  genetta.  On  ren- 
contre assez  souvent  t  ou  tt,  entre  voyelles,  indifférem- 
ment, dans  les  noms  propres  gaulois;  je  relève,  chez 
Holder  :  Bitio  et  Bittio,  Catio  et  Cattio,  Catus  et  Cattus, 
etc.  Il  y  a  en  gallois  moyen  un  nom  propre  Genethauc  qui 

1.  Pour  d'autres  faits  du  même  genre,  v.  J.  Loth,  Les  noms  des  saints 
bretons,  p.   6-7. 

2.  Il  me  parait  vraisemblable  que  le  redoublement  de  la  consonne 
répond  à  un  fait  psychologique,  et  qu'il  a  dû  prendre  naissance  dans  les 
appels  ou  invocations  particulièrement  passionnés.  Cf.Brugmann,  Grund- 
riss,  I.  117  et  suiv.  ;  Zimmer,  KZ  ,30,  32,  158-197;  Thurneysen,  ibid..  30, 
4S0  ;  d'Arbois  de  Jubainville,  Mémoires  de  la  Soc.  de  ling.  de  Paris, 
IX,  189-191. 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU  173 

présente  le  même  redoublement   du  t  que  geneth  :  Gene- 
thauc  remonte  à  un  vieux-celt.  *genettaco-s. 

6  TAVRINA  7  NATA  VIMPI 

VIMPI///  CVRMI  DA 

12  NATA  VIMPI.  (H.  de  V.  :  nata  vimpi, 
POTA.VI.M  pota  vi(nu)m). 

Il  est  évident,  comme  le  dit  M.  Héron  de  Villefosse,  que 
vimpi  est  une  expression  courante  appliquée  de  préférence 
à  des  femmes.  A  vimpi  correspond  exactement  le  gallois 
actuel  gwymp  qui  eût  été  au  vme-ixe  siècle  wymp  :  beau, 
joli,  distingué,  brillant.  En  g-allois,  comme  en  gaulois, 
c'est  une  épithète  fréquemment  appliquée  aux  femmes. 
Hywel  ah  Ywein,  fils  dTwein  (Owen),  roi  de  Gwyned  ou 
Nord-Galles,  qui  tomba  les  armes  à  la  main,  comme  la  plu- 
part des  chefs  gallois  de  son  temps,  en  1170,  dans  une 
bataille  contre  son  frère,  guerrier  valeureux  et  grand  poète 
à  en  juger  par  les  trop  rares  poèmes  qui  nous  sont  parve- 
nus sous  son  nom,  après  avoir  célébré  son  pays,  ses  mon- 
tagnes, ses  bois,  le  rivage  qui  le  borde,  vante  ses  blancs 
goélands  et  ses  jolies  femmes  [gwymp,  jolies)  '. 

Hywel  aime  la  guerre,  la  nature  et  les  femmes.  Il  garde 
un  bon  souvenir  du  rivage  de  Meirionyd  (Merioneth)  où  un 
bras  blanc  lui  a  servi  d'oreiller-,  et,  dans  le  môme  poème, 
il  rappelle  avec  complaisance  ses  conquêtes  féminines.  Il 
n'est  pas  modeste,  —  ce  n'est  pas  une  vertu  bardique,  —  il 
en  compte  jusqu'à  huit;  à  propos  de  la  cinquième,  gwymp  :i 
revient  :  «j'en  ai  eu  cinq  à  la  jolie  peau  blanche  ».  Gwymp 
s'applique  aussi  à  un  beau  paysage  '*  ;  il  qualifie  également 
certains  actes    de   générosité   hautement  appréciés  par  les 

1.  Myv.  arch.,  198.  I  :  ae  gwylein   gwynnyon  ae  gwymp  wraget.  Il  n'y 
aurait  rien  à  changer  aujourd'hui  :  irru((p(  s'écrirail  seulement  wragedd. 

2.  Myv.  arch.  198.  2  :  men  ym  bu  vreich  wenn  yji  ohenni/l. 

3.  Ibid.  :  Keveis  hymp  o  rei  gwymp  eu  gwyngnawd . 

1.  Dafyd  ab  Gwilym,  éd.  de    Liverpool,  1873,  p.  2  (c&nfod  gwymp;  cf. 
gorwym  lethryd). 


17i  INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU 

bardes  '.  Dans  un  poème  de  Taliessin  qu'on  peut  faire 
remonter  hardiment  au  xne  siècle,  gwymp  qualifie  une 
corne  à  boire2. 

Gwymp  avec  les  préfixes  ar  et  gor  a  un  sens  intensif :;. 
Il  est  employé  aussi  avec  le  préfixe  négatif  ah-  dans  le  sens 
de  disgracieux,  laid.  Gwymp,  employé  au  masculin  et  au 
féminin,  suppose  un  vieux-celtique  uimpi-  :  notre  vimpi 
serait  un  vocatif  parfaitement  régulier.  Il  est  à  remarquer 
que  ce  qualificatif  suit  toujours  le  substantif  qualifié,  ce  qui 
est  conforme  à  la  syntaxe  néo-celtique.  La  racine  vimp-  est 
bien  représentée  dans  l'onomastique  gauloise  :  Vimpus, 
Vimpuro{m),  Vimpurila,  Vimpia  (Vimpiae  conjugi).  Le  mot 
n'existe  plus  qu'en  gallois.  Je  lui  ai  vainement  cherché  un 
équivalent  en  irlandais,  en  breton  et  en  comique.  Il  sup- 
pose un  pan-celtique  uinqui-.  Son  sens  exact  et  primitif 
reste  incertain4.  Il  a  des  équivalents  latins  dans  les  inscrip- 
tions de  ce  genre  :  ave,  vale,  hella  tu  ;>. 

VEADIA.  Inscr.  i  : 

VEADIATVA 
TENET 

Veadia  me  paraît  caractériser  vin  véritable  peson  de 
fuseau.  Je  traduirais  veadia  tua  tenet  par  :  il  tient  (Je peson) 
tes  fuselées.   Veadia    me  paraît    être  pour   vegiadia    avec  g 

1.  Myv.  arch.  171.  2  :  anrydel  gwymp  arivet  gtvin,  «  c'est  une  éclatante 
marque  d'honneur  que  d'apporter  du  vin  ». 

2.  Skene.  Four  anc.  Books  of  Wales.  II,  ltii  :  ae  vedgorn  ewyn  gwerlyn 
gwymha  :  gwymha  est  le  superlatif  de  givymp,  pour  gwymhàv  :  v  final 
a  disparu  de  bonne  heure  dans  les  superlatifs;  cf.  guartha  dans  le  L. 
Lland.  pour  gwarlhav. 

3.  Myv.  arch.,  238.  1  :  ar-wymp  gerted  ;  ibid.,  251.  2  :  aricymp  daim  ; 
400.  2  :  anrymp  et  fudd  ;  230.  2  :  gor-wymp  heirt  ey  veirt. 

A.  Thomas  Hichards,  dans  son  Dictionnaire  (1815),  donne  cet  exemple, 
d'après  un  auteur  anonyme  :  goleuach  a  gwympach  no'r  haul,  plus  lumi- 
neux et  plus  beau  (?)  que  le  soleil. 

5.  Une  fibule  de  Reims  porte  :  AVE  VIPI  (C.  /.  L.,  XIII, n°  10027.155), 
que  je  lirais  avec  M.  Héron  de  Yillefosse  :  "ave  vimpi,  salut  la  belle. 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE   FUSEAU  175 

intervocalique  palatal  spirant  (très  voisin  de  *veiadia)  :  g 
intervocalique  disparaît  de  bonne  heure  en  gaulois  (exemples 
chez  Holder  k  la  lettre  G).  Vegiadia  est  un  dérivé  de 
vegio-  qui  a  donné  i'irl.  fighe  —  vegio-n,  action  de  tisser, 
enrouler,  tordre  (cf.  fighim,  je  tisse,  je  tords)  ;  gallois 
gwe-u,  tisser;  gwehyd,  tisserand,  =  *vegiio-s;  bret.  gwea 
et  giveya,  tisser  et  tordre;  corn,  du  xue  siècle  guiat,  gl. 
tela.  Le  corn,  gwiat  et  le  breton  gwiad  *  =  vegiato-.  Dans 
veadia  on  a  un  suffixe  -adio-,  -adiâ,  représenté  par  l'irl. 
-de,  la  voyelle  a  étant  syncopée2  :  cf.  grec  xpoxx-a-âta  : 
veadia,  vegiadia  serait  un  pluriel  neutre  et  signifierait  éty- 
mologiquement  ce  y«i  es£  enroulé  (autour  du  fuseau).  Pour 
le  sens,  on  peut  comparer  le  v.  h.  a.  ivickili,  dérivé  de  la 
même  racine,  et  ayant  le  sens  de  quenouillée,  quantité  de 
lin  ou  de  laine  à  filer. 
M ARC OS 1 OR  :  S. 

MARCOSIOR 
MATERNIA 

Ce  sont  peut-être  deux  noms  propres,  dit  M.  Héron  de 
Villefosse,  celui  d'un  homme  et  celui  d'une  femme,  comme 
cela  se  voit  souvent  sur  les  bagues  échangées  entre  amants. 
Le  nom  de  Maternia  n'offre  aucune  difficulté.  Peut-être 
même  est-ce  une  évolution  du  nom  gaulois  Matronia, 
comme  Materna,  forme  que  l'on  trouve  déjà  dans  l'Ano- 
nyme de  Ravenne,  pour  Matrona,  la  Marne.  En  revanche, 
on  chercherait  vainement  dans  toute  l'onomastique  gauloise 
des  noms  propres  en  -or  du  type  marcosior.  Je  suis  con- 
vaincu qu'on  est  en  présence  d'un  verbe  déponent  à  la  lre 
pers.  du  sing.  du  subjonctif  ou  d'un  présent-futur  désidératif. 
Le  déponent   a    existé    en    celtique    aussi  développé  qu'en 

1.  Le  breton  gwiadenn  a  le  sens  de  tresse  de  fil,  <lc  paille,  de  cheveux. 

2.  Vieil-irl.  nem-de,  céleste,  irl.  mod.  neamhdha  ;  si  on  rapproche  -de 
(1rs  dérivés  gallois  en  -aidd,  on  peut  légitimement  supposer -a-dio-,  -a-dia 
(Thurneysen,  Handb.,  p.  213;  Pedersen,  Vergl.  Gr.,  II.  28  . 


170  INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU 

latin  :  le  vieil-irlandais  le  prouve.  Il  y  en  a  des  traces  en 
gallois.  De  plus,  toutes  les  langues  brittoniques  aujourd'hui 
même  ont  des  formes  verbales  en  -/-improprement  appelées 
passives,  qu'on  ne  peut  séparer,  à  l'origine,  des  formes 
déponentes  '.  Quant  au  subjonctif  en  -s,  c'est  une  formation 
commune  à  tout  le  celtique  insulaire  :  il  n'y  a  entre  l'irlan- 
dais, d'un  côté,  et  le  gallois,  de  l'autre -,  qu'une  différence  : 
c'est  qu'en  gallois  il  y  a  une  voyelle  entre  s  et  la  con- 
sonne 3.  Il  est  vraisemblable  que  le  subjonctif  irlandais  en 
-s  avec  redoublement  est,  a  l'origine,  par  sa  formation,  un 
désidératif 4.  Le  point  le  plus  embarrassant,  au  point  de 
vue  du  celtique  connu,  c'est  -io-  après  -s-.  Ce  serait  une 
formation  analogue  à  celle  des  futurs  en  -sio-,  qui  n'est 
autre  chose,  d'après  l'opinion  courante,  qu'un  élargisse- 
ment par  -io-  des  formations  verbales  en  s.  Cette  forme  a- 
t-elle  existé  en  celtique?  Il  y  en  a,  à  mon  avis,  une  trace 
certaine  dans  un  verbe  gallois  en  -r  qui  a  beaucoup  intrigué 
les  linguistes.  Dans  un  proverbe  du  Livre  Bouge  de  Her- 
gest,  manuscrit  dont  la  partie  la  plus  ancienne  est  du  com- 
mencement du  xive  siècle,  publié  en  partie  par  Skene,  mais 
dont  certaines  poésies  sont  plus  anciennes  au  moins  de 
deux  siècles,  on  remarque  la  forme  llemittyor  '. 

Poh  llyfwr  5  llemittyor  arno 
Pob  ffer  dyatter  heibio. 

((  Tout    poltron,  qu'on    lui   saute    dessus  ;   tout   homme 
résolu,  qu'on  le  laisse  aller.  » 

1.  J.  Loth,  Remarques  et  add.  à  P«  Introduction  to  Early  Welsh  »  de 
Strachan,  p.  83-84. 

2.  Vcndryes,  Mèm.Soc.  ling.  Paris,  XI,  p.  2b8. 

3.  Il  y  a  au  moins  deux  formes  en  gallois,  où  s  se  joint,  comme  en  irlan- 
dais, immédiatement  à  la  consonne  de  la  racine  (duch,  girares).  La  même 
formation  se  présente  au  prétérit  du  subj.  en  s  (J.  Loth,  Remarques  et 
add.,  p.  92-93). 

4.  Zimmer,  KZ.  30,  p.  128. 

5.  D'après  la  mesure,  il  faut  lire  Ihrfyr.  lâche,  poltron  :  llyfwr  signifie 
lécheur,  flatteur. 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU  177 

Au  point  de  vue  du  sens,  llemittyor  arno  serait  tout  aussi 
bien  ou  mieux  traduit  par  :  on  a  envie  de  lui  sauter  dessus. 
Quant  à  la  forme,  il  est  évident  que  llemittyor  a  été  formé 
sur  un  présent-futur  avec  t  :  lemit,  *  le  m  hit.  Il  est  non  moins 
sûr  qu'il  a  dû  exister  une  forme  sans  t  :  lemhyor.  En  sup- 
posant une  forme  déponentielle  parallèle  à  la  lre  personne 
dusg.,  on  arrive  à  *lam(n)-d-s-io-r\  c'est-à-dire  aune  forme 
identique  à  marcosior.  On  peut  aussi  supposer  qu'il  s'agit 
d'une  forme  hybride  celto-latine. 

Si,  comme  je  viens  de  le  supposer,  marcosior  est  un 
subjonctif  déponent  en  s  ou  un  désidératif,  son  sens  est 
des  plus  limpides.  Traduit  littéralement,  le  mot  ne  peut 
choquer  la  pudeur  la  plus  ombrageuse  :  marcosior  signifie- 
rait :  que  je  monte  à  cheval,  je  désire  montera  cheval.  Mais 
il  a  dans  l'inscription  sur  fusaïole  un  sens  métaphorique 
qu'on  me  sera  reconnaissant  de  traduire  en  latin.  Pour  un 
Gallo-Romain  de  l'Autunois,  marcosior,  Maternia  équivalait 
à  equitare  vellem,  Maternia.  Ce  sens  particulier  de  equitare 
et  equus  est  bien  connu;  on  le  constate  dans  VArs  amato- 
ria  d'Ovide,  chez  Juvénal,  Martial,  Arnobe  [vestras  inequi- 
tare  matronas).  Marco-,  dans  toutes  les  langues  celtiques,  a 
le  sens  de  cheval  mâle,  étalon.  En  breton  moyen,  marcha ff 
est  glosé  par  calulire  (Ernault,  Gloss.,  a  marchaff).  Le  sens 
métaphorique  que  je  propose  pour  marcosior  est  loin  d'être 
inconnu  des  Bretons  insulaires. 

Une  glose  galloise  du  ixe  siècle  semble  bien  le  prouver. 
Dans  le  manuscrit  connu  sous  le  nom  d'Oxoniensis  poste- 


1.  Il  va  de  soi  qu'une  formation  de  ce  genre  ne  remonte  pas  au  vieux- 
celtique,  lamm  étant  un  thème  primitivement  en  -n,  comme  sufîirait  à 
le  prouver,  en  dehors  de  toute  comparaison  avec  l'irlandais,  l'infinitif 
moyen-gallois  llemein.  Il  s'agirait  donc  d'une  formation  relativement 
récente  du  vieux-brittonique.  On  pourrait  aussi  songer  à  un  vieux-cel- 
tique ma.rco-s-igo-r,  1"  personne  d'un  subj.  déponent  en  -s-ig-  pour  o, 
cf.  vieil-irl.  ro-cloor  :  d'ailleurs  la  valeur  de  .o,  dans  ces  formes,  est  indé- 
terminée . 

1916  12 


178  INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU 

rior,  adulter*  est  glosé  par  guas  marchauc,  que  le  glossa- 
teur  a  éprouvé  le  besoin  d'expliquer  par  servus  equarius 
(guas,  serviteur  ;  marchauc,  cavalier).  Pour  la  Gramma- 
tica  celtica,  le  servus  equarius  est  un  jeune  serviteur  sur 
lequel  a  jeté  son  dévolu  une  maîtresse  lascive  [domina 
lasciva)  :  il  s'agirait  dans  les  vers  d'Ovide  de  Pasiphaé. 
Gomme  je  l'ai  établi  (Revue  Celtique,  1911,  p.  220),  le  sens 
métaphorique  de  guas  marchauc  est  assuré  par  une  expres- 
sion à  peu  près  identique  que  j'ai  relevée  chez  Davvd  ab 
Gwilym,  poète  du  xive  siècle,  le  plus  grand  des  poètes 
gallois  et  le  plus  remarquable  peut-être  du  mo}ren  âge  par 
la  fantaisie  et  la  richesse  de  l'imagination.  Au  lieu  de  guas 
marchauc,  on  a  givus  mardi  serviteur  de  cheval,  mot  à 
mot)  :  «  Si  tu  appréciais  le  gwas  march...  je  réclamerais,  et 
je  serais  hardi,  d'être  un  g w as  march.,  pour  toi  2.  » 

Il  n'y  a  pas  à  s'étonner  de  trouver  sur  des  fusaïoles  des 
inscriptions  qu'on  ne  peut  guère  traduire  en  français. 
M.  Héron  de  Villefosse  a  très  justement  fait  remarquer  la 
parenté  qu'il  y  a  entre  ce  genre  d'inscriptions  et  celui  des 
vases  a  boire.  Venus  fait  une  redoutable  concurrence  à 
Bacchus  sur  les  vasa  potoria  de  la  Gaule.  On  pourrait  y 
apprendre  la  plupart  des  temps  et  modes  du  verbe  amare. 
Il  y  a  même  des  expressions  auprès  desquelles  marcosior 
parait  faible  :  futue  me,  futuile,  futui  ospita  (C.I.L.  XIII, 
92,  93,  95). 

Gomme  le  dit  M.  Héron  de  Villefosse,  certaines  expres- 
sions des  inscriptions  sur  fusaïoles  nous  transportent,  sem- 
blet-il,  dans  une  taverne  et  font  naître  la  pensée  que  ces 
objets  ont  été   donnés   à  des   servantes  ou  à  des  filles  de 

1.  Nulliis  quaeralur  aduller,  clans  l'Ars  amatoria. 

3.   Il  y  a  un  jeu  de  mot  certain  clans   l'expression.  C'est  confirmé  par  les 
quatre  vers  précédents  : 

Os  diriaid  ddyn,  fun  firynaf 
Gior  hy'  a  garit  ti'  r  haf, 
Bum,  dra  diriacld  fy  nheidiau, 
O  gariad  march  y  tad  tan. 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU  179 

mœurs  faciles  (p.  20).  Entre  autres  milieux  douteux  que 
supposent  les  inscriptions,  celle  qui  porte  le  n°  7  dans  sa 
publication  indique  très  vraisemblablement  un  établisse- 
ment de  bains  : 

MATTA     DA     GOMOTA. 
BALLINEE     XATA. 

Balineum  est  la  forme  ordinaire  pour  bain.  Quant  au 
passage  d'un  pluriel  neutre  à  un  féminin'singulier,  c'est  une 
évolution  fort  naturelle  et  bien  connue. 

En  bas  latin,  balinea,  ou  balnea  est  constaté.  Je  relève 
balinea  dans  le  manuscrit  d'Orléans  du  xe  siècle  à  gloses 
bretonnes.  D'autres  manuscrits  de  la  même  collection  de 
canons  donnent  halneas.  Matta  est  un  nom  propre  connu. 
Le  seul  mot  embarrassant  est  gomota .  Rien  de  semblable 
n'existe  dans  les  langues  celtiques  ni  en  latin.  Je  serais 
tenté  de  croire  à  une  incorrection  et  de  lire  comoda.  Dans 
Du  Gange,  commodum,  commoda,  a  le  sens  de  paiement, 
salaire,  contributions.  Suidas  donne  :  Kiij.ica.  xà  XucriTeXf], 
ypr^x-x-x.  Le  peson  en  question  pouvait  être  un  jeton  en 
usage  dans  les  maisons  de  bains.  Aujourd'hui  encore,  dans 
certains  établissements  de  bains  parisiens,  après  avoir  payé 
au  comptoir  le  prix  du  bain,  on  vous  remet  un  jeton  à  don- 
ner au  garçon  ou  à  la  fille  de  service  pour  des  accessoires 
du  bain  :  xopoSa  ?  Si  gomota  a  le  sens  de  paiement,  l'expres- 
sion s'adresserait  à  la  servante  soit  de  l'établissement,  soit 
de  la  dame  gallo-romaine  se  présentant  à  cet  établissement 
[Matta,  donne  les  accessoires  (ou  prix)  du  bain,  ma  fille?). 

Gomota  pour  comoda,  surtout  dans  des  graffiti  populaires, 
n'a  rien  d'extraordinaire.  Je  relève  dans  les  inscriptions  de 
la  Gaule  narbonnaise  :  tauripolium,  quatragies  ;  dans  des 
inscriptions  de  la  Gaule  cisalpine  :  coiuces,  retere  (reddere) 
et  quodannis  ;  dans  Vinstrumentum  domesticum  des  Gaules 
(C.I.L.  XIII);  Ganico  (942),  Canico  (429);  Gatus  (943), 
Catus    (500),   Gemeni   (9o3),    Ce  me  nia    (526),    Litucin(us) 


180  INSCRIPTIONS    LATINES    SLR    PESONS    DE    FUSEAU 

(1151b),  Litugeni  (ibid.  a)  :  vol.  VII,   1336,  563  :  Lituge- 
nus  f[ecil);  Locirnius  et  Logirnius  1152). 

On  peut  envisager  une  autre  hypothèse  :  c'est  qu'il  s'agit 
non  pas  précisément  d'une  incorrection,  mais  d'une  hésita- 
tion explicable  par  un  fait  réel  de  prononciation.  Il  me  paraît 
très  probable   que  la  graphie   de  l'inscription   gauloise  de 
Saint-Révérien  dont  je  vais  parler,  gnatha  au  lieu  de  gnata, 
est  due  à  un  phénomène  analogue.  Cette  graphie  indique 
vraisemblablement  un  commencement  d'évolution  pour  les 
occlusives  sourdes  celtiques  intervocaliques,  évolution  qui 
a  abouti  différemment  en  irlandais  et  dans  les  langues  brit- 
toniques  mais  dont  le  point  de  départ  a  été  le  même  :  en 
irlandais,  l'occlusive  sourde  précédée  d'une  voyelle  accen- 
tuée est  devenue  une  spirante  sourde  ;  en  néo-brittonique, 
en  général,  une  occlusive  sonore.  Le  vieux-celtique  *gnâto-  ', 
habitué  à,  usuel,  est  en  irlandais  gnâth,  en  gallois  gnaivd, 
gnodol.  habituel.  Ces  occlusives  sourdes  étaient  probable- 
ment à    l'époque   où    nous  reportent   les   inscriptions    sur 
fusaïoles,  dans  une  sorte  d'instabilité  au  commencement  de 
leur   évolution   :    c'étaient   peut-être,    entre   voyelles,    des 
sourdes   aspirées.    Quant    aux   occlusives  sonores,    à   cette 
époque,  elles  sont  en  pleine  évolution  :  le  g  intervocalique 
est   si  bien  spirant  que   l'écriture  parfois    n'en    laisse    voir 
aucune  trace  ;  le  b  paraît  l'être  aussi,  ce  qui   explique  Dea 
ardbinna  à  côté  de  Arduinna,  Cevenna  et  Cebcnna2.  Il  y  a 

1.  En  Glamorgan  aujourd'hui,  les  occlusives  sourdes  initiales  sont  des 
aspirées;  les  occlusives  sourdes  intervocaliques  du  vieux-celtique,  aujour- 
d'hui des  sonores  dans  l'écriture  en  gallois  comme  en  breton,  sont  de  pures 
occlusives  sourdes.  Les  occlusives  sonores  sont  à  peu  près  des  moyennes 
sourdes. 

2.  Holger  Pedersen,  Vergl.  Gr.,  I,  p.  533,  a  supposé'avec  raison,  pour 
le  gaulois,  à  la  fois  des  occlusives  sourdes  aspirées  et  non  aspirées.  Il 
regarde  (p.  437)  la  chute  du  p  initial  ou  intervocalique  comme  un  indice 
d'une  évolution  des  occlusives  celtiques,  évolution  qui  aurait  commencé  en 
même  temps  que  le  grand  phénomène  de  la  substitution  des  consonnes 
indo-européennes  en  germanique,  c'est-à-dire  vers  le  ix-vm"  siècle  avant 
J.-C.  Si  l  et  c  paraissent  intacts,  il  n'est  nullement  prouvé  qu'ils  n'aient  pas 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU  181 

aussi  à  tenir  compte  de  graphies  comme  arcanto-dan,  verco- 
hreto,  carpentum,  pour  arganto-dan,  vergo-breto,  carben- 
tum.  Si  on  admet  un  commencement  d'évolution  pour  les 
occlusives  intervocaliques,  on  est  obligé  de  l'admettre  pour 
les  occlusives  initiales  en  composition  syntactique.  D'après 
une  loi  générale  des  langues  néo-celtiques,  lorsque  deux  mots 
font  étroitement  corps  par  le  sens,  la  consonne  initiale  du 
second  terme  est  traitée  comme  si  elle  était  à  l'intérieur  d'un 
mot  :  si  le  mot  précédent  se  termine  par  une  voyelle,  cette 
consonne  subit  un  affaiblissement  :  l'occlusive  sourde 
devient  une  spirante  sourde  en  irlandais,  une  occlusive 
sonore  en  gallois,  breton  et  comique.  Il  est  certain  qu'une 
expression  comme  da  commoda,  pour  des  Celtes,  devait  être 
traitée  comme  un  tout,  en  quelque  sorte  comme  un  seul 
mot  avec  accent  principal  sur  le  second  terme,  et  que  le  c 
de  commoda  était  dans  la  situation  d'une  consonne  intervo- 
calique.  Il  est  de  plus  à  remarquer  que  l'évolution  des  con- 
sonnes précédant  la  voyelle  accentuée  semble  avoir  été 
plus  rapide. 

Il  est  assurément  un  peu  hardi  de^  faire  remonter  à  la 
période  gauloise  même  la  plus  récente  une  loi  qui  n'est  pas 
entièrement  appliquée,  au  moins  dans  l'écriture  pour  les 
verbes,  en  exceptant  le  verbe  substantif,  dans  les  plus 
anciens  textes  irlandais  ;  mais  il  est  logique  de  supposer 
qu'elle  avait  déjà  des  effets  en  vieux-celtique,  se  traduisant 
par  quelque  différence  dans  la  prononciation  et  une  certaine 
hésitation  dans  les  transcriptions.  Si  gomota  est  pour 
comoda,  commoda,  on  n'a  pas  le  droit  de  conclure  que  g 
soit  une  occlusive  sonore  pure  ;  on  est  fondé  à  soutenir,  en 
revanche,  que  c'est  l'indication  d'un  commencement  d'évo- 

été  atteints  :  ils  n'ont  pas  été  aussi  loin  dans  leur  évolution  que  le  p  pour 
des  raisons  physiologiques.  D'ailleurs,  les  consonnes  du  même  ordre  évo- 
luent souvent  différemment.  En  haut- vanne  tais  maritime,  d  intervocalique 
estspirant;  b'elg  ne  paraissent  pas  l'être.  A  Groix,  c  initial  paraît  aspiré, 
et  p  et  /  ne  le  sont  pas. 


182  INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FISEAT 

lution  du  c  intervocalique  soit  à  l'intérieur  du  mut,  soit  en 
construction  syntactique. 

Parmi  les  inscriptions  sur  fusaïoles.  il  y  en  a  une  qui  est 
purement  celtique  :  c'est  celle  de  Saint-Hévérien  (Nièvre). 
M.  Héron  de  Villefosse  la  publie  (p.  23),  d'après  un  croquis 
fait  sur  l'original,  il  y  a  bien  des  années,  dit-il  '.  L'objet  était 
alors  conservé  dans  une  vitrine  plate,  placée  dans  la  pre- 
mière salle  du  Musée  céramique  au  Palais  ducal  de  Nevers. 
L'objet  a  peut-être  disparu;  car,  en  1897,  0.  Bohn  l'a  vai- 
nement cherché  et  s'est  vu  réduit  à  donner  l'inscription 
d'après  une  communication  de  Bulliot. 

Je  me  base  pour  l'interprétation  sur  la  version  de 
M.  Héron  de  Villefosse  qui  n'a  aucune  hésitation  sur  sa  lec- 
ture : 

MONPGNATLAGABI 
BVBBVTTON    MON 

Le  point  lumineux  dans  cette  inscription,  à  mon  avis, 
est  gabi  :  c'est  la  2e  pers.  du  sg.  de  l'impératif  présent  d'un 
des  verbes  les  mieux  connus  de  l'irlandais  :  en  vieil-irl. 
lre  pers.  du  sg.  du  présent  de  l'ind.  gaibim,  forme  jointe 
-gaibiur,  impér.  2e  pers.  du  sg.  gaib-  qui  représente  très 
exactement  gabi  :  le  type  de  présent  est  celui  du  thème 
latin  capio-  capi-  (irl.  mod.  gabhaim,  à  la  lre  pers.  du  sg.  du 
prés,  de  l'ind.). 

Ce  verbe  a  des  sens  très  variés  que  la  composition  avec 
préverbes  a  grandement  contribué  à  multiplier.  Les  trois 
principaux  sont  :  prendre  ou  tenir,  donner,  chanter  ou 
réciter.  Le  sens  le  plus  commun  est  celui  de  prendre,  sai- 
sir ;  c'est  celui  des  dérivés  gallois  gavacl,  corn,  gavel.  Mais 
le  sens  d'avoir  et  celui  de  donner  n'est  pas  rare  2.  On  peut 

1.  Se  reporter  à  l'opuscule  de  M.  Héron  de  Villefosse,  Pesons  et  fuseaux, 
dans  le  Bull.  arch.    1914,   Paris,  1915,  p.  24  (49»). 

2.  Cf.  Whitley  Stokes,  Urk.  Spr.  :  j'ajoute  rot-gaibh  friurnsa,  tu  m'as 
donné,  Lives  of  saints  of  the  Hook  of  Lismore,  ligne  1591  :  cf.  Félire  Oen- 
yusso,  p.  251-2. 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU  183 

faire  remonter  cette  acception  au  vieux-celtique,  non  seu- 
lement à  cause  de  l'accord  de  l'irlandais  avec  le  latin  et  le 
germanique,  mais,  ce  qui  est  plus  décisif,  avec  le  comique. 
Le  comique  gava  (Gwreans,  429,  4172,2044;  moyen-corn. 
gafe,  avec  f  =  v)  a  le  sens  de  pardonner  :  cf.  latin  cond- 
nare.  C'est  également  le  sens  que  j'ai  constaté  en  irlandais, 
dans  un  texte  du  xvn*  siècle,  Tri  bior  ghaoithe  an  bhâis 
(les  trois  lances  de  la  mort),  de  Keating"  :  gahh  agam,  par- 
donne-moi, p.  99,  26;  même  sens,  86,  24.  On  passe  faci- 
lement d'ailleurs  du  sens  de  tenir  à  celui  de  donner,  parti- 
culièrement à  l'impératif  :  habe  vinum  peut  se  traduire  aussi 
bien  par  :  je  te  donne  du  vin,  que  prends  du  vin,  tiens,  voilà 
du  vin  l. 

Gnatha,  fdle,  pour  gnâtâ  vieux-celtique,  n'a  pas  besoin 
d'explication  2. 

Budctutton  est  clairement  un  accusatif  masculin  ou  neutre- 
sing\  Buddutto-  paraît  dérivé  de  bussu,  qui  est  représenté, 
en  irlandais,  par  bus,  nominatif  sing-.,  génitif  busso,  bussa  : 
bouche,  lèvre  :  thème  en  -u.  Le  redoublement  du  f  comme 
dans  genetta  indique  un  diminutif  ou  un  terme  caressant. 
En  l'absence  d'un  dérivé  identique  dans  le  celtique  insu- 
laire 3,  on  est  réduit  aux  hypothèses.  Buddutto-,  au  sens 
propre,  peut  sig-nifier  petite  bouche  ;  peut-être  est-ce  un 
terme  humoristique  à  double  entente  désignant  la  fusaïole 
à  cause  du  trou  central  :  prends  cette  petite  bouche.  Je  pen- 
cherais plutôt  pour  un  sens  métaphorique.  Le  lith.  buczû- 
ti,  dérivé  du  même  thème  avec  un  suffixe  de  dériva- 
tion en   -ti-,  signifie  baiser.    Un   baiser  se  dit,  en  irlandais 


1.  Il  y  a  eu  en  celtique  mélange  du  sens  de  gab-  et  kng.  Gah-u  été  évincé 
en  breton  par  euh-  qui  vient  peut-être  d'une  contamination  de  gab-  et 
eu/-.  Thurneyscn  croit  que  le  sens  primitif  de  gab'  est-  tenir,  saisir  (I<'est~ 
yruss  zu  Oslhoff,  pp.  5-S). 

2.  Dans  des  noms  gaulois  composés  avec  ynalo-,  gnâta,  on  peut  sou- 
vent avoir  affaire  à  gnSto-,  habitué  à,  usuel. 

3.  Whitlev  Stokes  (Urlc.  Spr.)  a  rapproché  a  tort  le  gallois  ç/tee/'us,  lèvre, 
de  l'irlandais  bus. 


184  INSCRIPTIONS    LATINES    SIR    PESONS    DE    FUSEAU 

moderne,  busôg,  }>usog,  dérivé  de  bus.  Moni  pourrait  être 
l'impératif  2e  pers.  du  sing.  d'un  verbe  dont  il  ne  reste  plus 
que  l'infinitif  en  breton,  gallois  et  comique  :  bret.  monet, 
gallois  mi/ned,  corn,  mons  pour  moues,  mo/ied  '.  Ce  verbe 
a  le  sens  d'aller  mais  a  pu  avoir  aussi  bien  le  sens  de  venir 
(cf.  gall.  dos,  va;  bret.  deus,  viens).  L'inscription  pourrait 
donc  être  traduite  :  «  viens,  ma  fille  (cf.  accède  urbana 
inscription  3,  p.  15),  donne  un  petit  baiser,  viens.  » 

Mon  après  buddutton  serait  la  reprise  de  moni. 

Le  G.I.L.  XIII,  n°2827,  donne,  d'après  une  communica- 
tion de  Bulliot  : 

MONIGNATH  AGABI 2 
BVDBVTTONIMON 

Coug-nv  :  Bulletin  de  la  Soc.  niv.,  I  (1835),  p.  336;  Gal- 
lois, Congrès  arc/i.  de  France,  XVIII1'  session  (1851), 
p.  214;  Bulliot  et  Thiollier,  Mém.  de  la  Soc.  éduenne,  nou- 
velle sér.,  t.  XIX,  p.  138-139,  n°  i,  ont  lu  i  après  buddut- 
ton ;  Buhot  de  Kersers,  Recueil  des  inscr.  gallo-romaines  de 
la  7,ne  divis.  arch.,  Nièvre,  n°  21,  dans  Congrès  arch.  de 
France,  IIe  session  1873),  p.  262-263,  donne  la  version  de 
Cougnv.  Comme  M.  Héron  de  Villefosse  a  fait  son  croquis 
d'après  l'original  même,  il  est  vraisemblable  que  la  croyance 
à  un  i  est  due  à  quelque  éraflure  ou  défaut  dans  le  schiste 
du  peson. 

Si  on  admet  budduttoni.  il  est  évident  qu'on  a  affaire  à 
un  datif  :    budduttoni  serait  formé  sur  buddutto-  à  l'aide 

1.  Suivant  Strachan  (Stories  from  Tdin.  p.  122:  cf.  Vendryes,  Rev.  celt . 
1914,  p.  223),  l'irl.  muini  ther  aurait  le  sens  de  vient  (irna-muinitlier  meirg, 
autour  duquel  (le  fer   vient  la  rouille). 

2.  Le  signe  l  légèrement  séparé  de  A  (GNA1  I A  a  été  lu  /'  Cougny,  Gal- 
lois1. Il  a.  en  effet,  cette  valeur  parfois  dans  des  inscriptions  de  la  Gaule 
narbonnaise  n°  311»  .  Il  me  parait  à  peu  près  sûr  qu'il  s'agit  ici  d'un  II  dont 
la  seconde  barre  est  remplacée  par  le  premier  trait  de  A.  S'il  fallait  lire 
gnntfu,  ce  qui  parait  bien  extraordinaire,  il  faudrait  supposer  une  pronon- 
ciation spirante,  une  spirante  dentale  sourde  p.  invraisemblable  à  pareille 
époque. 


INSCRIPTIONS    LATINES    SUR    PESONS    DE    FUSEAU  185 

d'un  suffixe  -ô(n)  connu  dans  l'onomastique  gauloise  ;  ce 
serait  un  dérivé  analogue  aux  dérivés  latins  en  -o,  -ônis  : 
edô,  edonis,  glouton  ;  bibo,  nebulo;  cf.  grec  zâyw,  «faywvoc 
Buddutto(n)  aurait  le  sens  d'amateur  de  petites  bouches  ou 
de  baisers.  Ce  serait  un  terme  commun  ou  même  un  nom 
propre,  peut-être  l'un  et  l'autre.  Dans  ce  cas,  on  pourrait 
supposer  pour  gahi  un  sens  assurément  très  ancien  en 
irlandais,  mais  peu  vraisemblable,  celui  de  chanter  {  :  chante 
pour  Buddutto. 

On  peut  aussi  supposer  que  moni  est  un  thème  neutre  en 
-i  complément  direct  de  gahi.  Moni-a  donné  muin,  cou,  en 
irlandais  :  gahi  moni  aurait  ainsi  le  sens  du  français  acco- 
ler-. Muin  a  aussi  le  sens  d'amour  d'après  Whitley  Sto- 
kes  (Bévue  celt..  V,  p.  248 3).  On  aurait  dans  ce  cas  un 
sens  voisin  du  premier  fondé  sur  la  lecture  buddutton  : 
littéralement  :  donne  ton  cou  à  Buddutto  (l'avide  de  bai- 
sers). 

Enfin,  si  on  lit  budduttonimon  en  un  mot,  on  est  en  pré- 
sence d'un  composé.  Ce  serait  peut-être  tout  simplement  le 
mot  gaulois  pour  peson  de  fuseau  :  buddutto-,  peson,  par 
sens  métaphorique  (petite  bouche  et  nimo-n  pour  snlmo-n  : 
irl.  sniomh,  action  de  filer;  snimhaire,  fuseau  (viens  ma 
fille,  prends  ce  peson  de  fuseau). 

Voilà  assurément  bien  des  hypothèses;  mais,  en  pareille 
matière,  non  seulement  elles  sont  excusables,  mais  même 
louables,  pourvu  qu'elles  ne  violent  pas  les  lois  de  la  lin- 
guistique celtique.  C'est  un  devoir  de  les  envisager  toutes. 
Il  est  possible  qu'une  d'entre  elles  mette  sur  la  voie  de  la 
solution  définitive  ;  elle  peut  amener  la  découverte  d'un 
mot  décisif,  d'une  expression  encore  inconnue,  cachée  dans 

1.  Lives  of  saints  of  the  Book  of  Lismore.  1.  17G3;  3406;  Priscien  de 
Saint-Gall    Thésaurus  palaeohih.,  II,  757  :  sens  de  dire). 

2.  Les  Gallois  ont  emprunté  pour  Vosculum  l'anglo-saxon  :  eusan.  Le 
baiser  est  remplacé  chez  eux  par  Vaccolade  :  on  jette  les  bras  autour  du 
cou  de  la  personne  aimée. 

3.  Main,  avec  un  sens  voisin  se  montre  dans  Tri  bior  gh.  an  Bh.  278, 
«  :  do  mhnin  chrotdhe,  du  fond  du  cœur  :  cf.  gall.   mymnes,  sein. 


IRf>  ;  LIVRES    OFFERTS 

quelque  manuscrit,  ou  en  usage  dans  quelque   coin  perdu 
de  l'Irlande,  du  pays  de  Galles  ou  de  la  Bretagne. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente  un  volume  de  la  part  de 
M.  le  duc  de  Loubat  : 

«  Je  vous  annonçais,  il  y  a  quinze  jours,  que  notre  confrère  M.  le 
duc  de  Loubat  faisait  préparer  un  second  volume  de  photographies 
représentant  des  monuments  mexicains,  pour  nous  en  faire  hom- 
mage. Voici  ce  volume  qui  égale  presque  l'autre  en  étendue  et  riva- 
lise avec  lui  en  intérêt  pour  les  études  américaines.  L'interprétation 
de  ces  monuments  est  à  ses  débuts  ;  il  n'en  est  que  plus  nécessaire 
d'avoir  des  reproductions  d'eux  qui  soient  bien  complètes.  L'Acadé- 
mie n'en  est  plus  à  compter  les  dons  généreux  de  notre  confrère  : 
elle  lui  adressera  une  fois  de  plus  ses  remerciements  sincères.  » 

M.  Salomon  Reinach  offre,  au  nom  de  l'auteur,  M.  Emile  Espéran- 
dieu,  un  travail  intitulé  :  Les  monuments  antiques  figurés  nu  Musée 
archéologique  de  Milan  (Paris,  1916,  in-8°). 

M.  Camille  Julxian  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le  n°  LX1X 
de  ses  Notes  gallo-romaines  (extr.  de  la  «  Revue  des  Études 
anciennes  »,  Bordeaux  et  Paris,  in-8°). 

M.  HéitoN  de  Villefosse  offre  à  l'Académie,  au  nom  du 
R.  P.  Delattre,  correspondant  à  Carthage,  un  travail  intitulé  :  Inscrip- 
tions de  Damous-EI-Karita,  nouvelle  série  (extr.  de  la  lievue  tuni- 
sienne, 1914)  : 

«  Ces  inscriptions,  ou  plutôt  ces  fragments,  car  bien  peu  de  ces 
textes  sont  intacts,  forment  un  ensemble  de  ;il(i  numéros  apparte- 
nant presque  tous  à  l'épigraphie  chrétienne.  Il  était  nécessaire  de 
les  faire  connaître.  Plusieurs  concernent  des  gens  d'église,  évèque, 
prêtre,  diacre,  sous-diacre  et  religieuses.  La  partie  inférieure  d'un 
sarcophage  en  marbre  blanc  qui  porte,  gravé  sur  la  plate-bande  du 
bas,  le  nom  d'une  vierge  consacrée  à  Dieu,  Calcedonia  virgo  sacrala, 
est  digne  d'attention.  On  voit  sur  le  petit  morceau  qui  subsiste  les 
restes  de  deux  croix  dont  les  bases  se  terminent  par  des  encoches 
formant  trident,  comme  sur  certains  sarcophages  de  la  Gaule  remon- 


LIVRES    OFFERTS  187 

tant  à  la  même  époque.  C'est  un  fait  intéressant.  Il  est  regrettable 
que  le  P.  Delattre  n'ait  pas  retrouvé  d'autres  compléments  de  ce 
monument.  Une  vingtaine  de  débris  appartiennent  à  des  épitaphes 
chrétiennes  rédigées  en  grec.  L  epigraphie  païenne  n'est  représentée 
que  par  un  petit  nombre  de  morceaux  :  l'un  d'eux  est  particulière- 
ment important  puisqu'il  fournit  quelques  lettres  complémentaires 
à  un  elogium  recueilli  dans  les  mêmes  ruines,  il  y  a  plus  d'un  quart 
de  siècle.  » 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE     DES     INSCRIPTIONS 

ET    BELLES- LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 


PRESIDENCE    DE    M.  MAURICE    CROISET 


SÉANCE  DU  7  AVRIL 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

Le  Secrétaire  perpétuel  communique  la  correspondance  qui 
comprend  : 

1°  Des  lettres  de  MM.  Graillot,  CourbaudetP.  Noailles  remer- 
ciant l'Académie  pour  les  prix  qu'elle  leur  a  décernés  ; 

2°  Une  note  de  l'Académie  française  demandant  à  notre 
Académie  de  vouloir  bien  voter  en  principe  sa  participation  à 
l'érection  d'un  monument  à  nos  morts  de  la  guerre,  et  de  délé- 
guer son  bureau  à  l'effet  de  s'entendre  pour  l'exécution  avec  les 
bureaux  des  autres  Académies.  —  L'Académie  accepte  en  prin- 
cipe et  délègue  son  bureau. 

Le  Secrétaire  perpétuel  rappelle  ensuite  que  dans  la  séance 
générale  du  mercredi  5  avril  l'Institut  a  réglé  les  conditions 
d'exécution  des  legs  Thorlet  et  Barbier-Muret.  Il  a  décidé  de 
décerner  les  prix  établis  sur  ce  dernier  legs  en  séance  générale 
sur  présentation  de  candidats  par  chaque  Académie.  Il  a  réparti 
entre  chaque  Académie  les  17.600  francs  du  legs  Thorlet,  à  rai- 


l'.M)  SÉANCE    DU    7    AVRIL    191 G 

son  de  4.000  francs  pour  l'Académie  française,  pour  l'Académie 
des  inscriptions,  pour  l'Académie  des  beaux-arts,  pour  l'Acadé- 
mie des  sciences  morales,  et  les  1.600  francs  restants  pour  l'Aca- 
démie des  sciences.  Les  deux  legs  étant  disponibles  dès  cette 
année,  L'Académie  doit  créer  deux  commissions  afin  de  faire  les 
propositions  nécessaires,  les  unes  à  tout  l'Institut  pour  le  legs 
Barbier-Muret,  les  autres  à  notre  Académie  pour  le  legs  Tborlet. 
Il  est  procédé  à  la  nomination  de  la  commission  Barbier- 
Muret.  Sont  élus  :  MM.  de  Vogûb,  Senart,  Scheil,  Guq,  aux- 
quels se  joindront  MM.  Gagnât  et  Babelon,  membres  de  la  com- 
mission Debrousse. 

M.  le  comte  Paul  Durriku  s'est  attaché  à  étudier  la  manière 
dont  les  peintres  miniaturistes  français  de  la  fin  du  moyen  âge 
et  du  début  du  xvie  siècle  figuraient  les  dieux  et  les  déesses  de 
l'Olympe  et  les  autres  personnages  des  légendes  antiques.  Il 
signale  que  des  représentations  de  ces  personnalités  mytholo- 
giques se  sont  glissées  jusque  dans  l'illustration  de  livres  d'Heures 
exécutés  à  Paris  au  xve  siècle.  Mais,  de  l'ensemble  des  observa- 
tions de  M.  Durrieu,  il  résulte  que,  à  l'époque  envisagée,  les 
miniaturistes  français  ne  s'imaginaient  guère  que  les  divinités 
païennes  et  les  héros  antiques  pussent  différer,  pour  les  cos- 
tumes et  les  manières  d'être,  des  Français  et  des  Françaises 
vivant  à  l'époque  même  où  les  artistes  travaillaient. 

Cette  tendance  pouvait  être  favorisée  chez  eux  par  la  rédaction 
des  textes  qu'ils  étaient  appelés  à  agrémenterd'images,  textes  qui 
rajeunissaient,  en  quelque  sorte,  les  souvenirs  de  l'antiquité. 
M.  Durrieu  cite,  par  exemple,  à  cet  égard,  un  récit  des  amours  de 
Héro  et  Léandre,  dans  lequel  ce  n'est  plus  le  Bosphore,  mais  la 
Seine  que  Léandre  traverse  à  la  nage  pour  aller  rejoindre  Héro, 
celle-ci  étant  en  résidence  à  Honfleur  '. 

M.  Cha. vannes  étudie  quelques  textes  se  rapportant  à  l'histoire 
de  la  principauté  de  Wou  et  Vue  qui  eut  une  existence  à  peu 
près  indépendante  dans  la  province  chinoise  de  Tchô-kiang,  de 
l'an  897  à  l'an  978  de  notre  ère  :  un  brevet  gravé  sur  une  tuile 
de   fer  en  l'année  897;  un  récit  de  la  construction  de  la  digue 

1  .    Voir  ci-après. 


MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    d'iIEURËS  191 

de  Hang-tcheou  en  910  et  de  la  bataille  livrée  par  les  archers 
de  YVou  et  Yue  aux  Ilots  de  la  mer;  une  plaquette  de  jade  et 
une  tablette  d'argent  de  Tannée  928,  relatives  à  la  cérémonie 
taoïste  qui  consistait  à  jeter  dans  un  lac  des  dragons  en  métal 
destinés  à  convoyer  la  prière  du  roi  ;  ces  petits  monuments 
éclairent  certaines  coutumes  et  croyances  de  la  Chine. 


COMMUNICATION 


SOUVENIRS    DE    LA    MYTHOLOGIE    ANTIQUE 

DANS    UN    LIVRE    D'HEURES    EXÉCUTÉ    EN    FRANCE 

ENTRE    1423    ET    1430, 

PAR       M.    LE      COMTE     PAUL     DURR1EU,      MEMRRE      DE      L'ACADÉMIE. 

Les  travaux  de  divers  érudits,  notamment  la  thèse  latine 
si  intéressante  que  notre  confrère  M.  Antoine  Thomas  a 
consacrée  à  Jean  de  Montreuil,  ont  fait  ressortir  cette  cons 
tatrttion  que,  sous  le  règne  de  Charles  VI  et  au  début  du 
règne  de  Charles  VII,  et  spécialement  pendant  les  vingt- 
cinq  ou  trente  premières  années  du  xve  siècle,  il  y  avait  eu 
en  France,  dans  le  monde  des  esprits  cultivés  et  avides 
d'apprendre,  un  retour  sensible  vers  l'attention  à  donner 
aux  souvenirs  de  l'antiquité  classique.  Entre  autres  marques 
de  cette  tendance  ligure  une  propension,  plus  développée 
que  dans  les  âges  immédiatement  précédents,  à  faire 
intervenir,  en  multiples  occasions,  les  noms  des  dieux  et 
des  déesses  de  l'Olympe  et  des  héros  mythiques  du  paga- 
nisme. 

Ce  n'est  pas  que  les  noms  de  ces  divinités  et  de  ces 
héros  eussent  jamais  été  totalement  oubliés  dans  la  France 
du  moyen  âge.  Les  chansons  de  geste,  qui  confondent  les 
Sarrasins  avec  les  païens,  nous  montrent  fort  bien  en  l'oc- 
currence un  émir  musulman  adorant  son  dieu  Apollin.  On 


1(.)2  MYTHOLOGIE    ANTIOL'E    DANS    UN    LIVRE    IMIEURES 

sait  aussi  quelle  place  tiennent  dans  notre  vieille  littérature 
les  romans  épiques  qui  se  rapportent  à  Thèbes,  au  siège  de 
Troie,  à  l'histoire  d'Enée  et  à  celle  d'Orphée,  au  conte  de 
Narcissus.  Les  Métamorphoses  d'Ovide  ayant  été  traduites  et 
arrangées  en  français,  il  nous  est  parvenu  de  cette  adapta- 
tion des  manuscrits  du  xiv'"  siècle,  ornés  de  très  intéres- 
santes illustrations  dont  j'aurai  occasion  de  reparler.  De  tels 
exemples  pourraient  être  multipliés.  Mais,  ce  que  j'ai  été 
amené  à  observer,  et  que  je  me  propose  de  montrer  par  un 
cas  typique,  c'est  qu'à  l'époque  que  j'indiquais  au  début  de 
cette  communication,  les  traces  d'une  tendance  à  remettre 
en  honneur  des  personnalités  de  la  mythologie  classique 
apparaissent  de  plus  en  plus  multipliées  en  France,  et  cela 
jusque  dans  certaines  circonstances  où  l'on  ne  s'attendrait 
guère  à  avoir  à  relever  le  fait. 

Bien  des  causes  diverses  ont  concouru,  je  le  crois,  à 
développer  ce  mouvement  dans  les  esprits.  Parmi  elles,  je 
retiendrai  seulement  l'influence  qu'ont  pu  exercer  certaines 
œuvres  littéraires  écrites  en  français  au  début  du  xve  siècle. 
A  cet  égard,  il  faut  noter  la  diffusion  vers  cette  époque, 
dans  le  centre  de  la  France  royale  et  spécialement  à  Paris, 
par  l'intermédiaire  d'adaptations  en  notre  langue,  de  deux 
traités  historico-philosophiques  que  l'italien  Boccace  avait 
écrits  en  latin  dans  le  courant  du  siècle  précédent. 

Le  premier  de  ces  traités  est  celui  De  claris  mulieribus, 
devenu  par  la  plume  d'un  traducteur  français  qui  acheva 
son  travail  de  traduction  à  Paris  le  12  septembre  i  4-01 , 
le  livre  Des  cleres  et  nobles  femmes  ou  Des  femmes  nobles 
et  renommées.  La  galerie  des  femmes  illustres  que  le 
lecteur  de  la  version  française  voyait  passer  devant  lui 
comprenait  :  «  la  très  noble  Minerve  »,  «  la  très  belle 
Vénus  »,  Médée,  Déjanire,  Clytemnestre,  Didon,  etc.  ;  et  de 
cette  traduction,  dès  les  années  1402  et  1403,  on  exécuta, 
pour  des  destinataires  tels  que  le  duc  Jean  de  Berry  et  le 
duc  de  Bourgogne  Philippe  le  Hardi,  de  très  beaux  manu- 


MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    D  HEURES  193 

scrits  ornés  d'images  représentant,  entre  autres  figures,  les 
divinités  et  héroïnes  païennes  célébrées  par  Boccace1. 

Bien  plus  complète  encore  fut  la  fortune  littéraire  en 
France  de  l'autre  traité  de  Boccace,  le  De  casibus  virorum 
illustrium.  Sous  le  titre  :  Des  Cas  des  nobles  hommes  et 
femmes,  un  littérateur  français,  Laurent  de  Premier-fait,  que 
M.  Henri  Hauvette  a  principalement  contribué  à  faire 
bien  connaître,  rédigea,  de  ce  traité,  une  amplification,  plu- 
tôt qu'une  véritable  traduction,  dont  la  rédaction  défini- 
tive fut  achevée  à  Paris  le  15  avril  1409  et  dédiée  par 
l'auteur  au  grand  protecteur  des  arts,  le  duc  Jean  de 
Berry. 

Tout  le  début  de  cet  ouvrage,  à  quelques  chapitres  près 
se  rattachant  aux  récits  bibliques,  est  emprunté  aux 
mythes  de  l'Antiquité  grecque.  Les  personnages  dont  les 
malheurs  se  trouvent  racontés,  sont  Gadmus,  et  ses  filles  : 
Antinoé,  mère  d'Actéon,  Agave,  mère  de  Panthée,  et  Ione, 
mère  de  Mélicerte  ;  puis  Laïus,  OEdipe,  Jocaste,  Méléagre, 
Atalante,  Priam,  Hécube,  Agamemnon,  Clytemnestre, 
Didon,  etc.  Or  il  n'est  peut-être  pas  un  livre  qui  ait  eu  une 
plus  grande  divulgation  en  France,  durant  la  majeure  partie 
du  xve  siècle,  que  le  traité  Des  Cas  des  nobles  hommes.  Des 
copies  en  furent  multipliées  à  maintes  reprises.  L'une  de 
ces  copies,  le  fameux  Boccace  de  Munich,  dont  le  texte  a 
été  achevé  de  calligraphier  à  Aubervilliers  près  Paris,  le 
24  novembre  1458,  pour  un  haut  fonctionnaire  de  l'admi- 
nistration des  finances  royales,  maître  Laurens  Gyrard,  fut 
illustrée  dans  l'atelier  de  Jean  Foucquet  et  constitue  un  des 

1.  Sur  ces  plus  anciennes  copies  du  livre  Des  cleres  femmes,  voir  mes 
études  sur  certains  Manuscrits  de  luxe  exécutés  pour  des  princes  et  des 
yrands  seigneurs  français,  publiées  dans  la  revue  Le  Manuscrit,  t.  II 
(1895),  p.  107-168  et  17S-179.  Vers  les  limites  des  iv«  et  xvie  siècles,  on  exé- 
cutait encore  en  France  des  manuscrits  de  cet  ouvrage  illustrés  de  minia- 
tures, comme  le  prouve  notamment  un  très  bel  exemplaire  qui  a  été  fait 
pour  Louise  de  Savoie,  mère  de  François  Ier  (Bibl.  nationale  de  Paris,  ms. 
français  599). 

1916  t3 


lOi  MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    d'hEURES 

chefs-d'œuvre  de  notre  art  français  du  xv°  siècle.  Bien 
d'autres  très  beaux  manuscrits  du  même  traité  avaient 
déjà  été  exécutés  auparavant.  Il  en  résulta  que  des  exem- 
plaires de  l'ouvrage  finirent  par  prendre  place  dans  presque 
toutes  les  bibliothèques  des  princes  et  des  seigneurs  fran- 
çais du  temps  \  ou  même,  comme  le  prouve  l'origine  du 
Boccace  de  Munich,  dans  celles  des  hauts  bourgeois  et  fonc- 
tionnaires. Et  rien  qu'à  feuilleter  les  premières  pages  de 
ces  volumes,  les  possesseurs  se  trouvaient  familiarisés  avec 
une  partie  des  noms  les  plus  fameux  de  la  mythologie  et 
de  l'histoire  anciennes. 

Tout  ceci  cependant  ne  présente  encore  rien  que  de  nor- 
mal, en  somme.  Ce  qui  est  plus  curieux,  c'est  de  voir  les 
souvenirs  des  fables  antiques  se  glisser  dans  des  manu- 
scrits d'un  ordre  fort  différent  de  ceux  que  je  viens  de 
citer,  et  qui,  par  leur  caractère  même,  sembleraient  devoir 
être  réfractaires  à  l'extension  de  pareille  tendance.  C'est 
cependant  ce  qui  est  advenu  pour  des  volumes  spécialement 
destinés  aux  exercices  de  la  dévotion  chrétienne,  je  veux 
dire  pour  des  livres  d'Heures -. 

Les  livres  d'Heures  exécutés  en  France,  tels  que  la  dis- 
position s'en  est  définitivement  établie  vers  la  fin  du 
xine  siècle,  débutaient  en  principe  par  un  calendrier  don- 
nant l'indication  des  fêtes  liturgiques.  Souvent  ce  calendrier 
était  illustré.  Suivant  une  tradition  iconographique  qui 
remontait  à  une  très  haute  époque,  la  règle,  en  thèse  géné- 
rale, était  de  peindre  pour  chaque  mois  la  figure  du  signe 
du  zodiaque  afférent  à  ce  mois  et  d'y  juxtaposer  la  repré- 
sentation d'une  des  occupations   principales  auxquelles  on 

1.  Voir  à  ce  propos  :  Comte  Paul  Durrieu,  Le  Bnccnce  de  Munich 
(1909,  gr.  in-4°,  avec  vingt-huit  planches  reproduisant  toutes  les  miniatures 
du  manuscrit»,  p.  24  et  25. 

2.  En  dehors  du  livre  d'Heures  du  duc  de  Bedford.  dont  je  vais  parler, 
je  me  permets  de  renvoyer  à  ce  que  j'ai  dit,  relativement  à  des  imitations 
■de  l'antique,  aux  pagres  3S-10et  98-99  de  mon  grand  ouvrage  sur  Les  Très 
riches  Heures  de  Jean  de  France,  duc  de  Berry    Paris,  1904,  in-folio). 


.MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    d'heuRES  195 

pouvait  se  livrer  à  ce  moment  de  l'année.  Ce  second  sujet 
pouvait  prêter  à  l'imagination  de  l'artiste,  et  vous  savez 
que  dans  les  Très  riches  Heures  du  duc  Jean  de  Berry, 
conservées  à  Chantilly,  les  travaux  et  plaisirs  des  Mois 
ont  donné  matière  à  une  suite  de  tableaux  d'un  art 
exquis. 

Cependant,  pour  l'illustration  des  calendriers  de  livres 
d'Heures,  on  ne  s'en  tint  pas  toujours  à  ce  seul  thème.  Au 
xive  siècle,  on  imagina  en  France  un  cycle  de  compositions 
symboliques  destinées  à  mettre  en  parallèle  les  Prophètes 
de  l'Ancien  Testament  et  les  Apôtres  du  Nouveau  et  à  mon- 
trer l'église  de  la  Synagogue  s'écroulant  peu  à  peu  pour 
faire  place  à  la  Chrétienté.  De  ce  cycle  allégorique,  nous 
n'avons  pas  seulement  des  exemples  en  peintures,  dans 
plusieurs  très  beaux  manuscrits  ;  nous  en  possédons  le  pro- 
gramme écrit,  dont  le  texte  a  été  publié  par  M.  Marcel  de 
Fréville  de  Lorme,  le  père  de  ce  jeune  et  si  distingué 
Robert  de  Fréville  qui  est  tombé  glorieusement  pour  la 
cause  de  la  France,  alors  que,  par  l'étendue  de  sa  science 
juridique,  il  apparaissait  justement  aux  yeux  de  tous 
comme  l'héritier  désigné,  pour  sa  chaire  à  l'Ecole  des 
Chartes,  de  notre  confrère  Paul  Viollet.  Le  cycle  en  ques- 
tion se  rencontre  pour  la  dernière  fois  appliqué  en  France 
dans  un  manuscrit  terminé  en  1409,  les  Grandes  Heures  du 
duc  de  Berry  (Bibl.  nat.,  ms.  latin  919). 

Une  autre  combinaison  fut  essayée.  Elle  consistait  à  dis- 
poser, en  bordure  de  chaque  page  du  calendrier,  une  série 
de  plusieurs  petits  médaillons,  de  forme  tantôt  circulaire, 
tantôt  rectangulaire,  qui  contiendraient  chacun  un  sujet 
différent.  Deux  de  ces  sujets  continuaient  à  être,  comme  par 
le  passé,  le  signe  du  zodiaque  et  une  allusion  à  l'occupation 
particulièrement  propre  au  mois.  Pour  les  autres  médaillons, 
une  idée  très  naturelle  était  celle  d'y  introduire  les  images 
des  principaux  saints  dont  les  fêtes  tombaient  au  cours  du 
mois  et  se  trouvaient  notées  dans  le  texte  du  calendrier.  Ce 


196  MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    IN    LIVRE    D 'HEURES 

système  eut  du  succès  principalement  dans  le  Nord  de 
la  France  et  les  pays  flamands  ' . 

Mais  un  très  beau  et  très  célèbre  livre  d'Heures  qui, 
après  avoir  appartenu  au  xvic  siècle  au  roi  de  France 
Henri  II,  et  avoir  passé  ensuite  par  plusieurs  grandes  col- 
lections anglaises,  a  finalement  été  acquis  en  1852  pour  le 
Musée  britannique,  le  Bcriford  Missal,  comme  on  l'ap- 
pelle communément  (Addit.  Ms.  18850),  nous  montre  cette 
combinaison,  qui  consiste  en  un  ensemble  de  plusieurs 
médaillons  peints  sur  les  marges,  utilisée  dans  un  tout 
autre  esprit  que  le  rappel  des  fêtes  de  la  liturgie  chrétienne. 

C'est  sur  ce  cas,  vraiment  fort  curieux,  que  je  voudrais 
attirer  l'attention  de  l'Académie  après  avoir  rappelé,  pour 
rendre  à  chacun  son  dû,  que  les  inscriptions  explicatives 
tracées  sur  le  manuscrit  et  dont  je  vais  parler,  ont  été 
relevées  déjà,  il  y  a  un  demi-siècle,  par  Yallet  de  Viriville 
au  cours  d'articles  publiés  dans  la  Gazette  des  Beaux-Arts 
en  1866,  sans  toutefois  que  cet  érudit  ait  suffisamment  fait 
ressortir  leur  caractère  très  exceptionnel,  ni  qu'il  ait  pris 
soin,  sauf  pour  quatre  ou  cinq  endroits,  de  décrire  les 
miniatures  mêmes  2. 

Le  livre  d'Heures  dont  il  s'agit,  superbe  par  le  nombre  et 
la  beauté  de  ses  peintures,  est  d'autant  plus  précieux  qu'on 
peut  avec  certitude  déterminer  et  son  origine  et  sa  date 
approximative  tout  au  moins  à  six  ou  sept  ans  près.   Les 

1 .  On  en  trouve  un  remarquable  exemple  en  tète  d'un  charmant  livre 
d'Heures  qui  constitue  les  mss.  n°"  638  et  639  delà  Bibliothèque  de  l'Ar- 
senal, volumes  désignés  vulgairement  sous  le  nom  de  «  manuscrits  du 
Maître  aux  fleurs  ». 

2.  Vallet  de  Viriville,  Notice  de  quelques  manuscrits  précieux  sous  le 
rapport  de  iart,  dans  la  Gazette  des  Beaux-Arts,  1S66,  tome  II  de  cette 
année,  p.  275-285.  Cf.  sur  ce  manuscrit:  le  recueil  de  la  Palœographical 
Society,  1"  série,  planches  172  et  173;  George  F.  Warner,  llluminaled 
manuscripts  in  the  British  Muséum  (Londres,  1899-1903,  4  séries  de 
15  planches  chacune,  petit  in-folio)  ;  C"  Paul  Durrieu.  Les  souvenirs  his- 
toriques, dans  les  manuscrits  à  miniatures,  de  la  domination  anglaise  en 
France  au  temps  de  Jeanne  d'Arc,  Paris,  1905.  in-8°  (extrait  de  VAnnuaire 
Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France),  p.  10-15. 


MYTHOLOGIE  ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    d'hEURES  197 

armoiries  et  devises  qui  y  sont  répétées  à  divers  endroits 
prouvent  que  le  manuscrit  a  été  exécuté  pour  un  person- 
nage très  célèbre  dans  l'histoire,  Jean  de  Lancastre,  duc  de 
Bedford,  oncle  du  roi  d' Angleterre  Henri  VI,  qui  fut  régent 
du  royaume  de  France  au  nom  de  son  neveu  encore  enfant 
du  temps  de  Jeanne  d'Arc,  et  pour  la  première  femme  de 
ce  duc  de  Bedford,  Anne  de  Bourgogne,  fille  du  duc 
Jean  sans  Peur.  Chez  le  duc  de  Bedford,  le  politique  était, 
on  le  sait,  doublé  d'un  grand  bibliophile.  Le  fait  que 
le  manuscrit  associe  ses  armoiries  à  celles  de  sa  pre- 
mière femme,  Anne  de  Bourgogne,  prouve  que  le  volume 
n'a  été  commencé  que  postérieurement  au  mariage  des 
deux  époux,  lequel  fut  célébré  le  14  mai  1423.  Ceci  se 
trouve  d'accord  avec  une  indication  relative  à  la  succes- 
sion des  années  bissextiles  qui  se  rencontre  au  calendrier  et 
qui  a  justement  pour  point  de  départ  l'année  1424  (nou- 
veau style).  D'autre  part,  le  livre  d'Heures  était  entièrement 
achevé,  peut-être  depuis  un  certain  temps  déjà,  avant  la 
Noël  de  l'année  1430.  En  effet,  la  veille  de  Noël,  24 
décembre  1430,  la  duchesse  de  Bedford,  Anne  de  Bour- 
gogne, agissant  du  consentement  du  duc  son  mari,  a  fait 
don  de  ce  volume,  qualifié  alors  de  «  magnifiquement  et 
somptueusement  décoré  »,  à  son  neveu  le  petit  roi  Henri  VI, 
qui  venait  d'avoir  neuf  ans.  C'est  donc  entre  le  milieu  de 
1423  et  la  fin  de  1430,  et  plus  vraisemblablement  aux  alen- 
tours de  l'année  1424,  que  se  place  la  date  de  confection 
du  superbe  livre.  Quant  à  son  origine  locale,  le  caractère 
de  ses  peintures  l'apparente  d'une  manière  très  étroite 
avec  d'autres  manuscrits  à  miniatures  qui  sont  très  certai- 
nement sortis  d'ateliers  fonctionnant  à  Paris.  Il  est  d'ail- 
leurs tout  naturel  que  le  duc  de  Bedford  se  soit  adressé  à 
l'un  de  ces  ateliers  parisiens,  si  renommés  pendant  le  règne 
de  Charles  VI  qui  venait  à  peine  de  finir,  puisque  c'est  à 
Paris  que  le  prince  anglais  avait  à  cette  époque  une  de  ses 
résidences  principales  en  sa  qualité  de  régent  du  royaume 


198  MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    D  HEURES 

de  France,  et  qu'il  s'y  mêlait  à  l'occasion  d'une  façon 
active  à  la  vie  de  la  capitale  française1. 

Dans  ce  livre  d'Heures,  dont  nous  pouvons  si  bien  éta- 
blir la  genèse,  le  calendrier  est  illustré  d'après  le  système 
des  petites  images  multiples  disposées  sur  les  marges  des 
pages  ;  et  les  professionnels  qui  ont  travaillé  à  l'exécution 
du  volume  ont  pris  soin  d'expliquer  les  sujets  des  minia- 
tures peintes  dans  chacun  des  compartiments  au  moyen 
de  légendes  inscrites  auprès  de  toutes  les  peintures  qui  s'y 
succèdent,  légendes  qui  sont  rédigées  en  langue  française. 

Or  ces  légendes  explicatives,  malgré  le  caractère  pieux 
du  volume,  n'ont  absolument  rien  de  commun  avec  les 
fastes  de  la  liturgie  catholique.  Elles  se  réfèrent,  si  l'on 
excepte  ce  qui  concerne  les  signes  du  zodiaque  et  les  occu- 
pations des  mois,  exclusivement  à  des  souvenirs  emprun- 
tés, sauf  un  unique  cas  °-,  à  l'Antiquité  et  le  plus  souvent 
même  à  la  Mythologie  païenne. 

Voici,  en  effet,  pour  ne  pas  tout  citer,  ce  qu'on  peut  lire 
auprès  d'une  partie  de  celles  des  petites  peintures  qui  sont 
les  plus  typiques. 

Mois  de  janvier.  Auprès  d'un  homme  à  double  visage 
[JanusJ  :  «  Comment  janvier  porte  la  clé  de  l'an  et  ouvre 
la  porte  de  l'an.  »  —  Près  de  deux  groupes  d'hommes  nus 
dont  les  uns  disent,  d'après  des  mots  tracés  sur  l'image  : 

1.  Ainsi  ce  fut  lui  qui,  le  vendredi  saint  1424,  montra  lui-même  au 
peuple  parisien  les  grandes  reliques  à  la  Sainte-Chapelle  du  Palais. 

2.  Ce  cas  est  celui-ci  :  dans  une  des  petites  miniatures  placées  au  mois  de 
septembre,  on  voit  une  jeune  femme  debout,  vêtue  d'une  robe  bleue, 
tenant  une  palme  à  la  main;  une  colombe  vient  voler  près  de  sa  poitrine  ; 
au-dessus  de  sa  tête  on  lit  le  mot  Elul.  La  légende  explicative  porte  : 
«  Comment  le  mois  de  septembre  est  dit  en  ebrieu  [hébreu]  :  ebrefchel 
[sic],  qui  est  interprété  Mère  de  Dieu.  »  Comme  l'avait  déjà  reconnu  Vallet 
de  Viriville,  le  mot  elul  est  le  «  nom  d'un  des  mois  lunaires  hébraïques 
qui  correspondent  à  septembre  ». 

Il  serai!  curieux  de  retrouver  l'origine  de  ces  légendes  explicatives.  J'ai 
cherché  si  elles  ne  viendraient  pas,  peut-être,  du  traité  de  Bède  le  Véné- 
rable De  lemporum  rntione  ;  mais  l'ensemble  de  ces  légendes  dépasse  de 
beaucoup,  par  la  multiplicité  des  exemples,  les  renseignements  fournis  par 
le  traité  de  Bède. 


MYTHOLOGIE   ANTIQUE    DANS    ON    LIVRE    D'HEURES  199 

«  Bon  an  !  Bon  an  !  »  et  les  autres  «  Salve,  festa  dies  »  : 
«  Comment  on  se  souloit  saluer  le  1er  jour  de  Tan,  et  s'en- 
trebailloient  les  mains,  tous  nus,  les  uns  aux  autres  en 
signe  d'amour.  » 

Février.  A  côté  de  l'image  d'une  dame  en  robe  rouge, 
baisant  une  fleur  :  «  Comment  febvrier  est  nommé  d'une 
femme  qu'on  appeloit  Februa,  mère  de  Mars,  dieu  des 
batailles,  selon  les  poètes  qui  disoient  que  Februa  avoit 
conceu  le  dieu  des  batailles  en  baisant  et  adorant  [c'est-à- 
dire  en  sentant]  une  fleur.  » 

Auprès  de  deux  autres  petits  médaillons  représentant, 
l'un  une  procession  où  l'on  porte  des  cierges  allumés, 
l'autre  un  festin  animé  :  «   Comment  en  février  on  faisoit 

procession  générale   entour  la  Cité  pour  révérence  de 

[mot  laissé  en  blanc].  —  Comment  en  février  on  souloit 
faire  la  feste  avec  fols  et  aux  morts.  » 

Cette  «  procession  »  et  cette  «  feste  avec  fols  »  se  pas- 
sant au  mois  de  février  nous  représentent  évidemment  un 
souvenir  des  «  Lupercales  »  romaines  *. 

Mars.  Un  guerrier  debout,  en  armure,  avec  une  grande 
barbe  :  «  Comment  les  payens  nommèrent  ce  mois  de  Mars, 
leur  dieu  de  batailles.  » 

Avril.  Une  élégante  dame  assise,  allaitant  un  enfant. 
Cette  dame,  vêtue  à  la  mode  de  France  vers  1425,  n'est 
autre  que  Vénus,  et  l'enfant  qu'elle  nourrit  est  vraisembla- 
blement l'Amour;  on  lit,  en  effet,  auprès  de  leur  image  : 
«  Comment  le  mois  d'avril  est  dédié  à  Venus,  selon  les 
mécréants,  pour  ce  que  Venus  est  planète  chaude,  movstre 
et  attremprée  comme  le  mois  d'avril.  »  Deux  autres  médail- 
lons, pour  le  même  mois,  rappellent  l'enlèvement  de  Pro- 
serpine  et  le  culte  rendu  à  la  déesse  Flore. 

1.  A  voir  la  petite  miniature,  on  pourrait  penser  au  premier  abord  qu'il 
s'agit,  pour  la  procession  représentée,  de  la  Chandeleur.  Mais  la  légende 
explicative  précise  qu'il  s'agit  d'une  cérémonie  des  temps  passés,  d'une 
"  procession  générale  »  qui  se  faisait,  et  par  conséquent  qui  n'existait  plus 
à  l'époque  où  le  manuscrit  fut  exécuté,  comme  ce  serait  au  contraire  le 
cas  pour  la  Chandeleur,  léle  chrétienne  restée  toujours  en  honneur. 


200  MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    IN    LIVRK    D'HEURES 

Mai.  La  légende  dit  :  «  Comment  le  mois  de  may  fut 
nommé  d'une  des  Plyades  appelée  Maye,  mère  de  Mercure, 
pour  ce  que  le  dit  Mercure  estoit  le  dieu  de  éloquence,  et 
seigneur  et  maistre  de  Rhétorique  et  de  Marchandise.  » 
On  voit  dans  l'image  Maïa  qui  joue  de  la  harpe,  et  les  six 
autres  Pléiades  qui  dansent  en  rond,  en  tenant  toutes  un 
même  cordon  rouge. 

Juin.  Légende  d'une  des  petites  images  :  «  Comment 
Juno,  suer  et  espouse  de  Jupiter,  donna  le  nom  de  juing  ; 
laquelle  Juno  estoyt  dite  dessse  de  richesses  et  mettoit  les 
jeunes  hommes  en  esprove  de  vaillance.  »  Dans  l'image, 
une  dame,  toujours  à  la  mode  de  1425,  est  assise  près  de 
coffres  remplis  d'or  et  de  joyaux  ;  autour  de  sa  tête  on  lit, 
en  caractères  très    lins  :  je  joing  et  assamble  richesse  et 

P 

Deux  autres  images  représentent  :    l'une,  «  Hercules  » 

couvert  de  sa  peau  de  lion,  qui  tient  par  la  main  «  Ebé  »  en 
ample  robe  rouge  ;  la  seconde,  deux  rois  suivis  de  leurs 
gens  qui  portent  des  rameaux  d'olivier  et  se  serrent  les 
mains.  Légendes  :  «Comment  Hebé  fut  conjoincte  à  Her- 
cules par  mariage,  et  pour  [ce]  le  mois  fut  appelé  juing.  » 
Puis  :  «  Comment  ce  mois  fut  appelé  juing,  pour  ce  que 
Romulus  et  Tatius  en  ce  mois  furent  joins  par  accord.  » 

Le  jeu  de  mots  sur  lequel  les  légendes  insistent  à  trois 
reprises,  et  qui  consiste  à  faire  venir  le  nom  du  mois  de 
juin  [prononcé  évidemment  jouin  ou  join]  d'un  des  temps 
du  verbe  joindre,  l'indicatif  :  je  joing,  ou  le  participe 
passé  [joins,  est  assurément  fort  mauvais;  mais  il  est 
intéressant  à  noter  parce  qu'il  prouve  que  l'homme  qui  a 
imaginé  l'arrangement  de  cette  illustration  du  calendrier 
était  un  brave  Français,  familiarisé  avant  tout  avec  sa 
langue  maternelle.  En  effet,  en  latin,  le  nom  du  mois, 
junius,  ne  se  prêterait  pas  à  une  semblable  assimilation 
avec  les  temps  de  \erbejungo  etjuncti. 

Pour  juillet  et  août,  légendes  et  images  se  rapportent  à 


MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    D'HEURES  201 

l'histoire  et  à  la  mort  de  Jules  César  et  au  règne  pacifique- 
ment triomphant  de  l'empereur  Auguste. 

Septembre.  Une  reine  est  assise,  ayant  derrière  elle  une 
sorte  d'ange  tenant  un  livre  sur  lequel  on  lit  :  Je  enseigne 
les  Vil  ars.  Légende  :  «  Comment  le  mois  de  septembre 
fut  nommé  du  nombre  de  VII,  qui  est  attribué  à  Pallas, 
laquelle  signifie  sagesse.  Laquelle  Pallas  est  maistresse  des 
VII  ars  libérais.  »  —  Autre  petite  image  :  un  homme  dont 
le  corps  est  tout  couvert  de  feuilles,  debout  dans  un  verger. 
Légende  :  «  Comment  au  moys  de  septembre  Vercompnus 
[Vertumnej  rend  son  fruit.  » 

Octobre.  Auprès  d'un  petit  tableau  représentant  un  roi 
qui  rend  la  justice  :  «  Comment  octobre  est  dit  le  nombre 
de  VIII  qui  senefie  justice;  fut  appliqué  à  Saturnus,  lequel 
estoit  dit  roy  des  sercles  [siècles]  d'or,  car  en  son  temps 
chascun  vivoit  justement.  »  —  Une  dame  en  robe  bleue 
s'apprête  à  couper  ses  cheveux,  tandis  que  derrière  elle 
deux  arbres  perdent  leurs  feuilles  :  «  Comment  au  moys 
d'octobre,  Pales,  qui  signifie  la  Terre,  se  despoile  de  ses 
aornemens  et  se  délivre.  »  —  Un  vieillard  assis,  au  milieu 
de  personnages  à  genoux  ou  debout  :  «  Comment  le 
nombre  du  mois  d'octobre  fut  appliqué  à  Scipion  l'Afri- 
cain, parce  qu'il  avoit  VIII  bonnes  propriétés.   » 

Novembre.  «  Comment  novembre  est  attribué  à  neuf 
Sagesses,  car  les  Sagesses  en  ce  temps  se  reclouoient  [res- 
taient recluses]  en  leur  estude  et  vivoient  en  contempla- 
tion. »  L'image  montre,  entourant  une  fontaine,  les  neuf 
Muses  sous  l'aspect  de  neuf  jeunes  filles,  chastement  cou- 
vertes de  vêtements  de  la  tête  aux  pieds,  et  dont  chacune 
porte  une  banderole  sur  laquelle  est  écrit  son  nom.  — 
Autres  images  :  Une  princesse  s'approche  de  la  fontaine  et 
les  Muses  s'agenouillent  devant  elle  :  «  Comment  Pallas 
vient  visiter  la  fontaine  de  Sapience.  »  —  Un  guerrier 
monté  sur  Pégase  se  dirige  vers  cette  fontaine  :  «  Comment 
Perseaux  [Persée]  arriva  à  celle  fontaine  sur  son  cheval 
ailé.  » 


202  MFTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    IN    LIVRE    D 'HEURES 

Enfin,  pour  décembre,  deux  des  petites  miniatures  s'ap- 
pliquent à  ces  sujets  :  «  Gomment  décembre  fut  nommé 
del  nombre  de  X  et  fut  appliqué  aux  X  rois  principaux  sur 
lesquels  les  Romains  avoient  seigneurie  x  »,  et  «  Gomment 
Seneque  enseigne  que  ou  mois  de  décembre  l'on  doit  vivre 
soubrement.  » 

Les  souvenirs  de  la  mythologie  classique  mêlés  à  ceux 
de  l'histoire  romaine  tiennent,  on  le  voit,  une  place  pré- 
pondérante dans  l'illustration  du  calendrier  du  livre 
d'Heures  fait  pour  le  duc  de  Bedford  vers  1424  et  qui  fut 
donné  à  la  Noël  1430  au  jeune  roi  Henri  VI. 

Cette  tendance  que  l'on  peut  qualifier  de  franchement 
païenne  a-t-elle  eu  sa  répercussion  sur  l'artiste  ou  les 
artistes,  appartenant  à  l'école  parisienne,  qui  ont  été  appe- 
lés à  représenter  dans  les  petits  tableaux  disposés  sur  les 
marges  de  ce  calendrier  les  sujets  prescrits  par  les  légendes 
qui  accompagnent  ces  images  ?  Les  indications  que  j'ai  eu 
l'occasion  de  donner,  en  décrivant  sommairement  une  par- 
tie de  ces  miniatures,  peuvent  déjà  laisser  soupçonner  plutôt 
le  contraire.  En  effet,  Februa,  mère  de  Mars,  Vénus,  Maïa, 
mère  de  Mercure,  Junon,  Hébé,  Pallas,  les  Muses  nous 
apparaissent  sous  le  costume  des  Françaises  vivant  au 
premier  quart  du  xv°  siècle.  Remarque  analogue  en  ce  qui 
concerne  Mars,  Saturne,  Persée  et  les  personnages  de  l'his- 
toire romaine,  Romulus,  Tatius,  Scipion  l'Africain,  César: 
tous  sont  représentés  sous  l'apparence  de  rois  ou  de  cheva- 
liers du  moyeu  âge.  Aucun  caractère  antique  non  plus 
dans  la  procession  qui  vise  à  rappeler  les  fêtes  des  Luper- 
cales,  ni  dans  ces  images  du  mois  de  mai  qui  montrent 
l'enlèvement  de  Proserpine  et  les  honneurs  divins  rendus 
à  Flore.  Tout  au  plus  peut-on  noter  qu'Hercule,  quand  il 
épouse  Hébé,  est  enveloppé  de  la  peau  du  lion  de  Némée, 
que  Vertumne  a  le   corps  couvert  de   feuilles  et  qu'enfin, 

1.   L'imape  montre  un  monarque  debout,  près  duquel  se  lisent  ces  mots  : 
Je.  suis  monnrche  du  inonde. 


MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    d'iIËURES  203 

dans  une  des  petites  miniatures  du  mois  de  janvier,  le 
peintre  a  supprimé  tout  vêtement,  en  obéissant  d'ailleurs  à 
cet  égard  à  1  indication  de  la  légende,  pour  ces  groupes  de 
gens  qui,  au  premier  de  l'an  «  s'entrebailloient  les  mains, 
tous  nus,  les  uns  aux  autres  en  signe  d'amour  ». 

La  conclusion  à  tirer  de  ces  observations,  c'est  que  le 
mouvement  de  retour  vers  les  imaginations,  mythes  ou 
épisodes  historiques  de  l'Antiquité  classique,  si  accentué 
au  point  de  vue  de  la  conception  générale  du  programme  à 
suivre  pour  l'illustration  de  ce  livre  d'Heures,  ne  s'est 
étendu  que  d'une  manière  extrêmement  peu  sensible  à  la 
traduction  en  peintures,  sous  le  pinceau  des  miniaturistes 
de  Paris,  des  idées  exposées  dans  les  explications  données 
par  écrit. 

Le  même  fait  apparaît  non  moins  frappant  quand  on  étu- 
die les  autres  manuscrits  à  peintures  d'origine  française, 
même  ceux  dont  le  texte  touche  essentiellement,  en  tout  ou 
en  partie,  aux  mythes  et  souvenirs  antiques,  par  exemple 
les  exemplaires  des  adaptations  françaises  des  deux  traités 
de  Boccace  :  Des  cleres  et  nobles  femmes  et  Des  cas  des 
nobles  hommes. 

Dans  les  manuscrits  du  premier  de  ces  traités  qui  furent 
copiés  et  enluminés  à  Paris  au  début  du  xve  siècle,  Vénus, 
Pallas  et  les  autres  déesses  ou  héroïnes  du  paganisme  ne 
sont  pas  autrement  attifées  que  ne  l'étaient,  dans  le  milieu 
de  la  cour  de  Charles  VI,  les  contemporaines  de  Christine 
de  Pisan.  Il  n'est  pas  jusqu'à  Eve  elle-même,  placée  en 
tète  du  défilé  des  femmes  illustres,  qui  ne  soit  vêtue  d'une 
ample  robe  en  forme  de  houppelande,  en  étoffe  brochée 
garnie  de  fourrures,  hermétiquement  fermée  jusqu'au  men- 
ton et  avec  de  grandes  manches  ne  laissant  à  découvert  que 
les  mains  depuis  le  poignet 1. 

Les  nombreuses  copies  illustrées  du  traité  Des  cas  des 
nobles  hommes,  sauf  en  ce  qui  concerne  le  couple  d'Adam 

I.  Bibl.  nal.  ms.,  française  JU-i2o,  fol.  0  v,erso. 


204  MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    D'HEURES 

et  Eve  qui  y  reprend  la  nudité  traditionnelle  du  Paradis 
terrestre,  nous  maintiennent  également  en  pleine  société  du 
xve  siècle.  Le  plus  précieux  de  ces  exemplaires  est  le  Boc- 
ca.cc  de  Munich,  dont  les  miniatures  ont  été  peintes  dans 
l'atelier,  et  en  grande  partie  de  la  main  même  de  Jean 
Foucquet.  Jean  Foucquet  a  cependant  fait  effort  pour 
atteindre  une  certaine  couleur  historique.  Avant  d'être 
appelé  à  exécuter  ou  faire  exécuter  les  images  du  Bocca.ce 
destiné  a  maître  Laurens  Gyrard,  il  avait  fait  un  voyage  en 
Italie,  ayant  poussé  jusqu'à  Rome  où  il  peignit  un  portrait 
très  admiré  du  pape  Eugène  IV.  De  ce  voyage,  il  avait  rap- 
port la  vision  des  formules  de  l'architecture  romaine,  aux- 
quelles il  a  donné  désormais  une  grande  place  dans  son 
œuvre.  Il  connaissait  aussi  les  détails  de  l'armement  des 
soldats  romains,  ces  cuirasses  et  ces  casques  que  l'on  peut 
étudier  sur  les  bas-reliefs  antiques.  Mais  en  ce  qui  con- 
cerne les  acteurs  des  scènes  de  la  mythologie,  ou  de  la 
primitive  histoire  grecque,  le  côté  militaire  excepté,  tout  ce 
qu'il  a  imaginé  c'est  de  donner  aux  personnages,  au  lieu 
du  pur  costume  français,  quelques-unes  des  coupes  de  vête- 
ments et  des  formes  de  coiffures  qu'il  avait  vu  porter  au 
Sud  des  Alpes  par  les  Italiens  du  milieu  du  xve  siècle. 

D'ailleurs,  en  maintes  circonstances,  le  texte  même  des 
livres  qu'ils  avaient  à  illustrer  ne  devait  donner  aux  peintres 
miniaturistes  français  du  xve  siècle  qu'une  idée  plus  que 
vague  du  caractère  a  chercher  dans  les  représentations  des 
mythes  païens,  ou  des  faits  de  l'histoire  ancienne.  Ainsi 
l'adaptation  française  du  traité  Des  cas  des  nobles  hommes 
raconte  de  la  manière  suivante  le  meurtre  d'Agamemnon 
par  Egisthe  et  Clytemnestre. 

«  Comme  Agamemnon  se  levait  de  souper,  suivant  ce 
que  disent  certains  historiens,  ou  d'après  d'autres,  de  son 
lit,  Clytemnestra  lui  bailla  une  neuve  robe  longue  qui 
n'avait  point  d'entrée  pour  la  tète.  Tandis  donc  qu'Aga- 
memnon  cherchait  le  passage   pour  la  tête  dans  cette  robe 


MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    d'hEURES  205 

et  qu'il  était  embarrassé  par  le  reste  du  vêtement  au  point 
qu'il  n'y  voyait  goutte,  Glitemnestra  livra  son  mari  aux 
mains  de  son  ribaud  Egistus  ;  et  celui-ci,  par  l'exhorte- 
ment  de  Clitemnestra, frappa  d'une  épéele  roi  Agamemnon, 
si  durement  qu'il  l'abattit  mort.  » 

Foucquet,  dans  le  Boccace  de  Munich,  s'est  docilement 
conformé  à  ce  récit.  Il  a  peint  Ag-amemnon  se  débattant 
dans  une  sorte  de  grande  robe  de  chambre  dont  il  cherche 
vainement  à  faire  émerger  sa  tête  *.  Avec  ce  roi  des  rois, 
ainsi  grotesquement  empêtré  dans  un  vêtement  qui,  pour 
tout  dire,  ressemble  à  une  de  nos  modernes  chemises  de 
nuit,  nous  sommes  fort  loin,  je  ne  dis  pas  seulement  de 
l'art  antique,  mais  même  du  tableau  du  baron  Guérin  que 
l'on  me  donnait  à  admirer  dans  mon  enfance  au  Musée  du 
Louvre  comme  un  des  chefs-d'œuvre  de  l'école  française  : 
Clytemnestre,  poussée  par  Egisthe,  se  préparant  au  meurtre 
d' Agamemnon. 

Il  n'est  pourtant  pas  sans  exemple  que  les  miniaturistes 
français  du  xve  siècle,  comme  déjà  ceux  des  deux  ou  trois 
siècles  antérieurs,  n'aient,  en  certains  cas,  donné  à  des 
figures  se  rattachant  au  domaine  des  fables  païennes  une 
apparence  moins  éloignée  des  formules  plastiques  des 
Anciens.  J'ai  mentionné  précédemment  des  manuscrits  du 
xive  siècle  qui  contiennent  une  adaptation  française  des 
Métamorphoses  d'Ovide.  Un  d'entre  eux  (Bibl.  nat.,  ms. 
français  871)  est  illustré  de  charmants  dessins  légèrement 
rehaussés  de  touches  de  couleurs,  et  l'on  peut  y  contem- 
pler les  neuf  Muses  au  bain,  dans  un  état  de  nudité  com- 
plète, nudité  fort  naïvement  rendue  et  aussi  accentuée  que 
chez  l'admirable,  mais  audacieuse  Diane  de  Houdon,  en 
marbre,  qui  est  au  Musée  de  l'Ermitage.  Il  est  vrai  qu'à 
côté  de  ces  Muses  dévêtues,  s'avance  une  Pallas  dont  l'ha- 
billement de  reine  française  du  moyen  âge  eût  fait  excellente 

1.  Miniature    reproduite    dans    ma    publication,    déjà   mentionnée    plus 
haut,  du  Iluccace  de  Munich,  planche  V,  en  bas,  à  gauche. 


20G  MYTHOLOGtE   ANTIQUE    DANS    UN    LtVRE   D  HEURES 

figure  dans  les  salles  de  l'hôtel  Saint-Paul,  aux  réceptions 
de  la  cour  du  roi  Charles  V. 

Pour  le  xvc  siècle,  je  pourrais  indiquer  quelques  somp- 
tueux manuscrits  d'origine  française  où  les  dieux  et  les 
déesses  de  l'Olympe,  par  exemple  Vénus  et  les  trois  Grâces, 
sont  caractérisées  par  un  costume,  ou  plus  exactement  par 
une  absence  complète  de  costume,  rappelant  les  données 
de  Part  gréco-romain. 

Les  cas  se  multiplieraient  si  je  remontais  jusqu'à  de  plus 
hautes  époques  et  à  la  période  carolingienne.  Au  ix°  siècle, 
en  effet,  on  fit,  pour  certaines  peintures  de  manuscrits,  des 
copies  si  fidèles  de  modèles  antiques  que  la  critique  a  pu 
hésiter  sur  l'âge  vrai  de  ces  miniatures  et  se  demander  si 
réellement  elles  ne  dataient  pas  de  la  fin  de  l'empire 
romain.  Le  fait  se  produit  notamment  pour  un  des  Virgiles 
du  Vatican,  le  Bomanus,  et  pour  un  Aratus  conservé  à  la 
Bibliothèque  universitaire  de  Leyde.  Mais,  pour  la  période 
qui  s'est  déroulée  en  France  à  partir  du  xmc  siècle,  le 
retour  aux  traditions  de  Part  classique,  dans  des  illustra- 
tions de  livres,  n'a  jamais  été,  en  proportion  du  nombre 
total  si  élevé  des  manuscrits  enluminés  parvenus  jusqu'à 
nous,  qu'une  exception  relativement  très  rare. 

Dans  le  premier  tiers  du  xvie  siècle,  où  cependant  l'An- 
tiquité était  redevenue  tout  à  fait  à  la  mode  en  France, 
sous  l'influence  de  ce  mouvement  général  des  idées  que 
l'on  est  convenu  d'appeler  la  Renaissance,  on  voit  encore 
les  miniaturistes  français  demeurer,  en  général,  attachés 
aux  vieux  errements  de  leurs  devanciers. 

Sous  les  règnes  de  Louis  XII  et  de  François  Ier,  un  livre, 
depuis  peu  mis  en  circulation,  eut  un  vif  succès.  Ce  fut  la  tra- 
duction en  vers  français,  exécutée  du  temps  de  Charles  VIII, 
d'après  l'original  latin,  par  Octavien  de  Saint-Gelais,  des 
Héroïdcs  d'Ovide.  De  cette  traduction,  quoique  l'imprimerie 
fût  alors  en  plein  fonctionnement,  on  fit  d'assez  nombreuses 
copies  manuscrites  ornées  de  miniatures,  copies   à  l'étude 


MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    IN    LIVRE    d'iIEURES  l2()7 

critique  desquelles,  en  collaboration  avec  mon  collègue  du 
Musée  du  Louvre,  M.  Jean-J.  Marquet  de  Vasselot,  j'ai 
consacré  un  travail  d'ensemble  qui  a  été  publié  en  1 894  '. 

On  sait  que  les  Hcroïdes  d'Ovide  sont  une  série  de  lettres 
d'amour  supposées.  Les  personnages  que  le  poète  latin  fait 
écrire  appartiennent  généralement  aux  légendes  ou  aux 
histoires  de  l'antique  Grèce  :  Pénélope,  Briséis,  Phèdre, 
Didon,  Hermione,  Déjanire,  Ariane,  Héro  et  Léandre, 
Paris  et  Hélène,  etc.  Ce  sont  ces  individualités  dont  les 
miniatures  des  manuscrits,  contenant  la  traduction  française 
d'Octavien  de  Saint-Gelais,  prétendent  nous  donner  les 
effigies.  Dans  quelques-unes  de  ces  effigies,  on  peut  relever 
une  certaine  tendance  à  Limita tion  d'oeuvres  de  l'art  italien, 
tels  que  des  arrangements  de  coiffures  à  la  manière  de 
Botticelli.  Parfois  on  y  sent  une  vague  recherche  d'orien- 
talisme. Mais,  dans  l'ensemble  et  en  principe,  les  figures, 
par  exemple  celles  d'un  ravissant  manuscrit  de  l'ouvrage 
dont  j'ai  eu  la  bonne  fortune  d'être  le  premier  à  signaler 
aux  connaisseurs  français  la  présence  à  la  Bibliothèque 
royale  de  Dresde,  sont  totalement  dénuées  de  tout  carac- 
tère venant  évoquer  le  sentiment  de  l'Antiquité  '-'.  L'appa- 
rence de  ces  effigies  est  par  rapport,  à  l'époque  où  elles  ont 
été  peintes,  tellement  «  modernes  »,  que  l'un  de  nos 
anciens  confrères,  Paulin  Paris,  voulait  y  voir  une  galerie 
de  portraits  des  grandes  dames  françaises  du  temps. 

Ici  encore,  pour  cette  adaptation  française  de  l'œuvre 
d'Ovide,  le  texte  même  transcrit  dans  les  volumes  a  pu 
contribuer  à  ne  pas  pousser  du  tout  les  artistes  vers  une 
recherche  quelconque  de  la  couleur  antique.  Quand  je  pré- 
parais avec  M.  Jean-J.  Marquet  de  Vasselot  le  travail  d'en- 

1.  Paul  Durrieu  et  Jean-J.  Marquet,  de  Vasselot,  Les  manuscrits  à  minia- 
tures des  Héroïdes  d'Ovide  traduites  par  Saint-Gelais,  Paris,  1894,  gr.  in-8* 
(extrait  de  L'Artiste,  mai  et  juin  1894). 

2.  Voiries  quatre  reproductions  cPsprès  le  manuscrit  des  Héroïdes  de 
Dresde  qui  sont  données  dans  la  publication  mentionnée  à  la  note  précé 
dente. 


208  MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    (  \    LIVRE    d'hEURES 

semble,  dont  j'ai  parlé,  sur  les  manuscrits  à  miniatures  des 
Héroïdes  d'Ovide  traduites  par  Saint-Gclais,  mon  jeune 
et  savant  collaborateur  me  fit  remarquer  que,  dans  un  des 
exemplaires  dont  nous  avions  à  nous  occuper  et  qui  offre 
cette  particularité  d'avoir  été  exécuté,  pour  ses  peintures, 
par  les  maîtres  d'un  atelier  avant  travaillé  à  Rouen,  on 
avait  ajouté,  en  tète  de  la  correspondance  qu'Ovide  ima- 
gine avoir  été  échangée  entre  Héro  et  Léandre,  un  récit  '  où 
le  début  de  l'aventure  des  deux  illustres  amants  de  la 
légende  grecque  est  présenté  sous  un  aspect  qui  diffère 
évidemment  beaucoup  de  ce  que  raconte  le  poème  grec 
attribué  à  Musée. 

«  Leander,  dit  en  substance  cette  addition  aux  Héroïdes 
d'Ovide,  fut  fils  du  duc  de  Caux  et  se  tenait  comme  son 
père  dans  une  cité  nommé  Fécamp.  Vis-à-vis  de  Fécamp, 
il  y  avait  une  ville  nommée  Honfleur  2,  laquelle  était  au 
duc  de  Normandie.  Et  il  y  avait  entre  les  deux  cités  un 
bras  de  mer  qui  avait  environ  une  lieue  de  large  ;  mais, 
pour  qui  y  voulut  aller  par  terre,  il  y  avait  plus  de  deux 
cents  lieues.  Et  se  tenait  en  ladite  ville  d'Honfleur  la  fille 
au  duc  de  Normandie...  En  cette  même  cité  d'Honfleur, 
il  y  avait  un  palais  où  était  adorée  la  déesse  Minerve, 
laquelle  faisait  tant  de  miracles  que  la  renommée  en  allait 
partout.  Et,  pour  ce  que  le  dit  Leander  eut  un  jour  quelque 
maladie  de  péril  de  mort,  il  alla  à  Honfleur  au  dit  temple 
de  Minerve,  en  y  arrivant  par  terre.  Advint,  quand  Lean- 
der se  fut  trouvé  au  temple  pour  accomplir  son  pèlerinage, 
qu'il  vit  Héro;  et  Héro  lui.  Et,  pour  ce  qu'elle  était  dame 
de  la  cité,  fit  prier  au  dit  Leander  d'aller  dîner  avec  elle 
en  son   château  ;  et  en    dînant  se  regardèrent    moult    l'un 

1.  Bibl.  nat.,  ms.  français  874,  folio  118. —  Cf.,  pour  le  texte  littéral  corn 
plet  de  ce  récit,  notre  publication,  citée  ei-dessus,  p.  t.'5-lo  du  tirage  à  part. 

2.  Cette  indication  topographique  est  évidemment  très  fausse.  En  écri- 
vant :  Fécamp,  le  rédacteur  de  cette  interpolation  pensait  sans  doute  plu- 
tôt à  Harfle-ur  où  à  quelque  localité  de  la  même  région  en  face  d'Honfleur, 
de  l'autre  côté  de  la  Seine. 


MYTHOLOGIE    ANTIQUE    DANS    UN    LIVRE    D  HEURES  209 

l'autre...  Et,  après  dîner,  entrèrent  en  propos,  si  que  à  la 
fin  furent  amoureux  l'un  de  l'autre...  Or  est  ainsi  que  le 
dit  Leander  s'en  retourna  à  son  pays,  duquel  il  pouvait 
voir  le  château  de  la  dite  Héro.  Et  elle  aussi  voyait  le  châ- 
teau dudit  Leander,  car,  comme  dessus  est  dit,  il  n'y  avait 
qu'une  petite  lieue  d'eau  entre  les  deux  châteaux.  Leander 
fut  si  amoureux  que,  un  soir,  il  se  mit  en  l'eau  et  la  passa 
à  la  nage  tant  qu'il  arriva  au  château  d'Hero  ;  dont  elle 
fut  joyeuse  merveilleusement  et  ébahie.  » 

Héro  habitant  Honfleur  et  lille  du  duc  de  Normandie, 
Léandre  résidant  à  Fécamp,  l'estuaire  de  la  Seine  substitué 
au  Bosphore  !  Des  transformations  de  ce  genre  n'étaient- 
elles  pas  faites  pour  maintenir  chez  les  artistes  français 
l'habitude  de  se  borner,  dans  leurs  images,  à  reproduire, 
sans  chercher  plus  loin,  ce  que  la  vie  courante  mettait  ordi- 
nairement sous  leurs  yeux  ? 

En  résumé,  les  observations  auxquelles  m'a  conduit  l'en- 
semble iconographique  si  curieux  des  petites  miniatures 
peintes  dans  le  calendrier  du  livre  d'Heures  de  Jean  de 
Lancastre,  duc  de  Bedford,  conservé  au  Musée  britannique, 
pourraient  se  répéter,  sauf  quelques  rares  exceptions,  pour 
l'immense  majorité  des  manuscrits  enluminés  en  France 
du  xme  siècle  au  début  du  xvie.  Les  personnages  mytholo- 
giques qui  sont  appelés  à  y  jouer  un  rôle,  en  certaines 
occasions,  n'y  apparaissent  guère  que  comme  un  simple 
écho  de  noms  sonores.  Quand  il  s'agissait  de  représenter 
les  entités  correspondant  à  ces  noms  classiques,  les  peintres 
miniaturistes  de  France  ne  s'imaginaient  pas,  en  thèse 
générale,  que  ces  dieux  et  déesses  de  l'Olympe,  ces  héros 
de  l'épopée  homérique  et  des  mythes  grecs  aient  pu,  poul- 
ies costumes,  les  manières  d'être,  les  habitudes  d'existence, 
différer  des  Français  et  des  Françaises  de  leur  propre 
temps. 


1916  14 


210 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  : 

1°  Le  fascicule  du  mois  de  novembre  1915  des  Comptes  rendus  des 
séances  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  (Paris,  1915, 
in-8°). 

2°  Prolégomènes  à  l'élude  de  la  religion  égyptienne,  par  E.  Améli- 
neau,  directeur  d'études  à  l'Ecole  pratique  des  Hautes  Etudes 
(Paris,  1916,  in-8°). 

M.  G.  Sciilumberger  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

<(  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  Louis  Bré- 
hier,  professeur  à  la  Faculté  des  Lettres  de  Clermont,  un  exemplaire 
du  volume  qu'il  vient  de  faire  paraître  intitulé  :  La  cathédrale  de 
Reims;  une  œuvre  française.  M.  Bréhier,  dès  longtemps,  s'est  voué  à 
l'étude  de  nos  monuments  religieux  du  moyen  âge.  Pénétré  d'horreur 
et  de  douleur  comme  tous  les  Français  par  l'attentat  commis  contre 
la  cathédrale  de  Beims  par  les  barbares  de  1914  et  de  1915,  il  lui  a 
semblé,  dit- il,  que  la  meilleure  manière  de  faire  ressortir  la  grandeur 
du  crime  était  de  dresser  un  tableau  aussi  fidèle  que  possible  des 
trésors  d'art  incomparables  que  renfermait  le  plus  bel  édifice  reli- 
gieux français. 

«  Ceci  n'est  point  une  étude  complète  de  la  cathédrale  de  Beims. 
M.  Bréhier,  qui  avait  autrefois  pu  étudier  celle-ci  au  temps  de  sa 
splendeur,  a  voulu  seulement  rassembler  ses  impressions  et  mon- 
trer tout  ce  qu'elle  représentait  encore  dans  notre  France  du 
xxe  siècle.  Sans  viser,  à  une  description  minutieuse  qui  a  été  donnée 
déjà  dans  d'autres  excellentes  monographies,  il  a  cherché  plutôt,  dit- 
il  encore,  à  reconstituer  le  milieu  intellectuel,  religieux,  artistique, 
social,  dont  la  cathédrale  de  Beims  fut  l'expression  la  plus  haute,  et, 
en  montrant  la  place  si  grande  qu'elle  tient  dans  l'histoire  de  notre 
art  national,  à  découvrir  les  rapports  intimes  qui  l'unissaient  aux 
aspirations  les  plus  profondes,  aux  qualités  fondamentales  de  notre 
race. 

«  On  lira  ce  volume  écrit  d'un  style  si  ému  et  si  lucide  avec  un 
intérêt  passionné.  C'est  toute  la  glorieuse  histoire  de  notre  patrie  et 
de  nos  rois  qui  se  déroule  conjointement  à  celle  du  noble  édifice. 
Pour  mieux  faire  comprendre  toute  la  beauté  de  la  cathédrale  de 
Beims,  il  ne  suffisait  pas  de  l'étudier  en   elle-même.  Il  fallait   faire 


SÉANCE    DU    14    AVRIL    1916  211 

connaître  même  le  terroir  dont  elle  est  comme  la  floraison  sublime 
et  dont  elle  résume  toutes  les  qualités.  C'est  ce  qu'a  fait  M.  Bréhier 
dans  un  premier  chapitre  traitant  du  pays  rémois  et  de  la  ville  de 
Reims  au  moyen  âge.  Les  chapitres  suivants  sont  consacrés  à  l'his- 
toire même  de  la  construction  de  l'église,  à  son  architecture,  c'est-à- 
dire  au  cadre,  au  plan,  à  l'ordonnance  intérieure,  à  l'ordonnance 
extérieure  et  aux  façades.  Le  chapitre  IV  développe  cette  idée  que 
la  cathédrale  de  Reims  est  l'image  même  de  la  civilisation  française 
au  xmc  siècle.  C'est  d'elle  que  rayonne  l'influence  française  en 
Europe  à  cette  époque.  Puis  viennent  les  chapitres  plus  particuliè- 
ment  consacrés  à  la  décoration  iconographique  en  rapport  avec  le 
sacre  même  des  rois,  à  la  sculpture  monumentale  dont  celle  de 
l'église  de  Reims  est  l'apogée,  aux  maîtres  admirables  des  statues  de 
la  grande  façade,  à  l'inspiration  antique  qui  se  révèle  dans  ces 
œuvres.  Je  dois  me  borner  ici.  Les  derniers  chapitres  traitent 
encore  de  diverses  autres  questions  de  l'école  de  sculpture  de  Reims, 
de  celle  aussi  de  la  polychromie  dans  la  statuaire,  des  vitraux,  etc. 
Ces  descriptions  de  tant  de  merveilleuses  statues,  de  tant  d'admi- 
rables motifs  de  sculpture  et  d'architecture  sont  écrites  d'un  style 
si  vivant,  si  passionnément  français,  que  la  lecture  en  est  pleine  d'un 
charme  douloureux.  C'est  un  magnifique  monument  que  M.  Bréhier 
a  élevé  à  la  gloire  du  plus  illustre  de  nos  édifices  nationaux  si  cruel- 
lement, si  indignement  mutilé  par  le  plus  lâche,  le  plus  inexcusable 
des  attentats.  Une  soixantaine  de  planches  excellentes  et  de  plans 
complètent  à  merveille  ce  beau  et  poignant  volume.  >; 


SÉANCE    DU    14   AVRIL 


PRESIDENCB    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

Le  Secrétaire  perpétuel  lit  la  correspondance  qui  comprend  : 
1°  Des  lettres  par  lesquelles  MM.  Gautier  et  Protat  remer- 
cient l'Académie  du  prix  et  de  la  mention  qu'elle  leur  a  décernés  ; 
2°  Une  note  annonçant  la  formation  du  «  Comité  du  Livre  » 
destiné  à  combattre  l'influence  allemande  dans  la  litérature, 
la  science,  les  arts,  l'enseignement,  etc.,  en  France  comme  à 
l'étranger,  et  à  lui  substituer  l'inlluence  française.  Des  comités 


212  LIVRKS     OFFERTS 

en  rapport  avec  le  nôtre  s'organisent  en  Italie,  clans  L'Amérique 
du  Sud,  dans  les  pays  de  langue  espagnole,  et  le  français  sera 
constitué  légalement  dans  quelques  jours  ;  âpres  quoi,  il  répar- 
tira le  travail  entre  un  certain  nombre  de  sous-comités.  Il 
nous  demande  des  adhésions  individuelles,  et  il  serait  heureux 
d'avoir  le  patronage  de  notre  Académie  comme  celui  des  autres 
classes  de  l'Institut. 

M.  Alfred  Croiset  appuie  très  chaudement  cette  proposition 
et,  le  Président  l'ayant  mise  au  vote,  l'Académie  décide  que  la 
séance  de  vendredi  prochain,  Vendredi  saint,  étant  avancée  au 
mercredi  immédiatement  précédent,  la  Commission  des  travaux 
littéraires  se  réunira  ce  même  jour  pour  examiner  la  question, 
puis  faire  son  rapport  à  l'Académie. 

M.  Maurice  Croiset,  cédant  momentanément  la  présidence  à 
M;  Thomas,  lit  une  courte  étude  sur  le  rôle  d'Apollon  dans  les 
Euménides  d'Eschyle  et  principalement  dans  la  scène  du  juge- 
ment. C'est  à  tort  que  l'on  considère  généralement  tout  ce  qui  est 
dit  par  le  dieu  comme  un  plaidoyer  en  faveur  d'Oreste.  En  réa- 
lité, Apollon  se  contente  de  déclarer,  dès  le  début,  qu'Oreste  est 
justifié  par  le  seul  fait  qu'il  a  agi  selon  l'ordre  de  Zeus.  Les 
paroles  que  le  poète  lui  prête  ensuite  ne  sont  pas,  comme  on  le 
dit  souvent,  des  arguments  en  faveur  de  l'accusé,  mais  des 
ripostes  passionnées  du  dieu  aux  insinuations  malveillantes  que 
les  Érinyes  dirigent  contre  lui-même.  Apollon  exige  l'acquitte- 
ment. Il  ne  se  croit  pas  obligé  d'en  donner  d'autre  raison  que  la 
volonté  de  son  père,  dont  il  a  été  l'interprète. 

M.  Théodore  Reinach  présente  quelques  observations. 

M.  Salomon  Reinach  lit  la  première  partie  d'un  mémoire  sur 
une  particularité  des  mystères  d'Eleusis. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Héron  dk  Yillefosse  offre  à  l'Académie,  au  nom  deM.  A.  Merlin, 
correspondant  à  Tunis,  directeur   du   Service   des   antiquités  et  des 


arts  de  la  Régence  : 


LIVRES    OFFERTS  213 

1°  Note  sur  un  plat  à  sujet  figuré  trouvé  en  Tunisie  (extr.  du  Bul- 
letin archéologique,  1913,  p.  325,  pi.  XXVIII)  : 

«  Ce  plat,  en  terre  rouge  et  de  forme  rectangulaire,  a  été  récem- 
ment découvert  dans  les  souterrains  qui  s'étendent  sous  l'arène  de 
ramphithéàtred'El-Djem.  La  partie  centrale  est  ornée  d'une  scène  en 
relief  qui  représente  Priam  venant  demander  à  Achille  de  lui  rendre 
le  cadavre  d'Hector;  les  bords  étaient  décorés  de  poursuites  d'ani- 
maux. La  disposition  du  décor  rappelle  celle  des  plats  d'argent  de 
la  même  forme,  comme  le  célèbre  plat  d'argent  découvert  dans  la 
Tyne  près  du  mur  d'Hadrien,  comme  celui  qu'Exupère,  évêque  de 
Bayeux,  donna  au  ve  siècle  à  son  église.  La  scène  s'ajoute  aux  sou- 
venirs homériques  si  fréquemment  retracés  sur  les  monuments  afri- 
cains, même  sur  les  plus  modestes  comme  les  lampes  d'argile.  On 
est  ainsi  autorisé  à  penser  que  les  récits  d'Homère  jouissaient  d'une 
grande  faveur  auprès  du  public  africain.  » 

2°  Les  statues  du  Capitole  de  Thuburbo-Majus,  avec  2  planches 
(extr.de  La  Revue  Tunisienne^  1915)  : 

«  Des  fouilles  poursuivies  à  Henchir-Kasbat,  prèsdu  Pont-du-Fahs, 
sur  l'emplacement  de  Thuburbo-Majus,  ont  fait  découvrir  un  impo- 
sant édifice,  dédié  en  l'année  168  aux  divinités  capitolines.  Le  somp- 
tueux monument  devait  naturellement  renfermer  les  statues  des  trois 
divinités  qu'on  y  honorait,  Jupiter,  Junon  et  Minerve.  Le  Service  des 
antiquités  a  eu  la  chance  de  retrouver  la  tête  de  la  statue  de  Jupiter 
dans  un  état  de  conservation  qui  permet  encore  d'en  apprécier  la 
valeur  et  l'importance.  Le  maître  des  dieux  était  figuré  assis;  son 
image  devait  atteindre  près  de  7  mètres  de  haut.  La  tête,  en  marbre 
blanc,  mesure  à  elle  seule  1  m  35  et  pèse  environ  1300  kilogs.  Le  nez 
s'est  écrasé  dans  la  chute.  Les  détails  de  cette  œuvre  colossale  sont 
traités  avec  une  belle  vigueur  ;  il  s'en  dégage  une  impression  de 
puissance  d'un  grand  effet.  Les  pieds  du  dieu  ont  été  également 
retrouvés.  » 

3°  Supplément  au  Catalogue  des  lampes  du  Musée  Alaoui  ;  deuxième 
série  (extr.  de  La  Revue  Tunisienne,  1915)  : 

«  Ce  Catalogue  contient  l'inventaire  et  la  description  des  lampes 
antiques  entrées  au  Musée  Alaoui  pendant  les  années  1911,  1912  et 
1913.  La  plupart  sont  des  lampes  romaines  provenant  de  différentes 
localités  de  la  Tunisie,  en  particulier  de  Cartbage,  El-Djem,  Lemta, 
Souk-el-Abiod,  El-Aouja  et  Beni-Guédal.  Plusieurs  portent  des 
marques  intéressantes  de  fabricants  et  sont  ornés  de  sujets  mytho- 
logiques. L'une  d'elles  fn°  I34j  présente  une  scène  du  «jeu  du  tau- 
reau ii  :  un  homme  armé  d'une  longue  perche  s'en  sert  comme  point 
d'appui,  pour  exécuter  un  saut  par-dessus  un  taureau  lancé  à  fond  de 


214  SÉANCE    DU    19    AVRIL     1916 

train.  Ce  périlleux  exercice  est  encore  pratiqué  dans  les  courses  de 
taureaux  du  midi  de  la  France. 

«  On  voit  que,  sous  l'énergique  impulsion  de  notre  correspondant 
M.  Merlin,  les  fouilles  de  Tunisie  apportent  sans  cesse  de  nouveaux 
documents  à  nos  travaux  et  que  l'activité  du  Service  des  antiquités 
et  des  arts  de  la  Régence  ne  se  ralentit  pas.  » 

M.  Héuon  de  Villefosse  offre  ensuite,  au  nom  du  R.  P.  Delattre, 
correspondant  à  Carthage,  conservateur  du  Musée  Lavigerie,  une  bro- 
chure intitulée':  Quelques  bulles  de  plomb  trouvées  à  Carthage,  1914- 
1915  (extr.  de  la  Revue  Tunisienne,  1916;  : 

«  Parmi  les  dernières  bulles  de  plomb  qu'il  a  recueillies  à  Car- 
thage, au  cours  des  deux  dernières  années,  le  P.  Delattre  en  signale 
quelques-unes  portant  les  noms  de  personnages  importants.  Sur 
une  de  ces  bulles  on  lit  le  nom  du  patrice  Thomas  que  le  P.  Delattre 
assimile  avec  le  préfet  d'Afrique  en  fonctions  sous  Justin  II  et  Tibère 
Constantin,  ainsi  que  le  montrent  plusieurs  textes  africains.  » 

M.  Babelon  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie,  de  la  part  de 
l'auteur,  M.  Emile  Eude,  une  étude  intitulée  :  L'itinémire  parisien 
de  Jeanne  d'Arc  et  la  journée  du  S  septembre  1 429. 

«  Ce  mémoire,  extrait  de  la  Revue  des,  Etudes  historiques  janvier- 
mars  1916),  est  le  développement  de  la  communication  si  justement 
appréciée  que  M.  Eude  a  faite  à  l'Académie,  il  y  a  deux  mois.  Il  est 
suivi  de  quelques  éclaircissements  relatifs  à  des  points  spéciaux.  Je 
n'ai  pas  à  revenir  sur  l'épisode  de  l'histoire  de  Jeanne  d'Arc  dont 
M.  Eude  s'est  attaché  à  préciser  et  à  éclaircir  les  détails  ;  je  me  con- 
tente de  signaler  son  intéressante  publication.  » 


SÉANCE  DU  19  AVRIL 

(Séance  avancée  au  mercredi  à  cause  du  vendredi  saint. 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

Au  milieu  du  silence  ému  de  l'assistance,  le  Président  pro- 
nonce, à  l'occasion  de  la  mort  de  notre  confrère  M.  Barth,  les 
paroles  suivantes  : 


SÉANCE    DU    19    AVRIL    1916  215 

«  Mes  chers  confrères, 

«  Un  nouveau  deuil  vient  d'affliger  notre  Académie.  Samedi 
dernier,  15  avril,  Auguste  Barth,  dont  nous  regrettions  l'absence 
depuis  longtemps,  est  décédé  dans  la  maison  de  santé  des  frères 
de  Saint-Jean-de-Dieu,  à  la  suite  d'une  douloureuse  maladie. 

«  Il  venait  d'entrer  dans  sa  quatre-vingt-troisième  année. 
Longue  et  fructueuse  existence,  honorée  par  un  travail  assidu, 
ornée  par  d'éminentes  qualités  d'esprit  et  de  cœur.  Nous  regret- 
tons en  lui  un  des  maîtres  de  l'Indianisme,  un  savant  d'une 
autorité  reconnue,  un  homme  excellent  que  nous  entourions 
d'une  affectueuse  vénération. 

«  Il  était  né  à  Schiltigheim,  près  de  Strasbourg,  le  22  mars 
1834.  Alsacien  de  famille,  il  a  manifesté  dans  toute  sa  carrière 
les  belles  et  fortes  qualités  de  cette  race,  qui  a  été  et  qui  va 
redevenir  un  des  meilleurs  éléments  de  notre  nationalité.  Après 
avoir  fait  de  brillantes  études  au  lycée  de  Strasbourg,  il  conquit 
à  la  Faculté  des  Lettres  de  cette  ville  le  grade  de  licencié  et  fut 
nommé,  en  1859,  professeur  de  rhétorique  et  philosophie  au 
collège  communal  de  Bouxwiller.  Il  y  resta  cinq  ans.  Et,  sans 
doute,  ce  fut  alors  qu'il  commença  de  s'adonner  aux  études  spé- 
ciales par  lesquelles  il  devait  se  faire  plus  tard  une  grande  et 
légitime  réputation. 

«  En  1864,  il  donnait  sa  démission  et  revenait  se  fixer  à 
Strasbourg,  avec  l'intention  d'y  vivre  désormais  dans  l'indépen- 
dance, qu'une  modeste  fortune  lui  assurait,  et  d'utiliser  pour 
ses  travaux  les  ressources  de  la  riche  Bibliothèque  municipale. 
La  guerre  de  1870  bouleversa  ses  projets.  Auguste  Barth,  qui 
avait  combattu  comme  franc-tireur  pendant  le  siège  de  la  ville, 
ne  se  résigna  pas  à  subir  la  domination  odieuse  du  vainqueur.  Il 
s'établit  d'abord  en  Suisse,  à  Genève;  puis,  à  partir  de  1874,  à 
Paris,  où  devait  s'écouler  la  seconde  partie  de  sa  belle  exis- 
tence. 

«  C'est  de  cette  période  que  datent  ses  premiers  travaux.  Des 

mémoires  remarqués  par  les  meilleurs  juges,  des  comptes  rendus 

nsérés  dans  la  Revue  criii(jue  mirent  rapidement  en  lumière  ses 

connaissances,  la  finesse  et  l'originalité  de  son  esprit,  la  fermeté 

de  son  jugement,   la  sûreté  de   sa    méthode.   Quelques  années 


216  SÉANCE    DU    19    AVRIL    1916 

suffirent  pour  qu'il  acquît,   malgré   sa   modestie  naturelle,    une 
autorité  incontestée  dans  le  domaine  de  l'Indianisme. 

«  Il  était  donc  naturel  que  le  directeur  de  V Encyclopédie  des 
Sciences  religieuses,  Lichtenberger,  s'adressât  à  lui  pour  l'article 
relatif  aux  Religions  de  ï Inde.  Cet  article  devait  avoir  une  cin- 
quantaine de  pages.  Mais  l'auteur  s'aperçut  vite  que,  réduit  à 
ces  dimensions,  ce  ne  serait  qu'un  aperçu  superficiel  et  banal. 
Il  obtint  de  l'éditeur  de  le  développer  librement.  Ainsi  fut  com- 
posé l'ouvrage  justement  renommé  auquel  son  nom  demeurera 
attaché,  h" Histoire  des  religions  de  l'Inde,  donnée  d'abord  sans 
bibliographie  dans  l'Encyclopédie  de  Lichtenberger  en  1879,  fut 
ensuite  publiée  séparément  avec  des  notes  et  de  précieuses  indi- 
cations bibliographiques.  Quelques  années  plus  tard,  en  1882, 
elle  reparaissait  en  anglais  dans  VOriental  séries  de  Trùbner, 
avec  des  corrections  et  des  additions.  Elle  figurera  enfin,  sous 
son  aspect  définitif,  dans  l'édition  des  œuvres  complètes  de  Barth, 
qui  est  en  préparation. 

«  Il  appartiendra  à  des  juges  plus  compétents  de  louer  cette 
œuvre  comme  elle  le  mérite.  Mais  l'unanimité  des  suffrages 
qu'elle  a  recueillis  m'autorise  à  en  rappeler  les  plus  frappantes 
qualités.  Possédant  pleinement  toutes  les  parties  d'un  sujet 
immense  et  singulièrement  complexe,  dont  personne  encore 
n'avait  réussi  à  embrasser  l'ensemble  d'un  seul  coupd'œil,  Barth 
a  su  mettre  sous  les  yeux  de  ses  lecteurs,  dans  une  synthèse 
admirablement  claire,  toute  l'évolution  religieuse  de  l'Inde, 
caractérisant  avec  une  précision  judicieuse  chacune  des  périodes 
qu'il  y  distinguait  et  saisissant,  par  des  aperçus  pleins  de  finesse, 
les  relations  plus  ou  moins  cachées  qui  unissaient  ces  périodes 
entre  elles.  Il  y  passe  en  revue,  tour  à  tour,  le  védisme,  le 
brahmanisme,  le  bouddhisme,  le  jaïnisme,  l'hindouisme,  et  il 
réussit  à  donner,  de  chacune  de  ces  formes  de  la  pensée  hindoue, 
une  idée  juste  et  concrète.  Il  déclarait  modestement,  dans  sa 
préface,  qu'il  ne  prétendait  rien  apprendre  de  nouveau  aux 
Indianistes.  Je  ne  crois  pas  qu'aucun  savant  ait  ratifié  cette 
déclaration.  On  sent  que  tout,  dans  ce  livre,  a  été  étudié  direc- 
tement, soumis  à  une  critique  perspicace.  Tout  y  porte  la  marque 
d'un  jugement  indépendant,  et  partout  y  abondent  les  vues  per- 
sonnelles. 


SÉANCE  DU  19  AVRIL  1916  217 

«  Peu  après,  Barth  donnait  la  preuve  de  ses  connaissances 
épigraphiques  en  collaborant  avec  Bergaigne  et  avec  notre  émi- 
nent  confrère,  M.  Senart,  à  la  publication  des  Inscriptions 
recueillies  au  Cambodge  par  M.  Aymonier. 

«  L'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  qui  l'avait 
agréé  pour  cette  collaboration,  fut  heureuse  de  l'élire  en  1893, 
pour  occuper  le  fauteuil  laissé  vacant  par  le  décès  du  marquis 
d'Hervey  de  Saint-Denis.  Barth  a  donc  appartenu  à  notre  Com- 
pagnie pendant  vingt-deux  ans.  Cette  dernière  période  de  sa  vie 
n'a  pas  été  moins  active  ni  moins  féconde  que  la  précédente.  On 
appréciera  mieux  les  services  qu'il  a  rendus  à  la  science,  lors- 
qu'on pourra  relire,  réunis  en  volume,  les  articles  qu'il  a  donnés 
au  Journal  des  Savants,  et  surtout  ce  remarquable  Bulletin  des 
religions  de  V Inde,  qu'il  publiait,  à  des  intervalles  irréguliers, 
dans  la  Revue  de  Vhistoire  des  religions.  Les  analyses  qu'il  y 
donnait  des  ouvrages  récemment  parus  montraient  combien  il 
se  tenait  au  courant  de  tout  ce  qui  se  faisait  d'utile  dans  le 
domaine  de  l'Indianisme  et  avec  quelle  clairvoyance  il  savait 
exercer  son  influence  dans  les  études  qui  lui  étaient  chères. 

«  Nous  aurions  tous  aimé  à  entretenir  avec  lui  un  commerce 
plus  familier.  La  surdité  dont  il  avait  été  atteint  dès  sa  jeunesse, 
et  qui  s'était  développée  avec  l'âge,  rendait  malheureusement 
les  relations  moins  faciles  qu'on  ne  l'aurait  voulu.  Et  pourtant, 
quand  on  l'approchait,  on  ne  pouvait  s'empêcher  de  sentir  le 
charme  de  cette  nature  exquise,  en  qui  la  bonté,  la  droiture,  la 
franchise  s'unissaient  à  une  rare  distinction  d'esprit  et  à  un 
enjouement  aimable,  qui  survivait  aux  longues  tristesses  de  la 
solitude. 

«  Le  souvenir  qu'il  laisse  parmi  nous  sera  durable.  Et  quand 
ceux  qui  l'ont  connu  auront  disparu  à  leur  tour,  leurs  succes- 
seurs le  retrouveront  encore  dans  la  collection  alsacienne  qu'il 
avaitdonnée  de  son  vivant  à  la  Bibliothèque  de  l'Institut  et  qu'il 
se  plaisait  à  enrichir.  Formée  peu  à  peu  par  son  père  et  par 
d'autres  membres  de  sa  famille,  accrue  amoureusement  par  lui- 
même,  il  lui  semblait  sans  doute  qu'elle  conservait,  dans  les  pièces 
variées  qui  la  composent,  quelque  chose  de  cette  petite  et  chère 
patrie,  qu'il  avait  abandonnée  pour  se  rattacher  à  la  grande  plus 
étroitement,  mais  dont  il  portait  si  nettement  l'empreinte  dans 


218  -i  \m.i     Dl     28    \\i:il.    1916 

sa  personne,  dans  son  accent,  dans  son  caractère,  cl  qu'il  aimait 
passionnément.  Il  n'aura  pas  ou  la  joie  suprême,  avanl  de  mou- 
rir, de  la  voir  affranchie  de  la  servitude.  11  nous  appartiendra, 
Messieurs  et  chers  confrères,  quand  nous  irons  réinstaller  l'Uni- 
versité française  dans  Strasbourg  arraché  à  l'ennemi,  de  deman- 
der que  son  nom  soit  inscrit  quelque  part  dans  ce  lieu  d'études 
dont  il  fut  exilé,  mais  qu'il  a  honoré,  de  loin  comme  tic  près,  par 
sa  vie  tout  entière.  » 

M.  Homolle  donne  le  résumé  d'une  lettre  de  M.  Briois  conte- 
nant la  traduction  du  Rapport  de  l'éphore  des  Antiquités  de 
Chypre  pendant  le  cours  de  l'année  1914. 

M.  Salomon  Reinach  achève  la  lecture  d'un  mémoire  sur  l'ins- 
truction préparatoire  que  recevaient  les  candidats  à  l'initiation 
d'Eleusis.  Il  insiste  particulièrement  sur  les  légendes  et  généa- 
logies divines,  différentes  de  celles  que  nous  connaissons,  dont 
les  candidats  devaient  se  pénétrer  avant  d'être  admis  aux  mys- 
tères. Une  de  ces  légendes,  qui  faisait  de  '  Démeter,  et  non  de 
Latone,  la  mère  d'Apollon  et  d'Artémis,  fut  l'objet,  dans  une 
tragédie  d'Eschyle,  d'une  allusion  jugée  indiscrète,  qui  mit  en 
péril  la  vie  de  l'auteur.  M.  Reinach  montre  que  Déméter  devait 
être  considérée,  à  Eleusis,  comme  l'épouse  de  Dionysos  :  légende 
mystérieuse  dont  quelques  traces  se  retrouvent  ailleurs. 


SÉANCE   DU  28   AVRIL 


PRESIDENCE    HE    M.     MAURICE    CROISET. 


M.    Homolle  commence   la   lecture   d'un    mémoire    sur   l'ori- 


gine des  caryatides. 


MM.  Théodore    Ri.in.vcu    et    Gollignon    présentent    quelques 
observations. 

M.  Emile  Eude  lit  un  mémoire  sur  l'ancien  hôtel  de  Yaucou- 


LIVRES    OFFEKTS  219 

leurs,  à  Paris.  Cet  hôtel  n'est  mentionné  que  clans  une  note 
manuscrite,  ajoutée  (au  xvir9  siècle)  sur  un  livre  du  xvie.  L'anno- 
tateur dit  que  l'hôtel  était  sis  rue  des  Poulies,  et  qu'il  tirait  son 
nom  de  ce  que  «  c'estoit  la  maison  et  hostel  de  la  Pucelle,  qui 
estoit  de  Vaucouleurs  ». 

Jeanne  d'Arc  n'ayant  jamais  pénétré  dans  la  partie  de  Paris 
où  se  trouvait  la  rue  des  Poulies,  il  y  a  là  un  problème  histo- 
rique. M.  E.  Eude  estime  qu'il  ne  s'agit  pas  de  Jeanne  d'Arc, 
mais  de  l'une  des  fausses  Jeanne  d'Arc  qui  parurent  en  France 
après  le  supplice  de  l'héroïne.  Il  croit  qu'il  serait  question  de 
Claude  des  Armoises,  qui  vint  à  Paris  en  1440  et  qui  y  eut  des 
démêlés  avec  la  justice. 

L'hôtel  de  Vaucouleurs  était  situé  dans  ce  qui  est  aujourd'hui 
la  rue  du  Louvre,  à  l'angle  de  la  rue  de  Rivoli. 

M.  Salomon  Reinach  présente  quelques  observations. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Clermont-Ganneau  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai   l'honneur   d'offrir    à    l'Académie,    de    la    part    de  l'auteur, 

M.  Eusèbe  Vassel,  trois  fascicules  de  ses  Etudes  puniques  contenant 

les  mémoires  suivants  : 

I.  La  dédicace  néo-punique  de  Bir  Tlelsa. 

II.  Cinq  stèles  votives  de  Carthage. 

III.  Encore  l'inscription  de  Bir  Tlelsa. 

IV.  Treize  ex-voto. 

«  Dans  ces  études  d'ordre  spécialement  épigraphique,  l'auteur,  qui 
se  tient  avec  un  zèle  louable  au  courant  des  découvertes  archéolo- 
giques faites  dans  la  Tunisie  où  il  réside  depuis  nombre  d'années,  fait 
preuve  de  beaucoup  de  savoir  et  de  sagacité. 

«  Déjà  l'Académie  avait  été  à  même  d'apprécier  ses  qualités,  grâce 
à  d'autres  travaux  similaires  présentés  en  son  nom  par  notre  regretté 
confrère  M.  Pli.  Berger.  Les  nouveaux  ne  le  cèdent  pas  en  intérêt 
aux  précédent  et,  de  plus,  on  y  constate  une  expérience  et  une  maî- 
trise épigraphique  qui  vont  s';illirmant  toujours  davantage. 

«  A  ces  opuscules  d'un  caractère  tout  technique,  M.  Vassel  a  joint 


220  LIVRES    OFFERTS 

un  mémoire  plus  étendu  qui  mérite  une  mention  particulière  et  dont 
le  titre  seul  attire  l'attention  :  Le  panthéon  d'IInnnihnl.  L'auteur  a 
tenté  d'y  tracer  un  tableau  d'ensemble  de  la  religion  carthaginoise, 
voire  de  toute  la  religion  phénicienne,  avec  des  aperçus  lointains 
sur  l'essence  des  cultes  sémitiques  en  général.  Il  a  pris  comme  point 
de  départ  de  son  essai  le  fameux  passage  du  serment  d'Hannibal,  le 
opxoç  solennel  rapporté  par  Polybe  ;  d'où  le  titre  adopté.  C'est  sur 
cette  base,  base  assez  solide  mais  un  peu  étroite,  qu'il  s'est  efforcé 
de  faire  en  quelque  sorte  la  triangulation  de  ce  vaste  et  obscur  sujet. 
Sans  doute,  on  ne  saurait  prétendre  qu'il  y  ait  pleinement  réussi  ; 
bien  des  données  mises  en  œuvre  sont  forcément  insuffisantes  ou 
entachées  d'inexactitude,  et,  si  l'on  peut  s'exprimer  de  la  sorte,  le 
réseau  ainsi  construit  contient  trop  d'angles  douteux  et  de  côtés  de 
mesure  hypothétique,  pour  que  le  polygone  se  ferme  exactement. 
«  Néanmoins,  il  faut  louer  M.  Vassel  du  soin  diligent  avec  lequel  il 
a  réuni  et  présenté  les  éléments  de  ce  problème  complexe;  son 
mémoire,  qui  contient  plus  d'une  vue  ingénieuse,  sera  toujours  con- 
sulté avec  profit  par  ceux  qui  voudront  après  lui  en  reprendre  l'exa- 
men. » 

M.  Omont  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie,  au  nom 
de  M.  le  Dr  V.  Leblond,  président  de  la  Société  académique  de  l'Oise, 
un  volume  intitulé  :  Les  deux  plus  anciens  comptes  de  VIIôtel-Dieu  de 
Beauvais  (1377-  13S0) ;  texte  et  analyse.  Essai  sur  l'administration 
de  cet  hôpital  au  xive  siècle  (Paris,  Impr.  nat.,  19l5,in-8°,  184  pages; 
extrait  du  Bulletin  philologique  et  historique  \jusqu'k  1715]  du 
Comité,  1914). 

«  L'Hôtel-Dieu  de  Beauvais  a  conservé  ses  anciens  comptes  depuis 
l'année  1377,  et  à  partir  de  1445  on  en  a  la  suite  presque  ininterrom- 
pue jusqu'à  nos  jours.  M.  le  Dr  Leblond  s'est  contenté  de  publier 
aujourd'hui  les  deux  plus  anciens  de  ces  comptes  ;  il  les  a  fait 
précéder  d'une  étude  dans  laquelle  il  passe  successivement  en  revue 
l'organisation  de  cet  établissement  hospitalier,  son  personnel,  son 
administration  et  ses  revenus  au  xive  siècle.  C'est  un  premier  cha- 
pitre d'une  histoire  de  l'Hôtel-Dieu  de  Beauvais,  que  M.  Leblond, 
auquel  on  doit  déjà  de  nombreux  travaux  sur  Beauvais  et  le  Beau- 
vaisis,  est  mieux  que  quiconque  préparé  à  écrire.  » 

Le  Gérant,  A.  Picard. 


MAÇON,    PROTAT     FRÈRES,    IMPRIMEURS 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE  DE  M.  MAURICE  CROISET 
SÉANCE    DU    5    MAI 


PRESIDENCE   DE    M.     MAURICE    CROISET. 

La  correspondance  contient  trois  lettres  :  Tune,  de  M.  le  Dr 
Carton,  par  laquelle  il  annonce  qu'il  va  pouvoir  reprendre  les 
fouilles  de  Buda  Reçjia;  — l'autre,  de  M.  Pierre  Paris,  directeur 
de  l'Institut  français  de  Madrid,  qui  déclare  que  les  circons- 
tances politiques  et  la  reprise  des  chaleurs  l'empêcheront  d'aller 
entreprendre  des  fouilles  à  Rolonia,  près  de  Gibraltar  ;  il  espère 
pouvoir  les  commencer  en  octobre  prochain;  —  la  troisième, 
de  M.  Léon  Mirot,  archiviste  aux  Archives  nationales  (voir  ci- 
après). 

M.  Senart  annonce  à  l'Académie  qu'il  a  reçu  de  M.  Finot  la 
triste  nouvelle  de  la  mort  de  M.  Commaille,  conservateur  des 
ruines  d'Angkor. 

Le  Prédident  dit  que  l'Académie  ne  peut  que  s'associer  aux 
regrets  de  la  perte  que  la  science  et  l'art  ont  faite  dans  la  per- 
sonne de  M.  Commaille. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  de  la  lettre  suivante 
de  Mme  la  marquise  Arconati-Visconti  : 

1916  lb 


222  SÉANCE    DU    .*)    MAI    101 G 

Paris,  le  29  avril  1916. 

Monsieur  le  Président, 

J'ai  l'intention  de  fonder  un  prix  triennal  de  trois  mille  francs  qui 
serait  décerné  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  à 
des  travaux  concernant  aussi  bien  l'art  et  l'archéologie  espagnols 
depuis  les  temps  les  plus  anciens  jusqu'à  la  fin  du  xvi°  siècle,  que 
les  trésors  artistiques  ou  archéologiques  de  ces  mêmes  époques  con- 
servés dans  les  collections  publiques  ou  privées  de  l'Espagne. 

Ce  prix  devra  porter  le  nom  de  Raoul  Duseigneur,  pour  conserver 
la  mémoire  d'un  amateur  très  distingué  qui  a  toujours  porté  un 
grand  intérêt  à  l'histoire  de  l'art  espagnol  qu'il  connaissait  à  fond. 
Si  l'Académie  accepte  mon  offre,  je  mettrai  à  sa  disposition  la 
somme  nécessaire  à  l'institution  de  ce  prix. 

Vu  les  circonstances  présentes  et  pour  des  raisons  particulières, 
je  désire  que  le  prix  en  question  soit  donné  pour  la  première  fois 
cette  année  même  et  avant  le  1er  août  prochain.  A  cet  effet,  je  m'en- 
gage à  verser  immédiatement  entre  les  mains  de  M.  le  Secrétaire 
perpétuel  la  somme  de  trois  mille  francs  qui  servira  à  le  décerner 
en  1916,  en  attendant  que  les  formalités  exigées  pour  l'acceptation 
soient  accomplies. 

Veuillez  agréer,  etc.. 

Raoul  Duseigneur  est  le  collectionneur  bien  connu,  récem- 
ment décédé,  qui  a  légué  au  Musée  du  Louvre  ses  collections 
d'art  espagnol. 

M.  A.  Thomas  donne  lecture  de  la  lettre  suivante  de  M.  Léon 
Mirot,  archiviste  aux  Archives  nationales  : 

«  Versailles,  4  mai  1916. 
Monsieur  le  Pbésident, 

«  Permettez-moi  d'ajouter  quelques  renseignements  à  la  commu- 
nication faite  par  M.  Eude,  à  la  dernière  séance  de  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres,  sur  un  hôtel  parisien  de  la  rue  des 
Poulies,  l'Hôtel  de  Vaucouleur,  communication  dont  le  Journal  des 
Débals  du  30  avril  a  donné  un  résumé. 

«  M.  Eude  paraît  admettre  que  si  ce  nom  d'«  Hôtel  de  Vaucouleur  » 
ne  provient  ni  de  Jeanne  d'Arc,  ni  d'un  membre  de  sa  famille  (opi- 
nion émise  par  Vallet  de  Viriville  dans  le  Moniteur  du  1er  avril  18">5), 
il  pourrait  cependant  se  rapporter  à  l'une  des  faussés  Jeanne  et  vrai- 
semblablement à  Claude  des  Armoises,  qui  fit  un  voyage  accidenté 


SÉANCE    DU    5    MAI    1916  223 

à  Paris  en  1440.  Cette  très  séduisante  hypothèse  n'est  malheureuse- 
ment corroborée  par  aucun  texte. 

«  On  connaît  assez  bien  l'histoire  de  cet  hôtel  aux  xve  et  xvie  siècles. 
Possédé  en  1443  par  Simon  Coignet,  qui  en  avait  hérité  de  son  père 
Jean  Coignet,  il  passa  à  une  famille  de  Bellefayejen  1512,  il  était 
aux  mains  d'Adam  Émery,  avocat  au  Parlement,  dont  la  fille  Jeanne 
l'apporta  à  son  mari  Marc  de  Ranconnet,  président  en  la  Chambre 
des  Enquêtes;  les  héritiers  Ranconnet  le  vendirent  à  Florimond 
Robertet  et  à  Jeanne  d'Halluyn,  sa  femme  ;  possédé  à  la  fin  du 
xvie  siècle  par  Louise  d'Halluyn,  dame  de  Cipières  (d'où  son  nom 
d'hôtel  de  Cipières),  il  fut  adjugé  le  15  février  1582  moyennant  34500  1. 
à  Antoine  d'Arches,  baron  de  Cresceque;  il  passa  ensuite  aux  Créquy, 
aux  d'Argenson,  aux  Conti  et  au  comte  d'Angivillers.  Les  actes  qui 
s'y  rapportent  sont  assez  nombreux  ;  partout,  du  xvc  au  xvne  siècle, 
il  est  désigné  sous  le  nom  d'hôtel  de  l'image  Notre-Dame,  ou  de  la 
Belle  image  (Arch.  nat.  S.  61)  ;  jamais  sous  celui  d'Hôtel  de  Vaucou- 
leur.  D'où  provient  cependant  cette  désignation  relevée  par  un 
auteur  du  xvne  siècle? 

«  Au  xivc  siècle,  cet  immeuble  fut  possédé  par  une  famille  d'ori- 
gine bretonne;  Hamon  et  Jean  de  Vaucouleur  en  furent  propriétaires. 
Ces  personnages,  —  qui  tiraient  leur  nom  d'un  écart  de  la  commune 
de  Trélivan,  département  des  Côtes-du-Nord,  —  furent  au  nombre 
des  bienfaiteurs  du  chapitre  de  Saint-Germain-l'Auxerrois.  Par 
son  testament,  daté  du  12  février  1332  (nouveau  style),  Hamon  de 
Vaucouleur  donna  10  s.  p.  de  rente  au  chapitre  de  Saint-Germain, 
et  les  assigna  sur  sa  maison  de  la  rue  des  Poulies;  son  fils  Jean,  qui 
testa  le  10  septembre  1344,  légua  de  son  côté  au  môme  chapitre  5 
s.  p.  sur  la  même  maison. 

«  Ces  fondations  pieuses  sont  soigneusement  reproduites  dans 
toutes  les  déclarations  passées  du  xve  au  xvne  siècle  pour  l'hôtel  de 
l'Image  Notre-Dame,  au  terrier  de  l'évêché  de  Paris  ;  et  le  nom  de 
Vaucouleur  reparait  dans  tous  ces  actes.  Il  a  frappé  sans  doute  l'au- 
teur du  xvne  siècle  qui  a  trop  rapidement  fait  un  rapprochement  sans 
fondement  avec  la  localité  lorraine  illustrée  par  l'héroïne  nationale, 
el  attribué  au  souvenir  de  Jeanne  d'Arc  la  persistance  du  nom  d'une 
famille  bretonne  remontant  au  xive  siècle. 

«Veuillez  agréer,  etc.  » 

M.  M.  Pillet,  architecte,  ancien  attaché  à  la  Délégation  en 
Perse,  l'ait  une  communication  sur  un  naufrage  d'antiquités 
assyriennes  dans  le  Tigre  '. 

1 .  Voir  ci-après. 


22  ï      NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    IK.Kl. 

M.  Pottier  présente  quelques  observations  sur  l'importance 
de  la  découverte  faite  par  M.  Pillet. 

M.  Clermont-Ganneau  ajoute  qu'on  pourrait  peut-être  trouver 
quelques  renseignements  dans  les  papiers  de  M.  de  Saulcy,  qui 
sont  déposés  à  la  Bibliothèque  de  l'Institut. 

M.  Havet  commente  un  passage  de  Properce  relatif  à  la  déesse 
Brimo.  Elle  fut  aimée  d'Hermès.  Elle  le  repoussa  d'abord,  puis 
elle  se  donna  à  lui  quand  il  eut  miraculeusement  changé  en 
prairie  un  étang  thessalien,  la  Boebeis. 

M.  Salomon  Reinach  présente  quelques  observations. 


COMMUNICATION 


UN    NAUFKAGE    D  ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE, 

PAR    M.    PILLET,    ARCHITECTE, 

ANCIEN     ATTACHÉ    A    LA     DÉLÉGATION    EN    PERSE. 

Le  22  août  1851,  Victor  Place,  consul  de  France  à  Mos- 
soul,  recevait  mission  de  continuer  les  fouilles  de  Khorsa- 
bad  entreprises  par  Botta,  son  prédécesseur,  et  interrompues 
en  18451. 

Une  faible  somme  de  8.000  francs  lui  était  allouée  sur  le 
crédit  (de  70.000  fr.)  que  l'Assemblée  nationale  avait  voté 
le  8  août  de  la  même  année  pour  subvenir  aux  frais  d'une 
expédition  scientifique  en  Mésopotamie  "2  ;  celle  que  dirigera 
Fresnel  et  dont  l'illustre  Oppert  sera  le  collaborateur. 

Les  résultats  considérables  obtenus  par  Victor  Place 
dans  ses  travaux  qui  se  poursuivirent  durant  deux  années3, 

1.  Paris,  7  septembre  1851.  M.  de  La  Valette. 

2.  Affaires  étrangères.  Paris,  19  octobre  1851. 

3.  Place,  Rapport  n"  1,  Mossoul,  26  janvier  JS52.  Rapport  n°  3,  Mossoul, 
16  février  1852,  et  lettre  de  Mossoul,  26  janvier  1854. 


NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE       225 

furent  publiés  en  1867,  sous  le  titre  de  Ninive  et  V Assyrie, 
en  trois  grands  volumes  in-folio  où  l'architecte  Thomas, 
attaché  successivement  aux  deux  missions  de  Fresnel  et  de 
Place,  nous  donne  des  dessins  et  des  plans  aussi  nombreux 
qu'intéressants.  Quant  au  Musée  du  Louvre,  il  vit  le  pre- 
mier fonds  assyrien,  qu'il  tenait  de  Botta,  s'enrichir  d'un 
certain  nombre  de  pièces  représentant  à  peine  le  quart  des 
trouvailles,  la  majeure  partie  des  antiquités  gisant  au  fond 
du  Chatt-el-Arab  à  la  suite  d'un  naufrage  qui  fut  un  véri- 
table désastre. 

Quelles  étaient  les  pièces  perdues?  En  quel  point  du 
fleuve  reposaient-elles?  Existait-il  un  espoir  de  les  sauver 
à  l'aide  de  procédés  modernes  et  puissants?  Telles  étaient 
les  questions  qui  se  posaient  à  nous. 

Place,  dans  sa  publication,  effleure  rapidement  le  sujet 
du  naufrage  de  ses  antiquités;  cela  lui  est  pénible,  et  l'on 
n'aime  pas  à  rappeler  d'amers  souvenirs,  mais  il  dit  que 
ses  rapports  sont  conservés  à  l'Administration  des  Beaux- 
Arts  et  de  la  Maison  de  l'Empereur1.  Nous  nous  mettons 
alors  en  quête  de  ces  dossiers  :  aux  Archives  des  Affaires 
étrangères,  les  documents  antérieurs  à  1855  ne  sont  pas 
publics  ;  d'ailleurs  elles  ne  doivent  pas  être  riches  en  docu- 
ments sur  ces  fouilles.  Aux  Beaux-Arts,  on  ignore  tout  de 
ces  dossiers.  Au  Musée  du  Louvre,  M.  Pottier,  après  de 
nouvelles  recherches  de  l'archiviste,  nous  déclare  qu'il 
serait  heureux  de  pouvoir  mettre  la  main  sur  ces  archives 
intéressantes,  mais  que  le  fonds  du  Musée  ne  les  possède 
malheureusement  pas.  Restaient  les  Archives  nationales,  où 
nous  avions  enfin  le  plaisir  de  retrouver  ces  documents 
réunis  en  trois  liasses  portant  les  mentions  suivantes  : 
«  F21  516  et  547.  Fouilles  sur  l'emplacement  de  l'ancienne 
Ninive  1851-1860»  et  «  F'2!  548  Mission  de  Fresnel  en 
Mésopotamie  ». 

C'est  de  l'étude  de  ces  pièces  officielles  que  nous  extrai- 

1.  Place,  Ninive  et  l'Assyrie  [Paris,  1867),  t.  I-r,  p.  vu. 


220       NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE   TIGRE 

rons  aujourd'hui  le  récit  du  naufrage  et  des  tentatives 
faites  pour  sauver  les  pièces  qui  parvinrent,  après  tant  de 
péripéties,  jusqu'au  Musée  du  Louvre. 

En  janvier  1854,  Victor  Place  cessa  ses  fouilles  sur  l'in- 
vitation du  ministre  ',  puis,  l'état  troublé  du  pays  l'engagea 
à  les  reprendre  de  sa  propre  autorité  2,  et  elles  continuèrent 
ainsi  jusqu'à  la  réception  d'un  ordre  exprès  lui  enjoignant, 
en  juillet  1854,  de  cesser  définitivement  ses  travaux.  Dès 
la  réception  des  premières  dépêches  ministérielles  du  16  et 
du  22  août  1853  3,  il  s'était  occupé  du  transport  de  ses 
antiquités,  trésor  immense,  mais  volumineux  et  pesant,  qui 
allait  courir  les  pires  dangers  durant  ces  milliers  de  lieues 
qui  le  séparaient  du  Musée  du  Louvre. 

Après  des  efforts  inouïs,  Place  était  arrivé,  dans  les  pre- 
miers jours  de  décembre  1853,  à  transporter  la  totalité  des 
antiques  au  bord  du  Tigre,  sur  un  monticule  à  l'abri  des 
débordements  du  fleuve.  Toutes  les  pièces,  y  compris  deux 
figures  colossales  et  deux  grands  taureaux  à  face  humaine, 
pesant  chacun  environ  32.000  kilogs,  avaient  été  transpor- 
tées à  l'état  de  monolithes,  ce  à  quoi  Botta  et  les  fouilleurs 
anglais  avaient  été  obligés  de  renoncer.  Les  deux  taureaux 
provenant  des  fouilles  de  Botta  sont  en  effet  divisés  en 
6  blocs,  par  2  traits  verticaux  et  1  horizontal.  Ils  ont  été 
remontés  au  Louvre  où  l'on  peut  distinguer  très  nettement 
ces  coupures.  Un  vaisseau  de  l'Etat  devait  prendre  ces 
antiquités  au  port  de  Bassorah  pour  les  conduire  en  France, 
mais  la  lenteur  des  communications  postales  via  Gonstan- 
tinople  ou  Alep  et  la  longueur  du  voyage  par  mer,  exi- 
geant de  6  à  7  mois 4,  firent  remettre  l'embarquement  à  l'an- 
née suivante5. 

A  la  fin  du  mois  de  mars   1855,  Place  opère  le  charge- 

1.  Place,  Mossoul,  26  janvier  1854. 

2.  Place,  Mossoul,  31  juillet  1854. 

3.  Place,  Mossoul,  15  décembre  1S53. 

4.  Place,  Mossoul,  17  juin  1855.  Rapport  n°  59,  et  Jones,  consul   anglais. 

5.  Place,  Mossoul,  27  avril  1855. 


NAUFRAGE    p'A^TIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE       227 


3 


o 


22N       NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE  TIGRE 

ment  de  ses  trésors  sur  des  radeaux  qui  doivent  les  con- 
duire jusqu'à  Bassorah1.  Ces  radeaux  appelés  «  kèlek  » 
sont  composés  d'un  grand  nombre  de  peaux  de  bouc  ou  de 
mouton  gonflées  à  la  bouche  et  réunies  entre  elles  par  un 
treillis  de  mauvaises  pièces  de  bois2.  Si  mobile  est  cet 
antique  appareil,  qu'un  seul  homme  peut  manœuvrer  un 
kèlek  de  mille  outres  comme  un  simple  batelet,  à  l'aide 
d'une  corde.  Enfin,  son  tirant  d'eau  est  presque  nul,  ce 
qui  lui  permet  de  franchir  sans  difficultés  les  nombreux 
bas-fonds  et  rapides  qui  barrent  le  cours  du  Tigre  ;  mais  sa 
composition  le  rend  assez  fragile  et  les  outres  ne  résistent 
guère  plus  d'un  mois  ;  après  quoi  il  faut  les  gonfler  à  nou- 
veau ou  même  les  changer.  Le  29  avril,  les  8  kèleks  chargés 
d'antiquités  et  des  quelques  bagages  du  Consul,  quittent 
la  rive  2  et  s'abandonnent  au  courant  qui  les  conduit  jus- 
qu'à Bagdad,  où  ils  arrivent  le  ï  mai  après  six  jours  de 
voyag-e.  En  partant  de  Mossoul,  Place  avait  l'intention, 
ainsi  qu'il  le  déclare  dans  une  lettre  du  27  avril,  de  con- 
duire ses  antiques  jusqu'au  port  de  Bassorah  :î.  Mais  il  fut 
touché,  à  Bagdad,  par  des  dépèches  ministérielles  lui 
ordonnant  de  rejoindre  sans  délai  son  nouveau  poste  de 
Galatz,  pour  lequel  il  doit  partir  à  la  fin  de  mai  au  plus 
tard.  D'ailleurs,  enfreindrait-il  les  ordres  reçus,  qu'il  n'au- 
rait aucun  espoir  de  trouver  dans  le  Chatt  le  navire  affrété 
par  l'Etat,  car  les  autorités  consulaires  n'ont  reçu  aucune 
nouvelle  de  l'arrivée  de  ce  bâtiment  dans  le  Golfe  Persique. 
Cependant  on  ne  craindra  pas  de  reprocher  plus  tard  à  cet 
agent,  qui  reçoit  des  ordres  contradictoires  du  Ministère 
des  Affaires  étrangères  et  de  celui  des  Beaux-Arts  dont  il 
dépend,  de  n'avoir  pas  «  conduit   les   antiques  non  seule- 

1.  Place,  Mossoul,  15  décembre  1853. 

2.  Place,  Mossoul,  17  juin  1855,  et  Ninive  et  l'Assyrie,  t.  II,  p.  141. 

3.  Place,  Mossoul,  27  avril  1855,  et  Mossoul,  2  juillet  11S54,  où  il  demande 
d'obtenir  de  M.  Drouyn  de  Lhuys  l'autorisation  d'entreprendre  le  voyage 
de  Bassorah  pour  assurer  le  transport  de  ses  antiquités  au  milieu  des  tri- 
bus révoltées. 


NAUFRAGE    D 'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE       229 

ment  à  Bagdad,  mais  à  Bassorah,  comme  il  s'était  engagé  à 
le  faire  »,  car  «  le  malheur  ne  serait  probablement  pas 
arrivé»1.  Obligé  d'abandonner  à  d'autres  le  soin  de  con- 
duire au  port  les  découvertes  qui  lui  avaient  tant  coûté 
d'efforts  et  de  labeur,  et  cela  «  d'une  manière  tout  à  fait 
gratuite,  puisqu'il  n'a  reçu  de  l'Etat  aucune  rémunération 
autre  que  son  traitement  de  consul'2  »,  Place  prend  toutes 
les  précautions  pour  assurer  leur  transport  jusqu'à  Basso- 
rah. L'affaire  n'est  pas  aisée  :  les  tribus  arabes  du  Bas- 
Tigre  et  du  Chatt-el-Arab  sont  en  pleine  insurrection. 
Bassorah  est  bloquée,  la  révolte  gronde  autour  d'elle;  une 
partie  de  la  pauvre  armée  et  de  l'Irak- Arabi  est  à  Hillah, 
et  le  reste  est  cerné  à  Chouk-ech-Chiouk. 

Le  Gouverneur  général  de  Bagdad,  Mehemmed  Rèchid 
Pacha  3,  est  à  la  tète  de  l'armée,  et  son  secrétaire-comp- 
table, Mehemmed  Khâlisi,  gouverne  par  intérim  *  ;  il  cherche 
à  dissuader  Place  d  entreprendre  le  voyage  de  Bassorah,  si 
périlleux  dans  ces  conditions,  lui  représentant  qu'il  ne  peut 
assurer  la  sécurité  du  convoi.  Le  colonel  Rawlinson,  consul 
général  britannique  de  Bagdad,  l'avait  aussi  averti  par  lettre, 
dès  le  21  février,  qu'il  doutait  de  «  la  possibilité  de  faire 
descendre  les  kèleks  a  Bassorah  dans  l'état  actuel  des 
affaires  »,  a  cause  de  la  révolte  arabe  et  encore  pour  la  rai- 
son que  «  depuis  la  rupture  de  la  digue  de  Om-el-Heunch, 
tout  le  monde  déclare  qu'un  kèlek  ne  peut  pas  descendre 
le  fleuve  sans  être  envahi  par  le  courant  et  forcé  d'échouer 
dans  le  désert.  C'est  ce  qui  est  arrivé,  continue-t-il,  vous 
vous  le  rappelez,  à  un  des  kèleks  de  M.  Layard,  chargé  de 
marbres,  en  1850,  et  le  danger  est  mille  fois  plus  grand  à 
présent  ».  Mais  le  Manuel,  navire  nolisé  par  l'Etat  pour  le 


1.  Paris,  Ministère  d'État,  Beaux-Arts,  sans  date  ;  1855). 

2.  Paris,  Ministère  d'État,  Palais  des  Tuileries,  signé  :  Meiey,  s.  d.  (1853). 

3.  Lettre  de  ce  gouverneur,  31  juillet  1855. 

i.  Annexe  à  la  dépêche  diplomatique  du  26  juillet  1855,  et  Mes'soud  bey 
à  Place,  Bassorah,  1(.»  mai  1855. 


230       NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    l»ANS    I.i:    TIGRE 

transport  des  antiquités,  était  parti  de  la  rivière;  de  Nantes 
le  10  janvier  1855  ',  et  son  contrat  ou  charte-partie  l'obli- 
geait à  jeter  l'ancre,  au  plus  tard  le  .'10  avril,  à  Bassorah,  où 
il  était  astreint  a  120  jours  de  planche,  c'est-à-dire-  d'attente 
à  quai.  Passé  ce  délai,  il  était  dû  200  francs  par  jour  de 
retard  2  dans  le  chargement  à  Antonin  Lopez,  son  armateur 
à  Bordeaux,  qui  recevait  80.000  francs  pour  le  trans- 
port, jusqu'au  Havre,  des  antiquités  pouvant  atteindre 
150.000  kilogS3. 

Place  ne  pouvait  donc  attendre  ni  la  fin  d'une  révolte  à 
peu  près  permanente,  ni  la  réparation  d'une  digue  qui  pou- 
vait n'être  jamais  rétablie;  et  laisser  partir,  sans  son  char- 
gement, le  navire  envoyé,  lui  était  tout  aussi  impossible 
que  de  ne  pas  obtempérer  a  l'ordre  du  ministère  qui  lui 
enjoignait  de  partir  à  la  fin  du  mois  pour  rejoindre  son 
poste.  Dans  cette  situation  difficile,  il  (it  «  tout  ce  que  pou- 
vait suggérer  la  prudence  humaine4  ».  Il  remit  les  kèleks 
en  état,  déchargeant  ceux  qui  portaient  les  deux  pièces  les 
plus  pesantes,  des  caisses  plus  petites  qui  les  alourdis- 
saient. Ces  antiquités,  les  il  caisses  de  la  mission  Fresnel 
en  Mésopotamie  •"',  et  les  bas-reliefs  provenant  des  fouilles 
anglaises  de  Koyoundjick  et  de  Ximroud  que  Rawlinson 
abandonnait  à  la  France  5,  devaient  trouver  place  dans  une 
grande  barque  louée  à  cet  effet  à  Bagdad.  Cette  barque  de 
50  tonneaux''  fut  choisie,  puis  examinée  par  un  officier  de 
marine,  le  capitaine  Jones,  commandant  la  station  anglaise, 
qui  la  jugea  en  bon  état  et  capable  de  recevoir  les  antiquités 

1.  Extrait  du  Journal  de  bord  du  Manuel,  cap.  Loquay,  Paris.  21  juillet 
1853. 

2.  Il  touchera  de  ce  l'ait  7.000  fr.  pour  38  jours  supplémentaires  à  Basso- 
rah. 

3.  Charte-partie  du  Manuel  et  facture  Lopez,  Paris,  2  juillet  1836. 
■i.  Place  à  M.  Fould,  ministre  d'État,  Constantinople,  26  août  1855. 

3.  Place  à  M.  Fould.  ministre  d'État,  Rapport  n°  59,  Mossoul,  17  juillet 
1865.  et  Ninive  et  l'Assyrie,  t.  II,  p.  133. 

6.  Jones  dans  son  rapport  dit  50  tonneaux.  Place,  qui,  dans  sa  lettre  à 
Fould  26  ai  Mil  L855  .  dit  :  «  une  goélette  de  50  tonneaux  »,  donne  ensuite, 
clans  Ninive  el  l'Assyrie  :  60  tonneaux    t.  II.  p. 142). 


NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE       231 

qu'on  lui  destinait.  Pour  le  remplacer  dans  la  périlleuse 
mission  d'accompagner  ses  découvertes,  Place  fit  choix 
d'un  Français,  nommé  Clément,  «  professeur  de  langues 
européennes  auprès  d'Abdallah-Pacha  » ',  depuis  un  an  -, 
qu'il  nomma  agent  consulaire  afin  de  le  revêtir  de  quelque 
prestige  aux  yeux  des  indigènes.  Il  le  munit  d'instructions 
détaillées,  de  passeports  et  de  «  tezkérèh  »,  lui  donna  en 
outre  des  cadeaux  pour  les  principaux  chefs  de  tribus  que 
l'on  devait  rencontrer  en  route.  Enfin,  il  fit  partir  à  l'avance 
ses  deux  contremaîtres  Naouchi  et  Yousouf  2,  qui,  par  le 
cutter  anglais,  devaient  arriver  plusieurs  jours  avant  le 
convoi  à  Bassorah,  où  ils  prépareraient  en  hâte  un  débarca- 
dère pour  les  antiques,  le  Manuel  n'étant  pas  encore 
signalé  2. 

Toutes  ces  dispositions  prises,  Place  assista,  le  13  mai, 
au  départ  «  du  bateau  chargé  de  caisses  d'antiques  et  allant 
de  conserve  avec  quatre  radeaux  portant  les  deux  taureaux, 
les  deux  grandes  statues  et  quelques  autres  antiquités 3  »  : 
en  tout,  23o  caisses  '.  Puis,  l'âme  sans  doute  inquiète,  il 
rebroussa  chemin,  gagnant  Mossoul,  puis  Diarbekir,  pour 
retourner  en  Europe.  Dès  le  départ,  l'inhabileté  profession- 
nelle de  l'équipage  et  son  mauvais  vouloir  se  révèlent  ; 
malgré  Place  et  Clément,  on  embarque  quelques  marchan- 
dises à  bord  au  moment  du  départ 5  ;  puis,  suivant  la  cou- 
tume orientale,  on  s'arrête  à  quelques  lieues  de  Bagdad. 

En  cet  endroit,  on  charge  à  bord  5  ballots  pesant  en  tout 
2o0  kilogs  environ  i;.  D'ailleurs,  le  patron  de  la  barque 
avait  le  droit,  d'après  le  contrat  établi  par  le  capitaine 
Jones,  de  prendre  quelques  marchandises  à  son  bord'1;  il 

1.  Letli-ede  Michel  Médawar  à  M.  de  Saulcy.  Beyrouth,  2S  juillel  1*33. 

2.  Place,  Rapport  n°  50,  Mossoul,  17  juin  1835  ;  et  Mes'soud  bey,  27   mai 
1855. 

3.  Clément,  note  1,  Maaghill   Bassorah),  L7  juillel    L855. 

4.  Clément,  note  2.  Bassorah,  2  novembre  1S55. 

5.  Clément,  noie  1,  Bagdad,  1  décembre  1855. 

6.  Clémenl  à  M.  Fould,  note  i.  Bagdad,  7  décembre  1855. 


2'-\'2       NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE 

use  largement  de  ce  droit,  et  il  est  certain  qu'il  avait  caché 
sous  les  antiques,  les  uns  disent  pour  43.000  francs1,  les 
autres  pour  70.000  francs  de  marchandises  ''  h  l'insu  de 
Place.  Dès  lors,  la  cupidité  des  Arabes  est  à  l'affût  du 
moindre  incident;  car,  n'ignorant  aucun  des  gestes  de  l'Eu- 
ropéen qui  voyage  parmi  eux,  ils  sont  lixés  sur  la  valeur  du 
chargement  qui  va  se  risquer  à  portée  de  leurs  mains.  C'est 
une  vieille  coutume  de  ces  peuples,  que  les  marchandises 
submergées  leur  appartiennent  ;  aussi  «  un  naufrage  est-il 
toujours  regardé  par  les  Arabes  comme  une  bonne 
aubaine  »  3.  Surcharger  encore  les  kèleks  fatigués  par  leur 
énorme  fardeau,  les  noyer  à  moitié,  telle  sera  donc  la  tac- 
tique employée  pour  justifier  le  pillage  de  ce  riche  convoi. 
Quant  à  la  barque,  elle  fait  eau  de  toutes  parts,  ainsi  que 
s'accordent  à  le  constater  tous  les  rapports,  et  sous  la  charge 
des  antiques  auxquels  s'ajoutent  les  marchandises,  elle  ne 
pourra  atteindre  Bassorah  que  difficilement.  Son  équipage 
est  inexpérimenté  et  compte  quelques  pirates  de  connivence 
avec  les  tribus  révoltées4.  Après  la  lecture  des  rapports 
du  capitaine  Jones,  de  Place,  de  Clément  et  de  Taylor,  on 
ne  peut  douter  que,  lors  du  chargement  effectué  à  Bagdad, 
on  substitua  à  la  barque  choisie  «  une  autre,  ayant  une 
cale  plus  profonde,  propre  à  recevoir  plus  de  marchandises 
et  ayant  éprouvé  déjà  de  nombreuses  avaries  »  '.  Bref, 
malgré  ces  conditions  déplorables,  il  était  possible  que  le 
convoi  atteignît  le  port,  tant  bien  que  mal,  si  les  Arabes 
consentaient  à  le  laisser  passer. 

Les  cinq   premiers  jours   de   navigation  s'écoulent  sans 

1.  Clément  à  Fould,  note  1,  Bagdad,  7  décembre  1*55. 

2.  Lettre  de  Rechid-Pacha.  transmise  à  Constantinople,  du  26  août  1855  : 
«  des  objets  pour  une  valeur  de  300.000  piastres,  soit  70.000  fr.,  à  raison 
de  4  p.  1/4  le  franc  »  (noLe  1,  Clément,  Bassorah,  17  juillet  1855  . 

3.  Lettre  offieielle  de  Taylor,  vice-consul  de  S.  M.  H.  à  Bassorah,  14  juin 
1855. 

4.  Lettre  officielle  de  Taylor,  vice-consul  de  S.  M.  15.  à  Bassorah.  14 
juin  1855. 

5.  Clément  à  Fould,  note  4,  Bagdad,  7  décembre  1855. 


NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRÉ       233 

incident  ;  mais  au  soir  du  17  mai,  «  à  cinq  jours  de  Bagdad, 
on  nous  dit,  rapporte  Michel,  drogman  de  Clément1,  que 
nous  étions  près  dune  tribu  nommée  Abou-Chelfa  et  que 
la  barque  anglaise  y  avait  été  pillée  ».  (C'est  celle  qui  por- 
tait les  lettres  et  les  contre  maîtres  de  Place  2.)«  Nous 
jugeâmes  convenable  de  retirer  les  pavillons  français  qui 
étaient  sur  les  quatre  «  kèleks  »  et  que  le  pacha  de  Mossoul 
avait  donnés  à  notre  consul  au  moment  du  départ  de  son 
convoi3.  Le  lendemain,  18  mai,  6e  jour  depuis  Bagdad,  le 
pillage  commence  à  la  visite  du  cheick  d'Abou-Chelfa,  de 
la  tribu  des  Beni-Lam,  qui  s'empare  de  tous  les  cadeaux 
destinés  aux  divers  chefs  des  tribus  que  l'on  devait  croiser 
au  passage.  Clément  est  fort  maltraité  par  «  le  cheick  qui 
le  prend  par  les  cheveux  et  lui  donne  des  coups4  »,  mais 
les  antiquités  n'éprouvent  aucun  dommage.  Le  7e  jour 
paraît  s'être  écoulé  sans  incident  notable  ;  mais  le  8e,  le 
20  mai 5,  les  scènes  de  pillage  se  renouvelèrent  plus  vio- 
lentes, le  butin  étant  moins  grand.  C'est  Ali,  neveu  de 
Cheikh  Feisal  de  la  tribu  des  Musabeth  6,  dont  le  descen- 
dant nous  offrira,  en  1913,  l'hospitalité  entre  Suse  et  Ahwaz, 
qui  aborda  le  convoi  en  l'absence  de  son  oncle.  Faute  de 
cadeaux,  il  fît  main  basse  sur  «  tout  ce  qui  s'est  trouvé  à  sa 
convenance  dans  ma  cabine,  dit  le  malheureux  Clément,  et 
m'a  donné  deux  hommes,  à  prix  d'argent,  pour  me  proté- 
ger contre  les  attaques  éventuelles  de  ceux  de  sa  tribu  7  » . 
Obligé  d'emprunter  quelques  piastres,  à  un  taux  exorbitant, 
pour    satisfaire    aux     exigences    de    ses    bourreaux,  notre 

1.  Déclaration  de  Michel,  drogman  de  Clément,  signée  Michèle  Gésuitte. 
Bagdad,  17  juillet  1855. 

2.  Mes'soud-bey,  Bassorah,  19  mai  1855. 

3.  Place.  Ninive  et  l'Assyrie,  t.  II,  p.  141. 

4.  Déclaration  de  Michel,  loc.  cit.,  et  Clément,  18  juillet  1855. 

5.  Lettre  de   Clément  à  Place,  consul   de   France   à   Mossoul.  Marghill 
(Bassorah),  27  mai  1855. 

6.  Déclaration  de  Michel,  drogman  de  Clément,  signée  Michèle  Gésuitte, 
Bagdad,  17  juillet  ls55. 

7.  Déclaration  de  Michel,  loc.  cit.,  et  Clément.  18  juillet  1855. 


234-       NAUFRAGE    D  ANTlQUÎf  ES    ASSYRIKNNKS    DANS    M".    tlGRË 

homme  est  dès  lors  sans  ressources,  c'est-à-dire  condamné 
aux  pires  aventures.  En  effet,  le  lendemain,  21  mai.  neu- 
vième jour  depuis  Bagdad,  le  désastre  se  produit  :  il  n'a 
plus  de  cadeaux,  plus  un  para  à  offrir,  et  tous  les  bagages 
un  peu  maniables  ont  été  pillés  ;  aussi  le  moindre  incident 
va-t-il  devenir  tragique.  Les  deux  hommes  d'Ali  viennent 
de  le  quitter  et  l'on  arrive  au  lieu  dit  «  Azer  »  ou  Ezéchiel, 
pèlerinage  juif  :  là,  un  autre  neveu  de  Cheikh  Feisal  monte 
à  bord  :  c'est  Cheikh  Fendi,  doux,  assez  aimable,  qui  prend 
le  peu  d'objets  qui  restent  '. 

Les  pirates  se  succèdent  ainsi  jusqu'au  moment  tout 
proche  où  ils  se  transformeront  en  pilleurs  d'épaves. 

«  Le  10  Ramazan,  en  arrivant  près  de  Korna  (village 
situé  au  confluent  du  Tigre  et  de  l'Euphrate),  le  bateau 
chargé  d'antiques  était  arrêté  à  la  douane  Zécheiya  d'où 
l'on  nous  héla,  dit  le  Kelekdji-bachi  (chef  batelier),  Sullan 
Aga2,  et  nous  dûmes  aborder;...  trois  des  kèleks  s'arrê- 
tèrent à  l'aval  du  bateau  et  le  quatrième  poursuivit  sa 
route  jusqu'à  Korna.  »  — -  On  repart,  non  sans  avoir  payé 
de  nombreux  droits,  et  les  radeaux  ont  bien  souffert  ;  l'un 
d'eux  n'a  presque  plus  de  bois,  plusieurs  de  ses  outres  sont 
crevées  ;  quant  au  bateau,  les  abordages  violents  l'ont 
quelque  peu  disloqué  :  aussi  Clément  juge-t-il  sage  de  l'aban- 
donner et  de  faire  passer  les  quelques  bagages  qui  peuvent 
lui  rester  à  bord  de  l'un  des  kèleks.  Bientôt  apparaissent  les 
chaloupes  d'Abou  Sa'ad  :  c'est  le  dernier  acte  du  drame. 
Le  bateau,  brutalement  abordé  par  une  barque  chargée 
d'hommes  armés  de  sabres,  de  lances  et  de  boucliers,  ne 
peut  résister  au  choc,  une  large  voie  d'eau  se  déclare 3. 
L'équipage  ne  veut  ou  ne  peut  rien  faire  pour  l'aveugler  et 
les  pillards  augmentent  encore  la  charge  d'un  bateau  près 
de  couler  bas. 

Le  pilote  met  alors  la  barre  toute  sur  la  rive,  sans  bais- 

1.  Déclaration  de  Michel,  loc.  cit.,  et  Clément,  18  juillet  lsôi. 

2.  Déclaration  de  Sultan  Aga,  Bagdad,  2  juillet  1855. 

3.  Déclarations  de  Michel  et  de  Clément. 


NAUFRAGE    d'aNTIQLITKS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE       235 

ser  la  voile,  ce  qui  lui  est  sans  doute  impossible  dans  le 
désordre  qui  règne.  Le  bateau  vient  heurter  la  berge  avec 
violence  et  coule  immédiatement  par  trois  brasses  d'eau  à 
l'arrière,  tandis  que  sa  proue  reste  à  quelques  centimètres 
hors  du  fleuve.  Incliné  fortement  sur  sa  hanche  bâbord,  il 
est  perpendiculaire  à  la  rive  gauche  du  Chatt-el-Arab  où 
il  vient  de  sombrer1,  à  trois  milles  au  Nord  de  Kournah2. 
Les  passagers  du  bateau  ont  à  peine  le  temps  de  prendre 
quelques  bagages,  qu  ils  embarquent  sur  les  kèleks  les 
moins  en  danger,  «  abandonnant  le  bateau  qui  était  coulé 
et  laissant  les  Arabes  emporter  tout  ce  qu'ils  trouvaient3  ». 

A  la  vue  de  cet  ultime  pillage,  Clément  débarquait  avec 
deux  domestiques,  pour  aller  chercher  main  forte  à  Kour- 
nah qu'il  croyait  tranquille  '*.  Mal  lui  en  prit,  car  il  fut 
assailli  par  les  Arabes  qui  le  rouèrent  de  coups  et  le  dépouil- 
lèrent complètement5  :  «  J'ai  été  ainsi  forcé,  dit-il,  de  faire 
près  de  deux  kilomètres  sans  vêtement,  à  pied,  et  porté  à 
dos  de  mes  domestiques  une  partie  du  trajet  qui  nous 
séparait  d'un  brick  ottoman,  tranquille  spectateur  de  notre 
désastre,  où  je  suis  arrivé  tout  sanglant  et  meurtri,  soit  par 
les  coups  que  j'ai  reçus,  soit  par  cette  marche  forcée  sur 
un  sol  ardent.  —  Il  était  une  heure  de  l'après-midi6.  » 

Le  stationnaire  turc,  dont  parle  Clément,  demeura  en 
effet  impassible  durant  tout  le  pillage  ;  il  avait  de  fortes 
raisons  pour  cela  ;  car,  avec  son  équipage  réduit,  presque 
sans  armes  et  sans  poudre,  il  n'aurait  fourni  aux  Arabes 
qu'une  nouvelle  et  facile  proie.  D'ailleurs,  l'esprit  de  rapine 
et  de  destruction  de  ces  tribus  avait  été  excité  au  plus 
haut  point  par  ce  riche  convoi  venu  de  la  ville  des  Kalifes. 

1.  Clément,  note  2.  Bassorah,  2  novembre  1855. 

2.  Lettre  de  Taylor,  vice-consul  de  S.  M.  B.  à  Bassorah,  à  Jones,  gérant 
du  consulat  britannique  à  Bagdad,  le  1  i  juin  1855. 

3.  Déclarations  de  Michel  et  de  Clément. 

4.  Rapport  Clément,  Mauyhele  (Bassora  .  I  s  juillet  1855. 

5.  Taylor  à  Jones,  loc.  cit.,  et  Clément,  n.  1.  Maaghill  (prés  Bassorah), 
17  juillet  1855. 

6.  Clément,  n"  1,  Maaghill    prés   Bassorah),  17  juillet  1855. 


23G     N.uTit.uiK  d'antiquités  assVriEnNes  DANS  LE  TlGRË 

Lui  seul  les  tentait,  et  Taylor  nous  apprend1  que  «  trois 
barques  chargées  de  marchandises  à  destination  de  Bagdad 
étaient  mouillées  au  bord  du  fleuve,  à  la  distance  d'un  jet 
de  pierre  du  camp  arabe,  qu'elles  ont  été  rejointes  par  trois 
autres  barques  de  Bassorah,  et  qu'aucune  d'entre  elles  n'a 
eu  à  déplorer  la  perte  du  plus  petit  objet.  »  Mahmoud-Agha, 
le  capitaine  du  stationnaire,  fournit  Clément  de  linge  et  de 
vêtements,  mais  on  ne  put  lui  donner  de  chaussures,  ce 
luxe  qu'ignore  l'Orient  2  ;  puis  une  embarcation  le  trans- 
porta, le  soir  même,  à  la  résidence  anglaise  de  Maaghill, 
située  sur  la  rive  droite  du  Chatt-el-Arab  à  une  lieue  de 
Bassorah 3  et  à  onze  lieues  en  aval  de  Kournah 4. 

Maintenant  que  nous  connaissons  la  triste  fin  de  la 
barque  chargée  de  tant  de  richesses,  voyons  ce  qu'il  advint 
des  quatre  kèleks.  Nous  suivrons  à  cet  effet  le  récit  du 
kelekdji-bachi,  Sultan  Aga,  le  complétant  parfois  à  l'aide 
des  récits  concordants  de  Michel  et  de  Clément. 

A  la  douane  Zéchiva,  trois  des  kèleks  s'arrêtent  en  aval 
du  bateau  et  le  quatrième  poursuit  sa  route  5  ;  leurs  mar- 
chandises sont  pillées,  mais  les  antiques  sont  de  mauvaise 
prise  pour  les  Arabes  qui  n'y  touchent  que  pour  s'assurer 
de  leur  peu  de  valeur.  «  A  Korna,  les  quatre  kèleks  se  réu- 
nirent ensemble.  Bientôt  après,  nous  vîmes  venir  en  cha- 
loupe le  cheik  Abboud  des  Sa'ad  avec  sa  tribu,  qui  se 
jetèrent  sur  les  kèleks,  la  plupart  sur  celui  de  M.  Clément, 
et  pillèrent  tous  les  effets  qu'on  y  avait  transbordés  ;  ils 
enlevèrent  jusqu'aux  pièces  de  bois  de  deux  kèleks,  et  les 
deux  autres  prirent  le  large.  Le  nommé  Ibn  Souèriche  tira 
un  des  deux  kèleks  (dont  le  bois  était  pris)  près  du  rivage 
et  enleva  la  totalité  des  petites  caisses  remplies  de  pierre, 
ainsi  que  le  reste  du  bois  qui  s'y  trouvait.  »  C'est  le  «  kèlek 

1.  Taylor  à  Jones,  Bassorah,  14  juin  1S55,  et  Clément,  note  1,  loc.  cil. 

2.  Clément  à  Place,  Maughill,  27  mai  1855. 

3.  Mes'soud-bey  à  Place,  Bassorah,  27  mai  1S55. 

4.  Taylor  à  Joncs,  Bassorah,  14  juin  1855,  et  Clément,  note  1,  loc.  cit. 

5.  Sultan  Aga,  2  juillet  1855. 


NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE       237 

portant  la  grande  figure  »  qui  «  resta  échoué  sur  la  rive  du 
fleuve,  de  sortequ'à  la  marée  montante  l'eau  la  recouvre 
et  qu'elle  reparaît  à  marée  basse  ».  —  Cette  figure  de  génie 
sera  complètement  dévorée  par  l'eau  du  fleuve  quelques  mois 
plus  tard,  et  l'on  renoncera  pour  cette  raison  à  la  sauver1. 
Voici  pour  le  premier  kèlek  ;  quant  au  second,  qui  porte 
un  taureau  ailé,  dégarni  de  tout  le  bois  que  les  Arabes  ont 
pu  lui  arracher,  il  flotte  à  peine  :  «  continuant  notre  route, 
reprend  Sultan  Aga,  avec  les  deux  kèleks,  nous  vîmes  de 
loin  une  tache  noire  sur  l'eau  qui  nous  suivait  par  derrière  ; 
peu  à  peu,  l'objet  s'approche  jusqu'à  une  distance  telle  que 
nous  avons  reconnu  que  c'était  un  des  deux  kèleks  restés 
en  arrière  portant  le  grand  taureau  dont  on  ne  voyait  que 
quatre  doigts  au-dessus  de  l'eau  ;  je  mis  tout  de  suite  deux 
hommes  (soutenus  chacun  par  deux  outres)  à  la  poursuite 
dudit  kèlek  pour  savoir  l'endroit  où  il  serait  coulé;  les  deux 
personnes  suivirent  le  kèlek  depuis  1  heure  1/2  de  nuit 2 
jusqu'au  matin,  et  enfin  ils  nous  apprirent  que  ledit  kèlek 
avait  coulé»,  en  eau  profonde  sans  doute,  car  on  n'en 
trouve  plus  trace  ensuite  et  les  sondages  entrepris  n'ont  pu 
révéler  sa  présence3.  D'ailleurs,  son  calcaire  a  dû  se  déliter 
aussi  vite  que  celui  du  génie,  et,  le  retrouverait-on,  que  ce 
ne  serait  qu'une  pierre  informe  sans  intérêt  artistique  ou 
archéologique.  Enfin  «  nous  continuâmes  notre  route  jus- 
qu'à Kout-el-Firengui  (Maaguel).  Là,  nous  avons  traîné  tous 
ensemble  la  grande  figure  à  terre,  et  le  taureau  est  resté  sur 
le  kèlek  au  bord  du  fleuve  devant  Kout-el-Firengui.  Voilà  ce 
qui  nous  est  arrivé  »,  déclare  Sultan  Aga,  fils  de  Djuma. 

1.  Clément  à  M.  Fould,  note  2.  Bassorah,  2  novembre  1855.  (Le  séjour 
des  antiquités  dans  le  fleuve  fut  de  trois  mois  environ.) 

2.  La  journée  arabe  commence  au  coucher  du  soleil,  c'est-à-dire  vers 
8  heures  à  la  fin  de  mai;  1  h.  1/2  de  nuit  correspond  donc  à  9  h.  1/2 
(21  h.  1/2). 

3.  Extrait  d'une  lettre  officielle  adressée  à  M.  le  capitaine  Jones,  gérant 
du  consulat  général  anglais  à  Iîagdad,  par  le  O  Ilolland,  commandant  le 
bateau  à  vapeur  Cornet,  21  juin  1855. 

1916  16 


238       NAUFRAGE    d' ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE 

Dès  lors,  il  ne  restait  plus  qu'a  tenter  de  sauver  ee  que 
l'on  pourrait  de  ce  naufrage,  et  ce  sera  bien  peu  de  chose  ; 
car  l'arsenal  de  Bassorah  est  démuni  de  tout  appareil  puis- 
sant et  ne  possède  pas  même  un  grelin  un  peu  fort1.  De 
plus,  la  révolte  arabe  est  toujours  maîtresse  des  rives  du 
Tigre  et  de  l'Euphrate,  rendant  les  tentatives  de  sauvetage 
périlleuses.  On  s'y  emploie  cependant  avec  activité.  Au 
départ  de  Bagdad,  aucun  inventaire  ne  fut  fait  par  Place, 
qui  se  contenta  de  donner,  verbalement,  le  nombre  des 
caisses  à  son  agent2.  Les  quatre  colosses,  la  totalité  des 
trouvailles  de  la  mission  Fresnel,  soit  41  caisses,  un  nombre 
indéterminé  de  colis  contenant  des  bas-reliefs  de  Nimroud 
et  de  Koj'oundjick  donnés  gracieusement  par  les  Anglais, 
d'autres  destinés  au  Musée  de  Berlin  3,  des  objets  person- 
nels du  consul,  sa  bibliothèque,  ses  collections  et  son 
argenterie4,  formaient  235  colis,  dont  28  seront  sauvés5. 
Voyons  comment  :  tout  d'abord,  un  grand  taureau,  qui  pèse 
près  de  32.000  kilogs  et  mesure  4  m.  17  sur  4  m.  22,  gît 
dans  la  vase  à  Maaghill.  Après  plus  de  six  mois  d'efforts  et 
de  tentatives  infructueuses,  du  9  mai  à  novembre  1855, 
Mes'soud-bey,  Clément  et  le  capitaine  Loquay  hissent  le 
taureau  à  bord  du  Manuel  le  25  novembre  ;  il  est  à  fond 
de  cale  le  26  au  soir.  Le  génie,  pesant  près  de  14.000  kilos, 
a  été  embarqué  le  1 1  novembre  et  arrimé  à  fond  de  cale 
le  1G6.  Voilà  pour  les  deux  plus  lourdes  pièces.  Mais  le 
kèlek  portant  le  génie  était  en  outre  chargé7  de  15  caisses, 
auxquelles  il  nous  faut  en  ajouter  6  autres  que  Mes'soud- 

1.  Mes'soud-bey  à  Place,  n°  2.  Bassorah,  27  mai  1855. 

2.  Clément,  note  2.  Bassorah,  2  novembre  1855. 

3.  Place  h  M.  Fould,  Bapport  n°  59,  Mossoul,  le  17  juin  1855,  et  lettres  de 
Rawlinson  à  Place.  Bagdad,  21  février  1855  ;  Place,  Ninive  et  V Assyrie, 
t.  II,  p.   133. 

4.  Place  à  M.  Fould,  Constantinople,  26  août  1855. 

5.  Extrait  du  Journal  de  bord  du  Manuel,  cap.  Loquay.  Paris,  21  juillet 
1856. 

6.  Extrait  du  Journal  de  bord  du  Manuel,  loc.  rit. 

7.  Mes'soud-bey  à  Place,  n°  2.  Bassorah,  27  mai  1855. 


NAUFRAGE    D'ANTIQUITÉS    ASSYRIENNES    DANS    LE    TIGRE       239 

bey  a  pu  reprendre  à  prix  cf  argent  et  de  cadeaux  au  cours 
de  deux  expéditions  faites  à  8  lieues  de  Bassorah1.  Puis 
un  négociant  de  Kournah,  chargé  par  Taylor,  le  consul 
anglais,  de  racheter  des  Arabes  ce  qu'il  pourrait,  rapporte 
1  caisse  et  4  mauvaises  briques  que  l'on  fait  payer  fort 
cher-.  Ce  sont  donc  24  caisses  d'antiquités,  plus  4  briques 
qui,  avec  des  estampages  d'inscriptions  feront  une  caisse3, 
le  taureau  et  le  génie,  soit  27  colis  ou  ballots  sauvés. 
Clément,  dans  l'un  de  ses  rapports,  dit  «  25  colis  grands 
et  petits,  non  compris  le  taureau  et  la  grande  figure  ». 

D'après  la  lettre  que  Clément  adressait  de  Bassorah,  le 
18  juillet  1855,  à  Achille  Murât,  gérant  du  Consulat  général 
à  Bagdad,  l'embarquement  des  caisses  qui  se  trouvaient  sur 
les  deux  kéleks  sauvés  eut  lieu  le  20  juin  à  bord  du  Manuel. 

L'inventaire  d'embarquement  du  Manuel  est  plus 
détaillé;  mais,  sauf  pour  le  taureau,  il  ne  nous  fournit 
presque  aucun  détail  sur  l'identité  des  pièces  sauvées.  Il 
compte  28  colis,  dont  2  caisses  d'objets  appartenant  au 
consul,  «  un  poisson  emballé  dans  une  natte,  V.  P.  n°  25, 
et  un  clairon  V.  P.,  n°  26  ».  Il  y  a  24  caisses  d'antiquités 
numérotées  de  1  à  24,  plus  le  génie  qui  portera  le  n°  79  4 
et  le  taureau,  n°  80  •'.  En  tout,  26  colis  d'antiquités  qui  par- 
viendront au  Musée  du  Louvre. 

Les  découvertes  de  la  mission  Fresnel,  à  quelques  briques 
près,  sont  perdues,  ainsi  que  de  nombreux  bas-reliefs  de 
Nimroud  et  de  Koyoundjick;  des  chefs-d'œuvre,  tels  que 
l'arc  triomphal  et  les  plinthes  de  briques  émaillées  du 
palais  de  Sargon  à  Khorsabad,  aucun  morceau  ne  nous  est 
parvenu.  Ce  fut  un  véritable  désastre  pour  la  science  et 
pour  nos  collections  nationales,  un  coup  terrible  de  la  for- 

1.  Clément,  note  1,  loc.  cit. 

2.  Ibid. 

3.  Paris,  Ministère  d'État,  3  juillet  18.:>6.  Muleur  est  autorisé  a  délivrer 
à  Dubrujeaud  3  caisses  ou  ballots  et  un  fragment  de  pierre  du  taureau;  une 
caisse  contenant  4  briques  et  des  papiers  à  inscriptions  cunéiformes. 

■i.  C'est  le  n"  18  du  Musée  assyrien  du  Louvre. 
5.   C'est  le  n°  li  du  Musée  assyrien  du  Louvre. 


240  LIVRES    OFFERTS 

tune  qui,  en  quelques  instants,  renversa  l'œuvre  de  cet 
homme  qui  en  est  réduit  à  implorer  du  ministre  que  Von 
veuille  bien  lui  pardonner  l'espèce  d'acharnement  qu'il  a, 
durant  quatre  années,  mis  à  ses  fouilles  '. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  le  fascicule  du 
mois  de  décembre  1915  des  Comptes  rendus  des  séances  de  l Acadé- 
mie des  inscriptions  et  belles-lettres  (Paris,  1915,  in-8°). 

M.  Omont  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie,  au  nom 
de  M.  Charles  Fremont,  professeur  à  l'École  nationale  des  Mines,  un 
mémoire  intitulé  :  Origine  de  V horloge  à  poids  (Paris,  1915,  in-4°, 
28  pages  et  figures). 

«  M.  Ch.  Fremont,  auquel  on  doit  de  nombreuses  et  savantes 
études  sur  les  sciences  mécaniques  et  leurs  diverses  applications,  a 
eu  le  mérite  de  reconnaître  au  feuillet  22  du  célèbre  album  de  l'ar- 
chitecte français  Villard  de  Honnecourt  la  plus  ancienne  fig-ure  con- 
nue du  mécanisme  à  échappement  de  l'horloge  à  poids.  Cet  album 
de  dessins  date  du  milieu  du  xme  siècle,  et  le  Journal  du  Trésor  de 
Philippe  le  Bel  (ms.  latin  9783,  fol.  3  v°  et  96)  nous  apprend  que  la 
première  horloge  du  Palais,  à  Paris,  a  été  fabriquée  un  demi-siècle 
plus  tard  par  Pierre  Pipelart  en  1299-1300.  La  découverte  de  M.  Fre- 
mont a  fait  récemment  l'objet  d'une  communication  à  l'Académie  des 
sciences  (séance  du  6  décembre  1915).  Il  a  joint  dans  le  présent 
volume  différentes  études  sur  l'horloge  de  Héron  d'Alexandrie  et 
sur  les  mouvements  d'horloges  et  autres  mécanismes  analogues  des- 
sinés dans  les  manuscrits  de  Léonard  de  Vinci.  » 

1.  Place  à  M.  Fould,  ministre  d'État,  Constantinople,  26  août  1853. 


241 


SÉANCE  DU  12  MAI 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

Le  P.  Sciieil  annonce  que  la  Commission  du  prix  Bordin 
(études  orientales)  a  décidé  d'en  partager  également  le  montant 
(soit  1500  francs  à  chacun)  entre  M.  E.  Fagnan,  professeur  à 
l'Université  d'Alger,  pour  sa  traduction  de  l'ouvrage  arabe  de 
Mawerdi  intitulé  :  Statuts  gouvernementaux,  et  M.  l'abbé  F. 
Nau,  professeur  à  l'Institut  catholique  de  Paris,  pour  ses  travaux 
sur  les  Ménologes  des  Evangéliaires  coptes-arabes  et  sur  les 
œuvres  cTAmmonas. 

Le  Président  donne  lecture  de  la  résolution  suivante  qui  rend 
publiques  les  décisions  prises  par  l'Académie  au  sujet  de  la 
donation  Arconati-Visconti  : 

«  Grâce  à  une  libéralité  de  Madame  la  marquise  Arconati- 
Visconti,  l'Académie  attribuera  cette  année  avant  le  1er  août  un 
prix  exceptionnel  de  3.000  francs,  portant  le  nom  de  Raoul 
Duseigneur,  à  des  travaux  concernant  l'art  et  l'archéologie  espa- 
gnols depuis  les  temps  les  plus  anciens  jusqu'à  la  fin  du 
xvie  siècle,  aussi  bien  que  les  trésors  artistiques  ou  archéolo- 
giques de  ces  mêmes  époques  conservés  dans  les  collections 
publiques  ou  privées  de  l'Espagne. 

«  Les  ouvrages  présentés  pour  ce  prix  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire,  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  15  juin 
1916.  Ils  devront  avoir  été  publiés  dans  le  courant  des  six  der- 
nières années.  » 

M.  Homoli.e  continue  sa  communication  sur  l'origine  des 
caryatides. 

M.  J.-B.  Chabot  commente  quelques  inscriptions  puniques 
trouvées  en  Algérie  depuis  longtemps  et  pour  lesquelles  aucune 
explication   satisfaisante  n'avait  été  proposée  jusqu'à  ce  jour  '. 

1.   Voir  ci-après. 


242  INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    d' ALGÉRIE 

MM.     Salomon    Reinacii     et     Cuïrmont-Ganneau     présentent 
quelques  observations. 


COMMUNICATION 


SLR    DEUX    INSCRIPTIONS    PUNIQUES 

ET     UNE     INSCRIPTION     LATINE     d'aLGÉRIE, 

PAR    M.    J.-B.    CHABOT. 

I 

En  1876,  le  propriétaire  d'un  terrain  situé  aux  portes  de 
Constantine,  sur  la  petite  colline  appelée  el-Hofra,  entre 
le  Rumel  et  la  route  de  Sétif,  fit  exécuter  des  travaux  pour 
la  plantation  d'une  vigne.  Les  ouvriers  mirent  au  jour  un 
certain  nombre  de  stèles  puniques  portant  des  symboles  et 
des  inscriptions.  Ces  monuments  furent  recueillis  avec 
beaucoup  de  zèle  par  un  pharmacien  italien,  depuis  long- 
temps établi  à  Constantine,  Lazare  Costa.  Cet  amateur 
réussit  ainsi  à  constituer  une  fort  belle  collection  qui  com- 
prenait environ  120  stèles.  Il  mourut  l'année  suivante,  et  la 
collection  fut  achetée  parle  Louvre. 

La  majeure  partie  des  monuments  qui  la  composent  est 
encore  inédite.  Le  Dr  V.  Reboud,  dans  une  notice  consacrée 
à  la  mémoire  de  Costa  *,  a  donné  le  fac-similé -de  35  stèles, 
qui  furent  interprétées  avec  plus  ou  moins  desuccès,  par 
M.  Abel  Cohen,  grand-rabbin  d'Alger 2.  M.  Ph.  Berger  a  con- 
sacré à  l'ensemble  de  la  collection  une  étude3  dans  laquelle 

1.  Quelques  mots  sur  les  stèles  néopuniques  découvertes  par  Lazare 
Costa,  dans  le  Recueil  des  notices  et  mémoires  île  la  Société  archéologique 
de  Constantine,  t.  XVIII  (1877),  p.  134  et  suiv. 

2.  Inscriptions  puniques  et  néopuniques  de  Constantine  (el-Hofra); 
même  recueil,  t.  XIX,  p.  2J2  et  suiv. 

3.  Dans  les  Actes  du  XIe  congrès  des  Orientalistes  (Paris,  1897),  IV°  sec- 
tion, p. 273-274. 


INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    D'ALGÉRIE  243 

il  a  fait  ressortir  le  caractère  particulier  de  ces  monuments, 
et  fixé  la  place  qu'ils  occupent  dans  l'épigraphie  phéni- 
cienne ;  ces  stèles  marquent  la  transition  entre  les  inscrip- 
tions puniques  et  les  inscriptions  franchement  néo-puniques. 

Quelques  stèles  recueillies  par  Costa  ont  été  distraites 
de  sa  collection  avant  qu'elle  n'entrât  au  Louvre.  On  ignore 
ce  qu'elles  sont  devenues.  Lune  d'elles,  retrouvée  depuis 
une  dizaine  d'années,  est  maintenant  au  Musée  de  Cons- 
tantine.  C'est  celle  dont  je  veux  tenter  l'interprétation.  Elle 
est  brisée  en  haut  et  en  bas,  mais  l'inscription  est  demeu- 
rée intacte.  Au-dessous  de  l'inscription  se  trouve  une  figure 
composée  de  huit  petites  cavités  disposées  sur  deux  rangs 
séparés  par  une  fossette  rectangulaire.  Des  représentations 
analogues  se  sont  déjà  rencontrées  sur  d'autres  stèles 
puniques  1.  On  les  regarde  comme  des  tahulae  lusoriae. 

Cette  stèle  incomplète  a  été  reproduite  par  le  D1'  Reboud, 
dans  la  notice  dont  j'ai  parlé,  sous  le  n°  11.  M.  Hinglais, 
qui  a  signalé  la  présence  de  la  stèle  au  Musée  de  Constan- 
tine,  dans  le  Bulletin  archéologique  2,  dit  que  la  reproduc- 
tion de  Reboud  n'est  pas  exacte,  attendu  que  la  pierre  ne 
porte  qu'une  seule  rangée  de  quatre  trous.  Cette  critique 
n'est  pas  fondée.  S'il  n'y  a  plus  actuellement  que  quatre 
trous,  cela  prouve  que  la  pierre  a  été  endommagée  depuis 
l'époque  où  elle  était  en  la  possession  de  Costa  ;  car  un 
estampage  envoyé  par  ce  dernier  à  la  Commission  du 
Corpus,  au  moment  même  de  la  découverte,  montre  que 
l'aspect  extérieur  a  été  très  fidèlement  reproduit  dans  la 
gravure. 

L'inscription,  placée  dans  un  cartouche  rectangulaire, 
comprend  cinq  lignes  d'écriture.  Elle  est  divisée  en  deux 
parties;  la  séparation  est  marquée  par  un  alinéa,  de  cette 
manière  : 

1.  Voir  les  planches  correspondant  aux  n°*  i .'ï S  et  2.Î77  du  C.  /.  S.,  1"  partie: 

2.  Bull.  arch.  du  Comité  des  Travaux  historiques,  1906,  p.  ccv. —  ltép. 
d'épigr.  sém.,  n°  685. 


244  INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    l/.\LGÉRlK 

•h:  btn  n~:  ]-  SjnS  naS 
k:  vin»  p  mntirsna 

Djma  z^ei^z  rarûl 

La  première  partie,  constituée  par  les  trois  lignes  supé- 
rieures, forme  un  tout  par  elle-même.  C'est  un  ex-voto 
conçu  sur  le  môme  cliché  que  la  plupart  des  autres  inscrip- 
tions de  Constantine  : 

Au  seigneur  Baal-Hammon,  vœu  qu'a  voué  BodaUart, 
fils  de  Benhodés  ;  parce  qu'il  a  entendu  sa  voix,  il  l'a  béni. 

Il  faut  remarquer  que  le  lapicide  a  commis  deux  fautes 
en  gravant  ce  texte  :  1°  il  a  écrit  ]~  au  lieu  de  ]  -~  ;  et  il 
semble  avoir  voulu  se  corriger  en  ajoutant  un  petit  D  au- 
dessous  du  n,  entre  les  lignes  '.  2°  Au  début  de  la  3e  ligne, 
il  a  omis  le  w  de  NOW  et  l'a  ensuite  ajouté  en  marge. 

Le  seconde  partie  du  texte  contient  une  formule  tout  à 
fait  insolite  dans  l'épigraphie  phénicienne,  dont  je  ne  puis 
donner  une  explication  complètement  satisfaisante,  à  cause 
du  doute  qui  subsiste  dans  la  lecture  du  dernier  mot. 
Cette  formule  se  traduit  littéralement  :  Et  scripsi  msprm 

quadraginta    et    très Le    dernier    mot,  d'une    lecture 

douteuse,  est  vraisemblablement  un  adverbe,  modifiant  le 
verbe  scripsi.  Que  signifie  le  mot  msprm?  C'est  un  sub- 
stantif masculin,  au  pluriel,  à  l'état  absolu,  complément 
direct  du  verbe,  et  désignant  les  43  choses  qui  ont  été 
écrites.  Or,  si  on  compte  les  lettres  qui  forment  la  première 
partie  de  l'inscription,  en  ne  tenant  pas  compte  des  deux 
signes  surajoutés,  on  trouve  que  ces  lettres  sont  précisé- 
ment au  nombre  de  13.  La  première  idée  qui  se  présente 
est  donc  de  traduire  :  j'ai  écrit  43  lettres  ;  l'auteur  aurait 
en  vue  la  première  partie  de  l'inscription,  et  l'adverbe  qui 
termine  la  phrase  préciserait  la  manière  dont  ces  43  lettres 

1.  A  la  vérité,  le  >3  el  le  "J  sont  si  peu  différents  qu'f>n  pourrait  aussi 
bien  dire  qu'il  avait  écrit  Q|"j,  et  a  sousajouté  le  T  ;  de  toute  façon,  on  voit 
clairement  qu'il  avait  omis  une  lettre. 


INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    d'aLGÉRIE  245 

ont  été  gravées,  par  exemple  :  «  J'ai  gravé  exactement,  ou 
soigneusement...  »;  peut-être  contient-il  une  allusion  indi- 
recte aux  deux  lettres  omises  ;  le  sens  serait  alors  quelque 
chose  comme  :  «  J'ai  écrit  43  lettres  seulement.  » 

Cette  interprétation  ne  va  pas  sans  difficulté.  Le  mot 
□ISpO  est  évidemment  dérivé  du  verbe  "I3D,  qui  signifie 
écrire  et  graver;  l'interprétation  ne  serait  donc  pas  con- 
traire à  l'étymoloffie.  Mais  dans  tous  les  dialectes  ara- 
méens  le  mot  signifiant  proprement  une  lettre  de  l'alpha- 
bet est  ndn^  signum;  et  l'hébreu  biblique  connaît  le  même 
mot  sous  la  forme  nÏN,  que  la  Septante  traduit  correcte- 
ment par  (rrçp.Etov.  Il  y  a  donc  quelque  vraisemblance  pour 
que  dans  les  dialectes  cananéens  (hébreu  et  phénicien)  le 
même  mot  rVlN  ait  désigné  les  lettres  de  l'alphabet.  Toute- 
fois cette  objection  n'a  qu'une  portée  restreinte  ;  car  dans 
aucun  passage  de  la  Bible,  il  n'est  question  d'une  lettre 
considérée    expressément    comme    élément  de    l'alphabet. 

Une  seconde  difficulté,  qui  m'a  été  signalée  par  M.  Cler- 
mont-Ganneau,  vient  de  l'emploi  du  mot  TSD13  dans  l'usage 
biblique.  Il  n'est  employé  qu'une  seule  fois  au  pluriel  (à 
l'état  construit)  avec  le  sens  de  nombre  (I  Chron.,  xn, 
23);  il  est  fréquemment  usité  au  singulier,  également  avec 
le  sens  de  nombre  et  quelquefois  avec  le  sens  de  narra- 
tion. Faudrait-il,  en  s'appuyant  sur  cet  usage,  et  en  admet- 
tant une  irrégularité  grammaticale,  traduire  :  «  J'ai  écrit  le 

nombre  de  quarante-trois »?  Dans  cette  hypothèse,  le 

mot  final  devrait  être  un  substantif  au  pluriel;  or  sa  forme 
extérieure  n'est  guère  favorable  à  cette  supposition. 

Si  on  regarde  T\~r.z  non  pas  comme  le  verbe  à  la  pre- 
mière personne,  mais  comme  le  substantif  ^ZT2,  signifiant 
en  hébreu  script urn,  scriptura,  et  qui  se  rencontre  en  punique 
avec  ce  sens  dans  le  Tarif  des  sacrifices  de  Marseille 
[C.  I.  S.,  1,  165),  la  difficulté  est  encore  plus  grande,  car  il 
n  y  aurait  alors  aucun  verbe  dans  la  phrase. 

Le  dernier  mot  pourrait  nous  mettre  sur   la   voie   de  la 


246  INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    D'ALGÉRIE 

solution  ;  malheureusement,  la  lecture  en  est  très  douteuse. 
11  comprend  quatre  lettres;  je  crois  lire  i^N,  ou  "HiN  ;  mais 
les  deux  1  sont  seuls  certains.  La  racine  hébraïque  VU  a  le 
sens  de  «  manquer,  faire  défaut  »  ;  on  ne  voit  pas  très  bien 
comment  rattacher  ce  sens  à  ce  qui  précède.  J'ai  songé  à 
voir  dans  iTi  le  substantif  "P  «  main  »  avec  le  suffixe  de 
la  lr0  pers.  Le  sens  aurait  été  :  Tai  écrit  43  msprm  de  ma 
main',  l'auteur  aurait  voulu  indiquer  qu'il  était  à  la  fois  le 
dédicant  et  le  graveur.  Pour  arriver  à  ce  sens,  il  faut 
prendre  la  première  lettre  pour  un  2,  et  son  aspect  n'est 
pas  favorable  à  cette  lecture.  Et  quel  besoin  y  avait-il  alors 
d'exprimer  le  nombre  des  lettres  gravées  ?  Malgré  les 
obscurités  qui  subsistent  dans  l'interprétation  du  texte,  j'ai 
cru  utile  d'appeler  sur  lui  l'attention,  avec  l'espoir  qu'un 
philologue  plus  habile  parviendra  à  les  dissiper. 

II 

Le  jardin  public  de  Guelma  est  orné  de  quelques  stèles 
puniques  recueillies  dans  cette  localité  ou  provenant  de  la 
nécropole  antique  située  à  quelques  kilomètres,  au  lieu 
appelé  Aïn  Nechma.  Parmi  ces  monuments,  il  y  en  a  six  qui 
portent  des  inscriptions.  Une  de  ces  inscriptions  a  été 
publiée  dans  le  Bulletin  archéologique  de  1803  (p.  71), 
d'après  un  estampage  communiqué  par  M.  Boutroue  ;  mais 
cet  estampage  très  imparfait  ne  permettait  pas  de  lire  le 
texte  en  entier,  et  les  conjectures  faites  pour  suppléer  les 
lacunes  ne  furent  point  heureuses.  M.  Joseph  Letaille  avait 
envoyé  à  la  Commission  du  Corpus,  dès  1888,  un  estampage 
excellent  a  l'aide  duquel  on  peut  déchiffrer  l'in.,cription  à 
peu  près  intégralement.  Enfin,  une  lettre  du  Dr  V.  Reboud, 
accompagnée  aussi  d'un  estampage,  nous  apprend  que  la 
stèle  fut  découverte  en  1874. 

Voici  la  lecture  que  je  crois  pouvoir  proposer  d'après  ces 
documents  : 


INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    d' ALGÉRIE  247 

n:t2  T  px  Lapis  iste  ercctus  est 

-y  p  yvsrssh  -(o  Abdkasar  filio  lA- 

-S  M'a  VOQJtm  bdesmunis.  Erexerunt  e- 

WW1  jntwroy  N  i  'Abdesmun,  et  'Aris(us?) 

-INI  njnïWl  et  Éâdbarât,  et  'Ari- 

Diî.  KO.  W  sus,  filii  cjus 

A  la  1.  2,  le  nom  "ItWTHy  est  certain.  Je  le  retrouve  d'ail- 
leurs dans  une  autre  inscription  découverte  jadis  à  Guelma 
par  Delamarre  (néop.  $0),  et  dont  il  existe  un  moulage  au 
cabinet  du  Corpus.  Le  sens  est  «  serviteur  de  "NttD  ».  Nous 
ignorons  la  vocalisation  exacte  du  second  élément,  consti- 
tué par  un  nom  divin,  d'origine  numide  plutôt  que  phéni- 
cienne (Kasar,  Kisar,  KesarTj.  Les  noms  propres  d'homme 
WDJnn,  dans  une  inscription  conservée  au  Bardo  (C  /.  S., 
I,  3261),  et  "WO,  dans  des  inscriptions  de  Carthage  (C.  /.  S., 
I,  336,  589,  2150),  se  présentent  sous  une  forme  voisine  de 
i,V}212'J.  Il  est  assez  singulier  que  l'élément  théophore  du 
nom  "liffOJna  se  trouve  à  l'état  isolé  comme  nom  propre 
d'homme.  On  doit  sans  doute  le  considérer  comme  abrégé 
d'un  nom  où  il  occupait  la  première  place  (par  ex.  ]rTnti?iD)  ; 
la  vocalisation  était  probablement  modifiée,  et  comportait 
une  voyelle  finale  ;  comp.  le  n.  pr.  msc.  "nVl.  —  Le  3.  de  p 
avait  d'abord  été  omis,  semble-t-il.  Il  se  présente  ici  sous 
la  forme  d'une  petite  virgule  (comme  dans  beaucoup 
d'autres  textes  néopuniques),  mais  partout  ailleurs  dans 
notre  inscription  il  conserve  la  forme  la  plus  ample. 

L.  4.  L'aîné  des  enfants  porte,  selon  l'usage,  le  nom  de  son 
grand-père,  "ja^NTX?.  Le  second  nom  est  écrit  QHN  ;  et  c'est 
également  le  nom  du  quatrième  fils.  Cette  répétition  paraît 
surprenante.  En  y  regardant  de  près,  je  crois  distinguer  à 
la  marge  de  la  5e  ligne  un  signe  confus  qui  pourrait  être  un 
D  ;  et  alors  le  nom  du  second  des  fils  serait  à  lire  D^tX- 

On  connaît  un  certain  nombre  de  noms  phéniciens  qui 
se  présentent  ainsi  sous  trois  formes  masculines  très  voi- 
sines l'une  de  l'autre;  tels  sont  : 


248  INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    D'ALGÉRIE 

unx  (C.  I.  S.,I, 193, 196, etc.)  —  féminin  :  rTCHN  (228,  307)-. 
nupn  (354,910,  1025,  etc.) 
Dttnw  (249,258,  317,  etc.) 

*pv  (194,  1467,  etc.)  —  féminin  :  nS3TC/  (2051) 

NS3TC7  (969) 

QSxrc  (1523,  3176) 

Up  (366,  1428,  etc.)  11337  (178,  239,  etc.) 

N-Jp  (672)  K-Û33T  (395) 

DUp  (1 101)  D12D5?  (236.  600,  etc.) 

p:m  (569,  1380,  3091)  n:3  (417,  2070,  etc.) 

Npivr  (981,  2717)  NttttD  (2668) 

Dpa-n  (423,  632,  etc.)  arc»  (2247,  2555) 

Pour  d'autres,  on  n'a  rencontré  jusqu'ici  que  deux  de  ces 
formes  ;  il  est  à  prévoir  que  la  troisième  apparaîtra  quelque 
jour.  Ainsi  : 

n-2  (230,  288,  etc.)  ttWia  (405,  622,  etc.) 

mi(515)  awna  (673, 1328,  etc.) 

Le  nom  du  troisième  fils,  nïTDIÎfttf,  ne  figure  pas  dans  les 
listes  publiées  jusqu'ici;  mais  j'en  ai  trouvé  au  moins  trois 
exemples  certains  dans  des  inscriptions  inédites  ou  inexpli- 
quées. C'est  probablement  un  nom  numide,  dont  il  n'y  a 
pas  lieu  de  chercher  l'étymologie  dans  le  lexique  phénicien. 

Le  dernier  mot  de  l'inscription  se  compose  de  4  ou  5 
lettres  ;  les  deux  dernières  C  sont  sûres,  mais  les  signes 
qui  précèdent  sont  fort  confus.  J'ai  cru  un  moment  pouvoir 
lire  DiJN,  ou  DWD,  ce  qui  aurait  donné  un  participe  au 
pluriel  signifiant  lugentes,  afflicti.  Mais,  tout  bien  consi- 
déré, il  paraît  plus  probable  que  les  traits  placés  avant  le 
1  constituent  les  trois  éléments  distincts  d'un  n  ;  il  faudrait 
donc  lire  OTt  ou  Dirn.  L'expression  serait  naturelle  s'il 
s'agissait  du  défunt  ;  elle  répondrait  au  latin  vivus  sibi  fecil. 
Elle  l'est  moins,  si  l'on  veut  dire  que  les  quatre  fils  ont  fait 


INSCRIPTIONS    PUNIQUES    ET    LATINE    d'aLGÉRIE  249 

faire  le  tombeau  '  de  leur  père  «  de  son  vivant  »  ;  elle 
deviendrait  puérile  si  l'on  traduisait  «  de  leur  vivant  ». 
Peut-on  interpréter  «  ses  fils  vivants  »,  c'ëst-à-dire  les 
quatre  survivants  d'une  famille  plus  nombreuse?  Une  telle 
formule  est  en  dehors  des  habitudes  de  l'épigraphie  punique. 
Espérons  qu'un  exemple  plus  explicite  viendra  nous  éclairer 
sur  le  sens  exact  de  cette  locution. 

III 

A  l'estampage  de  l'inscription  dont  nous  venons  de  par- 
ler le  Dr  V.  Reboud  avait  joint  celui  d'une  inscription 
latine  provenant  de  la  Cheffia. 

Ce  texte  a  été  publié  par  Reboud  lui-même  dans  les 
Comptes  rendus  de  la  Société  de  numismatique,  1870,  II, 
p.  353.  De  là  il  est  passé  dans  le  Corpus  inscriptionum 
latinorum,  VIII,  5211. 

Presque  en  même  temps,  le  général  Faidherbe  donnait 
l'inscription,  d'après  une  copie  du  capitaine  Rouvière,  à  la 
suite  de  sa  Collection  complète  des  inscriptions  libi/ques 
(Lille,  1870),  pi.  5.  La  copie  fut  aussi  communiquée  à  Léon 
Renier.  Après  la  mort  du  savant  épigraphiste,  elle  fut 
retrouvée  dans  ses  papiers  et  publiée,  avec  les  autres 
inscriptions  de  Tunisie,  dans  le  Bulletin  archéologique  de 
1887  (p.  109,  n°  376),  par  les  soins  de  M.  Cagnat,  qui  en  tira 
un  meilleur  parti  que  ses  devanciers.  Du  Bulletin,  elle 
passa  dans  le  Supplément  au  Corpus  sous  le  n°  17392.  Ces 
copies,  trop  imparfaites,  ont  été  lues  ainsi  : 

n°  5211  d-m-s-avla  n°  17392  d-m-s-ayla 

PADAVICEMVS  PAOAVICE..V 

MEDICVS/  /  /  MIDAAVX  .  . 

PIVS-VIXIT    VL  PIVSVIX    I  I  I 

//////////// 

1.  La  «  pierre  >>  pouvait  faire  partie  d'un  véritable  tombeau  :  il  n'est  pas 
nécessaire  de  croire  que  le  monument  consistait  en  une  simple  pierre 
tombale. 


2oll  LIVRES    OFFERTS 

L'estampage  donne  la  lecture  suivante  : 

D-M-SAV-  ' 
SADAVIS-F-NV 
MIDA   MISIC 
PIVS-VIX-AN   LrX] 

A  la  1.  1,  il  semble  impossible  de  lire  AVLA  ;  après  le  V 
il  y  a  deux  caractères  peu  distincts,  dont  le  premier  paraît 
être  un  C,  et  la  place  pour  un  troisième  dont  on  ne  voit 
pas  trace  sur  l'estampage,  mal  venu  en  cet  endroit. 

A  la  1.  2,  l'aspect  du  V  de  Sadavis  n'est  pas  entièrement 
satisfaisant  ;  mais  c'est  la  lecture  la  plus  vraisemblable. 

L.  3.  Après  Numida,  qui  est  sûr,  on  voit  assez  distinc- 
tement les  5  premières  lettres  du  mot  MISIC  I RI  .  Misiciri 
serait,  le  nom  de  la  tribu  à  laquelle  appartenait  le  défunt. 
La  manière  dont  nous  complétons  ce  mot  est  appuyée  sur 
la  comparaison  de  deux  épitaphes  provenant  de  la  même 
nécropole,  qui  mentionnent  un  trihunus  Misiciri  (VIII, 
5217,  5218).  Ce  nom  répond  fort  exactement,  du  moins  en 
apparence,  au  mot  libvque  =0£XD.  qui  se  lit  sur  la  plu- 
part des  épitaphes  numides  recueillies  au  même  endroit 
(Reboud,  n°*7,  14,  221,  230,  etc.). 

L.  i.  Le  second  chiffre  n'est  pas  très  net  sur  l'estampage. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente  à  L'Académie  un  nouveau 
volume  du  Recueil  des  Historiens  de  France  consacré  aux  Pouillés 
de  la  province  de  Trêves,  par  Auguste  Longnon  et  l'abbé  Victor 
Carrière  :  les  événements  présents  donnent  un  air  d'actualité  à  ce 
volume  qui  renferme  les  documents  intéressant  les  trois  évêchés, 
Toul,  Verdun  et  Metz,  et  parce   que   M.  l'abbé  Carrière  est  mobilisé. 

M.  Camille    Jullian     présente,   au    nom    de  l'auteur,    M.    Pierre 


LIVRES    OFFERTS  2î)l 

Duhem,  membre  de  l'Académie  des  sciences,  professeur  à  l'Université 
de  Bordeaux  le  4e  volume  de  son  ouvrage  intitulé  :  Le  système  du 
monde;  histoire  des  doctrines  cosmologiques  de  Platon  à  Copernic 
(Paris,  1916,  in-4°). 

M.  Collignox  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le  second  fasci- 
cule du  tome  XX  des  Monuments  et  Mémoires  de  la  fondation  Piot  : 

«  Ce  fascicule  contient  les  Tables  des  vingt  premiers  volumes 
dressées  par  M.  Léon  Dorez.  Dans  l'avertissement,  l'auteur  a  indi- 
qué la  méthode  qu'il  a  suivie,  en  se  limitant  à  deux  tables,  la  pre- 
mière, alphabétique,  comprenant  les  noms  et  les  matières,  la  seconde 
donnant  la  liste  des  illustrations.  Il  suffit  de  parcourir  ce  fascicule 
pour  se  rendre  compte  du  travail  accompli  par  M.  Léon  Dorez  avec 
autant  de  zèle  que  de  dévouement.  L'Académie  s'associera  certaine- 
ment aux  très  vifs  remerciements  que  je  lui  adresse  au  nom  de  la 
Commission  Piot,  en  le  félicitant  d'avoir  mené  à  bonne  fin,  au  prix 
de  longs  efforts,  un  travail  si  méritoire,  dont  il  est  aisé  de  mesurer 
l'étendue.  Grâce  à  ses  soins,  les  vingt  premières  années  des  Monu- 
ments et  Mémoires  reçoivent  un  complément  indispensable.  Ces 
Tables  permettent  de  prendre  une  idée  exacte  des  monuments  et  des 
articles  publiés  jusqu'à  ce  jour  sous  la  direction  de  notre  regretté 
Secrétaire  perpétuel  Georges  Perrot  et  de  notre  confrère  M.  de  Las- 
teyrie.  » 

M.  le  comte  Durrieu  a  la  parole  pour  un  hommage  : 
«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  de  la  part  de  l'auteur, 
M.  Henry  Martin,  administrateur  de  la  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  une 
publication  intitulée  :  La,  guerre  au  XVe  siècle  (Paris,  II.  Laurens 
éditeur,  in-4°).  J'ai  déjà  eu  l'occasion  de  dire  devant  vous  en  quelle 
particulière  estime  il  faut  tenir  les  travaux  consacrés  par  M.  Henry 
Martin  aux  miniaturistes  du  moyen  âge  et  à  leurs  œuvres.  Mettant  à 
profit  une  science  très  sûre  et  étendue,  vivant  en  contact  permanent 
avec  les  précieux  manuscrits  de  la  Bibliothèque  de  l'Arsenal  aux- 
quels il  a  consacré  sa  vie,  il  fait  preuve  en  outre,  dans  ses  travaux, 
d'excellents  principes  de  méthode  et  d'une  prudence  raisonnée  qui 
attachent  un  caractère  très  scientifique  à  toutes  ses  productions.  Mais, 
en  même  temps,  c'est  un  esprit  ingénieux  qui  sait  mettre  en  relief 
les  côtés  curieux  et  pittoresques  des  créations  de  nos  vieux  peintres 
miniaturistes.  En  ce  moment  où  la  préoccupation  de  la  guerre 
domine  toutes  les  autres  pensées,  il  a  eu  l'idée  de  montrer,  en 
reproduisant  une  suite  de  trente  miniatures  choisies  avec  beau- 
coup de  discernement,  comment  nos  aïeux  se  battaient  au  xv°  siècle. 
Prenant  les  opérations  dès  le  début  de   ce  que  nous    appellerions 


2')2  LIVRES   OFFERTS 

aujourd'hui  La  «  mobilisation  »,  il  les  suit  ;'i  travers  toutes  les  phases 
de  la  lutte  jusqu'au  moment  où  le  roi  de  France  rentre  enfin  victo- 
rieux, ramenant  triomphantes  les  bannières  de  la  Patrie.  Un  texte 
écrit  sobrement,  mais  inspiré  des  meilleures  données  archéologiques, 
accompagne  les  images.  Le  tout  forme  un  ensemble  très  vivant  d'as- 
pect, qui  instruira  et  intéressera  certainement  beaucoup  le  grand 
publie,  et  que  j'ai  plaisir  a  signaler  également  à  L'attention  des  éru- 
dits.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  offre  à  l'Académie,  au  nom  de  l'auteur 
M.  le  1>'  V.  Leblond,  président  de  la  Société  académique  de  l'Oise, 
un  travail  intitulé  :  La  topographie  romaine  île  Beauvais  et  son 
enceinte  au  IVe  siècle  (extr.  du  Bulletin  archéologique,  1915)  : 

«  Jusqu'à  ce  jour,  les  antiquités  romaines  de  Beauvais  avaient  été 
étudiées  isolément.  M.  le  l)r  Leblond  a  le  mérite  d'en  reprendre 
sérieusement  l'examen,  en  tenant  compte  de  toutes  les  trouvailles 
connues  :  il  nous  présente  un  tableau  d'ensemble  formant  en  quelque 
sorte  l'esquisse  d'une  histoire  de  la  formation  et  du  développement 
de  la  ville  romaine.  Les  Bellovaques  dépendaient  de  la  province  de 
Belgique;  les  nombreuses  routes  qui  traversaient  leur  territoire 
mettaient  leur  capitale  en  communication  avec  les  chefs-lieux  des 
peuples  voisins,  Amiens,  Beim£,  Senlis,  Paris,  Bouen,  etc.  La  décou- 
verte du  balnéaire  de  Saint-Etienne, faite  à  Beauvais,  il  y  a  quelques 
années,  a  ravivé  dans  cette  ville  le  goût  des  recherches  archéolo- 
giques et  ramené  l'attention  sur  le  tracé  de  1  enceinte  romaine  dont 
les  vestiges  ont  été  relevés  avec  plus  de  soin. 

k  M.  le  D1  V.  Leblond  a  eu  la  bonne  fortune  d'acquérir  en  janvier 
1914  les  notes  manuscrites  relatives  au  Beauvaisis  qui  faisaient 
partie  de  la  collection  du  comte  de  Troussures.  Dans  cette  précieuse 
mine  de  renseignements,  notamment  dans  les  papiers  du  chanoine 
Léonor  Foy  1624-1700),  abbé  de  Saint-Ililaire,  il  a  trouvé  des  docu- 
ments d'un  grand  intérêt.  Le  plan  du  temple  du  mont  Capron, 
imparfaitement  connu  jusqu'ici,  en  est  extrait,  ainsi  que  les  détails 
précis  sur  les  découvertes  qui  furent  faites  sur  ce  point  au 
xvne  siècle.  Au  commencement  du  ive  siècle,  les  habitants  de  Beau- 
vais reconstruisirent  leur  cité  sur  un  périmètre  restreint,  dans  la 
portion  occidentale  de  la  première  ville  romaine,  et  l'entourèrent  de 
nouveaux  remparts  à  la  base  desquels  ils  placèrent  à  la  hâte, 
comme  on  le  fit  dans  les  autres  villes  de  la  Gaule,  les  gros  blocs 
taillés  et  sculptés  provenant  des  édifices  détruits  par  les  Barbares. 
Cette  nouvelle  enceinte  avait  la  forme  d'un  quadrilatère  à  peu  près 
régulier  dont  chaque  angle  était  défendu  par  une  tour  carrée;  dans 


SÉANCE    DU    19    MAI    1916  253 

les  intervalles,  tous  les  20  ou  22  mètres,  des  Eours  rondes  mesurant 
3m50  de  diamètre,  débordaient  de  2  mètres  le  profil  de  la  muraille. 
Le  plan  dressé  par  le  chanoine  Foy  de  Samt-Hilaire  en  montre  net- 
tement l'emplacement  et  les  dispositions.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  dépose  ensuite  sur  le  bureau,  en  son 
nom  et  au  nom  de  M.  Etienne  Michon,  conservateur-adjoint  au  Musée 
du  Louvre,  quinze  fascicules  intitulés  :  Musée  du  Louvre.  Départe- 
ment des  antiquités  grecques  et  romaines.  Acquisitions  et  dons,  not  II, 
IV  à  XVII,  1898,  1900  à  1913  (extr.  du  Bulletin  de  la  Société  natio- 
nale des  Antiquaires  de  France). 

Ces  fascicules  renferment  la  description,  année  par  année,  de 
tous  les  objets  entrés  au  département  des  antiquités  grecques  et 
romaines  soit  par  suite  d'acquisitions,  soit  par  suite  de  dons.  On  y 
trouve  quelques  images  et,  pour  chaque  année,  des  listes  de  dona- 
teurs et  de  provenances. 


SÉANCE  DU  19  MAI 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

Le  Secrétaire  perpétuel  lit  une  lettre  de  M.  le  Dr  Carton, 
correspondant  de  l'Académie,  annonçant  que  le  Gouvernement 
français  vient  de  lui  retirer  les  prisonniers  allemands  employés 
aux  fouilles  de  Bulla  Regia  pour  les  envoyer  en  France  où  ils 
seront  employés  aux  travaux  agricoles  ;  il  les  a  remplacés  par 
une  équipe  d'indigènes. 

M.  Eude,  en  réponse  à  la  lettre  de  M.  Mirot,  lue  dans  la  pré- 
cédente séance,  adresse  au  Secrétaire  perpétuel  la  lettre  suivante  : 

Paris,  17  mai  1916. 
Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 

J'apprends  aujourd'hui  seulement,  et  d'une   manière   assez  va^ur, 
qu'il  a  été  écrit  à  l'Académie  des  inscriptions   une   lettre   contredi- 
sant la  communication  que   j'ai  eu  l'honneur   de   l'aire   devant  cette 
Académie,  au  sujet  de  l'ancien  hôtel  de  Vaucouleur  à  Paris. 
1916  n 


254  SÉANCE    DU    19    MAI    1916 

J'accepte  la  contradiction  avec  facilité,  même  avec  gratitude,  lors- 
qu'il est  démontré  que  j'ai  tort.  Mais  esl-ce  bien  le  cas  ici?  Qu'il 
existe  plusieurs  Vaucouleur  en  France,  personne  ne  l'ignore;  mais 
cela  n'importe  pas  dans  la  question.  Ce  qu'il  convient  d'expliquer, 
c'est  la  phrase  qui  fait  la  base  de  ma  communication  et  qui  figure, 
notée  d'une  écriture  du  xvne  siècle,  dans  les  marges  des  Annales 
d'Aquitaine,  sous  un  croquis  aux  armes  des  Du  Lys,  c'est-à-dire  de 
Jeanne  d'Arc  :  «  Et  en  l'an  1616,  telles  armes  furent  trouvées  sui- 
te une  vitre  d'une  vieille  salle  basse  ou  cuisine  d'une  maison  en  la 
«  rue  des  Poulies,  appelée  communément  l'hostel  de  Cypierrc,  et 
<(  jadis  l'hostel  de  Vaucouleur,  à  cause  que  c'estoit  la  maison  et 
«  hostel  de  ladite  Pucelle,  qui  estoit  de  Vaucouleur.  » 

Je  crains  que  mon  honorable  contradicteur,  ne  connaissant  ma 
communication  que  par  le  résumé  de  quelques  lignes  qu'en  ont 
donné  les  journaux,  n'en  ait  pas  bien  saisi  le  sens  et  la  portée. 

Il  a  (me  dit-on)  établi,  par  des  documents  provenant  des  Archives 
nationales,  que  l'hôtel  de  la  rue  des  Poulies  avait  été  la  propriété 
d'une  famille  bretonne,  du  nom  de  Vaucouleur.  Rien  ne  me  déplaît 
dans  cette  nouvelle,  qui  comble  une  lacune  de  Berty  ;  mais  cela 
rend-il  compte  de  ce  fait  qu'au  début  du  xvne  siècle  les  armes  des 
Du  Lys,  c'est-à-dire  de  Jeanne  d'Arc,  existaient  sur  certaine  verrière 
dudit  hôtel?  —  Mon  explication  me  paraît  donc  rester  entière. 

Je  dirai  plus  :  dans  la  lettre  qui  m'est  signalée  et  dont  j'ignore 
l'exact  contenu,  loin  de  trouver  le  renversement  des  idées  que  j'ai 
présentées,  je  trouve  au  contraire  la  confirmation  directe  de  mon 
hypothèse.  J'ai  cru  pouvoir  avancer  que  la  dame  des  Armoises  aurait 
été,  lors  de  son  arrivée  à  Paris,  accueillie  par  une  riche  famille  de 
la  capitale  :  la  famille  bretonne  des  Vaucouleur  était  toute  indiquée 
pour  ce  rôle.  Se  rattacher  à  la  Pucelle,  à  la  guerrière  qui  se  procla- 
mait la  Pucelle,  aura  semblé  la  chose  la  plus  honorable  pour  cette 
famille,  en  raison  de  son  propre  nom  ;  est-ce  que  le  frère  de  Jeanne 
d'Arc  ne  s'était  pas  rattaché  lui-même  à  la  dame  des  Armoise^  '.' 
Rien  ne  s'oppose  à  ce  qu'une  famille  bretonne  «  de  Vaucouleur  » 
en  ait  fait  autant;  et  comme  preuve  d'une  origine  commune,  d'une 
parenté  glorieuse,  elle  aura  vraisemblablement  emprunté  le  blason 
des  Du  Lys,  qui  figurait  encore  en  1616  sur  la  vieille  vitre  de  la  rue 
des  Poulies. 

Je  vous  serai  très  obligé,  Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel,  de  vou- 
loir bien  me  faire  tenir  une  copie  de  la  lettre  sus-visée,  afin  que  je 
puisse  répondre  en  pleine  connaissance  de  cause  ;  car  jusqu'ici,  ne 
sachant  que  très  imparfaitement  ce  qu'elle  contient,  il  m'est  assez 
difficile  de  me  défendre. 


séance  du  26  mai  1916  255 

M.  Théodore  Reinach  communique  une  épigramme  grecque 
inédite  qui  a  figuré  il  y  a  quelques  années  dans  une  vente  d'an- 
tiquités. Elle  est  adressée  à  une  poétesse  ou  musicienne,  qualifiée 
de  Sirène,  qui  a  mis  en  scène  une  pièce  ou  un  ballet  où  figu- 
raient des  sirènes. 

M.  Camille  Jullian  lit  une  lettre  de  M.  De  Pachtere  annonçant 
que  dans  une  des  tranchées  de  Salonique  a  été  découvert  le 
couvercle  d'un  sarcophage  d'époque  romaine. 

Le  Président  annonce  que  la  Commission  du  prix  Barbier 
Muret  a  arrêté  avant  la  séance  les  décisions  qu'elle  remettra 
à  ses  commissaires  pour  être  présentées  à  la  Commission 
Debrousse  et  par  celle-ci,  s'il  y  a  lieu,  à  l'Institut  réuni  en  séance 
plénière. 

Il  rappelle  en  même  temps  qu'un  mois  s'est  écoulé  depuis  la 
perte  cruelle  que  l'Académie  a  faite  en  la  personne  de  M.  Barth. 
Il  consulte  l'Académie  pour  savoir  s'il  y  a  lieu  de  procéder  au 
remplacement  de  notre  regretté  confrère.  —  L'Académie  décide 
de  remettre  l'élection  à  six  mois. 

L'Académie  propose  pour  le  concours  du  Prix  ordinaire  du 
budget  à  décerner  en  1919  le  sujet  suivant  :  Les  institutions 
militaires  en  France,  de  la  mort  de  Louis  XI  à  la  fin  des 
guerres  d'Italie  [1559). 

Dépôt  des  Mémoires  au  Secrétariat  de  l'Institut  avant  le 
1er  janvier  1919. 


SEANCE    DU    26    MAI 


PRESIDENCE    DE     M.     MAURICE    CROISET. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  de  la  correspondance 
qui  comprend  :  1°  une  lettre  de  M.  l'abbé  Nau  remerciant  l'Aca- 
démie pour  l'attribution,  à  lui  faite,  d'une  part  du  prix  Bordin 
(Orient);  —  2°  une  lettre  par  laquelle  M.  le  Gouverneur  général 


236  LIVRES    OFFERTS 

de  l'Indo-Chine  annonce  à  l'Académie  son  intention  de  créer 
dans  ce  pays  un  dépôt  d'Archives  générales  et  la  prie  de  réserver 
une  des  bourses  de  pensionnaire  actuellement  vacantes  à  l'Ecole 
française  d'Extrême-Orient  à  un  candidat  possédant  le  diplôme 
d'archiviste  paléographe  ;  —  cette  lettre  est  renvoyée  à  la  Com- 
mission de  l'Ecole  d'Extrême-Orient  ;  —  3°  une  lettre  de  notre 
confrère  M.  Marcel  Dieulafoy,  nous  annonçant  la  mort  de  sa 
femme,  MmeJane  Dieulafoy. 

Le  Président  exprime  le  sentiment  de  compassion  profonde  que 
cette  perte  douloureuse  excite  dans  l'Académie  et,  en  quelques 
mots  émus,  assure   notre   confrère  de   toute    notre   sympathie. 

M.  Homolle  termine  la  lecture  de  son  mémoire  sur  l'origine 
des  caryatides. 

M.  Collignon  présente  quelques  observations. 

L'Académie  choisit  pour  faire  partie  de  la  Commission  du  prix 
Thorlet  MM.  Collignon,  Prou,  Cordier  et  Dlrrieu. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  le  comte  Durrieu  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  de  la  part  de  Madame  Joseph 
Delaville  Le  Roulx,  un  livre  posthume  de  son  mari,  intitulé  :  Les 
Hospitaliers  à  Rhodes  jusqu'à  la  mort  de  Philibert  de  Naillac.  1.310- 
1  121  (Paris,  grand  in-8°  de  425  pages).  Le  très  regretté  Joseph 
Delaville  Le  Roulx  corrigeait  les  épreuves  de  ce  volume  quand  le 
trépas  est  venu  subitement  l'enlever.  Il  n'a  pas  pu  y  apporter  cette 
ultime  révision  à  laquelle  il  s'était  adonné  avec  tant  de  soins  pour 
ses  précédentes  publications  et  que,  seul,  peut  pousser  à  sa  pleine 
perfection  l'auteur  lui-même,  profondément  familiarisé  avec  son 
sujet.  Mais  l'œuvre,  heureusement,  se  dressait  déjà  dans  toute  son 
intégrité.  Notre  illustre  confrère,  M.  le  marquis  de  Vogué,  a  bien 
voulu  écrire  pour  ce  volume  une  préface  qui  en  signale  l'importance 
et  l'intérêt.  De  cette  préface,  il  ressort  que  la  période  de  l'histoire  de 
l'Ordre    des   Hospitaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  (devenu  plus 


LIVRES    OFFERTS  257 

tard  l'Ordre  de  Malte)  qui  est  embrassée  dans  le  livre  est  non  seule- 
ment la  période  la  plus  brillante  de  l'histoire  de  l'Ordre,  mais  aussi 
la  période  «  la  plus  française  »;  et  M.  le  marquis  de  Vogué  constate 
que  nombre  de  nos  compatriotes  «  revivent,  comme  il  le  dit  très 
justement,  dans  le  récit  fortement  documenté  de  Joseph  Delaville 
Le  Roulx  ». 

<(  Cet  ouvrage  est  la  suite  d'un  autre  volume,  paru  en  1904,  sur  Les 
Hospitaliers  en  Terre  Sainte  et  à  Chypre,  qui,  réuni  au  monumental 
Cartulaire  général  des  Hospitaliers  du  même  auteur,  fit  décerner  à 
Joseph  Delaville  Le  Roulx  par  notre  Académie  le  premier  prix 
Gobert.  En  le  parcourant,  on  comprend  encore  plus  la  perte  qu'a 
faite  l'érudition  française  par  la  disparition  prématurée  de  ce  savant 
qui,  après  avoir  déjà  tant  travaillé  pour  l'histoire  de  l'Orient  latin, 
se  proposait  de  continuer  à  utiliser  encore  dans  des  publications  suc- 
cessives le  vaste  ensemble  de  matériaux  scientifiques  réuni  par  lui 
avec  une  inlassable  activité.  » 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE     DES     INSCRIPTIONS 

ET    BELLES- LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE    DE    M.  MAURICE   CROISET 
SÉANCE  DU  2  JUIN 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

La  correspondance  comprend  deux  lettres  :  l'une,  de 
M.  Fagnan,  remerciant  l'Académie  de  lui  avoir  décerné  une  part 
du  prix  Bordin  (Orient)  —  ;  l'autre,  de  M.  Clouzot,  la  remerciant 
de  lui  avoir  accordé  une  subvention  de  mille  francs  pour  com- 
pléter ses  recherches  dans  les  bibliothèques  de  Suisse. 

M.  Cagnat  communique,  de  la  part  de  M.  Merlin,  le  texte 
d'une  inscription  trouvée  dans  les  fouilles  de  l'ancienne  ville  de 
Thuburbo  Majus  en  Tunisie.  Elle  mentionne  les  purifications 
auxquelles  devaient  se  soumettre  les  fidèles  d'Esculape  avant  de 
pénétrer  dans  son  temple  (abstinence  de  certains  mets,  non  fré- 
quentation des  bains  publics,  etc.).  Ce  document  est  unique  jus- 
qu'à présent  parmi  les   inscriptions  latines1. 

M.  Héron  de  Villefosse  présente,  de  la  part  du  lieutenant 
Louis  Châtelain,  actuellement  au  Maroc,  fils  de  notre  confrère, 
la  photographie  d'un  monument  intéressant,  découvert  au  com- 
mencement de  l'année  1916  dans  les  ruines  de  la  ville  romaine 

1 .   Voir  ci-après. 


260 


SÉANCE    DU    2    JUIN    1916 


de  Volubilis.  Il  a  été  trouvé  en  déblayant  l'une  des  pièces  d'un 
édifice  situé  au  Sud-Ouest  de  Tare  de  triomphe. 

C'est  un  chien  en  bronze,  creux,  recouvert  d'une  belle  patine 
et  de  dimensions  assez  considérables  puisqu'il  mesure  0m63  de 
longueur;  sa  hauteur  atteint  0  "'  "25  au  garrot  et  0m  315  à  l'at- 
tache des  reins.  Cette  différence  de  hauteur  s'explique  par  son 
attitude.  Il  est,  en  effet,  représenté  dans  la  position  du  «  chien 
aboyant  au  ferme  »,  le  cou  tendu,  la  tête  portée  en  avant,  la 
gueule  ouverte,  les  oreilles  rabattues  ^en   arrière,  les   pattes    de 


Chien  en  bronze  découvert  dans  les  ruines  de  Volubilis  (Maroc). 

devant  allongées  et  raidies  par  suite  d'un  brusque  arrêt,  ce  qui 
amène  forcément  l'abaissement  de  son  avant-train.  Le  mouve- 
ment est  remarquable  et  bien  rendu.  L'animal  à  poil  ras  est 
maigre  ;  ses  côtes  apparaissent  sous  la  peau  ;  la  queue  est  courte, 
mince  et  relevée  en  trompette;  il  porte  un  collier  au  cou.  C'est 
un  chien  courant  d'Afrique  du  genre  sloughi. 

Le  bronze  a  subi  quelques  petits  dommages  :  du  côté  droit  de 
la  mâchoire  deux  grosses  dents  ont  disparu  et  le  pied  postérieur 
gauche  manque;  l'animal  a  également  perdu  l'œil  gauche.  Au 
moment  de  la  découverte,  il  paraissait  privé  d'une  bonne  partie 


SÉANCE    DU    2    JUIN     1916  261 

de  sa  queue,  ce  qui  lui  donnait  un  air  assez  pitoyable.  Heureuse- 
ment le  morceau  manquant,  qui  était  un  morceau  rapporté,  fut 
retrouvé  dans  le  corps  du  chien;  et  on  le  remit  facilement  en 
place. 

Le  lieutenant  Châtelain,  qui  m'a  transmis  ces  détails,  ajoute 
que  ce  bronze  important  restera  à  Volubilis  et  qu'il  y  sera  con- 
servé dans  un  musée  en  voie  de  formation. 

Vers  1896,  on  a  découvert  dans  le  département  de  la  Charente, 
aux  environs  de  Luxé,  un  chien  aux  longs  poils  soyeux,  assis 
sur  son  train  de  derrière  et  haut  seulement  de  0.11.  Sa  fabrica- 
tion paraît  être  analogue  à  celle  du  chien  de  Volubilis.  Le  corps 
de  Tanimal  a  été  finement  modelé  dans  une  feuille  de  bronze 
très  mince  ;  ses  pattes  de  devant,  qui  battaient  dans  le  vide  en 
faisant  saillie,  avaient  été  rapportées  comme  la  queue  du  chien 
de  Volubilis;  elles  se  sont  détachées  et  on  n'a  pas  eu  la  chance 
de  les  retrouver.  Leur  place  reste  indiquée  par  deux  trous 
(G.  Chauvet,  Revue  archéoL,  1901,  I,  p.  281,  fig\  12  et  13). 

M.  le  comte  Durrieu,  au  nom  de  la  Commission  du  Prix 
Fould,  annonce  que  la  Commission  a  décerné  : 

Un  prix  de  3.000  francs  à  la  Société  française  de  reproductions 
de  manuscrits  à  peintures,  pour  l'ensemble  de  ses  publications  ; 

Une  récompense  de  1.500  francs  à  M.  de  Mély  pour  son  livre 
intitulé  :  Les  primitifs  et  leurs  signatures.  Les   miniaturistes  ; 

Une  récompense  de  500  francs  à  M.  Pierre  Gusman  pour  son 
livre  sur  La  gravure  sur  bois  et  d'épargne  sur  métal. 

M.  Cuq  fait  une  communication  sur  une  inscription  latine, 
récemment  découverte  à  Volubilis  par  le  lieutenant  Châtelain 
et  dont  le  texte  a  été  publié  dans  les  Comptes  rendus  de  1915, 
p.  396.  Il  en  signale  l'intérêt  au  point  de  vue  de  l'histoire  du 
droit  public  romain. 

Claude  accorde  divers  privilèges  à  un  municipe  dont  la  popu- 
lation avait  été  décimée  par  la  guerre.  Pour  combler  les  vides 
faits  dans  les  rangs  des  citoyens,  il  promet  aux  indigènes  qui 
viendront  s'établir  sur  son  territoire  le  droit  de  cité  romaine 
et  le  conubium  avec  les  femmes  pérégrines  afin  que  les  enfants 
naissent  citoyens  romains;  il  leur  assure  en  outre  l'immunité 
des  charges  municipales  pendant  dix  ans.  Par  compensation,  il 


262  INSCRIPTION    DÉCOUVERTE    A    THUBUBBO    MAJUS 

accorde  aux  citoyens  qui,  pendant  ce  temps,  supporteront  seuls 
ces  charges,  le  droit  de  recueillir  les  biens  de  leurs  concitoyens 
tués  à  l'ennemi  sans  laisser  d'héritier.  C'est  une  dérogation  à  la 
loi  d'Auguste  qui  attribue  les  successions  vacantes  au  Trésor 
public. 

Claude  avait-il  le  droit  de  modifier  la  loi,  ou  bien  le  fisc 
impérial  était-il  déjà  substitué  au  Trésor  public?  M.  Cuq  établit 
que,  dans  les  provinces  sénatoriales,  la  substitution  du  fisc  au 
Trésor  a  été  réalisée,  à  partir  d'Hadrien,  par  une  série  de  séna- 
tus-consultes.  Pour  les  provinces  impériales,  les  documents 
jusqu'ici  connus  ne  permettaient  pas  de  faire  remonter  le  droit 
du  fisc  au-delà  du  règne  de  Trajan.  Le  passage  de  Tacite  qu'on 
a  invoqué  pour  en  établir  l'existence  sous  Tibère  n'est  pas  pro- 
bant. L'inscription  de  Volubilis  prouve  que,  dès  le  règne  de 
Claude,  l'empereur  disposait  à  son  gré  des  successions  vacantes 
dans  la  Maurétanie  Tingitane.  Bien  qu'elle  ait  été  gravée  après 
sa  mort,  elle  ne  fait  aucune  allusion  à  une  confirmation  du  Sénat. 

L'attribution  des  successions  vacantes  à  certaines  cités  pro- 
vinciales est  un  fait  connu  par  un  rescrit  de  Dioclétien.  mais 
on  n'en  avait  qu'un  exemple  relatif  à  une  ville  de  Bithynie,  et 
l'on  ignorait  les  causes  qui  avaient  déterminé  les  empereurs  à 
renoncer  au  droit  du  fisc.  L'inscription  de  Volubilis  nous  en  fait 
connaître  une  et  nous  indique  en  même  temps  dans  quelles 
limites  le  privilège  fut  accordé. 


COMMUNICATION 


UNE     NOUVELLE     INSCRIPTION     DÉCOUVERTE    A    THUBURBO     MAJUS, 

PAR    M.    ALFRED    MERLIN, 
DIRECTEUR    DU    SERVICE    DES    ANTIQUITÉS    DE    LA    RÉGENCE 

DE    UNIS. 

Parmi  les  inscriptions   intéressantes   récemment  décou- 
vertes dans  les   thermae  aestivalês  de   Thuburbo  Majus{, 

1.  Sur  cet  édifice  et  sur  les  inscriptions  qu'on  y  a  découvertes,  cf.  Mer- 


INSCRIPTION    DÉCOUVERTE    A    THUBURBO   MAJUS  263 

il  en  est  une  qui  mérite  d'être  tout  spécialement  mise  en 
évidence.  C'est  le  curieux  rituel  d'un  sanctuaire  dédié  à 
Esculape. 

La  pierre  qui  porte  ce  document,  fort  étroite  (0  '"  22)  et 
très  haute  (1  ra  48),  avait  été  remployée  comme  seuil  de 
porte  entre  deux  salles,  la  face  épigraphe  en  dessous;  elle 
est  actuellement  au  Musée  du  Bardo.  Dans  sa  tranche 
gauche,  épaisse  de  0m  13,  est  pratiquée  une  grande  rainure, 
haute  de  0ra  94,  large  de  0m  06  et  profonde  de  0™  065,  où 
venait  originairement  s'encastrer  une  dalle  dressée  de 
champ.  La  tranche  droite  ne  présente  pas  d'entaille  sem- 
blable, mais  son  arête  postérieure  s'incurve  sur  presque 
toute  la  hauteur  en  un  quart  de  rond  qui  porte  les  traces 
de  trois  goujons  de  fer  scellés  au  plomb  à  0m  36,  0  m  625  et 
0ra  89  du  sommet  de  la  stèle  1.  D'après  ces  constatations, 
le  petit  pilier  de  calcaire  formait  le  jambage  gauche  d'une 
baie  ménagée  dans  une  balustrade  de  pierre  et  fermée  par 
une  grille  de  métal. 

Sur  le  devant,  qui  est  soigneusement  poli,  de  ce  pilier  est 
gravée  l'inscription  dont  les  lettres  comptent  0m  325  à  la 
première  ligne,  0m  031  à  la  seconde,  0  ,n  028  de  la  troisième 
à  la  quatorzième,  0  m  026  à  la  quinzième,  0m  024  à  la  sei- 
zième, 0m  22  à  la  dix-septième,  0m  019  aux  dix-huitième 
et  dix-neuvième,  0m  016  à  la  vingtième  : 

IVSSVpDOMNp 
AESCV  LAP Ip 
L  C5  NVMISIVSpLpFcj 
VITALIS 
5  PODIV    M     p   DE 

SVO  15  FECI  T 


lin,  Bail.  arch.  du  Comité,  1915,  procès-verbaux   de   la    Commission    de 
l'Afrique,  mars:  191G,  ihid.,  février  et  mars. 

1.  Distants  entre  eux,  par  conséquent,  de  0  '"  205. 


26  1  INSCRIPTION    DÉCOUVERTE    A    THL'BURBO   MAJUS 

Q  V  I  S  Q  [5     INTRAp 

POD I V  M   P  AD 

SCEN  DERE pVO 
10  LET  p  A   p  MVLI 

ERE  [5  A  P  S  VILLA 

ApFABA  t5  A  p  TON 

SOREpA bali 

NEO  C5  COM  M  V 
15  NE  p  C  VSTODI 

ATpTRIDVO 

CANCE  L  LOSp 

CALCI  ATVSps 

INTRAREpNO 
20  L I T  O 

Cette  inscription  appartient  à  la  catégorie  des  règle- 
ments sacrés  qui  étaient  sans  doute  affichés  à  la  porte  de 
tous  les  sanctuaires  et  qui  faisaient  connaître  «  par  quels 
actes,  par  le  contact  de  quels  animaux  et  de  quels  objets 
une  personne  devenait  impure  et  perdait  le  droit  d'entrer 
dans  le  hieron^  ».  On  possède  quelques  spécimens  de  ces 
rituels  dans  le  monde  grec  2  ;  mais  jamais  encore  on  n'en 
avait  signalé  dans  l'Afrique  romaine. 

Les  prescriptions  qu'édicté  notre  texte  rentrent  pour  la 
plupart  dans  des  séries  courantes.  Nous  nous  bornerons 
ici  à  quelques  comparaisons  des  plus  succinctes,  le  peu  de 
temps  dont  nous  disposons  ne  nous  permettant  pas  pour  le 

1.  S.  Reinach,  Traité  d'épigraphie  grecque,  p.  104. 

2.  Cf.  S.  Reinach,  op.  cit.,  p.  105  et  suiv.;  Bouché-Leclercq,  clans  Darem- 
berg  et  Saglio,  Dict.  des  antiquités,  III,  en  part.  p.  1124.  —  A  Lindos  (Le 
Bas-Foucart.  Inscr.  de  la  Grèce,  II,  p.  171  ;  Michel,  Rec.  des  inscr.  grecq., 
n°  "23);  à  lalysos  (Newton,  Trans.  of  the  Royal  Soc.  of  Literature.  XI, 
p.  443  :  à  Acacesion,  en  Arcadie  (Dittenberger,  Sylloçje  inscr .  graec. , 
nu  939);  à  Andania,  en  Messénie  (Dittenberger,  n°  653:  Michel,  n°  694  ;  Le 
Bas  et  Foucai't,  Mégaride  et  Péloponèse,  n°  326a  :  en  Atlique,  clans  un 
sanctuaire  de  Mon  Turannos  {Corp.  inscr.  allie,  III,  1,  2Î;  S.  Reinach, 
op.  cit..  p.   105,  n.  3;  Michel,  n°  988). 


INSCRIPTION    DÉCOUVERTE    A    THUBURBO    MAJL'S  265 

moment   une  étude  détaillée,  que  nous  souhaiterions  voir 
faire  par  d'autres. 

Une  période  d'observances  diététiques  et  de  purifications 
plus  ou  moins  longues  était  le  prélude  ou  l'accompagne- 
ment habituel  des  initiations,  des  mystères  et  des  fêtes,  la 
préparation  requise  en  général  de  ceux  qui  voulaient  s'ap- 
procher des  dieux  ou  entendre  leurs  oracles.  L'introduc- 
tion d'observances  de  ce  genre  dans  le  culte  d'Esculape 
est  peut-être  due  à  ce  que  ce  dieu,  dans  l'Afrique  romaine, 
n'est  autre  bien  souvent  que  l'Eschmoun  punique  latinisé  l. 
Toutefois  certaines  pratiques  d'abstinence  semblent  bien 
avoir  été  répandues  dans  les  Asklépieia  grecs  qui  les 
avaient  peut-être  reçues  d'Orient  ;  Philostrate  raconte  qu'un 
jeune  Assyrien  étant  venu  consulter  Asklépios  à  Aeges,  le 
dieu  le  négligea  pendant  longtemps,  parce  qu'il  ne  cessait  de 
boire  et   de   faire  bonne  chère2. 

La  continence  sexuelle  était  parmi  les  recommandations 
les  plus  usuelles;  c'est  ainsi,  par  exemple,  qu'elle  était 
ordonnée  à  ceux  qui  voulaient  pénétrer  alaîwr  dans  un  sanc- 
tuaire de  Lindos  ou  dans  un  temple  de  Men  Turannos  en 
Attique. 

L'interdiction  de  tels  ou  tels  mets  était  également 
fréquente  :  suivant  les  cultes,  tantôt  c  étaient  les  lentilles, 
la  viande  de  chèvre  ou  de  fromage  frais15;  tantôt  l'ail  et 
comme  ici,  la  chair  de  porc4;  tantôt  les  grenades,  les 
pommes,  la  chair  des  animaux,  certaines  espèces  de  pois- 
sons et,  comme  dans  notre  texte,  les  fèves5,  etc. 

.1.  Toutain,  Cultes  païens  sous  l'empire  romain,  I,  1,  p.  336. 

2.  Vie  d'Apollonius  de  Tyane,  I,  9:  cf.  P.  Girard,  L'Asclêpieion  d'A- 
thènes, p.  75-"6. 

3.  A  Lindos. 

1.   Dans  un  sanctuaire  de  Men  Turannos,  en  Attique. 

5.  Initiés  aux  mystères  d'Eleusis;  cf.  Daremberg  et  Saglio,  Dict.  des 
antiquités,  II.  p.  558.  —  Pour  l'abstinence  de  la  fève,  cf.  I.enormant, 
//(à/..  II,  p.  !>17.  C'est  sans  doule  parce  ([ne  la  fève  était  consacrée  à 
Esculape  qu'on  ne  devait  pas  la  manger,  el  c'est  peut-être  pour  la  même 
raison   que  nous  voyons  des  négociants  en  fèves  rendre  grâces  à  ce  dieu  et 


266  INSCRIPTION    DÉCOUVERTE    A    THUBUBBO    MAJUS 

Le  commandement  relatif  au  tonsor  et  au  halineum  com- 
mune est  plus  particulier.  Le  fer  qui  touche  la  tête  lui  com- 
munique une  souillure  qu'il  faut  éviter,  et  si  la  propreté 
corporelle,  gage  et  symbole  de  la  pureté  de  l'âme,  est 
essentielle,  la  purification  par  l'eau  doit  avoir  lieu  dans  des 
conditions  et  avec  une  eau  déterminées;  rappelons  qu'à 
l'entrée  de  nombreux  sanctuaires  consacrés  à  des  religions 
orientales  latinisées  d'apparence,  on  trouve  en  Afrique  des 
citernes  destinées  aux  ablutions  rituelles1. 

Les  indications  concernant  les  chaussures  sont  assez 
communes  et  fort  variées.  Tandis  que  dans  notre  cas  la 
prohibition  est  absolue  comme  dans  le  sanctuaire  de  Des- 
poina  à  Acacesion  en  Arcadie,  on  défend  à  Ialysos,  dans 
l'île  de  Rhodes,  de  marcher  sur  le  territoire  sacré  avec  des 
souliers  faits  en  cuir  de  porc,  à  Andania  d'avoir  des  chaus- 
sures autres  qu'en  feutre  ou  fabriquées  avec  le  cuir  des 
victimes. 

Le  nombre  des  inscriptions  où  le  titre  de  dominus  est 
appliqué  à  Esculape  est  infime.  On  en  cite  quatre2  : 
deux  à  Rome  3,  une  en  Dacie 4  et  une  seule  jusqu'ici  en 
Afrique5. 

A  Thuhurho  Majus,  le  culte  d'Esculape  a  été  très  en 
honneur;  dans  le  déblaiement  des  thermae  aestivales,  on  a 
découvert  une  tête  qui  fort  probablement  appartenait  à  une 
effigie  de  ce  dieu  6  ;  un  piédestal  de  statue  trouvé  non  loin 
de  ce  monument,  remployé  dans  une  construction  posté- 
rieure, célèbre  les  mérites  d'un  personnage  qui  a  été  sacer- 

lui  faire  des  cadeaux  (Corp,  inscr.  latin,,  VI,  18  =  Dessau,  Inscr.  Lit.  sel., 
3851). 

1 .  Cf.  Merlin,  Le  sanctuaire  de  Baal  et  de  Tanit  près  de  Siagu,  p.  38, 
n.  5. 

2.  Lugli,  dans  De  Ruggiero,  Dis.  epujr.,  II,  p.  1956. 

3.  Corp.  inscr.  latin.,  VI,  17  et  18. 

4.  Ibid.,  III.  1079. 

5.  Ibid.,  VIII,  1267. 

6.  Merlin,  Bull.  arch.  du  Comité,  1915,  procès-verbaux  de  la  Commis- 
sion de  l'Afrique,  mars,  p.  vi. 


LIVRES    OFFERTS  267 

dos  Aesculapii  bis  *  ;  mais,  d'après  le  contexte,  cette  fonc- 
tion a  été  presque  sûrement  remplie  à  Carthage  2. 

Dans  la  région  du  Fahs,  les  souvenirs  du  culte  d'Escu- 
lape  sont  rares,  et  je  ne  vois  guère  à  citer  qu'un  temple  du 
dieu  à  Thibica  (quinze  kilomètres  environ  au  Sud-Ouest  de 
Thuburbo) 3. 

Le  personnage  qui  a  fait  construire  le  podium*1,  L.  Numi- 
sius  Vitalis,  figure  dans  une  autre  inscription  de  Thuburbo 
où  il  se  présente  comme  l'auteur  d'une  aec/es0;  aucune 
divinité  n'est  mentionnée  dans  ce  texte,  mais  il  ne  serait 
pas  téméraire  aujourd'hui,  à  notre  sens,  de  supposer  que 
ce  sanctuaire  était  placé  sous  l'invocation  d'Esculape. 

L.  Numisius  Vitalis  a  élevé  le  podium  sur  l'ordre  que  lui 
a  donné  Esculape  ;  sans  doute  le  dieu,  à  son  ordinaire  6,  lui 
était-il  apparu  en  songe  ". 


LIVRES     OFFERTS 


M.  Cagnat offre,  de  la  part  de  M.  le  Dr  Raphaël  Blanchard,  membre 
de  l'Académie  de  médecine,  un  Corpus  inscriptionum  ad  medicinam 
hiologiamque  speclantium.  Ce  recueil  est  destiné  à  contenir  toutes  les 
inscriptions  relatives  à  la  médecine  et  aux  médecins  du  monde 
entier.  Le  premier  volume  seul  a  paru.  On  y  trouvera  des  textes  qui 
vont  du  xve  siècle  au  xix,;  ;  la  plupart  concernent  le  xvne,  le  xvme  et 
le  xixe. 

1.  Cf.  Merlin.  Bail.  arch.  du  Comité,  1916.  procès-verbaux  de  la  Com- 
mission de  L'Afrique,  février,  p.  ix. 

2.  Cf.  L.  Poinssot,  Mouv.  Arch.  des  missions,  nouv.  série,  VIII,  p.  6, 
n.  3. 

3.  Corp.  inscr.  lutin.,  VIII,  1222s. 

4.  Pour  le  sens  de  podium, cf.  Saglio,  dans  Daremberg-  et  Saglio,  Dict. 
des  antiquités,  IV,  p.  52Q. 

5.  Corp.  inscr.  Int..  VIII.  812. 

6.  Cf.  Besnier,  Ile  Tibérine,  p.  223. 

7.  Cf.  Héron  de  Villefosse,  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  inscr., 
1913,  p.  4. 


268  SÉANCE    DU    9    JUIN     1916 

M.  Camille  Jullian  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le  n°  LXX 

de  ses  Noies  gallo-romaines  (Bordeaux  et  Paris;  exlr.  de  la  m  Revue 
des  Etudes  anciennes  »). 


SÉANCE    DU    9    JUIN 


PRESIDENCE     DE     M.     MAURICE    CROISET. 

Soua  ce  titre  :  Une  participation  inconnue  à  la  Croisade  de 
Philippe  le  Bon  contre  les  7'»r<?5,  M.  Georges  Doutrepont,  pro- 
fesseur à  l'Université  de  Louvain,  fait  une  communication  rela- 
tive à  un  important  projet  politique  du  célèbre  duc  de  Bour- 
gogne. On  sait  qu'après  la  prise  de  Gonstantinople  par  les  Turcs, 
ce  prince  et  les  familiers  de  sa  cour  avaient,  au  fameux  Ban- 
quet du  Faisan,  à  Lille,  le  17  février  1454,  prononcé  des  vœux 
ou  promesses  par  lesquels  ils  s'engageaient  à  marcher  contre  les 
Infidèles.  M.  Doutrepont  a  découvert,  dans  un  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale  de  Paris,  1 12  engagements  du  même  genre, 
restés  inconnus  jusqu'aujourd'hui.  Ce  sont  des  engagements  pris, 
durant  les  mois  de  mars  et  d'avril,  clans  quatre  autres  villes, 
par  d'autres  seigneurs  et  «  nobles  hommes  »  dépendant  égale- 
ment de  Philippe  le  Bon.  Ils  prouvent  une  fois  de  pins  que  le 
projet  de  croisade  du  grand  duc  d'Occident  était  vraiment 
sérieux. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Héron  i>r.  Villefosse  dépose  sur  le  bureau,  au  nom  de  l'au- 
teur, le  commandant  Emile  Espérandieu,  correspondant  de  l'Aca- 
démie, le  t.  V]  du  Recueil  général  des  bas-reliefs,  statues  et  bustes  de 
la  Gaule  romaine.  Belgique  —  deuxième  jmiiie  (Paris,  Imprimerie 
nationale,  1915,  in-4°  ;  ouvrage  qui  fait  partie  de  la  Colin-lion  de 
Documents  inédits  sur  l'histoire  de  France. 


LIVRES    OFFERTS  269 

«  Ce  nouveau  volume  concerne,  comme  le  précédent,  la  province 
romaine  de  Belgique.  On  y  trouve  la  suite  des  monuments  des  Médio- 
matriques,  à  l'exception  de  ceux  de  Metz  et  de  la  basse  Lorraine, 
publiés  dans  le  volume  V,  les  monuments  du  pays  des  Leuques  et 
ceux  du  pays  des  Trévires. 

«  Il  nous  fait  pénétrer  dans  la  haute  Lorraine,  à  Tarquimpol,  Sar- 
rebourg,  Scarpone  et  Verdun  ;  il  nous  introduit  dans  une  grande 
région  où  se  sont  multipliés  les  groupes  du  cavalier  cuirassé  terras- 
sant un  anguipède,  images  de  la  résistance  victorieuse  à  la  barbarie 
et  à  l'oppression,  qui  se  dressaient  de  ce  côté  du  Rhin  dans  un 
grand  nombre  de  localités.  Ceux  de  ces  groupes  dont  les  débris 
sont  arrivés  jusqu'à  nous  méritent  notre  respect  et  notre  attention, 
malgré  leur  facture  grossière,  malgré  l'insuffisance  de  leur  exécu- 
tion, malgré  les  injures  du  temps  et  les  outrages  des  hommes.  Ils 
proviennent  de  la  forêt  de  Hommert,  de  Senon,  Pannes,  Portieux, 
Liffol-le-Grand,  Grand,  Schlachthof  sur  la  rive  gauche  de  la  Moselle; 
deux  groupes  viennent  d'Ehrang,  dont  l'un  présente,  dans  certaines 
parties  de  sa  décoration,  des  analogies  avec  la  colonne  de  Cussy  ; 
pour  d'autres,  la  provenance  reste  inconnue.  Ils  donneront  certai- 
nement lieu  à  de  nouvelles  études.  A  Sarrebourg,  un  sanctuaire 
mithriaque,  découvert  en  1895  en  creusant  les  fondations  des 
écuries  d'une  caserne,  a  fait  connaître  des  sculptures  malheureuse- 
ment très  mutilées.  C'est  à  quelques  mètres  de  ce  sanctuaire  que  fut 
trouvé  un  autel  au  dieu  Sucelluset  à  la  déesse  Nantosvelta,  conservé 
au  Musée  de  Metz. 

«  La  région  de  Nancy,  avec  Lunéville,  Toul,  Naix,  le  Châtelet, 
Epinal,  Soulosse  et  Grand,  appartient  au  territoire  des  Leuques  où 
les  monuments  de  pierre  sculptée  deviennent  moins  nombreux.  Les 
fouilles  que  le  maître  de  forges  Grignon  avait  entreprises  au  Châ- 
telet au  xvine  siècle  furent  cependant  assez  heureuses,  mais  presque 
tout  ce  qu'il  recueillit  en  1772  et  1774  a  été  dispersé  depuis  ou  perdu  : 
la  plupart  de  ces  antiquités  ne  sont  plus  connues  que  par  d'anciens 
dessins  ou  des  descriptions.  Les  pierres  provenant  de  Grand,  au  con- 
traire, ont  été  réunies  au  Musée  d'Épinal. 

«  lien  est  tout  autrement  pour  le  pays  des  Trévires.  La  collection 
lapidaire  de  Trêves  est  aussi  remarquable  par  le  nombre  que  par 
l'intérêt  des  monuments  qui  la  composent.  Formée  dès  1808  par  les 
Français,  à  l'instigation  de  la  Société  des  recherches  utiles  du  départe- 
ment de  la  Sarre,  elle  n'a  pas  cessé  de  se  développer  et  de  s'enrichir 
depuis  plus  d'un  siècle.  Trêves  est  le  centre  du  mouvement  archéo- 
logique de  la  province;  les  sculptures  découvertes  dans  la  ville 
ou  dans  la  région  voisine  trouvent  le  meilleur  et  le  plus  sûr  asile 

1916  18 


270  LIVRES   OFFERTS 

dans  son  Musée  provincial.  A  côté  de  celles  qui  ont  trait  à  la  mytho- 
logie indigène  ou  à  la  mythologie  romaine,  comme  la  belle  triade 
capitoline,  comme  le  Satyre  en  mouvement  de  Wellen  près  Sarre- 
bourg,  on  y  remarque  de  nombreux  monuments  funéraires,  de  beaux 
bas-reliefs  décoratifs,  des  fragments  d'architecture  et  même  des 
morceaux  d'art  grec  dont  le  plus  précieux  est  le  torse  d'Amazone, 
exhumé  en  1 S '*-">  des  thermes  de  la  ville.  C'est  là  aussi  qu'est 
conservée  l'importante  série  des  monuments  funéraires  de  N'euma- 
gen,  aux  types  vnriés,  aux  représentations  curieuses,  dont  la  poly- 
chromie a  donné  lieu  à  des  études  instructives.  Ce  volume  VI  se  ter- 
mine par  la  description  du  monument  d'Igel  qui  ne  mesure  pas  moins 
de  23  mètres  de  hauteur  et  se  dresse  encore  debout  aujourd'hui  sur 
une  place  de  la  commune  du  même  nom. 

«  Le  commandant  Espérandieu  se  disposait  à  retourner  à  Trêves 
afin  d'y  compléter  ses  notes  et  ses  observations  lorsque  la  guerre 
éclata.  Les  événements  l'ont  empêché  d'entrer  en  possession  des  cli- 
chés qui  avaient  été  préparés  pour  sa  publication  par  les  soins  de  la 
direction  du  Musée.  Il  a  dû  se  résoudre  à  faire  usage  de  photogra- 
phies moins  bonnes  et,  à  leur  défaut,  de  dessins  et  de  photogra- 
vures tirés  du  Catalogue  de  Ilettner.  Il  faut  lui  savoir  gré,  il  faut  le 
remercier  d'avoir  continué  courageusement  son  œuvre  malgré  les 
difficultés  de  l'heure  présente.  C'est  une  œuvre  nationale  qui  ne 
souffrait  pas  de  retard  :  il  sera  temps  d'en  combler  plus  tard  les 
lacunes  ou  d'en  corriger,  s'il  y  a  lieu,  les  défectuosités.  L'éloge  de  ce 
travail  n'est  plus  à  faire  ;  il  se  défend  lui-même  par  les  services  qu'il 
nous  rend  tous  les  jours.  » 

Le  Secrétaire  perpétuel  présente  le  tome  I  du  Recueil  des  actes 
de  Philippe  Auguste  roi  de  France,  publié  sous  la  direction  de 
M.  Élie  Berger,  membre  de  l'Institut,  par  M.  IL-François  Delaborde, 
professeur  à  l'École  des  Chartes  (Paris,  191G,  in-4°). 

M.  Emile  Senart  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  deux  bro- 
chures, dont  il  est  l'auteur,  intitulées  : 

1°  Notes  d'épigraphie  indienne.  L'inscription  du  vase  de  Wardak 
(Paris,  1915,  n-8°  ;  extrait  du  «  Journal  Asiatique  »,  novembre- 
décembre  1914) ; 

2°  Rojas  et  la  théorie  indienne  des  trois  Gunas  ^Paris,  1915,  in-8°  ; 
extrait  du  «  Journal  Asiatique  »,  juillet-août  1915). 

M.  G.  Schlumbergkr  offre  son  volume  intitulé  :  Voyage  dans  les 
Abruzzes  et  les  Fouilles  (3-17  mai  1914),  avec  gravures  dans  le  texte 
(Paris,  1910,  in-8°). 


271 
SÉANCE    DU  16   JUIN 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

Le  Secrétaire  perpétuel  communique  une  lettre  de  M.  Gines- 
tel,  au  sujet  de  la  destruction  imminente  d'un  hôtel  du 
xvie  siècle,  à  Agde. 

M.  Franz  Cumont,  associé  étranger,  a  la  parole  pour  une 
communication  : 

«  A  un  moment  où  la  guerre  a  fait  suspendre,  en  France 
comme  en  Belgique,  presque  toutes  les  fouilles  archéologiques, 
l'Académie  apprendra  avec  satisfaction  que  dans  une  autre  par- 
tie de  l'ancienne  Gaule,  en  Hollande,  se  prépare  une  entreprise 
dont  on  est  en  droit  d'attendre  des  résultats  considérables.  Le 
promoteur  principal  en  est  le  DrJ.  H.  Holwerda,  le  distingué 
conservateur  des  antiquités  au  Musée  de  Leyde,qui  a  bien  voulu 
me  communiquer  quelques  détails  sur  un  projet  dont  la  réali- 
sation sera,  souhaitons-le,  prochaine  '. 

«  Feclio,  aujourd'hui  Vechten  sur  le  Rhin  inférieur,  fut  sous 
l'Empire,  on  ne  l'ignore  pas,  le  grand  entrepôt  du  commerce 
fluvial  et  maritime  dans  l'extrême  Nord  de  la  Gaule.  On  y  a 
découvert  depuis  longtemps  des  dédicaces  où  l'Océan  et  le  Rhin, 
divinités  qui  assuraient  la  prospérité  de  ce  port,  sont  invoqués 
à  la  suite  de  la  triade  capitoline,  et  «  dans  toute  l'Europe  cen- 
trale, on  ne  pourrait  peut-être  citer  aucun  endroit  qui  soit  plus 
riche  en  tessons  de  terra  siqillata.  de  toutes  les  époques  et  de 
tous  les  centres  de  fabrication  ».  On  y  a  déchiffré  les  noms 
de  près  de  six  cents  potiers  différents.  Ces  précieux  débris 
témoignent  de  l'extension  et  de  l'intensité  d'un  trafic  qui  com- 
mence dès  le  début  du  premier  siècle  de  notre  ère.  On  a  pu 
démontrer  aussi  que,  déjà  à  cette  date,  Fectio  était  une  place 
forte    et     une    station    de     la   flotte    impériale    :     Noviomagus 

1.  Cf.  J.   II.    Holwerda,  Opgraving    te    Vechten,   Utrecht    (Keinink   en 
zoon),  1915. 


272  séance  du  1G  juin  191 G 

(Nimègue)  est,  chez  les  Balaves,  le  seul  établissement  auquel  on 
puisse  attribuer  avec  certitude  une  origine  aussi  ancienne.  Il 
est  infiniment  probable  que  ce  fut  Fectio  qui,  en  16  ap.  J.-C, 
servit  de  base  navale  à  Germanicus  lors  de  sa  grande  expédition 
de  Germanie. 

«  Ges  quelques  indications  montreront  suffisamment  l'impor- 
tance de  ce  site  archéologique  et  l'intérêt  des  recherches  qui 
pourraient  y  être  tentées.  Des  sondages  ont  permis  déjà  de 
déterminer  remplacement  exact  du  vieux  camp  romain,  entouré 
de  remparts  de  terre  et  de  palissades,  et  plus  récemment  le  génie 
militaire,  en  creusant  des  tranchées  qui  coupent  le  terrain  de  la 
forteresse  antique,  a  découvert  près  de  là  les  restes  d'un  autre 
établissement  de  l'époque  impériale  et  mis  au  jour  un  petit  autel 
portant  l'inscription  :  Iovi  optimo  maximo  v(olum)  s(olvit) 
!  ibens)  m[erito)  C.  Iulius  Bio  trierarchus.  La  dédicace  de  ce 
triérarque,  ou  capitaine  de  la  flotte,  achève  de  prouver  que  celle- 
ci  eut  à  Fectio  un  de  ses  ports  d'attache. 

«  La  Société  Anthropologique  Hollandaise  (Nederlandsch 
Anthropologische  Vereeniging)  a  associé  ses  ressources  à  celles 
de  la  Société  Historique  d'Ltrecht  pour  entreprendre  des 
fouilles  étendues  à  Vechten,  dès  que  les  tranchées  provisoires 
auront  été  évacuées  par  les  troupes.  Souhaitons  qu'elles  pro- 
duisent tout  ce  que  promettent  des  indices  éminemment  favo- 
rables. » 

M.  Camille  Jullian  fait  ressortir  l'importance  possible  de  ces 
fouilles  pour  la  géographie  et  l'histoire  du  Nord  de  la  Gaule 
romaine. 

Le  Président  rappelle  qu'aujourd'hui  étant  le  dernier  jour  de 
dépôt  pour  les  auteurs  qui  désirent  prendre  part  au  nouveau 
concours  Raoul  Duseigneur,  il  y  a  lieu  d'élire  une  commission 
de    six    membres. 

MM.   DlKULAFOY,  CoLLIGNON,    CaGNAT,  MoREL-FaTIO,   G.    JcLLIAN 

et  Durrieu  sont  élus  au  scrutin. 

M.  Morel-Fatio  lit  un  mémoire  sur  un  fort  beau  volume, 
illustré  de  nombreuses  planches,  que  vient  de  publier,  à  Madrid, 
M.  le  duc  de  Medinaceli,  et  où  ont  été  reproduits  les  documents 
les  plus  importants  de  ses  archives  et  de  sa  bibliothèque. 


LES    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE         273 

La  maison  de  Medinaceli,  d'origine  à  la  fois  castillane  et 
française,  dérive  du  fils  aîné  du  roi  Alphonse  X  le  Savant  et  de 
Blanche,  fille  de  saint  Louis.  Au  cours  des  siècles,  elle  a  contracté 
des  alliances  illustres,  notamment  avec  la  maison  de  Cordoue, 
qui  lui  a  apporté  le  duché  de  Cardona.  C'est  dans  le  fonds  des 
archives  de  Cardona  que  se  trouvent  les  diplômes  de  Charles  le 
Chauve  et  de  Raoul,  les  deux  joyaux  de  la  collection. 

M.  Durrieu  fait  quelques  observations  sur  un  sigle  ayant  servi 
de  signature,  entre  autres  à  Christophe  Colomb. 

M.  Cagnat  lit,  de  la  part  de  M.  De  Pachtere,  lieutenant  de 
zouaves,  actuellement  à  l'armée  d'Orient,  une  note  rédigée  «en 
avant  de  Salonique,  en  avril  dernier  »,  sur  l'emplacement  du 
camp  de  la  légion  troisième  Auguste  d'Afrique  au  premier 
siècle  de  l'Empire.  M.  De  Pachtere  croit  que  ce  camp  était,  non 
point  à  Tébessa,  mais  dans  la  localité  appelée  aujourd'hui  Haïdra, 
en  Tunisie  '. 


COMMUNICATION 


LES    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE 

AU    PREMIER    SIÈCLE    DÉ    L'EMPIRE, 

PAR  M.  DE  PACHTERE. 

On  s'accorde  à  penser  que,  dès  Tan  14  après  J.-C,  et 
durant  tout  le  premier  siècle,  le  camp  de  la  troisième  légion 
Auguste,  la  légion  d'Afrique,  se  tint  à  Tébessa.  Mommsen 
le  premier  l'affirma  au  tome  VIII  du  Corpus  par  deux  fois - 
sur  le  témoignage  :  1°  de  deux  bornes  milliaires  d'Asprenas 
trouvées  sur  la  route  de  Gabès  à  Gafsa,  la  voie  romaine 
qui    menait  des   castra    hiberna  à  Tacapes;  2°  de   trois  ou 

1 .  Voir  ci-après. 

2.  C.  I.  L.,  VIII,  p.  xxi  et  859. 


274         I.RS    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE 

quatre  épitaphes  de  légionnaires  romains  du  premier  siècle 
découvertes  à  Tébessa  ;  3°  de  quelques  briques  légionnaires 
rencontrées  en  cette  localité  parmi  des  ruines  diverses  i  ; 
4°  d'un  passage  de  Tacite  sur  la  révolte  de  Tacfarinas  2. 

Or  ces  preuves  avaient  faible  valeur  au  moment  où  elles 
ont  été  produites;  elles  en  ont  encore  moins  aujourd'hui  que 
de  nouvelles  découvertes  épigraphiques  ont  été  faites  dans 
le  Sud  tunisien  et  constantinois,  bornes  milliaires  et  épi- 
taphes militaires. 

1°  Les  deux  pierres  d'Asprenas  précitées  indiquent  seu- 
lement que  la  route  créée  en  14  après  J.-C,  qui  menait 
des  Castra  hiberna  à  Tacupes,  devait  passer  par  Gafsa  et 
que  le  camp  de  la  légion  doit  être  cherché  au  delà  et  au 
Nord-Ouest  de  cette  localité. 

2°  Des  épitaphes  de  légionnaires  aussi  anciennes,  plus 
anciennes  même  à  première  vue  que  celles  découvertes  à 
Tébessa,  avaient  déjà  été  trouvées  dans  la  région  même  de 
Tébessa,  à  Ammaedara,  à  Thala  par  exemple,  et  il  n'y 
avait  aucune  raison,  dès  lors,  d'indiquer  Tébessa  comme  le 
camp  de  la  légion,  sinon  qu'il  l'était  plus  tard,  à  la  fin  du 
premier  siècle. 

3°  Les  briques  légionnaires  n'ont  pas  été  découvertes  à 
Tébessa  dans  le  camp,  dont  on  ignore  l'emplacement,  mais 
ici  et  là  dans  des  ruines;  et  elles  ne  peuvent  être  datées 
exactement. 

4°  Enfin,  et  surtout,  le  passage  de  Tacite  auquel  se  réfé- 
rait Mommsen  n'a  pas  été  bien  interprété  par  lui.  Il  y  est 
dit  que  le  proconsul  Blaesus,en  l'an  22,  pour  en  finir  avec 
Tacfarinas,  le  traquer  ou  tout  au  moins  lui  interdire  l'accès 
du  territoire  romain,  disposa  ses  forces  {legio  III  Augusta 
et  legio  IX  Hispana)  sur  une  ligne  qui  s'étendait  des  fron- 
tières du  pays  de  Cirta  {nagi  Cirtcnsium)  jusqu'à  celles  du 
territoire  de  Lepti.  Le  proconsul  avec  le  gros  de  son  armée 

1.  Cf.  Capnat.  Armée  d'Afrique,  2°  éd.,  p.  430. 

2.  Ann.,  II,  74. 


LES    CAMPS    DE    LA   TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE         275 

se  tenait  au  centre  de  cette  ligne1.  C'est  là,  selon  Morara- 
sen,  que  se  trouvait  évidemment  le  camp  de  la  légion 
d'Afrique.  Or  il  n'est  pas  douteux,  à  son  compte,  que  la 
Lepti  dont  il  est  question  dans  Tacite  soit  Lepti  de  Tripoli- 
taine,  voisine  des  suffugia  Garamantum  dont  il  est  ques- 
tion au  même  passage  de  l'historien. 

Il  me  paraît,  au  contraire,  certain  — etNiese,  en  son  édi- 
tion critique  de  Tacite,  ne  s'y  est  pas  trompé  —  que  la 
Lepti  dont  il  s'agit  n'est  pas  Lepti  magna  de  Tripolitaine, 
mais  Lepti  minus,  cité  de  l'ancienne  province  d'Afrique. 
Cette  conclusion  ne  ressort  pas  seulement  du  texte  même 
interprété  strictement,  mais  s'impose  encore  si  l'on 
veut  considérer  les  dispositions  prises  par  le  proconsul 
comme  raisonnables.  On  ne  s'imagine  pas,  en  effet,  cette 
faible  armée  de  deux  légions,  même  en  lui  adjoignant  ses 
auxiliaires,  disséminée  en  redoutes,  en  postes  d'où  devaient 
partir  d'incessantes  offensives  contre  Tacfarinas,  depuis  les 
hauts  plateaux  de  Constantine  jusqu'à  l'arrière-pays  de 
Tripolitaine.  Dès  lors,  si,  au  jugement  de  Mommsen, 
Tébessa  se  trouve  sur  la  ligne  qui  rejoint  les  limites  du 
territoire  cirtésien  à  celles  de  la  cité  de  Lepti  magna,  il  se 
trouve  bien  avant,  au  Sud,  d'une  ligne  qui  rejoint  les  fron- 
tières de  Cirta  à  celles  de  Lepti  minus.  Le  texte  de  Tacite, 
bien  loin  d'apporter  un  argument  à  la  thèse  mommsénienne, 
la  contredit  plutôt. 


Bien  plus,  de  ce  même  passage  et  de  l'ensemble  du  récit 
que  fait  Tacite  en  plusieurs  chapitres  des  Annales 2  de  la 

1.  Tacite,  Annales,  III,  74. . .  très  incessus,  iolidem  agmina  p.irantur.  Ex 
quis  Cornélius  Scipio  legatus  praefuit,qua  praedatio  in  Leptitanoset  suf- 
fugia  Garamantum,  alio  la  ter e,  ne  Cirtensium  pagi  impune  traherentur, 
propriam  manu  m  Blaesus  filius  duxit;  medio  cum  delectis,  caslella  et  muni- 
tiones  idoneis  locis  imponens,  dux  ipse  arda  et  infensa  hostibus  cuncta. 
fecerat. . .   Tunv  tripartitum  exercilum  plures  in  manus  dispergU. .  . 

2.  II,  52;  III,  20-21,  32,  73-71;  IV,  23-25. 


276  LES    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIOIE 

révolte  de  Tacfarinas,  on  est  amené  à  penser  que  Tébessa  ne 
pouvait  être  le  camp  de  la  légion  d'Afrique  au  début  du 
règne  de  Tibère. 

Sans  qu'il  convienne  d'aborder  ici  dans  le  détail  tous  ces 
textes,  l'étude  qu'on  en  peut  faire  aboutit  aux  conclusions 
suivantes  : 

1°  On  sait  que  le  proconsul  Blaesus,  après  sa  campagne 
d'été  de  22  après  J.-C,  n'imita  pas  ses  prédécesseurs  qui 
faisaient  hiverner  leurs  troupes  à  l'intérieur  de  la  provincia 
vêtus  d'Afrique  1.  Or  on  ne  conçoit  pas  pourquoi  les 
généraux  précédents  se  seraient,  chaque  année  à  la  mau- 
vaise saison,  imposé  cet  hivernage  dans  la  provincia  vêtus, 
si  Tébessa  avait  été  dès  lors  les  castra  hiberna  de  la  légion, 
et  ces  castra  hiberna  ne  peuvent  être  Tébessa,  car  cette 
localité  est  bien  loin  au  Sud  des  limites  de  la  provincia 
vêtus. 

2°  Le  sol  romain  ne  comprenait  pas  au  début  du  premier 
siècle  le  pays  des  Musulames  2,  les  meilleurs  alliés  de  Tac- 
farinas3, les  agresseurs  de  Thubuscu  (Thuhursicum  Numi- 
darum),  ville  située  aux  frontières  des  territoires  de  nom 
romain.  Les  Musulames  constituaient  une  vaste  tribu  abso- 
lument libre  composée  de  ces  nomades  4  qui,  si  l'on  se  sou- 
vient des  demandes  de  Tacfarinas  à  Tibère,  devait  aspirer 
dès  ce  moment  à  se  fixer  sur  le  sol  de  l'empire.  Or  nous 
connaissons,  par  des  inscriptions  du  début  du  ne  siècle,  les 
limites  que  les  Romains  fixèrent  sur  plusieurs  points  au 
territoire  de  leurs  anciens  ennemis.  Ces  limites,  qui  pas- 
saient àl'Ouest-Sud-Ouest  de  Tébessa,  s'arrêtaient  au  Nord 

1.  Tacite,  Ann.,  III,  74.  Nec,  ut  mos  fuerat,  acta  aestale  relrahit  copias 
aut  in  hihernaculis  veteris  provinciae  componit  :  sec],  ut  in  limine  helli, 
dispositis  castellis,  per  expeditos  et  solitudiniim  gn&ros,  mutantem  mapa- 
lia  Tacfarinatem  prolurbabat. 

2.  Sur  les  Musulames,  voir  Toutain,  Mém.  de  la  Soc.  des  Ant.  de  France, 
LVII,  p.  271  et  suiv. 

3.  Annales,  II,  52;  IV,  24. 

4.  Annales,  II,  52:  III,  73. 


LES   CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE         277 

à  quelques  milles  de  Madaure,  ville  située,  selon  Apulée, 
au  confin  d'une  ancienne  frontière1.  Comme  il  est  impos- 
sible d'admettre  que,  libre,  la  tribu  des  Musulames  ait  eu 
un  territoire  plus  restreint  que  celui  que  tixèrent  plus  tard 
les  Romains  à  ces  nomades  soumis  et  fixés,  il  faut  donc 
penser  que  la  région  de  Tébessa  était  sous  Tibère  en  plein 
pays  musulame,  et  l'on  n'imagine  pas  que  les  Romains  aient 
pu,  sous  Tibère,  installer  leur  camp  principal  au  milieu  d'un 
territoire  ennemi,  peu  connu,  en  avant  de  leurs  postes- 
frontière  (comme  Thala)  sans  cesse  menacés  eux-mêmes  de 
surprises. 


Cette  conviction,  qui  s'autorise  déjà  de  la  lecture  de 
Tacite,  se  fortifie  de  trouvailles  épigraphiques  récentes  faites 
dans  le  Sud  tunisien  et  constantinois. 

1°découverte  de  bornes  MiLLiAiRES.  —  Sur  la  route  militaire 
créée  en  14  après  J.-C,  le  commandant  Donau  et  ses  auxi- 
liaires ont  découvert,  entre  Gabès  et  Gafsa,  à  côté  de  nom- 
breux milliaires  dont  les  plus  récents  datent  du  ive  siècle, 
une  quinzaine  de  bornes  nouvelles  d'Asprenas  '2.  Quelques- 
unes  portent  encore  le  chiffre  des  milles  qui  leur  convient. 
Pour  les  autres,  le  chiffre  manquant  peut  être  restitué.  De 
l'étude  de  ces  pierres  milliaires,  il  apparaît  :  a)  que  les 
castra  hiberna  étaient  à  93  milles  environ  au  Nord-Ouest 
de  Gafsa  ;  h)  que  les  milles  de  cette  route  étaient  non  pas 
le  mille  romain  ordinaire,  mais  un  mille  de  1600  mètres 
environ.  Cet  étalon  de  mesure  fut  conservé  pour  cette  voie 
jusqu'à  la  fin  de  l'empire,  puisque  des  bornes  du  bas  empire 
sont  placées  à  cr,té  de  celles  qui  jalonnèrent  la  route  dès  sa 
création. 

1.  Apulée,  Apol     24. 

2.  Toutain,  Les    waveaux  milliuires  de  la  roule  de  Gafsa  à  Tacape,  dans 
les  Mèm-  de  la  S'      des  Anliq.  de  France,  t.  LXIV. 


278         LES    CAMPS   I)Ë    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE 

Il  résulte  de  là  :  1°  que  si,  de  Gafsa  comme  centre,  ou 
trace  vers  le  Nord-Ouesl  un  arc  de  cercle  dont  le  rayon 
serait  compté  comme  mesurant  (X\  l'ois  1000  mètres,  Tébessa 
apparaît  immédiatement  comme  situé  trop  au  Sud  de  la 
courbe  de  l'arc  pour  avoir  été  le  point  d'origine  de  la  route 
militaire.  D'autres  localités,  Thala,  Ammaedara,  par 
exemple,  ont  pu  l'être. 

2°  Que,  si  Tébessa  avait  été  le  camp  de  la  légion  dès 
14  après  J.-C,  on  aurait  dû  découvrir  sur  une  des  routes 
se  dirigeant  de  Tébessa  sur  Gafsa,  sinon  des  bornes  d'As- 
prenas,  du  moins  des  milliaires  plus  récents  espacés  de 
1600  mètres  environ  les  uns  des  autres.  Or  les  voies 
romaines  de  la  région  sud  de  Tébessa  ont  été  particulière- 
ment bien  étudiées,  tout  récemment  encore  par  le  comman- 
dant Guénin  1.  Sur  aucune  on  ne  rencontre  de  bornes  anté- 
rieures à  Trajan,  et  l'étalon  de  toutes  est  le  mille  romain 
ordinaire.  Dès  lors  les  castra  hiberna  de  la  légion  n'étaient 
pas,  dès  14  après  J.-C.,  à  Tébessa. 

2°  découverte  depitaphes  militaires.  —  Depuis  la  publica- 
tion du  tome  VIII  du  Corpus,  il  s'est  découvert,  à  Tébessa 
et  aux  environs,  une  trentaine  d'inscriptions  militaires  qui 
ont  paru  ou  sont  à  paraître  dans  ses  Suppléments.  Les  plus 
nombreuses  ont  été  trouvées  à  Tébessa  et  surtout  à  Am- 
maedara.  Ce  sont  généralement  des  épitaphes  de  légion- 
naires du  1er  siècle.  Mais  celles  de  Tébessa  apparaissent  plus 
récentes  que  celles  d' Ammaedara. 

Il  serait  nécessaire,  pour  le  démontrer  complètement 
d'étudier  d'ensemble  l'épigraphie  militaire  du  ier  siècle  et 
plus  particulièrement  l'onomastique.  C'est  un  travail  qu'on 
peut  reprendre  en  détail  après  Mommsen  et  Domaszewski, 
grâce  surtout  aux  découvertes  faites  dans  les  camps  d'Es- 
pagne, de  Dalmatie,  de  Pannonie,  des  Gaules  et  surtout 
des  Germanies.  Ce   n'est  pas  le  moment  de    faire   ici  cette 

1.  Guénin,  Nouv.  Arch.  des  missions, XVII,  fasc.  4. 


LES    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE  279 

étude;  mais,  l'ayant  conduite,  j'estime  qu'elle  aboutirait  cer- 
tainement sur  deux  points  aux  conclusions  suivantes  : 

]°  Les  simples  soldats  romains  et  les  militaires  de  grade 
subalterne  ne  sont,  jusqu'au  règne  de  Claude,  désignés,  au 
moins  sur  leurs  épitaphes,  que  par  leur  prénom  et  leur 
gentilice.  Ce  n'est  que  plus  tard  que  leur  cognomen  appa- 
raît sur  les  inscriptions  et  devient  ordinaire  ;  2°  les  soldats 
de  la  fin  de  la  république  et  des  premiers  débuts  de  l'em- 
pire, sous  Octave,  Auguste  et  Tibère,  sont  surtout  des 
hommes  de  l'Italie  centrale  et  de  la  Cisalpine.  C'est  peu  à 
peu,  sous  les  deux  premiers  empereurs,  qu'apparaissent  des 
soldats  originaires  de  la  Narbonnaise,  puis  des  Gaules  pro- 
prement dites  ;  ils  deviennent  de  plus  en  plus  nombreux  au 
cours  du  Ier  siècle,  de  Claude  à  Vespasien.  Or,  si  l'on  com- 
pare, à  ce  double  point  de  vue,  d'une  part  l'épigraphie  mili- 
taire d'Ammaedara  et  de  Thala,  d'autre  part  celle  de 
Tébessa,  on  constate  que  la  seconde  est  plus  récente  que  la 
première.  Ce  n'est  pas  qu'on  ne  trouve  déjà  sur  les  inscrip- 
tions d'Ammaedara  trace  de  soldats  originaires  des  Gaules 
et  portant  le  cognomen,  mais  on  y  rencontre  surtout  le  nom 
de  militaires  italiens  qui  n'ont  pas  de  surnom  (voir 
en  particulier  les  soldats  de  la  cohors  XV).  Par  contre,  à 
Tébessa,  la  plupart  des  soldats  sont  des  Gaulois  qui  ont  le 
cognomen.  C'est  dire  que  les  postes  militaires  d'Ammae- 
dara et  de  Thala  sont  plus  anciens  que  celui  de  Tébessa  et 
qu'ils  ont  dû  être  abandonnés  quand  Tébessa  est  devenu  un 
camp,  à  une  époque  du  1er  siècle  où  l'armée  d'Occident  cessa 
d'être  recrutée  parmi  les  Italiens  et  comptait  beaucoup  de 
Gaulois,  c'est-à-dire  sous  Vespasien  au  plus  tôt. 

De  fait,  les  premières  dédicaces  impériales  de  Tébessa  ne 
remontent  qu'à  Vespasien,  Titus  et  Domitien  ;  les  premières 
routes  qui  partent  de  Tébessa  sont  de  cette  date  ;  les  pre- 
mières inscriptions  qui  signalent  à  Tébessa  l'état-major  de 
la  légion  sont  de  l'extrême  fin  du  règne  de  Vespasien  et  du 
début  du  règne  de  Domitien. 


280         LES    CA.MPS    DÉ    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE 


On  en  pourrait  déjà  conclure  que  c'est  sous  le  règne  de 
Vespasien  que  la  légion  se  transporta  vers  le  Sud  à  Tébessa, 
si  l'on  ne  pouvait  encore  confirmer  cette  étude  en  recher- 
chant le  lieu  où  elle  campait  précédemment,  et  jusqu'à  quelle 
date  elle  y  séjourna. 

Il  est  à  peu  près  certain  qu'elle  stationna  précédemment 
à  Ammaedara. 

En  eiïet,  deux  localités  au  Nord  de  Tébessa  ont  été  des 
postes  militaires  avant  lui,  Ammaedara  et  Thala.  Ils  font 
partie  d'une  ligne  de  défense  très  ancienne  de  l'Afrique 
romaine  dont  M.  Cagnat  a  marqué  quelques  points  dans 
son  livre  sur  Y  Armée  romaine  d'Afrique  K  Jalonnée  par  les 
redoutes  du  haut  pays  de  Girta,  par  Yatari  où  tomba  un 
soldat  de  Lepti  minus,  elle  se  prolongeait  au  delà  d1 Ammae- 
dara et  Thala  par  le  castellum  Sufetanum  pour  rejoindre 
sans  doute  les  limites  méridionales  de  la  cité  de  Lepti 
minus.  Elle  marquait  dans  la  région  de  Madaure  et  d' Am- 
maedara ces  anciens  confins  de  la  Numidie  et  de  la  Gétulie, 
d'un  pays  devenu  romain  et  du  pays  encore  insoumis  dont, 
sous  les  Antonins,  Apulée  de  Madaure  gardait  le  souvenir 
alors  que  le  territoire  romain  s'étendait  au  Sud  de  l'Aurès 
et  des  grands  chotts  tunisiens. 

Or,  nous  l'avons  vu,  Ammaedara  et  Thala  sont  tous 
deux,  au  delà  et  au  Nord-Ouest  de  Gafsa,  assez  éloignés  de 
cette  localité  pour  qu'on  puisse  y  placer  les  castra  hiberna 
d'où  partait  la  route  qui  rejoignait  Gabès.  Mais  le  camp  de 
la  légion  ne  peut  avoir  été  à  Thala  ;  car  si  dans  les  ruines 
de  cette  cité,  on  a  trouvé  quelques  inscriptions  militaires 
très  anciennes  que  de  nouvelles  fouilles  pourraient  multi- 
plier, il    est  question  dans  Tacite  2  de    Thala  comme  d'un 

1.  P.  581  et  suiv. 

2.  Annales,  III,  21. 


LES    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE         28l 

simple  poste  frontière  défendu  par  une  garnison  de  500 
hommes  ;  si  la  légion  y  avait  été  établie,  l'historien  n'au- 
rait pas  manqué  de  le  signaler. 

D'autre  part,  Ammaedara  a  certainement  été  ville  mili- 
taire importante,  a)  Des  recherches  de  quelques  journées 
opérées  à  deux  reprises  différentes  dans  ses  nécropoles  ont 
produit  au  jour  de  nombreuses  inscriptions  militaires  des 
débuts  de  l'empire1.  Il  suffirait  sans  doute  d'y  instituer 
des  fouilles  méthodiques  pour  y  découvrir  un  vaste  cime- 
tière militaire  dans  les  parages  du  terrain  qui  vient  d'être 
remué. 

b)  Ammaedara  fut  bien  à  son  origine  un  camp,  car  non 
seulement  une  inscription  y  signale  une  porta  militaris  2 , 
mais  surtout  Hygin  la  cite  en  exemple  des  villes  cons- 
truites sur  le  type  d'un  camp  3.  N'est-ce  pas  un  précieux 
indice  qu' Ammaedara  en  fut  un  à  ses  débuts  ? 

Que  ce  camp  ait  été  celui  de  la  légion  jusqu'à  la  fin  du 
règne  de  Vespasien,  on  peut  dès  aujourd'hui  l'induire  de 
deux  inscriptions  qui  donnent  à  penser  que  l'état-major  de 
la  légion  y  séjourna  vers  le  temps  de  Tibère  et  s.ous  Ves- 
pasien. L'une  4  est  l'épitaphe  d'un  esclave  fonctionnaire  de 
Cornélius  Gethegus  (vers  30  après  J.-C),  un  des  derniers 
proconsuls  qui  aient  exercé  le  pouvoir  militaire  dans  la 
province  d'Afrique  avant  la  réforme  de  Galigula.  L'autre  5 
marquait  la  tombe  d'un  esclave  du  légat  Domitius  Tullus 
qui  commanda  la  légion  sous  Vespasien.  Deux  personnages 
de  la  maison  du  proconsul  et  du  légat,  dont  l'un  apparte- 
nait certainement  à  leur  bureau,  sont  enterrés  dans  le  cime- 
tière &  Ammaedara  où  sans  aucun  doute  ils  sont  morts. 
Qu'on  trouve  en  cette  localité  trace  de  la  présence  de  com- 

1.  Gauckler,  Bull.  arch.  du    Comité,  1900,   p.  94    cL  suiv.  :   Piganiol   et 
Laurent  Vibcrt,  dans  les  Mél.  de  l'École  de  Home.  L912,  p.  69  et  suiv. 

2.  Cl.  L.,   VIII,  304. 

3.  Hygin.,  De  Um.const.,  p.  ISO. 

i.  Hull.  arch.  du  Comité,  1899,  p.  ccvi. 
5.  Ibid.,  1896,  p.  219,  n.  188. 


282         LES    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE 

mandants  des  troupes  d'Afrique  à  la  fois  à  l'époque  où  la 
légion  dépendait  encore  du  proconsul,  et  au  moment  où 
elle  obéissait  au  légat  impérial,  c'est  là  un  très  fort  argu- 
ment pour  penser  que  la  légion  y  tenait  camp  dés  Tibère 
et  encore  du  temps  de  Domitius  Tullus,  sous  Vespasien. 
Dès  lors  on  peut  admettre  —  et  de  nouvelles  découvertes 
ne  feront  sans  doute  que  confirmer  cette  étude  —  qu.lm- 
maedara  fut  le  camp  de  la  légion  de  Tibère  au  moins  à 
Vespasien  et  qu'à  la  fin  du  règne  de  ce  prince,  en  74  ou  75, 
certainement  avant  70,  le   camp  fut  transporté  à  Tébessa. 

Si  une  conclusion  se  vérifie  surtout  par  les  explications 
satisfaisantes  qu'elle  donne  de  textes  ou  de  problèmes  jus- 
qu'alors obscurs,  la  nôtre  mérite  bien  d'être  prise  en  sérieux 
examen. 

1°  Elle  éclaire  enfin  un  passage  très  discuté,  l'allocution 
adressée  en  128  par  Hadrien  aux  soldats  de  Lambèse  :  Nos- 
tra  mejnoria  bis  non  tantum  castra  mutastis,  sed  et  nova 
fecistis.  La  première  partie  de  cette  phrase  soulevait  une 
question  difficile  à  résoudre.  Hadrien  en  son  discours  affir- 
mait que  de  son  temps  la  légion  changea  deux  fois  son 
camp  permanent.  Mais,  puisqu'on  admettait  avec  Moram- 
sen  que  Tébessa  dès  le  début  de  l'empire  avait  été  la  gar- 
nison de  la  3e  légion  Auguste,  il  fallait  de  toute  nécessité 
supposer  qu'avant  de  se  fixer  à  Lambèse  où  elle  était  cam- 
pée en  128  depuis  plusieurs  années,  elle  s'était  installée 
quelque  temps  entre  Tébessa  et  Lambèse.  C'est  à  Khenchela 
(Mascula)  qu'on  imaginait  cette  station  l.  Or  on  ne  trouve 
à  Khenchela  aucune  trace  du  camp,  on  n'a  découvert 
aucune  inscription  militaire  ou  routière  qui  permît  de 
s'arrêter  sérieusement  à  cette  hypothèse.  D'ailleurs,  entre 
Tébessa  et  Lambèse,  aucun  des  postes  militaires  antiques 
qu'on  a  reconnus  ne  peut  pas  plus  que  Mascula  prétendre 
d'avoir    servi    d'asile    à    la   légion  -.    Le    texte    d'Hadrien 

1.  Cagnat,  Armée  romaine  d'Afrique,  p.  432. 

2.  Cf.  cependant  Gsell,  Mélanges  Boissier.  p.  232,  note  5. 


LES    CAMPS    DE    LA    TROISIÈME    LÉGION    EN    AFRIQUE         283 

jusqu'alors  obscur  s'explique  tout  simplement  dès  qu'on 
admet  que  la  légion  campa  jusqu'en  74-76  à  Ammaedara 
avant  de  se  transporter  à  Tébessa,  puis  directement  à  Lam- 
bèse,  tous  déplacements  qui  s'opérèrent  du  vivant  d'Hadrien 
(né  en  76). 

2°  Surtout  cette  hypothèse  a  le  mérite  d'expliquer  nette- 
ment les  progrès  de  la  conquête  et  de  la  civilisation 
romaines  en  cette  région.  Tandis  que  l'Afrique  romaine 
constantinoise,  au  début  du  règne  de  Tibère,  ne  s'étendait 
qu'aux  limites  méridionales  des  pagi  Cirtensium,  de  la 
gens  Numidarum  de  Khamissa,  bordée  au  Sud  par  des 
postes  comme  Gadiaufala,  Vatari,  Thala,  commandée  par 
les  troupes  du  camp  d' Ammaedara,  elle  gagna  de  Tibère  à 
Vespasien  le  pied  de  l'Aurès.  Tant  que  cette  zone  de  con- 
quête ne  fut  pas  complètement  pacifiée,  les  postes  et  le 
camp  de  la  vieille  frontière  la  commandèrent  encore  effica- 
cement. Mais  quand  les  Musulames  se  fixèrent  et  s'appri- 
voisèrent, quand  ils  fournirent  aux  Flaviens  leurs  contin- 
gents, il  convint  de  mieux  protéger  leurs  champs  et  leur 
paix  ;  c'est  alors  qu'une  nouvelle  frontière  s'établit  aux 
lisières  septentrionales  de  FAurès,  surveillée  par  les  déta- 
chements de  la  légion  qui  s'installa  dans  le  camp  nouveau 
de  Tébessa.  Quand  enfin  l'Aurès  fut  encerclé  par  les 
routes  romaines,  quand  le  danger  vint  surtout  des  nomades 
insoumis  du  Sud-Ouest  algérien,  dès  Trajan,  le  camp  de  la 
légion  se  fixa  à  Lambèse. 

Or,  a  chaque  progrès  vers  le  Sud  de  la  frontière  mili- 
taire, la  marche  que  le  soldat  venait  d'abandonner  devenait 
un  territoire  civil.  Elle  en  méritait  d'autant  plus  les  privi- 
lèges que  durant  la  période  d'occupation,  les  soldats  encore 
italiens  ou  gaulois  romanisés  la  marquaient  de  leur 
empreinte,  y  attiraient  le  commerce  du  negoliator,  s'y 
fixaient  à  leur  retraite  souvent  en  famille  et  s'y  groupaient 
en  cités  de  type  latin  comme  Madaure.  Aussi,  en  poussant 
plus  au  Sud  les   postes  et  le  camp,  l'administration  impé- 


284  SÉANCE    DU    23    JUIN    1916 

riale  reconnaissait  la  romani  té  de  l'ancienne  marche  en 
accordant  le  droit  latin  ou  romain  aux  villes  qui  y  avaient 
grandi.  C'est  ainsi  que  les  villes  et  les  postes  que  le  camp 
dArnmaedara  commanda  devinrent  en  général,  comme 
Ammaedara,  des  cités  llaviennes.  Au  Nord  de  cette  zone 
militaire,  le  pays  pourtant  soumis,  mais  non  peuplé  de 
soldats  ou  d'anciens  soldats,  garde  plus  longtemps  les  tra- 
ditions de  son  indigénat.  En  arrière  de  Madaure,  d?  Ammae- 
dara, les  tribus  locales  restaient  très  vivantes,  la  (jcns 
Numidarum  de  Khamissa  naissait  à  peine  à  la  vie  urbaine. 
C'est  seulement  sous  les  Antonins  qu'elle  gagna  ses  grades 
de  cité.  Tout  de  même,  en  arrière  des  Germanies  peuplées 
de  soldats,  de  marchands  italiens,  la  Gaule  du  Nord  accé- 
dait plus  lentement  à  la  vie  romaine. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  présente,  au  nom  de  l'auteur,  l'ouvrage 
suivant  : 

Essai  sur  les  origines  du  Christianisme  nu  Tonkin  et  dans  1rs 
autres  pays  annamites,  par  M.  F.  Romanet  du  Caillaud  (Paris,  1915, 
iu-8"). 


SÉANCE  DU   23  JUIN 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Edouard  Guq  fait  une  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur 
une  inscription  latine  découverte  récemment  à  Volubilis  et  qui 
nous  fait  connaître  l'un  des  moyens  imaginés  par  les  Romains 
pour  reconstituer  les  cités  éprouvées  par  la  guerre.  —  Ce  tra- 
vail sera  imprimé  dans  les  Mémoires  de  V Académie. 


séance  du  23  juin  1916  285 

A  la  suite  d'un  comité  secret,  le  Président  annonce  que  l'Aca- 
démie a  décerné  le  premier  prix  Gobert  à  M.  Delachenal,  pour  le 
tome  III  de  son  Histoire  de  Charles  V \  le  second  prix  à  M.  l'abbé 
Dussert,  pour  son  ouvrage  sur  Les  Etats  de  Dauphiné  au 
XIVe  et  au  XV  siècle. 

M.  Juluan  communique,  au  nom  de  M.  Fabia',  correspondant 

de  l'Académie,  professeur  à  l'Université  de  Lyon,  une  note  sur 
la  mosaïque  de  l'Ivresse  de  Bacchus,  découverte  à  Vienne  en 
1841  et  reconstituée  au  Musée  de  Lyon  en  1867 J. 

M.  Franz    Gumont,  associé   étranger  de    l'Académie,   fait    une 
communication  sur  un   fragment  de  sarcophage  romain,  exposé 
dans  la  nouvelle  section  chrétienne  qu'a  constituée  récemment 
M.  Paribeni  au  Museo  Nazionale.  Au   milieu   de  ligures   pure- 
ment païennes,  Victoires  ailées,  quatre  Saisons,  pâtres  de  Bac- 
chus foulant  le  raisin,  est  sculptée  une  représentation  du  chan- 
delier à  sept    branches.  Ce   tombeau   a   probablement   été    celui 
d'un  de  ces  «  judaïsants  »  qui  combinaient  les  doctrines  bibliques 
avec  les  croyances  des  mystères  dionysiaques.  Les   images  des 
Saisons  qui  rappellent  la  mort  et  le  réveil  annuels  de  la  nature, 
étaient  devenues  un  emblème  de   la   résurrection  et  purent  être 
acceptées   comme  telles  par   le  judaïsme    comme  par  le  christia- 
nisme. Le  candélabre  à  sept    branches  était  regardé  comme    un 
symbole  des    planètes   et   il    fait    allusion  à  la  vie  bienheureuse 
réservée   aux  âmes   pieuses  qui,  croyait-on,  devaient  revivre  au 
ciel  brillantes  comme  des  astres.  Le  sarcophage  du  Museo  Nazio- 
nale prouve  en  outre,  avec  quelques  autres  monuments,  que  la 
prohibition  de  représenter  la  figure    humaine    n'a    pas  été   tou- 
jours strictement  observée  à  Rome  parles  adeptes  d'un  judaïsme 
plus  ou  moins  orthodoxe. 


I.  Voi 


i"  ci  après. 


1916.  19 


286 

COMMUNICATION 


LA     MOSAÏQUE    DE    L'iVRESSE    DE    BACCHUS     AL     MUSÉE     DK     LYON, 
l'An    M.    PHILIPPE    FAB1A.    CORRESPONDANT    DE    l' ACADÉMIE. 

11    y    a    quatre    mosaïques    provenant   de    Vienne   ou    de 
Sainte-Colombe    dans    les    salles  du  Musée  de  Lyon,  deux 
en  totalité,  la  mosaïque  d'Eros  et  Anteros  ou  des  jeux    de 
la  palestre1  et   celle    du   combat  de  l'Amour  et  de   Pan2; 
deux  en  partie  seulement,  la  mosaïque  d'Orphée  parmi  les 
animaux3  et  celle  de  l'ivresse  de   Bacchus4.  Sur  l'amoin- 
drissement et  le  bouleversement  considérables  qu'a  subis 
la  première  des   deux.  Artaud  '  et  Comarmond 6  nous  ren- 
seignent de   façon  à  peu    près   suffisante.  La  seconde    fut 
remise  au  jour  trop  tard  pour  être  connue  d'Artaud,  repo- 
sée  trop  tard  pour  que   Comarmond,  qui  la  vit  lors  de  la 
découverte,  ait  pu  la  voir   dans   son  état   présent.  Si   l'on 
en  croyait  M.  Georges  Lafaye7,  elle   serait  «  au  Musée  de 
Lyon,  sauf  quelques   compartiments  détruits  »  ;  indication 
vague  et  qui  ne  laisse  même  pas  soupçonner  la  réalité. 

Xous  ne  connaissons  guère  la   mosaïque   primitive    que 
par  une   médiocre  notice  de  Comarmond  s  et  par  la  figure 

1.  Inventaire  des  mosaïques  de  la  Gaule.  ■ —  I.  Narbonnaise  et  Aquitaine, 
par  M.  Georges  Lafaye,  n°  J61. 

2.  N°  199. 

3.  N»  201  =  242. 
,.    X»  17  1. 

5.  Histoire  abrégée  de   lu  peinture  en  mosaïque,   p.  119-122;  pi.  LVIII. 

6.  Description  des  antiquités  et  objets  d'art  conservés  dans  les  salles  du 
Palais  des  arts  de  la  ville  de  Lyon,  \>.  690-691. 

7.  Ouvr.  cité,  ii    17 i. 

8.  Quelques  explications  sur  îles  mosaïques  de  Vienne  et  en  particulier 
sur  celle  dont  la  lithographie  se  trouve  dans  ce  volume:  dans  Congrès 
scientifique  de  France;  neuvième  session  tenue  à  Lt/on  en  septembre  1841; 
Lyon,  1842;  tome  II.  p.  140-145).  Le  même  volume  contienl  un  rapport  de 
Dominique  Branche  sur  une  excursion  faite  à  Vienne  le  7  septembre  1841, 


LA    MOSAÏQUE    DE    L'iVRESSE    DE    BACCHUS  287 

qui  l'accompagne,  lithographie  de  Storck,  d'après  un  dessin 
de  Drivet  et  Pirouelle,  mentionnée  dans  le  texte  de  l'In- 
ventaire publié  sous  les  auspices  de  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  réduite  au  sixième  environ  dans  l'album  où  cette 
planche  porte  le  sous-titre  erroné  :  d'après  Artaud.  La  com- 
paraison de  la  figure  avec  ce  qui  reste  aujourd'hui  de  l'ori- 
ginal montre  déjà,  comme  il  fallait  s'y  attendre,  qu'elle  n'a 
pas  la  tidélité  rigoureuse  d'une  photographie  :  on  y  relève 
plusieurs  détails  inexacts,  surtout  dans  les  motifs  acces- 
soires de  l'ornementation,  laquelle  était  fort  riche  et  com- 
pliquée. De  plus,  au  témoignage  de  Comarmond,  la  con- 
servation de  la  mosaïque  laisse  beaucoup  à  désirer  ;  or,  si 
les  dessinateurs  ont  marqué  le  vide  du  seul  caisson  entiè- 
rement détruit,  ils  ont  négligé  les  menues  dégradations  qui 
devaient  être  nombreuses.  Mais  cette  comparaison  et  toutes 
les  données  précises  de  la  notice  montrent  aussi  que  la 
lithographie  nous  offre  cependant  une  image  très  satisfai- 
sante de  l'ensemble. 

La  mosaïque,  à  champ  blanc  et  décor  polychrome,  rectan- 
gulaire hormis  qu'elle  avait  sur  un  de  ses  petits  côtés  un 
seuil  '  qui  en  bordait  la  partie  médiane,  les  deux  tiers  envi- 
ron, était  entourée  et  quadrillée  par  un  double  chapelet  de 
petits  losanges  noirs  qui  la  divisaient  en  cinq  rangées  lon- 
gitudinales et  neuf  rangées  transversales  de  compartiments  ; 
ou  plutôt  ii  de  ces  compartiments  avaient  ce  cadre,  un 
seul,  ne  l'ayant  pas,  excédait  ainsi  quelque  peu  l'étendue 
des  autres,  celui  qui  contenait  le  sujet  principal,  Bacchus 
et  son  cortège  ~,  et  qui  occupait  la  place  du  milieu  dans  la 

où  il  est  question  de  notre  mosaïque,  p.  426  (=  Butl.  inonum.,  VII.  1841 
p.  618).  La  note  de  la  Bévue  archéologique,  XV,  1858,  p.  187-188,  n'apporte 
rien  de  nouveau. 

1.  Bianche  a  pris  ce  seuil  pour  «  une  frise  ou  guirlande  ornée  »  entou- 
rant la  mosaïque. 

2.  Branche  :  «  Le  principal  tableau  semble  représenter  le  désarmement 
d'Hercule,  tandis  que  du  haut  de  l'Olympe  regardent  les  dieux  étonnés.  » 
Comarmond  a  bien  délini  et  copieusement    décrit  ce  sujet  principal.  C'esl 


288  LA    MOSAÏQUE    DE    L,' IVRESSE    DE    BACCHUS 

septième  rangée  transversale;  à  partir  du  seuil.  Les  autres 
cases  quadrangulaires  contenaient  toutes  un  sujet  ornemen- 
tal différent,  avec  alternance  des  sujets  dérivant  du  cercle 
et  du  carré.  Des  motifs  accessoires  très  variés,  masques, 
oiseaux,  vases,  Heurs,  etc.,  garnissaient  les  écoinçons  des 
panneaux  à  sujets  circulaires.  Un  seul  panneau  manquait 
complètement,  le  premier  de  la  cinquième  ligne  transver- 
sale. Une  rangée  de  deux  sortes  alternantes  de  fleurons 
décorait  le  seuil  que  soulignait  un  rang  de  peltes.  Non 
compris  le  seuil,  les  dimensions  du  pavement  étaient 
10  m.  33  et  G  mètres  ',  soit  à  fort  peu  de  chose  près  une 
surface  de  62  mètres,  à  laquelle  on  peut  ajouter  approxima- 
tivement un  mètre  et  demi  pour  le  seuil.  Nous  verrons 
d'ailleurs  bientôt  que  nous  n'en  serions  pas  réduits  à  cette 
évaluation  approximative,  s'il  était  besoin  de  préciser 
davantage. 

Transportons-nous  maintenant  dans  la  grande  galerie  des 
peintres  lyonnais,  ancienne  galerie  Chenavard,  devant  la 
mosaïque  reposée.  Nous  constatons  qu'elle  n'a  plus  de  seuil, 
qu'elle  compte  seulement  trois  rangées  longitudinales  et 
huit  rangées  transversales  de  caissons,  soit  24  panneaux  en 
tout  au  lieu  de  45.  Elle  mesure  9  m.  53  en  longueur  et 
4  m.  2-j  en  largeur2,  soit  un  peu  plus  de  40  mètres  carrés  et 
demi.  Bref,  la  mosaïque,  telle  que  nous  la  voyons  ici,  a  perdu 

Allmer,  je  crois,  qui  l'a  intitulé  le  premier  L'ivresse  de  Bacchus  (Bull. 
delV  Istituto  di  corr.  arch.  rom.,  1867,  p.  193).  Même  titre  dans  le  Cata- 
logne sommaire  des  Musées  de  Lyon,  1887,  p.  135,  n°  15  ;  1899,  p.  207,  n°  16. 
Bévue  arch.  :  «  Bacchus  chancelant  et  soutenu  par  un  groupe  de  Bac- 
chantes. »  (1.  Lafaye  :  «  Bacchus  soutenu  par  le  jeune  Ampélus  et  entouré 
de  bacchantes  et  de  faunes.  » 

1.  Dimensions  données  par  Comarmond.  Il  est  évident  que  la  longueur 
ne  comprend  pas  le  seuil  ;  car  la  rangée  transversale  supprimée  représente 
à  elle  seule  la  différence  entre  la  longueur  primitive  et  la  longueur  actuelle, 
10"'  33  —  9'"  53.  La  partie  débordante  du  seuil  mesurait  0'"  58. 

2.  Tandis  que  V Inventaire  donne,  d'après  Comarmond,  les  dimensions 
de  la  mosaïque  primitive,  le  Catalogue  sommaire  donne  celles  de  la 
mosaïque  réduite,  10'"  60  et  4  m  23,  avec  une  erreur  manifeste  d'un  mètre 
et  plus  sur  la  longueur. 


LA    MOSAÏQUE    DE    l'iVRESSE    DE    BACCHUS  289 

presque  la  moitié  de  ses  panneaux  et  plus  d'un  tiers  de  sa 
surface  * .  Pourquoi  ? 

Le  simple  rapprochement  de  trois  dates  nous  suggère 
une  explication.  Ce  pavement  fut  remis  au  jotir  en  1841  2, 
acquis  par  la  ville  de  Lyon  en  1858  3,  reposé  en  1867  4. 
Déjà  fort  détérioré  quand  on  le  découvrit,  mal  garanti  sans 
doute  contre  les  intempéries  pendant  le  premier  laps  de 
temps,  il  eut  encore  à  souffrir  pendant  le  second  de  son 
séjour  dans  les  dépôts  du  Musée  5.  Je  tiens  d'un  maître 
mosaïste  bien  connu  à  Lyon,  M.  Glaudius  Mora,  qui  prit 
part  à  la  repose,  que  certaines  parties  étaient  alors  en  très 
mauvais  état,  bonnes  seulement  à  fournir  des  cubes  pour  la 
réparation  des  parties  mieux  conservées.  Il  fallait  donc  ou 
refaire  de  toutes  pièces  à  peu  près  les  panneaux  hors  d'usage, 
ou  réduire  l'ensemble.  Mais  cette  première  raison  ne  suffit 
pas  à  tout  expliquer6.  Combien  y  avait-il  de  panneaux  vrai- 
ment hors  d'usage?  Ce  qui  me  fait  douter  que  le  mauvais 
état  de  la  mosaïque  à  reconstituer  soit  seul  responsable  des 
dimensions  relativement  restreintes  de  la  mosaïque  recons- 
tituée, c'est  que  nous  retrouverons  en  bon  état,  remployées 

1.  Il  est  bien  étrange  que,  selon  Travaux  archéologiques  extraits  des 
Mémoires  de  V Académie  de  Lyon,  1859-1867;  Lyon,  1868;  p.  165,  Martin 
Daussigny,  alors  conservateur  du  Musée,  affirme  :  «  Cette  mosaïque,  éta- 
blie aujourd'hui  dans  notre  grande  salle  de  tableaux...,  existe  dans  toute 
sa  longueur,  mais  on  s'est  vu  dans  la  nécessité  de  supprimer  un  rang  de 
médaillons  de  chaque  côté,  ce  qui  en  réduit  le  nombre  à  27,  de  45  qu'il  en 
existait  auparavant»;  —  non  moins  étrange  qu'il  affirme  cela  le  21  juin 
1867,  le  devis  de  la  restauration  à  faire  étant,  nous  le  verrons,  du  19  juillet. 
Faut-il  penser  que  la  réduction  à  27,  au  lieu  de  21,  fut  au  moins  envisagée? 

2.  Gomarmond  et  Branche.  Martin  Daussigny,  ouv.  cité,  dit  inexacte- 
tement  1840. 

3.  Archives  municipales,  M'.  Palais  des  Arts,  Architecture,  année  1858; 
Catalogue  sommaire.  Martin  Daussigny,  inexactement,  1857. 

4.  Arch.  mun.,  ibid.,  année  1867  ;  témoignage  oral  du  maître  mosaïste 
Claudius  Mora  qui   fut  alors  le  collaborateur  de  son  père,  Edouard  Mora. 

5.  Le  devis  (19  juillet  1867)  de  la  restauration  s'élève  à  fr.  5319,75,  et 
réserve  en  outre  l'imprévu. 

6.  C'est  la  seule  pourtant  qu'invoque  Martin  Daussigny  :  «  Cette 
mosaïque...  avait  de  telles  avaries  qu'il  a  fallu  la  réduire  de  plus  d'un 
tiers.  » 


290  LA    MOSAÏQUE    DE    L'iVRESSE    DE    BACCHUS 

ailleurs  ou  non,  des  parties  éliminées  de  la  reconstitution, 
spécialement  le  seuil.  On  aurait  eu,  semble-t-il,  le  moyen 
de  moins  réduire  et  peut-être,  par  exemple,  de  ne  réduire 
qu'en  longueur;  on  aurait  ainsi,  sans  aucun  dommage 
esthétique,  rapproché  du  carré  le  rectangle  très  prononcé 
qu'était  le  pavement  primitif.  La  réduction  en  longueur 
pouvait  ne  supprimer  que  cinq,  dix,  quinze  panneaux  ;  la 
réduction  en  largeur,  vu  les  exigences  de  la  symétrie,  en 
supprimait  nécessairement  à  elle  seule  deux  rangées,  soit 
dix-huit  au  minimum. 

Il  y  eut  donc  une  seconde  cause,  et  ce  fut  l'exiguïté  rela- 
tive de  l'emplacement  choisi  pour  recevoir  la  mosaïque. 
Cette  victime  passa  par  l'épreuve  d'un  lit  de  Procuste  à 
deux  dimensions.  Trouvée  trop  longue  et  à  la  fois  trop 
large,  elle  fut  raccourcie  et  rétrécie  assez  pour  que  le 
public  circulât  aisément  dans  la  salle  autour  de  la  barrière 
qui  la  protégerait  '.  Je  n'attribue  pas  à  cette  seconde  cause 
une  importance  excessive  ;  elle  ne  suffirait  pas  plus  que  la 
première  à  tout  expliquer.  Si  elle  avait  agi  seule,  on  se 
serait  naturellement  borné,  pour  rentrer  dans  les  limites 
voulues,  à  supprimer  avec  le  seuil  la  plus  haute  rangée 
transversale  et  une  rangée  longitudinale  de  chaque  côté. 
Or  on  est  bien  parti  de  ce  dessein,  mais  on  n'a  pu  le  réali- 
ser jusqu'au  bout.  Le  plus  grand  nombre  des  caissons  que 
leur  place  désignait  pour  être  maintenus,  l'ont  gardée  ;  mais 
cinq  l'ont  cédée  à  d'autres  pris  dans  les  rangées  sacrifiées  ; 
c'est  apparemment  qu'ils  ne  semblèrent  pas  utilisables.  Le 
schéma  ci-joint  fera  voir  le  rapport  de  l'original  et  de  la 
reconstitution.  Les  compartiments  y  sont  numérotés  dans 
le  même  ordre,  pour  le  premier  en  chiffres  arabes,  pour  la 
seconde  en  chiffres  romains.  Le  caisson  qui  manquait  déjà 

1.   Il  fut  même  question  de  la  réduire  encore  davantage,  de  supprimer 
deux  autre:»  rangées  transversales,  si  du  moins  A  limer  ne  fait  pas  erreur, 
lorsqu'il  écrit  à  Henzen  :  «  Dans  quelques  jours,  cette  mosaïque  réduite  à 
18  tableaux  se  verra  dans  une   des    salles  du   Palais   Saint-Pierre.  »  (Bul 
dfll   Islituto  ai  corr.  arch.  rom.,  1867,  p.  193,  nota. 


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Mosaïque  «le  l'Ivresse  de  Bacchus,  an  Musée  de  Lyon  (schéma)- 


21*2  LA  MOSAÏQUE    DE    i/lVRESSE    DE    HACCHUS 

en  1841  y  est  indiqué  par  une  croix  et  cette  date,  les  élé- 
ments détruits  depuis  lors  par  une  croix. 

Ce  signe  ne  marque  pas  tous  les  éléments  exclus  de  la 
reconstitution  ;  car  plusieurs,  comme  je  L'ai  annoncé  plus 
haut,  existent  ailleurs.  Je  n'ai  pas  eu  de  peine  à  retrouver 
le  seuil  :  il  s'étale  en  bonne  lumière  dans  le  vestibule  de  la 
galerie  des  Antiques,  au-dessous  de  la  Table  Glaudienne, 
tel,  à  fort  peu  de  chose  près,  que  le  représente  la  lithogra- 
phie, si  ce  n'est  qu'on  a  cru  devoir  prolonger  sur  ses  deux 
petits  côtés  le  rang  de  peltes  qui  le  soulignait.  Il  fait  partie 
d'une  décoration  composite  qu'en  1868  Martin  Daussigny, 
utilisant  diverses  mosaïques  fragmentaires  fournies  par  les 
dépôts  du  Musée,  imagina  pour  les  parois  de  ce  vestibule  '. 
Quatre  caissons  de  notre  pavement,  moins  bien  placés  et 
moins  faciles  à  reconnaître  que  le  seuil,  y  figurent  aussi,  en 
totalité  ou  partiellement.  Seuil  et  panneaux  sont  marqués 
sur  le  schéma  de  la  lettre  A.  Le  même  conservateur  fit 
encastrer,  dans  le  soubassement  du  couloir  qui  sépare  les 
deux  salles  de  la  sculpture,  un  grand  nombre  de  débris 
moindres.  Parmi  ce  pêle-mêle,  on  distingue  des  fragments 
de  cinq  caissons,  marqués  S  sur  le  schéma.  Enfin,  grâce  à 
mon  collègue,  M.  Focillon,  directeur  du  Musée,  qui  ne 
demande  qu'à  introduire  partout  le  jour  et  l'ordre,  ayant 
exploré  une  cave,  véritable  capharnaùm  dès  longtemps 
plongé  dans  la  nuit,  j'y  ai  découvert,  avec  une  mosaïque  de 
la  place  des  Célestins2  et  beaucoup  d'autres  fragments  dont 
je  poursuis  l'identification,  un  débris  qui  complète,  ou  peu 
s'en  faut,  l'un  des  caissons  encastrés  dans  le  soubassement 
(DS)  et  trois  nouveaux  caissons  bien  conservés  (D).  Je 
souhaite  que  ceux-ci  aillent  rejoindre  aux  murs  du  vestibule 

1.  Arch.  mun.,  ibid.;  même  témoignage  oral. 

2.  Inventaire  des  mosaïques  de  la  Gaule;  II.  Lugdunaise,  Belgique  el 
Germanie,  par  M.  Adrien  Manchet;  n°  745.  Les  fragments  que  j'ai  retrou- 
vés, nombreux  et  contigus,  répondent  à  la  description  et  au  croquis  de 
M.  Claudius  Mora,  le  spécialiste  qui  les  enleva,  et  non  à  la  notice  de 
l'Inventaire. 


LA    MOSAÏQUE    DE    L'iVRESSE    DE    HACCHUS  293 

des  Antiques,  où  l'espace  ne  leur  manquera  pas,  les  quatre 
qui,  sans  mériter  mieux  cet  honneur,  les  y  ont  précédés. 
Ainsi  se  trouverait  rapproché  presque  tout  ce  qui  reste  de 
la  mosaïque  primitive  en  dehors  de  la  reconstitution.  Le 
total  des  panneaux  entièrement  disparus  depuis  18 il  ne 
s'élève  donc  qu'à  huit  ;  mais  de  ce  nombre  sont,  par  malheur, 
quelques-uns  des  plus  intéressants  :  le  labyrinthe  circu- 
laire avec  les  têtes  de  Thésée  et  d'Ariane  au  centre  (2),  les 
bustes  des  sept  divinités  de  la  semaine  dans  un  cadre  com- 
mun et  des  médaillons  octogonaux  de  torsade  (3)  ;  l'oiseau 
dans  un  cadre  circulaire  de  biges  et  de  cariatides  (8)  ;  le 
lion  parmi  six  oiseaux  (23).  Pour  avoir  la  somme  complète 
des  pertes,  il  faut  ajouter  que  trois  caissons  à  sujet  circu- 
laire, qui  font  partie  de  la  reconstitution,  ont  perdu  leur 
motif  central  remplacé  par  un  champ  de  cubes  rougeâtres  : 
le  n°  12  une  tête  de  Méduse,  le  n°  18  un  Silène  portant  sur 
son  épaule  gauche  un  bâton  dont  les  extrémités  soutenaient 
deux  cistes  de  vendange;  le  n°  28  un  satyre  accroupi  gar- 
dien d'un  enfant  enchaîné. 

Une  autre  mosaïque,  découverte  à  la  même  époque  et  au 
même  endroit,  acquise  aussi  par  la  ville  de  Lyon  ',  enlevée 
sans  doute  et  transportée  en  même  temps  2,  est  mentionnée 
dans  Y  Inventaire4  comme  étant  au  Musée.  Je  n'ai  pas  jus- 
qu'à présent  trouvé  trace  de  ce  pavement.  Branche  lui  attri- 
bue trente-deux  caissons  contenant  «  des  losanges,  des 
têtes  de  Bacchus  couronnées  de  pampre  et  de  Gybèle  cou- 
ronnées de  tours  ».  Gomarmond  affirme  que  cette  petite 
mosaïque  était  en  général  mieux  conservée  que  la  grande, 
qu'elle  mesurait  G  mètres  et  2  m  33,  qu'elle  était  «  décorée 
de  médaillons  à  masques  de  théâtre  avec  des    ornements 

1.  Arcli.  mun.,  série  citée,  dossiers  de  1857  et  1858  (dans  le  dossier  de 
1807,  il  n'est  plus  question  de  la  petite  mosaïque);  Revue  archéol.,  pas- 
sade cité. 

2.  Du  moins  le  devis  de  1857  concerne-t-il  l'enlèvement,  le  transport  et 
la  mise  en  place  des  deux  mosaïques. 

8.   I,  n"  173. 


29  i  LIVRES    OFFERTS 

variés  de  vases,  de  tiges  de  plantes  »,  et  qu'une  grecque 
entourait  les  principaux  sujets.  Rien  de  ce  que  j'ai  vu  dans 
les  salles  et  les  dépôts  ne  ressemble  à  L'une  ou  à  l'autre  de 
ces  descriptions  qui  ne  se  ressemblent  guère  entre  elles. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Babelon  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  de  la  part  de  l'auleur, 
M.  Charles  Fremonl,  un  mémoire  intitulé  :  Le  balancier  à  vis  pour 
estampage  (1916,  in-4°).  C'est  une  étude  expérimentale  de  technolo- 
gie industrielle  qui  fait  suite  à  de  nombreux  travaux  de  même  nature 
que  l'auteur  a  publiés  antérieurement  :  ils  ont  trait  principalement  à 
la  résistance  des  métaux,  à  leur  élasticité,  au  laminage,  à  la  fusion, 
au  rivetage,  etc.  L'auteur  est,  d'ailleurs,  professeur  â  l'Ecole  supé- 
rieure des  Mines  et  ses  travaux  relèvent  plutôt  de  l'Académie  des 
sciences  que  de  la  nôtre.  Pourtant  quelques-uns  d'entre  eux  sont 
particulièrement  dignes  d'être  signalés  à  l'attention  des  archéo- 
logues. Je  noterai,  par  exemple,  les  Etudes  techniques  de  M.  F  rémont 
sur  la  chaudronnerie  même  dans  l'antiquité,  sur  le  cisaillement  et 
le  poinçonnage  des  métaux,  sur  la  fonderie  de  cuivre,  sur  le  coup  de 
pointeau  central  dont  on  voit  les  traces  sur  le  flan  de  nombreuses 
monnaies  antiques,  surtout  sur  les  grandes  pièces  de  bronze  de  la 
série  des  Lagides  et  des  Séleucides  ;  sur  l'origine  et  l'évolution  des 
outils  de  l'époque  préhistorique  ;  sur  l'origine  de  l'horloge  à  poids, 
etc.  M.  Fremont  a  même  consacré  une  étude  spéciale  au  carré  creux 
des  monnaies  grecques  archaïques,  considéré  au  point  de  vue  de  la 
fabrication  technique. 

<i  Le  nouveau  mémoire  qu'il  m'a  chargé  d'offrir  à  l'Académie,  sur  le 
balancier  à  vis  pour  estampage,  passe  en  revue,  au  point  de  vue 
mécanique,  les  instruments  qui,  dans  l'antiquité,  au  moyen  âge  et  à 
l'époque  moderne,  ont  servi  à  la  Trappe  des  monnaies  et  des  bijoux  : 
coins,  emporte-pièce,  poinçons,  étampes,  bouteroles,  matrices,  presse 
à  foulon,  etc. 

<<  Le  caractère  exclusivement  technique  des  recherches  de  M.  Fre- 
mont, la  description  minutieuse  des  opérations  successives  de  la 
fabrication  monétaire  est,  on   le  voit,  tout   autre  que  le  point  de  vue 


SÉANCE    DU    30   JUIN    1916  29:', 

qu'envisagent  d'ordinaire  le  numismate  et  les  archéologues.  11  vient 
donc  très  utilement  compléter  nos  propres  recherches  et,  en  quelque 
sorte,  s'y  adjoindre  sans  empiéter  sur  notre  domaine.  Il  nous  fournit 
les  résultats  d'expériences  mécaniques  qu'il  peul  être  très  important 
pour  nous  de  connaître. 


SÉANCE    DU   :M)  JUIN 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROI3ET. 

M.  Morei-Fatio,  au  nom  de  la  Commission  du  Prix  Raoul 
Duseigneur,  annonce  que  le  prix  extraordinaire  de  cette  année 
a  été  décerné  à  M.  Leite  de  Vasconcellos,  archéologue  portugais, 
professeur  à  l'Université  de  Lisbonne,  pour  l'ensemble  de  ses 
travaux  d'archéologie  hispanique. 

M.  Paul  Fournier   appelle    l'attention   de  l'Académie  sur  une 
décision  du  IIe  concile   de   Latran.  tenu  en    1  139,  sous  la  prési- 
dence du  pape  Innocent  II.  Le  concile  prohibe  l'usage,  dans  les 
guerres    entre    chrétiens,  de    l'arc   et   de    l'arbalète,  considérés 
comme  des  engins   trop  meurtriers;  cette   disposition  fut  insé- 
rée, au   siècle  suivant,  clans  le   recueil  officiel   des   Décrétales. 
File  fait  partie  d'une  série  de  mesures  prises  par  l'Fglise  pour 
atténuer   les  maux  de  la  guerre  qu'elle  se  reconnaissait  impuis- 
sante à  supprimer:  on  sait  que  la  plus  ancienne  de  ces  mesures 
est  la  Trêve  de  Dieu.  Alors  prit  naissance  un  courant  qui  repa- 
rut à  l'époque  moderne  et  trouva  son  expression  dernière  dans 
les  conventions  diplomatiques   systématiquement    méconnues  et 
violées   par   nos   adversaires,  qui   répudient  ainsi  les  meilleures 
traditions    de    la    société  chrétienne.  M.  Fournier  recherche   les 
motifs  qui  inspirèrent  la  décision  du  concile  de  Latran  :  perfec- 
tionnement du  mécanisme  de  l'arbalète  qui  devenait  ainsi  plus 
dangereuse,  modifications  dans  la  tactique  du  combat,  à  la  suite 
de  la  première  croisade,  et  il  constate  que  celle  décision    ne  lut 
guère    respectée  que   par  la    France,  dont    les  soldats,  pendanl 
près  d'un  demi-siècle,  s'abstinrenl  d'employer  l'arbalète. 


296  séance  di    30  .11  i.n   1916 

MM.  Salomon  Reinacii,  Maurice  Croiset  el  Edouard  Cha- 
\  \wi >  présentent  quelques  observations. 

M.  Antoine  Thomas  signale  une  curieuse  tentative  faite  aux 
environs  de  l'an  (300,  à  Paris  même,  pour  distinguer,  dans  l'or- 
thographe du  Français,  le  iinal  masculin  de  le  final  féminin. 
Elle  consiste  à  écrire  Ve  masculin  par  un  e  cédille,  procédé  que 
l'on  retrouve  seulement  au  xvie  siècle,  où  Giles  du  Wés,  profes- 
seur de  français  du  roi  d'Angleterre  Henri  VIII,  et  Louis  Mei- 
gret  en  ont  fait  un  large  emploi.  Le  seul  manuscrit  où  M.  Tho- 
mas ait  constaté  cet  usage  est  le  journal  du  trésor  de  Philippe 
le  Bel  pour  les  années  1298-1301,  conservé  à  la  Bibliothèque 
nationale 

MM.  Maurice  Prou  el  Omont  présentent  quelques  observa- 
tions. 

M.  (îlot/,  lit  un  mémoire  sur  l'histoire  de  Délos  d'après  le 
prix  d'une  denrée 

Sur  la  proposition  du  Président,  l'Académie  réélit  les  membres 
de  la  Commission  de  vérification  des  comptes  :  MM.  Omont  et 
Guq. 


Au  moment  où  le  Président  donne  la  parole  au  Secrétaire 
perpétuel  pour  les  hommages,  M.  Maspero  est  frappé  d'un 
malaise  subit.  Plusieurs  de  ses  confrères  s'empressent  à  son 
secours.  Un  médecin,  aussitôt  appelé,  ne  peut  malheureusement 
que  constater  le  décès. 


/  e  Gérant,  A.  Pic  krd. 


MAÇON,     l'ROTAT    t'RKRES,     I  M  l'H  I  M  I   I   II  - 


COMPTES    REiNDUS    DES    SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE  DE   M.  MATRICE  CROISE! 
SÉANCE  DU  7  JUILLET 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Maurice  Croiset  prononce,  au  sujet  de  la  perte  que  l'Aca- 
démie vient  de  l'aire  dans  la  personne  de  son  Secrétaire  perpétuel, 
M.  Maspero,  les  paroles  suivantes  qui  sont  écoutées  avec  émotion  : 

«  Mes  chers  Confrères, 

«  Vous  avez  encore  devant  les  yeux  le  drame  silencieux  et  poi- 
gnant qui  s'est  passé  ici  même  vendredi  dernier.  Vous  m'excu- 
serez si  j'éprouve  de  nouveau  et  si  j'ai  peine  à  dominer,  en  me 
retrouvant  à  cette  place,  l'émotion  qui  m'a  étreint,  quand  j'ai 
vu  s'affaisser  dans  la  mort,  à  mes  côtés,  notre  éminent  Secrétaire 
perpétuel,  un  des  plus  chers  compagnons  de  ma  jeunesse,  un 
ami  de  toute  ma  vie. 

«  Ce  n'est  ni  le  lieu  ni  le  moment  de  raconter  en  détail  cette  vie 
si  active,  si  féconde  en  oeuvres  qui  ont  honoré  grandement  la 
science  française.  Le  nom  de  Gaston  Maspero  a  pris  place  désor- 
mais, dans  l'histoire  de  légvptologie,  à  côté  des  plus  illustres. 
I)  autres,  plus  compétents,  apprécieront  les  travaux  qui  l'ont 
mis  en   si    haut  rang  dans  l'estime    universelle.  Je    veux    seule- 

1916  -JU 


298  SÉANCE    DU    "    JUILLET    L916 

meut   aujourd'hui    rendre  à  notre  confrère  disparu    un  premier 
hommage,  simple  témoignage  de  notre  douleur  et  de  nos  regrets. 

«  Né  à  Paris,  le  23  juin  1846,  Gaston-Camille-Charles  Maspero 
était,  par  sa  famille, d'origine  italienne.  11  dut  peut-être  à  l'Italie 
quelque  chose  de  cette  souplesse  d'esprit,  qui  fut  un  de  ses  dons 
naturels,  mais  il  ne  dut  qu'à  lui-même  la  force  de  volonté  qu'il 
a  manifestée  dans  toute  sa  carrière.  Il  lit  ses  études,  de  très 
brillantes  études,  à  Paris,  au  lycée  Louis-le-Grand.  L'histoire, 
je  m'en  souviens,  avait  dès  lors  pour  lui  un  intérêt  particulier. 
et  je  ne  sais  quel  instinct  l'orientait,  tout  jeune  encore,  vers  les 
études  qui  devaient  un  jour  l'illustrer.  Il  était  égyptologue  avant 
d'avoir  quitté  le  lycée,  il  l'était  avec  passion. 

«  Qu'il  me  soit  permis  de  rappeler  quelques  visites  au  musée 
égyptien  du  Louvre  que  nous  finies  à  quinze  ans,  visites  dans 
lesquelles  ma  profonde  ignorance  s'émerveillait  à  bon  droit  d'une 
science  qu'aucune  question  ne  trouvait  jamais  en  défaut.  D'ail- 
leurs cette  spécialisation  précoce  n'était  pas  absorbante  ;  elle 
ne  nuisait  en  rien  à  ses  autres  études.  Il  s'appliquait  à  tout, 
il  réussissait  en  tout.  Il  entra  dans  sa  carrière  de  savant. 
pourvu  de  l'éducation  classique  la  plus  solide  et  la  plus  complète. 

«  Reçu  en  1865  à  l'École  normale  supérieure,  il  n'y  resta  que 
deux  ans.  A  la  suite  du  licenciement  de  18*>7,  profitant  d'une 
occasion  qui  s'offrait  à  lui,  il  alla  passer  un  an  dans  l'Amérique 
du  Sud,  heureux  de  s'initier  aux  vieilles  civilisations  améri- 
caines, dont  on  ne  s'occupait  guère  alors  dans  notre  pays. 

«  Il  revint  en  France  en  1868;  et,  depuis  lors,  on  peut  dire 
qu'il  s'est  donné  tout  entier  à  sa  science  préférée,  sans  jamais 
s'en  laisser  distraire  ni  s'en  fatiguer.  L'Kcole  des  Hautes  Études, 
qui  venait  de  naître,  l'accueillait  immédiatement,  en  1869,  comme 
répétiteur  de  langue  et  d'archéologie  égyptiennes.  Quatre  ans 
plus  tard,  en  1873.  il  obtenait  le  grade  de  docteur  es  lettres, 
avec  une  thèse  sur  le  Heure  épistolaire  chez  les  anciens  Égyp- 
tiens, qui  fut  le  premier  travail  d'égvptologie  présenté  en  France 
devant  une  Faculté  des  Lettres. 

■  I  fn  peu  plus  tôt,  en  1872,  la  chaire  de  philologie  et  antiquités 
égyptiennes,  qui  avait  été  créée  au  Collège  de  France,  en  1831, 
pour  Champollion,  sous  le  titre  de  chaire  d'archéologie,  et  qui 
avait   été    successivement    occupée   par   Letronne,  par   Charles 


SÉANCE    DU    7    JUILLET     1916  299 

Lenormant  et  par  Emmanuel  de  Rougé,  était  devenue  vacante 
par  la  mort  de  ce  dernier.  L'assemblée  des  professeurs  proposa 
pour  lui  succéder  Gaston  Maspero,  alors  âgé  de  vingt-six  ans 
seulement.  Jugé  trop  jeune  par  un  minisire  trop  scrupuleux,  il 
ne  fut  nommé  professeur  que  deux  ans  plus  tard,  le  4  février 
1874. 

«  Son  enseignement  et  ses  travaux  justifièrent  bien  vite  et  bien 
complètement  la  confiance  cpie  lui  avait  témoignée  l'assemblée 
du  Collège  de  France.  Lorqu'on  organisa,  en  1880,  la  mission 
archéologique  qui  allait  devenir  l'Ecole  française  du  Caire,  il  se 
trouva  tout  naturellement  désigné  pour  en  être  chargé.  Toute  sa 
vie,  depuis  lors,  se  partagea  entre  l'Egypte  et  la  France. 

«  De  1880  à  1880,  il  organisa  l'Ecole  nouvelle  avec  une  intelli- 
gence pratique  et  une  activité  vraiment  admirables.  En  même 
temps,  ayant  recueilli,  en  188J ,  l'héritage  de  Mariette  comme 
directeur  des  fouilles  et  antiquités  de  l'Egypte,  il  entreprenait  la 
double  tâche  de  préserver  les  monuments  anciens  déjà  décou- 
verts et  d'entamer  des  explorations  nouvelles.  Prodiguant  ses 
forces  jusqu'à  compromettre  sérieusement  sa  santé,  il  réalisa 
celte  tâche  avec  un  remarquable  succès,  malgré  d'incessantes 
difficultés.  \e  se  rebutant  de  rien,  aussi  habile  à  négocier  que 
ferme  dans  ses  desseins,  il  se  montrait  capable  de  pourvoir  à  tout. 
Son  autorité  de  savant  était  soutenue  par  une  patience  ingé- 
nieuse et  inlassable  qui  réussissait  presque  toujours  à  reprendre 
ce  qu'elle  avait  paru  d'abord  abandonner,  et  il  venait  à  bout  de 
tout. 

«En  1886,  l'état  de  sa  santé  le  ramenait  en  Fiance,  et  il  y 
reprenait  ses  cours  au  Collège  de  France  ainsi  qu'à  l'Ecole  des 
Hautes  Eludes  ;  double  enseignement  singulièrement  élargi  et 
fortifié  parles  connaissances  qu'il  n'avait  cessé  d'augmenter  pen- 
dant ses  missions.  Il  le  continua  pendant  quatorze  ans.  Puis,  en 
1899,  il  retournait  en  Egypte  pour  y  reprendre  le  poste  diflicile 
qu'il  avait  occupé  déjà  si  brillamment.  On  sait  ce  que  le  Muser 
du  Caire  et  le  Service  des  antiquités  sont  devenus  alors,  grâce  à 
lui.  Ce  fut  une  nouvelle  période  de  travaux  aussi  féconds  que 
fatigants,  où  il  développa  l'œuvre  qu'il  avait  commenc 
quelques  années  auparavant.  Il  s'y  donna  avec  un  dévouement 
sans  bornes,    avec  une  conscience  admirable,  qui  n'ont  pas  subi 


:{()(.)  SÉANCE    DU    7    .llll.l.i:i     1916 

un  seul    instant  de  défaillance.  Il  y  usa  peu   à  peu  sa  santé.  En 

1914,  il  lui  fallut  abandonner  définitivement  l'Egypte.  Il  rentra 
en  France  presque  épuisé  et,    malgré  cela,  dans  le    courant   de 

1915,  il    reprit,    au    Collège    de  France,  son   cours    abandonné 
depuis  seize  ans. 

«  Dans  le  cadre  biographique  déterminé  par  ces  quelques  laits 
et  par  ces  dates,  quelle  succession  de  publications  et  de  travaux 
ne  devrais-je  pas  rappeler,  si  je  voulais  marquer  les  progrès 
qu'il  a  fait  faire  à  l'égyptologie ?  Ses  élèves,  devenus  à  leur  tour 
des  maîtres  dans  cette  science,  jeune  encore  et  déjà  si  étendue, 
exposeront  tout  ce  qu'il  a  réalisé  par  ses  fouilles,  par  ses  déchif- 
rements  d'inscriptions  et  de  papyrus,  par  ses  mémoires,  par  ses 
leçons.  A  défaut  de  compétence  personnelle,  je  dois  me  conten- 
ter de  dire,  d'après  leur  témoignage  unanime,  qu'il  a  su  embras- 
ser, avec  une  force  d'esprit  exceptionnelle,  un  domaine  immense, 
qu'il  en  a  éclairé  presque  toutes  les  parties  et  qu'il  n'en  a 
négligé  aucune.  L'histoire  de  l'Egypte  ancienne  est  étroitement 
associée  à  celle  de  l'Asie  antérieure  d'abord,  puis  à  celle  de  la 
Grèce.  Maspero  avait  senti,  dès  ses  débuts,  qu'il  lui  était  indis- 
pensable, pour  interpréter  la  vie  du  peuple  égyptien,  de  con- 
naître à  fond  celle  des  autres  peuples  de  l'Orient.  Il  tint  donc  à 
s'initier  aux  recherches  relatives  à  l'Assyrie,  à  la  Chaldée,  à 
la  Perse,  à  l'Arabie,  aux  nations  de  la  Syrie  et  de  l'Asie  Mineure* 
11  voulut  se  mettre  en  état  de  les  contrôler  par  lui-même;  et  il  y 
réussit,  grâce  à  une  étonnante  puissance  d'assimilation  et  à 
une  mémoire  qui  ne  laissait  rien  perdre. 

«  C'est  de  ce  labeur  qu'est  sortie  son  Histoire  ancienne  des 
peuples  de  l'Orient,  ébauchée  d'abord  sous  la  forme  d'un  manuel 
qui  est  demeuré  classique,  puis  élargie  et  complaisamment  déve- 
loppée en  trois  volumes,  publiés  de  1895  à  1899,  où  se  trouve 
condensé  tout  ce  que  l'on  savait  sur  l'Orient  à  la  lin  du 
xixe  siècle.  Ce  bel  ouvrage,  consulté  avec  fruit  par  les  savants 
eux-mêmes,  olFrira  longtemps  au  grand  public  la  meilleure  syn- 
thèse de  ces  histoires  obscures  qui  font  revivre  sous  nos 
yeux  les  drames  d'une  humanité  lointaine.  De  la  sécheresse  des 
vieilles  annales,  Maspero  a  su  faire  surgir  des  tableaux  pleins  de 
vie  ;  il  nous  montre  des  intérêts  et  des  passions  en  jeu,  des  luttes 
effroyables  et  de  terribles  révolutions,  des  royaumes  qui  s'élèvent 


SÉANCE    DU    7    JUILLET    1916  301 

et  d'autres  qui  s'écroulent;  il  semblerait  qu'il  eût  connu  per- 
sonnellement les  acteurs  de  ces  sanglantes  tragédies,  tant  sont 
précis  les  portraits  qu'il  en  dessine;  et  derrière  ces  péripéties, 
il  découvre  à  nos  yeux  d'antiques  civilisations,  des  religions  et 
des  cultes,  des  lois,  des  sciences  et  des  arts.  Archéologue  et  his- 
torien, comme  il  l'a  montré  dans  les  deux  éditions  de  son  Manuel 
d'archéologie  égyptienne,  il  a  pu  concrétiser  dans  son  histoire 
de  l'Orient  les  évocations  brillantes  du  narrateur  par  les  illus- 
trations les  mieux  choisies.  Et  il  est  résulté  de  là  une  œuvre  qui 
parle  aux  yeux  autant  qu'à  l'imagination  et  qui  est  vraiment  la 
représentation  la  plus  suggestive  d'un  monde  disparu. 

«  La  science  unie  au  talent  donnait  à  Maspero  le  droit  d'entrer 
à  l'Académie  des  inscriptions  à  un  âge  où  Ton  oserait  à  peine, 
ordinairement,  ébaucher  de  loin  une  première  candidature.  Il  en 
devint  membre  à  trente-sept  ans,  en  1883.  Il  a  donc  appartenu 
à  notre  Compagnie  pendant  trente-trois  ans.  Ses  séjours  en  Egypte 
l'en  tinrent  éloigné,  il  est  vrai,  pendant  une  longue  période  de 
temps.  Mais,  absent  de  l'Académie,  il  ne  l'oubliait  pas.  Nous  nous 
souvenons  tous  des  rapports  annuels,  si  précis  et  si  vivants,  par 
lesquels  il  nous  mettait  au  courant  de  ce  qui  se  faisait  là-bas 
sous  sa  direction;  rapports  dans  lesquels,  bien  souvent,  il  s'atta- 
chait surtoutà  louer  ses  collaborateurs.  Quand  la  place  de  secré- 
taire perpétuel  devint  vacante,  à  la  fin  de  juin  1914,  à  la  mort  de 
Georges  Perrot,  nos  suffrages  l'y  appelèrent  unanimement. 
Nous  nous  disions  alors  que  personne  ne  ferait  mieux  que  lui 
l'éloge  de  l'émiiient  archéologue  et  de  l'homme  excellent  qui  avait 
été  l'un  de  ses  maîtres.  Et  vous  vous  rappelez  avec  quelle  grave  et 
touchante  simplicité  il  nous  retraça,  clans  notre  dernière  séance 
publique,  sa  vie  et  son  œuvre.  Dans  son  trop  court  passage  au 
secrétariat,  il  a  manifesté  les  qualités  d'administrateur  dont  il 
avait  donné  tant  de  preuves  dans  sa  carrière.  Mais  celles  qui 
nous  attachaient  tous  à  lui  étaient  d'un  ordre  plus  intime  et  plus 
délicat.  La  simplicité  de  ses  manières  était  charmante,  sa 
bonté  était  exquise.  Nul  ne  fut  plus  fidèle  que  lui  aux  vieilles 
amitiés,  plus  prompt  à  obliger  ni  plus  heureux  de  pouvoir  le 
faire.  Il  avait  une  énergie  patiente  et  comme  voilée,  qui  s'alliait 
à  une  sensibilité  profonde.  Lorsque  son  fils,  Jean,  qui  avait  été 
plus  particulièrement   son  élève  et  dont  les  premiers   succès   le 


3l)2  SÉANCE    DU    7    JUILLET    11H6 

remplissaient  de  joie,  tomba  glorieusement  pour  la  patrie, 
cpielque  effort  qu'il  ait  fait  pour  se  dominer  lui-même,  tous  ceux 
qui  l'approchaient  sentirent  qu'il  était,  lui  aussi,  frappé  à  mort. 
Il  fallut  l'admirable  dévouement  de  celle  qui  avait  partagé 
toutes  ses  fatigues,  et  qui  partageait  toutes  ses  douleurs  en  les 
adoucissant,  pour  lui  permettre  de  résister  à  cette  terrible 
épreuve.  C'est  dans  la  vie  de  famille  et  dans  les  plus  intimes 
atFections  qu'il  avait  toujours  puisé  la  meilleure  partie  de  sa 
force  morale;  c'est  là  qu'il  retrouva  aussi,  aux  derniers  jours  de 
sa  vie,  sa  suprême  consolation.  Il  semble  naturel  que,  dans 
l'hommage  dont  je  me  fais  ici  l'interprète,  le  souvenir  de  ce 
savant  qui  a  si  noblement  contribué  par  son  labeur  à  la  bonne 
renommée  de  notre  pays  ne  soit  pas  séparé  de  celui  du  jeune 
homme  qui  a  donné  sa  vie  pour  le  défendre.  Et  il  est  juste  aussi 
que,  par  ce  rapprochement,  un  double  honneur  soit  attaché  au 
nom  qu'ils  ont  ainsi  glorifié  l'un  et  l'autre,  afin  d'apporter,  si 
cela  est  possible,  quelque  atténuation  à  la  douleur  de  la  veuve 
et  de  la  mère,  doublement  éprouvée.  » 

Le  Secrétaire  perpétuel  intérimaire  donne  lecture  d'une 
dépêche  de  condoléances  adressée  à  l'Académie,  à  l'occasion  de 
la  mort  de  M.  Maspero,  par  le  Secrétaire  de  l'Académie  des 
sciences  de  Turin.  Elle  est  ainsi  conçue  : 

Turin,  3  juillet. 
La  mort  de  M.  Gaston  Maspero,  membre  étranger  de  notre  Aca- 
démie royale  des  Sciences, est  une  très  grave  perte  pour  la  science  et 
un  deuil  commun  aux  deux  nations  latines  sœurs.  Je  vous  prie 
d'agréer  nos  vives  condoléances  et  l'expression  d'une  intime  solida- 
rité dans  la  douleur  présente  comme  dans  la  très  prochaine  joie  de  la 
victoire  commune. 

Le  Secrétaire  de  l'Académie, 
Ettore  Stampini. 

Le  Président  lit  l'article  du  règlement  relatif  à  l'élection  du 
Secrétaire  perpétuel.  Elle  aura  lieu  le  vendredi  21  juillet. 

M.  Héron  de  Villefosse  communique  à  l'Académie  une  lettre 
qui  lui  a  été  adressée  par  M.  Lemonnier,  membre  de  l'Académie 
des  beaux-arts  ' . 

I .   Voir  ci-après. 


LES    STUCS    DU    COLISÉE  303 

M.  Fournier  donne  lecture  de  son  rapport  sur  le  concours  des 
Antiquités  de  la  France  de  cette  année  '. 

M.  Glotz  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  l'histoire  de 
Délos  d'après  le  prix  d'une  denrée. 

M.  Homolle  présente  quelques  observations. 


COMMUNICATION 


LETTRE  DE  M.  HENRY  LEMONN1ER, 

MEMBRE    DE    L'ACADÉMIE    DES    BEAUX-ARTS, 

SLR    LES    STUCS    DU    COL1SÉE. 

Mon  cher  confrère, 
Vous  avez  eu  l'obligeance  de  me  faire  connaître  un 
article  de  Lanciani,  signalant  deux  dessins  de  Jean  d'Udine  2, 
le  célèbre  collaborateur  de  Raphaël,  qui  donnent  l'idée  de  ce 
que  pouvait  être  la  décoration  en  stuc  de  certaines  parties 
du  Colisée.  On  les  trouve  gravés  dans  le  Recueil  d'es- 
tampes tf  après  les  plus  beaux  tableaux  et  tï après  les  plus 
beaux  dessins  qui  sont  en  France  dans  le  Cabinet  du  Roy'K.. 
avec  ce  titre  :  Grotesques  ou  ornements  de  stuc  qui  étaient 
dans  le  Colisée  à  Rome,  d'après  le  dessin  de  Jean  d'Udine. 
Le  n°  76  (gravé  par  Caylus)  représente  une  moitié  d'arcade 
feinte  soutenue  par  des  colonnettes,  avec  guirlandes  de 
fleurs,  un  génie  volant  et,  au-dessus  de  l'entablement,  des 
satyres  dénudant  une  femme  endormie.  Le  n°  77  (gravé  éga- 

1 .  Voir  ci-après. 

2.  BuUettino  délia  Commissione  comunale  di  Roma,  1880,  p.  216. 

3.  2  vol.  in-f»,  1729,  t.  I,  n-  76  et  77.  L'un  do  ces  dessins  était  dans  le 
Cabinet  du  Roi  et  l'autre  dans  celui  de  Crozat.  Ce  dernier  venait  de  la 
collection  du  cardinal  Vittoria. 

On  peut  consuller  sur  l'amphithéâtre  llavicn  un  mémoire  de  Marangoni 
et  surtout  l'ouvrage  récent  et  très  important  de  Colagrossi,  L'Anfitealro 
Flavio,  1913,  in-4". 


3(1  ï  LES    STUCS    DU    COLISÉE 

lement  par  Caylus)  montre  aussi  une  moitié  d'arcade 
feinte  et  un  entablement,  mais  en  outre  une  voûte  avec 
caissons.  Les  motifs  ornementaux  sont  les  mêmes  ;  les  cais- 
sons contiennent  des  scènes  mythologiques,  inventées  ou 
arrangées  par  Jean  d'Udine,  au  dire  des  archéologues  com- 
pétents, et  dont  sans  doute  il  n'y  a  pas  à  tenir  compte. 
On  pourrait,  d'après  cela,  se  demander  si  même  les 
motifs  décoratifs  présentent  quelques  garanties  d'exacti- 
tude ou  s'il  ne  faut  y  voir  que  la  fantaisie  de  l'artiste  du 
xvie  siècle.  Mais  nous  pouvons  les  confronter  avec  deux 
autres  documents  jusqu'ici  inconnus  ou  inemployés.  Il 
existe  a  la  Bibliothèque  de  l'Institut1  deux  albums  de  des- 
sins attribués  à  Charles  Errard2,  et  même,  par  Mariette,  à 
Poussin,  cette  dernière  attribution  tout  k  fait  contestable, 
à  mon  avis.  Mais,  à  coup  sur,  ils  appartiennent  au 
xvne  siècle  et  plutôt  à  la  première  moitié.  On  y  trouve  de 
nombreuses  reproductions  d'antiques  :  vases,  bas-reliefs, 
statues,  à  côté  de  motifs  décoratifs  tirés  de  Raphaël,  de 
Peruzzi,  etc.  Au  folio  il  du  t.  I,  on  lit,  en  bas  d'une  grande 
planche  double  :  Bas-reliefs  de  sfuc  qui  ornent  le  plafond 
d'un  des  grands  vestibules  du  Colisce,  et  au  f°  1 2  :  Ornements 
et  bas-reliefs  de  stuc  au-dessus  d'une  des  arcades  par  où 
l'on  entre  dans  les  quatre  grands  vestibules  du  Coliséc.  Toute 
l'ornementation  du  f'J  12  est  semblable  à  celle  des  dessins  de 
Jean  d'Udine,  sans  en  constituer  une  copie,  car  elle  n'est  p;is 
prise  du  même  point  de  vue.  Le  f°  11,  beaucoup  plus  déve- 
loppé, offre  un  grand  cadre  horizontal,  deux  cadres  verti- 
caux,  des  caissons,  etc.,   avec    des   scènes    mythologiques 

1.  N.  100  a  et  100  a*,  gr.  in-f. 

2.  Il  s'agit  de  Charles  Krrard  II.  peintre,  graveur  et  architecte,  qui  passa 
à  Rome  une  partie  de  sa  vie  et  fut  directeur  de  l'Académie  de  France  de 
1666  à  1672,  puis  de  167.)  à  1689.  Il  a  construit  l'église  de  l'Assomption  à 
Paris,  décoré  des  appartements  à  Versailles,  au  Louvre,  aux  Tuileries,  la 
salle  des  machines  des  Tuileries,  ce  qui  donne  un  motif  sérieux  de  lui 
attribuer  les  dessins  des  deux  albums.  Une  pari  ic  de  son  reuvre  f dont  il  ne 
reste  plus  rien)  a  été  gravée. 


LES    STUCS    DU    COLISÉE  303 

qui  sentent  la  fantaisie,  comme  celles  que  figurait  Jean 
d'Udine.  Mais  toute  la  partie  décorative  doit  être  conser- 
vée et  tenue  pour  exacte,  puisqu'elle  s'accorde  avec  les 
dessins  du  recueil  Crozat. 

Bien  mieux,  elle  s'accorde  avec  un  autre  document  encore 
plus  indiscutable. 

On  connaît  l'ouvrage  de  l'architecte  Desgodetz,  publié 
en  1682  :  Les  édifices  antiques  de  Rome  dessinés  et  mesurés 
très  exactement  (l  vol.  in-f°)  '.  Cet  ouvrage,  qui  eut  un  suc- 
cès exceptionnel,  et  que  consultèrent  tous  les  architectes 
jusqu'à  la  lin  du  xvm°  siècle,  se  compose  de  planches 
médiocrement  gravées,  qu'accompagne  un  commentaire 
explicatif  assez  bref.  Treize  planches  sont  consacrées  au 
Colisée.  Elles   n'en  reproduisent  aucun    motif  ornemental. 

Mais  Desgodetz  avait  conservé  le  cahier  de  ses  croquis 
originaux  :  un  petit  volume  de  format  in-4°  carré2.  Recueil 
précieux,  parce  qu'il  contient  des  notes  et  des  dessins  pris  en 
face  des  monuments  et  dont  plusieurs  détails  ne  passèrent 
pas  dans  l'ouvrage  gravé.  On  y  trouve  même  quelques  monu- 
ments que  Desgodetz  n'a  pas  reproduits.  Il  vaut,  je  crois, 
d'être  signalé  et  mériterait  peut-être  une  étude  particulière. 
Pour  le  moment,  je  n'en  retiens  que  les  croquis  du  f°  67, 
ainsi  désignés  dans  un  style  aussi  incorrect  que  l'orthogra- 
phe et  l'écriture  : 

Développement  du  Sophide  des  arcs  du  second  corridor  exté- 
rieur du  1"'  ordre,  qui  entre  en  la  grande  salle  du  milieu  du 
Colisée. 

Les  grands  paneaux  sont  des  bas-reliefs  d'histoire  et  les  petits 
sont  des  jeux  d'enfants;  l'un  et  l'autre,  ils  sont  si  ruinés  que  l'on  a 
beaucoup  de  peine  à  en  connoistre  quelque  chose. 

Frise  et  Sophide  de  la  voulte  du  milieu  de  la  grande  salle  du 
1er  ordre  du  Colisée. 

l.  Antoine  Desgodetz  1653-1728  avait  été  un  des  premiers  élèves  de 
l'Académie  d'architecture.  Il  lit  plus  tard  partie  de  l'Académie,  el  y  joua 
un  ^rand  rôle  comme  membre,  puis  comme  professeur.  C'était  surtout  un 
érudit,  un  archéologue,  un  technicien. 

•->.   Bibliothèque  de  l'Institut,  MSS.  X.  S.  LXIV. 


306  LES    STUCS    DU    COI.ISÉK 

Les  bas-reliefs  do  cette  voulte  son!  comme  les  autres  si  ruinés 
qu'on  ni  connois  rien. 

Selon  les  apparences,  toutte  cette  édiffices  estoil  fort  ornée  de 
stucque  ;  il  en  reste  encor  beaucoup  des  petits  arcs  qui  entre  au 
petit  corridor  intérieur,  qui  le  sont. 

Mesine  en  beaucoup  d'autre  endroits,  il  y  a  aussi  de  pareille 
ornements,  mais  fort  ruinés. 

Puis  deux  dessins  de  détail  des  bordures  : 

Petits  paneaux  Grands  paneaux 

Marqués  X  Marqués  V 

Il  n'y  a  pas  à  douter  de  l'absolue  sincérité  de  ces  dessins. 
Desgodetz  n'a  pas  essayé  d'en  restituer  les  parties  dispa- 
rues, mutilées,  ni  de  rien  interpréter.  Il  s'est  borné  à  une 
transcription  qu'on  pourrait  dire  naïve. 

Or,  si  l'on  rapproche  les  croquis  de  Desgodetz  des  dessins 
de  Jean  d'Udine  ou  d'Errard,  on  retrouve  un  très  grand 
nombre  de  motifs  identiques  dans  la  disposition  générale, 
dans  les  détails  ornementaux,  etc.  Les  trois  documents  se 
justifient  l'un  par  l'autre,  se  complètent  et  permettent  une 
reconstitution  au  moins  partielle  de  ces  décors  de  stuc  si 
goûtés  des  artistes  romains  de  l'Empire.  Ils  permettent 
même  de  les  localiser  et  de  restituer  quelques  ensembles1. 

Et  maintenant,  si  l'on  songe  que  ce  décor  du  Colisée  fut 
vu  par  les  artistes  du  xvie  siècle,  alors  qu'il  était  intact  en 
certaines  parties  ;  qu'il  fut.  étudié  par  eux  —  les  dessins  de 
Jean  d'Udine  en  font  foi  —  ;  qu'il  dut  être  regardé  par 
Raphaël,  si  amateur  des  antiquités  romaines,  on  considérera 
qu'il  ajoute  un  élément  non  seulement  à  la  connaissance  de 
l'art  antique,  mais  aussi  à  l'histoire  du  style  décoratif  de 
la  Renaissance  italienne  et  de  notre  style,  à  nous,  qui  s'est 
tant  inspiré  de  l'Italie. 

Il  resterait  à  chercher  si  quelques-uns  de  ces  motifs  ont 
passé    plus  ou    moins    directement    dans    des    œuvres   du 

1.  Colagrossi  (ci-dessus,  p.  55),  qui  a  étudié  jusque  dans  le  moindre  détail 
la  décoration  du  Colisée,  n'a  connu  ni  le  recueil  d'Krrard,  ni  le  ms.  de  Des- 
godetz. Il  ne  pouvail  le,s  connaître. 


CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    NATIONALES  307 

xvie  siècle,  et  le  parti  qu'en  aurait  tiré  Charles  Errard,  qui 
fut  précisément  dessinateur  d'ornements.  C'est  une  étude 
spéciale  à  faire.  Jusqu'à  présent,  je  n'ai  trouvé  aucune  imi- 
tation, sinon  de  détail. 


APPENDICE 


RAPPORT  SUR  LE  CONCOURS  DES  ANTIQUITÉS  DE  LA  FRANCE 
EN  1910;  LU  PAR  M.  PAUL  FOURNIER,  MEMBRE  DE  L'ACADÉMIE, 
DANS    LA    SÉANCE    DU    7    JUILLET    1910. 

Messieurs  et  chers  confrères, 

Six  ouvrages  ont  été  soumis  à  votre  Commission  du  Con- 
cours des  Antiquités  de  la  France.  C'est  bien  peu,  si  l'on 
compare  ce  chiffre  aux  chiffres  des  années  antérieures  ;  les 
événements  que  traverse  la  France  depuis  deux  ans 
expliquent  assez  cette  pénurie  pour  qu'il  ne  soit  pas  besoin 
de  lui  chercher  d'autre  cause. 

La  Commission  a  eu  le  regret  de  ne  pouvoir  retenir  un 
de  ces  ouvrages,  portant  sur  des  événements  du  règne  de 
Louis  XIV.  Il  est  en  effet  de  règle  que  le  concours  n'est  pas 
ouvert  aux  écrits  consacrés  à  une  période  postérieure  à  la 
mort  de  Henri  IV. 

Restaient  cinq  ouvrages,  à  l'examen  desquels  notre  Com- 
mission a  procédé.  A  la  suite  de  cet  examen,  elle  a  attri- 
bué des  médailles  à  deux  des  œuvres  qui  lui  ont  été  sou- 
mises, et  n'a  point  accordé  de  mention. 

En  première  ligne,  elle  a  sans  hésitation  placé  le  travail 
manuscrit  de  M.  Pierre  Gautier,  archiviste  de  la  Haute- 
Marne,  intitulé  :  Eludes  diplomatiques  sur  les  actes  des 
évcques  de  Law/res,  </u    VIIe  siècle  à  14 36. 

La  portion  principale  de  cet  ouvrage  esl  un  catalogue  des 


3dS  CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    NATIONALES 

actes  des  évêques.  L'auteur  en  a  réuni  281»,  parmi  lesquels 
un  bon  nombre  d'actes  inédits,  dont  il  a  publié  le  texte 
in  extenso.  Quant  aux  actes  déjà  publiés,  il  se  borne  à  les 
résumer  et  renvoie  pour  le  texte  aux  ouvrages  imprimés. 
Parmi  ces  nombreux  actes,  L'auteur  a  reconnu  2b  apo- 
cryphes. 

Il  n'est  pas  besoin  de  démontrer  l'intérêt  que  présentent 
les  actes  anciens.  Beaucoup  d'entre  eux  fournissent  les  ren- 
seignements les  plus  précieux  sur  l'organisation  politique 
de  l'ancienne  France;  l'historien  du  droit  public  ne  saurait 
les  négliger.  Quant  aux  actes  portant  sur  des  objets  qui 
concernent  le  droit  privé,  ils  ne  sont  pas  de  moindre  impor- 
tance ;  quiconque  a  étudié  le  droit  des  personnes,  de  la 
famille  ou  du  patrimoine  a  pu  facilement  s'en  rendre  compte. 
En  outre,  les  actes  fournissent  des  renseignements  abon- 
dants qui,  pour  être  étrangers  à  leur  objet  propre,  n'en 
sont  pas  moins  d'une  grande  valeur,  par  exemple  sur  les 
généalogies,  la  chronologie,  la  géographie  historique,  la 
philologie,  l'histoire  des  poids,  mesures  et  monnaies.  Il 
en  résulte  que  tout  catalogue  permettant  de  retrouver  faci- 
lement les  actes  est  un  très  utile  instrument  de  travail  pour 
les  historiens.  Un  tel  recueil  sera  d'un  plus  grand  prix  si 
les  documents  d'une  même  chancellerie  y  sont  groupés  de 
telle  façon  qu'il  soit  possible  de  comparer  les  actes  et  d'en 
déduire  les  règles  diplomatiques  qui  guidèrent  les  rédac- 
teurs et  les  scribes  chargés  de  les  dresser.  Par  ce  moyen, 
le  critique  arrivera  à  séparer  l'ivraie  du  bon  grain,  c'est-à- 
dire  les  actes  apocryphes  des  actes  authentiques. 

Le  catalogue  des  actes  des  évêques  de  Langres  dressé 
par  M.  Pierre  Gautier  répond  à  cette  conception  scienti- 
fique. Les  actes  des  évêques  y  sont  classés  chronologique- 
ment ;  pour  chacun,  l'auteur  indique  d'abord  la  date,  rame- 
née au  style  moderne,  puis  vient  l'analyse  très  complète 
de  la  pièce.  On  trouve  ensuite,  si  le  texte  n'est  pas  édité 
in  extenso,  Vincipit  de  l'acte,  et  la  formule  de  la  date  telle 


I 


CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    NATIONALES  309 

qu'elle  se  présente  dans  le  document.  L'auteur  donne 
ensuite  l'indication  des  manuscrits  qui  ont  conservé  le 
texte;  il  mentionne  d'abord  l'original,  s'il  existe,  puis  les 
copies  prises  sur  l'original,  mais  indépendantes  les  unes  des 
autres,  et  enfin  les  copies  des  copies.  Les  derniers  para- 
graphes signalent  les  ouvrages  ou  recueils  imprimés  où 
figure  l'acte  catalogué  et  aussi  les  œuvres  diverses  qui 
en  font  mention.  S'il  y  a  lieu,  M.  Gautier  ajoute  une 
note  pour  justifier  la  date  assignée  par  lui  à  l'acte,  ou  pour- 
faire  remarquer  les  anomalies  et  les  interpolations.  Le 
répertoire  des  actes  est  suivi  d'un  catalogue  des  sceaux, 
accompagné  de  photographies.  Tous  les  sceaux  des  évêques 
de  Langres  y  figurent  depuis  1050  jusqu'à  la  Révolution; 
toutefois,  à  dater  de  1345,  l'auteur  a  cessé  de  décrire  les 
sceaux  et  s'est  borné  à  une  simple  énumération. 

Le  catalogue  des  actes  des  évêques  est  précédé  d'une 
longue  et  minutieuse  étude  où  M.  Gautier,  après  avoir  passé 
en  revue  les  fonds  d'archives  auxquels  il  a  puisé,  s'est 
efforcé  d'établir  les  règles  diplomatiques  en  usage  dans  la 
chancellerie  des  évêques  de  Langres.  Il  a  complété  son 
œuvre  en  y  joignant  des  tableaux  des  dignitaires  de  l'église 
de  Langres  et  de  copieuses  dissertations  consacrées  aux 
actes  apocryphes  ou  suspects.  L'ouvrage  se  termine  par 
seize  pièces,  ajoutées  comme  preuves,  dont  l'utilité  peut 
être  contestée  ;  l'auteur  s'était  d'ailleurs  abstenu  de  les 
annoncer  dans  son  introduction. 

On  voit  que  M.  Pierre  Gautier  a  compris  son  œuvre 
d'après  un  plan  large  en  même  temps  que  scientifique.  En 
général,  l'exécution  de  ce  plan  répond  à  toutes  les  exi- 
gences de  la  critique.  L'auteur  s'est  montré  toujours  sou- 
cieux de  l'exactitude  de  ses  observations,  en  même  temps 
que  sagace,  judicieux  et  prudent  dans  ses  conclusions.  11 
lui  arrive  cependant  d'omettre  des  particularités  qu'il  eûl 
bien  l'ait  de  signaler;  parfois,  quand  il  rencontre  des  diffi- 
cultés d'interprétation,  il  n'épuise  pas  les  hypothèses  aux- 


310  CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    NATIONALES 

quelles  il  serait  possible  de  recourir  pour  les  résoudre. 
Quelques-unes  des  notices  sur  les  actes  apocryphes  eussent 
gagné  à  être  rédigées  avec  plus  de  clarté  ;  peut-être  aussi 
L'auteur  n'a-t-il  pas  su  mettre  en  lumière,  avec  toute  la 
netteté  désirable,  les  résultats  de  ses  recherches  sur  la 
diplomatique  des  évoques  de  Langres.  Très  maître  de  toutes 
les  ressources  de  l'érudition  locale.  M.  Gautier  semble 
moins  informé  de  celles  de  l'érudition  qui  en  dépasse  les 
limites;  dans  ses  citations  d'ouvrages  imprimés,  il  omet 
parfois  des  publications  importantes,  telles  que  celles  de 
Pardessus  et  des  Monument  a  Germaniae,  de  même  qu'il 
s'abstient  de  faire  allusion  a  certaines  questions  d'ordre 
général,  que  touchent  les  documents  par  lui  catalogués. 

L'auteur  n'en  a  pas  moins  accompli  une  œuvre  très  méri- 
toire, fruit  de  laborieuses  recherches,  conduites  avec  beau- 
coup de  soin  et  de  conscience,  d'après  une  méthode  vrai- 
ment scientifique.  Les  résultats  acquis  sont  de  nature  à 
éclairer,  non  seulement  l'histoire  des  évêques  de  Langres, 
mais  aussi  celle  de  la  Bourgogne,  et,  à  un  point  de  vue  plus 
général,  celle  de  la  diplomatique  et  des  institutions  diocé- 
saines. Il  est  à  souhaiter  que  M.  Gautier  publie  bientôt  son 
travail  après  une  revision  qui  lui  permettra  de  le  complé- 
ter et  de  l'unifier  sur  divers  points  de  détail.  Peut-être,  et 
nous  ne  saurions  trop  le  désirer,  son  exemple  provoquera- 
t-il  des  entreprises  semblables,  de  la  part  de  nos  archivistes, 
pour  les  plus  importants  diocèses  de  l'ancienne  France  :  il 
est  inutile  d'insister  sur  l'utilité  de  premier  ordre  qu'offri- 
rait pour  notre  histoire  un  ensemble  de  travaux  de  ce  genre. 
J'en  ai  dit  assez,  je  crois,  pour  justifier  la  deuxième  médaille 
que  nous  avons  attribuée  à  l'œuvré  de  M.  Gautier. 

En  seconde  ligne,  la  Commission  a  placé  l'œuvre  de 
M.  Morel  :  Le  plan  <ï Ar ras- ville  en  13S"2,  a  laquelle  elle 
attribue  une  troisième  médaille.  —  Cet  ouvrage,  comme 
le  dit  l'auteur,  est  une  simple  étude  de  topographie  arra- 
geoise,    sans     prétentions     historiques.   Il    y    est    question 


CONCOURS    DES    ANTIQUITÉS    NATIONALES  311 

uniquement  de  la  ville  des  comtes,  et  non  de  la  ville  d'Arras 
tout  entière,  telle  que  l'a  constituée  l'édit  de  réunion  de 
1749;  jusqu'à  cette  époque,  en  effet,  la  ville  comtale  et  la 
cité  épiscopale,  encore  qu'elles  fussent  juxtaposées,  for- 
maient deux  agglomérations  distinctes  et  autonomes.  L'ou- 
vrage de  M.  Morel,  édité  sous  les  auspices  de  l'Académie 
d'Arras,  avec  le  concours  de  la  municipalité,  est  une  recons- 
titution topographique  de  la  ville,  telle  qu'elle  existait  à 
la  fin  du  xive  siècle. 

Cet  ouvrage  a  pour  fondements  deux  registres,  l'un  de 
1382,  l'autre  de  1396,  comprenant  toutes  les  propriétés 
immobilières  de  la  ville,  groupées  par  paroisses  et  subdi- 
visées en  tours  pour  l'usage  du  clergé  paroissial.  L'auteur 
s'est  aidé  aussi  d'autres  recueils  de  textes  de  la  même 
époque,  et  de  chartes  conservées,  comme  ces  registres,  dans 
les  divers  dépôts  d'archives  d'Arras.  Ainsi  son  œuvre 
repose  sur  des  documents  excellents,  et  très  sûrs.  Laissant 
a  peu  près  complètement  de  coté  les  ouvrages  qui  ont  pré- 
cédé le  sien,  parce  qu'il  en  a  reconnu  les  lacunes  et  les 
imperfections,  M.  Morel  est  arrivé  à  décrire,  maison  par 
maison,  la  ville  d'Arras  à  une  époque  particulièrement  inté- 
ressante de  son  histoire,  puisque  c'est  le  temps  où,  sous  les 
premiers  ducs  de  Bourgogne  de  la  maison  des  Valois,  son 
industrie  fut  le  plus  florissante.  Sur  chaque  immeuble, 
M.  Morel  résume,  en  termes  brefs  et  clairs,  les  informations 
qu  il  a  recueillies  au  prix  d'un  minutieux  et  pénible  travail, 
et  s'efforce  de  résoudre  les  problèmes  qui  s'offrent  à  sa 
critique.  On  jugera  de  l'importance  de  son  œuvre,  si  l'on 
veut  bien  considérer  qu'elle  retrace  l'histoire  de  très  nom- 
breuses maisons. 

Cet  ouvrage  ne  concerne  pas  seulement  la  topographie 
historique  d'Arras.  Il  sera  consulté  avec  fruit  par  quiconque 
s'occupe  de  l'histoire  de  la  population,  des  mœurs,  de  1  in- 
dustrie, du  commerce,  et  aussi  par  quiconque  s'intéresse 
à  ces  familles  bourgeoises  d'Arras,  opulentes  «'I  anciennes. 


:!I2  CONCOURS    hi;s   AMlni  lil.>    NATIONALES 

dont  les  noms  se  retrouvent  dès  le  x m0  siècle  et  sont  parfois 
mentionnés  dans  les  poésies  des  jongleurs  et  dans  les  listes 
vénérables  de  la  confrérie  des  Ardents.  Le  lecteur  curieux 
du  pittoresque  relèvera  les  enseignes  annonçant  les  pro- 
fessions diverses  des  habitants;  le  jurisconsulte  ne  man- 
quera pas  de  recueillir  les  renseignements  qui  lui  feront 
connaître  le  régime  de  la  propriété  urbaine  au  moyen  âge. 

Cette  ville,  à  laquelle  M.  Morel,  après  une  légion  de  très 
honorables  érudits,  a  consacré  avec  amour  son  travail  et  sa 
peine,  a  été  grièvement  blessée  par  le  bombardement  sau- 
vage qu'elle  subit  depuis  plus  de  vingt  mois.  Sans  aucun 
doute,  la  vieille  cité  renaîtra  des  ses  ruines  et  aura  vite  fait 
de  reprendre  dans  la  France  du  xxe  siècle  une  place  digne 
de  son  glorieux  passé,  après  avoir  ajouté  un  chapitre,  —  et 
quel  chapitre  !  -  -  à  l'histoire  des  sièges  d' Arras.  Mais  la  ville 
reconstruite  ne  sera  plus  celle  que  notre  génération  a  connue, 
gardant  encore  le  plan  et  parfois  la  physionomie  de  la  cité 
de  Philippe  le  Hardi  et  de  Jean  sans  Peur.  En  outre,  l'in- 
cendie a  détruit  dans  les  archives  beaucoup  des  documents 
dont  M.  Morel  s'est  servi  pour  reconstituer  le  vieil 
Arras;  il  lui  serait  impossible,  désormais,  de  refaire  l'oeuvre 
dont  il  s'est  si  bien  acquitté.  Aussi  cette  œuvre  nous  sera 
doublement  précieuse,  à  cause  de  sa  valeur  intrinsèque,  et 
parce  qu'elle  gardera  la  mémoire  d'un  passé  dont  les  der- 
nières traces  ont  disparu.  L'auteur  n'a  point  survécu  au 
désastre  qui  a  frappé  la  cité  dont  il  était  l'enfant.  Sur  la 
tombe  du  bon  travailleur,  qui  a  sauvé  ce  que  l'on  pouvait 
sauver  de  l'antique  Arras,  de  1  Arras  des  riches  bourgeois, 
des  joyeux  chansonniers  et  des  habiles  ouvriers  en  tapis- 
serie, nous  déposons  la  couronne  qu'il  a  bien  méritée  par 
son  labeur,  aussi  consciencieux  que  désintéressé. 

En  un  temps  où  la  production  des  œuvres  consacrées  à 
l'étude  des  antiquités  de  notre  pays  s'est,  par  la  force  des 
choses,  sensiblement  ralentie,  un  imprimeur  dont  le  nom 
nous  est  familier  a  voulu,  tout  au  moins,  rendre  plus  faci- 


I 


LIVRES    OFFERTS  313 

lement  accessibles  aux  travailleurs  quelques-uns  des 
ouvrages  de  nos  grands  érudits  français.  Appartenant  à 
cette  partie  de  la  Bourgogne  qui  avoisine  Cluny,  M.  Protat 
a  formé  le  projet  de  réimprimer  deux  recueils  qui  con- 
tiennent les  principaux  documents  de  l'histoire  de  la  glo- 
rieuse abbaye.  Il  compte  nous  donner  dans  un  avenir  peu 
éloigné  le  Bullarium  Cluniacen.se;  au  cours  de  l'année  1916, 
il  a  achevé  la  réimpression  de  la  Bihliotheca  Cluniacensis, 
œuvre  d'une  haute  importance,  à  laquelle  sont  attachés  les 
noms  de  dom  Marrier  et  d'André  Duchesne.  M.  Protat  a 
reproduit  l'édition  originale  de  1614,  non  sans  avoir  pris 
soin  d'en  corriger  les  fautes.  Une  œuvre  de  ce  genre  ne  sau- 
rait évidemment  prétendre  à  l'une  des  récompenses  du 
Concours  des  Antiquités  nationales  ;  mais  la  Commission 
estime  qu'il  convient  de  rendre  hommage  à  cette  initiative, 
qui  a  mis  à  la  portée  du  public  une  œuvre  réputée  introu- 
vable, en  même  temps  qu'elle  a  assuré  du  travail  à  bon 
nombre  d'ouvriers.  Ainsi  M.  Protat  a  contribué  pour  sa 
part  à  donner  au  pays  l'impression  qu'en  dépit  de  la  tem- 
pête qu'il  traverse,  sa  vie  intellectuelle  et  économique  n'est 
pas  interrompue. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  intérimaire  dépose  sur  le  bureau  de 
l'Académie  les  ouvrages  suivants  : 

Le  fascicule  de  janvier-février  1916  des  Comptes  rendus  des  séances 
de  l 'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  (Paris,  1916,  in-8°)  ;  — 
le  tome  xi.  des  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres  (Paris,  1916,  in-i°)  ; 

,,('  'a  pari  de  M.  Johannes  Steenstrup,  correspondant  de  l'Aca- 
démie, St.itsrettens  gennem  tiderne  oij  nutidens  Statsforfatninger 
(Copenhague,  1916,  in-8°). 

19lf,  01 


314  LIVRES    OFFERTS 

M.  Héron  de  Villefosse  présente  à  L'Académie,  au  nom  de 
M.  Georges  Dottin,  doyen  do  la  Faculté  des  lettres  de  lionnes,  un 
ouvrage  intitulé:  Le*  anciens  peuples  de  l'Europe;  t.  [de  la  Collection 
pour  l'étude  des  antiquités  nationales,  dirigée  par  M.  Camille  Juixian 
tl  éditée  par  la  librairie  C.  Klincksieck    Paris,  1916,  in-8°)  : 

(c  Le  nouveau  livre  de  M.  Dottin  a  été  inspiré  par  l'ouvrage  célèbre 
de  notre  regretté  confrère  d'Arbois  de  Jubainville.  En  le  lisant,  on 
éprouve  ce  sentiment  que,  pour  bien  exposer  l'histoire  d'un  pays,  il 
faut  connaître  à  la  fois  les  textes  littéraires  <'t  les  documents  archéo- 
logiques, il  faut  savoir  puiser  à  cette  double  source,  rapprocher  des 
leçons  que  les  choses  nous  apportent  les  témoignages  'les  hommes, 
en  faire  jaillir  la  lumière  de  façon  à  présenter  ainsi,  à  l'aide  des 
monuments  silencieux,  un  commentaire  vivant,  et  souvent  décisif,  des 
renseignements  incertains  ou  obscurs,  transmis  par  les  écrivains. 
C'est  ce  que  M.  Dottin  a  fait  avec  autant  de  sûreté  que  de  prudence. 
Un  ensemble  de  faits  historiques,  éclaircis  el  confirmés  par  les 
découvertes  de  l'archéologie  et  de  la  linguistique  :  telle  est  la  base 
essentielle  de  son  ouvrage.  Sous  une  forme  très  condensée,  le  doyen 
de  la  Faculté  des  Lettres  de  Rennes  a  fait  appel  à  toutes  les  res- 
sources scientifiques  ;  son  exposé  clair  el  solide,  qu'il  appelle  modes- 
tement un  livre  de  vulgarisation,  offrira  aux  travailleurs,  aux  étu- 
diants des  Facultés,  aux  érudits  un  guide  commode  et  méthodique, 
un  instrument  nécessaire  pour  entreprendre  l'étude  de  nos  vieilles 
civilisations.  Si  ses  recherches  s'étendent  à  tous  les  anciens  peuples 
de  l'Europe,  c'est  la  Gaule  surtout  qui  le  préoccupe;  car  la  vie  de  la 
Gaule,  dans  l'antiquité,  comme  celle  de  la  France  actuelle,  a  été 
intimement  mêlée  à  la  vie  de  l'Europe  et  en  a  dépendu  pour  une 
forte  part. 

ff  Ce  volume  est  appelé  à  rendre  des  services  incontestables.  11  inau- 
gure une  Collection  pour  l'étude  de  nos  antiquités  nationales,  dirigée 
par  notre  confrère  M.  Camille  Jullian,  toujours  soucieux  de  nos  inté- 
rêts scientifiques  et  dont  l'inlassable  ardeur  s'exerce  d'une  manière 
si  profitable.  Son  but  est  de  mettre  à  la  disposition  de  tous  une  série 
de  répertoires  contenant  les  documents  indispensables  pour  aborder 
la  connaissance  de  noli'e  passé  et  de  favoriser  surtout  les  recherches 
de  ceux  qui  se  trouvent  privés  du  secours  des  grands  recueils  scien- 
tifiques. Le  plan  de  cette  collection,  fondée  par  la  librairie  C.  Klinck- 
sieck, est  arrêté;  le  format  en  est  commode;  plusieurs  autres 
volumes  sont  déjà  en  préparation  :  le  nom  de  celui  qui  en  est  l'àme 
nous  donne  l'assurance  que  le  public  lui  réservera  le  meilleur  accueil. 
Comme  il  le  dit  lui-même  en  tète  de  ce  premier  volume,  «  la 
science  du  passé  est  une  science  difficile  et  complexe.  Et  les  événe- 


LIVRES    OFFERTS  315 

ments  viennent  de  nous  rappeler  que  notre  devoir  de  Français  est 
de  ne  plus  faire  de  la  besogne  facile,  mais  d'aborder  sans  peur  les 
lâches  les  plus  ardues.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  offre  ensuite  à  l'Académie,  de  la  part  de 
M.  C.  Jullian,  le  n°  LXXI  de  ses  Notes  gallo-romaines  (extr.  de  la 
Revue  des  Eludes  anciennes,  t.  XVIII   : 

«  M.  Jullian  pense  que  si  Jules  César  a  choisi  Nyon  pour  y  établir 
une  colonie,  c'était  afin  d'assurer  à  l'Empire  la  possession  de  la 
route  de  Lyon  au  Rhin.  Les  deux  colonies  fondées  par  Munatius 
Plancus,  Lyon  et  Augst,  étaient  reliées  par  une  voie  qui  traversait 
le  Jura  au  pas  de  l'Écluse,  passait  à  Genève,  Nyon  et  Avenches, — 
La  chronique  gallo-romaine  rédigée  par  notre  savant  confrère  est 
toujours  pleine  de  nouveauté,  de  variété  et  d'intérêt.  » 

M.  Clermont-Ganneac  a  la  parole  pour  un  hommage  : 
«   J'ai  l'honneur  de  présenter  à  l'Académie,  de  la  part  de  l'auteur, 
M.   Vassel,    un  fascicule   de    ses   Etudes  puniques  contenant    deux 
mémoires  intitulés  :  V.  Sur  la  bilingue  d'Althiburos. — ■  VI.  Un  pas- 
sage de  la  dédicace  de  Bir-Tlelsa.  » 

M.  Rabelon  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  au  nom  de  MM.  Gabriel  Petit 
et  Maurice  Leudet,  un  ouvrage  intitulé  :  Les  Allemands  et  la  Science 
(Paris,  Félix    Alcan,  1910,  in-12).  Ce   volume,  honoré   d'une    préface 
de  M.Paul  DeschaneL  président  de  la  Chambre  des  députés,  est  un 
recueil   de  28   mémoires   rédigés   par   autant   d'auteurs  qui,  chacun 
dans   sa  spécialité,  se  sont,  en  général,  donné  pour  tâche  de  mettre 
en   parallèle  la   méthode  et  le  rôle  de  la  science  française  et  de  la 
science  allemande.    Parmi    les    collaborateurs    auxquels    MM.  Petit 
et    Leudet    ont    fait    appel,  je    relève    les    noms    de    nos    confrères 
MM.  Camille  Jullian  et  Salomon   Reinach  dont  les  articles  sont  inti- 
tulés :  «  L'érudition  allemande  »  et  «  La  science  caporalisée  ».  Il  s'y 
trouve,  en   majorité,  des    membres    de   l'Académie    des   sciences  et 
aussi    des   professeurs   du   Collège   de   France   et   de  nos   grandes 
écoles  :  MM.  Marcellin  Roule,  Emile  Boulroux,  Chauffard,  Chauveau, 
Dastre,  Delage,  Pierre  Delbet,  Duhem,  Armand  Gautier.  Gley.  Ilen- 
neguy,  Landouzy,   Le    Dantec,  Stanislas    Meunier.  Edmond    Perrier, 
Emile    Picard,  le  professeur   Pinard,  Sir  William  Ramsay.  Tous  ces 
nom-,  ei    d'autres,  —  je   ne   saurais  les    énumérer  tous,  —  sont  par 
eux-mêmes  une  garantie  du  sérieux  et  de  La  conscience  avec  lesquels 
;i  été   faite  cette  enquête  sommaire  dans  la  plupart  des  brandies  de 
la  science  moderne.  On  y  voit,  magistralement  dessiné,  le  caractère 


:Uli  SÉAN<  l.    D1      \'2    JUILLET    1916 

de  La  science  allemande;  les  procédés  méthodiques  des  savants; 
conimont.cn  Allemagne,  ainsi  que  le  <lit  M.  Paul  Deschanel  dans 
la  préface,  l'histoire,  la  philosophie,  la  religion  sont  devenues 
des  forces  nationales,  tout  comme  l'armée,  la  diplomatie,  le  crédit. 
Elles  sont  passées  exclusivement  au  service  de  l'Etat,  au  lieu  de 
demeurer  choses  universelles  et  humaines.  Le  désintéressement 
scientifique  est,  depuis  longtemps,  devenu  lettre  morte  en  Alle- 
magne :  on  peut  même  trouver  que  nous  avons  été  un  peu  lents  à 
nous  en  rendre  compte.  Quant  à  la  part  qui  revient  aux  savants  alle- 
mands dans  les  découvertes  contemporaines,  il  ressort  des  observa- 
lions  présentées  dans  cet  ouvrage  avec  toute  l'impartialité  dési- 
rable, qu'elle  est  moins  originale  qu'il  était  de  mode  de  le  répéter 
au  cours  des  dernières  années.  Sir  William  lîamsay,  l'un  des  colla- 
borateurs dont  je  viens  de  citer  les  noms,  résume  l'impression 
générale  dans  cette  réflexion  qui  remet  toute  chose  au  point  :  c'est 
que  «  les  plus  grands  travaux  de  la  pensée  scientifique  ne  sont  pas 
dus  à  des  savants  de  race  germanique  »,  et  que  les  initiatives  et  ce 
qu'il  appelle  «  les  précoces  applications  de  la  science  •  ne  se  sont  pas 
produites  chez  eux.  D'autre  part,  ce  livre  nous  fait  constater,  en  ce 
qui  concerne  particulièrement  la  France,  que  son  activité  créatrice 
et  féconde  est  scientifiquement  assez  grande  pour  qu'on  puisse  dire 
que  notre  pays  n'a  pas  dégénéré  ;  elle  a  été  assez  éclatante  depuis 
un  siècle  pour  que  sa  supériorité  en  bien  des  genres  sur  celle  de 
l'Allemagne  soit  reconnue  dans  le  monde  entier.  » 


SEANCE  DU   12   JUILLET 

Séance  avancée  au  mercredi  à  cause  de  la  Fête  nationale. 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

Il  est  donné  lecture  du  télégramme  suivant  : 

«  Barcelone,  8  juillet  1916.  Athénée  Barcelone  envoie  témoi- 
gnage de  condoléance  au  sujet  de  la  mort  du  grand  égyptologue 
Maspero. —  Boca,  président. 

Des    remerciements    ont    été    adressés    par    le    Président    aux 


SÉANCE    DU    12    JUILLET    1916  317 

dépêches   de   condoléances  de  l'Académie  royale  de  Turin  et  de 
l'Athénée  de  Barcelone. 

L'Académie  décide,  par  un  vote  à  mains  levées,  un  nouvel 
ajournement  à  six  mois  des  élections  pour  le  remplacement  de 
ses  membres  décédés. 

M.  Héron  de  Villefossk  lit  un  mémoire  de  M.  Jules  Formigé, 
architecte  diplômé  du  Gouvernement,  sur  un  édifice  accolé  au 
théâtre  d'Orange  et  qui,  jusqu'à  ce  jour,  a  été  regardé  comme 
un  cirque.  A  l'aide  de  nombreux  arguments,  M.  Formigé  établit 
que  cette  opinion  n'est  pas  soulenable.  Les  plus  frappants  se 
rapportent  à  l'étroitesse  de  la  pisle  qui  n'aurait  eu  que  56  mètres 
de  largeur,  à  l'absence  absolue  de  traces  de  la  spina  et  de  sa 
décoration,  au  l'ait  que  la  partie  de  l'arène,  depuis  la  porte 
monumentale  jusqu'au  fond  de  l'édifice,  est  entièrement  dallée 
en  pierre,  circonstance  qui  ne  se  rencontre  jamais  dans  les 
cirques  et  qui  aurait  empêché  les  chevaux  de  tourner  au  galop. 
Ce  n'est  ni  un  cirque,  ni  un  stade,  c'est  un  gymnase  :  les  sub- 
struclions  reconnaissables  permettent  d'en  retrouver  toutes  les 
dispositions.  M.  J.  Formigé  développe  cette  thèse,  d'une  manière 
très  claire,  à  l'aide  de  deux  plans  dont  le  premier  montre  l'état 
actuel  de  l'édifice  et  dont  le  second  présente  une  restitution  qui 
parait    s'accorder   avec   le    relevé    des  parties    encore    visibles. 

Le  monument  présenterait  un  intérêt  exceptionnel  :  il  serait 
unique  en  Gaule:  ses  similaires  sont  rares  dans  l'empire 
romain  ' . 

MM.  Bouché- Lecle h cq  et  Maurice  Croiset  présentent  quelques 
observations. 

M.  Basmadjian  lit  un  mémoire  sur  des  inscriptions  armé- 
niennes d'Aïn-Bagnaïr  et  de  Marmachène. 

M.  Moret,  conservateur  du  Musée  Guimet,  communique  l'in- 
terprétation de  trois  décrets  de  Koptos  dont  un  inédit  .  Il  en 
résulte  que  le  roi  Pepi  II  avait  fondé  un  domaine  pour  servir 
les  offrandes  à  une  statue   de    lui-même  déposée  au  temple  de 

1.   Voir  un  prochain  cahier. 


.'MN  i\    DOMAINE    ROYAL    SOIS    l'KI'l    H 

Koptos  ;  à  cette  occasion,  le  roi  prescrit  de  faire  une  déclaration 
des  terres  et  des  gens,  analogue  à  celle  que  mentionnent  sou- 
vent les  papyrus  ptolémaïques.  Dans  la  suite,  ce  domaine,  érigé 
en  ville  franche,  reçoit  des  immunités  el  le  droit  d'ériger  un  pal 
sur  la  place  publique.  C'est  la  première  fois  qu'un  lexte  nous 
révèle  ces  analogies  avec  les  coutumes  féodales  de  notre  moyen 


âge 


i 


COMMrNICATION 


DECLARATION    D  KN    DOMAINE    ROYAL 

ET   TRANSFORMATION     EN    VILLE    NEUVE    SOIS    l'KI'l    II, 

PAR    M.     MORET.    CONSERVATEUR    DU    MUSÉE    GUIMET. 

Deux  décrets  de  Koptos  se  rapportent  à  un  domaine 
fondé  pour  fournir  l'offrande,  dans  le  temple  de  Minou  a 
Koptos,  à  une  statue  du  roi  Pepi  II  (VIe  dynastie,  vers 
2450  av.  J.-C).  L'un  de  ces  décrets  porte  le  nom  d'Horus 
de  Pepi  II  ;  il  a  reçu  déjà  une  interprétation  assez  correcte. 
L'autre  décret  est  en  très  mauvais  état  ;  le  premier  quart 
de  toutes  les  lignes  manque  ;  la  lecture  de  ce  qui  reste  est 
souvent  difficile  ;  le  texte  a  été  mal  déchiffré,  et  attribué 
par  l'éditeur,  M.  11.  Weill.  sans  raison  valable,  à  un  succes- 
seur de  Pepi  II  (Ouadkarà,  VIIIe  dyn.).  Après  collation  sur 
l'original,  j'ai  pu  lire  toute  la  partie  conservée,  et  constater 
que  les  lacunes  ne  portent  sur  rien  d'essentiel  ;  grâce  à  un 
décret  postérieur  de  Neferkaouhor  sur  un  sujet  similaire, 
il  est  possible  de  calculer  exactement  ce  qui  manque  et  de 
restituer  sans  trop  d'arbitraire  le  début  des  lignes  d'après 
des  formules  usuelles.  Ce  second  décret  est  certainement 
de  Pepi  II  ;  loin  d'être  postérieur,  il  est  antérieur  au  pre- 
mier.  Enfin  j'ai    trouvé  en    1944  à  Louxor,  chez   un  mar- 

1     Voir  ci-après. 


UN    DOMAINE    ROYAL    SOUS    PEPI    II  319 

chand,  qui  le  tenait  de  fouilles  clandestines  à  Koptos,  la 
fin  complète  d'un  troisième  décret  de  Pepi  II  relatif  au 
même  domaine  ;  je  puis  produire  ma  copie  faite  sur  l'origi- 
nal et  la  photographie.  Les  trois  textes  relatent  des 
moments  différents  de  l'histoire  du  domaine  ;  l'un  la  fon- 
dation et  la  déclaration  au  fisc  ;  l'autre  la  transformation  du 
domaine  en  territoire  d'immunité;  le  troisième,  le  renou- 
vellement de  la  charte  d'immunité. 

I.    DÉCRET    DE    FONDATION    DU    DOMAINE    (fig\   I,   p.  325). 

1  [L'Horus  Netercha'ou.  L'an...].  2  [Décret  royal  pour  le 
directeur  de  la  ville  de  la  pyramide,  juge  de  la  Porte, 
vi]zir,  prince,  directeur  du  Sud,  directeur  des  scribes  des 
domaines  de  Koptos,  [des  nomes)  des  deux  Plumes,  du  Cro- 
codile, de  Minou,  du  Reliquaire,  du  Mont-Serpent,  du 
Térébinthe  supérieur,  [du  Térébinthe  inférieur ?']  Shemaj^. 

3  [Temple  de  Minou  dans]0-  Koptos  des  Deux  Faucons. 
L'offrande  royale  de  la  statue  du  roi  du  Sud  et  du  Nord 
Neferkara'  maa'chrouA,  qu'il  [le  roi)  a  donnée  à  son  bien- 
sacré  [du  dieu),  est  établie  dans  la  Maison-du-Roi  4  [pour 
rétendue  de.  l'éternité]  par  l'ordre  et  pour  le  compte  du  roi 
du  Sud  et  du  Nord  Neferkara' ,  vivant  à  toujours  et  à 
jamais,  aujourd'hui  à  nouveau  (à  savoir)  :  champs,  3  aroures 
dans  [Koptos]  des  Deux  Faucons.  5  [Cela  est  constitué  par 
écrit  devant  le] 4  bureau,  scellé  au  sceau,  signé  par  des 
mains  nombreuses  5.  L'offrande  est  prise  en   compte  sur  lé 

1.  Shemaj  est  le  directeur  du  Sud  dont  j'ai  publié  le  décret  de  nomina- 
tion C.  R.  Ac,  191  i,  p.  565:  ce  décret  et  la  liste  des  nomes  seraient  donc 
de  Pepi  II  et  non  d'un  roi  de  la  VIII*  dynaslie. 

2.  Titre  restitué    d'après   les  passages  similaires  aux  décrets  de  Pepi  I 
Koptos  et  Dahchour)  :  Weil,  /.  c,  p.  il  et  15). 

•'i.  Epithète  de  la  statue  du  roi  divinisé;  elle  ne  prouve  nullement  que  le 
roi  est  mort,  comme  l'a  cru  Weill  (p.  S8):  I.  -i  Pepi  II  est  qualifié  «  vivant 
à  toujours  ». 

4.  Formule  restituée  d'après  le  décret  de  Neferkaouhor,  1.  10  et  Y  acte  de 
rente  daté  de  Cheops  (1.  '.<  . 

■>    Formule  difficile  à  lire,  restituée  d'après  Neferkaouhor,  1.  m. 


320  UN    DOMAINE    ROYAL    SOIS    PEPI    11 

livre  (sa'),  en  ces  fermes  :  composée  de  champs,  de  vignobles, 
de  vergers.  6  \de  potagers,  avec  choses  excellentes  de  toute 
sorte]  '  sur  eux.  On  leur  a  fait  leur  nom,  à  savoir  :  «  Domaine 
Minou-fait-prospérer-le-domaine-de-Neferkara'  »,  {dépen  - 
dant)  de  la  maison  d'agriculture.  —  Les  corvées  sont  créées  ' 
en  même  temps,  et  les  tenanciers  (meritou)  sont  levés  pour 
cette  maison  d'agriculture  parmi  les  meritou  7  [qui  sont 
dans  ce  Sud  pour  exécuter  les  charges^]  de  toutes  les  impo- 
sitions et  corvées  de  la  Maison-du-Roi  ;  celui  qui  ignorerait 
sa  charte  antérieure  4,  que  son  règlement  (snv)  soit  créé 
par  déclaration  des  Sarou. 

Le  roi  a  donc  décrété  de  fonder  un  domaine  qui  fournira 
une  offrande-royale,  pour  la  statue  de  Pepi  II,  olfrande 
versée  au  bien-sacré  [neterhelep  =  îspi  p/)  du  temple  de 
Minou  à  Koptos  '.  Le  vizir  prélèvera  3  aroures  (82  ares 
68  centiares)  dans  la  Maison-du-Roi,  c'est-à-dire  sur  la 
êacuXixYj  y*3  '■>  on  -rédigera  une  charte  (-,-"  a')  qui  portera  : 
1°  le  nom  du  domaine;  2°  un  inventaire  des  terres  clas- 
sées par  catégories  de  cultures  6  :  terre  à  blé  (yr;  ctTcoip:;); 
vignobles  (y?)  àj-nréXi-iç)  ;  vergers  (icapâBEKioi)  ;  pâturages 
(vc[xai)  ou  herbages  (-/Xwpâ)  ;  3°  les  impositions  et  les  cor- 
vées dues  par  les  tenanciers  à  la  maison  du  roi  :  le  3e  décret 
(G)  en  donnera  le  tableau  complet  ;  aussi  y  reviendrai-je 
plus  loin.  Les  tenanciers  ne  sont  pas  corvéables  à  merci  ; 
on  ne  peut  exiger  deux  que  ce  qui  est  spécifié  sur  leur 
charte.  L'établissement  et  l'interprétation  de  la  charte  pou- 
vaient prêter  à  des  discussions  ;  aussi  les  notables  [Sarou) 
sont-ils    chargés   de   faire   la    «  déclaration  »    des   corvées 

1.  Sethe,  Urkunden,  IV,  p.  171. 

2.  Sur  l'expression  mst  katw,  cf.  Murray,  Saqqara,  pi.  Itf  ;  l'rkunden,  IV, 
p.  453. 

3.  Cf.  Décret  A,  1.  36  sqq. 

4.  Urk.,  IV,  p.  102,  1148. 

5.  Décret  de  Xeferkaouhor,  1.  5. 

6.  Sur  les  équivalents  des  papyrus  gréco-romains,  cf.  Houclié-Leclercq, 
Lagides,  III.  1.  p.  183,  194. 


UN    DOMAINE    ROYAL    SOLS    PEPI    II  321 

imposées,  au  moment  où  Ton  «  créé  les  charges  »  des 
tenanciers.  A  l'époque  gréco-romaine,  les  charges  s'ap- 
pellent XetxoupYfai;  dans  les  contestations  que  leur  exer- 
cice soulève,  interviennent  aussi  les  irpedêuirépoi  to>v  yscoûvôv 

OU  T^Ç  X(ù[/.7]Ç  '. 

La     charte     est     «     prise    en    compte   »    (s'ipt    [1  D  <=>, 


af*  )  sur   le   <(  Livre  »  (sa'   « — a)   du    «  bureau  »    dadat 


I 


,  contresigné  par  des  témoins  nombreux.  Le  bureau 

devait  être  constitué  par  les  «  scribes  des  domaines  »  dont 
le  vizir  est  directeur2.  A  l'époque  gréco-romaine,  les  écrits 
du  même  genre  sont  consignés,  sous  la  foi  du  serment, 
entre  les  mains  des  ioizo-  ou  v.o)[j.o^pxiJ.\j.oczz<.:,  et  versés  au 
Livre  cadastral  xaTocYpapy)  3. 

Le  domaine  fondé,  il  faut  régler  ses  rapports  avec  le 
temple  de  Minou,  auquel  il  servira  une  offrande  pour  la  sta- 
tue du  roi.  Pour  cela,  le  vizir  reçoit  l'ordre  de  se  rendre  sur 
les  lieux. 

«  Va  donc  8  [vers  la  campagne,  descends  vers  4j  ce 
champ  pour  créer  V offrande  divine  là,  en  livraisons  quoti- 
diennes de  chaque  jour,  en  plus  des  offrandes  des  fêtes  9  [qui 
existaient  auparavant b  dans  le  temple  de  Minou  de  Koptos 
des]  Deux-Faucons  ;  car  elle  est  établie  pour  la  statue  de 
Neferkara'  maa'chrou,  —  en  bronze  d'Asie  décoré  d'or, 
(qui  a  été)  conduite  vers  ce  temple,  —  pour  la  suite  de 
chaque  jour.  10    [Fais  donc  un   contrat  avec  les  prêtres- 

1.  II.  Maspero,  Les  finances  sous  les  Luyides,  p.  213  sqq.  :  liouché- 
Leclercq,  La.gid.es,  III,  1,  p.  132. 

2.  De  même,  le  décret  de  Neferkaouhor  est  adressé  au  «  chef  des  scribes 
des  champs  ou  des  paysans  ». 

3.  Bouché-Leclercq,  l.  c,  p.  293  sqq.  Les  «  déclarations  de  gens  »  des 
papyrus  de  Kahoun  se  l'ont  aussi  sous  la  foi  du  serment  Griffith,  Kahun, 
p.  20.  pi.  IX,  1.  9). 

4.  D'après  le  décret  de  Neferkaouhor,  1.  3. 

5.  Cf.  Naville,  Deir  el  Bahari  (Xl'dyn.),  I,  pi.  XXIV,  1.9;  Urkunden,  IV . 
p.  768,  769  >•!  I.  p.  26. 


322  UN    DOMAINE    ROYAL  sors    PEP1    II 

horaires  '  de]  ce  temple  ;  que  les  corvées  soient  créées  en 
même  temps  et  la  déclaration  faite  des  gens  <fui  sont  à  la 
disposition  de  l'autorité  là,  par  la  levée  du  prince,  ami 
unique,  sacrificateur  deMinou,  directeur  des  prophètes  Idj, 
dans  [Koptos]  des  Deux-Faucons.  » 

Les  rapports  du  domaine  et  du  temple  sont  clairement 
définis,  si  l'on  accepte  la  restitution  du  début  de  la  1.  10, 
qui  s'inspire  de  ce  que  nous  apprennent  les  textes  simi- 
laires ;  le  service  et  la  gestion  des  offrandes  fondées  dans 
les  temples  pour  une  statue,  sont  confiés  à  des  prêtres- 
horaires  (neter  hat  wnwtw)  qui  doivent  des  heures  régu- 
lières de  présence  (icapoùcrat)  ;  celles-ci  constituent  leurs 
«  charges  »  vis-à-vis  du  fondateur  ;  moyennant  quoi,  ils 
touchent  une  part  du  revenu  de  la  fondation.  Ici  les  prêtres 
avec  qui  le  roi  passe  contrat  sont  «  levés  »  par  le  directeur 
des  prophètes  Idj,  parmi  les  gens  du  temple  ;  nous  verrons 
plus  loin  qu'Idj  sera  le  directeur  du  domaine  nouveau. 

On  passe  maintenant  à  la  déclaration  de  la  charte  du 
domaine  et  des  contrats,  déclaration  faite  par  les  deux  par- 
ties contractantes,  le  vizir  et   le  directeur   des    prophètes. 

11  [Car  on  a  fait  pour  lui,  certes,  un  décret  •]  pour  lui 
[ordonner]  de  faire  la  déclaration  des  champs  de  la  maison 
d'agriculture,  avec  les  chefs  supérieurs  et  les  régents  des 
domaines  et  des  [tenanciers]  perpétuels  des  champs  —  en 
V  joignant  [Voblation)  des  colombes  12  \et  des  oies  et  V abat- 
tage des  bœufs  et  des  volai]lles  ',  comme  il  est  établi  pour 
la  belle  fête  du  dieu.  Et  c'est  le  prince,  ami  unique,  sacri- 
ficateur de  Minou,  directeur  des  prophètes,  Idj,  qui  est 
directeur  de  ht  maison  d'agriculture  13  [de  ce  domaine 
Minou-fait-prospérer-Neferkara'  dans  Koptos  [des  Deux 
Faucons  .  En  ce  qui  le  concerne,  mets  les  gens  du   Roi  de 

1.  Voir  les  contrats  de  Siout  (Griffith,  Sitit.  pi.  VI,  1.  27H.  et  Brit.  Muséum 
Egyplinn  Stelae,  I,  pi.  55. 

2.  Neferkaouhor,  1.  7-8. 

3.  Ibid.,  1.   8-9,  restitution  certaine  qui   donne  la  grandeur  exacte  des 
lacunes  an  début  dp  toutes  les  lignes. 


UN    DOMAINE    ROYAL    SOUS    PEPI    II  323 

cette  maison  d agriculture  sous  son  autorité,  [et  fais]  qu'ils 
soient  réglementés  par  cette  déclaration,  dans  la  cam- 
pagne   14 les  gens  de  ce  temple » 

(Le  reste  manque.) 

Le  sens  de  cette  fin  dépend  de   l'interprétation  du  mot 

g^  wpit,  qui  définit  l'opération  administrative  prescrite. 


Le  vizir  et  le  directeur  des  prophètes  doivent  faire 
ensemble  ïivpit  des  champs  et  Vwpit  des  gens  du  domaine. 
M.  Weill  traduit  wpit  par  «  détermination  »  (p.  84),  ce  qui  n'a 
que  peu  de  sens,  car  gens  et  terres,  appartenant  au  domaine 
royal,  sont  déjà  connus  des  agents  du  roi.  M.  Sethe  tra- 
duit «  l'opération  wpit  »,  ce  qui  n'interprète  rien.  Wpit 
signifie  «  décision  »  ou  «  déclaration  »  (avec  déterminatif 
i— *•*-.)  ;  les  papyrus  de  Kahun  ont  conservé  des  «  wpit  de 
gens  »  qui  sont  des  listes  de  contribuables,  c'est-à-dire, 
comme  l'a  bien  vu  M.  Maspero,  des  «  déclarations  de 
gens  »,  En  adoptant  ici  le  sens  «  déclaration  des  champs  » 
(wpit  aliitou)  et  «  déclaration  des  gens  »  [wpit  remtou), 
on  s'appuie  sur  le  fait  que  toute  mutation  de  propriété,  dans 
l'Egypte  gréco-romaine,  donnait  lieu  à  une  déclaration  : 
àxoypa®rt.  Cette  àiubypaŒnq,  en  ce  qui  concerne  les  édifices 
et  les  terres,  s'établit  au  moyen  de  pièces  analogues  à  la 
«  charte  »  que  mentionne  notre  texte;  on  y  énumère  les 
terres  par  catégories  de  cultures,  qui  correspondent  à  des 
impôts  nuancés;  on  dresse  la  liste  des  gens  du  domaine 
déclaré,  et  le  tableau  de  leurs  XsiToupviott,  corvées  réglemen- 
taires et  impositions.  Déclarations  et  pièces  comptables 
étaient  versées  aux  archives  du  nome  (6i6Xw8^xy]  è-ptTqaettv), 
et  les  mutations  de  propriété  étaient  mentionnées  au 
cadastre,  r 

Cette  organisation  est  bien  connue  pour  l'époque 
romaine  ;  on  en  retrouve  les  traits  essentiels  dans  les  papy- 
rus ptolémaïques  ;  mais  on  se  demandait  si  c'était  un  héri- 


32 't  UN    DOMAINE    ROYAL    sors    PEP1    II 

tage  des  institutions  pharaoniques.  Jusqu'ici  on  n'y  avait 
retrouvé  que  des  éléments  d'organisation  semblable  :  les 
textes  de  Mten  (IIIe  dyn.)  mentionnent  les  chartes  de  fon- 
dation '  ;  les  papyrus  de  Kahoun  XII-XIII'  dyn.)  donnent 
des  listes  ou  «  déclarations  de  personnes  »  irj>i?  rem/ou  *  ; 
plusieurs  textes  du  Nouvel  Empire  mentionnent  les  inscrip- 
tions de  ventes  et  de  successions,  au  cadastre  :\  Ces  élé- 
ments divers  étaient-ils  organisés  et  codifiés?  Le  décret 
de  Pepi  II  fournit  la  réponse  :  sans  doute  il  ne  constitue 
pas  par  lui-même  une  «  déclaration  »,  mais  il  prescrit  de 
la  faire  et  pour  les  terres  et  pour  les  personnes  ;  en  un  mot 
le  texte  donne  la  preuve  que  de  telles  déclarations  étaient 
réglementaires  dès  l'ancien  empire. 

La  déclaration  est  faite  «  d'un  commun  accord  »  par  le 
fondateur  le  roi  (pie  représente  le  vizir)  et  par  le  bénéfi- 
ciaire ici  Idj  directeur  des  prophètes  '*)  ;  participent  à  la 
déclaration  les  «  chefs  supérieurs  »,  les  «  régents  des 
domaines  »  et  les  Sarou  (notables  administrateurs);  de 
même  aux  papyrus  gréco-romains  interviennent  ■/M[xy.pyz: 
et  TCpecôuTÉpoi. 

D'après  le  décret  de  Neferkaouhor  (1.  12-13),  la  déclara- 
tion était  «  transmise  par  le  vizir  au  bureau  des  contrats 
scellés,  pour  être  prise  par  l'autorité  compétente  ».  Le  décret 
de  Louxor  (et  les  autres  décrets  de  Koptos)  nous  révèlent 
l'existence,  dans  l'administration  royale,  d'une  «  salle  large 
d'Horus  "  Hor  shw),  où  l'on  prenait  (sp)  les  décrets  pour 
les  conserver  «  dans  les  livres  »  m  sn'/r-'.  Dans  chaque 
nome,  il  y  avait  aussi  un  bureau  des  contrats  et  des  archives 
pour  les  actes  privés.  N'est-ce  point  là  l'origine  de  la  biblio- 

1.  A.  Moret,    Donations  et  Fondations,  ap.  Recueil  de  travaux,  XXIX, 
p.  68. 

2.  (1.  Maspero,  Études  de  mythologie  et  d'archéologie,  IV.  p.  426. 

3.  A.  Moret,  Du  caractère  religieux...,  p.  14  sqq. 

1.  Au  déerel   de  Neferkaouhor,  c'est  le  chef  des  scribes  de  cinq  nomes 
qui  agit  comme  partie  prenante,  ou  administrateur  de  la  fondation. 
5.   Voir  plus  loin.  p.  328 . 


L"N    DOMAINE    ROYAL    SOIS    PEPl    II 


:^;i 


x 


326 


I  N    DOMAINE    ROYAL    SOI  S    PEPI    II 


M— 11 


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81 


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^; 


6-1,  fol  *«~*l  "f0|/ 


Fig.  2.  —  Première  charte  d'immunité. 

Tc.rle  inédit.) 


UN    DOMAINE    ROYAL    SOUS    PEPI    11  '.\21 

thèque  du  nome  (PiêXioôiijxvj  xôv  v;v-rlGs.ii)v),  où  Ton  déposait 
contrats  et  registres  cadastraux  (xa-çaYpaçai)  !?  Assurément, 
dans  cette  organisation  administrative  bien  des  détails  pré- 
cis manquent  encore  ;  cependant  il  est  manifeste  que  les 
déclarations  de  champs  et  de  personnes  étaient  conservées 
dans  des  archives,  reportées  sur  des  livres  cadastraux  et 
servaient  à  répartir  impôts  et  corvées,  dès  l'ancien  Empire 
comme  à  l'époque  gréco-romaine.  Ceci  connu,  certains  titres, 

tel  que  «  directeur  des  déclarations  »  j^v    j-p^!   unro  wpit1. 


sont  plus  intelligibles,  et  l'on  comprend  mieux  les  indica- 
tions laconiques  d'autres  décrets  :  celui  de  Dahchour  où 
Pepi  Ier  ordonne  «  la  déclaration  de  tout  livre  »  {wpit  sa 
neb)  d'un  domaine  ;  celui  de  Koptos  où  Neferkaouhor  pres- 
crit «  la  déclaration  de  la  charte  »  [wpit  a')  d'un  autre 
domaine. 

Comme  nous  l'avons  vu,  le  domaine  restait  «  établi  dans 
la  Maison  du  Roi  »  et  soumis  aux  impositions  et  corvées 
du  lise  royal.  Mais  la  «  maison  d'agriculture  »,  c'est-k-dire 
le  dépôt  du  personnel  et  du  matériel,  était  placée  sous  la 
direction  d'Idj,  directeur  des  prophètes  de  Minou.  Idj  devait 
s'efforcer  de  rattacher  au  neterhetep  de  Minou  la  fondation 
de  Pepi  II  :  les  autres  décrets  nous  apprennent  cette  trans- 
formation. Le  premier  de  ces  décrets  est  celui  de  Louxor  ; 
il  en  reste  une  moitié,  environ,  qui  donne  la  fin  du  texte. 
Voici  ce  document  inédit  : 

II.    PREMIÈRE    CHARTE    D'IMMUNITÉ    (fig.  2,  p.  326). 

A  +  1  ...dans  fous  domaines  d'immunité  (jui  son/  dans 
ce  Sud  \ 

1.  Surtout  connus  à  l'époque  romaine  :  Bouché-Leclercq,  Lagides,  111,  1, 
p.  296,  n.  I  :  P.  Jouguet,  La  vie  municipale  dans  VÉgypte  romaine,  p.  237s 

2.  Setlic,  Urk..  I.  2,  17,  64,  9t. 

3.  Restituer,  au  début,  un  développement  analogue  à  celui  du  décret  A. 
I.  35  sq.  ./.  Asiatique,  L912,  II.  p.  93,  article  IV). 


328  IN    bOMAlKE    ROYAL    sols    ri:i'i    il 

Ma  majesté  n'a  pas  permis  de  créer  aucune  charge,  2 
pour  l  étendue  de  l'éternité,  et  ma  majesté  n'a  pas  permis 
non  plus  que  monte  aucun  messager  3  <l 'aucun  directeur 
du  Sud,  ni  d  aucun  Sar.  vers  cette  colline  de  ce  domaine 
«  Minou-fait-prospérer-Védifice-de-Neferkera1-»  —  Au  con- 
traire, il  est  réservé  à  ce  temple  et  sous  sa  protection . 

Tout  directeur  du  Sud,  tout  Sar,  tout  messager,  tout 
scribe,  s'il  n  agit  point  conformément  aux  paroles  de  ce 
décret ,  pris  par  la  salle  d'Horus  de  V autorité  5  dans  les 
livres  ',  ma  majesté  na  pas  permis  qu'ils  soient  prêtres  dans 
la  pyramide  Men-a  nch,  ni  dans  aucun  domaine  qui  dépend 
de  V autorité  -  -  6  Et  ma  majesté  a  ordonné  de  dresser  un 
mat  en  Lois  étranger'1,  et  cela  dans  cette  ville-neuve 3 ;  ma 
majesté  a  ordonné  de  faire  1  que  ce  décret  soit  placé  sur 
une  stèle  de  pierre  blanche,  à  la  porte  du  temple  de 
Minou,  dans  8  Koptos.  —  (Je  décret  est  fait  aussi  pour  le 
directeur  des  laboureurs  de  ce  domaine  et  pour  le  direc- 
teur de  la  maison  d'agriculture,  de  cette  maison  d'agricul- 
ture, et  pour  les  fils  de  leurs  fils  et  les  héritiers  de  leurs 
héritiers'1.  —  Ma  Majesté  a  fait  aller  l'ami  unique  Idou  à 
ce  sujet.  » 

Par  ce  décret,  le  domaine  cesse  d'appartenir  à  la  y^ 
^affiXu^  ;  il  est  réservé  à  Minou  et  mis  sous  sa  protection; 
ses  gens  sont  dégagés  de  toute  charge  vis-à-vis  du  fisc  royal 
et  ne  doivent  plus  rien  qu'au  dieu  Minou.  Tous  ces  édifices 

sont  rangés  dans  les  «  villes  d'immunité  »  du  Sud  (,-^ 


nwitw  nt  hwt)  ;  on  les  appelle  «  ville  neuve  »  ®   /f 


uicit  mait). 


1.  Même  passade,  mais  écourté,  aux  décrets  A  et  B  [J.  As.,  p.  96"i.  Le 
présent  texte  justifie  l'interprétation  proposée  par  Setlie  (Gott.  Gel.  Anz., 
1912,  p.  711  . 

2.  Vraisemblablement  d'Asie    cf.  Schaefer,  Pierre  de  Palerme,  p.  38), 

3.  Ce  passade  n'existe  dans  aucun  autre  décret. 
1.   Cf.  Stèle  de  Ilnl-lui-k.  1.  1. 


UN    DOMAINE    ROYAL    SOCS    PEPI    II  329 

Ce  terme  «  ville  neuve  »  restait  jusqu'ici  pour  nous  un 
terme  vague,  faute  de  textes  explicatifs.  Des  «  directeurs 
de  villes  neuves  »  apparaissent  à  la  fin  de  la  Ve  dynastie  !  ; 
ces  domaines  de  fondation  récente  se  multiplient  sous  la 
VIe  dynastie-,  au  temps  où  le  domaine  royal  est  démembré 
par  l'aristocratie  civile  ou  religieuse.  Le  mot  s'applique  évi- 
demment à  une  fondation  nouvelle  ou  renouvelée  ;  dans  le 
cas  présent,  il  désigne  le  changement  d'état  d'un  domaine 
antérieurement  fondé  pour  une  affectation  spéciale.  Le  roi 
n'est  pas  seul  à  créer  des  villes  neuves.  Un  nomarque  de 
la  VIe  dynastie  dit  qu'il  a  «  fondé  des  villes  avec  des 
hommes  pris  sur  d'autres  terres  ;  ceux  qui  n'étaient  ailleurs 
que  des  tenanciers  (meritou)  faisaient,  dans  ces  villes,  fonc- 
tion de  Sarou  (administrateurs,  notables)3.  »  Ainsi  l'habi- 
tant de  la  ville  neuve  est  attiré  du  dehors  par  la  promesse 
d'avantages;  il  est  probablement  plus  ou  moins  affranchi 
de  charges  vis-à-vis  du  fisc  royal.  En  effet,  notre  texte  fait 
comprendre  que  «  ville  neuve  »  est  synonyme  de  «  ville 
d'immunité  ».  Le  domaine,  au  moment  où  il  est  fondé  par 
Pepi  II,  reste  astreint  aux  charges  et  corvées;  quoique 
nouvellement  fondé,  on  ne  l'appelle  pas  alors  «  ville 
neuve  »,  mais,  dès  qu'il  passe  sous  la  «  protection  »  de 
Minou,  parmi  les  «  villes  d'immunité  »,  on  le  qualifie  nwit 
mai  t. 

Je  ne  puis  négliger  ici  les  éléments  de  comparaison 
qu'offre  notre  moyen  âge.  La  ville  neuve  qui  se  multiplie 
en  France,  à  dater  du  XIe  siècle,  sous  l'influence  de  l'Eglise, 
est  toujours  une  «  ville  franche  »,  soit  qu'il  s'agisse  d'une 
commune  affranchie  réellement  nouvelle,  soit  d'une  com- 
munauté ancienne  que  l'octroi  d'une  charte  est  venu  rajeu- 
nir ou  renouveler4.  Dans    notre    texte    aussi,  le   mot   ville 

l.  Urkundên,  I,  p.  21,  L  11  ;  87,  I.  L>.  Maspero,  Études  M.    \.,  IV.  p.  353. 

■J.  Cf.  Murray,  Index  of  tilles  of  A.  K.,  s.  v.,  p.  22. 

3.   Urk.,  I.  p.  78,  1.  i  sqq. 

1.  A.  Luchaire,  Manuel  des  institutions  françaises,  \>.  ii>  sq, 

1916  -yi 


330  i  \    DOMAINE   ROYAL   sors    ri.i'i    il 

neuve  désigne  un  domaine  détourné  des  terres  royales,  par 
les  prêtres  de  Minou,  et  doté  dune  charte  d'immunité. 

Notons  une  autre  similitude  non  moins  curieuse,  qui 
apparaît,  pour  la  première  fois,  dans  notre  texte.  De  même 
que  la  ville  neuve  capétienne  plante  sur  la  place  publique 
un  pal,  de  même  la  ville  neuve  ici  décrite  reçoit  l'ordre 
d'ériger,  probablement  au  centre  de  l'agglomération,  sur  la 
place  du  marché,  un  mat  (senti)  en  bois  choisi,  venu  de 
l'étranger,  qui  doit  être  un  cèdre  du  Liban  '.  Cet  arbre  de 
justice  ou  de  liberté,  que  symbolise-t-il,  sinon  la  vie  allran- 
chie  et  renouvelée  de  la  petite  cité  rurale  ? 

Cependant  en  Egypte,  comme  ailleurs,  les  villes-neuves 
avaient  une  existence  précaire  :  le  roi  ou  ses  agents 
essayaient  perpétuellement  de  reprendre  le  domaine  et 
d'imposer  à  nouveau  les  servitudes  aliénées  :  preuve  en  est 
que  la  plupart  des  chartes  d'immunités  «  renouvellent  » 
des  franchises  antérieures,  que  le  fisc  royal  avait  rendues 
inopérantes  '.  Ainsi  le  décret  A  de  Koptos  est  restauré 
vingt  ans  après  par  le  décret  B  ;  de  même,  la  charte  retrou- 
vée à  Louxor  a  été  renouvelée  par  le  3e  décret  relatif  au 
domaine,  le  document  C  de  Koptos. 

III.  .NOUVELLE    CHARTE    DIMMIMTK    (YVeill,    pi.    VIII). 

Ce  décret  ayant  été  étudié  déjà  avec  soin,  je  me  conten- 
terai dune  brève  analyse. 

1.  Le    mot   y      ^     senit  désigne   les    mats    gigantesques,  ornés    d'ori- 


! 


flammes,  qu'on  plante  devant  les  pylônes,  dans  les  temples  :  un  voit  ceux 
de  Karnak,  sous  Tlioutmès  III.  au  tombeau  du  T  prophète  Amenhetep 
(Borchardt,  Bnugeschichte  des  Amonstempels,  p.  '29.  fig.  18  :  et  sous 
Iloremhcb  sur  les  murs  de  la  grande  colonnade  de  Louxor  G.  Daressy, 
Mémoires  Mission  Caire,  t.  VIII,  •!.  pi.  II.  XV  .  Un  texte  du  Nouvel  Empire 
retrouvé  par  Pétrie  {Memphis,  I.  pi.  VI,  I  I  parle  d'un  pylône  précédé  <!<• 
«  mâts  senilw  en  cèdre  véritable  [tfs  ma'  .  avec  application  de  bronze 
d'Asie  et  pointes  en  électrum  ». 

2.  Voir,  pour  l'époque  grecque.  Lefebvre,  Le  dernier  décret  des  Lagides. 
ap.  Mélanges  Holleaux,  p.  In:!  sqq.v. 


UN    DOMAINE    ROYAL    SOLS    PEPI    11  331 

Le  texte  porte  le  nom  d'Horus  de  Pepi  II.  Il  s'adresse 
aux  agents  du  roi  pour  définir  leurs  rapports  avec  les  habi- 
tants du  domaine  fondé  par  Pepi  II,  «  qui  fournissent  ces 
offrandes  quotidiennes  à  la  statue  »  du  roi  (niv  imnw  n 
client,  1.  2);  ces  gens  sont  «  réservés  à  nouveau  »  au  temple 
de  Minou  et  libérés  des  corvées  dues  à  la  maison  du  roi. 
La  première  charte  d'immunité  n'énumérait  sans  doute  pas 
ces  charges  ;  la  nouvelle,  pour  préciser  les  droits  des  immu- 
nitaires ',  en  donne  un  tableau  détaillé  ;  ainsi,  par  les  immu- 
nités accordées  aux  gens  de  Minou,  nous  connaîtrons  les 
charges  qui  pèsent  sur  les  corvéables  de  droit  commun  ;  la 
comparaison  s'impose  ici  avec  les  liturgies  de  l'époque 
gréco-romaine. 

Lne  rubrique  finale)  classe  ces  charges  en  «  imposi- 
tions »  (mdrw)  et  «  corvées  »  (kativ) 2. 

Parmi  les  impositions,  on  cite  :  les  charges  (fahc)  ou 
contributions  apportées  au  trésor  et  les  impôts  (seditn  ). 
levés  sur  place  ;  les  envois  au  directeur  du  Sud,  peut-être 
cadeaux  analogues  au  <rce<pavoç3  dû  aux  souverains  et  à  leurs 
agents  ;  des  contributions  en  or,  argent,  bronze,  ornements 
divers  (métaux  bruts  et  travaillés,  non  monnaie)  ;  des  four- 
nitures de  matériel  à  la  «  double  maison  de  vie  »  (bureau 
des  écritures)  =  Ypaij.jj.xrr/iv  4.  Viennent  ensuite  les  contri- 
butions en  vivres  :  «  corbeilles  de  légumes  »  qui  rappellent 
la  taxe  perçue  pour  les  corbeilles  (ti[ay)  tntupîowv  ')  ;  vivres  à 
manger  ;  nourriture  pour  le  petit  bétail  ;  fourniture  des 
pains. 

Deux  termes  obscurs  désignent  peut-être  des  cordes  d'ar- 

1.  Le  décret  B,  qui  renouvelle  le  décrel  A,  donne  lui  aussi  un  tableau 
détaillé  des  corvées  et  impôts,  là  où  le  premier  décrei  reste  dans  le  vague. 
Ce  tableau  permet  de  restituer  les  lacunes  de  notre  décret  C. 

2.  Voir  le  commentaire  détaillé  que  j'ai  donné  ./.  Asiatique,  1912.  II, 
p.  100  sqq. 

3.  Bouché-Leclercq,  Lagides,  III.  1,234. 
1.  Bouché-Leclercq,  /.  c,  p.  328. 

a.  Ibidem,  p.  327. 


■  VA2  I   \     DiiM  MM.     liiilAI.    SOUS     l'KI'l     II 

pentage  -  (le  matériel  d'arpentage  et  les  frais  sont  suppor- 
tés par  le  contribuable  à  l'époque  ptolémaïque) 1  —  et  des 
lilés  de  lin.  Puis  des  peaux.  Pour  tous  ces  articles,  les  imposi- 
tions de  l'époque  gréco-romaine  fournissent  des  équivalents. 

Les  corvées  comprennent  :  culture  des  terres  labourées 
et  des  champs  du  Roi,  moisson,  travaux  divers  êna'iv).  A 
l'époque  gréco-romaine,  les  corvées  se  résument  dans  les 
travaux  des  champs  et  l'entretien  des  canaux  '-'. 

A  la  lin,  mention  des  Irais  de  «  passage  sur  terre  et  sur 
eau  »  :  le  décret  de  Dahchour  confirme  qu'il  s'agit  du  pas- 
sage onéreux  des  messagers  et  fonctionnaires  royaux  ;. 
charge  si  souvent  mentionnée  par  les  papyrus  gréco- 
romains  '.  De  toutes  ces  impositions  et  corvées  vis-à-vis  du 
tisc  royal,  les  gens  du  domaine  sont  libérés  ;  ils  n'ont  d'obli- 
gation  que  vis-à-vis  du  temple  de  Minou  :  «  heures  de  ser- 
vice, virements  d'offrandes  pour  la  maison  de  Minou  . 
imposition  mensuelle,  que  garde  le  neterhetep  dans  le 
temple  de  Koptos...  •'  »  Nous  ne  savons  pas  le  détail  de  ces 
impositions,  mais  elles  devaient  être  moins  lourdes  que 
celles  qu'exigeait  le  fisc  royal,  sans  quoi  la  condition  de 
ville  franche  n'aurait  point  été  favorisée. 

Ici  s'arrête  pour  nous  l'histoire  du  domaine  fondé  par 
Pepi    II  ;  ses  destinées   ultérieures  ne  nous   sont  pas  con- 


1.  Bouché-Leclercq,  /.  c,  p.  307, 

2.  Ibid.,  p.  312. 

3.  Weill,  Décrets,  p.  i«i.  30  et  12. 
i.  Bouché-Leclercq,  /.  c,  p.  .'»08. 

5.  Voici  la  transcription  de  la  ligne  du  décrel  C,  jusqu'ici  mal  déchiffrée 

*~ ~"    AAAA/W  n  XXX       J?_ 

et  interprétée  :  ,^-fW      a  n        -cs>-      I    /ww^       D        \[ 

[^  J[  /WVAAA       W 

Ci 

*  III 


A/^W^v 


silt  n'Iid.  L'imposition  mensuelle,  apparaît  comme  un  privilège  des  prêtres 
que  d'autres  ne  doivent  point  toucher  à  leur  place. 


SÉANCE    DU    21    JUILLET    1916  333 

nues  ;  du  moins  les  trois  décrets  nous  ont-ils  fourni  des 
données  nouvelles  sur  les  institutions  pharaoniques.  Pour 
la  première  fois,  nous  voyons  comment  le  roi  peut  autori- 
ser la  transformation  d'une  parcelle  de  ses  terres  en  ville 
d'immunité  et  nous  distinguons  quelques  analogies  curieuses 
entre  les  institutions  de  l'Egypte  à  la  fin  de  l'ancien  empire 
et  les  coutumes  féodales  de  la  France  capétienne. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Héron  de  Yillefosse  offre  à  l'Académie,  au  nom  de  M.  J.-B. 
Berniolle,  professeur  honoraire  du  Lycée  de  Marseille,  secrétaire  de 
la  Société  archéologique  de  Provence,  un  travail  intitulé  :  Excursion 
archéologique  à  V oppidum  de  Constantine  (commune  de  Lançon)  et  à 
Merveille,  Capdeuil  Masfromela'?),  La  Durance,  Mauran,  Sain/- 
Estève  commune  de  Berre).  Extr.  du  Bulletin  de  la  Sociétc  archéolo- 
gique de  Provence,  année  i î>  1 4,  t.  III,  n.  21. 

Récit  d'une  excursion  archéologique  très  bien  conduite  et  employée 
;i  parcourir  quelques  localités  des  bords  de  l'étang  de  Berre  en  y 
notant  tout  ce  qui  peut  y  attirer  l'attention  des  archéologues. 


SÉANCE    1)1'    21     JUILLET 


PRESIDENCE   DE    M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Maurice  Prou,  au  nom  de  la  Commission  du  prix  Thorlet, 
fait  le  rapport  suivant  : 

«  La  Commission  a  décidé  d'attribuer  sur  les  revenus  de  la 
Fondation  Thorlet  : 

1°  Un  prix  de  1. .">00  francs  à  M.  Eugène  Saulnier,  ancien 
élève  de  l'École  des  Chartes  et  de  l'École  des  Hautes  Études, 
pour  l'ensemble  de  ses  ouvrages  d'érudition; 


334  SÉANCE    DU    2l    JUILLET    1916 

2°  Ln  prix  de  1.000  francs  à  M.  Achille  Millien,  pour  ses 
recherches  sur  le  folklore  du  Nivernais; 

.'{"  Un  prix  de  1.00(1  francs  à  M.  Poitevin,  pour  ses  recherches 
sur  la  paléographie  et  la  calligraphie.  » 

M.  Collignon,  secrétaire  perpétuel  intérimaire,  donne  lecture 
du  rapport,  rédigé  par  M.  Maspero,  sur  les  travaux  de  l'Acadé- 
mie pendant  le  premier  semestre  de  l'année  1916  '. 

L'Académie  procède  à  l'élection  d'un  Secrétaire  perpétuel,  en 
remplacement  de  M.  Maspero,  décédé. 

M.  Gagnai  est  élu  par  '2b  voix  sur  '26  votants.  —  Son  élection 
sera  soumise  à  l'approbation  de  M.  le  Président  de  la  Répu- 
blique. 

M.  Héron  de  Villefosse  fait  la  communication  suivante  : 

«  La  semaine  dernière,  les  journaux  ont  annoncé  que  le  Louvre 
venait  de  s'enrichir  d'un  marbre  précieux,  considéré  comme 
provenant  de  la  frise  qui  décorait  les  murs  de  la  cella  du  Parthé- 
non.  Le  sujet  de  cette  frise  célèbre  était  emprunté  aux  cérémo- 
nies des  grandes  Panathénées,  et  on  sait  que  nos  collections  natio- 
nales en  possèdent  depuis  la  Révolution  un  important  panneau 
recueilli  par  Fauvel,  vers  1784,  pour  le  comte  de  Choiseul-Gouf- 
fier,  ambassadeur  à  Constantinople. 

«  Le  fait  relaté  par  les  journaux  est  exact  :  je  suis  très  heureux 
de  pouvoir  présenter  aujourd'hui  à  l'Académie  un  moulage  de 
ce  nouveau  fragment  du  Parthénon  et  d'informer  mes  confrères 
que  l'original  vient  d'être  offert  au  Musée  du  Louvre  par 
M"e  Louise  de  La  Coulonche. 

«  C'est  une  tète  de  jeune  homme,  en  relief  :  le  corps  qu'elle 
surmontait  devait  se  présenter  de  face  dans  une  attitude  calme  ;  la 
tête  pleine  de  noblesse  est  tournée  de  trois  quarts  vers  la  droite, 
elle  regardait  en  arrière.  Cette  belle  tète  attique  nous  arrive  dans 
un  état  de  fraîcheur  et  de  conservation  tout  à  fait  exceptionnel, 
sans  la  moindre  égratignuré.  L'épaisseur  du  fond  plat,  nettement 
visible  à  droite,  sous  la  forme  d'une  pointe  qui  subsiste  près  de 
la  chevelure,  à  la  hauteur  des  tempes,  paraît  avoir  été  diminuée 
par  un  sciage.  En  examinant  la  fracture,  à  la  partie  supérieure, 

1 .  Voir  ci-après. 


SÉANCE    DU    21    JUILLET     1916  335 

il  semble  que  ce  fragment  a  dû  être  détaché  de  la  frise  intention- 
nellement et  non  à  la  suite  d'un  accident  fortuit.  On  y  remarque 
en  effet  des  traces  assez  nettes  d'un  travail  au  ciseau  qui  dénotent 
au  moins  le  désir  de  faire  disparaître  en  cet  endroit  le  bord  du 
panneau;  sous  le  cou,  on  reconnaît  une  mutilation  analogue, 
mais  avec  moins  de  certitude. 

«  La  tradition,  pieusement  conservée  dans  la  famille  de  La 
Coulonche,  veut  que  ce  morceau  provienne  de  la  frise  du  Parthé- 
non.  On  ignore  à  quelle  époque  il  en  aurait  été  détaché;  on  sait 
seulement  qu'il  fut  donné  à  Amédée  Daveluy,  premier  directeur 
de  l'École  française  d'Athènes,  entre  les  années  1846  et  1867. 
Sa  petite-fille  pense  que  le  roi  de  Grèce  en  personne,  désireux 
de  témoigner  sa  haute  bienveillance  au  représentant  le  plus 
qualifié  de  la  science  française  en  Grèce,  l'offrit  à  son  grand- 
père.  Quoi  qu'il  soit  de  cette  croyance,  le  fragment  passa  ensuite 
entre  les  mains  de  M.  Alfred  de  La  Coulonche,  ancien  membre 
de  l'Ecole  française  d'Athènes,  gendre  de  M.  Daveluv  et  maître 
de  conférences  à  l'Ecole  normale  supérieure. 

«  C'est  en  souvenir  de  son  grand-père  et  de  son  père,  dont  elle 
est  convaincue  de  réaliser  ainsi  un  des  plus  chers  désirs,  que 
M"""  de  La  Coulonche.  mue  par  une  pensée  à  la  fois  touchante  et 
patriotique,  s'est  généreusement  dessaisie  de  ce  morceau  savou- 
reux et  qu'elle  en  a  fait  présent  au  Louvre.  Elle  a  accompli  ce 
geste  bien  français  très  simplement,  avec  une  rare  délicatesse, 
sachant  que.  par  suite  des  difficultés  de  l'heure  présente,  le  dépar- 
tement des  antiquités  grecques  avait  peu  d'occasions  de  s'enri- 
chir. Elle  a  voulu  que  ce  joyau,  si  cher  pour  elle  à  tant  de  titres, 
entrât  au  Louvre  en  pleine  guerre,  pour  en  illuminer  les  galeries 
silencieuses  et  y  apporter  en  même  temps  une  preuve  inébran- 
lable de  sa  confiance  dans  le  triomphe  de  nos  armes.  C'est  l'of- 
frande à  la  patrie  dans  ce  qu'elle  a  de  plus  émotionnant,  de  plus 
spontané  et  de  plus  généreux  !  Klle  l'a  faite  avec  une  grâce  char- 
mante dont  tous  les  amis  de  l'art  lui  seront  profondément  recon- 
naissants. 

«  La  matière  de  ce  fragment,  sa  technique  particulière,  ainsi 
que  les  dimensions  de  la  tète,  viennent  apporter  à  la  tradition 
l'appui  de  leur  triple  témoignage.  Le  marbre  est  du  pentélique. 
La  sculpture   présente  les  caractères  qui  distinguent  les  autres 


p 


336  SÉANCE   DU    21    JUILLET    1916 

tètes  de  la  frise  :  les  cheveux  sont  traités  avec  largeur,  sans 
recherche  du  détail,  comme  il  convient  à  des  figures  placées  très 
haut  et  qu'on  ne  pouvait  regarder  que  d'en  bas;  dans  les  yeux, 
on  remarque  l'abaissement  si  caractéristique  de  la  paupière 
intérieure,  commun  aux  tètes  de  la  frise  et  des  métopes  ;  les 
lèvres,  souples  et  gracieuses,  sont  exécutées  avec  une  aisance 
qui  semble  être  le  reflet  de  l'harmonie  générale  de  l'œuvre,  eli<-- 
proclament  la  force  et  la  vie  dont  toute  la  composition  est  ani- 
mée. 

u  La  plupart  des  jeunes  gens  qui  prennent  part  à  la  proces- 
sion ont  été  représentés  de  profd  ;  on  ne  voit  que  la  moitié  de 
leur  visage.  Ici,  au  contraire,  le  visage  est  presque  de  face  :  par 
un  hasard  providentiel,  il  n'a  rien  perdu  de  son  charme,  de  son 
éclat  et  de  sa  beauté;  il  nous  est  parvenu  absolument  intact.  Les 
contours  de  la  bouche  sont  accentués  d'une  façon  particulière 
et  permettent  un  rapprochement  utile  avec  la  tête  d'un  cavalier 
qui  fait  un  mouvement  analogue  en  se  retournant  (Collignon,  Le 
Parihénon,  pi.  85,  2),  et  même  avec  la  belle  tète  de  Dionysos 
dans  le  groupe  des  dieux  de  la  face  orientale  (Collignon,  pi.  128). 
Les  dimensions  de  la  tête  de  notre  fragment  sont,  en  hauteur, 
depuis  le  sommet  du  crâne  jusqu'au  bas  du  menton,  0,155,  et 
en  largeur,  0,145.  Ces  dimensions  sont  celles  des  têtes  des  jeunes 
hommes  qui  prennent  part  à  la  cavalcade  ou  assistent  au  départ 
des  chars.  Tout  se  réunit  donc  pour  faire  accepter  avec  la  plus 
grande  vraisemblance  la  provenance  indiquée. 

«  On  trouvera,  je  n'en  doute  pas,  la  place  exacte  que  cette 
tête  occupait  dans  la  frise.  Il  ne  serait  pas  étonnant  qu'elle 
appartînt  à  la  face  du  Nord.  Un  panneau,  retrouvé  en  18.34  par 
l'architecte  bavarois  Léo  von  Klenze  et  conservé  au  Musée  de 
l'Acropole,  montre  un  jeune  homme  debout  derrière  l'atte- 
lage d'un  char  et  privé  de  sa  tête.  Or  cette  tête  existait  encore 
au  xvue  siècle,  au  moment  de  l'ambassade  du  marquis  de  Nointel, 
ainsi  qu'en  témoigne  un  dessin  de  Garrey  d'après  lequel  on  est 
en  droit  de  conjecturer  qu'elle  se  trouvait  dans  la  même  position 
que  la  tête  du  Louvre.  L'avenir  nous  apprendra  si  cette  conjec- 
ture peut  être  admise.  A  ceux  qui  pourront  faire  des  consta- 
tations utiles  je  signale  ce  panneau  de  l'Acropole  et  un  autre 
que  possède    le   Musée    Britannique   (Collignon,  pi.  113,  xix  et 


SÉANCE  DU    21    JUILLET    1916  337 

xvni)  :  ce  dernier  montre  aussi  le  corps  d'un  jeune  homme  dont 
la  tête  semble  avoir  été  enlevée  avec  préméditation. 

«  En  1889,  lorsqu'on  entreprit  le  déblaiement  méthodique  et 
complet  du  plateau  de  l'Acropole,  M.  Gavvadias  lit  une  décou- 
verte sensationnelle,  celle  de  la  charmante  tète  d'Iris  qui  man- 
quait à  Tune  des  plaques  de  la  frise  actuellement  à  Londres.  Les 
archéologues  et  les  artistes  manifestèrent  leur  joie  d'une  trou- 
vaille aussi  importante.  Quelques  années  plus  tard,  en  190:2,  ils 
éprouvèrent  une  satisfaction  encore  plus  inattendue  lorsque 
par  le  plus  grand  des  hasards  on  recueillit,  dans  un  parc  anglais 
du  comté  d'Essex,  un  magnifique  fragment  de  la  frise  qui  s'y 
trouvait  oublié  depuis  des  années.  Leur  joie  ne  sera  pas  moindre 
assurément  en  apprenant  qu'un  nouveau  fragment,  absolument 
intact,  de  cette  admirable  frise,  conservé  à  Paris  depuis  long- 
temps dans  une  famille  d'universitaires,  vient  d'être  rendu  à  la 
lumière  et  que,  grâce  à  la  noble  pensée  de  M'"*'  de  La  Goulonche. 
il  fait  maintenant  partie  des  collections  du  Louvre.  » 

M.  Louis  Léger,  à  l'occasion  de  la  journée  franco-serbe,  lit  un 
travail  sur  la  bataille  de  Kosovo.  Ce  nom  veut  dire  «  le  Champ 
des  Merles  ».  La  bataille  fut  livrée  le  13  juin  1389  i  vieux  style  . 
M.  Léger  décrit  le  champ  de  bataille  où  se  rencontrèrent  les 
Serbes  du  prince  Lazare  et  du  roi  de  Bosnie  d'une  part,  de 
l'autre  les  Osmanlis  et  leurs  auxiliaires.  On  a  sur  cette  journée 
très  peu  de  documents  contemporains.  Les  chefs  des  deux 
armées  périrent;  le  sultan  Mourad  fut  assassiné  par  un  patriote 
serbe  appelé  Miloch,  le  prince  serbe  Lazare  fait  prisonnier  et 
décapité  par  ses  ennemis.  Au  fond,  la  journée  n'eut  pas  de  résul- 
tat immédiat.  Les  Turcs  se  replièrent.  L'Europe,  vu  la  mort  du 
sultan,  crut  à  la  victoire  des  Serbes.  La  nouvelle  de  la  bataille 
n'arriva  à  Paris  que  six  ans  après,  et  Charles  VI  crut  devoir 
faire  célébrer  un  Te  Deum  à  Notre-Dame.  M.  Léger  expose,  en 
terminant,  les  légendes  se  rattachant  à  la  bataille  qui  a  donné  lieu 
à  tout  un  cycle  poétique. 

M.  Collignon  donne  lecture  d'une  étude  sur  une  statuette 
représentant  l'Afrique  personniliée.  Elle  avait  été  acquise  en 
Egypte,  à  Alexandrie,  par  Jean  Maspero,  le  jeune  savant  qui 
portail  dignement  le  nom  de  son  regretté  père,  et  qui  en    1915, 


.'{.'{S  RAPPORT    Dl     SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL 

a  trouvé  en  Argonne  une  mort  glorieuse.  Exécutée  dans  une 
pierre  analogue  au  grès,  la  statuette  est  de  travail  alexandrin,  et 
parait  dater  de  la  fin  du  Ier  siècle  axant  noire  ère,  ou  des  pre- 
mières années  du  siècle  suivant.  Elle  montre  la  figure  allégorique 
de  l'Afrique  sous  les  traits  d'une  femme  coiifée  de  la  dépouille 
d'une  tête  d'éléphant;  un  lion  est  couché  à  ses  pieds.  Si  l'on 
connaissait  déjà  par  des  monnaies,  des  petits  bronzes,  des  bas- 
reliefs  et  des  peintures  la  représentation  de  l'Afrique,  c'est  la 
première  fois  qu'elle  apparaît  en  pied  dans  une  œuvre  statuaire. 
La  statuette  d'Alexandrie  offre  en  outre  une  particularité  inté- 
ressante. Le  type  du  visage,  aux  lèvres  fortes  et  saillantes,  est 
empreint  d'un  caractère  africain  très  prononcé,  et  témoigne  une 
fois  de  plus  du  goût  pour  la  vérité  ethnographique  et  pour  le 
réalisme  qui  est  un  des  traits  essentiels  de  l'art  alexandrin. 


APPENDICE 


Rapport  du  secrétaire  perpétuel  sir  les  travaux  des  commis- 
sions DE  PUBLICATION  DE  I."  ACADEMIE  PENDANT  LE  PREMIER  SEMESTRE 
DE     1916;    LU    DANS    LA    SEANCE    DU    'J  1     JUILLET     1916. 

(v)uelques-unes  de  nos  publications  sont  demeurées  station- 
nants du  fait  de  la  guerre  ;  néanmoins  notre  activité  s'est  mani- 
festée d'une  manière  satisfaisante  pendant  ce  premier  semestre 
de  1916,  au  grand  profit  des  sciences  diverses  pour  lesquelles 
elle  s'est  exercée. 

Le  tome  XL  de  nos  Mémoires  a  été  mis  en  distribution.  Il  se 
termine  par  un  mémoire  de  M.  H.  Omont,  Minoïde  Minas  et  ses 
missions  en  Orient  ' 1 840-1 855  ,  dont  le  tirage  à  part  vous 
a  été  récemment  distribué. 

Du  tome  XLI  des  mêmes  Mémoires,  vous  avez  reçu  les  tirages 
à  part  de  M.  Gollignon,  L'emplacement  du  Cécropion  sur 
l'Acropole  d'Athènes,  et  de  M.  Cordier,  Annales  de  V hôtel  de 
Nesle  —  Collège  îles  Quatre  Nations  —  Institut  de  France. 


RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL  339 

Du  tome  XIII  des  Mémoires  des  savants  étrangers,  a  paru  : 
Glotz,  Le  droit  des  gens  dans  l'antiquité  grecque;  M.  Schwab, 
Homélies  judéo-chrétiennes.  Enfin,  nous  avons  envoyé  à  l'Im- 
primerie Nationale,  pour  être  composé  et  inséré  dans  le  même 
recueil  :  Sidersky,  Etude  sur  la  chronologie  assyro-baby Io- 
nienne. 

En  ce  qui  concerne  Y  Histoire  littéraire  de  la  France,  non 
seulement  le  tome  XWIY  a  été  distribué,  ainsi  que  je  l'ai  dit 
dans  mon  second  rapport  de  1915,  mais  le  tome  XXX Y  s'an- 
nonce comme  devant  progresser  rapidement  :  les  huit  premières 
feuilles  en  sont  en  pages,  le  bon  à  tirer  en  pourra  être  donné 
très  prochainement,  et  les  placards  35  à  71  sont  corrigés  en 
grande  partie. 

Aucune  partie  des  Chartes  et  Diplômes  (rois  Carolingiens 
et  premiers  Capétiens)  n'a  été  livrée  au  public  depuis  le 
31  décembre  dernier,  et  aucun  manuscrit  nouveau  n'est  arrivé  à 
l'impression,  mais  les  collaborateurs  ont  continué  de  leur  mieux 
l'établissement  des  textes,  dans  la  mesure  où  les  circonstances 
le  leur  permettaient,  les  uns  étant  toujours  à  l'armée,  les  autres 
consacrant  à  des  œuvres  de  guerre  les  loisirs  que  leurs  devoirs 
professionnels  leur  laissent.  La  collection  des  Pouillés  a  été 
plus  favorisée  que  celle  des  Chartes  et  Diplômes  pendant  ce 
semestre,  car  le  cinquième  volume  correspondant  aux  actes 
relatifs  à  la  province  de  Trêves  a  vu  enfin  le  jour  ;  commencé  par 
notre  regretté  confrère  Auguste  Longnon,  vous  vous  rappelez 
que  vous  aviez  délégué  à  M.  l'abbé  Victor  Carrière  le  soin 
de  l'achever.  Nous  devons  louer  celui-ci  de  la  diligence 
avec  iaquelle  il  s'est  acquitté  de  sa  tâche,  et  cela  d'autant  plus 
qu'il  était  déjà  mobilisé  au  moment  où  il  a  mis  la  dernière 
main  à  Y  Introduction  et  qu'il  était  attaché  comme  infirmier  à 
un  train  sanitaire  quand  il  a  corrigé  les  épreuves.  Dans  le  même 
temps,  l'Imprimerie  Nationale  expédiait  à  M.  Clouzot  cent  pla- 
cards appartenant  au  volume  dont  il  est  l'auteur,  les  Pouillés  de 
la  prorince  d'Ai.r.  M.  Clouzot,  qui.  lui  aussi,  a  trouvé  le  moyen 
Me  concilier  avec  l'exécution  de  son  œuvre  scientifique  l'accom- 
plissement de  son  devoir  patriotique,  a  tout  corrigé  ;  il  ne  reste 
plus  qu'à  mettre  en  pages  le  volume  entier  qui  comprend  cent 
trente-l  rois  placards. 


340  RAPPORT    Dr    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL 

Actuellement,  M.  Élie  Berger  mène  de  front  la   publication 

des  deux  volumes  qui  contiennent  le  Recueil  des  actes  de 
Henri  II.  roi  d  Angleterre  et  duc  de  Normandie.  Le  tome  I " 
est  fini  et  distribué,  mais  il  reste  encore  à  terminer  la  rédaction 
de  l'Index  :  celui-ci  est  mis  sur  fiches  presque  entièrement  et, 
cette  opérai  ion  terminée,  M.  Berger  dressera  la  table  l'été  pro 
chain,  de  façon  à  en  amorcer  l'impression  en  automne.  Le 
tome  IL  où  figurera  la  fin  des  textes,  est  en  bonne  voie  d'exécu- 
tion. La  copie  et  le  commentaire  des  pièces  qui  lui  sont  desti- 
nées sont  chez  l'imprimeur  n06  CCCCLV-DCCLXVIII,  années 
I17'J  3-1189).  Les  feuilles  1-13  sont  en  bon  à  tirer,  les  placards 
53-80  sont  en  bon  à  mettre  en  pages,  les  placards  (S  1-85  ont  subi 
une  première  correction,  ce  qui  nous  mène  jusqu'au  n°  DC  des 
actes.  La  mise  sur  fiches  des  éléments  de  l'Index  suivra  sans 
retard  pour  cette  partie  comme  pour  la  première. 

Le  tome  I'r  des  Actes  de  Philippe  Auguste,  roi  de  France, 
a  paru,  et  M.  Delaborde  procède  à  la  préparation  du  tome  II  ; 
tous  les  textes  qui  doivent  entrer  dans  les  volumes  suivants  sont 
recueillis  et  la  plupart  seraient  en  état  d'être  imprimés  dès 
aujourd'hui. 

M.  Llie  Berger  a  mis  à  la  disposition  de  ses  auxiliaires. 
MM.  Henri  Stein  et  Georges  Daumet.  les  fiches  et  les  notes  rela- 
tives aux  Actes  de  saint  i.ouis  qui,  provenant  de  Léopold 
Delisle,  avaient  été  déposées  au  cabinet  des  Chartes  et  diplômes. 
Ces  Messieurs  continuent  en  plus  à  Paris  le  dépouillement  des 
fonds  conservés  aux  Archives  et  celui  des  collections  manu- 
scrites ou  imprimées  de  la  Bibliothèque  nationale,  en  attendant 
la  reprise  de  leurs  recherches  dans  les  archives  départementales 
et  dans  le-  bibliothèques  rie  la  province. 

VI.  Omont,  grâce  à  l'active  collaboration  de  M.  Boulillier  du 
Bétail,  a  poussé  régulièrement  l'impression  du  tome  IV  des 
Obituaires,  qui  traite  de  la  province  de  Sens,  diocèse  de  Troyes. 
L'Imprimerie  Nationale  vient  d'achever  la  mise  en  pages  des 
placards  l(.»-2  à  288  et  dernier:  les  feuilles  56-72  complètent 
ainsi  le  volume,  et  le  bon  à  tirer  pourra  être  signé  avant  les 
vacances.  M.  Boutillier  du  Bétail,  l'éditeur,  travaille  toujours 
activemenl  à  la  confection  de  la  table  générale. 


RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL  Mil 

La  publication  du  Corpus  inscriptionum  semilicarum 
demeure  toujours  slationnaire  ;  pourtant  la  préparation  des  der- 
niers fascicules  de  la  Section  phénicienne  a  réalisé  quelques 
progrès.  M.  l'abbé  Chabot  y  a  fini  la  rédaction  des  chapitres 
concernant  Hadrumète,  Maktar,  Medidi  et  plusieurs  localités 
moindres.  Il  ne  reste  plus  qu'à  attribuer  un  numéro  définitif  aux 
inscriptions,  ce  qui  ne  pourra  être  fait  qu'après  une  révision  des 
originaux  à  Carthage  ;  M.  l'abbé  Chabot  s'acquittera  de  cette 
tache  pendant  le  voyage  qu'il  entreprendra  en  Tunisie  pour  le 
compte  de  l'Académie.  Comme  l'Imprimerie  Nationale  est  tou- 
jours impuissante,  faute  d'ouvriers,  à  nous  seconder  utilement, 
il  n'y  aurait  aucun  avantage  à  lui  envoyer,  dès  à  présent,  la 
copie  de  textes  classés  sous  un  numéro  provisoire. 

La  situation  demeure  inchangée  dans  la  Section  araméenne  et 
dans  1 hébraïque.  Nous  avions  conçu  l'espoir  de  pouvoir  mettre 
en  train  l'impression  des  parties  de  la  Section  arabe  qui  touche 
à  l'Egypte  ;  mais,  après  examen  du  manuscrit,  notre  confrère 
Max  Van  Berchem,  qui  surveille  cette  section,  a  jugé  prudent 
d'attendre  le  retour  de  son  auxiliaire,  M.  Wiet,  que  le  service 
retient  à  Salonique  depuis  neuf  mois.  Enfin  la  Section  himya- 
ritique  en  est  toujours  au  même  point  que  le  semestre  passe  : 
nous  venons  pourtant  d'adresser  à  l'imprimeur  une  forte  liasse 
de  manuscrits  qui  formeront  le  fascicule  "2  du  tome  II.  Il  faudra 
que  nous  nous  décidions  à  publier  le  fascicule  sans  les  planches, 
sauf  à  composer  ensuite  une  livraison  spéciale  de  celles-ci,  en 
harmonie  avec  le  texte. 

L'activité  de  la  commission  du  Corpus  s'est  reportée  sur  le 
Répertoire  d'épigraphie  sémitique.  Les  dix  premières  feuilles 
du  tome  troisième  sont  en  pages  depuis  la  fin  d'avril  et  elles 
seront  revêtues  du  bon  à  tirer  dès  les  premiers  jours  de  juillet. 
constituant  un  fascicule  prêt  à  paraître.  M.  l'abbé  Chabot  vient 
de  remettre  aux  compositeurs  la  copie  entière  d'un  second  fasci- 
cule qui  comptera  de  dix  à  douze  feuilles  et  dont  la  mise  eu 
train  ne  subira  pas,  nous  l'espérons,  de  trop  grands  retards. 
Enfin,  M.  Guérinot  a  rassemblé  les  éléments  bibliographiques 
d'un  troisième  fascicule  et  il  s'occupe  présentement  à  préparer 
la  table  de  tout  le  volume. 


'M2  RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL 

Parmi  les  ouvrages  qui  s'impriment  pour  différents  libraires, 
sous  le  patronage  ou  avec  le  concours  de  notre  Académie,  plusieurs 
sont  suspendus  et  la  continuation  en  est  différée  jusqu'à  nouvel 
ordre.  Tel  est  le  cas  du  Recueil  général  des  monnaies  grecques 
de  ï Asie  Mineure,  de  {'Inventaire  des  mosaïques  de  la  Gaule  et 
de  l'Afrique,  des  Inscriptiones  grœcse  ad  res  romanas  pertinentes 
dont  un  fascicule  est  commencé,  mais  reste  en  placards.  La  publi- 
cation reprendra  seulement  quand  les  cabinets  numismatique»  de 
l'étranger  redeviendront  accessibles,  et  que  les  imprimeurs  ou  les 
graveurs  auront  vu  disparaître  les  difficultés  matérielles  du 
moment.  M.  Ghavannes  pense  pouvoir  se  remettre  prochaine- 
ment à  la  publication  des  Mémoires  concernant  l'Asie  orien- 
tale Inde,  Asie  orientale,  Extrême-Orient)  et  nous  donner  deux 
volumes  dans  le  courant  des  années  1916-1917.  Les  Inscriptio- 
nes Deli.  qui  devaient  être  comprises  dans  le  grand  Corpus  de 
Berlin,  sont  arrêtées.  En  revanche,  1  Encyclopédie,  en  faveur  de 
laquelle  nous  avons  voté  une  souscription  annuelle,  a  produit 
une  livraison  nouvelle  que  nous  avons  reçue  pendant  le  courant 
du  semestre  écoulé. 

Le  tome  XXX  de  notre  recueil  des  Monuments  et  mémoires. 
Fondation  Eugène  Piot,  a  été  complété  vers  le  même  temps  par 
un  second  fascicule  que  nous  attendions  impatiemment.  Il  con- 
tient en  effet  les  tables  des  vingt  premières  années,  dressées  par 
M.  Léon  Dorez  :  table  alphabétique  des  noms  et  des  matières, 
table  des  illustrations  par  volumes  et  par  articles,  le  tout  for- 
mant 242  pages  de  petit  texte,  en  majeure  partie  sur  deux 
colonnes;  on  ne  saurait  trop  louer  la  conscience  que  M.  Dorez 
a  apportée  à  ce  long  et  minutieux  travail.  Le  premier  fascicule 
du  tome  XXII  est  sous  presse.  Ainsi,  malgré  l'absence  du  secré- 
taire de  la  rédaction,  M.  Paul  Jamot,  et  en  dépit  de  certaines 
difficultés  matérielles,  les  Monuments  Piot  paraissent  presque 
aussi  régulièrement  que  dans  une  année  ordinaire.  Notons  pour- 
tant que  le  papier  sur  lequel  on  tirait  leurs  volumes  étant  venu 
à  manquer,  nous  avons  dû  recourir  à  l'emploi  d'un  papier  moins 
consistant  :  la  différence  entre  les  deux  espèces  est  assez  peu 
>ensible  et  la  collection   du   recueil  Piot  n'en   sera   pas  déparée. 

Le  Journal  des  Savants  ne  se  ressent  plus  de  la  guerre,  grâce 


RAPPORT    DU    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL  343 

à  M.  Gagnât  qui  le  dirige  et  à  la  maison  Hachette  qui  l'imprime. 
Nos  Comptes  rendus  sont  demeurés  en  arrière,  malgré  le  zèle 
avec  lequel  M.  Dorez  presse  l'imprimeur  et  les  rédacteurs  :  la 
première  livraison  de  l'année  paraîtra  bientôt,  si  elle  n'a  pas 
déjà  paru  au  moment  où  je  lis  ce  rapport.  Espérons  que 
M.  Dorez  réussira  à  faire  rentrer  nos  Comptes  rendus  dans  la 
règle,  en  dépit  de  toutes  les  difficultés  que  rencontre  l'impression. 

Le  Ministère  de  l'instruction  publique  avait  compris  un  cer- 
tain'nombre  de  nos  publications  dans  son  envoi  à  l'Exposition 
universelle  de  San  Francisco  en  1915  :  elles  y  ont  obtenu  un  fort 
beau  succès  et  elles  ont  été  données  aux  bibliothèques  publiques 
de  la  ville  américaine.  M.  le  Directeur  de  l'enseignement  supé- 
rieur, encouragé  par  cet  essai,  nous  a  demandé,  le  10  mars  1916, 
les  ouvrages  suivants  qui  lui  ont  été  livrés  aussitôt  : 

Corpus  inscriptionum  semiticarum.  -  -  Pars  I  (Inscriptions 
phéniciennes)  ; 

Mémoires  de  V Académie  et  Comptes  rendus,  un  volume  à 
notre  choix  ; 

Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  XXIV  renfermant  Victor 
Leclerc  et  Renan,  Discours  sur  Vélat  des  lettres  et  des  beaux- 
arts  en  France  au  XIVe  siècle  ;  —  t.  XXXI  renfermant  l'étude 
de  Renan  sur  les  Ecrivains  juifs  français  du  XIVe  siècle  ; 

Historiens  orientaux  des  Croisades,  t.  V; 

Répertoire  oVépigraphie  sémitique,  t.  I  ; 

Mémoires  concernant  V Asie  orientale,  t.  I  ; 

Inventaire  des  mosaïques  de  la  France  et  de  l'Afrique,  tout 
ce  qui  en  a  paru. 

P.  Foucart,  Les  Mystères  d'Eleusis  et  Le  Culte  de  Dionysos 
en  Attiifue;  —  ces  mémoires  étant  épuisés  en  tirage  à  part,  j'ai 
expédié  au  Ministère  les  volumes  de  nos  Mémoires  d'où  ils 
étaient  extraits. 

Ces  ouvrages  remportent  actuellement  à  Barcelone  le  même 
succès  que  les  antres  axaient  obtenu  à  San  Francisco,  et  ils  seront 
déposés,  eux  aussi,  dans  les  bibliothèques  publiques  de  la  ville. 
L'exemple  donné  par  le  Ministère  serait  bon  à  suivre  pour  notre 
compte  :  il  montrerait  aux  étrangers,  trop  portés  à  L'oublier,  que 
nos  travaux  ne  le  cèdent  en  rien  à  ceux  d'aucune  autre  Acadé- 
mie d'Europe. 


344 

SÉANCE    DU    28    JUILLET 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Legeb  esl  désigné  comme  lecteur  pour  la  séance  publique 
annuelle  de  l'Académie.  La  date  de  cctle  séance,  sur  la  propo- 
sition du  Président,  est  fixée  au  24  novembre. 

Il  est  donné  lecture  d'une  lettre  de  l'Académie  des  sciences 
de  Lisbonne  et  d'une  lettre  de  l'Académie  des  sciences  de  Por- 
tugal, par  lescpielles  ces  deux  corps  savants  expriment  au  Pré- 
sident de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  leurs 
condoléances  à  l'occasion  de  la  mort  de  M.  Gaston  Maspero. 

M.  René  Pichon  lit  une  étude  sur  Virgile  et  César.  Il  remarque 
que  Virgile  parle  peu  de  César,  et  avec  peu  d'enthousiasme, 
dans  son  Enéide,  beaucoup  moins  que  dans  les  Géorgiques  et 
surtout  que  dans  les  Bucoliques.  Il  pense  que  cette  froideur 
vient  de  ce  que  le  poète  a  voulu  se  plier  à  la  politique  d'Au- 
guste, lequel,  tout  en  étant  le  continuateur  de  César,  mettait 
toute  son  application  à  s'en  distinguer. 

M.  Franz  Cumont,  associé  étranger,  communique  à  l'Acadé- 
mie un  disque  de  terre  cuite  et  l'empreinte  d'un  moule  inédit, 
conservé  au  Musée  du  Louvre,  qui  appartiennent  à  une  série 
déjà  assez,  nombreuse  dYeuvres  analogues,  sorties  toutes,  on 
peut  le  démontrer,  d'un  même  atelier  de  Tarente.  Elles  semblent 
dater  du  ne  ou  du  Ier  siècle  avant  notre  ère.  La  surface  de  ces 
disques  esl  surchargée  d'une  quantité  d'animaux  sacrés,  d'attri- 
buts divins  et  d'objets  divers,  dont  la  nature  n'a  pas  toujours 
été  exactement  déterminée.  L'accumulation  des  ligures  qui  les 
décorent  et  le  caractère  de  certaines  d'entre  elles  ne  permettent 
pas  de  douter  du  caractère  magique  de  ces  terres  cuites.  Il  est 
probable  que  ces  disques  étaient  de  faux  miroirs,  et  peut-être 
servaient-ils  aux  opérations  tic  la  «  catoptromancie  »,  un  i^enre 
de  divination  répandu  en  Grèce  comme  en  Orient,  qui  a  conti- 
nué à  être  pratiqué  par  les  specularîi  du  moyen  âge  et  s'est  per- 
pétué jusqu'à  nos  jours. 


COMPTES    RENDUS    DES    SEANCES 


DE 


L'ACADEMIE     DES     INSCRIPTIONS 

ET    BELLES- LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1  9  I  G 

PRÉSIDENCE    DE    M.  MAURICE    CROISET 
SÉANCE  DU  4  AOUT 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 


Le  Puésident  donne  lecture  du  décret  présidentiel  qui  nomme 
M.  Cagnat  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  en  remplacement 
de  M.  Maspero,  décédé. 

M.  Cagnat  prend  place  au  bureau  et  remercie,  dans  les  termes 
suivants,  ses  confrères  de  l'honneur  qu'ils  lui  ont  fait  : 

«  Ma  première  pensée,  en  m'asseyant  à  cette  place  que  je  dois 
à  votre  bienveillance,  est  et  doit  être  pour  celui  qui  l'occupait 
encore  il  y  a  un  mois  et  qui,  subitement,  devant  nous,  s'y  est 
affaissé,  au  milieu  de  quelles  angoisses,  vous  vous  en  souvenez, 
terrassé  par  la  mort.  Ce  que  l'éclat  de  son  nom,  connu,  respecté, 
admiré  dans  tous  les  pays  qui  font  cas  de  la  science  et  qui  sont 
sensibles  au  talent,  apportait  de  lustre  à  notre  Compagnie,  il 
n'est  pas  besoin  de  le  rappeler  :  il  était  l'honneur  de  l'Académie. 
Avec  lui  nous  avons  perdu  plus  qu'un  excellent  confrère,  plus 
qu'un  secrétaire  plein  d'expérience  ;  nous  avons  perdu  propre- 
ment un  de  nos  fleurons. 

«  L'honneur  que  vous  m'avez  fait  en  m'appelanl  à  lui  succé- 
der n'en  est  que  plus  flatteur  et  je  ne  sais  vraiment  comment 
vous  en  exprimer  ma  gratitude;  d'autant  plus  que  vous  avez 
1916  2.j 


346  SÉANGE    DU    i    AOUT    1946 

doublé  le  prix  de  votre  faveur  par  un  accord  qui  m'a  profondé- 
ment touché. 

«  A  cette  insigne  bienveillance  je  ne  puis  mieux  répondre 
qu'en  vous  donnant  l'assurance  de  mon  entier  dévouement.  Je 
vôlis  dois  de  me  consacrer  absolument,  de  toute  ma  bonne 
volonté,  de  toute  ma  volonté,  de  toute  mon  activité,  â  la  mission 
que  vous  n'avez  pas  craint  de  me  confier.  .le  connais  déjà  un 
peu  les  détours  de  cette  maison  ;  je  ne  les  connais  pas  tous 
encore  ;  il  en  est  où  je  n'avais  pas  qualité  pour  pénétrer  et  qu'il 
me  faudra  maintenant  explorer.  Je  compte  les  visiter  en  détail, 
mais  avec  méthode  et  sans  hâte.  Je  vous  demande  donc  de  me 
l'aire  un  peu  crédit  à  cet  égard  ;  je  ne  voudrais  pas  m'exposer  à 
prendre  la  moindre  décision  ou  à  solliciter  votre  avisa  la  légère. 

«  Votre  concours,  mes  chers  Confrères,  me  sera  surtout 
nécessaire  dans  quelques  mois.  Quand  nous  serons  sortis  du 
tumulte  où  nous  nous  débattons  depuis  deux  ans  et  que  le  pays 
reprendra  son  existence  normale,  nous  aurons  à  participer  à  ce 
renouveau.  La  vie  scientifique  à  laquelle  nous  étions  habitués 
avant  la  guerre  ne  sera  plus  de  mise  ;  des  modifications  pro- 
fondes s'imposeront.  Oubliant  la  confiance  si  cruellement  déçue 
et  les  illusions  du  passé,  nous  devrons  modifier  le  système  de  nos 
alliances  historiques  et  philologiques,  resserrer  et  développer  les 
relations  que  nous  entretenons  déjà  avec  nos  amis  ;  prendre, 
d'accord  avec  eux,  des  initiatives  nouvelles;  assurer  a  la  science 
française  la  place  éminente  qu'elle  doit  occuper  dans  ce  con- 
cert d'érudition  :  et,  cela,  malgré  la  disparition  de  tant  de  jeunes, 
qui  étaient  notre  espoir  et  qu'il  sera  impossible  pendant  quelque 
temps  de  remplacer.  On  compte  bien  —  et  plusieurs  des  lettres 
qui  m'ont  été  adressées  à  propos  de  mon  élection  me  le  prouvent 
—  que  notre  Académie  prendra  la  tète  du  mouvement  dans 
l'ordre  d'études  qui  nous  est  dévolu  :  c'est  ce  qu'un  de  mes 
correspondants,  qui  a  d'autant  plus  le  droit  de  parler  qu'il  fait 
noblement  son  devoir  au  front,  appelle  «  la  grande  tâche  de 
demain  ».  Celle  de  votre  secrétaire  en  sera  augmentée,  comme 
aussi  sa  responsabilité.  Voilà  pourquoi,  plus  encore  que  mes 
prédécesseurs,  j'ai  besoin  de  votre  appui.  Permettez-moi  de 
croire  que  je  puis  y  compter  entièrement. 

<(   Quant  à  vous,  mon    cher  Président,  qui  m'avez  si  aimable- 


SÉANCE   DU    4    AOUT    1916  347 

ment  invité  à  m'asseoir  à  vos  côtés,  laissez-moi  vous  dire  bien 
affectueusement  combien  je  suis  heureux  de  commencer  mes 
fonctions  sous  les  auspices  de  l'administrateur  de  notre  cher 
Collège  de  France,  qui,  pour  nous  tous,  vous  le  savez,  est,  avant 
tout,  un  ami.  » 

M.  Antoine  Thomas  entretient  l'Académie  de  quelques  anciens 
noms  de  famille  français  dans  lesquels  entre  le  verbe  naître  et 
qui  ont  été  souvent  altérés  par  des  scribes  ou  des  historiens 
incapables  d'en  comprendre  la  formation.  Il  cite  notamment 
Hautfuné,  c'est-à-dire  «  hautement-fut-né  »,  nom  d'un  évêque 
a  Avranches,  de  1330  à  1358,  que  certains  auteurs  altèrent  en 
Haut  frime  et  même,  chose  incroyable,  en  Austfrien,  forme 
adoptée  par  la  Gallia  chrisliana  ;  Buerfunêe,  c'est-à-dire 
«  heureusement-fut-née»,  nom  d'un  certain  Robert,  bourgeois  de 
Chàteaulandon,  fonctionnaire  zélé  de  Philippe  le  Bel  et  de  ses 
fils,  chargé,  en  1316,  de  garder  au  Château-Gaillard  l'épouse 
adultère  de  Charles  de  France,  plus  tard  Charles  IV,  Jeanne, 
sœur  de  Marguerite  de  Bourgogne  :  beaucoup  d'érudits  modernes 
l'appellent  à  tort  Berfumée. 

Vax  terminant,  M.  Thomas  rappelle  que  le  nom  de  la  ferme  de 
Monacu,  que  les  derniers  communiqués  militaires  nous  ont  rendu 
familier  et  dont  l'aspect  étrange  pique  la  curiosité,  doit  être  un 
nom  de  famille  ou  sobriquet  synonyme  de  «  malheureusement 
né  ».  On  le  trouve  écrit  Malnacu  en  1172,  puis  on  saute  sans 
transition  à  Monacu  en  1733,  Le  Monacu  en  1704.  La  première 
syllabe  représente  l'adverbe  mal  et  devrait  s'écrire  mau,  comme 
dans  maussade.  Le  participe  nacu,  qui  a  servi  de  modèle  à  vécu 
et  a  disparu  del'usage,  est  donc  conservé,  pour  ainsi  dire  à  l'état 
fossile,  dans  ce  nom  de  ferme  dont  l'héroïsme  de  nos  soldats 
immortalisera  le  souvenir. 

M.  J.-B.  Chabot  fait  une  communication  sur  les  inscriptions 

néo-puniques  découvertes  en  1881,  par  M.  Cagnal  dans  les 
ruines  de  Masculula,  aujourd'hui  Henehir  Guergour,  entre  Le 
Kef  et  Chemlou  (Tunisie;.  Plusieurs  des  monuments  originaux 
ont  été  transportés  à  Paris,  mais  aucun  d'eux  n'a  été  publié. 

L'inscription  bilingue,  latine  et  néo-punique,  dont  la  partie 
latine  figure  au  C.  /.  L.  i  VIII),  sous  le  n"  15789,  devrait,  selon 
M.  Chabot,  être  restituée  ainsi  : 


348  LIVRES    OFFERTS 

[P].  I  V  N[IJVS-|  E  G    R   l  Ll 
F.      SÂT[V  R]VS- 
[VI] X  IT.  A///////C-V.  H-  S- 
tSiin   p   [it2^d    irr»]  »Sas 
wom    Djfaiz;]    na[w]  «in 

L;i  restitution  de  l;i  partie  latine  est  contraire  à  ce  que  nous 
savons  sur  la  transmission  des  noms  chez  les  Romains  ;  mais 
celle  anomalie  semble  imposée  par  la  présence  certaine  du  nom 
Egrilius  dans  le  texte  punique. 

Une  dédicace  au  Baal  Adir,  c'est-à-dire  à  Saturne  Auguste, 
est  ainsi  conçue  : 

ms  un  SyaS  na  wxw  iru 
an»  dtddiu?  nsw  TtaaSa  »a*s 

12  EL*  p  N2..1  T3j[aj]a 

"liaaSa,  BLBTR,  pourrait  être  un  cognomen  latin  terminé  en 
tor,  comme  on  le  voit  par  une  inscription  inédite  où  il  est  écrit 
"lNiaa^a.  Le  nom  du  dédicant  est  peut-être  Profugus.  Les  sulïétes 
nommés  ici  sont  les  seuls  magistrats  dont  fassent  mention  les 
inscriptions  jusqu'à  présent  découvertes  à  Masculula. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Omont  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

<<  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie,  au  nom 
de  l'auteur,  M.  A.  Guesnon,  un  mémoire  intitulé:  Un  Collège  inconnu 
des  lions  enfants  d'Arras  à  Paris,  du  XIIIe  au  XVe  siècle  Paris,  1915, 
in-8°,  37  pages,  2  planches  et  1  plan;  extrait  des  Mémoires  de  /;< 
Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France  4915),  I.  XL). 

«  M.  Guesnon,  dont  l'Académie  connaît  et  a  apprécié  de  longue 
date  les  recherches  si  étendues  «vl  si  nouvelles  par  leurs  résultats 
sur  «le  nombreux  points  de  l'histoire  d'Arras  et  des  trouvères  arté- 
siens, a  eu  la  bonne  fortune  de  découvrir  un  nouveau  collège  d  Arras 
à  Paris,  resté  jusqu'ici  inconnu  à  tous  les  historiens  de  l'ancienne 
Université  de   Paris.  C'est  à  la  Bibliothèque  el  aux    Archives  nalio- 


SÉANCE    DU     II     AGIT     1 9  I  (>  340 

nales  qu'il  a  retrouvé  toute  une  série  de  documents  sur  ce  collège. 
Il  a  pu  ainsi  retracer  l'histoire  du  Collège  des  Bons  enfants  d'Arras, 
sis  rue  Charretière,  en  face  du  Collège  de  Coqueret,  depuis  le  milieu 
•  lu  xnr5  siècle  jusqu'à  la  suppression  ou  réunion  des  petits  collèges 
de  l'Université  en  1783.  En  même  temps,  M.  Guesnon  a  déterminé 
l'origine  du  nom  de  Charretière,  porté  par  la  rue  où  se  trouvait  le 
Collège  des  Bons  enfants  d'Arras;  cette  ancienne  rue,  ce  que  n'ont 
pas  reconnu  les  auteurs  de  la  Topographie  historique  du  Vieux- 
Paris,  doit  son  nom  à  Emmeline  Chartier  (Cadrigaria,  le  Quaretiere  . 
que  l'on  voit  figurer  dans  un  acte  de  vente  de  terrains  destinés  au 
nouveau  collège  en  1254.  » 

M.  Salomon  Reinach  offre  à  l'Académie,  au  nom  de  l'auteur,  Sir 
W.  Martin  Conway,  F.  S.  A.,  un  volume  intitulé:  The  Abbey of  Saint 
Denis  and  its  ancient  treasures    Oxford,  lùlii. 


in- 1 


'.<■ 


SÉANCE  DU  11   AOUT 


PRESIDENCE    DE     M.     EDOUARD     CIIWANNES,     ANCIEN     PRESIDENT. 

M.  Salomon  Reinach  cherche  l'origine  d'une  étvmologie 
ancienne  du  nom  de  Lyon,  Lugudunum,  qui  aurait  signifié  Desi- 
deralus  mous  (glossaire  d'Endlicher),  alors  qu'une  étvmologie 
beaucoup  plus  vraisemblable  explique  le  mot  par  Lucidus  nions 
(Héric).  Il  l'ait  observer  que  clair,  en  grec,  se  dit  photeinos, 
tandis  que  désiré  se  dit  potheinos.  Or  Potheinos  est  le  nom 
du  premier  évêque  chrétien  de  Lyon,  saint  Pothin  ;  sous  l'in- 
fluence de  ce  nom  vénéré  et  populaire,  dans  quelque  lexiquegrec 
l'aspiration  se  déplaça  et  Phnleinos  devint  Potheinos,  ce  qui 
implique  le  changement  d'interprétation  :  Moni-désiré  au  lieu 
de  Mont-clair.  Comme  exemple  de  l'influence  d'un  nom  devenu 
célèbre  modifiant  un  nom  plus  obscur,  M.  S.  Reinach  cite 
une  phrase  d'une  correspondance  d'Athènes,  adressée  récem- 
ment à  une  Revue  américaine,  où  on  lit  que  le  roi  de  (livre 
s'est  rendu  à  la  cathédrale  dans  une  calèche  h  lu  Douaumont. 

M.  Dehérain  lit  un   mémoire  de  M.  Louis  Bréhier  sur  l'hagio- 


350  LES    MOSAÏQUES    DP:    I.A    DÉSERTE    A    LYON 

graphie  byzantine    du  vme  et  du  i.ve  siècles  à  Gbnstnntinop!e 

et  dans  les  provinces. 

M.  Gagnât  communique  une  note  de  M.  Fabia,  correspondant 
de  l'Académie,  professeur  à  l'Université  de  Lyon,  sur  les 
mosaïques  superposées  de  la  Déserte  (place  Sathonay  à  Lyon    '. 


COMMUNICATION 


NOTE    SUR    LES    MOSAÏQUES    SUPERPOSÉES    DE    LA    DÉSERTE 

(place   SATHONAY,   A   lyon), 

PAR    M.     PHILIPPE    FABIA,    CORRESPONDANT    DE    l'aCADÉMIE. 

La  planche  LU  d'Artaud2  représente,  à  l'état  fragmen- 
taire, les  trois  mosaïques  superposées  3  qui  furent  exhu- 
mées, il  y  aura  un  siècle  bientôt,  dans  la  partie  du  claus- 
tral de  la  Déserte  où  s'édifiaient  les  premières  maisons  de 
l'actuelle  place  Sathonay.  A  quelle  date  exactement  eut 
lieu  cette  découverte?  Que  sauva-t-on  alors  des  trois  pave- 
ments ?  Que  sont  devenus  depuis  les  morceaux  enlevés  ? 
Des  recherches  toutes  récentes  m'ont  procuré  le  moyen, 
qui  avait  manqué  jusqu'ici,  d'apporter  une  réponse  sûre, 
complète  et  précise  à  ces  trois  questions. 

La  notice  explicative  d'Artaud  '*  fournit  seulement  cette 
donnée  chronologique  :  la  découverte  fut  postérieure  à  une 
autre,  faite  dans  le  même  endroit  le  15  juin  et  que  Flache- 

1.  Voir  ci-après. 

2.  Mosaïques  de  Lyon  et  des  départemens  méridionaux  de  la  France 
(Lyon,  183o). 

3.  La  plus  ancienne  et  la  plus  récente  sont  décrites  par  Adrien  Blan- 
chet,  Inventaire  des  mosaïques  de  la  Gaule,  I.  n°"  731  et  73(i.  Pour  la  des- 
cription de  l'intermédiaire  qu'il  a  confondue  n°  7331  avec  une  mosaïque 
voisine  (n°  733  ,  voir  Journal  des  Savants,  1916,  p.  27  1  et  321. 

4.  Histoire  abrégée  de  la  peinture  en  mosaïque  Lyon.  ls35  ,  p.  lue  cl 
sui  v, 


LES    MOSAÏQUES    DE    LA    DÉSERTE     A    LYON  351 

ron,  l'inventeur,  aurait  communiquée  à  l'Académie  de  Lyon 
le  11  juillet  1830.  D'où  l'assertion  de  Steyert {  reproduite 
par  M.  Adrien  Blanchet  dans  1  Inventaire  des  mosaïques  de 
la  Gaule"  :  «  vers  1830  ».  Or,  vérification  faite  sur  le  manu- 
scrit d'Artaud3,  1830  est  une  faute  d'impression  pour  1820. 
L'auteur  du  Catalogue  sommaire  des  Musées  de  Lyon  le 
savait  sans  doute,  puisqu'il  a  daté  4,  inexactement  d'ailleurs, 
la  découverte  qui  nous  occupe  de  1820.  J'ai  pu  en  outre 
réassurer  directement  que  la  communication  de  Flacheron  5, 
citée  par  Artaud,  est  bien  du  11  juillet  1820.  Quant  à 
l'exacte  vérité,  je  l'ai  trouvée  aux  Archives  municipales G,  du 
moins  en  ce  qui  concerne  les  deux  mosaïques  inférieures. 
Le  1 7  juillet  1823,  le  maire  de  Lyon,  baron  Rambaud, 
convient  avec  les  marbriers  Bernard  et  Jamey  d'un  prix 
forfaitaire  de  400  francs  pour  l'enlèvement,  selon  les  pro- 
cédés de  Belloni,  et  le  transport  au  Musée  d'une  partie  de 
mosaïque  «  qui  vient  d'être  découverte  en  fouillant  l'empla- 
cement vendu  par  la  ville  de  Lyon  aux  sieurs  Godiot  et 
Giraudon  '  dans  l'ancien  claustral  de  la  Déserte  ».  Le  cro- 
quis annexé  au  compromis  ne  laisse  aucun  doute  sur  l'iden- 
tité du  pavement  :  c'est  la  mosaïque  intermédiaire.  La  sur- 
face portée  au  devis  estimatif  est  de  5m  8.  Le  29  août, 
Artaud  informe  le  baron  Rambaud  que  Giraudon  et  Godiot 
viennent  de  mettre  à  découvert  la  troisième  et  dernière 
mosaïque   et  que   le  pavé  mérite  d'être  enlevé  avec  soin 8. 

1.  Nouvelle  histoire  île  Lyon    Lyon.  L895  .  I.  276. 

2.  Ouvrage  cité,  n°j734. 

3.  Bibliothèque  de  l'Académie  de  Lyon,  M  H«i,  p.  79. 
i.    1887,  p.  133,  ir    12  et  13=  1899,  p.  206,  n°5  14  et  15. 

5.  Bibl.  de  l'Acad.  de  Lyon,  M  139,  fol.  L83-184. 

6.  Série  H-,  Musées.  Acquisitions,  recherches  archéologiques,  travaux, 
collections. 

7.  Cet  emplacement  est  celui  sur  lequel  a  été  édifiée  la  maison  qui  porte 
le  n0  3  :  cf.  Vermorel  Noies  manuscrites  pour  servir  à  son  ouvrage  sur  la 
topographie  et  la  statistique  de  Lvun.  p.  2  1-»,  aux  Arch.  munie.  .  Steyert, 
ouvr.  cité,  le  l'ait  correspondre  aussi  au  n   .'>    maison  Raymond  . 

s.  <X  Artaud,  .Xotes  manuscrites,  vol.  I,  fol.  I  '>'  Bibl.  de  l'Acad.  de 
Lyon,  M  LOI 


352  LES    MOSAÏQUES    DE    LA    DÉSERTE    A    LTOW 

Le  •'{()  août,  le  maire  et  les  marbriers  traitent  au  prix  de 
550  francs  pour  l'enlèvement  et  le  transport  des  parties 
ci-après  désignées  :  tête  de  Bacchus,  tète  de  Cérès,  trois 
rosaces  et  trente  pieds  de  bordure,  dont  l'assemblage  l'ait 
une  mosaïque  de  sept  pieds  sur  toutes  les  faces. 

En  même  temps  que  sur  les  dates,  ces  documents  nous 
renseignent  sur  la  nature  et  l'étendue  des  fragments  sau- 
vés. Dans  la  notice  d'Artaud,  la  conservation  de  la  mosaïque 
intermédiaire  n'est  pas  mentionnée  du  tout;  quant  à  celle 
de  la  mosaïque  la  [dus  ancienne,  il  ne  mentionne  que  «  les 
images  de  Bacchus  et  de  Yertumne  ».  «  Cette  mosaïque 
avant  été  abandonnée,  nous  avons  recueilli  pour  le  Musée 
ces  deux  portraits  grands  comme  nature  '.  »  De  la  mosaïque 
la  plus  récente,  il  ne  semble  pas  qu'on  ait  songé  à  rien 
sauver,  bien  que  Steyert2  affirme  que  les  débris  des  trois 
pavements  avaient  été  «  réservés  pour  le  Musée  ». 

Le  même  auteur  ajoute,  parlant  de  la  plus  ancienne 
mosaïque,  qu'elle  ne  figure  dans  aucune  des  salles  du 
Palais  des  Arts.  Son  livre  étant  de  1895,  il  se  trompe  : 
cela  n'était  vrai  qu'avant  1868,  nous  allons  le  voir.  Le 
Catalogue  sommaire  aurait  pu  lui  apprendre  que  les  bustes 
de  l'Eté  i Cérès)  et  de  l'Automne  Bacchus)  sont  dans  le 
vestibule  des  Antiques.  Mais  il  ne  lui  aurait  appris  ni  qu'ils 
n'y  représentent  point  seuls  les  mosaïques  en  question,  ni 
qu'il  en  existe  ailleurs,  hors  du  Musée,  un  autre  fragment,  ni 
certains  détails  curieux  de  leur  histoire  entre  le  temps  où 
ces  débris  quittèrent  le  terrain  de  la  Déserte  et  celui  où  ils 
reçurent  la  place  qu'ils  occupent  aujourd'hui.  Je  dois  la 
connaissance  de  ces  détails  inédits  aux  archives  munici- 
pales3, au  registre  du  conseil  de  fabrique  d'Ainay 4,  au 
témoijmaye  oral  du  maître  mosaïste  Claudius  Mora. 

1.  Dans  Lyon  souterrain  Lyon,  18ifi  .  p.  97,  note  i.  Artaud  dit  vague- 
ment :  a  De  grands  panneaux  de  ces  pavés  précieux  mit  été  recueillis  avec 
soin  et  sont  conservés  dans  les  dépôts  du  Musée.  » 

2.  Passage  cité. 

3.  Même  série. 

«.  J'ai  en  connaissance  de   ce   registre  grâce  à  mon  savant  ami,  le  doc- 


LES    MOSAÏQUES    DK    LA    DÉSERTE    A    LYON  3S3 

La  présence  aux  dépôts  des  fragments  recueillis  à  la 
Déserte  est  constatée  dans  un  récolement  d'inventaire,  signé 
le  11  juillet  1831,  et  ils  comptaient  sans  doute  parmi  les 
pièces  transférées  du  premier  étage  au  rez-de-chaussée  en 
1834.  Aune  date  que  je  ne  puis  fixer,  après  1840  et  avant 
1850,  Gomarmond,  successeur  d'Artaud,  lit  transporter 
pour  réparations  tous  les  grands  morceaux  de  mosaïque 
rassemblés  dans  les  dépôts  chez  un  marbrier  de  la  rue 
Sainte-Hélène,  le  nommé  Baratta,  en  qui,  fort  légèrement, 
il  avait  mis  sa  confiance.  Ils  y  séjournèrent  longtemps  et 
ne  rentrèrent  pas  tous  au  Musée.  Baratta  négligeait  parfois 
de  distinguer  ce  qui  était  chez  lui  de  ce  qui  était  à  lui.  Il 
essaya  de  vendre  le  panneau  de  Cérès  à  son  voisin,  le 
mosaïste  Edouard  Mora.  Il  le  vendit  avec  une  des  trois 
rosaces  au  curé  d'Ainay,  l'abbé  Boné  ;  voici  à  quelle  occa- 
sion. En  octobre  1850,  dans  une  cour  de  l'Hospice  des 
jeunes  filles  incurables,  situé  entre  cette  église  et  la  rue 
Jarente,  on  exhuma  une  mosaïque  fragmentaire,  qui  fut 
offerte  à  la  ville1,  mais  que  Comarmond  ne  jugea  pas 
digne  du  Musée.  Il  écrivit  au  maire  que  le  curé  d'Ainay 
voulait  la  faire  placer  «  comme  devant  d'autel  »  dans  la 
chapelle  de  la  Vierge  et  qu'il  lui  paraissait  bon  de  «  l'en- 
tretenir dans  cette  pensée2».  La  pensée  se  réalisa.  La 
mosaïque  des  Incurables  servit  à  paver  le  chœur  dans  la 
chapelle  de  la  Vierge  consacrée  par  le  cardinal  de  Bonald, 
après  réfection,  le  8  décembre  1851  3.  Seulement,  elle   ne 


teur  Birot,  qui  a  fait  de  l'archéologie  d'Ainay  sa  province.  Il  a  pour  titre  : 
Procès-verbaux  du  Conseil  de  fabrique,  1S03-18S6.  Le  procès-verbal  de  la 
séance  du  13  juin  1868  contient  le  texte  d'une  lettre  en  date  du  11  mais 
dans  laquelle  Martin-Daussigny  expose  les  données  de  son  enquête.  Vient 
ensuite  la  délibération  par  laquelle  il  est  t'ait  droit  à  sa  demande. 

1.  Arch.  munie,  même  série  :  lettre  de  M""  Garnier-Aynard  au  maire  «le 
Lyon,  "  octobre  L850. 

2.  Ibid.  ;  lettre  de  Comarmond  au  même,  I  I  octobre  Is.Vi.  Cette  mosaïque 
manque  dans  {'Inventaire  de  M.  Adrien  Blanche  t. 

3.  Procès-verbaux  du  Conseil  de  fabrique, k  cette  date. 


354  r.KS    MOSAÏQUES    DE    LA    DÉSERTE    A    LYON 

comportait  que  six  panneaux  1  et,  pour  entourer  les  trois 
côtés  libres  de  l'autel,  il  en  fallait  neuf.  La  tête  de  Gérés 
et  la  rosace  vendues  par  Baratta  comblèrent  les  deux  tiers 
de  cette  lacune.  Gérés  eut  la  place  d'honneur,  devant  le 
tabernacle  ;  la  rosace  fut  posée  à  droite  de  l'autel,  là  où 
elle  est  encore 2.  Une  autre  rosace  pareille,  fabriquée  de 
toutes  pièces,  lui  lit  pendant  à  gauche.  Un  détail  révèle 
d'emblée  la  contrefaçon  :  les  deux  rosaces  ont  un  double 
cadre  de  torsade  ;  mais  dans  la  rosace  moderne  le  cadre 
extérieur  est  continu,  comme  le  cadre  intérieur  ;  dans  la 
rosace  antique  il  est  discontinu  à  deux  angles,  parce  qu'il 
se  compose  simplement  des  tronçons  de  la  grecque  où  s'en- 
castraient tous  les  panneaux  de  la  mosaïque  primitive  3. 

Lorsque  Martin-Daussigny  eut  à  faire  vider  les  dépôts, 
en  1863,  il  constata  la  double  disparition  qui  avait  échappé 
à  l'insouciance  de  son  prédécesseur;  mais,  en  1868  seule- 
ment, lorsqu'il  combinait  la  décoration  composite  du  ves- 
tibule des  Antiques  et  regrettait  tout  haut  l'absence  de  la 
Gérés  qui  aurait  fait  si  heureusement  vis-à-vis  au  Bacchus, 
il  apprit  par  le  mosaïste  Claudius  Mora,  qui  tenait  la  chose 
de  son  père,  où  se  trouvaient  les  deux  panneaux  man- 
quants. Le  conseil  paroissial  d'Ainay,  mis  au  courant  des 
faits,  s'empressa  de  restituer  la  Cérès  que  le  conservateur 
réclamait  seule  et  qu'il  offrait  de  remplacer,  aux  frais  du 
Musée,  «  par   un  médaillon   de  mosaïque  antique  plus  en 

1.  Comarmond  :  «  Il  n'existe  que  six  caissons,  dont  quatre  assez  bien 
conservés.  » 

2.  En  mauvais  état.  Si  on  ne  la  répare  bientôt,  elle  sera  perdue  dans 
quelques  années. 

3.  «  Le  pavé  du  sanctuaire  de  la  chapelle  est  une  mosaïque  imitée  de  l'an- 
tique et  faite  d'après  le  dessin  de  fragments  trouvés  dans  le  local  de  l'hos- 
pice des  Incurables...  Néanmoins  les  artistes  peuvent  y  admirer  une  tète 
de  Gérés  en  mosaïque  découverte  à  Vienne  et  que  M.  le  curé  a  l'ait  placer 
dans  la  partie  qui  correspond  avec  le  milieu  de  l'autel.  Singulier  rappro- 
chement !  »  (Abbé  J.  Roux,  La  Vierge  d'Ainay,  dans  la  Revue  du  Lyonnais, 
n.  s., 2  (1850),  p.  438).  La  première  phrase  contient  une  grosse  exagération, 
la  seconde  une  erreur  causée  sans  doute  par  un  mensonge  de  Baratta 


LES    MOSAÏQUES    DE    LA    DÉSERTE    A    LYON  355 

harmonie  avec  la  sainteté  du  lieu  qu'une  divinité  païenne  ». 
Ce  médaillon  est  une  rosace  à  deux  cadres,  l'intérieur  en 
torsade,  l'extérieur  en  chapelet  de  triangles  ou  têtes  de  dia- 
mant. Je  crois  pouvoir  l'identifier  avec  un  caisson  de  la 
mosaïque  figurée  sur  la  planche  X  d'Artaud  et  trouvée  un 
peu  avant  1809  dans  le  quartier  d'Ainay,  vers  l'angle  sud- 
est  des  rues  d'Auvergne  et  de  Jarente  '.  Elle  passait  jus- 
qu'ici pour  entièrement  perdue  et  Artaud  n'en  signale  point 
la  conservation  partielle  ;  mais  le  groupe  de  trois  dont  elle 
faisait  partie  avait  retenu  son  attention,  et  il  caressa  quelque 
temps  l'espoir  d'acquérir  pour  le  Musée  la  principale,  celle 
de  Méléagre  et  Atalante  '-'. 

Aujourd'hui  donc,  comme  autrefois  dans  le  pavement  de 
la  Déserte,  Cérès  ou  l'Eté  regarde  vers  Bacchus  ou  l'Au- 
tomne dans  le  vestibule  des  Antiques,  à  mi-hauteur  de  la 
paroi  qui  confronte  la  porte  d'entrée.  Mais,  au  lieu  qu'ils 
s'encastraient  jadis  dans  la  torsade  de  la  grecque,  ils 
ont  maintenant  l'un  et  l'autre  un  cadre  continu  de  torsade, 
qu'ils  doivent  à  quelque  Baratta.  Les  deux  rosaces  que 
celui  de  la  rue  Sainte-Hélène  n'a  point  vendues  se  voient 
dans  la  frise  de  la  même  paroi,  à  droite  et  à  gauche  du  beau 
lion,  encadré  d'un  double  filet  octogonal,  qui  en  occupe  le 
centre.  Ce  lion  appartenait  à  la  mosaïque  d'Orphée3  dont 
les  quarante-quatre  animaux  furent,  en  1823,  réduits  à 
douze.  La  mosaïque  intermédiaire  de  la   Déserte  a   fourni 

J.  Adrien  Hlanchet,  Inventaire,  n°  721.  Cf.  Journal  des  Savants,  1916, 
p.  277. 

2.  Artaud,  Histoire  de  lu  peinture  en  mosaïque, p.  67:  Xotes  manu- 
scrites, vol.  3,  fol.  518  (Biblioth.  de  l'Acad.  de  Lyon,  M  201,;  Areh.  mini., 
série  citée,  lettre  au  baron  Rambaud,  l"mars  1822.  Elle  porte  le  n "  720 
dans  l'Inventaire  ;  la  troisième  du  groupe  était  le  n°  723. 

3.  Georges  Lafaye,  Inventaire  des  mosaïques  de  la  Gaule,  I,  n°  201  = 
n°  2  12.  J'ai  déjà  signalé  l'identité  de  ces  deux  numéros  (Revue  des  Études 
anciennes,  L916,  p.  191).  Je  la  démontrerai  bientôt  de  façon  explicite  et 
prouverai  alors  que,  pour  le  nombre  des  animaux,  il  faut  donner  raison  à 
la  planche  LVIII  d'Artaud  et  à  sa  notice  explicative  contre  d'autres  témoi- 
gnages 


356  LIVRES    OFFERTS 

tout  le  soubassement  de  cette  paroi  et  la  moitié  du  soubas- 
sement de  la  paroi  opposée.  La  double  ligne  de  postes  qui 
lui  servait  de  cadre  a  été  scindée  :  une  ligne  simple  cou- 
ronne le  soubassement  de  la  première  paroi,  l'autre  borde 
la  Table  de  Claude. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Pottier  présente  le  52e  fascicule  du  Dictionnaire  des  antiquités 
qui  termine  à  peu  près  la  lettre  V,  et  il  annonce  que  la  prochaine 
livraison  contiendra,  avec  les  Tables  des  matières,  la  fin  du  grand 
ouvrage  d'Edmond  Saglio.  Il  remercie  ceux  de  ses  confrères  qui  ont 
collaboré  au  présent  fascicule  et  signale  parmi  les  notices  les  plus 
importantes  celles  de  M.  Grenier  sur  Viens  el  Villa  cette  dernière 
complétée  par  M.  G.  Lafaye  .  de  M.  Jardé  sur  Vinum,  de  M.  Morin- 
Jean  sur  Vitrum,  de  M.  Graillot  sur  Victoria.  Ou  peut  se  féliciter 
que,  malgré  les  circonstances  difficiles  el  l'absence  de  nombreux 
collaborateurs,  l'achèvement  rie  la  publication  se  poursuive  sans 
obstacle  insurmontable.  L'aide  de  M.  G.  Lafaye  et  de  M.  V.  Chapot, 
pour  combler  les  lacunes  existantes,  a  été  fort  précieuse. 

M.  Paul  Gmvitii  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

(i  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  au  nom  de  l'auteur,  M.  Cons- 
tantin Rados,  une  brochure  (Athènes,  11116)  consacrée  à  Nicolas 
Tsesmélis,  c'est-à-dire  natif  de  Tchesmé,  cette  petite  ville  turque 
d'Asie  Mineure  dont  les  remparts  crénelés  s'aperçoivent  de  la  côte 
opposée  de  l'île  de  Chic.  C'est  une  curieuse  figure  de  condottiere 
hellène  de  la  tin  du  xvme  siècle  et  des  premières  années  du  xix*1. 
Après  avoir  été,  pendant  sept  ans.  amiral  de  Mourad-Bey,  qui  tenait 
alors  l'Egypte  avec  ses  Mamelouks,  il  entra,  sous  le  nom  de  Papazo- 
glous,  qui  rappelait  son  origine  chrétienne,  au  service  de  Bonaparte 
et  contribua  grandement  à  organiser  la  «  Légion  grecque  ».  formée 
de  trois  bataillons  cantonnés  au  Caire,  à  Rosette  et  à  Damietle.  Ce 
personnage,  dont  la  vie  aventureuse  est  agréablement  contée  dans 
une  langue  malheureusement  peu  accessible  aux  lecteurs  occiden- 
taux, puisque  c'est  le  grec  moderne,  a  vivement  intéressé  M.  Rados, 
qui  prend  plaisir  à  le  suivre  partout  où  l'ont  appelé  les  circonstances, 
en  France,  on  nous  le  trouvons  à  la  tête  des   •  (masseurs  d'Orient  », 


SÉANCE    bl     18    AOUT    I9i6  357 

en  Dalmatie,  en  Épire,  ailleurs  encore.  Son  biographe,  aussi  familier 
avec  l'antiquité  qu'avec  les  temps  modernes,  et  dont  je  vous  présen- 
tais, l'an  dernier,  le  beau  livre  sur  la  Bataille  de  Salamine,  le 
comparerait  volontiers  à  Cléarque,  l'ami  de  Xénophon,  el  l'un  des 
chefs  de  mercenaires  les  plus  en  vue  parmi  ceux  qui  figuraient 
dans  l'armée  de  Cyrus  le  Jeune.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  appartient  à 
cette  phalange  de  héros  dont  l'esprit  d'initiative  et  l'audace  rendirent 
possible  la  guerre  pour  l'indépendance  de  la  nation  hellénique.  On 
comprend  qu'un  Hellène  ait  été  séduit  par  l'idée  de  le  tirer  de  l'obs- 
curité relative  qui  enveloppait  sa  personne  et  jusqu'à  son  nom.  En 
même  temps,  la  courte  étude,  très  documentée,  de  M.  Hados  éclaire 
d'un  jour  nouveau  l'histoire  d'une  institution  assez  mal  connue  :  ce 
qu'on  pourrait  appeler,  comme  il  le  dit  lui-même,  les  «  troupes 
grecques  >•  de  Napoléon.  » 


SEANCE  DU  18  AOUT 


PRESIDENCE    DE    M.    EDOUARD    CIIAVANNES,     ANCIEN    PRESIDENT. 

M.  Salomon  Reinach  étudie  les  contributions  du  philosophe 
Panaelius  à  la  critique  littéraire,  et  essaie  de  montrer  qu'on  lui 
a  attribué  des  bévues  qu'il  n'a  pas  commises,  telles  que  la  néga- 
tion de  l'authenticité  du  Phédon  de  Platon  et  l'assertion  qu'un 
passage  d'Aristophane  où  Socrate  est  nommé  ne  se  rapporterait 
pas  à  ce  philosophe. 

MM.  Alfred  Croiset  et  Théodore  Reinach  présentent  quelques 
observations. 

M.  Dehérain  continue  la  lecture  du  travail  de  M.  Louis 
Bréhier  sur  l'hagiographie  byzantine  des  vin1'  et   ix';  siècles. 


358 

SÉANCE    DU    25    AOUT 


Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  d'une  lettre  qu'il  a 
reçue  de  M.  Lantier,  membre  de  l'Ecole  des  Hautes  Études  his- 
paniques à  Madrid  : 

«  Sous  ce  pli,  je  vous  envoie  le  calque  d'une  inscription  latine 
qui  m'a  été  communiquée  par  M.  l'abbé  H.  Breuil.  Elle  pro- 
vient de  Galera,  petite  ville  de  la  province  de  Grenade,  entre 
Cullar  de  Baza  et  Huescar.  La  ville,  qui  fut  le  dernier  centre  de 
résistance  des  Maurisques,  est  située  sur  un  cerro  dominant  une 
plaine  fertile  et  irriguée.  Le  texte  qui  nous  occupe  a  été  décou- 
vert cet  été  par  des  »  chercheurs  de  trésors  »,  dans  une  sorte 
d'édiculé  à  colonnes.  Il  est  gravé  sur  une  base  de  calcaire. 

«  Pierre  calcaire  deOm  60  X0m  45;  les  lettres  mesurent  0m  05 
pour  les  5  premières  lignes  et  0m03  pour  la  dernière. 

D  I  V  A  E     IVLIAE 
AVG   A/I  AE       D  N 
IMP-    M • N R •  SEVE 

Ri    1 1  II  I  llll I  llll 

PII    FEL  AVG 

RES-      P.      TVTVC 

Divae  liiliae  AugÇuslae),  aviae  d(omini)  u(ostri)  lmp(eratoris) 
M(arci)  AurÇeli)  Scveri  [Alexamlri]  PU  Fel(icïs)  .Au(gustt)  res 
p(jtblica)  TutucÇiiand). 

«  Une  inscription  de  la  même  ville  (C.  /.  L.,  II,  3406)  porte, 
d'après  ceux  qui  l'ont  copiée,  les  mots  RES  P-  TYATVC.  Le  texte 
que  je  vous  communique  étant  en  très  bon  état  de  conservation 
et  sans  cassure,  je  pense  que  la  véritable  lecture  de  celui  qui  était 
déjà  connu  doit  être  :  RES  P-  TVTVC,  c'est-à-dire  Tuluc  itnna). 

«  Julia  Maesa  est  qualifiée  ici  de  Diva. 

«  L'inscription  est  postérieure  à  l'avènement  de  Sévère  Alexan- 
dre (222)  et  antérieure  à   la  mort  de  Julia  Maesa    223  .  » 


LES    FOUILLES    DE    VOLUBILIS  359 

M.  Louis  Châtelain  expose  les  résultats  des  fouilles  qu'il 
dirige  à  Volubilis  (Maroc)  par  ordre  de  M.  le  général  Lyautey  '. 

M.  Guq  présente  quelques  observations. 

M.  Dehérain  termine  la  lecture  de  l'étude  de  M.  Louis  Bréhier 
sur  l'hagiographie  byzantine  des  vme  et  ixe  siècles  à  Gonstanti- 
nople  et  dans  les  provinces. 


COMMUNICATION 


NOTE    SLR    LES    FOUILLES    DE    VOLUBILIS    (MAROC) , 

PAR    M.     LOUIS    CHATELAIN. 

ANCIEN    MEMBRE    DE    LÉCOLE    DE    ROME. 

Les  fouilles  entreprises  à  Volubilis,  en  mai  1 9 1  o ,  par 
ordre  de  M.  le  Commissaire  Résident  général,  resteront 
l'un  des  exemples  les  plus  caractéristiques  de  la  profonde 
habileté  politique  du  général  Lyautey  :  il  importait  au  plus 
haut  point  de  montrer  aux  indigènes  que  la  France  est  un 
pays  fort  et  qu'elle  est  capable,  en  dépit  du  devoir  sacré  de 
la  défense  de  son  sol,  de  poursuivre  tout  un  programme  de 
réalisations  pacifiques  -'. 

Ces  fouilles  présentent  un  grand  intérêt  archéologique,  et 
l'Académie  a  bien  voulu,  sur  la  proposition  d'un  de  ses 
membres  les  plus  éminents,  M.  Marcel  Dieulafoy,  coopérer 
à  ces  travaux  par  une  subvention  "'  :  j'ai  l'honneur  de  rendre 
compte  à  1  Académie  des  principaux  résultats  obtenus  '. 

1 .   Voir  ci-après  . 

•J.  Cf.  L.  Châtelain,  Les  fouilles:  de  Volobilis  à  l'Exposition  de  Casa- 
blanca Journal  <Iex  Savants,  L916,  p,  36-38  . 

3.  Comptes  rendus  des  séances  de  l'année  1915,  p.  125. 

i.  Cf.  L.  Châtelain,  Inscriptions  de  Volubilis  Bulletin  archéologique, 
novembre  1915  :        Les  fouilles  de   Volubilis    ibid.,  février  1916  . 


360  LES    FOUILLES    DE    VOL1  BILIS 

Les  ruines  de  Volubilis,  visitées  par  A\  indus  en  17211, 
explorées   par  Tissot  en  1 87 i  -  et  par  M.  de  La  Martinière 

de  1888  à  1890  !,  occupent  un  plateau  d'environ  90(1  mètres 
de  long  sur  300  mètres  de  large  \  Elles  sont  situées  à 
27  kilomètres  au  Nord  de  Meknès,  à  65  kilomètres  à  l'Ouest 
de  Fez,  dans  la  fertile  et  riante  région  du  Zerhoun,  dont 
le  principal  centre  indigène  est  la  petite  ville  de  Moulav- 
Idriss.  Cette  ville  est  le  sanctuaire  le  plus  vénéré  du  Maroc  ; 
elle  abrite  une  nombreuse  population  de  chorfa  qui,  naguère 
encore,  ne  laissait  pénétrer  dans  ses  murs  aucun  Européen  5. 
Les  travaux  organisés  par  le  lieutenant-colonel  Bouin, 
continués  par  le  capitaine  Ilénissart  et  par  moi,  sont  exé- 
cutés aux  frais  du  Service  marocain  des  «  Antiquités, 
Beaux-Arts  et  Monuments  historiques  ».  Ce  service  est 
dirigé  par  un  artiste  d'un  goût  des  plus  délicats,  M.  Tran- 
chant de  Lunel.  architecte-conseil  du  Protectorat. 


* 
*   * 


Lorsque  les  fouilles  commencèrent,  on  ne  connaissait 
que  deux  grands  monuments  :  au  Nord  du  plateau,  un  arc 
de  triomphe;  au  centre,  une  basilique.  Tissot,  par  une 
reconstitution  vraie  dans  son  ensemble,  reconnut  que  les 
fragments  épigraphiques  épars  auprès  de  l'arc  se  rappor- 
taient à  Caracalla,  et  M.  de  La  Martinière,  non  sans  vrai- 
semblance, identilia  la  basilique  avec  le  «  temple  aux  por- 
tiques »  mentionné  sur  une  inscription  du  règne  d'Antonin. 

1.  A  Journei)  lo  Mequinez  [by  John  Windus].  London,  J.  Tonson.  1725, 
in-8\  Voir  p.  87-SS  et  planche  de  la  p.  88. 

2.  Recherches  sur  la  f/ëoyraphie  comparée  de  la  Mnurétanie  linyitane 
(Mém.  de  VAcad.,  t.  IX,  1877,  et  tirage  à  part,  p.  147-156). 

.'?.  Voir  Besnier.  Archives  marocaines,  t.  I.  p.  371,  n.  1,  et  la  lettre  de 
M.  de  La  Martinière  à  M.  Gagnât  dans  le  Journal  des  Savants  de  1912, 
p.  34-41. 

1.  Service  géographique  de  l'armée,  carte  au  1/100.000,  feuilles  de  Meknès- 
Sud-Est  et  de  Fés  Sud-Ouest. 

5.  Cf.  Doulté.  En  tribu, p.  120. 


LES    FOUILLES    DE    VOLUBILIS  361 

J'ajoute  que  M.  de  La  Martinière  avait  également  signalé  à 
l'attention  des  archéologues,  -  -  outre  une  soixantaine  d'in- 
scriptions publiées  soit  par  M.  Héron  de  Villefosse,  soit  par 
M.  Cagnat  ',  —  un  mur  d'enceinte  et  différents  vestiges  de 
grands  édifices. 

Le  déblaiement  complet  de  l'arc  de  triomphe  '-1  et  de  la 
basilique  permit  d'explorer  méthodiquement  les  abords  de 
ces  deux  monuments.  A  l'Ouest  de  la  basilique  apparaît 
maintenant  le  forum,  avec  la  plupart  des  inscriptions  iné- 
dites exhumées  au  cours  de  la  présente  campagne 3  ;  tout 
récemment,  M.  Cuq,  pour  le  plus  grand  honneur  des  fouilles 
de  Volubilis,  a  entretenu  l'Académie  de  l'intérêt  que  pré- 
sente, du  point  de  vue  juridique,  l'inscription  de  Sévérus4. 
Cette  inscription,  qui  fait  remonter  au  milieu  du  1e1'  siècle 
de  notre  ère  la  splendeur  de  Volubilis,  a  été  trouvée  au 
centre  du  forum  '. 

Au  Sud  de  cette  place,  on  remarque  une  plate-forme  qui 
peut  avoir  été  la  tribune  aux.  harangues,  les  restes  d'un 
édifice  en  briques  et  une  petite  piscine,  enfin  un  escalier  de 
cinq  marches  par  lequel  on  accédait  au  forum. 

A  l'Ouest,  en  contrebas  du  dallage  du  forum  et  bordées 
par  un  couloir,  trois  grandes  pièces,  probablement  des  bou- 
tiques. 

Au  Nord,  les  travaux  continuent  et  le  chantier  qui  les 
poursuit  rencontrera  celui  qui  a  pris  son  point  de  départ  au 
Sud  de  l'arc  de  triomphe. 


1.  Cf.  C.  /.  /...  t.  VIII,  p.  v>:>.  976,  2072,  el  Besnier,  Archives  marocaines, 
I.  1.  p.  37  I .  en  noir. 

2.  Sur  L'inscription  de  l'arc  de  triomphe,  ci'.  I..  Châtelain,  Bulletin  de  lu 
Société  des  antiquaires  de  France,  1915,  p.  260-269. 

■';.  Cf.  L.  Châtelain,  Inscriptions  de  Volubilis,  dans  le  Bulletin  archéolo- 
gique île  lui:,,  •-(miic.'  'lu  :>  novembre. 

4.  Comptes  rendus  de  1916,  séance  du  .',  juin. 

à.  Cf.  !..  Châtelain,  Inscription  relative  à  In  révolte  d'Aedemon,  danv  les 
Comptes  rendus  île  1915,  p.  394-399. 

1916  24 


:»(i2  i  i.s   fouilles    DE   VOLUBILIS 


Les  constructions  exhumées  à  l'Est  de  la  basilique,  ou 
«  temple  aux  portiques  ».  ne  sont  pas  moins  intéressantes, 
mais  il  ne  semble  pas  possible,  à  l'heure  actuelle,  d'en  fixer 
La  destination.  Tout  ce  qu'on  peut  affirmer,  c'est  qu'on  ren- 
contre ici  la  présence  de  quatre  époques  bien  distinctes. 
On  observe,  en  effet  : 

1°  Un  mur  de  grand  appareil,  d'un  excellent  agencement. 
qui  s'étend  du  Nord  au  Sud  et  qui  présente,  vers  l'Est, 
deux  redans  inégaux  ; 

Deux  restes  d'absides  tournés  vers  l'Est; 

D'autres  traces  de  murs  de  la  même  époque.  Cet  ensemble 
doit  être  contemporain  de  Sévérus,  c'est-à-dire  du  milieu 
du  Ier  siècle  de  notre  ère  ; 

2°  La  basilique,  indépendante  des  constructions  précé- 
dentes et  postérieure  à  celles-ci  d'un  siècle  environ,  puis- 
qu'elle date  de  l'époque  d'Antonin  le  Pieux  ou,  plus  exac- 
tement, de  l'année  158  de  notre  ère; 

3°  Un  mur  parallèle  à  l'extrémité  orientale  de  la  basi- 
lique et  plusieurs  salles  au  Sud; 

i°  Des  matériaux  de  très  basse  époque  :  ces  derniers 
forment,  à  l'Est  de  la  partie  septentrionale  de  la  basilique, 
plusieurs  pièces  dont  l'une  enclavait  le  mur  d'époque  inter- 
médiaire signalé  au  paragraphe  3. 

En  continuant  vers  l'Est,  on  arrive  au  bord  du  plateau  et 
Ton  découvre  une  voie  dallée,  d'une  bonne  conservation. 

Enfin,  tout  au  Sud  du  plateau,  l'établissement  d'une  voie 
d'accès  branchée  sur  la  piste  de  Moulay-Idriss  à  Sidi 
Ivassem  a  mis  au  jour  une  huilerie  et  un  important  tron- 
çon de  voie.  L'huilerie,  —  ou  quelque  maison  d'habitation 
assez  vaste  et  pourvue  d'un  torcularium,  —  possède  un 
pressoir  dont  Varea  et  les  cuves  sont  merveilleusement 
conservées. 


LES    FOUILLES    DE    VOLUBILIS  363 

Quant  au  tronçon  de  voie,  il  est  maintenant  dégagé  sur 
une  longueur  de  180  mètres  et  l'on  en  suit  le  parcours 
jusque  vers  les  constructions  situées  à  l'Est  de  la  basilique  : 
à  cet  endroit,  après  une  interruption  d'une  cinquantaine  de 
mètres,  apparaît  la  voie  dallée  que  j'ai  signalée  plus  haut. 


Je  reviens  au  chantier  qui  a  pris  son  point  de  départ  au 
Sud  de  l'arc  de  triomphe.  Le  monument  découvert  à  cet 
endroit  est,  à  vrai  dire,  avec  lare  de  triomphe  et  la  basi- 
lique, le  seul  édifice  dont  on  puisse  dès  maintenant  four- 
nir une  étude  quelque  peu  détaillée  '. 

Sur  la  place  où  s'élève  l'arc  de  triomphe  se  trouvent  cinq 
boutiques  :  trois  mètres  en  avant  de  ces  boutiques,  on 
remarque  plusieurs  pierres  analogues  à  des  bases  de  pilastres 
ou  de  colonnes,  ce  qui  permet  de  supposer  l'existence  d'un 
portique  abritant  les  acheteurs. 

L'une  de  ces  boutiques,  la  troisième,  communique  avec 
un  atrium,  d'environ  13  mètres  sur  7.  L'impluvium,  légère- 
ment exhaussé,  est  très  bien  conservé  :  à  l'intérieur,  Ten- 
dait est  demeuré  intact,  ainsi  que  le  tuyau  de  plomb  qui 
servait  à  vider  le  bassin.  Quatre  bases  de  colonnes,  bien  en 
place,  du  côté  ouest;  deux  seulement  du  côté  opposé,  qui 
parait  avoir  été  remanié.  J'ai  fait  replacer  une  colonne  avec 
son  chapiteau,  sans  me  porter  garant  de  l'exactitude  de  la 
restitution  :  si  le  fût  de  la  colonne  a  été  découvert  le  Ions: 
du  bassin,  on  a,  par  contre,  exhumé  de  l'intérieur  deux  fûts 
de  colonnes  de  dimensions  beaucoup  plus  restreintes.  Le 
chapiteau,  qu'on  voit  sur  l'image  ci-jointe  (on  en  possède 
plusieurs  du  même  modèle)  2,  bien  qu'entaché  d'une  certaine 

1.  Cette  voie  n'est  point  dallée,  mais  formée  de  grosses  pierres  à  sur- 
faee  légèrement  bombée.  Elle  mesure  i  mètres  de  largeur.  Diverses  cons- 
tructions la  flanquent  de  part  et  d'autre  :  l'une  d'elles  offre  un  podium  sur 
lequel  il  y  a  encore  trois  bases  de  colonnes. 

2.  Je  dois  celte  photographie  à  l'obligeance  h  au  talent  de  M,  le  com- 
mandant Laribe, 


36i  LES    FOUILLES    DE    VOLUBILIS 

raideur  géométrique,  ne  manque  pas  <1  élégance.  (Test  le 
classique  chapiteau  corinthien,  agrémenté,  sur  chacune  de 
ses  faces,  d'une  tête  humaine. 

On  compte  six  pièces  de  part  et  d'autre  de  1  atrium  : 
chambres  d'habitations,  salles  diverses  ou  couloirs.  Plu- 
sieurs de  ces  pièces  étaient  pavées  de  mosaïques,  et  l'une 
délies  (celle  dont  le  seuil  est  marqué  d'un  astérisque)  ren- 
fermait le  chien  en  bronze  que  M.  Héron  de  Yillefosse  a 
bien  voulu  naguère  présenter  à  1  Académie  '. 

La  partie  la  plus  riche  de  cette  habitation  (Hait  assuré- 
ment la  grande  salle  du  fond,  le  tablinum,  que  trois  seuils. 
séparés  par  deux  piliers,  faisaient  communiquer  avec 
l'atrium.  Cette  pièce,  —  dont  la  largeur  dépasse  7  mètres 
et  dont  la  longueur  atteint  presque  9  mètres,  —  était  pavée 
de  mosaïques  :  simples  dessins  géométriques,  il  est  vrai. 
mais  dignes  d'attention,  puisqu'il  s'agit  de  la  première 
mosaïque  découverte  à  Volubilis  '-'. 

Cette  salle  était  également  décorée  de  fresques.  Si  minus- 
cules que  soient  les  fragments  recueillis  (de  onze  à  douze 
centimètres  pour  les  plus  grands),  on  peut  en  préciser  les 
couleurs  et  les  principaux  motifs  d'ornementation.  Le  fond, 
très  varié,  offre  les  couleurs  suivantes  :  blanc,  bleu  clair, 
jaune  de  Naples,  rouge-brique,  brun,  terre  de  Sienne.  Le 
liséré  ou  la  bordure  est  blanc,  vert  d'eau,  bleu  clair,  ver- 
millon, brun  foncé.  Outre  les  dessins  empruntés  au  style 
géométrique,  on  en  rencontre  qui  figurent  des  Heurs  rouges, 
peut-être  des  roses,  et  des  feuilles  vertes  ;. 


I.  Comptes  rendus  de  1916,  séance  du  2  juin  :    voir  ci-dessus,  p.  259-261. 

•2.  Sur  les  différents  fragments  de  mosaïques  classés  et  inventoriés, 
ainsi  que  le>  fresques,  dans  Le  Musée  en  cours  de  formation  à  Volubilis  . 
on  distingue  tantôt  des  cubes  bleu  foncé  entre  trois  et  quatre  lignes  de 
cubes  blancs,  tantôt  un  agencement  de  cubes  couleur  sépia,  disposés  en 
lignes  courbes  :  celles-ci  entourent  deux  lignes  de  cube  blancs,  une  ligne 
de  cubes  bleu  foncé,  cinq  lignes  de  cubes  blanc-,  trois  lignes  de  cubes 
bleu  foncé.  —  Cf.  Inventaire  du  Musée   en   préparation  ,  D.l  et   D.  2. 

3.  Inventaire  du  Musée,  E.1-E.10, 


LES    FOUILLES    DE    VOLUBILIS 


365 


•f. 
■I, 


366  LIVRES    OFFERTS 


Tels  sont  les  résultats  dont  je  me  permets  de  rendre 
compte  à  l'Académie,  en  attendant  que  le  déblaiement 
complet  de  la  ville  antique  réalise  de  nouvelles  découvertes. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  Si;<;iif  i .ur.K  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  les  ouvrages  sui- 
vants : 

1°  Annuaire  général  de  VIndo-Chine,  l'.'if»  i  Ilanoï-llaipbong,  Impri- 
merie d'Extrême-Orient,  1916,  gr.  in-8°  . 

2°  Catalogue  des  périodiques  dr  lu  Bibliothèque  de  l'Académie  de 
médecine,  par  le  Dr  L.  Laloy.  publié  parle  D1'  Ernest  Wickersheimer 
Paris,  Imprimerie  nationale,  1911,  in-8°  . 

3°  L'œuvre  de  Gaston  Maspero,  par  Alexandre  Moret  Paris.  1916, 
in-8°:  extr.  de  la  Revue  de  Paris  . 


Le  Gérant,  A.   Picard. 


MAÇON,    l'HOTAT    FRERES,    IMPRIMEURS 


3(/] 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE     DES     INSCRIPTIONS 

ET    BELLES- LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE    DE    M.    MAL  RICK    CROISET 


SÉANCE    DU     Ie-     SEPTEMBRE 


PRESIDENCE    DE    M.    ANTOINE    THOMAS.     VICE-PBESIDENT. 

M.  Louis  Léger  lit  un  travail  sur  quelques  légendes  de  l'his- 
toire slave.  La  première  est  relative  à  trois  personnages  qui  se 
seraient  appelés  Czech,  Lech  et  Rous  et  qui  auraient  été  les 
ancêtres  des  Tchèques,  des  Polonais  et  des  Russes.  La  seconde 
est  relative  à  Alexandre  le  Grand.  Ce  souverain  aurait  guerroyé 
avec  les  Polonais  et  aurait  été  vaincu  par  eux.  A  la  suite  des 
guerres  des  Hussites,  on  voit  apparaître  en  Rohême  un  prétendu 
testament  d'Alexandre  le  Grand  qui  lègue  à  la  race  slave  tous 
les  territoires  qu'elle  occupe  encore  aujourd'hui,  (lotte  légende 
a  l'ait  fortune  en  Rohême,  en  Pologne,  en  Russie  ;  elle  a  donné 
lieu  à  des  ballades  serbes.  On  en  retrouve  la  trace  dans  le  folk- 
lore de  la  Bulgarie. 

M.  le  1)'  Capitan  lit  une  note  sur  la  figuration  d'une  antiquité 
américaine  par  Fortunio  Liceti,  dans  son  traité  sur  la  nature  de 
la  foudre  (1634).  Il  s'agit  d'un  couteau  en  pierre  avec  un  manche 
enrichi  de  turquoises  et  de  diverses  autres  pierres.  Or  ce  couteau 

l'.Uii  ;>5 


368  COUTEAU    DE    PIERRE    \    SACRIFICES    HUMAINS 

est  identique  à  une  pièce  conservée  au  Musée  britannique  et  à  une 
autre  qui  se  trouve  au  Musée  Kircher  à  Home.  A  ce  propos, 
M.  Capitan  explique  le  rituel  de  ce  couteau  dans  l'ancien 
Mexique  '. 

M.   Moret    donne    lecture    d'un    travail   sur    l'administration 
locale  dans  l'ancien  Empire  égyptien2. 


COMMUNICATIONS 


LE    COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACRIFICES    HUMAINS 
DE    L'ANCIEN    MEXIQUE    DANS    DEUX    LIVRES    DU    XVIIe    SIÈCLE  : 
COMPARAISON     AVEC      DEUX    PIÈCES    ORIGINALES, 
PAR    M.    LE    nr  CAPITAN. 

Les  instruments  primitifs  en  pierre  taillée  sont  connus 
depuis  bien  longtemps,  surtout  les  haches  polies,  les  cérau- 
nies  ou  pierres  de  foudre  dont  parle  déjà  Pline  et  que  célèbre 
aussi  Marbode  dans  son  Liber  de  gemmis,  vers  la  fin  du 
XIe  siècle. 

En  1546,  dans  son  ouvrage  paru  à  Bàle,  De  ortu  et 
causis  subterraneorum,  Agricola  répète  la  même  explica- 
tion :  Ceraunia  quoque  ex  eo  nomen  invertit  r/uod  cum  ful- 
mine... cadit  ;  mais  il  ajoute  :  ul  idem  vulgrus  crédit.  Mal- 
heureusement il  ne  donne  pas  son  sentiment. 

Conrad  Gesner,  dans  son  De  omni  reriun  fossilium  génère 
Zurich.  1565),  parle  aussi  des  céraunies  en  forme  de  coins 
qu'on  trouve  là  où  la  foudre  est  tombée  :  «  il  y  en  a  de 
pointues.de  perforées.  »  Il  avait  donc  vu  divers  types  d'ins- 
truments en  pierre.  Ces  deux  auteurs  n'ont  d'ailleurs  pas 
donné  de  figures  de  ces  pièces. 

11  faut  arriver  à   Ifi.'H   pour  trouver  dans  le   mémoire  de 

1 .  Voir  ci-après. 

2.  Voir  ci-après. 


COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACRIFICES    HUMAINS  369 

Liceti  (Pyronarcha  sive  de  fulminum  natura,  Padoue) 
la  première  figure  d'un  instrument  en  pierre  assez  bien 
reproduit  et  bien  reconnu  comme  tel.  Il  a  d'ailleurs  été 
copié  mot  à  mot  (texte  et  figures)  par  Zimmermann  (Flo- 
rilegium  philologico-historicum.  Meissen,  1687). 

Boèce  de  Boot,  dans  sa  Gemmarum  et  lapidum  historia 
(Leyde,  1647),  publie  une  figure  de  céraunies  cunéiformes  et 
percées,  et  il  en  donne  cette  curieuse  interprétation  :  Non- 
nulli  non  fulminis  esse  sagittas,  sed  ferrea  instrumenta  in 
lapides  longo  tempore  mutata  eristimarunt. 

Aldrovandi,  dans  son  Musseum  metallicum  (Bologne, 
1648),  reproduit  la  ligure  de  Boèce  de  Boot,  en  donne  une 
nouvelle  d'un  coin  en  pierre  et  une  très  nette  image  d'une 
pointe  de  flèche,  placées  à  côté  de  celle  d'une  dent  de 
squale.  Toutes  deux  sont  des  glossopetra?  ;  le  tout,  comme 
les  céraunies,  est  produit  par  la  foudre. 

Worm  [Muséum  Wormianum,  Amsterdam,  1655)  copie 
également  les  cinq  pièces  de  Boèce  de  Boot  et  il  les  décrit, 
mais  les  considère  comme  des  pierres  de  foudre. 

Moscardo,  au  contraire  (\ote  overo  memorie  del  Museo 
de!  Conte  Ludovico  Moscardo,  Padoue,  1655)  donne  deux 
images  de  haches  polies  et  quatre  de  pointes  de  flèches,  non 
parues  ailleurs,  mais  il  les  déclare  être  des  pierres  de 
foudre . 

Mercati  cependant  avait  déjà  compris  la  vraie  nature 
de  ces  pierres  et  avait  dû  écrire  le  texte  et  faire  exécuter 
les  ligures  vers  1577.  Malheureusement  son  manuscrit  ne 
fut  publié,  très  luxueusement  d'ailleurs,  qu'en  1717  [Metal- 
lotheca  Vaticana)  ;  les  figures  des  haches  sont  excellentes  ; 
ce  sont,  dit-il,  ceraunia  lapidum  ictu  exculpta.  Quant  aux 
pointes  de  flèches,  qu'il  figure  aussi,  il  les  considère  très 
exactement  comme  ayant  garni  l'extrémité  des  flèches  ou 
des  épieux  des  hommes  primitifs  qui  se  servaient  aussi,  pour 
cet  usage,  d'os  pointus.  Dès  lors  (début  du  xvnie  siècle),  la 
question  est  établie  définitivement  par  le  mémoire  d'A.  de 


370 


COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACRIFICES    Hï'MAINS 


Jussiéu  (1723).  par  le  livre  de  Lalitau  :  Mœurs  des  sauvages 
amèriquains  comparées  aux  mœurs  des  premiers  temps 
(1724),  et  par  la  communication  de  Mahudel  à  l'Académie 
des  inscriptions  (1730).  La  conclusion  est,  comme  le  dit 
Lafitau  :  «  Céraunies,  pierres  de  foudre  semblables  aux 
pierres  dont  les  Amériqiiains  faisaient  leurs  haches  et  leurs 
couteaux.  » 

Nous  ne  retiendrons  ici  que  la  première  publication 
d'une  figure  accompagnant  le  texte,  celle  de  Liceti  (1634) 
et  celle  de  son  copiste  Zimmermann  (1687);  cette  dernière 
semblant  avoir  passé  inaperçue  jusqu'ici.  Je  présente  à 
l'Académie  le  livre  et  la  figure  de  Liceti  ainsi  que  ceux  de 


Le  manche  et  la  base  du  couteau  mexicain  en  pierre 
figuré  par  Liceti  en  163 1. 

Zimmermann.  Ces  deux  ouvrages  renferment,  comme  on 
l'a  vu  plus  haut,  la  première  figure  et  la  première  descrip- 
tion d'un  instrument  en  pierre  compris  comme  tel  et  suffi- 
samment bien  reproduit  pour  pouvoir  être  identifié. 

En  1634,  Fortunio  Liceti  de  Gênes,  médecin,  physio- 
logue  au  Lyceum  de  Padoue  et  jadis  à  Pise,  publiait  à 
Padoue  un  volume  singulier  intitulé  :  Pyrnnarcha  sive  de 
futmînum    nài-ura     deque     fehrium    origine    lihri    duo... 


COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACK1FICES    HLMALVs  371 

(petit  in-i°  de  126  p.  et  vu  fï\).  Après  avoir  longuement  étu- 
dié l'interprétation  philosophique  et  la  nature  de  la  foudre, 
puis  après  des  dissertations  étendues  sur  la  conception  médi- 
cale de  l'origine  des  lièvres,  Liceti  publie  une  lettre  à  lui 
adressée,  de  Venise,  par  Jacques  Gaffarél,  le  17  septembre 
1633,  dans  laquelle-celui-ci  lui  annonce  l'envoi  de  la  figure 
dune  idole  égyptienne  qui  constitue  «  en  matière  de  foudre 
la  plus  belle  antiquité  qui  se  puisse  imaginer  ».  Il  ajoute 
n  que  la  publier  serait  rendre  un  service  au  public  ». 

En  conformité  de  cette  demande,  c'est  à  cet  objet  qu'est 
consacré  le  dernier  appendice  du  livre  de  Liceti  (i  pages 
y  sont  attribuées,  suivies  de  la  figure  que  nous  reprodui- 
sons ci-contre). 

Comme  on  peut  s'en  rendre  compte  sur  la  figure  origi- 
nale que  je  présente  avec  le  volume  et  sur  l'agrandissement 
que  j'en  ai  fait,  il  s'agit  d'une  fig-ure  humaine  sculptée, 
représentée  à  genoux,  les  deux  mains  en  avant,  et  tenant 
contre  sa  poitrine  une  lame  de  couteau  en  pierre  taillée, 
brisée  à  peu  près  à  mi-longueur.  C  est  donc  un  manche  en 
bois  d'un  poignard  en  pierre. 

Voici  d'ailleurs  ce  qu'en  dit  Fortunio  Liceti  :  Sitnula- 
chrum  hoc  fœminea  fade,  capite  relis  ac  viiis  circumplcxum, 
relif/uo  cor  porc  magna  ex  parte  nudum  zona  ad  himbos 
pra&cinctum,  capite,  collo  crùribusque  contractis  corona- 
tum  cum  tetrœ  caudœ  prestigio,  ex  ligno  ad  laurinum 
inclinante,  fragmentis  radium  lapillorum  diversi  coloris 
incrustato  compaclum,  manibus  fulgentem  lapidem  olim 
mucronatum  vibrans,  relatu  Memphilici  cujusdam  merca- 
toris  qui  non  ita  pridem  ipsum  Xavarcho  tradidit,  inven- 
tant fuit  in  fer  rudera  templi  cujusdam  Africse  interioris 
quo  secundum  traditionem  seniorum  constituere  confuge- 
reve  potius  Idololatrœ  consueverant  c/uando  tonahat.  Nec 
mirum,  quia  prisci  gentil  es  ndorahantetiam  fehrim,  Dœmo- 
nes  malos  et  alia  cuncta  unde  sibi  noxam  aliquam  metue- 
hant ;  quo  factum  est,  ut  antiquitus   haberetur   commune 


372  COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACRIFICES    HUMAINS 

prseceptum  apud  Elhnicos,  sacrificandum  esse  malis  Daemo- 
nibus  ne  noceant  ;  qui  rnos  ctiam  setate  patrum  nostrorum 
frequcntissimus  observa  tus  fuit  apud  Indos  ah  Hispanis 
ffui  dudiun  eas  provincias  subjugarunt...  Unde  verisimile 
satis  est  hoc  Idolum  esse  Fulminis  in  Lyhia  culti.  Addo 
tertiarn  conjecturant,  quoniam  Idolum  hoc  vibrare  videtur 
lapidenx  illum  cuneatum  ac  fulgentem  r/uem  vulgus  existi- 
mat  esse  lapidenx  fulminis;  sacerdotes  cnim  gentilium 
vulgi  opinionem  sectahantur  in  plerisque,  ut  fidem  suis 
technis  aucuparentur 

En  1687,  le  docteur  en  théologie,  pasteur  et  surinten- 
dant de  Meissen  en  Saxe  (environs  de  Dresde)  Matthias 
Zimmermann  publiait  chez  Gùnther,  libraire  à  Dresde, 
un  assez  gros  volume  de  824  pages,  petit  in-i°,  intitulé 
Florilegium  philologico-historicum.  C  est  une  sorte  de 
lexique  d'archéologie  et  d'érudition,  quelque  chose  comme 
la  publication  de  fiches  analytiques  écrites  par  un  curieux 
et  un  érudit.  Quelques  figures,  grossières  gravures  sur 
bois,  ornent  l'ouvrage.  Elles  ont  pourtant  un  réel  intérêt, 
telle  celle  de  la  page  363  qui  illustre  l'article  de  fulmine 
et  fulgure. 

Cet  article  est  la  copie  textuelle  de  l'appendice  de  Liceti 
sus-indiqué  ;  quant  à  la  figure,  c'est  la  reproduction  de 
celle  de  Liceti,  mais  inversée  et  avec  quelques  variantes 
dans  de  petits  détails.  Ces  deux  textes  sont  donc  absolu- 
ment superposables.  Si  j'indique  celui  de  Zimmermann. 
c'est  qu'il  ne  semble  pas  avoir  été  noté  jusqu'ici. 

En  somme,  la  description  de  l'objet  n'est  pas  mauvaise. 
Il  v  est  bien  précisé  que  c'est  un  manche  en  bois  de  laurier 
d'un  couteau  de  pierre  que  «  le  vulgaire  pense  être  une 
pierre  de  foudre  ».  Pour  une  glose  écrite  en  1634.  à  une 
époque  où  la  notion  de  céraunie  régnait  en  maîtresse,  c'est 
déjà  fort  intéressant,  d'autant  que  l'auteur  ajoute  nette- 
ment que  la  pierre  a  été  cassée  et  qu'elle  était  autrefois 
pointue. 


ÉOUTEAU    DL    PIERRE    A    SACRIFICES    HUMAINS  .'!73 

Voilà  donc  un  curieux  du  milieu  du  xvu"  siècle  qui  avait 
reconnu  la  vraie  nature  d'un  instrument  en  pierre  taillée  et 
l'avait    nettement    différencié    des   céraunies   du    vulgaire. 

Mais  il  y  a  plus:  l'objet  est  indiqué  comme  incrusté  de 
petites  pierres  divers/  coloris  que.  plus  loin,  l'auteur 
nous  dit  être  rouge,  jaune,  vert  et  bleu.  Il  admire  d'ailleurs 
vivement  ce  curieux  objet  :  Gaudeal  igitur  in  sinu  sihi 
nobilis  uir  Gaffarellus  ta  m  rarse  antiquitatis  possessor. 

Mais,  chose  singulière,  en  parlant  des  sacrifices  exécutés 
par  les  Indiens  et  qu'il  devait  connaître  par  les  chroni- 
queurs espagnols,  il  n'a  pas  l'idée  d'établir  un  rapport  entre 
eux  et  son  couteau  ;  et  cependant,  c'était  là  le  nœud  de 
la  question. 

Emmanchure,  lame  en  pierre  taillée,  tout  cela  rappelle 
bien  le  couteau  à  sacrifice  mexicain.  Mais  il  y  a  mieux  :  la 
comparaison  des  figures  de  Liceti  et  de  Zimmermann  avec 
deux  objets  actuellement  existants  montre  une  telle  simili- 
tude que,  vraisemblablement,  il  s'agit  des  mêmes  objets  ou 
tout  au  moins  d'objets  à  peu  près  identiques. 

La  première  de  ces  pièces  se  trouve  au  British  Muséum. 
C'est  un  des  plus  beaux  spécimens  de  la  section  des  anti- 
quités mexicaines. 

D'après  les  renseignements  qu'a  bien  voulu  me  fournir 
sur  cette  belle  pièce  l'éminent  conservateur  du  British 
Muséum  i  department  of  british  and  media-val  antiquities  and 
ethnographe),  mon  excellent  ami  Read,  cet  objet  provient 
tle  Florence  ou  de  Venise  (comme  nous  l'avons  vu  plus 
haut,  GatFarel,  son  possesseur  en  1633,  était  alors  à  Venise). 
Il  a  fait  partie  de  la  collection  Hertz,  puis  de  celle  de  Christv 
avec  laquelle  il  est  entré  au  British  Muséum.  Il  a  été  étudié 
par  toute  une  série  d'auteurs  :  Stevens,  Brasseur.  Tylor, 
Pigorini  et  Read  dans  son  mémoire  sur  les  objets  mexicains 
en  bois  incrustés  de  mosaïques  de  pierres  et  coquilles  paru 
dans  YArchaeologia,  tome  bi. 

Je  fais  passer  sous  les  yeux  de  l'Académie  la  figure  de 


374  COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACRIFICES    HUMAINS 

cette  pièce  publiée  dans  le  Short  Guide  to  the  American  anti- 
quities  in  (lie  British  Muséum,  parRead(v.  fig.  ci-dessous). 
Voici  également  un  agrandissement  de  cette  figure  a  la 
même  échelle  que  celui  du  dessin  de  Liceti. 

La  comparaison  de  ces  deux  images  ne  semble  pas  lais- 
ser le  moindre  doute.  L'attitude  générale  si  particulière,  la 
position  des  mains,  celle  des  jambes,  la  lame  en  pierre  du 
poignard,  les  liens  l'attachant  au  manche,  tout  cela  est 
grossièrement  mais  nettement  figuré  sur  le  dessin  ancien. 
La  seule  différence  réside  dans  l'aspect  de  la  tête  très  dis- 
semblable. Y  a-t-il  une  erreur  du  dessinateur  ou  y  avait-il 
une  variante  dans  ces  têtes?  Mais  il  y  a  plus  encore.  Liceti 
insiste  beaucoup  sur  le  manche  :  ex  ligno  ad  laurinum  incli- 


Lc  couteau  de  pierre  mexicain,  à  manche  de  bois  incrusté, 
du  British  Muséum. 

riante  fragmentis  rudium  lapillorum  diversi  coloris  incrus- 
tato  compactum.  Or  le  manche  du  couteau  du  British  Muséum 
est  également  en  bois  dur  brunâtre  et  entièrement  incrusté 
de  petites  plaquettes  de  turquoises  et  de  coquilles  formant 
une  vraie  mosaïque  aux  teintes  bleu.  vert,  rouge,  jaune  et 
blanc  jaunâtre  recouvrant  toute  la  pièce.  Ce  sont  exacte- 
ment les  couleurs  que  Zimmermann  avait  notées. 

Reste  la  lame  même  du  couteau.  Toutes  deux  sont  en 
pierre  :  celle  du  couteau  de  Londres  est  entière  :  celle  du 
couteau  décrit  par  le  vieil  auteur  a  été  brisée  comme  l'in- 
dique nettement  la  figure,  mais  il  ajoute  :  olim  mucrona- 


COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACRIFICES    HUMAINS  375 

fum  ;  c'était  donc  bien  le  même  type  de  couteau  de  pierre. 

L'autre  pièce  de  comparaison  est  un  superbe  manche  de 
poignard  presque  identique  à  celui  de  Londres  et  qui  se 
trouve  au  Musée  Kircher,  à  Rome.  Le  couteau  de  pierre 
manque.  Il  a  été  décrit  et  ligure  en  couleurs  par  Pigorini. 
léminent  et  regretté  conservateur  du  Musée  Kircher 
(Memorie  dei  Lincei.  Section  des  Sciences  morales  et  his- 
toriques, vol.  12,  1883-84  . 

La  ressemblance,  on  peut  même  presque  dire  l 'identité, 
des  deux  figures  est  presque  absolue. 

Reste  l'interprétation  qu'en  donne  le  vieil  auteur  :  pour 
lui,  c'est  un  objet  trouvé  in  fer  rudera  t  empli  cujusdam 
Afrieœ  et  qui  devait  jouer  un  rôle  de  protection  contre  la 
foudre.  A  ce  propos,  il  rappelle  les  sacrifices  faits  aux 
démons  par  les  Indiens  pour  éviter  leur  influence  nocive, 
comme  observatus  fait  apud  Indos  ah  Hispanis  qui  diidum 
eas  provincias  subjùgarunt.  Il  était  donc  au  courant  des 
récits  des  chroniqueurs  espagnols  parlant  du  Mexique 
antique  et,  chose  singulière,  ce  n'est  pourtant  pas  à  ce 
pays  qu'il  attribue  le  couteau  étudié. 

Cette  interprétation  du  rôle  protecteur  du  couteau  de 
pierre  centre  l'a  foudre  est-elle  absurde  <>u  se  rapproche-t- 
elle  des  observations  ethnographiques  déjà  existantes,  c 'est 
ce  que  nous  devons  examiner  en  partant  du  couteau  de 
pierre  à  sacrifice  humain  du  Mexique  ancien. 

Ce  couteau,  comme  tous  les  ustensiles  cultuels,  était, 
chez  les  Mexicains,  à  la  fois  un  objet  usuel  et  un  symbole, 
ou  un  objet  magique. 

Le  couteau  que  nous  étudions  parait  être  surtout  un 
objet  eèrémoniel.  La  richesse  de  sa  facture,  sa  fragilité,  la 
forme  peu  pratique  du  manche,  tout  amène  à  cette  inter- 
prétation. Le  couteau  à  sacrifice  ordinaire  avait  un  manche 
droit  et  uni.  On  peut  s'en  assurer  en  examinant  les  mul- 
tiples figurations  de  sacrifices  humains  dans  les  Codex 
mexicains  :  telle  par  exemple   la  ligure  du  Codex  Laud  i\v 


37li  COUTEAU    DE    PIERRE    A    SACRIFICES    HUMAINS 

la  Bibliothèque  d'Oxford  dont  je  présente  à  l'Académie 
une  image  agrandie. 

D'ailleurs,  le  couteau  était  un  symbole  auquel  si-  ratta- 
chaient nombre  de  faits  de  la  théogonie  mexicaine,  entre 
autres  l'épisode  de  la  création  des  16.000  héros.  Le  dieu 
supérieur  Ometeuctli.  désirant  créer  ces  personnages,  lança 
sur  la  terre  son  (ils.  le  teopactl,  le  couteau  de  pierre  qui,  en 
tombant,  se  brisa  en  16.000  fragments:  chacun  d'eux 
donna  naissance  à  un  héros. 

D'autre  part,  le  tecpactl  était  considéré  comme  doué  de 
puissances  variées  tenant  à  la  fois  à  sa  nature  et  à  son  rôle. 
Instrument  divin  d'abord,  puisque  le  sacrificateur  était  fré- 
quemment le  représentant  ou  même  l'incarnation  du  dieu 
auquel  le  sacritice  était  fait,  il  servait  à  ce  sacrificateur. 
revêtu  du  costume  et  des  attributs  du  dieu,  pour  consom- 
mer le  sacrifice. 

D'autre  part,  constamment  couvert  du  sang  sacré  de  la 
victime,  il  participait  ainsi  aux  vertus  saintes  de  ce  sang. 
De  plus,  symbole  du  feu  de  par  sa  nature  même  de  lapis 
fulmineus,  il  représentait  souvent  le  dieu  du  feu  lui-même, 
et  c'est  ainsi  que  dans  le  Codex  Borbonicus.  Xipe  Totec.  le 
dieu  du  feu,  est  figuré  sous  forme  d'un  couteau  à  sacrifice, 
comme  on  peut  le  voir  sur  la  figure  agrandie  que  je  montre. 
Fréquemment,  dans  les  Codex,  il  apparaît  tantôt  avec  cette 
signification,  tantôt  avec  celle  d'emblème  du  18e  jour  du 
mois  de  20  jours  ou  caractérisant,  tous  les  cinq  ans,  1  an- 
née du  siècle  mexicain  de  52  ans. 

L'idée  de  feu  et  même  de  feu  céleste  était  attachée,  au 
milieu  de  conceptions  complexes,  au  couteau  en  silex. 
Aussi  était-il  parfois  uniquement  un  objet  cultuel  ou 
magique  sans  emploi  pratique.  J'ai  eu  l'honneur,  il  y  a  deux 
ans,  d'en  présenter  à  l'Académie  un  curieux  spécimen 
provenant  du  grand  temple  de  Mexico  et  dont  la  pointe 
était  fortement  implantée  dans  une  boule  de  copal,  la 
résine  sacrée  dont  les  Mexicains  se  servaient  dans  leurs 


COUTEAU    DE    PIERRE   A    SACRIFICES    HUMAINS  377 

cérémonies.  J'ai  montré  alors  que  dans  le  costume  rituel 
des  divinités  mexicaines,  il  apparaissait  parfois  comme 
simple  accessoire,  soit  dans  la  coill'ure,  soit  implanté  dans 
un  bracelet  de  bras  ou  dans  la  jarretière. 

Dans  les  manuscrits  astrologiques  et  divinatoires,  le  cou- 
teau de  pierre  se  montre  individualisé  et  anthropomorphisé. 
Le  dessinateur  lui  figure  un  œil  et  une  bouche,  parfois  des 
bras.  C'est  une  image  magique  jouant  un  rôle  dans  les  pro- 
nostics astrologiques.  Deux  spécimens  agrandis,  d'après  le 
Codex  Borbonicus,  que  je  soumets  à  l'Académie,  sont  très 
nets  à  ce  point  de  vue. 

Donc,  on  le  voit,  l'idée  du  vieil  auteur  italien  d'attribuer 
un  rôle  au  couteau  qu  il  décrivait  comme  préservateur  de 
la  foudre,  cadrait  bien  avec  les  idées  d'alors,  idées  que  l'on 
retrouve  d'ailleurs  aujourd'hui  encore  dans  le  vieux  fonds 
des  croyances  populaires  des  campagnes,  ainsi  qu'avec 
ce  que  les  récits  des  vieux  chroniqueurs  avaient  pu  lui 
apprendre  touchant  les  croyances  de  peuples  sauvages. 

Donc,  à  ce  point  de  vue  encore,  le  rapprochement  pou- 
vait être  fait  entre  les  interprétations  des  vieux  auteurs 
du  xvue  siècle  et  ce  que  l'étude  de  1  archéologie  mexicaine 
nous  apprend. 

Ces  quelques  considérations  montrent  que  le  petit  fait 
ancien,  que  nous  avons  l'honneur  de  soumettre  à  l'Acadé- 
mie, présente  un  certain  intérêt,  aussi  bien  à  cause  de  la 
comparaison  avec  deux  objets  similaires  actuels  que  parce 
qu'il  constitue  la  première  figuration  connue  d'un  objet 
mexicain  ancien  et  même  d'un  objet  en  pierre  taillée 
antique  dans  un  ouvrage  du  xvn"  siècle. 


m 


L  ADMINISTRATION    LOCALE  SOUS   L  ANCIEN    EMPIRÉ    ÉGYPTIEN, 

l'Ai!    Al.     \.     MORET, 
CONSERVATEUR    DU    MUSÉE    GUIMET. 

L'Egypte  pharaonique  a  donné  au  monde  antique  nu 
modèle  de  monarchie  absolue  et  d'administration  centrali- 
sée. Cependant,  sous  l'ancien  Empire,  à  coté  des  fonc- 
tionnaires  royaux    apparaissent  des  agents  appelés   sarou 

I  <n>  t)  i  dont  le  rôle  semble  indépendant.  Faute  de  textes 

explicatifs,  on  s'est  contenté  jusqu'à  présent  de  les  appe- 
ler «  notables  »  ou  «  prudhommes»,  sans  pouvoir,  d'ail- 
leurs, préciser  leur  condition  ou  leurs  attributions.  Je  vou- 
drais montrer  que  les  décrets  de  Koptos  ont  apporté  ici 
encore  des  éclaircissements  précieux  pour  L'histoire  des 
institutions. 

Voici  ce  qu'on   savait  des  Sarou.  Sous   1  ancien  Empire, 

ils  se  réunissaient  en  assemblée  [seh  — H fi         |  n    '•  (Im 

juge  les  litiges  relatifs  aux  contrats  ~  et  châtie  les  délin- 
quants3. Depuis  le   moyen  Empire,  l'assemblée  des  Sarou 

s'appelle  kenhit  [u)  =  "  1  angle,  le  conseil   qui  se   réuni! 

à  l'angle  de  la  grande  salle  royale  »  '.  Là  kenbit  juge  les 
conflits  relatifs  aux  contrats,  partages  de  propriétés,  testa- 
ments, ventes  ',  etc. 

Cette  assemblée  n'est  pas  unique  pour  toute  l'Egypte. 
A  vrai  dire,  au  nouvel  Empire,  des  textes  mentionnent  une 

1.  I  ■"  de  Hankou  Davies,  Deir  cl  Gebrawi,  II.  24  =  Sethe,  Urk,  1.  77  . 
Ve  dyii.  (Cf.  SinoiihiL,  P.  B.,  I.  isi    éd.  Maspero,  p.  15  . 

•J.  A.  Moret,  Donations  et  fondations  ap.  Recueil  de  travaux.  XXIX. 
p.  81,  84),  [Ve  dyn. 

3.   Mariette,  Mastabas,  p.  i I T    =    Urk.,  I.  75. 

i.   A.  Moret.  L'appel  au  roi.  p,  143-1  12. 

.'>.  A.  Moret.  t  n  procès  de  famille,  ap.  Aey.  Zeilschrift,  XXXIX,  (>•  ;>7 
sqq.  :  Gardiner,  The  inscription  of  Mes.  p.  35  sqq. 


ADMINISTRATION     LOCALE     SOIS    i/aNCIEN    EMPIRE    ÉGYPTIEN       379 

h  grande  kcnbit  »  dans  les  capitales,  telles  que  Memphis  *  ; 
mais  l'épithète  «  grande  »  prouve  précisément  qu'il  existe 
ailleurs  de  «  petites  u  assemblées.  En  effet,  du  moyen  au 
nouvel   Empire,   on  trouve  mention  de  conseil  kenhit  non 

seulement  dans  les  villes,  mais  dans  les  districts  v\       ir':, 

et  même  dans  de  petites  localités  \  Ainsi  l'Egypte  si  for- 
tement centralisée  possédait  quantité  de  petites  assemblées 
locales,  que  l'on  voit  participer  à  l'administration  du  pays 
de  concert  avec  les  fonctionnaires  royaux. 

Si  ce  fait  important  n'a  pas  été  mis  jusqu'ici  en  valeur, 
cela  tient  au  manque  de  renseignements  sur  les  Sarou.  Les 
décrets  de  Koptos  permettent  heureusement  de  préciser 
leur  rôle. 

Plusieurs  de  ces  décrets  sont  des  chartes  d'immunité  qui 
définissent  ce  que  l'administration  royale,  sous  l'ancien 
Empire,  ne  doit  pas  faire  contre  les  immunitaires.  Or  l'ad- 
ministration coupable  d'abus  de  pouvoir  se  divise  en  deux 
catégories  :  l°les  fonctionnaires  rovaux  du  nome;  2°  les 
Sarou.  Ce  sont  bien  des  agents  distincts  et  chacune  des  caté- 
gories fait  l'objet  d'articles  séparés. 

Non  seulement  les  Sarou  se  distinguent  des  fonction- 
naires, mais  c'est  contre  leurs  abus  de  pouvoir  que  les 
décrets  royaux  mettent  surtout  en  garde  l'administration. 

Ces  abus  sont  définis  par  le  mot  srw   1  <cz>   \\  U .    I  <cz> 


v^  ^^__^  '*,  qui  a  paru,  au  premier  abord,   nouveau  dans  le 

vocabulaire  administratif;  aussi  n'a-t-il  pas  été  compris. 
MM.  Weill  et  Sethe  y  reconnaissaient  le  factitif  en  s  d'un 
verbe  rwj,  avec  le  sens  «  écarter,  détourner»;  le  délit 
prévu  aurait  consisté  à  détourner  vers  le  service  du  roi  les 

1.  Gardiper,  /.  c,  p.  35. 

2;  Grifflth,  Kahun  pap.,  XI.  2i>.  fert.  p.  31. 

3.  À.  Z.,  XXXIX.  p.  37. 

1.  Le  déterminatif  a  la  forme  archaïque,  voisine  de  .  Q  .. 


MO        U.MIMSTRATION    LOCALE    80US    L  ANCIEN    EMPIRE    KGYPTIKS 

gens  du  temple  immunitaires.  J'ai  exposé  au  Journal  asia- 
tique 1912,  II,  p.  8t-86)  les  arguments  qui  empêchent  de 
considérer  le  mot  Srw  comme  un  factitif  de  rwj  ;  il  dérive 
de  la  racine  sr,  dsr  «  ordonner,  administrer  »  et  se  présente 
à  Koptos  sous  la  forme  verbale  «  ordonner  »  et  la  forme 
substantive  <-  ordre  ».  Cela  explique  que  srw  «  ordre  » 
soit  mis  en  parallélisme  avec  wtw  «  décret  ».  Le  délit 
consiste  donc  à  donner  des  «  ordres  »  illégaux.  J'ai  trouvé 
depuis  une  confirmation  décisive  de  cette  interprétation  : 
l'inscription  d'Ouni  (VIe  dynast.  contemporaine  des  décrets 


(1 


Ci 


srw-t 


de  Koptos)  donne  un  exemple  du  verbe 

(à  la  forme  relative)  dans  une  formule  où  srw  remplace 
wtw  «  décréter  »  ;  de  plus,  le  signe-mot  « — d,  v__a  (le  bras 
simple  ou  armé)  donné  aux  décrets  de  Koptos  est  remplacé 

par   le   signe  complet  f%  (l'homme  armé  de  la  canne).  Or 

f^  s'emploie  aussi  pour  écrire  le  mot  .sr  rw  que  nous  étu- 
dions ici.  C'est  la  preuve  que  le  verbe  srw,  le  substantif  srw, 
et  le  nom  d'agent  sr,  pluriel  srw,  dérivent  tous  de  la  même 
racine  sr  «  ordonner  »>  :  nous  devons  traduire  en  consé- 
quence : 


\ 


/n 


d 


sr  ordonner 


W 


verbe    I  <cz>     j£    srw  ordonner. 


substantif  1  <=>  \\ 


nom  d'agent 


var. 


srw 

ordre. 
sr  ordonna- 
teur. 
srlj     admi- 
nistrateur. 


Le  premier  résultat  de  cette  analyse  est  d'arriver  à  une 
traduction  exacte  de  1  <=^>  |%  *'"  que  l'on  rendait  jusqu'ici 
par  des  à-peu-près:  <•  notable  ».  «  prudhomme  ».  Sr  signifie 


AhUlMSTKATlON     LOCALE    SOIS    L*ANCIËN    EMPIRE    ÉGYPTIEN       8tS  i 

eu  réalité  «  ordonnateur,  administrateur  ».  Je  transcrirai 
.sar,  pi.  sarou,  pour  rappeler  l'analogie  évidente  avec  le 
h  sar  »    scftàr\  ou  «  prince  »  sémitique  '. 

Un  second  résultat,  c'est  de  constater  que  les  «  adminis- 
trateurs »   Srw   émettent   des    «  ordres  »    ou    «  règlements 

d'administration  »  qui  s'appellent  de  leur  nom  snv  (|  <^= 
7"    .  Ces  «  ordres  »  ne  se  confondent  pas  avec  les  «  décrets  » 

[  j^  wtw  royaux;  les  textes  de  Koptos  distinguent  avec 

soin  ces  deux  termes.  Cette  distinction  est-elle  purement 
verbale  ou  correspond-elle  à  une  réalité,  c'est-à-dire  à  une 
double  législation,  l'une  émanant  du  roi  et  s'appliquant  à 
l'Egypte  entière,  l'autre  émanant  des  Sarou  et  essentiel- 
lement locale? 

A  cela  répond  un  des  articles  des  décrets  de  Pepi  II.  On 
y  prévoit  le  délit  de  fonctionnaires  ou  d'agents  tels  que 
les  Sarou,  qui  : 


prendraient 
des  ordres 


s  rw 


écriraient 
des  décrets 
wtw 


pour  placer  les  noms  des 

immunitaires  parmi 
les  corvéables  rovaux  ?.  » 
La  disposition  graphique  elle-même  indique  une  divi- 
sion essentielle  entre  snv  et  wtw.  Un  fonctionnaire  peut 
■<  prendre  •>  (ésep)  des  ordres  srw,  c'est-à  dire  il  peut  légi- 
férer, créer  un  règlement;  mais  il  ne  peut  qu'«  écrire  »  un 
décret  royal  wtw,  c'est-à-dire  le  transcrire  plus  ou  moins 
fidèlement,  en  y  supprimant  ou    en  y  ajoutant    des  noms 


Brugsch,   Wi'irlh.,  p.  1261.  Au  nouvel  Empire,  on  trouve  la  graphie 


sjr 


1  (j  <=>  [%,  el  plus  tard  ij  [!()(][%  P*r 


chute  de  r    Erman,  .4  .  /. . 


XXIX.  p.  26  .  Sur  (Vnl  les  noms  hittites  :  Khitisar,  etc 
•2.  Décret  A.  I.  l'."). 


HH'2       ADMINISTRATION    LOCALE    SOUS    L*  ANCIEN    EMPIRE    ÉGYPTIEN 

de  corvéables,  mais  sans  en  créer  les  dispositions  essen- 
tielles. 

Si  mon  interprétation  est  exacte,  il  faut  conclure  qu'on 
appelle  érw  les  ordonnances  que  des  fonctionnaires  locaux 
peuvent  prendre,  c'est-à-dire  rédiger  ;  le  mot  désigne  une 
législation  locale,  tandis  que  la  législation  royale  est  appli- 
cable à  l'Egypte  entière. 

Cette  interprétation  est  d'ailleurs  confirmée  par  un  autre 
article  des  mêmes  décrets.  Il  y  est  question  des  ordon- 
nances érw  destinées  au  nome.  On  dit  «  qu'elles  sont  ame- 
nées d'auprès  du  Directeur  du  Sud,  après  qu'on  les  a  ame- 
nées d'auprès  des  Sarou^  ».  En  clair,  cela  signifie  :  les 
Snrou  rédigent  une  ordonnance  snv  ;  elle  est  visée  par  le 
Directeur  du  Sud  avant  que  d'être  transmise  par  celui-ci  au 
nome  pour  application.  Notons  que  les  autres  fonction- 
naires royaux  n'ont  pas  ce  droit  de  visa  sur  les  ordonnances 
érw\  les  textes  indiquent  nettement  que  ces  fonctionnaires 
font  appliquer  les  ordonnances  srw,  mais  que  le  Directeur 
du  Sud  seul  participe,  par  son  visa,  à  leur  création. 

A  quoi  s'appliquent  les  ordonnances  érw!  Elles  con- 
cernent le  statut  des  personnes  qui  dépendent  soit  de  la 
Maison-du-Roi,  soit  (à  Koptos)  de  la  Maison-de-Minou. 
L'ordonnance  décide  que  tel  ou  tel  doit  être  inscrit  sur  les 
listes  des  gens  astreints  à  tous  les  travaux  de  la  maison  du 
Roi  ou  peut  en  être  exempté  2.  De  même,  dans  le  décret 
relatif  à  la  fondation  et  à  la  déclaration  du  domaine  consa- 
cré par  Pepi  II  à  sa  statue,  quand  on  lève  des  tenanciers 
meritou)  pour  les  corvées,  on  leur  donne  une  charte  qui 
définit  leur  statut,  et  :  «  celui  qui  ignorerait  sa  charte,  que 
son  règlement  érw  soit  créé  par  déclaration  des  Sarous.  » 

Les  ordonnances  érw  règlent  donc  le  statut  des  personnes 
et  définissent  les  corvées  et  impositions  dues  au  fisc  :  ainsi 

1.  Décret  A,  l.  21-23. 

2.  Décret  A.  t.  8-20;  21-23:  24-28. 

3.  Cf.  C.  H.  Acad..  1016.  p.  320. 


ADMINISTRATION    LOCALE     SOLS     l'aNCIEN    EMPIRE    ÉGYPTIEN       383 

intéressent-elles  les  institutions  financières  de  l'Egypte. 
Aussi  ne  nous  étonnons-nous  pas  que  l'inscription  d'Ouni 
les  nomme  quand  elle  décrit  l'activité  financière  du  ministre 
de  Mirinrî  ce  comptant  toutes  choses  décomptées  au  fisc 
dans  ce  Sud...  toute  heure  de  service  décomptée  au  fisc 
dans  ce  Sud,  faisant  ce  qui  avait  été  «  ordonné  »  (srw-t)  de 
faire  compter  dans  ce  Sud  '  ».  Une  autre  inscription  indique 
pareillement  que  l'on  crée  «  des  Sarou  pour  le  service  de 
faire  les  comptes  -  ». 

Naturellement  il  n'est  pas  question  que  les  Sarou  fixent, 
de  leur  propre  autorité,  ni  les  corvées,  ni  les  impôts;  ils 
sont  chargés  de  répartir  ces  charges  sur  la  population,  en 
se  conformant  aux  décrets  royaux;  les  textes  de  Koptos 
prévoient  précisément  les  abus  d'autorité  qui  peuvent  se 
glisser  dans  les  ordonnances  des  Sarou  ;  c'est  la  preuve 
que  ces  ordonnances  ne  doivent  être  que  des  applications 
des  décrets  rovaux.  Enfin  le  Directeur  du  Sud  vise  les 
ordonnances. 

En  somme,  la  législation  des  Sarou  me  semblent  ana- 
logue à  ce  que  nous  appelons  des  règlements  d'administra- 
tion publique.  Le  décret  royal  en  Egypte,  comme  la  loi 
chez  nous,  ne  prévoit  que  les  cas  généraux  ;  pour  le  détail, 
on  s'en  remet  à  des  agents  locaux  ou  à  un  Conseil  d'Etat  : 
ceux-ci  rédigent  un  règlement  d'administration,  qui  s'ap- 
pelle de  leur  nom  :  ordonnance  sr/c. 

Il  est  à  remarquer  que  les  administrateurs  Sarou  ne  sont 
pas  chargés  de  l'application  de  leurs  ordonnances  ;  c'est 
l'affaire  des  fonctionnaires  rovaux  subordonnés  au  Direc- 
teur  du  Sud.  Mais  les  Sarou  sont  chargés   de  solutionner 


1.   Ouni.  1.  36-37  ^s>- 


M  jl  tissa 


□ 

/WV\AA 


n 


2.  Brit.  Muséum,   Eg.  Slelae.  I.  54  :     I    <r=>   HY    VÇb    V\       -£^    ^ 


.     w 


(m.  e. 
'    ■    w  j 


1 91 ô  26 


de  ses  membres  «  comme  administrateur  »  AAW^ 

a    II 


.'{81      ADMINISTRATION    LOCALE    sois     L  ANCIEN    EMPIRE    ÉGYPTIEN 

les  litiges  que  peuvent  soulever  les  statuts  des  personnes  ou 
des  biens.  Les  textes  de  toute  époque  nous  les  montrent 
réunis  en  conseil  (a.  Empire  =  seh  ;  m.  et  ri.  Empire  : 
këribit*),  jugeant  les  conflits  et  punissant  les  délinquants. 
Une  enquête  s'impose-t-elle ?  alors   le  conseil    délègue  un 

nfj  m  értjz,  et  conclut  sur  le  rapport  de  ce  com- 
missaire enquêteur.  On  conçoit  quelle  importance  ce  rôle 
de  législateur  et  d'enquêteur  sur  les  biens  et  sur  les  per- 
sonnes donnait  aux  Sarou  dans  un  pays  où  la  plus  grande 
partie  de  la  population  vivait  en  tenanciers  du  roi.  c'est-à- 
dire  sous  le  régime  des  ordonnances  érw.  On  s'explique 
que  les  textes  officiels  s'adressent  d'une  part  au  Directeur 
du  Sud,  d'autre  part  aux  Sarou,  comme  à  deux  organisa- 
tions administratives  de  puissance  et  de  considération 
égales. 

Il  reste  à  se  demander  comment  se  recrutaient  les  Sarou. 
Question  fort  obscure,  car  si  les  actes  mentionnent  souvent 
les  Sarou,  ils  ne  disent  jamais  d'où  ceux-ci  viennent.  Aucun 
texte,  au  moins  sous  l'ancien  Empire,  n'attribue  leur  nomi- 
nation au  roi  ;  ce  ne  sont  donc  pas  des  fonctionnaires 
royaux  véritables.  D'autre  part,  un  texte  de  la  Ve  dynastie 
fait  comprendre  qu'ils  représentent  l'élite  de  la  population 
rurale.  Pour  montrer  que  des  tenanciers  [meritou)  s'enri- 
chissent, on  dit  qu'ils  passent  à  la  condition  de  Sarou  ■'•. 
Enlin,  il  y  a  des  Sarou  ailleurs  que  sur  les  terres  royales; 
un  noble  personnage  qui  fonde  une  propriété,  y  installe 
des  tenanciers  [meritou)  et  des  «  sarou  pour  tenir  les 
comptes  '*  ».  De  tout  cela  il  résulte  une  situation  vague  que 

1.  Supra,  p.  37s. 

2.  Quibell,  Excavations  Saqqarah,  1905-1906,  p.  21,  stèle  d'Ipj  (fin  ancien 
Empire);  Kahun  papyri.  XIII,  26.  text,  p.  37  :  Sethe,  Urk..  IV.  1112. 

3.  /*"  d'Hankou,  Sethe,  Urk.,  I.  78. 

i.    /'.'(/.  SI  cl, te  liril.  Muséum,  I,  54    m.  e.  . 


ADMINISTRATION    LOCALE    SOUS     l'aNCIEN    EMPIRE    ÉGYPTIEN        3.X."> 

Maspero  avait  excellemment  résumée.  Relevant  les  inexac- 
titudes des  appellations  trop  précises  telles  que  «  proprié- 
taires libres  »  (Mever),  «  notables  »  ou  «  prudhommes  ».  il 
concluait  :  «  Entre  les  tenanciers  des  terres  (meritou),  cer- 
tains par  leur  naissance,  par  leurs  alliances,  par  leur  for- 
tune, par  leur  sagesse,  par  leur  âge,  avaient  acquis  une 
autorité  sur  les  gens  parmi  lesquels  ils  vivaient  ;  c'étaient 
ceux-là  qu'on  appelait  les  Sarou,  les  mécheikh  de  l'Egypte 
présente.  Ces  Sarou  étaient  les  vieillards  et  les  notables, 
qui  s'assemblaient  aux  portes  du  village  les  jours  de  marché 
et  devant  lesquels  on  plaçait  les  affaires  privées  de  la  com- 
munauté. Ils  étaient,  par  leur  position,  les  intermédiaires 
entre  leurs  concitoyens  moindres  et  les  pouvoirs  établis  '.;'.>) 
Ces  quelques  lignes  définissent  à  merveille  la  physionomie 
générale  des  Sarou  :  mais  maintenant  qu'il  est  établi  que 
ces  Sarou  constituent  un  corps  d'administrateurs  locaux, 
qui  a  sa  législation  et  sa  juridiction,  il  paraît  peu  probable 
que  leur  recrutement  se  faisait  seulement  soit  par  une  sorte 
de  cooptation,  soit  par  consentement  tacite  de  la  popula- 
tion. Il  y  avait  certainement  des  conditions  à  remplir  pour 
devenir  Sar.  Etait-ce  la  condition  sociale,  par  exemple  la 
qualité  de  propriétaire  libre;  était-ce  la  condition  pécu- 
niaire, quelque  chose  d'analogue  à  un  chiffre  d'impôt  payé, 
à  un  cens  ;  était-ce  l'instruction  personnelle  ;  était-ce  un 
droit  de  naissance,  l'hérédité  d'une  organisation  locale  anté- 
rieure au  régime  pharaonique?  Autant  de  questions  aux- 
quelles nous  ne  pouvons  répondre,  mais  que  nous  devons 
nous  poser  comme  sujets  de  recherches  futures. 

Parmi  ces  hypothèses,  celle  que  les  Sarou  se  rattachent 
à  une  organisation  politique  antérieure-  est  assez  sédui- 
sante, car  ils  sont  plus  distincts  des  fonctionnaires  royaux, 

I.  Revue  critique,  1912,  n°  38. 

'2.  A  propos  de  l'organisation  primitive  ir,  on  est  tenté  de  rappeler  la 
formule  des  stèles  du  moyen  Empire  qui  mentionne  «  l'administration  dsr 
d'Abydos  par  les  dieux  ancêtres  existant  aux  temps  primitifs  »  (Louvre 
C  :}.  1.  13-1G1.  A  Héliopolis.  Hà  était  sur    Maspero,  llisl..  I.  p     136  . 


386      ADMINISTRATION    LOCALE    SOIS     L  ANCIEN    EMPIRE    EGYPTIEN 

partant  plus  indépendants,  sous  l'ancien  Empire  qu'à  tout 
autre  moment.  Les  décrets  de  Koptos  opposent  encore  net- 
tement les  Sarou  aux  fonctionnaires  de  1  administration 
centrale;  cela  s'explique  d'autant  plus  que  la  VIe  dynastie 
est  une  époque  où  le  pouvoir  royal  s'affaiblit  et  se  morcelle. 
Mais  à  dater  de  la  XIIe  dynastie,  c'est-à-dire  lorsque  l'au- 
torité royale  restituée  a  réduit  à  merci  la  noblesse  des 
nomes,  le  mot  Sar  change  de  signification.  Il  ne  signifie 
plus  que  «  noble,  grand,  notable  »  ;  vin  peu  plus  tard,  sous 
la  XVIIIe  dynastie,  dans  les  textes  de  Rechmarâ,  Sar 
désigne  simplement  un  fonctionnaire  royal.  Quand  le  sens 
des  mots  change,  c'est  que  la  chose  a  fait  comme  le  mot  : 
l'institution  a  évolué  ;  le  corps  des  administrateurs  locaux 
a  perdu  de  son  indépendance  et  de  son  autonomie.  Il  est 
donc  possible  que  sous  l'ancien  Empire  les  Sarou  gardaient 
encore  une  parcelle  de  l'héritage  politique  d'une  organisa- 
tion locale  antérieure  à  la  monarchie  centralisée,  et  qu'ils 
aient  été  réduits  progressivement  k  un  rôle  subordonné. 

En  résumé,  si  les  textes  de  Koptos  ne  permettent  pas  de 
résoudre  le  problème  de  l'origine  des  Sarou,  du  moins  nous 
laissent-ils  entrevoir  leur  rôle  et  leurs  attributions.  Les 
Sarou  n'apparaissent  plus  comme  de  vagues  «  notables  »  : 
ce  sont  des  administrateurs  qui  promulguent  des  règlements 
d'administration,  interprétation  des  décrets  royaux,  et  qui 
ont  la  juridiction  des  conflits  relatifs  au  statut  des  tenan- 
ciers et  des  terres.  Les  Sarou  ne  sont  pas,  à  proprement 
parler,  des  fonctionnaires  royaux  ;  ils  représentent  une  admi- 
nistration locale  à  côté  de  l'administration  royale  du  nome. 

L'Egypte,  sous  l'ancien  Empire,  présente  donc  un  exemple 
nouveau  d'un  fait  historique  assez  fréquent.  Dans  les  Etats 
absolus,  il  arrive  que  des  institutions  locales  relativement 
indépendantes  corrigent  les  abus  d'une  excessive  centrali- 
sation. Tel  paraît  être  le  rôle  dévolu  aux  Sarou  en  regard 
des  fonctionnaires  du  Pharaon. 


387 
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krike,  hemyndigad  ofvevsattniiig  af  Erik  Gustaf  Skjôld  (Lund,  C.  W. 
K.  Gleerups  Fôrlag,  s.  d.,  in-8°,  100  pages).  C'est  la  traduction  sué- 
doise du  livre  précédemment  publié  en  danois  par  M.  Nyrop  et  pré- 
senté à  l'Académie  par  M.  Thomas,  dans  la  séance  du  21  janvier  der- 
nier. 


SÉANCE  DU  8  SEPTEMBRE 


PRESIDENCE    DE     M.     ANTOINE    THOMAS,    VICE-PRESIDENT. 

M.  Salomon  Reinach  étudie  les  diverses  légendes  relatives  à 
la  mort  de  l'amante  de  Thésée  et  s'arrête  sur  celle  que  racontait 
l'historien  Péon  d'Amathonte  (île  de  Chypre).  Suivant  Péon, 
Ariane  serait  morte  en  couches  à  Amathonte,  où  Thésée  avait  été 
obligé  de  la  débarquer.  Les  détails  donnés  par  Péon  doivent  être 
empruntés  à  un  scénario  rituel,  où  le  rôle  d'Ariane  en  travail 
était  joué  par  un  éphèbe  travesti.  Cela  n'a  rien  à  voir,  quoi  qu'on 
en  ait  dit,  avec  la  coutume  de  la  couvade  où  le  mari  prend  le  lit 
après  les  couches  de  sa  femme,  mais  sans  simuler  les  douleurs 
de  l'enfantement.  Les  travestissements  rituels  étaient  fréquents 
dans  les  cultes  païens  et  ainsi  s'explique  pourquoi  ils  sont  qua- 
1  i fiés  d'abominables  par  la  loi  mosaïque  qui  fut  invoquée  par  les 
juges  de  Rouen  contre  Jeanne  d'Arc.  Cette  prohibition,  que 
maintiennent  nos  règlements  de  police,  n'a  nullement  pour 
origine  le  souci  de  la  décence,  mais  l'horreur  que  marque  la 
législation  biblique  pour  tout  ce  qui  caractérisait  les  cultes 
païens. 

M.  Clehmont-Ganneau  présente  quelques  observations. 


:!SS  DEUX    MILITAIRES    DE    SEPTIME    SÉVÈRE 

M.  Franz  Cumont,  associé  étranger,  a  la  parole  pour  une  com- 
munication : 

«  Deux  milliaires,  découverts  successivement  à  l'Est  d'Alep, 
prouvent  qu'en  197,  au  moment  d'entreprendre  sa  grande  expé- 
dition contre  les  Parthes,  l'empereur  Septime  Sévère  fit  cons- 
truire ou  achever  une  nouvelle  route,  de  l'Euphrate  à  Hiéropolis 
et  Bérée  (Alep),  afin  d'assurer  ses  communications  avec  Antioche 
et  la  mer.  Cette  route  resta  une  des  plus  importantes  du  Nord 
de  la  Syrie  jusque  sous  les  khalifes  de  Bagdad,  et  l'une  des  deux 
bornes,  qui  porte  en  surcharge  une  inscription  arabe,  semble 
avoir  été  démarquée  par  un  souverain  musulman  '.  » 

MM.  Cagnat,  Monceaux  et  Théodore  Reinach  présentent 
quelques  observations. 


COMMUNICATION 


DEUX    MILLIAIRES    DE    SEPTIME    SEVERE, 

PAR    M.    FRANZ    CUMONT, 

ASSOCIÉ    ÉTRANGER    DE    L'ACADÉMIE. 

En  1907,  M.  D.  G.  Hogarth"  publiait  l'inscription  sui- 
vante copiée  sur  une  pierre  milliaire  qu'il  avait  découverte 
dans  la  Syrie  du  Nord,  entre  Hiérapolis,  aujourd'hui  Mera- 
bidj,  et  Batné  (Tell  Batnân),  près  du  village  d'Arimeh. 

IMP    CAES/// 

ANTÔNINI  P//// 

I  L///VICO 

DI  VI  ANTONINI  PI/// 

DIVIHADRIANI  P///, 

1.  Voir  ci-après. 

2.  Hogarth,  Annual  of  Ihe  British  School  ;<t  Athens,  XIV,  1907,  p.  185. 
—  L'inscription  d'un  second  milliaire,  qui  se  trouvait  aussi  à  Arimeh,  était 
à  peu  près  indéchiffrable. 


DEUX    MILLIAIRES    DE    SEPTIME    SÉVÈRE  389 

DI/////TRAIANI//////    -        - 
DI  VINERVAE////NEP 
///SEPT-  SEVERVS 
PERTINAXAVG///// 
ADIAB-  PP- POT//// 
V-IMP  VIII-COSI//// 
ETMAVR-AN//// 
CAESARDESIG//// 
I  M  P  M  P 
XIII 

Imp(erator)  Caes(ar)  [divi  M. 
Antonini  P[ii  GermÇanici)  f- 
il(ius),  [di]vi  Co[mmodi  f rater, 
divi  Antonini  Pi[i  nep(os), 
divi  Hadriani  p\  ronep(os), 
di[vi]  Traiani  [abnep(ps), 
divi  Nervae  \adnep(ps), 
[L(ucius)]  Sept(imius)  Severus 
Periihax  Aitg(ustits),  [ArabÇictis), 
Adiab(enicns),  p(ater)  pÇatriae),  potées tate)  [trib(iinicia) 
V,  imp(erator)  FUI,  co(n)s(ul)  /[/, 
et  M.  Aur(elius)  An\t(oninus) 
Caesar,  desig[natus 
iinpÇerator),  m(illia)  p(assuntn) 
XIII. 

La  borne  est  donc  aux  noms  de  Septime  Sévère  et  de 
Garacalla  avec  leur  titulature  officielle.  Le  rédacteur  a  seu- 
lement interverti  l'ordre  habituel  des  mots  trib(unicia) 
pol(estale),  à  moins  que  POT-  n'ait  été  sauté  par  le  lapi- 
cide. 

Comme  l'a  montré  M.  Hogârth,  la  distance  de  XIII  ou 
peut-être  de  XIII  I  milles  est  calculée  à  partir  d'Hiéra- 
polis  ;  Arimeh  se  trouve,  en  effet,  à  3  heures  1/2  de  cheval 
de  Membidj.  «  La   grande  carte  de  Kieperl,   qui  place  ces 


390  DEUX    MILLIAIRES    DE    SEPTIME    SÉVÈRE 

deux  Localités  à  28   kilomètres  Tune  de  Vautre,  à  vol  d'oi- 
seau, est  très  fautive  pour  toute  la  région  à  l'Est  d'Alep.  » 
Il  a  échappé  à  M.  Ilogarth   qu'un    fragment  d'un  second 
milliaire  provenant   de   la   même  route  avait  été  publié  en 
11)02  par    M.    Victor    Chapol.    d'après    un    estampage    de 
M.  Pognon1.  Celui-ci   l'avait  découvert   à  Sheikh-Nedjar, 
village  situé  à  deux  heures  au  Nord-Est  d'Alep  sur  la  route 
de  Bâb,  qui  est  près  de  l'ancienne  Batné.  Je  l'ai  retrouvé  in 
situ  en  1907,  à  dix  minutes  au  Sud  du  village,  couché  dans 
un  champ,  à  l'endroit  même  où   un  laboureur,  me  dit-on. 
l'avait  déterré  peu  d'années  auparavant.  C'est  un  tronçon  de 
colonne  de  calcaire  de  0  ni  88  de  haut  sur  0m  92  de  diamètre, 
brisé    du    haut  et   du   bas.  Quand  je  vis   l'inscription,  elle 
était  déjà  plus  mutilée  qu'au  moment  où  M.  Pognon  l'avait 
estampée.  Je  sépare  par  un  trait  la  partie  qui  manquait  : 

là     IMPERATOPIR.VSCA 

DIVI/^AUCIANTON 
j«  GEM^NKISAPMATIC 

DIVIC0MM0D1RPATEP 
AWOH1NIPIIN     j^iU 
ANI  PROf^PQS  Dl  t 

riABNEP«\p 

Imperato[r]i[b]us  Caes[aribus 
divi  Marci  Antonini 
Ge[r]manici  Sarmatici  [f^l^us, 
divi  Commodi  \f]rater,  divi 
Anton i ni  PU  [mpos,  divi  Hadri- 
ani  pronepos,  di[vi]  Trai- 
an\i  abnepos,  d[ivi  Nervae  adnepos, 
eh'. 

].  Çh{ t.  Biillelin  dreorr.  hell..  XXVI,  1902,  p.  191. 


DEUX    MILLIAIRES    DE    SEPTLME    SÉVÈRE  391 

Une  partie  de  la  titulature  a  été  grattée  pour  faire  place 
à  un  texte  arabe. 

L'inscription  latine  est  gravée  avec  une  extrême  négli- 
gence, les  lignes  ne  sont  pas  droites,  les  interlignes  sont 
inégaux,  des  lettres  ont  été  sautées  il.  3  :  Rj,  d'autres  ajou- 
tées après  coup  (1,  l  :  A  et  D)  ou  confondues  (1.1  :  P  pour 
G,  R  pour  B),  et  le  lapicide,  qui  apparemment  ne  savait  pas 
le  latin,  a  inventé  (1.  3  et  i)  une  nouvelle  forme  pour  le  R, 
que  l'alphabet  grec  ne  lui  avait  pas  appris  à  connaître.  De 
plus,  le  rédacteur  de  la  formule  a  complété  l'abréviation 
IMP-CAES-  par  un  datif  pluriel,  qui  fait  avec  les  nomi- 
natifs suivants  une  anacoluthe  choquante.  On  a  l'impres- 
sion que  ce  milliaire  a  été  exécuté  à  la  hâte  et  sans  soin. 
Nous  allons  peut-être  pouvoir  découvrir  le  motif  de  cette 
précipitation. 

Ces  deux  bornes  appartiennent  à  la  route  qui  de  Bérée 
se  dirigeait  vers  TEuphrate  et  la  Mésopotamie,  en  passant 
par  Batné  et  Hiérapolis  ',  et  elles  nous  apprennent  qu'elle 
fut  construite  ou  tout  au  moins  achevée  par  Septime 
Sévère.  La  première  nous  permet  même  de  préciser  en 
quelles  circonstances.  Sa  date  peut  être  déterminée  assez 
exactement.  L'empereur  exerça  sa  cinquième  puissance  tri- 
bunicienne  du  10  décembre  196  au  11)  décembre  197. 
D'autre  part,  il  reçut  sa  huitième  acclamation  impériale  en 
196,  la  dixième  en  automne  197,  l'époque  de  la  neuvième 
restant  indéterminée 2.  L  inscription  a  donc  été  gravée 
certainement  pendant  l'hiver,  le  printemps  ou  l'été  de  197. 
La  titulature  de  Caracalla,  qui  devint  César  en  196,  irnpe- 


L.  L'Itinéraire  d'Antonin  191,  7:  cf.  192,  i  n'indique  qu?  lu  seconde 
section  de  la  route,  celle  entre  Haine  et  les  villes  de  Mésopotamie.  La 
Table  de  Peutinger  donne  an  contraire  seulement  la  première  entre 
Herya.  (sic)  et  Hiérapolis. 

2.  Cagnat,  Cours  fVépifjrapliie  lutine.  V  éd.,  l'Jli,  p.  207,  d'après  les 
recherches  de  Wirth.  Quaestiones  Severtanae,  que  la  guerre  nia  empêché 
rie  me  procurer. 


.'{02  l>KI  \    MIU,IAIlll>    DE    SEPTIME    SÉVÈRE 

rnfor  désigna  tus  en  197  et  Auguste  vers  le  mois  d'avril 
198,  s'accorde  bien  avec  cette  conclusion. 

Heportons-nous  maintenant  aux  événements  de  la  vie 
de  Sévère  K  En  196,  tandis  que  ses  lieutenants  assiègent 
Byzance,  le  nouvel  empereur  franchit  l'Euphrate  et  s'avance 
jusqu'à  Nisibe.  qu'il  annexe  à  l'empire.  Byzance  prise,  il 
revient  par  les  provinces  danubiennes  à  Home,  où  il  se 
trouve  en  décembre.  Puis  il  marche  contre  son  compétiteur 
Albinus,  qu'il  bat  près  de  Lyon  le  19  février  197,  rentre  à 
Rome  le  2  juin  et  y  séjourne  une  partie  de  l'été.  Enfin,  il 
s'embarque  à  Brindes  et  entreprend  sa  grande  expédition 
contre  les  Parthes  dès  l'automne  de  197. 

C'est  donc  au  moment  où  il  préparait  cette  campagne, 
que  l'empereur  ordonna  la  prompte  exécution  d'une  route 
nouvelle  qui  lui  permît  de  conduire  rapidement  ses  troupes 
et  ses  convois  jusqu'en  Mésopotamie  et  assurât  ses  com- 
munications avec  Antioche.  En  temps  de  guerre,  comme  en 
temps  de  paix,  les  solides  chaussées  romaines  ont  joué  le 
rôle  de  nos  chemins  de  fer  comme  voies  stratégiques  et 
commerciales.  De  même,  l'année  suivante,  en  198,  Sévère, 
qui  de  sa  main  puissante  réorganisa  toute  la  défense  de  la 
frontière  d'Orient,  reculée  par  ses  victoires,  faisait  remettre 
en  état,  à  travers  la  Cappadoce,  la  route  de  Césarée  à  Méli* 
tène,  dont  le  camp  gardait  l'Euphrate  au  Nord  du  Taurus  ~, 
et  en  même  temps  il  en  traçait  une  autre  à  travers  le 
désert  d'Epiphania  (Hamâ_}à  Palmyre3). 

La  grande-- voie  (fui  conduisait  d'Antioche  en  Mésopo- 
tamie était  auparavant  celle  qui.  se  dirigeant  vers  le  Xord- 


-1.  Ad.  De  Ceuleneer,  Essai  sur   le  règne  de  Septime  Sévère  [Méjn.  de 
lAcad.  de  Belgique.  XLIII).  1880.  p.  101  ss. 

2.  Hdgarth  et  Munro,  Modem  and  ancient  roadsin   Eastern  Asia  Minor 
Royal    (ieogr.  Society.   Snpplemenlary    Papers.   t.    UT  1893,  p.  679  s.  :  cf. 

C.   I.   L.,  III.  Suppl..  p.  2063  (n"  1262  ss.  . 

3.  C.  I.  I...  III.  0722.  6723.  Plus   tard  nous  voyons   encore    Sévère  faire 
restaurer  le  pont  sur  le  Ghabinas  en  Corwnaçène,  <  '. .  1.  L.,  III.  67.Q9 * 


DEUX    MILLIAIRES    DE    SEPTIME    SÉVÈRE  393 

Est,  allait  chercher  le  fameux  pont  de  Zeugma,  jeté  par 
Séleucus  Nicator  sur  l'Euphrate  et  reconstruit  par  les  ingé- 
nieurs romains  au  village  actuel  de  Bâlkîs  ' .  Elle  faisait  un 
long-  détour  et,  de  plus,  son  tracé  à  travers  un  pays  tour- 
menté obligeait  à  y  cheminer  par  monts  et  par  vaux  ;  seule- 
ment elle  évitait  l'approche  du  désert,  et  les  caravanes  ou 
charrois  n'y  étaient  pas  exposés  aux  coups  de  main  des 
pillards  sarrasins.  Mais,  à  la  fin  du  11e  siècle,  l'administra- 
tion impériale  avait  assuré  la  sécurité  de  la  vaste  plaine 
qui  s'étend  à  l'Est  d'Alep.  Les  ruines  de  nombreux  villages 
attestent  la  prospérité  que  cette  contrée  avait  atteinte, 
grâce  à  la  protection  des  légions,  durant  la  paix  de  l'âge  des 
Antonins.  Hiérapolis  était  une  grande  ville  qui  devait  deve- 
nir, au  ivc  siècle,  la  métropole  de  l'Euphratésie  et  rester, 
sous  les  khalifes  de  Bagdad,  le  chef-lieu  d'une  province2. 
Au  moyen  âge,  quand  toute  cette  région  dévastée  et  désolée, 
fut  de  nouveau  abandonnée  aux  nomades,  les  marchands 
d'Alep  furent  obligés  de  refaire  le  même  crochet  que  leurs 
prédécesseurs  sous  les  Séleucides  et  les  premiers  Césars,  et 
le  principal  passage  de  l'Euphrate,  jusqu'à  la  construction 
du  chemin  de  fer  de  Bagdad,  fut  à  Biredjik,  non  loin  de 
l'ancien  Zeugma. 

Il  est  à  peine  douteux  que  Septime  Sévère  ait  emprunté 
la  route  dont  il  avait  hâté  la  construction,  lorsqu'il  se  mit 
en  marche  avec  ses  légions  pour  combattre  les  Parthes,  Les 
lacunes  du  texte  de  Dion  Cassius,  dont  nous  ne  possédons, 
pour  les  débuts  de  cette  campagne,  que  le  misérable  abrégé 
de  Xiphilin3,  nous  laissaient  jusqu'ici  dans  le  doute  sur  la 
direction  suivie  par  l'empereur  pour  se  rendre  en  Mésopo- 
tamie. Nous  savions  seulement  que  la  flotte  qu'il  avait  réu- 


1.  Cf.  Mélanges  de  l'École  de  Rome,  t.  XXXV,  1915.  p.  KSI  ss. 

2.  Le  Strange,  Palestine  under  the  Moslems,  1890,  p.  36. 

3.  Dion  Cassius,  LXXVI,  9  (t.  III,  p.  346,  éd.  Boissevain  .  Cf.  Do   Ceuje- 
neef\  op.  cit.,  p.  1 1  1  s. 


•')'.»  i  DEUX    MILLIA1RES    DE    9EPTIME   SÉVÈRE 

nie  descendit  l'Euphrate,  dont  ses  troupes  longèrent  les 
deux  rives.  Dès  lors,  il  apparaît  clairement  quelle  impor- 
lance  militaire  eut  pour  lui  la  nouvelle  chaussée  qui  joi- 
gnait le  grand  fleuve  à  Antioche  et  à  la  Méditerranée,  et 
nos  milliaires  permettent  ainsi  de  préciser  un  fait  histo- 
rique de  quelque  intérêt. 

Cette  voie  resta  jusqu'à  la  lin  de  l'empire  la  plus  coin- 
mode  et  la  plus  suivie  pour  se  rendre  dans  les  provinces 
situées  au  delà  de  l'Euphrate  et  dans  les  Etats  des  Sassa- 
nides.  En  363,  c'est  par  elle  que  l'empereur  Julien  s'ache- 
mina vers  la  Perse,  lorsqu'il  entreprit  l'expédition  fatale 
où  il  devait  trouver  la  mort,  et  Ammien  note  expressément 
qu'à  son  départ  d' Antioche  il  se  dirigea  vers  Hiérapolis 
solitis  itineribus  l.  Quelque  vingt  ans  plus  tard,  une  pieuse 
abbesse,  qui  nous  a  laissé  le  récit  de  sa  visite  aux  Lieux 
Saints  -,  choisit  le  même  itinéraire  lorsqu  elle  voulut  se 
rendre  en  pèlerinage  à  Edesse,  et,  sous  Justinien,  en  540,  le 
roi  Chosroès  parcourut  encore,  en  sens  inverse,  le  même 
chemin  lorsqu'il  vint  brûler  Bérée  et  piller  Antioche''. 

Plus  tard  encore,  cette  route  garda  toute  son  importance. 
Comme  la  plupart  de  celles  de  Syrie,  elle  resta  en  usage  à 
l'époque  musulmane  :  les  géographes  arabes  comptent 
deux  jours  de  marche  d'Alep  à  Membidj.  tout  comme  les 
anciens4,  et  une  courte  étape  de  Membidj  à  l'Euphrate  \ 
Toutefois,  comme  le  but  qu'il  fallait  atteindre  était  main- 
tenant Bagdad,  la  nouvelle  capitale,  la  direction  de  l'an- 
cienne chaussée  fut  modifiée  à  son  extrémité.  Au  lieu  d'at- 
teindre l'Euphrate  immédiatement  au-dessous  de  son  con- 

1.  Ammien,  XXIII.  2,  <>.  Cf.  Julien,  Epist.,  27.  J'étudierai  bientôt  en 
détail  la  marche  de  Julien,  dont  les  étapes  furent  Antioche.  Litarba,  Bérée, 
Batné,  Hiérapolis,  Euphrate. 

2.  Peregrinalio  Silviae  (dans  Gleyer.  Itinera  Hierosolymitana  ,  e.  18. 

3.  Procope,  Bell.  Pers.,  II,  7  et  s. 

4.  Procope,  /.  c.  p.  173.  1,  Haury)  :  Bspoia  oï  'AvTto/îta;  jisv  xaî  'Ispa- 
rroÀsw:   ;x£Ta;J  •/.eïtx:  Suoïv  81  rj[j.ept3v  ôSaS  euÇoiva)  àv8pi  éxaTipxç  BiÉYêt . 

î>.  Le  Strange.  Palestine  under  the  Moslems,  p.  501, 


DEUX    MILUAIRES    DE    SEPT[ME    SKVKRE  3ÔS 

fluent  avec   le   Sadjour  ',  elle   le  traversa   sur  un    nouveau 
pont  à  une  quinzaine  de  kilomètres  en  aval  près  de  Kala'at- 
an-Nadjm,  le    célèbre    Château  de  l'Étoile,  qui  gardait    le 
passage  5.  Nous  voyons  se  vérifier  ici  une  observation  faite 
par  M.   Clermont-Ganneau3,  que  «  Byzantins    et    Arabes 
n'ont  guère   fait   qu'entretenir,  peut-être  en   les   rectifiant 
quelquefois,  les  anciennes  voies  romaines  ».  Notre  confrère 
a  montré  qu'à  l'imitation  des  Césars,  les  khalifes  de  Damas 
et  de  Bagdad  jalonnaient  les  chaussées  qu'ils  faisaient  res- 
taurer d'inscriptions  indiquant  avec  leurs  noms  la  distance 
en  milles,  dont  la  longueur  ne  répond  pas  d'ailleurs  à  celle 
de  l'ancienne  mesure  romaine  4.  Il  a  publié  en  même  temps 
le    premier    milliaire    arabe    connu  :  placé    par    le   khalife 
omméyade  Abd-el-Malik  sur  la  route  de  Damas  à  Jérusa- 
lem, renouvelée  par  ses  soins,  elle  y  marquait  le  cent  neu- 
vième  mille.  Depuis,  d'autres    bornes,  ou  plutôt    plaques, 
analogues  ont  été  successivement  retrouvées  en  Palestine  •"'. 
Il  est  regrettable  que  M.  Pognon  n'ait  pas  publié  jusqu'ici, 
du  moins  à  ma   connaissance,  l'inscription  arabe  6  qui  a  été 
substituée  à  une  partie  du  texte   latin  sur  notre  tronçon  de 
colonne  mis  au  jour  à  Sheikh-Nedjar  ;  mais  je  serais  tenté 
de  croire  que  celle-ci  pourrait  nous  offrir  l'exemple  curieux 
d'une  borne  antique   réutilisée  et  démarquée  par   quelque 
souverain  musulman. 


1.  Cf.  Hogarth,  /.  c,  p.  28-i. 

2.  Il  est  vrai  que  le  Château  de  l'Étoile  occupe  peut-être  l'emplacement 
delà  forteresse  romaine  de  Caeciliana  (Chapot,  La  frontière  de  l'Euphrale. 
1907,  p.  281)  et  que,  suivant  la  Table  de  Pcutinger,  une  route  reliait  déjà 
Hiérapolis  et  Caeciliana,  mais  certainement  le  pont,  qui  lui  donna  son 
importance  au  moyen  âge,  fut  l'œuvre  d'un  des  khalifes  de  Bagdad. 

3.  Recueil  d'archéol.  orient.,  t    1,  1888,  p.  206. 

4.  Selon  le  P.  Lagrange,  Revue  biblique,  1891,  p.  130  s.,  elle  serait  de 
2592  mètres. 

5.  Lagrange,  /.  c.  et  ibid.,  1897,  p.  10 i  s. 

6.  M.  Pognon  ne  l'a  pas  admise  dans  ses  Inscriptions  sémitiques  de 
Syrie. 


396 

LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  l'ouvrage  suivant  : 
Georges  Argyropoulo,  L'Allemagne  ennemie  de  V hellénisme  ;  pré- 
l'ace  de  Maurice  Barrés,  de  l'Académie  française,  et  une  lettre  d'Al- 
fred Croiset,  de  l'Institut,  doyen  de  la  Faculté  des  Lettres  (Paris, 
1916,  in-16  . 

M.  Louis  Léger  présente  un  mémoire  sur  la  Lutte  séculaire  des 
Germains  et  des  Slaves  (Paris,  1916,  in-8°  .  Il  commente  les  paroles 
du  chroniqueur  saxon  Widukind  (xP  siècle).  «  Transeunt  dies  plurimi 
Saxonibus  pro  gloria  et  pro  magno  latoque  imperio,  Sclavis  pro 
libertate  ac  ultima  servitute  varie  certantibus.  »  Ce  texte  est  com- 
plété par  celui  d'une  autre  chronique  germanique  :  «  Gentiles  isti  pes- 
simi  sunt;  sed  terra  eorum  optima  carne,  melle,  farina,  avibus... 
referta  ita  ut  nulla  ei  possit  comparari.  Quapropter,  o  Saxones..., 
hic  poteritis  et  animas  vestras  salvare  et  optimam  terram  ad  inhabi- 
tandum  acquirere.  » 


SÉANCE    DU    15   SEPTEMBRE 


PRÉSIDENCE    DR    M.     EDOUARD    CHAVANNES,    ANCIEN    PRESIDENT. 

Le  Secrétaire  perpétuel  donne  lecture  du  décret  qui  autorise 
l'Académie  à  accepter  la  donation  faite  par  Mme  la  marquise  Arco- 
nati-Visconti  pour  la  création  d'un  prix  triennal  de  3.000  francs 
(prix  Raoul  Duseigneurj  en  faveur  des  travaux  concernant  l'art 
et  l'archéologie  espagnols  depuis  les  temps  les  plus  anciens  jus- 
qu'à la  fin  du  xvie  siècle. 

Le  P.  Scheil  fait  une  communication  sur  la  Prière  des  Morts 
chez  les  Élamites.  Il  s'agit  d'un  petit  lot  de  tablettes  trouvées 
dans  des  tombes  susiennes  et  où  chaque  formule  exprime,  soit 
par  la  bouche  du  mort  lui-même,  soit  par  celle  des  survivants, 
des  souhaits  de  bonheur  pour  la  vie  future. 


FOUILLES    d'enSÉRUXE,     PRÈS    DE    RÉZIERS  397 

M.  Po'ttier  lil  une  note  de  M.  Félix  Mouret,  propriétaire  à 
Vendres,  sur  des  fouilles  exécutées  à  Lnsérune,  près  de  Béziers. 
M.  Mouret,  s'étanl  rendu  acquéreur  d'un  terrain  déjà  signalé  à 
l'attention  par  des  recherches  antérieures,  a  eu  la  bonne  for- 
lune  d'y  trouver  une  nécropole  fort  riche,  où  les  poteries  dites 
ibériques,  à  décor  géométrique,  voisinent  avec  des  vases  peints 
grecs  du  ive  siècle.  C'est  un  complément  heureux  aux  décou- 
vertes déjà  faites  par  M.  Rouzaud  à  Narbonne  ',  par  M.  G. 
Yasseur  à  Marseille  2.  La  trouvaille  est  d'autant  plus  intéres- 
sante que,  pour  la  première  fois,  beaucoup  de  ces  vases  sont 
recueillis  en  bon  état,  dans  des  tombes  à  incinération  qui  les 
ont  conservés  à  peu  près  intacts;  jusqu'ici,  on  n'avait  pu  récol- 
ler que  des  fragments.  L'Académie  louera  la  généreuse  initia- 
tive de  M.  Mouret  qui  réserve  à  la  science  un  terrain  aussi 
fécond  et  elle  le  félicitera  d'avoir,  le  premier,  fourni  la  preuve 
que  le  commerce  grec  est  venu  jusqu'à  Béziers.  D'après  un  frag- 
ment de  vase  à  figures  noires  qu'il  signale  comme  provenant  de 
Béziers  même  et  d'après  les  textes  historiques,  il  a  conclu  très 
justement  que  cette  pénétration  s'était  réalisée  dès  le  vie  siècle 
avant  notre  ère  3. 

MM.  Salomon  Rf.inach  et  Babei.on  présentent  quelques  obser- 
vations. 


COMMUNICATION 


.NOTE    DE    M.     FELIX    MOURET 
SIR    SES    FOUILLES    d'eNSÉRUXE,    PRÈS    DE    UÉZIERS. 

A  î>  kilomètres  au  Sud-Ouest  de  Béziers  s'élève  la  haute 
colline  d'Ensérune  dont  le  sommet  terminé   par  un  grand 

1 .  Voir  le  rapport  sur  les  l'ouilles  de  Montlaurès  dans  les  Comptes  rendus 
de  l'Académie,  1909,  p.  981. 

2.  Voir  la  publication  faite  par  M.  G.  Vasseur,  dans  le  tome   \'III  des 
Annales  du  Musée  d'histoire  naturelle  de  Marseille. 

6.    \'<>ir  ci-après. 


308  fouilles  d ensérune,  près  de  réziers 

plateau  domine  tout  le  pays  environnant,  depuis  les 
Cévennes  jusqu'à  la  nier,  et  conserve  encore  les  vestiges 
d'un  antique  oppidum,  avec  ses  pans  de  murs  cyclopéens 
el  ses  grands  silos  creusés  dans  le  roc. 

Elle  a,  depuis  longtemps,  attiré  l'attention  des  archéo- 
logues, et  si  quelque  chose  doit  nous  surprendre,  ce  n'est 
pas  que  j'aie  pu  y  faire  de  si  précieuses  trouvailles,  mais 
bien  au  contraire  que  depuis  plus  d'un  demi-siècle  tant 
d'érudits  observateurs  aient  vanté  les  richesses  archéolo- 
giques de  sa  couche  superficielle,  sans  qu'aucun  d'eux  ait 
entrepris  des  fouilles  suivies  dans  ses  couches  profondes. 

Vers  le  milieu  du  siècle  dernier,  un  numismate  biterrois, 
L.  Bonnet,  y  recueillait  une  bonne  partie  de  sa  magnifique 
collection  de  monnaies  ibériennes  et  donnait  peut-être  ainsi 
à  son  compatriote  Boudard  la  première  idée  de  sa  Numis- 
matique ihérienne,  parue  en  1859. 

Quelques  années  plus  tard,  l'abbé  Ginieis,  curé  de  Mon- 
tady,  consignait  ses  observations  personnelles  dans  un 
mémoire  inédit  dont  se  servit  Noguier,  en  1874,  pour  la 
publication  d'une  importante  Notice  dans  laquelle  il  signale 
ainsi  le  cimetière  à  incinération  d'Ensérune  :  «  Les  sépul- 
tures reconnues  sur  le  plateau  étaient  toutes  à  incinération 
et  les  os  calcinés  et  les  cendres  contenus  dans  de  grands 
vases  en  poterie  (genre  dolium).  On  les  rencontre  enfouis 
à  une  petite  profondeur,  recouverts  d'une  dalle  et  entourés 
d'autres  vases  de  toutes  dimensions.  Le  nombre  infini  des 
débris  de  ces  poteries  est  un  indice  de  la  quantité  des  inci- 
nérations qui  ont  été  fouillées.  »  (Bullef.  de  la  Société arch. 
de  Béziers,  2e  série,  t.  VII,  p.  244.) 

Vers  1898,  M.  Thiers,  de  Narbonne,  explora  ce  même 
gisement  et  fit  paraître,  dans  le  Bulletin  de  la  Commission 
archéologique  de  Narbonne,  t.  X,  p.  280,  des  Notes  sur  les 
Ibères  du  Bas-Languedoc,  dont  la  première  et  la  plus  impor- 
tante est  consacrée  à  Ensérune.  Il  énumère  les  poteries 
grecques  et  les  objets  en  bronze  provenant  de  cet  oppidum, 


FOUILLES    D  ENSÊRUNE,    PRÈS    DE    1SÉZIERS  1:599 

apportés  au  Musée  de  Narbonne,  en  1887,  par  un  habitant  de 
Colombiers  ;  il  voit  dans  cette  trouvaille  la  preuve  des  rela- 
tions des  gens  d'Ensérune  avec  les  populations  de  la  Grande- 
Grèce  et  fait  remarquer  que  M.  Cartailhac,  ayant  trouvé  au 
même  endroit  un  grand  nombre  de  fragments  de  poterie  à 
patine  noire  lustrée,  les  regarde  comme  grecs  (ihid., 
p.  288). 

M.  Rouzaud,  déjà  stimulé  par  ses  riches  découvertes  de 
Montlaurès,  ne  pouvait  rester  indifférent  au  champ  d'études 
qui  s'ouvrait  devant  lui  du  côté  de  Béziers  ;  il  vint  souvent 
parcourir  le  plateau  d'Ensérune  de  1909  à  1912  et  fit  part 
de  ses  observations  personnelles  à  M.  Vasseur  qui  les  relata 
dans  les  Annales  du  Musée  d'Histoire  naturelle  de  Mar- 
seille, t.  XIII,  p.  184  ;  mais  il  se  livra  surtout  à  des  explo- 
rations superficielles;  toutefois,  par  quelques  sondages 
heureux,  il  eut  lé  mérite  de  retrouver  le  champ  d'urnes 
cinéraires  signalé,  trente  ans  auparavant,  par  Noguier.  En 
fouillant  la  pente  d'un  talus,  il  mit  au  jour  une  tombe 
avec  des  cendres,  un  vase  cinéraire  ibérique  et  quelques 
tessons  de  poteries  grecques  du  ivc  siècle. 

Peu  après,  M.  Baquié,  de  Nissan,  MM.  Genson  et  Albaille, 
de  Béziers,  et  moi-même  nous  faisions,  au  même  endroit, 
des  trouvailles  analogues.  Je  fus  dès  lors  convaincu  que  la 
vigne  située  au-dessus  de  ce  talus  renfermait  la  nécropole 
de  l'oppidum,  et  je  demandai  à  M.  Amigues,  de  Nissan, 
qui  en  était  propriétaire,  de  me  la  vendre. 

Après  l'avoir  acquise,  je  m'empressai  de  creuser  une 
tranchée  que  j'ai  poursuivie  sur  une  longueur  de  40  mètres 
environ,  une  largeur  de  4  à  8  mètres,  une  profondeur  de 
1  m  10  à  2  m  50,  et  qui  m'a  livré  138  petites  tombes  à  inciné- 
ration, avec  un  précieux  mobilier  funéraire,  sur  lequel  je 
donnerai  les  renseignements  d'ensemble  suivants. 


1916 


100 


FOUILLES    DEKSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS 


DISPOSITION    DES    TOMBES. 


Les  vases  campaniens  et  les  vases  grecs  ne  se  trouvent 
pas  dans  les  mêmes  tombes,  mais  dans  des  tombes  diffé- 
rentes qui  sont  ainsi  exactement  datées  par  eux. 

Les  premiers  sont  de  jolis  cratères  entiers  (lig.  1),  renfer- 
mant toujours  les  ossements  du  mort  ;  ils  sont  associés  à  des 
vases  barbares  grossiers,  à  pâte  brune  ou  noire,  qui  con- 
tennent    le    repas    funéraire    :   poules,  oies,  pigeons.    Les 


Fig.  1.  —  Cratère  campanien  servant  d 


ossuaire. 


seconds  sont  des  coupes  grecques  du  iv°  ou  du  vc  siècle, 
brisées,  souvent  incomplètes  (fig.  2.  ,  dont  les  fragments 
disséminés  parmi  les  cendres  des  tombes  accompagnent  des 
vases  ibériques  entiers,  ayant  servi  d'urnes  cinéraires  (fig.  3 

Ces  deux  genres  de  sépultures  occupent,  l'une  la  partie 
septentrionale  de  la  nécropole,  l'autre  la  partie  médiane  ; 
reste  à  fouiller  l'extrémité  méridionale. 


FOUILLES    D*EISSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS 


401 


Quelques  vases  ibériques,  sans  poteries  grecques,  sont 
intercalés  parmi  les  tombes  à  cratères  campaniens. 

Parmi  les  tombes  à  cratères  campaniens,  ils  s'en  trou- 
vait d'autres  de  la  même  époque,  datées  par  des  plats  cam- 


F« 


Coupe  attique  apportée  en  offrande  funéraire. 


paniens,  mais  où  les  ossements  du  mort  étaient  renfermés 
dans  des  vases  indigènes  à  pâte  grise,  fine,  plus  ou  moins 
lustrée,    dont  les   formes  imitent   la  poterie  hellénique  ;  là 


402 


FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRIS    DE    BÉZ1ER8 


Fig.  i.  —  Inscription  ibérique, gravée  sous  le  pied  d'un  cratère  campanien. 


Fig. .").  —  Inscription  gravée  sou-  le  pied  d'un  petit  vase  ibérique . 


404  fouilles  d'ensérune,  près  de  bézters 

aussi,  on  trouva  les  mêmes  poteries  noires  grossières 
avec  ossements  de  petits  animaux  ;  parfois,  cependant, 
ces  dernières  faisaient  défaut  et  le  repas  funéraire  était 
servi  dans  des  plats  campaniens  ou  ibériques  (certains  de 
ces  plats  sont  décorés  de  la  peinture  rouge  caractéristique 
des  vases  ibériques)  ;  le  repas  consistait  alors  en  pâtes,  œufs 
ou  aliments,  qui  se  sont  réduits  en  une  poussière  noire. 
Grâce  au  cimetière  d'Ensérune,  il  sera  donc  possible  de 
dater  les  vases  gris  clair  lustrés,  les  vases  bruns  ou  noirs 
grossiers  et  les  vases  ibériques.  Le  nombre  de  ces  différents 
vases  que  j'ai  retirés  de  cette  station  s'élève  à  plus  de  cent 
entiers,  à  plus  de  cinquante  brisés. 

Enfin  les  tombes  à  urnes  cinéraires  ibériques  les  plus 
anciennes  sont  datées  par  des  fibules,  bracelets,  agrafes  de 
ceinturons  et  vases  de  bronze.  Je  dois  signaler  aussi  de  nom- 
breuses épées  en  fer,  les  unes  très  longues,  très  larges, 
droites,  repliées  plusieurs  fois  sur  elles-mêmes,  les  autres 
courbées  (ibériques)  ;  parmi  celles-ci,  j'en  ai  trouvé  une  dont 
la  poignée  en  bronze  est  ornée  d'un  fil  métallique  jaune  qui 
s'enroule  autour  d'elle  et  produit  un  bel  effet  décoratif.  Tout 
cela  sera  très  intéressant  à  étudier,  ainsi  que  les  inscrip- 
tions tracées  à  la  pointe  sous  le  pied  de  quelques  vases 
campaniens  ou  ibériques  (fig.  4  et  5). 

Voici  maintenant  l'énumération,  par  catégories,  du  mobi- 
lier funéraire  recueilli  dans  ces  138  tombes. 

le  mobilier  funéraire. 
A.  —  Céramique. 

I.  —  Vases  ibériques  : 

a)  108  urnes  cinéraires  ibériques  renfermant  des  osse- 
ments humains  plus  ou  moins  calcinés,  des  fusaïoles  en 
terre  cuite  et  des  objets  de  parure  ou  d'habillement  en 
bronze  :  fibules,  agrafes  de  ceinturons,  bagues,  anneaux 
divers,  perles  de  collier. 


FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZ1ERS  405 

Ces  vases  sont  généralement  ornés  de  lignes  droites  ou 
ondulées,  de  volutes  ou  de  dessins  géométriques  peints  en 
rouge  brun,  en  rouge  clair  ou  en  noir  (fîg\  3)  ;  un  seul  est 
décoré  d'une  guirlande  de  feuillage  ;  plusieurs  n'ont  reçu 
aucune  peinture  et  portent  sur  la  panse  une  ou  deux  rai- 
nures faites  au  tour.  Ils  sont  de  formes  et  de  dimensions 
variées,  sans  anses,  avec  une  ou  deux  anses,  celles-ci  verti- 
cales ou  horizontales,  simples  ou  bifides,  basses  ou  surélevées 
au-dessus  des  lèvres.  Je  me  bornerai  à  signaler,  parmi  les 
plus  intéressants,  des  vases  ovoïdes  sans  anses,  avec  pied 
bombé,  ornés  de  volutes  et  de  lignes  ondulées,  plusieurs 
œnochoés  à  bec  tréflé  (fig.  3),  un  grand  cratère  à  anses  hori- 
zontales, à  lèvres  évasées,  un  vase  apode  à  panse  renflée 
dans  le  bas,  sur  laquelle  sont  peints  des  losanges  et  des 
cercles  concentriques  noirs  pareils  à  ceux  de  tessons  d'Ama- 
rejo  (fig.  3)  ;  mais  alors  qu'en  Espagne  M.  Paris  n'a  trouvé 
que  deux  petits  fragments  ainsi  décorés  ',  Ensérune  m'a 
fourni  ce  vase  entier  et  daté  du  ive  siècle  par  une  belle 
coupe  grecque  (fig.  2). 

b)  25   poteries   ibériques   non   cinéraires,  comprenant  : 

4  petites  urnes  avec  ou  sans  anses  ; 

4  petits  plats  avec  une  ou  deux  anses  ; 

1  vase  caliciforme  ; 

2  petites  bouteilles  à  panse  renflée  ; 

14  petites  assiettes,  dont  deux  signées  sous  le  pied  en 
caractères  ibériques  tracés  à  la  pointe  (fig.  5). 

Plusieurs  de  ces  poteries  rappellent,  par  leurs  formes  ou 
leurs  décorations,  celles  qui  ont  été  trouvées  en  Espagne  - . 

II.  —  Vases  indigènes. 

a)  22  urnes  cinéraires  à  pâte  fine,  grise  ou  brune,  bien 

1.  P.  Paris.  Ess&i  sur  l'art  et  l'industrie  de  l'Espagne  primitive.  1904. 
t.  II.  p.  59,  fig:.  70. 

2.  Archaeologia,  vol.  61.  Londres,  1912-13,  pi.  XII;  urnes  cinéraires  et 
poteries  de  la  nécropole  d'Aguilar  d'Anguita,  collection  de  M.  le  marquis 
de  Ceralbo.  Yoy.  aussi  The  iceapons  of  the  Iherians.  par  Horace  Sandars. 


£06  FOUILLES    D  ENSÉRUNE,    PRÈS    DE    RÉZIERS 

cuite,  dure,  sonore,  à  surface  polie  ou  lustrée,  unie,  de 
dimensions  et  de  formes  variées,  faites  au  tour,  à  parois 
minces  ;  ces  vases  légers  ne  manquent  pas  d'élégance  et 
paraissent  imiter  les  produits  de  fabrication  hellénique  ; 
plusieurs  sont  identiques  à  ceux  de  Cabrera  de  Mataro  '  ; 
quelques-uns  ont  une  forme  très  particulière. 

b)  15  urnes  cinéraires  à  pâte  grossière,  grise,  brune  ou 
noire,  souvent  mal  cuite,  généralement  décorées  au  bas 
du  col  de  dessins  incisés  avant  la  cuisson. 

c)  35  vases  culinaires,  genre  marmite,  renfermant 
encore  les  restes  des  repas  funéraires  offerts  aux  morts  ;  en 
terre  grossière,  rouge,  brune  ou  noire,  mal  pétrie  et  mal 
cuite.  Ils  sont  souvent  brisés  par  le  poids  des  remblais; 
je  n'ai  pu  recueillir  que  23  de  ces  vases  plus  ou  moins 
bien  conservés  et  dont  plusieurs  portent  nettement  la 
trace  du  feu;  ils  renfermaient  des  ossements  de  poules, 
de  pigeons  (?)  et  d'autres  petits  animaux  qu'il  appartiendra 
à  des  naturalistes  de  déterminer.  Ils  sont  souvent  décorés 
sur  le  col  de  points,  d'incisions  ou  d'une  torsade  en  forme 
de  cordelette  et  munis  parfois  d'une  anse  ou  simplement 
de  deux  ou  trois  boutons  saillants.  On  en  trouve  de  pareils 
en  Espagne,  notamment  à  Gérone  2. 

III.  —  Vases  campaniens  des  ivc  et  m°  siècles,  ayant 
servi  d'urnes  cinéraires. 

a)  2  grands  cratères  campaniformes  à  anses  basses 
recourbées  vers  le  haut,  mesurant,  l'un  :  hauteur  0m  36, 
circonférence  du  pied  0m  39,  de  la  panse  0m  54,  des  lèvres 
1™  05;  l'autre  :  hauteur  0m  il,  circonférence  du  pied 
0"1  50,  de  la  panse  0m63,  des    lèvres    lm  20. 

b)  12  cratères  campaniens  à  anses  plates  au  niveau 
des  lèvres,  à  panse  cannelée  ou  non,  à  col  parfois  décoré 
d  une  guirlande  de  feuilles  en  relief  ou  de  motifs  dans  les- 

1.  Archaeoloyia,  ibid.  p.  256,  fig.  32. 

2.  P.  Paris,  op.  cit..  p.  il.  fig.  19. 


FOUILLES    d'eXSÉRLNE,     PRÈS    DE    BÉZIERS  407 

quels  on  reconnaît  des  objets  de  parure  (fig.  1).  L'un  d'eux 
rappelle  exactement  un  exemplaire  trouvé  en  Espagne,  à 
Cabrera  de  Mataro  ',  un  autre  porte  des  traces  de  dorure 
sur  les  nervures  des  feuilles,  un  troisième  a  reçu  sous  le 
pied  une  inscription  en  caractères  ibériques  gravés  à  la  pointe 
(fig.  4).  Plusieurs  de  ces  cratères  ont  été  raccommodés 
dans  l'antiquité  avec  des  fils  ou  des  bouchons  de  plomb. 

c)  2  petits  vases  de  même  forme,  de  mêmes  dimen- 
sions, l'un  à  vernis  noir  brillant,  sûrement  grec,  l'autre  sans 
vernis,  d'aspect  barbare. 

d)  2  plats  campaniens  à  palmettes  ;  sous  le  pied  du  plus 
grand  est  incisée  une  inscription  ibérique. 

e)  o  assiettes  campaniennes  très  bien  conservées  avec 
étoiles  ou  palmettes;  4  petites  assiettes  sans  palmettes. 

f)  Nombreux  fragments  de  cratères  et  de  plats  ;  ceux- 
ci  souvent  bien  décorés. 

IV.  —  Vases  grecs  de  la  fin  du  v°  et  du  ive  siècle. 

Un  grand  cratère  à  figures  rouges,  où  est  représenté,  sur 
la  panse,  au-dessus  d'une  large  grecque,  un  cavalier  scvthe 
sur  un  cheval  blanc,  attaqué  par  deux  griffons  ailés.  Il  a  été 
raccommodé. 

Un  vase  profond,  sans  rebord,  à  rosaces  peintes  en  rouge 
avec  personnages. 

Une  belle  coupe,  à  l'intérieur  de  laquelle,  dans  un  cercle 
entouré  d'une  grecque,  est  représenté  Apollon  sur  un  griffon  ; 
au   revers,   suite   de   personnages    et  de  palmettes. 

2  belles  coupes  avec  personnages  entourés  d'une  grecque, 
à  l'intérieur  et  au  revers  :  rinceaux  et  palmettes  sur  les  deux 
faces  (fig.  2). 

Plus  de  100  fragments  avec  figures  et  palmettes. 

V.  —  Poterie  de  fabrication  particulière. 

Un  magnifique  vase  ayant  servi  d'urne  cinéraire  est  daté 

1.  Arehneolocjia.  ihid.  :  Sandars,  The  weapons  of  the  Iberians,  p.  260  et 
261. 


408  fouilles  d'ensérune,  prks  de  béziers 

du  IVe  siècle  par  la  coupe  représentant  Apollon  qui  la  sur- 
montait. Il  est  en  terre  rouge  très  fine,  bien  cuite,  à  parois 
très  minces,  et  recouvert  sur  toute  sa  surface  extérieure 
d'une  peinture  grise  sur  laquelle  se  détachent  des  lignes 
et  des  volutes  blanches  rappelant  la  décoration  des  vases 
ibériques. 

VI.  —  Fusaïoles. 

Elles  sont  en  terre  grise  ou  brune,  bien  pétrie  et  bien 
cuite,  presque  toutes  renfermées  dans  des  urnes  cinéraires 
ibériques. 

B.  —  Objets  en  bronze. 

8  vases  ou  gobelets  déformés  ou  brisés,  mais  dont  on 
peut  cependant  reconnaître  la  forme. 

18  agrafes  de  ceinturons  de  La  Tène  I,  avec  crochets 
simples  ou  triples  rappelant  celles  qui  ont  été  trouvées  en 
Espagne,  à  Ampurias  (voir  Déchelette,  Manuel  cT archéolo- 
gie, époque  de  La  Tène,  1914,  fig.  524  et  529). 

2  perles  de  collier  oblongues. 

2  cuillères,  2  passoires. 

2  anses  ou  crémaillères,  dont  une  terminée  en  tête  de 
bélier. 

Une  louche  terminée  en  crochet,  comme  on  en  fait  encore 
de  nos  jours,  reconnue   et  reconstituée  par  M.  Cartailhac. 

32  fibules  entières,  de  formes  variées,  mais  où  domine 
celle  à  arbalète,  commune  en  Espagne  et  en  Portugal 
(Sabrozo). 

3o  bracelets  entiers. 

2  grands  anneaux  plats,  25  petits;  12  bagues. 

Une  plaque  rectangulaire  de  0in  09  sur  0m  11  percée  de 
trous  au  centre  et  dans  les  coins  —  une  autre  en  segment 
de  cercle. 

2  épingles:  crochets  et  menus  objets  divers. 


FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS  400 

G.  —  Objets  en  fer. 

10  grandes  épées  droites,  larges,  repliées  sur  elles- 
mêmes. 

1  épée  droite,  étroite,  non  repliée,  mieux  conservée. 

2  épées  recourbées  ibériques;  Tune  d'elles,  trouvée 
devant  M.  Gartailhac,  est  munie  d'une  poignée  en  bronze 
autour  de  laquelle  s'enroule  un  fil  métallique  jaune. 

Grand  nombre  de  lances,  de  javelots,  de  pointes  diverses. 
Une  cnémide  (?),  4  fibules  ;  clous  et  crochets  variés. 
Une  broche  (?),  tige  longue,  mince,  arrondie  et  creuse. 


Une  hache. 


D.  —  Objets  divers. 


Un  pendant  d'oreille  en  or  (cf.  Déchelette,  op.  cit., 
6g.  542,  n°  2). 

5  perles  de  collier  oblongues  en  verre  opaque,  1  en  verre 
bleu,  1  en  corail. 

Un  balsamaire  en  verre  blanc  et  bleu,  cannelé,  en  forme 
de  petite  œnochoé  à  bec  tréflé;  une  molette,  un  polissoir  en 
grès  ;  5  dents  de  sangliers,  2  squelettes  de  chevaux,  l'un 
grand,  l'autre  petit  ;  des  coquilles  marines  ;  des  œufs  de 
poule  ou  de  pigeon  placés  sous  des  assiettes  campaniennes 
ou  ibériques. 

Plusieurs  stèles  dressées,  taillées  ou  non  sur  leurs  faces. 

Enfin,  en  dehors  de  la  nécropole,  dans  les  murs  en  pierres 
sèches  qui  entourent  ma  vigne,  j'ai  trouvé  plusieurs  meules 
en  pierre  basaltique  d'Agde,  les  unes  circulaires,  perforées 
au  centre,  les  autres  plates  ou  concaves,  elliptiques,  rappe- 
lant celles  de  Numance  :  voir  Excavaciones  de  Numaneia, 
Madrid,  1912,  pi.  LXII.  M.  Rouzaud  en  a  recueilli  aussi 
un  assez  grand  nombre  dans  la  région  de  Narbonne. 

Dans  la  couche  arable,  j'ai  recueilli,  après  bien  d'autres, 
de  nombreuses  monnaies  ibériennes  de  Nedhen,  Medhen  ou 


il  II  FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS 

Serhen,  nom  dans  lequel  M.  Thiers  voudrait  reconnaître 
celui  d'Ensérune  [Bull,  de  la  Commission  archéol.  dp 
Narbonne,  t.  X,  1908,  p.  290). 

Mais  je  n'ai  rencontré  aucune  monnaie  dans  les  sépul- 
tures, malgré  de  fréquents  tamisages  des  cendres  des  tom- 
bes, ce  qui  indiquerait  que  ces  dernières  sont  antérieures  au 
monnayage  indigène. 

Cet  ensemble  de  documents  permet  de  constater  deux 
faits  intéressants  pour  l'étude  de  nos  origines  :  1°  la  prédo- 
minance dans  notre  région,  aux  ive  et  me  siècles,  de  l'élé- 
ment ibérique;  2"  l'importance  de  l'influence  grecque  sur 
les  indigènes,  peu  après  la  fondation  de  Marseille. 


Fig.  6.  —  Fragment  de  coupe  à  figures  noires,  trouvé  à  Béziers. 

Dans  un  travail  que  j'ai  rédigé  six  mois  avant  de  com- 
mencer mes  fouilles,  j'avais  déjà  montré  les  Grecs  venant 
se  fixer  dans  notre  port  de  Vendres  et  de  là  à  Béziers, 
dès  le  vie  siècle  avant  notre  ère  K 

Un  archéologue  biterrois,  M.  G.  Caïlet,  a  recueilli  à  plus 
de  2  mètres  de  profondeur,  dans  le  sous-sol  des  nouvelles 
halles  de  Béziers,  de  beaux  fragments  de  poterie  grecque 
à    figures    noires   incisées    (fig.    6)    et    d'autres    à    figures 

1.  F.  Mouret,  Le  Temple  de  Vénus  près  de  Vendres  et  son  emporium 
phocéen  de   Ville-Longue,  p.  6    Béziers,  191(1  . 


LIVRES    OFFERTS  111 

rouges  ;  placés  au-dessous  de  la  couche  romaine,  ces  tessons 
prouvent  bien  que  les  Phocéens  ont  occupé  cette  ville  dès 
le  vie  siècle  et  s'y  sont  maintenus  dans  les  siècles  suivants. 
J'avais  indiqué  aussi  que  nos  ancêtres  de  ces  temps  recu- 
lés devaient  être  des  Ibères,  non  des  Gaulois  *,  et  qu'Ensé- 
rune  ou  Tarragone  fut  détruite  à  l'époque  de  l'invasion  des 
Volkes  2.  Mes  fouilles  me  semblent  avoir  confirmé  ce  que 
mes  recherches  ethnographiques  m'avaient  fait  entrevoir. 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  le  cahier  de  mars- 
avril  des  Comptes  rendus  de  l'Académie  (Paris,  1916,  in-8°). 

M.  Omont  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  au  nom  de  l'auteur,  M.  J. 
Mathorez,  inspecteur  des  finances,  une  étude  intitulée  :  Les  éléments 
de  la  population  orientale  en  France  (Paris,  1916,  in-8°,  23  p.)  et 
publiée  récemment  par  lui  dans  la  Revue  des  études  grecques  (janvier- 
mars  1916,  t.  XXIX,  p.  46-68).  C'est  une  des  enquêtes  que  M.  J. 
Mathorez  a  entreprises  sur  la  pénétration,  à  différentes  époques,  des 
étrangers  en  France;  celle-ci  rentre  plus  particulièrement  dans  les 
études  de  l'Académie.  Elle  a  été  conduite  par  l'auteur  depuis  la  prise 
de  Conslantinople  par  les  Turcs,  en  1453,  jusqu'à  la  reconstitution 
du  royaume  de  Grèce  dans  la  première  moitié  du  xixe  siècle.  » 

M.  Pottier  présente  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  G.  Fougères, 
directeur  de  l'Ecole  française  d'Athènes,  un  nouveau  fascicule  du 
Bulletin  de  Correspondance  hellénique  (janvier-juin  1915),  qui  con- 
tient la  relation  des  fouilles  d'Éléonte,  exécutées  par  le  Corps  expédi- 
tionnaire des  Dardanelles,  dont  il  a  entretenu  précédemment  ses  con- 
frères (Comptes  rendus,  1915,  p.  245,282;  1916,  p.  40).  C'est  le  mémoire 
détaillé  de  MM.  Chamonard  et  Courby,  qui  a  été  résumé  ici  même  et 
qui  est  accompagné  d'une  abondante  illustration.  Le  Rapport  est  fait 
au  nom  de  l'Etat-major  du  Corps  expéditionnaire  et  adressé  spécia- 

1.  Ibid.,  p.  19. 

2.  Ibid.,  p.  4. 


412  LIVRES    OFFERTS 

lement  à  l'Académie.  Dans  le  même  numéro  sont  exposés  les  résultats 
de  deux  autres  fouilles  importantes,  dirigées  par  des  membres  de 
l'Ecole;  l'une  au  temple  d'Apollon  Clarios  à  Colophon,  par  Macridi- 
bey  et  Cb.  Picard  ;  l'autre,  à  Orchomène  d'Arcadie,  par  A.  Plassarl 
et  G.  Blum.  D'autres  études  complètent  la  livraison  :  une  sur 
Lécbaion,  port  de  Corinlbe,  par  J.  Paris,  une  autre  par  G.  Blum  sur 
des  pierres  gravées  et  des  monnaies  représentant  des  Ptolémées  et 
divers  princes  bellénistiques.  L'Académie  constatera  avec  plaisir  que 
la  guerre  n'atteint  pas  dans  ses  forces  vives  l'activité  de  notre 
mission  athénienne  qui  trouve  le  moyen,  à  travers  tant  de  péripé- 
ties, de  poursuivre  ses  multiples  travaux. 

M.  Babelon  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  Je  suis  chargé  d'offrir  à  l'Académie  une  publication  numisma- 
tique d'une  étendue  exceptionnelle  qui,  en  dépit  des  préoccupations 
du  temps  présent,  vient  d'être  éditée  à  Paris.  Elle  a  pour  titre  : 
Monnaies  de  l'Empire  russe  de  1725  à  1894  (Paris,  Feuardent,  1916); 
elle  se  compose  de  quatre  volumes  in-folio  ;  l'un  contient  le  texte  des- 
criptif des  pièces  et  les  trois  autres  sont  des  albums  de  planches  en 
phototypie  ;  ces  planches  sont  au  nombre  de  256,  réparties  en  autant 
de  séries  qu'il  y  a  de  règnes.  Cet  ouvrage,  malgré  son  ampleur,  n'est, 
pour  le  texte,  qu'un  abrégé  en  français  de  l'œuvre  beaucoup  plus 
considérable  que  S.  A.  I.  le  grand-duc  Georges  Michaïlovitch  a  consa- 
crée à  l'histoire  monétaire  de  la  Russie.  Cette  traduction,  que  je 
dépose  aujourd'hui  sur  le  bureau  de  l'Académie,  est  due  à  Mme  Nadine 
Tacké,  aidée  de  la  collaboration  de  M.  de  Villenoisy. 

a  L'Académie  me  permettra  d'entrer  dans  quelques  éclaircisse- 
ments au  sujet  de  la  genèse  de  cette  publication  que  je  puis  bien 
qualifier  de  franco-russe. 

«  Tous  les  numismates  connaissent  le  vaste  recueil  du  grand-duc 
Georges  Michaïlovitch,  œuvre  documentaire  et  de  longue  haleine, 
qui,  commencée  en  1888,  se  compose,  dans  son  état  actuel,  de  onze 
volumes  grand  in-folio  et  comprend,  outre  la  description  et  la  repro- 
duction de  toutes  les  monnaies  russes  et  leurs  variétés,  les  docu- 
ments administratifs  ou  autres  qui  concernent  les  émissions,  le  poids, 
le  métal,  les  projets,  la  fabrication  et  son  outillage,  les  artistes  gra- 
veurs, les  contrôleurs  de  la  frappe,  même  la  démonétisation  et  le 
retrait  des  espèces,  dans  tous  les  ateliers  de  l'Empire  russe.  Il  y  a, 
en  outre,  trois  volumes  in-8°  supplémentaires  qui  comprennent  les 
oukases  et  ordonnances  monétaires. 

«  Le  grand-duc  Georges  Michaïlovitch  a  bien  voulu  offrir  au  Cabi- 
net des  médailles  de  la    Bibliothèque   nationale   un  exemplaire  de 


LIVRES    OFFERTS  413 

cette  monumentale  publication  dont  il  a  pris  l'initiative  et  qu'il  a 
personnellement  dirigée.  Mais,  comme  elle  est  en  russe,  j'ai  pensé 
qu'il  y  avait  intérêt  à  en  faire  faire  une  traduction  abrégée,  en  fran- 
çais. Une  dame  russe,  Mme  Nadine  Tacké,  qui  babite  la  France  depuis 
de  longues  années  et  s'intéresse  particulièrement  à  la  numismatique 
de  la  Russie  et  des  autres  pays  slaves,  a  bien  voulu  se  charger  de 
ce  travail. 

«  S.  A.  I.  le  grand-duc  Georges  a  daigné  non  seulement  autori- 
ser cette  traduction  abrégée  de  son  œuvre,  mais  le  prince  a  sponta- 
nément offert  d'annexer  toutes  les  planches  de  sa  grande  publication 
à  la  traduction  de  Mme  Tacké.  L'ouvrage  que  je  dépose  sur  le  bureau 
comprend,  règne  par  règne,  la  description  de  toutes  les  monnaies 
russes,  avec  renvoi  aux  planches  de  l'album  où  elles  sont  figurées. 
Mme  Tacké  a  laissé  de  côté  la  partie  documentaire  de  l'œuvre  du 
grand-duc  Georges  qui,  bien  qu'étant  la  plus  considérable  et,  à  cer- 
tain point  de  vue,  la  plus  importante,  n'est  pas  indispensable  aux 
collectionneurs.  Ceux-ci,  grâce  à  la  traduction  de  Mme  Tacké,  n'au- 
ront pas  à  recourir  à  l'immense  recueil  russe  ni,  d'autre  part,  aux 
anciens  ouvrages,  si  incomplets  et  si  incommodes,  de  Chaudoir,  de 
Schubert  et  de  quelques  autres  que  nous  étions  bien  forcés  de 
prendre  pour  guides. 

«  Dans  la  courte  préface  que  l'on  m'a  prié  d'écrire  pour  cet 
ouvrage,  j'ai  profité  de  l'occasion  qui  m'était  offerte,  comme  conser- 
vateur du  Cabinet  des  médailles,  pour  remercier  un  certain  nombre 
de  numismates  russes  qui,  dans  ces  dernières  années,  ont  bien 
voulu  enrichir,  par  des  dons  de  monnaies  russes,  le  médaillier  de  la 
Bibliothèque  nationale.  Dans  ce  nombre,  je  rappellerai  les  noms  de 
S.  Exe.  M.  Wladimir  Akimfov,  gouverneur  de  la  province  de  Simbirsk 
et  président  honoraire  de  la  Commission  des  Archives  de  cette  ville, 
et  le  baron  de  Taubé,  diplomate  russe  qui,  chaque  année,  à  partir  de 
1903,  lors  de  ses  voyages  à  Paris,  se  donnait  pour  tâche  de  nous  rap- 
porter de  Russie  quelques  raretés  numisma tiques  qu'il  savait  man- 
quer sur  nos  cartons  et  qu'il  prenait  plaisir  à  recueillir  pour  nous. 

«  L'Académie  voudra,  j'en  ai  la  confiance,  s'associer  aux  remer- 
ciements que  j'exprime  ici  à  ces  donateurs  russes  et  offrir  elle-même 
l'expression  de  sa  gratitude  à  Mme  Tacké  et  à  S.  A.  I.  le  grand-duc 
Georges  Michaïlovitch,  dont  la  grande  publication,  accessible  désor- 
mais à  tous  les  lecteurs  français,  est  en  quelque  sorte  —  qu'il  me 
soit,  du  moins,  permis  de  l'envisager  ainsi,  —  le  symbole  numisma- 
tique de  l'alliance  politique  et  militaire  de  la  France  et  de  la  Russie, 
glorieusement  unies  pour  revendiquer  la  liberté  des  peuples  et 
refouler  le  pangermanisme.  » 


414 

SÉANCE   DU    22   SEPTEMBRE 


PRES1DENCR    DE    M.    HEMîI    OMONT,    ANCIEN    PRÉSIDENT. 

Le  Secrétaire  général  du  Comité  du  livre  adresse  à  1  Acadé- 
mie un  dossier  relatif  aux  premiers  actes  du  Comité  et  sollicite 
sa  souscription  de  principe.  —  Renvoi  à  la  Commission  des  tra- 
vaux littéraires. 

M.  Salomon  Reinacii  étudie  l'anecdote  rapportée  par  Élien  surle 
portrait  équestre  d'Alexandre  peint  par  Apelles.  Le  roi  admirait 
froidement;  mais  son  cheval,  amené  devant  le  tableau,  se  mit  à 
hennir.  Alors  Apelles  :  «  Sire,  votre  cheval  est  beaucoup  plus 
ressemblant  que  vous!  >>  Telle  était,  en  1531,  l'interprétation 
d'Erasme;  mais  les  modernes  ont  mal  compris  le  texte  et  mis 
dans  la  bouche  du  peintre  cette  impertinence  :  «  Sire,  votre  che- 
val se  connaît  en  peinture  mieux  que  vous.  »  Incidemment, 
M.  Reinach  montre  que  Rayle,  à  l'article  Apelles  de  son  Dic- 
tionnaire, tout  en  faisant  erreur  sur  le  passage  en  question,  a 
devancé  l'érudition  contemporaine,  en  remarquant  que  les  deux 
Vénus  attribuées  à  Apelles  se  réduisaient,  en  réalité,  à  un  même 
tableau. 

M.  Henri  Dehérain  lit  une  étude  sur  la  part  qui  revient  à 
Pierre  Ruffin,  conseiller  de  l'ambassade  de  France  à  Constanti- 
nople,  de  1794  à  1824  et  correspondant  de  l'Institut,  dans  l'orien- 
talisme français.  Les  lettres  inédites  de  Ruffin  à  Silvestre  de 
Sacy  permettent  d'éclaircir  ce  point  d'histoire.  Bien  que  possé- 
dant d'une  façon  exceptionnelle  la  langue  turque  et  la  connais- 
sance des  institutions  et  des  mœurs  de  l'Lmpire  ottoman,  Rullin 
ne  composa  aucun  mémoire  savant.  Mais  il  soutint  et  lit  bénéfi- 
cier de  ses  conseils  un  certain  nombre  de  jeunes  orientalistes, 
notamment  Bianchi,  Jouannin,  Desgranges,  Joseph  Rousseau, 
Jean  Raymond,  qui,  à  des  degrés  divers,  marquèrent  dans  la 
carrière  des  consulats,  dans  l'enseignement  et  dans  les  étude- 
orientales. 


415 
LIVRES  OFFERTS 


M.  Chavannes  présente  à  l'Académie  l'ouvrage  suivant  :  A  third 
journey  in  Central  Asia,  1913-1916,  par  Sir  Aurel  Stein  (extr.  du 
Geographical  Journal,  aoùt-sept.  1916): 

«  Lorsqu'un  voyageur  est  revenu  d'un  pays  lointain,  il  regrette  sou- 
vent de  n'avoir  pu  noter  ou  recueillir  tout  ce  qui  aurait  dû  attirer 
son  attention  ;  il  sent  que,  pour  bien  faire,  il  devrait  revisiter  les 
lieux  qu'il  a  parcourus  trop  rapidement.  Sir  Aurel  Stein,  le  célèbre 
explorateur  de  l'Asie  Centrale,  montre,  par  son  exemple,  combien 
il  est  en  effet  profitable  d'accumuler  les  expériences.  Quand  il  est 
rentré  en  Europe,  au  commencement  de  l'année  1916,  il  avait  renou- 
velé, pour  la  troisième  fois,  dans  les  montagnes  des  Pamirs  et  les 
régions  désertiques  du  Turkestan,  les  exploits  qui,  déjà  auparavant, 
avaient  rendu  son  nom  illustre;  à  chaque  fois,  les  résultats  scienti- 
fiques ont  été  plus  considérables.  Pour  résumer  brièvement  les  addi- 
tions qu'il  apporte  maintenant  à  nos  connaissances,  la  vieille  route 
de  la  soie  par  laquelle  circulaient  les  caravanes  à  l'époque  romaine 
a  été  déterminée  dans  les  parties  les  plus  obscures  de  son  trajet;  les 
routes  que  suivirent  aux  vne  et  vme  siècles  les  pèlerins  et  les  sol- 
dats chinois  pour  aller  en  Inde  ont  été  retrouvées;  le  système  de  la 
triangulation  indienne  a  été  étendu,  avec  la  précision  rigoureuse  qu'il 
comporte,  jusqu'au  massif  du  T'ien  chan,  dans  le  Nord  du  Turkestan 
chinois  ;  voilà  pour  la  géographie.  L'archéologie  n'a  pas  fait  de 
moindres  gains  :  dans  la  région  du  Lop  nor,  de  nouveaux  tronçons 
de  la  grande  muraille  ont  été  découverts,  et  les  anciens  postes  mili- 
taires des  Han  ont  livré  à  foison  les  fiches  de  bois  inscrites  qui  nous 
permettent  de  retracer  la  vie  quotidienne  de  ces  garnisons  perdues 
en  plein  désert  ;  au  Nord  de  Niya,  des  documents  en  kharoshthi  ;  non 
loin  de  l'Etsin  gol,  des  textes  en  Si-hia  ;  à  Murluk,  près  de  Tourfan, 
des  fresques  bouddhiques  et  des  pièces  d'étoffe  où  se  marque  l'in- 
fluence sassanide,  augmentent  singulièrement  les  trésors  qui 
attendent  dans  les  bibliothèques  et  les  musées  que  les  patientes 
investigations  des  savants  les  mettent  en  pleine  valeur.  Signalons 
enfin  une  partie  tout  à  fait  neuve  dans  ce  dernier  voyage  de  Sir  Aurel 
Stein.  Grâce  à  des  circonstances  politiques  favorables,  l'explorateur 
a  pu,  à  son  retour,  longer  toute  la  frontière  entre  l'Afghanistan  et 
la  Perse  et  séjourner  dans  le  Seislan,  l'antique  Sakaslana  ;  il  y  a 
signalé  les  vestiges  d'une  grande  muraille  qui  est  toute  semblable  à 

1910  28 


416  SÉANCE    DU    29    SEPTEMBRE    1916 

la  muraille  chinoise  et  qui  établit  une  connexion  entre  celle-ci  et  le 
limes  de  l'empire  romain.  » 


SEANCE  DU  29  SEPTEMBRE 


PRESIDENCE    DB    M.    MAURICE    CROISET. 

M.  Henri  Cohdier  décrit  un  manuscrit  d'une  traduction  latine 
inédite  du  Tchoung  Young,  «  le  milieu  immuable  »,  le  second 
des  quatre  livres  Se-Chou,  canoniques  chinois  de  second  ordre, 
que  le  P.  de  Venlavon  exécuta  au  xviu6  siècle. 

M.  Dehérain  donne  lecture  d'une  note  dan9  laquelle  M.  Sey- 
mour  de  Hicci  expose  le  résultat  de  ses  recherches  sur  Noël  de 
Harsy,  imprimeur  rouennais  du  xve  siècle,  et  sur  l'ouvrage  inti- 
tulé :  L" Ordinaire  des  chrestiens,  sorti  de  son  atelier. 

M.  Henri  Omont  est  élu  membre  de  la  Commission  administra- 
tive de  l'Académie  et  de  la  Commission  administrative  centrale, 
en  remplacement  de  M.  René  Cagnat,  élu  Secrétaire  perpétuel. 

M.  Emile  Eude  lit  un  mémoire  sur  le  vieux  moulin  de 
La  Chapelle,  près  Paris,  dont  parlent  plusieurs  chroniqueurs  du 
xive  et  du  xve  siècle.  Certains  érudits  avaient  cru  que  ce  moulin 
se  trouvait  à  Montmartre,  mais  l'étude  des  documents  prouve 
qu'il  était  à  La  Chapelle.  C'est  près  de  lui  qu'a  eu  lieu  l'entrevue 
de  l'empereur  Charles  IV  et  de  notre  roi  Charles  V,  en  1378; 
c'est  là  aussi  qu'a  combattu  Jeanne  d'Arc,  au  mois  de  septembre 
14'29.  Un  certain  nombre  de  pièces  d'archives  et  de  plans  per- 
mettent de  suivre  l'existence  de  ce  moulin,  qui  disparut  au 
xviie  siècle  et  reparut  au  xvme.  Bientôt  quatre  nouveaux  mou- 
lins se  dressèrent  autour  de  lui  :  d'où  le  nom  de  butte  des  Cinq- 
Moulins  donné  au  canton  de  la  Goutte-d'Or.  Bien  qu'il  ne 
reste  plus  aucune  trace  de  ces  ouvrages,  on  peut  retrouver  leur 
emplacement  exact.  Le  plus  ancien,  le  vrai  moulin  de  La  Cha- 
pelle ou  «  des  Couronnes  »,  s'élevait  sur  le  point  où  est  aujour- 
d'hui l'école  de  garçons,  rue  Erckmann-Chatrian. 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCEb 

DE 

L'ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 


PRÉSIDENCE  DE  M.  MAURICE  CROISET 
SÉANCE   DU    6   OCTOBRE 


PRÉSIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts 
écrit  au  Secrétaire  perpétuel  pour  lui  faire  savoir  que  le  général 
Niox,  directeur  du  Musée  de  l'Armée  aux  Invalides,  se  met  à  la 
disposition  de  l'Académie  pour  recevoir  le  pavillon  de  l'embarca- 
tion montée  par  le  capitaine  Lenfantàla  suite  de  sa  mission  au 
lac  Tchad. 

M.  Louis  Léger  communique  une  note  sur  l'étymologie  du 
mot  obus* . 

M.  Seymour  de  Ricci  communique  un  petit  fragment  d'ins- 
cription grecque  dont  il  a  fait  l'acquisition  en  Egypte,  il  y  a 
une  dizaine  d'années.  Il  en  complète  les  lacunes  au  tableau  et 
montre  le  parti  qu'on  peut  tirer  de  ce  fragment  pour  la  con- 
naissance de  la  constitution  des  villes  grecques  de  l'Egypte  *. 

M.  Salomon  Reinacii  rappelle  qu'on  connaît  aujourd'hui  deux 
exemples    de    Vénus    tenant    une    balance    :    sur    une    monnaie 

i.  Voir  ci-après. 
2.  Voir  ci-après. 


'«18       L'ÉTYMOLOGIE    DES    MOTS    «    OBUS    »    ET    «    OBL'SIER    » 

romaine  de  l'an  49  av.  J.-C.  et  sur  la  colonne  historiée  de 
Mayence,  élevée  vers  l'an  55  après  notre  ère  et  dont  un  moulage 
a  été  récemment  reconstitué  à  Saint-Germain.  Le  buste  de 
Vénus,  juxtaposé  à  une  balance,  paraît  aussi  sur  une  monnaie 
d'Anlonin  le  Pieux  frappée  en  Egypte.  L'origine  de  ce  motif 
rare  doit  être  cherché  dans  l'astrologie,  car,  lors  de  la  réparti- 
tion des  divinités  des  planètes  dans  le  Zodiaque,  qui  fut  effectuée 
avant  1ère  chrétienne  à  Alexandrie,  c'est  dans  le  signe  de  la 
Balance  que  fut  placée  Vénus.  Les  Romains  expliquèrent  cela 
plus  tard  en  alléguant  que  Vénus  assortit  les  cœurs  des  époux  et 
des  amants  comme  sous  le  fléau  d'une  balance,  appelé  joug  par 
les  Grecs;  Vénus  aurait  donc  tenu  la  balance  parce  qu'elle  impo- 
sait aux  hommes  le  joug  de  l'amour.  C'est  à  quoi  les  astronomes 
n'avaient  certainement  pas  pensé. 

M.  Alfred  Croiskt  donne  lecture  d'une  étude  sur  les  nou- 
veaux fragments  d'Antiphon  publiés  dans  le  recueil  des  papyrus 
grecs  d'Oxyrhynchus. 


COMMUNICATIONS 


LÉTYMOLOGIE    DES    MOTS    «   OBUS   »    ET    «    OBL'SIER    », 
PAU    M.    LOUIS    LEGER,    MEMBRE    DE    l'aCADÉMIE. 

Le  Dictionnaire  français  Darmesteter-Thomas  donne 
comme  étymologie  d'obus  l'allemand  «  haubitze  »,  plus 
anciennement  «  haubnitze  »,  tchèque  «  houfnice».  Cette 
étymologie  est  exacte,  et  j'ai  d'autant  moins  lieu  de  la  con- 
tester que  je  crois  bien  que  c'est  moi  qui  l'ai  fournie  naguère 
à  M.  Thomas.  Des  circonstances  que  tout  le  monde  devine 
m'ont  amené  à  faire  l'histoire  de  ce  mot  et  des  recherches 
nouvelles  que  je  crois  devoir  vous  communiquer. 

D'après  le  Dictionnaire  de  l'ancien  tchèque  du  regretté 
professeur  Gebauer  (Prague.  1905  et  années  suivantes),  la 


l'ÉTY.MOLOGIE    DES    MOTS    «    OBUS    »    ET    «    OBUSIEK    »       419 

forme  la  plus  ancienne  du  mot  est  haufnice\  ce  mot  qui, 
primitivement  voulait  dire  une  fronde,  désigna  plus  tard  un 
canon  chargé  d'un  boulet  de  cinq  livres  et  même  de  2o  à 
200  livres.  D'après  M.  le  Dr  Hugo  Toman,dans  son  ouvrage 
tchèque  sur  Y  Art  militaire  des  Hussites  au  temps  de  Zizka 
et  de  Procope  '  (c'est-à-dire  drtns  la  première  moitié  du 
XVe siècle),  ce  nom  désignait  des  pièces  d'un  calibre  assez 
gros.  Elles  ne  tiraient  pas  très  loin  Elles  étaient  destinées  à 
tirer  sur  les  masses  (do  houfu),  d'où  est  venu  leur  nom.  Le 
tchèque  «  hauf»,  masse,  foule,  est  tout  simplement  l'allemand 
moderne  der  Haufe,  la  foule,  ancien  ail.  «  Hufe  ».  Le 
mot,  comme  beaucoup  d'autres  vocables  allemands,  avait 
pénétré  dans  la  langue  tchèque  du  moyen  âge.  En  revanche, 
le  mot  technique  haufnice  a  passé  en  allemand  sous  la  forme 
haufnitz,  haufenitz,  plus  tard  Haubitze  sur  lequel  nous 
avons  fait  obus.  L'emploi  de  Yhaufnice  est  signalé,  pour  la 
première  fois,  chez  l'annaliste  tchèque  connu  sous  le  nom  de 
Stary  letopisec  (le  vieil  annaliste),  lors  de  la  bataille  d'Usti 
(1436)  ;  pour  la  seconde  fois,  dans  un  règlement  militaire 
de  Silésie  sur  les  arrangements  des  voitures  de  guerre.  Ce 
règlement  est  rédigé  en  allemand,  mais  pour  la  désignation 
de  la  pièce  d'artillerie  on  emploie  le  mot  slave  sous  la 
forme  howfnicze.  Chez  Bartosek  (chroniqueur  tchèque  du 
xve  siècle,  année  1432),  on  trouve  l'expression:  bombardas 
dictas  hufnicz.  Je  dois  ajouter  qu'il  existe  encore  en  Autriche 
deux  de  ces  obusiers  primitifs.  L'un  est  conserve  à  l'Arsenal 
deVienne,  l'autre  au  Musée  de  Celovec  que  les  Allemands 
appellent  Klagenfurt. 

Pour  en  revenir  à  l'allemand  «  haubnilz  »,  «  haubitz»,  en 
somme  dérivé  de  hufe,  il  s'est  produit  de  l'allemand  au 
tchèque  et  du  tchèque  à  l'allemand  le  même  phénomène  que 
de  1  allemand  heiwache  au  français  «  bivouac  »  qui  a 
fourni  en  allemand  «  bivuakiren  ». 


1.  Prague,  1898,  in-8°, 


420 


UNE    INSCRIPTION    GRECQUE    d'ÉGYPTE, 
PAR    M.    SEYMOCR    DE    RICCI. 

Un  épigraphiste  de  la  vieille  école,  à  qui  un  ami  repro- 
chait doucement  de  passer  de  longues  heures  à  transcrire 
minutieusement  des  bribes  informes,  lui  répondit,  à  ce  que 
l'on  nous  a  rapporté  jadis  :  «  De  minimis  non  curai  praetor 
ne  sera  jamais  vrai  en  épigraphie.  » 

Aussi  me  suis-je  imposé,  en  Egypte,  à  côté  de  la  tâche 
agréable  de  copier  ou  de  collationner  les  textes  d'une  cer- 
taine étendue,  le  travail  plus  pénible  et  à  coup  sûr  moins 
attrayant  de  dessiner,  avec  le  même  soin  scrupuleux,  les 
moindres  grafïites  et  les  fragments  les  plus  informes.  Pro- 
fitant de  ce  que  les  autres  acheteurs  d'antiquités  n'accep- 
taient d'emporter  que  des  inscriptions  plus  ou  moins  com- 
plètes, j'ai,  au  cours  de  deux  voyages  successifs,  recueilli 
tout  ce  que  les  bouti  (aes  des  marchands  renfermaient  de 
petits  fragments  épigraphiques.  Pour  un  franc,  rarement 
davantage,  j'enrichissais  d'un  numéro,  sinon  d'un  texte 
intelligible,  le  recueil  des  inscriptions  grecques  et  latines 
de  l'Egypte  que  j'ai  d  -puis  vingt  ans  sur  le  chantier. 

A  mou  retour  en  France,  M.  Guimet,  avec  la  largeur  de 
vues  qui  le  caractérise,  donnait  1  hospitalité  de  son  Musée 
à  ces  vénérables  débris  et  assurait  ainsi  leur  conservation, 
jusqu'au  jour  où  un  hasard  heureux  permettrait  de  les 
mettre  en  valeur. 

Le  27  février  1905,  à  Medinet-el-Fayoum,  j'achetais 
ainsi,  pour  une  dizaine  de  francs,  sept  fragments  épigra- 
phiques, aujourd'hui  exposés  dans  l'annexe  lyonnaise  du 
Musée  Guimet.  L'un  de  ces  débris,  un  morceau  de  marbre 
mutilé,  porte  l'inscription  ci-jointe  (voy.  p.  421). 

Au  premier  abord,  il  ne  semble  pas  que  l'on  puisse  tirer 
grand  chose  de  ce  fragment  qui  ne  présente  pas  un  seul 
mot  complet  et  où  la  ligne  la  plus   longue  comporte  cinq 


UNE   INSCRIPTION    GRECQUE    d'éGYPTE  421 

lettres.  Pourtant,  à  l'avant-dernière  ligne,  on  voit  bien 
qu'il  est  question  dune  première  année,  et  la  paléographie 
nous  apprend  qu'il  doit  s'agir  d'un  empereur  romain  du 
premier  siècle.  La  clef  de  la  restitution  nous  est  fournie 
par  la  quatrième  ligne  où  OMHK  no  peut  guère  représen- 
ter autre  chose  que  le  nombre  [k0î\zy.rlv.[ov~z}.  A  la  ligne 
précédente,  TETPA  sera  le  commencement  de  TSTpa[xô-ioi]. 
Qu'est-ce  que  ce  nombre  de  quatre  cent  soixante-dix? 


r 


On  songe  immédiatement  à  une  inscription  du  Fayoum, 
découverte  par  Pétrie  à  Talit,  et  où  il  est  question  d  une 
portion  des  citoyens  de  Ptolémaïs  dite  les  H 170. 

Ce  texte  est  une  dédicace  à  Néron,  élevée  en  l'an  7  de 
son  règne  (60-61  apr.)  par  r,  xôXiç  r)  llTcA£[j.au(ov  su  "û[v] 
éÇaxicf/iXîwv  TSTpa[xo]<riu>v  é£B;[r/j-/.[sv:a  xac]  oî  tàn  (â  ïxv.  0£c3 
T[tgspbu|    KXaoSîou    Kawap[eç  £e03<rrou]  è?iQ{ieox5«ç  icàvfwç] 

Qu'étaient-ce  que  ces  6470?  Les  mêmes,  à  coup  sûr, 
comme  l'a  reconnu  M.  Wessely,  que  les  647o  cités  dans 
un  papyrus  Rainer  où  ligure  un  certain  Nikanor: 

£c[-/Jy;[x]w[;  t]>4v  'AX^avspe'cov  rcsXeiTÇUV  [-pc£Œ7]à>;  *  èx  [~cp 


1.  Restit-ulion  de  M.  Glotz, 


422  ONE    INSCRIPTION    OUI  uU  I.    l/ EGYPTE 

Était-il  aussi  question,  dans  l'inscription  de  Talit,  de 
6i75  individus  et  non  de  6470?  On  serait  tenté  de  le  croire 
et  de  restituer  ttsvts  après  ^So^xovxa  ;  mais  la  lacune 
semble  un  peu  courte. 

Quoi  qu'il  en  soit,  ces  deux  textes  nous  permettent  de 
compléter  le  nôtre,  où  l'on  lira  sans  hésiter  : 

r,\   TCÔXt]  ^l\rl]Y[[-cLt[j.y.i.iuyj 
îi]ATÛNE[Ç«xioxiX£-] 
u)v]TETPA[y.o(jiu)v 

èp8]OMHK[ovT«  v.-A  :;. 

tû  ]I   AL  r[a(oo  Ka'.aapcç  ?] 

kyr,$]  EY [•/.;■:£;  -av-gç] 

Cette  restitution  n'est  pas  d'ailleurs  sans  présenter 
quelques  points  obscurs;  le  nom  de  Caligula  à  lavant- 
dernière  ligne  ne  doit  être  rétabli  que  dune  façon  hypothé- 
tique. 

Si  vraiment,  après  [s(33]o[jnrçx[ovTa],  on  voulait  ajouter 
îcévts,  sur  la  foi  du  papyrus  découvert  par  M.  Wessely,  il  y 
aurait  bien  peu  de  place  pour  ce  mot  à  la  fin  de  la  qua- 
trième ligne  où,  pour  introduire  la  mention,  au  nominatif, 
des  èçyj^suxÔTeç,  il  faut  bien  intercaler  la  copule  -/.a':.  Sur 
l'inscription  découverte  par  M.  Pétrie,  nous  avons  déjà  vu 
qu'il  était  difficile  d'ajouter  sévte  après  l{3Sojjrf,x[GVTa]. 

Résignons-nous  donc  à  admettre  l'existence  d'une  caté- 
gorie de  citoyens  comptant  tantôt  6475  individus  (papyrus 
Rainer)  et  tantôt  cinq  de  moins,  comme  sur  nos  deux 
inscriptions. 

Une  brillante  découverte  de  M.  Glotz  lui  a  permis,  il  y  a 
quelques  années,  d'expliquer  ce  chiffre  de  6i-7o  '.  Les  cités 
grecques  d'Egypte  comptaient  cinq  tribus  de  douze  dèmes, 
et  chaque  dème  comprenait  douze  phratries.  Si  nous  attri- 

1.  G.  Glotz,  Les  6475  dans  les  cités  grecques  de  l'Egypte,  dans  la  Revue 
arch..  t.  XVIII  (1911),  pp.  256-263. 


UNE    INSCRIPTION    GRECQUE    D  EGYPTE  423 

buons  à  chacune  de  ces   720   phratries,  dix  citoyens  nous 
obtenons  le  chiilYe  de  7200,  c'est-à-dire  6175  -(-  72o. 

Ces  725  citoyens  omis  dans  le  décompte,  suivant  un  pro- 
cédé de  calcul  dont  M.  Glotz  a  relevé  en  Grèce  plusieurs 
exemples,  comprenaient  évidemment  un  représentant  de 
chaque  phratrie,  soit  720  personnes,  plus  un  représentant 
de  chacune  des  cinq  tribus,  c'est-à-dire   les  cinq  prytanes. 

Le  chiffre  de  6470,  si  tant  est  qu'on  doive  le  reconnaître 
sur  nos  deux  inscriptions,  s'expliquerait  sans  trop  de  peine 
en  admettant  non  pas  un  mais  deux  chefs  de  tribus. 

Quelle  est  la  Ptolémaïs  dont  il  est  question  sur  nos 
pierres?  C'est  un  problème  qui  a  fait  couler  beaucoup 
d'encre  et  qui  ne  semble  pas  encore  résolu. 

Plusieurs  érudits  et,  en  dernier  lieu,  M.  Plaumann 
semblent  persuadés  qu'il  s'agît  de  la  célèbre  cité  grecque 
de  la  Haute-Egypte.  D'aucuns  ont  même  soutenu  que  l'ins- 
cription de  Talit  n'avait  pas  été  trouvée  en  place  et  qu'elle 
avait  été  apportée  au  Fayoum  du  fond  de  la  Thébaïde. 

Notre  fragment,  trop  insignifiant  pour  avoir  beaucoup 
voyagé,  vient,  par  sa  provenance,  apporter  un  nouvel  argu- 
ment à  ceux  qui,  comme  MM.  Grenlell  et  Hunt,  placent  au 
Fayoum  la  Ptolémaïs  de  l'inscription.  C'est  à  cette  opinion 
que  nous  préférons  nous  ranger. 

Y  aurait-il  donc  eu  en  Egypte  plus  de  villes  à  constitu- 
tion grecque  que  nous  ne  le  croyons  à  l'ordinaire?  M.  Bou- 
ché-Leclercq  a  montré  '  que  l'existence  de  ces  institutions 
n'était  formellement  attestée  que  pour  Naucratis  et  pour 
Ptolémaïs  de  Thébaïde. 

Tout  d'abord,  à  Ptolémaïs  et  à  Naucratis,  il  convient 
d'ajouter  Alexandrie  qui  eut  peut-être,  à  l'origine,  une 
ftauXr,,  comme  l'a  toujours  pensé  Wilcken,  en  dépit  des  nom- 
breux savants  qui  se  sont  prononcés  en  sens  contraire. 
Alexandrie   eut,  à  coup  sûr,  des  dèmes  et  des  tribus,  et  la 

!,  Histoire  des  Lagides,  t.  III,  p.  143, 


124  UNE    INSCRIPTION    GRKCQUE    d'ÉGYPTE 

mention  des  6175,  dans  le  papyrus  Rainer,  montre  bien  que 
ces  tribus  et  ces  dèmes  faisaient  partie  d'une  organisation 
politique. 

Ainsi  que  l'a  remarqué  M.  Bouché-Leclercq  lui-même, 
des  communautés  provinciales  adoptaient  dans  leurs 
décrets  les  formules  en  usage  dans  les  cités  grecques  : 
citons  des  inscriptions  retrouvées  à  Héliopolis,  à  Thèbes,  à 
Hermonthis,  à  Aphroditèspolis,  enfin  à  Memphis. 

Pour  cette  dernière  ville,  une  inscription  précieuse,  com- 
muniquée en  1902  à  l'Académie  par  M.  M  ispero  et  com- 
mentée depuis  par  MM.  Foucart  et  Bouché-Leclercq  ', 
laisse  entrevoir  à  Memphis  l'existence  d'associations  à  forme 
grecque,  peut-être  même  d'une  organisation  politique  auto- 
nome. 

Une  autre  inscription,  découverte  à  Memphis  par  Mariette, 
il  y  a  plus  d'un  demi-siècle,  et  commentée  jadis  par  Miller2, 
nous  fournirait  peut-être,  si  elle  n'était  pas  si  mutilée,  une 
indication  encore  plus  précise  :  au-dessus  d'une  liste  incom 
plète  d'au  moins  deux  cents  noms,  la  plupart  grecs  ou 
sémitiques  —  pas  un  seul  n'est  égyptien  —  on  déchiffre  ces 
quelques  lettres  : 

n  o  a  i 

OMHKONTAQ 
0AAQN0SKAIAI02KA 
EA0EETQIK0INQITQNKTI2TQNE 

N'est-il  pas  tentant,  à  la  deuxième  ligne  de  ce  texte,  de 
restituer  une  fois  de  plus  ce  nombre  de  0470  3  et  d'y  chercher 
une  preuve  nouvelle  de  l'existence,  en  dehors  de  Naukratis 
et  de  Ptolémaïs,  de  cités  à  constitution  hellénique  ? 


1.  Histoire  des  Lagides.  t.  III,  p.  175. 

2.  Cf.  la  bibliographie  dans  Milne,  C&tal.  du  Musée  du  dire.  n.  9283, 

3.  La  dernière  lettre  de  la  deuxième  ligne  est  certainement  un  Q, 


42! 
LIVRES  OFFERTS 


M.  Salomon  Rkinach  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le  1er 
volume  d'une  nouvelle  édition  de  son  Répertoire  de  la  statuaire 
grecque  et  romaine  (Paris,  1916,  in-8°). 

M  le  comte  Paul  Durrieu  offre  à  l'Académie  une  brochure,  dont  il 
est  l'auteur,  intitulée  :  Oderisi  da  Gubbio  et  ce  que  l'on  appelait  à 
Paris,  au  témoignage  de  Dante,  «  Vart  d'enluminer  »  (Paris,  1915, 
in-8°;  extr.  des  Mémoires  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de 
V Ile-de-France,  tome  XLII,  1915). 

M.  Héron  de  Villefosse  fait  hommage,  au  nom  du  D1'  Carton,  cor- 
respondant de  l'Académie,  d'un  travail  intitulé  :  Les  fabriques  de 
lampes  dans  l'ancienne  Afrique  (extr.  du  Bull,  de  géographie  et  d'ar- 
chéologie de  la  province  d'Oran,  t.  XXXVI)  : 

«  Les  fouilles  exécutées  dans  nos  provinces  africaines  ont  fait  sortir 
de  terre  un  nombre  très  considérable  de  lampes  antiques  en  terre 
cuite.  M.  le  Dr  Carton  s'est  appliqué  à  rechercher  les  caractères  qui 
les  distinguent  et  à  préciser  les  endroits  d'où  elles  proviennent  :  il 
a  pu  reconnaître,  à  certains  indices,  l'existence  en  Afrique  d'ateliers 
spéciaux  pour  leur  fabrication. 

«  Certains  de  ces  ateliers  remontent  à  l'époque  punique,  d'autres 
appartiennent  à  la  période  romaine.  Les  produits  de  ces  derniers 
sont  nombreux  el  portent  ordinairement  des  estampilles  dont  le 
classement  et  l'étude  ont  fourni  à  l'auteur  l'occasion  de  faire  quelques 
intéressantes  remarques.  A  Cherchel  et  à  Tipasa  de  Maurétanie,  on 
a  recueilli  des  lampes  chrétiennes  ornées  d'une  inscription  circulaire 
autour  de  la  cuvette;  à  l'Henchir-Srira  et  à  Oudena,  près  de  Tunis, 
on  a  découvert  d'autres  lampes  dont  les  formes  et  les  caractères 
particuliers  sont  dignes  d'attention.  Le  sujet  n'est  pas  épuisé;  la 
contribution  apportée  par  les  observations  du  Dr  Carton  sera  très 
utile  à  ceux  qui  reprendront  cette  étude.  » 


i26 

SÉANCE   DU  13  OCTOBRE 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISE! . 


A  propos  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance.  M.  Antoine 
Thomas  fait  la  communication  suivante  : 

«  Sur  la  foi  de  Léopold  Delisle  [Bibl.  de  V Ecole  des  Chartes, 
t.  XXXI.  p.  241),  Litlré  a  admis  dans  son  Supplément,  à  l'article 
obis,  un  extrait  de  la  Chronique  de  Metz  de  Jacomin  Husson, 
publiée  en  1870  par  H.  Michelant,  où  figure,  à  la  date  de  1515, 
le  mot  hoebus.  Le  mot  en  question  ne  signifie  pas  «  obus  », 
mais  «  arquebuse»  ;  il  est  emprunté  à  l'allemand  hakenbûchse, 
prononcé  dialeclalement  hokenbûchse,  et  d'autres  documents 
messins  l'écrivent  :  hocque busse.  L'exemple  le  plus  ancien  du 
mot  obus  se  trouve  dans  cette  phrase,  souvent  citée,  des 
Mémoires  d'artillerie  de  Surirey  de  Saint-Remy,  publiés  en 
1697,  t.  L  p.  237:  «A  la  bataille  de  Nervinde  (1693),  où 
l'armée  du  Roi  commandée  par  feu  M.  le  duc  de  Luxembourg 
défit  celle  des  Alliez  à  plalte-coûlure,  outre  les  77  pièces  de  fonte 
que  les  Ennemis  laissèrent  dans  leur  fuite,  il  se  trouva  8  mortiers 
appelez  Obus.  »  Il  est  étrange  que  1'/  de  la  dernière  syllabe  du 
mot  allemand  hauhitz  ou  hauhitze  soit  rendu  en  français  par  u. 
Peut-être  faut-il  voir  là  l'influence  de  la  terminaison  du  mot 
arquebuse.  Dans  la  transmission  orale  des  noms  d'engins  de 
guerre  dune  nation  à  l'autre,  il  se_produit  souvent  des  contami- 
nations analogues,  dues  à  l'élymologie  populaire.  Tel  est  le  cas, 
par  exemple,  de  l'allemand  armhrust  «  arbalète  »,  qui  apparaît 
tel  quel  dès  le  moyen  âge  et  dans  lequel  on  a  peine  à  reconnaître 
le  bas-latin  arbalisla,  pour  anuballista.  D'ailleurs,  le  mot 
allemand  hauhitze  lui-même  ne  correspond  pas  d'une  manière 
phonétique  rigoureuse  à  la  forme  du  moyen  allemand,  laquelle 
oscille  entre  hufnitze  et  haufnitz  et  reproduit  assez  exactement 
le  tchèque  houfnice.  » 

\I.  Alfred  Croiset  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  le 


LIVRES    OFFERTS  427 

nouveaux    fragments    d'Antiphon  publiés   dans    le    recueil    des 
papyrus  grecs  d'Oxyrhynchus. 

M.    Maurice   Croiset     et     M.      Bouché-Leclercq    présentent 
quelques  observations. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Gagnât  offre,  de  la  part  de  M.  Toutain,  le  numéro  5-6  du  Pro 
Alesia  août-novembre  1915).  Ce  numéro  contient  notamment  un 
article  de  M.  Cumont  sur  la  romanisation  de  la  Belgique  dans  l'anti- 
quité, et  un  autre  de  M.  Toutain  sur  les  origines  et  le  développement 
de  l'œuvre  d'Alésia. 

M.  le  comte  Durrieu  a  la  parole  pour  un  hommage  : 
«  Une  des  premières  fois  que  j'ai  eu  l'honneur  de  faire  partie  oe 
la  Commission  du  prix  Gobert,  en  1910,  je  vous  ai  présenté  un  rap- 
port sur  lequel  vous  avez  décerné  un  des  prix  Gobert  à  un  tout 
jeune  érudit,  sortant  de  l'École  des  Chartes  et  de  l'École  de  Rome, 
qui  portait  un  nom  grandement  honoré  parmi  les  historiens  de 
l'art,  et  pour  qui  l'on  pouvait,  d'après  ses  débuts,  présager  un 
très  bri  lant  avenir  dans  la  science  française,  Robert  André- 
Michel.  Hélas  !  ces  espérances,  alors  si  fondées,  ont  fait  place 
à  de  profonds  regrets.  Dès  le  début  de  la  guerre,  Robert  André- 
Michel  a  couru  prendre  sa  place  parmi  les  défenseurs  de  la  patrie,  et 
il  y  a  juste  aujourd'hui  deux  ans,  le  13  octobre  1914,  il  est  tombé 
glorieusement  pour  la  France. 

«  Frappé  par  une  si  belle  mort  en  pleine  activité  scientifique, 
Robert  André-Michel  avait  sur  le  chantier  d'importants  travaux, 
visant  en  particulier  l'histoire  de  l'art  dans  la  région  d'Avignon  au 
moyen  âge.  Ces  travaux  ne  seront  pas  perdus.  L'un  d'eux,  dont  notre 
valeureux  lauréat  avait  remis  le  manuscrit  quelques  jours  avant  de 
partir  pour  les  champs  de  bataille,  a  paru  récemment  dans  la  Gazette 
des  Beaux-Arts  et  j'ai  la  touchante  mission  d'en  offrir  le  tirage  à  part 
à  l'Académie.  Ce  travail  porte  sur  les  fresques  de  la  garde-robe  au 
Palais  des  Papes  à  Avignon,  fresques  qui  ont  été  découvertes  en  1906. 
Ces  fresques  étaient  d'autant  plus  dignes  d'être  étudiées  qu'au  lieu 
de  sujets  sacrés,  comme  ceux  qui  se  trouvent  ailleurs  au  Palais  des 
Papes,  elle-  offrent  un  cycle  de  scènes  profanes,  une  représentation 


428  LIVRES    OFFERTS 

des  plaisirs  de  la  vie  champêtre,  dans  laquelle  une  ample  place  est 
faite  à  l'élément  de  paysage.  Ces  peintures  ont  soulevé  des  discus- 
sions. Tandis  que  plusieurs  érudits  les  faisaient  remonter  jusque 
vers  le  milieu  du  xive  siècle,  certains  ont  voulu  les  rajeunir  de 
quelque  cinquante  ou  soixante  ans.  D'autre  part,  à  Avignon,  ont  tra- 
vaillé à  la  fois  des  peintres  italiens  et  des  peintres  français.  Sont-ce 
les  premiers  ou  les  seconds  qui  ont  été  chargés  d'exécuter  les 
fresques  en  question  ?  Robert  André-Michel,  par  une  fine  critique 
du  style,  jointe  à  une  analyse  serrée  des  documents,  a  été  amené  à 
proposer  cette  double  conclusion  :  que  les  fresques  datent  des  envi- 
rons de  l'année  1343  et  du  début  du  pontificat  de  Clément  VI;  et 
que,  pour  leur  exécution,  la  décoration  de  la  salle  où  elles  se  trouvent 
«  est  due  vraisemblablement  à  la  collaboration  des  artistes  français 
et  italiens  qui  travaillèrent  en  Avignon  au  temps  de  Clément  VI, 
sous  la  direction  de  Matleo  de  Vilerbe  »,  mais  avec  cette  observation 
que,  pour  la  technique  par  exemple,  la  part  des  maîtres  d'Italie  «  y 
est  prépondérante  ».  Cette  argumentation  est  complétée  par  des 
considérations  rapides,  mais  extrêmement  intéressantes,  sur  le  grand 
rôle  qu'Avignon,  avec  son  milieu  d'art  créé  par  la  Cour  pontificale, 
a  joué  dans  l'évolution  de  la  peinture  européenne  au  moyen  âge.  La 
lecture  de  ces  pages,  très  savantes  en  même  temps  qu'empreintes 
du  plus  louable  esprit  de  méthode  et  de  sagacité,  permet  d'apprécier 
à  nouveau  toute  la  perte  qu'a  faite  la  France  érudite  par  le  trépas 
héroïque  de  Robert  André-Michel.  » 

M.  Collignon  dépose  sur  le  bureau  le  premier  fascicule  du 
tome  XXII  des  Monuments   et   Mémoires  de  la  Fondation  Piot  : 

«  Les  événements  actuels  ont  retardé  la  publication  de  ce  fasci- 
cule, dont  les  articles  étaient  prêts  depuis  le  début  de  cette  année. 
L'Académie  pourra  cependant  constater  que  pour  la  valeur  des 
mémoires  et  l'exécution  matérielle,  il  ne  le  cède  en  rien  aux  précé- 
dents. Bien  qu'éloigné  de  Paris,  le  secrétaire  de  la  rédaction,  M.  Paul 
Jamot,  y  a  donné  tous  ses  soins  avec  son  dévouement  habituel. 
J'ai  plaisir  à  le  remercier  ainsi  que  les  collaborateurs  qui  ont  con- 
tribué à  poursuivre  l'œuvre  scientifique  entreprise  par  notre  Com- 
pagnie. Deux  des  articles  sont  dus  à  deux  de  nos  confrères.  M.  Poltier 
a  donné  une  étude  sur  Thanalos  et  quelques  autres  représentations 
funéraires  sur  des  lécythes  blancs  attiques,  et  M.  le  comte  Paul 
Durrieu  a  publié  une  étude  sur  Le  livre  de  prières  peint  pour 
Charles  le  Téméraire  par  son  enlumineur  en  titre  Philippe  de 
Mazerolles.  M.  Georges  Bénédite  a  publié  un  important  monument 
égyptien  du  Louvre.  Le  couteau  de  Geb'd  ei  Arak,  et  M.  Michon, 
L'Apollon  de  Cherchell,  excellente  réplique  d'une  belle  œuvre  de  la 


SÉANCE    DU    20    OCTOBRE    1916  42Ô 

sculpture  grecque  du  ve  siècle.  Le  fascicule  s'ouvre  par  une  notice 
consacrée  à  notre  regretté  secrétaire  perpétuel  Georges  Perrot,  qui  a 
dirigé  pendant  vingt  ans  le  recueil  à  la  création  duquel  il  a  pris  une 
très  grande  part.  Klle  est  signée  par  les  deux  directeurs  actuels  de  la 
publication,  M.  de  Lasteyrie  et  celui  qui  a  l'honneur  de  présenter 
le  fascicule.  » 

M.  Héron  de  Villefosse  offre,  au  nom  de  son  confrère,  M.  Gustave 
ScHLu.MBERGEit,  l'ouvrage  qu'il  vient  de  publier  sous  le  titre  de  Récits 
de  Byzance  et  des  Croisades  (Paris,  1916,  in-8°). 


SÉANCE   DU   20   OCTOBRE 


PRESIDENCE    DE   M.    MAURICE    CROISET. 

Le  Président  prononce  l'allocution  suivante  : 

«  Mes  chers  Confrères, 

«  Un  de  nos  correspondants  nationaux,  M.  Auguste  Pru- 
dhomme,  archiviste  du  département  de  l'Isère,  vient  de  nous 
être  enlevé  à  la  suite  d'une  longue  et  douloureuse  maladie. 

«  Né  à  Bourgoin,  dans  l'Isère,  le  6  mars  1850,  il  avait  fait  à 
Paris  ses  premières  études.  Il  y  avait  été  plus  lard  étudiant  en 
droit  et  élève  de  l'Ecole  des  Chartes.  Après  un  court  passage 
aux  Archives  municipales  de  Marseille,  il  devint,  en  1878,  archi- 
viste du  département  de  l'Isère.  C'est  ce  poste  qu'il  a  occupé 
pendant  trente-huit  ans,  jusqu'à  sa  mort. 

«  Attaché  de  cœur  à  son  département  natal,  il  lui  a  consacré 
toute  son  activité  scientifique.  Les  Archives  de  l'Isère  lui  ont 
dû  d'être  classées  à  nouveau,  largement  enrichies  et  enfin  instal- 
lées d'une  manière  digne  de  leur  importance.  Il  n'a  cessé  ni  de 
les  étudier  lui-même,  ni  d'en  faciliter  l'étude  à  tous  ceux  qui 
désiraient  les  consulter.  Il  a  publié  successivement  Y  Inventaire 
des  Archives  de  l'Isère  antérieures  à  1790,  puis  l'Inventaire 
des  documents  de  la  période  révolutionnaire,  en  tout  4  vol.  in-4°; 
en   outre,  1  Inventaire  sommaire  des   Archives   communales  de 


430  SÉANCE    DU    20    OCTOBRE    1916 

Grenoble,  en  4  vol.  in-4°,  et  celui  des  Archives  historiques  de 
l'hôpital  de  la  même  ville.  A  ces  recueils  de  documents,  il  faut 
ajouter  de  nombreux  ouvrages  relatifs  à  l'histoire  du  Dauphiné. 
notamment  son  Histoire  de  Grenoble,  qui  lui  valut,  en  1889, 
une  mention  honorable  au  concours  des  Antiquités  nationales 
de  notre  Académie.  Dès  1883,  l'Académie  Delphinale  avait  fait 
de  lui  son  secrétaire  perpétuel. 

«  En  1912,  notre  Compagnie,  qui  appréciait  le  mérite  de  ses 
travaux,  le  mit  au  nombre  de  ses  correspondants  nationaux. 

«  Ceux  qui  l'ont  connu  personnellement  s'accordent  à  rendre 
témoignage  de  l'aménité  de  son  caractère,  de  la  vivacité  de  son 
esprit,  de  l'agrément  de  sa  conversation,  et  aussi  de  l'obligeance 
avec  laquelle  il  mettait  son  érudition  au  service  de  tous  ceux  qui 
y  avaient  recours. 

«  11  laisse,  dans  le  milieu  où  il  a  vécu,  des  regrets  profonds 
et  unanimes.  Je  me  fais  l'interprète  de  l'Académie  en  y  joignant 
les  nôtres.  » 

Il  est  donné  lecture  du  procès-verbal  constatant  la  remise  au 
Musée  de  l'Armée  du  pavillon  que  le  capitaine  Lenfant  avait 
arboré  sur  son  bateau  le  «  Benoît-Garnier  »,  lors  de  l'explora- 
tion qu'il  fit  au  lac  Tchad,  en  1904,  et  qu'il  avait  offert  à  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres,  comme  témoignage  de 
sa  gratitude  pour  le  généreux  appui  que  notre  Compagnie  lui 
avait  prêté. 

M.  Héron  de  Vii.lefosse  communique  à  l'Académie,  de  la 
part  du  R.  P.  Delattre,  deux  inscriptions  trouvées  à  Carthage 
dans  les  fouilles  de  la  grande  basilique  dont  il  poursuit  l'explo- 
ration méthodique.  La  première,  datée  de  l'année  438,  par  le 
16e  consulat  de  l'empereur  Théodose  11,  permet  d'affirmer  que 
cette  basilique  existait  avant  la  prise  de  Carthage  par  les  Van- 
dales. La  seconde  mentionne  un  Syrien  du  Haourân,  fixé  à  Car- 
thage pour  y  faire  le  commerce  ;  il  est  qualifié  citoyen  de  Canatha 
et  de  Bostra  en  Arabie,  villes  situées  sur  le  parcours  de  la  voie 
de  Damas  à  Pétra1. 

M.  le  comte  Paul  Durrieu  a  signalé  l'an  dernier  à  l'Académie. 

1.   Voir  ci-après. 


DEUX    INSCRIPTIONS    CHRÉTIENNES    TROUVÉES    A    CARTHAGE       431 

ainsi  qu'à  la  Société  de  l'histoire  de  Paris,  un  document  d'ar- 
chives publié  en  Italie  et  relatif  à  un  accord  conclu,  en  1269,  par 
trois  Français  alors  étudiants  à  Bologne,  au  sujet  de  livres  qu'on 
devait  faire  parvenir  à  l'un  de  ces  Français  à  Paris.  M.  Maurice 
Prou  vient  de  faire  remarquer  à  M.  Durrieu  que,  dans  ce  docu- 
ment, en  lisant  un  u  à  la  place  d'un  n,  ce  qui  est  légitime,  car 
lesdeux  lettres  sont  pareilles  de  forme  dans  les  écritures  dumoyen 
âge,  on  trouvait  un  nom  très  célèbre  de  notre  ancienne  littérature. 
En  tenant  compte  de  l'observation  de  M.  Prou,  M.  Durrieu  estime 
que,  d'après  l'analyse  minutieuse  du  document  et  sa  confronta- 
tion avec  d'autres  sources  d'information,  il  est  permis  de  conclure 
que  le  fameux  poète  français  Jean  de  Meun,  l'auteur  de  la 
seconde  partie  du  Roman  de  la  Rose,  a  été  dans  sa  jeunesse 
étudier  en  Italie,  particularité  de  l'existence  du  poète  totalement 
ignorée  jusqu'ici.  Le  document  montre  en  outre  que  Jean  de 
Meun  a  été  en  relation,  à  Bologne,  avec  l'enlumineur  Oderisi  da 
Gubbio  que  Dante  a  connu  de  son  côté,  ce  qui  établit  comme 
un  point  de  rapprochement  entre  un  des  auteurs  de  notre 
français  Roman  de  la  Rose  et  l'immortel  chantre  de  la  Divine 
Comédie  '. 

MM.  Thomas  et  Fournier   présentent    quelques  observations. 

M.    Charles    Diehi.  lit  un    mémoire  intitulé  :    Thessalonique 
et  les  invasions  slaves  en  Macédoine  au  VIe  et  au   VIIe  siècle. 


COMMUNICATION 


DEUX    INSCRIPTIONS    CHRÉTIENNES    TROUVÉES    A    CARTHAGE, 
PAR      M.      A.      HÉRON      DE     VILLEFOSSK,      MEMBRE     DE     L'ACADÉMIE. 

Le  R.  P.  Delattre,  notre  zélé  correspondant,  m'envoie 
les  copies  de  deux  textes  chrétiens  découverts  par  lui  à 
Carthage  dans  les  fouilles  de  la  vaste  basilique,  située  près 

1 .   Voir  ci-après. 

I91t)  '.'!' 


132       DEUX    [NSCRIPTIONS    CHRÉTIENNES    TROUVÉES    \    f'.AUTIIAf.h 

de  Sainte-Monique  dont  il  poursuit  en  ce  moment  l'ex- 
ploration méthodique,  grâce  à  la  bienveillance  de  l'Aca- 
démie '. 

1.  — Les  inscriptions  chrétiennes,  recueillies  jusqu'à  pré- 
sent en  si  grand  nombre  à  Carthag-e.  se  retrouvent  presque 
toujours  à  l'état  de  débris  et  ne  sont  jamais  datées.  L'ap- 
parition d  une  date  consulaire  sur  une  de  ces  inscriptions 
constitue  donc  un  fait  nouveau  qui  la  rend  particulièrement 
précieuse,  malgré  sa  mutilation.  Celle  dont  je  veux  parler  se 
compose  de  cinq  lignes  dont  on   n'a  ni  le  début  ni  la  fin-. 

Le  texte  est  gravé  sur  une  dalle  de  saouân,  épaisse 
de  0m  04,  brisée  h  droite  et  à  gauche,  haute  deO"'  i65, 
large  de  0m  55. 

i  II  II  IIIHl  il/1 1  INPACEVIXvAN   «.  //////  Il III 
in  pace  vix.    an     N    X   X   X  V   I  I  I  I  v     p    M 

in  pace  vix.    a      NN-XLÇ    MCII    DCI  I  llll  !  Illlllllllll 

llllllllllllllllll     VIRGOFILI    A    DEVTE  Ri///////// 

cons.   d.    ;/.   THEODOSIXÇvETFAV  sti.  v.  c. 

Haut,  des  lettres  0 m  07  aux  trois  premières  lignes  et 
0  '"  Ooo  aux  deux  dernières. 

A  la  troisième  ligne.  D  est  traversé  par  une  barre  oblique. 

Les  trois  premières  lignes  offraient  chacune  le  nom  d'un 
défunt  ;  ces  noms  ont  été  enlevés  par  des  cassures.  Ce  qui 
subsiste  ne  nous  fait  connaître  que  des  chiifres  d'années. 
Encore  les  chiiTres  manquent-ils  à  la  première  ligne.  A  la 
seconde,  les  années  sont  indiquées  approximativement, 
.  .  .  .ann(os)  XXXVIIII  p{lus)  m(inus);  à  la  troisième,  au 
contraire,  l'âge  du  défunt  (ou  de  la  défunte)  est  inscrit  avec 
la  plus  scrupuleuse  exactitude  .  .  .  .ann(os)  XLVI,  rnenses) 
VIII,  d(ies)  VII.  46  ans,  S  mois  et 7  jours  !  A  la  quatrième 

1.  Sur  les  premières   fouilles  faites   dans  cette  basilique,  voir  Comptes 
rendus,  1916,  p.  150-164. 

2.  Cependant  la  seconde  ligne,  plus  courte  que  les  autres,  semble  com 
plète  à  droite  :  il  ne  doit  manquer  que  le  début . 


DEUX    INSCRIPTIONS    CHRÉTIENNES    TROUVÉES    A    CARTHAGE       433 

ligne  était  mentionnée  une  religieuse,  virgo,  fdia  Deuter[i]  : 
le  nom  propre  Deiiterius  n'est  pas  nouveau  dans  l'épigra- 
phie  chrétienne  de  Carthage  '. 

La  cinquième  ligne  renfermait  la  date.  Les  consuls  men- 
tionnés sont  l'empereur  Théodose  II  et  son  collègue  Ani- 
cius  Acilius  Glabrio  Faustus,  consulat  qui  nous  reporte  à 
l'année  438.  Les  Vandales  à  cette  époque  avaient  envahi 
l'Afrique,  mais  n'étaient  pas  encore  établis  à  Carthage  dont 
ils  ne  s'emparèrent  que  l'année  suivante.  Ainsi  on  peut  dire 
avec  certitude  que  l'important  édifice  chrétien  dont  le 
P.  Delattre  a  retrouvé  les  substructions.  et  dans  lequel  on 
enterrait  les  fidèles  en  438.  avait  été  construit  avant  la 
prise  de  Carthage  par  les  Vandales,  événement  qui  n'eut 
lieu  qu'en  439. 

Le  même  consulat  est  inscrit  sur  un  texte  de  Salone  2. 
Plusieurs  inscriptions  chrétiennes  de  Rome  le  mentionnent 
également  ;. 

2.  La    seconde  inscription    est  bilingue  ;  elle   a    été 

exhumée  par  le  P.  Delattre  en  dehors  de  la  basilique, 
dans  une  tranchée  pratiquée  le  long  du  mur  latéral  sud. 
A  la  seconde  ligne,  ainsi  que  le  propose  le  P.  Delattre, 
il   faut    compléter    OTOnO  C  110  POYPIOY. 

Gravée  sur  une  dalle  de  saouàn,  épaisse  de  0  '"  035,  haute 
de  0m  oo  et  longue  de  I  m  24.  elle  se  compose  de  neuf  mor- 
ceaux. 


1.  Cf.  Corp.  inscr.  lat.,  VIII.  n.  13620.  —  Les  expressions  VIRGO, 
VIRGO  SACRA,  VIRGO  SACRATA,  apparaissent  sur  plusieurs  autres 
textes  chrétiens  de  Carthage,  ibid.,  n.  13428  et  13131  :  Comptes  rendus  de 
l'Acad.  des  inscr.,  1911,  p.  569-571  dernières  fouilles  de  la  basilique  de 
Damous-el-Karita  . 

2.  Ibid.,  III,  n.  2658. 

3.  G.-B.  De  Rossi,  Inscr.  christianae  urbis  Romae.  n.  699  à  701  ;  G.  Gatti. 
Biilleltino  cornunale,  1889,  p.  155 


i34       DEUX     [NSCRIPTIÔNS    CHRÉTIENNES    TROUVÉES    A    CARTHAGE 


c 

N   e.AA€   KITÉ    XPICK  (0   Nio« 

A 

OYAOC06OY       OTOnO    //////P  O  Y 

P 

IOY     KANW6H    N  0  Y  0  N  K6BOCP  H  N 

0 

Y 
(croix grecque    VICTORIA    F    IDELESINPAC* 

dans  un  cercle) 

Haut,  des  lettres  0ni  055;  du  cercle  renfermant  la  croix. 
0 '"  145.  Entre  les  branches  de  la  croix  sont  disposées  trois 
lettres  grecques. 

Le  revers  de  la  plaque,  où  le  nom  du  défunt  est  inscrit 
en  latin,  vient  confirmer  la  lecture  XPICKGûNIOC 


Haut,  des  lettres,  0  m  07. 
Au  droit  : 

'EvOstOS  X.ÎTS    Xp'.ffXWV   -.or 

COUAOÇ   ()l0l).      0   75TC0[ç    IIojpSU- 

pwu  Kavto9ïjvou<Cov>  y.à  Bocpyjv- 

Vj. 

Victoria  fidèles  in  pne[e\  ! 
Au  revers  :    Cre[sco]nius  fidel[is  in]  pace 


i 


La  partie  grecque  présente  un  intérêt  particulier. 
L'expression  TOHOG  est  employée  dans  les  inscriptions 
grecques  de  la  Syrie  '  avec  la  même  signification  que  le  mot 
latin  LOGVS  pour  désigner  le  tombeau.  Très  commun  sur 
les  épitaphes  grecques  de  l'Italie,  le  mot  LOCVS  se  trouve 

I.   Waddington,  Inscr.  gr.  et  Int.  de  la  Syrie,  a,  1854  c. 


DEUX    INSCRIPTIONS    CHRÉTIENNES    TROUVÉES    A    CARTHAGE       43o 

rarement  sur  nos  marbres  de  la  Gaule  '  :  à  Carthage,  il  ne 
paraît  pas  avoir  été  d'un  emploi  plus  fréquent  :  on  en 
connaît  deux  exemples  '. 

Porphyrios  était  à  la  fois  citoyen  de  Ganatha  et  de 
Bostra,  villes  qu'on  rencontre  lune  à  la  suite  de  l'autre,  sur 
la  grande  voie  de  Damas  à  Pétra  \  Les  deux  territoires 
étaient  relativement  voisins.  Porphyrios,  originaire  de 
cette  partie  de  la  Syrie,  était  donc  venu  s'établir  à  Garthage. 
L'épitaphe  d'un  autre  chrétien,  venu  d'Apamée  de  Syrie  en 
Afrique,  a  été  trouvée  à  Sullecthum  J. 

Les  Syriens  du  Haourân  ne  craignaient  pas  de  s'expatrier 
pour  essayer  de  faire  fortune  dans  des  centres  commer- 
ciaux souvent  fort  éloignés  de  leur  pays.  On  peut  rappeler, 
à  cette  occasion,  la  curieuse  inscription  bilingue  trouvée 
en  1862  dans  les  fondations  d'une  maison  du  village  de 
Genay  près  de  Trévoux  •'.  C'est  l'épitaphe  d'un  Syrien,  Thae- 
mius  Julianus,  originaire  aussi  des  environs  de  Canatha 
et  mort  loin  de  sa  patrie,  qui  trafiquait  principalement  à 
Lyon  et  dans   la  province  d'Aquitaine6. 

L'ethnique  de  Canatha  affecte  diverses  formes.  Dans  les 
inscriptions  du  Haouràn,  on  trouve  KavaOYjvôç  ou  l\£va6Y;vôç. 
L'inscription  chrétienne  de  Carthage  donne  la  forme  Kavw- 
Ôrjvoç,  ce  qui  s'accorde  avec  le  nom  de  la  ville  écrit  Kâvc6a 
ou  KâvojOa  dans  les  documents  ecclésiastiques  et  dans  les 
actes  du  concile  de  Chalcédon7.  Ganatha  appartenait  à  la 

1.  On  le  relève  cependant  sur  deux  marbres  de  Lyon,  Corp.  inscr.  lat.. 
XIII,  2385  et  2421,  où  on  lit  :  IN  HOC  LOCO  REQVIESCIT...  etc.  au  lieu 
tle  la  formule  initiale  IN  HOC.  TVMVLO,  beaucoup  plus  usitée  dans  la 
région  lyonnaise. 

2.  Ibid.,  VIII,  n.  13572,  +  LOCVS  CREMENT  i  ;  Comptes  rendus  de 
VAc&d.  des  inscr.,  1916,  p.  159.  n.  16,  LOCVS  BIATORIS. 

3.  En  passant  par  Phaena. 

4.  Corp.  inscr.  lat.,  VIII,  57. 

5.  Ibid.,  XIII,  n.  2448. 

6.  Henzen  et  Wilmanns,  Bull.  delV  Inst.  archeol.,  1867,  p.  203;  Wad- 
dington,  op.  cit.,  p.  535:  Allmer  et  Dissard,  Inscr.  de  Lyon,  III,  n.  216. 
Sur  les  Syriens  dans  les  inscriptions  chrétiennes,  cf.  Le  Blant,  Inscr.  chré- 
tiennes de  lu  Gaule,  n.  225  et  613. 

1.  Voir  les  observations  de  Waddington,  op.  cit.,  p.  535, 


i3f>  jf.an   ni;  MEUN  et  l'italie 

province  de  Syrie;  vers  le  règne  de  Dioclétien,  cette  ville 
passa  avec  la  Batanée  dans  la  nouvelle  province  d'Arabie. 
Elle  figure  dans  les  notices  ecclésiastiques;  ses  évêques 
prirent  part  à  plusieurs  conciles. 

Bostra  eut,  à  l'époque  chrétienne,  une  importance  plus 
considérable;  elle  joua  un  rôle  dans  l'histoire  ecclésias- 
tique. D'abord  siège  d'un  évêché,  Bostra  fut  plus  tard  éle- 
vée au  rang  d'archevêché  dont  le  titulaire,  au  ve  siècle, 
portait  le  titre  de  métropolitain  d'Arabie  '.  Quoique  le  nom 
de  la  ville  soit  écrit  Biaipa  dans  tous  les  textes  épigra- 
phiques  et  donne  régulièrement  un  ethnique  BoirepTjvoç,  on 
trouve  cependant,  dans  une  inscription  de  Nela -,  la  forme 
Bo<t?y;vy;  qui  correspond  exactement  au  Bçapïjviç  de  l'inscrip- 
tion de  Garthage. 

On  voit  que  les  deux  documents  envoyés  par  le  P.  Delattre 
sont  l'un  et  l'autre  intéressants. 


JEAN    DE    MEL'N    ET    L  ITALIE, 
PAR    M.    LE    COMTE    PAUL    DURH1EU,    MEMBRE    DE    L'ACADÉMIE. 

Vers  le  commencement  de  cette  année,  notre  confrère 
M.  Antoine  Thomas  a  communiqué  à  1  Académie  deux 
documents  «  concernant,  pour  employer  ses  expressions 
mêmes,  un  des  plus  célèbres  poètes  français  du  moyen  âge, 
maître  Jean  de  Meun,  auteur  de  la  seconde  partie  du  Roman 
de  la  Rose3  ».  11  me  semble,  autant  qu'on  peut  être  affir- 
matif  dans  une  question  reposant  sur  l'interprétation  paléo- 
graphique d'une  seule  lettre  qui  se  prête  à  être  lue  de  deux 
manières,  il  me  semble,  dis-je,  que  j'ai  la  bonne  fortune 
de   pouvoir  apporter,  aujourd'hui,  k  la  biographie   de  Jean 

1.  Waddiïlgton,  op.  cit.,  p.  itil-162,  n.  191  i. 

2.  Waddinglon,  op.  cit.,  n.  2229. 

3.  Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  de*  inscriptions  et  belles- 
lettres,  année  1916,  p.  138-140. 


JEAN    DE    MELN    ET    l'iTALIE  437 

de  Meun  un  élément  tout  nouveau,  complètement  insoup- 
çonné et  d'un  très  grand  intérêt.  Cette  possibilité,  je  tiens 
à  le  déclarer  immédiatement,  je  la  dois  à  la  perspicacité  de 
notre  confrère  M.  Maurice  Prou,  qui  m'a  suggéré  une  rec- 
tification des  plus  heureuses  à  apporter  à  la  lecture  d'un 
texte  dont  j'ai  récemment  donné  une  réédition.  Voici  ce 
dont  il  s'agit. 

Dans  la  séance  de  l'Académie  du  20  octobre  1915,  je 
signalais  incidemment  devant  vous  un  document  d'archives 
relatif  à  cet  enlumineur  italien  Oderisi  da  Gubbio  que 
Dante  a  immortalisé  en  le  nommant  dans  la  Divine  Comé- 
die '.  Plus  récemment,  j'ai  réimprimé  tout  au  long,  dans  les 
Mémoires  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de- 
France",  le  document  en  question,  qui  a  été  découvert  dans 
les  Archives  notariales  de  Bologne  et  publié,  pour  la  pre- 
mière fois,  en  Italie,  par  M.  Malaguzzi-Valeri.  C'est  un  acte 
notarié  où  Oderisi  figure  à  titre  de  témoin  et  qui,  pour  le 
principal,  expose  les  termes  d'un  accord  concernant  un 
important  lot  de  manuscrits,  accord  que  trois  Français 
conclurent  au  mois  de  juillet  1269  à  Bologne,  où  ils  étaient 
comme  étudiants,  en  stipulant  que  les  livres  dont  il  était 
question  devaient  être  expédiés,  à  l'adresse  de  l'un  d'eux,  à 
Paris.  Le  premier  de  ces  étudiants,  qui  paraît  avoir  joué  le 
principal  rôle,  car  c'est  îi  lui  que  les  livres  devaient  être 
remis  personnellement  une  fois  qu'ils  seraient  parvenus  à 
Paris,  au  plus  tard  le  20  novembre  1269,  porte  un  nom  que 
Malaguzzi-Valeri  a  imprimé  ainsi  :  «  Magister  Johannes  de 
Manduno,  Aurelianensis  dyocesis.  »  J'ai  reproduit  textuel- 
lement cette  leçon.  Mais  M.  Maurice  Prou,  ayant  parcouru 
mon  travail,  m'a  fait  aussitôt  remarquer  que,  paléographi- 
quement,  ïn  et  Vu  se  confondant  dans  les  écritures  du 
moyen  âge,  on  pouvait  lire  tout  aussi  légitimement  Mau- 

1.  Cf.  Comptes   rendus  des  séances   de   l'Académie  des   inscriptions  et 
belles-lettres,  année  1915,  p.  383. 

2.  Tome  XLII    Paris,  1915),  p.  158  et  159, 


438  JEAN    DE    MEUN    ET    e'iTALIE 

duno  que  Mandunn.  Cette  nouvelle  lecture  est  infiniment 
plus  vraisemblable  que  la  première,  lin  effet,  tandis  que  la 
forme  «Manduno  »  ne  se  prête  à  aucun  rapprochement  utile, 
la  rectification  proposée  par  M.  Prou  :  «  Magîster  Johannes 
de  Mauduno,  Aurelianensis  dyocesis  »  donne  un  nom  qui, 
traduit  en  français  et  avec  les  qualificatifs  qui  l'accom- 
pagnent, correspond  exactement  à  ce  que  1  on  pourrait 
appeler  l'état  civil  du  poète  a  qui  est  due  la  seconde  partie 
du  Roman  de  la  Rose  :  «  Maître  Jean  de  Meun,  originaire 
du  diocèse  d'Orléans  ». 

Ainsi  que  l'a  rappelé  devant  vous  M.  Antoine  Thomas, 
M.  Ernest  Langlois,  professeur  à  l'Université  de  Lille  et 
qui  est  courageusement  resté  à  son  poste  en  face  de  l'inva- 
sion ennemie,  se  préparait  à  publier,  au  moment  où  la 
guerre  a  éclaté,  une  édition  du  Roman  de  la  Rose,  depuis 
longtemps  objet  de  ses  études,  édition  où  la  biographie  de 
Jean  de  Meun  est  résumée  eu  tête  du  premier  volume. 
Dans  ce  résumé,  M.  Langlois  pose  un  principe,  déduit  de 
l'expérience  :  «  Il  ne  s'agit  pas,  dit-il.  de  voir  l'auteur  du 
Roman  de  la  Rose  dans  une  mention  quelconque  d'un  Jean 
de  Meun  ;  mais  si  ce  nom  est  précédé  du  titre  de  «  maître  », 
désigné  dans  une  situation  de  fortune  correspondant  à  celle 
qu'on  est  disposé  à  accorder  au  poète,  vivant  en  même 
temps  que  lui,  mourant  à  la  même  date,  le  rapprochement 
s'impose  jusqu'à  preuve  du  contraire.  » 

La  question  de  la  date  de  mort  n'a  pas  à  entrer  ici  en 
ligne  de  compte,  puisqu'il  s'agit  d'un  acte  de  l'année  1269 
et  que  Jean  de  Meun  a  vécu  jusqu'en  1305.  Mais,  pour  le 
reste,  sur  tous  les  points  il  y  a  une  corrélation  complète 
entre  ce  que  l'on  sait  du  poète  et  les  données  à  tirer  du 
document  des  archives  bolonaises.  Même  nom,  précédé  du 
même  titre  de  «  maître  »  ;  même  diocèse  d'Orléans,  comme 
région  d'origine  locale.  Suivant  Gaston  Paris,  Jean  de 
Meun  a  dû  naître  vers  1250;  il  aurait  donc  eu  une  ving- 
taine d'années  en  1200,  date  de  la  pièce  d'archives;  et  c'est 


Jean  de  meun  et  l'italie  439 

bien  l'âge  d'être  étudiant  :  «  scolaris  ».  Jean  de  Meun, 
abandonnant  sa  province,  s'est  transporté  à  Paris  où  il  a 
achevé  son  éducation,  en  y  établissant  ensuite  sa  demeure 
jusqu'à  son  décès  ;  c'est  justement  «  à  Paris  »  que  les  livres 
partant  de  Bologne  doivent  être  expédiés  «  à  maître  Jean 
de  Meun  ».  Jean  de  Meun  était  dans  l'aisance;  or  le 
«  maître  Jean  de  Meun  »  du  document  s'engage  à  payer, 
au  reçu  des  manuscrits,  la  somme  relativement  considé- 
rable pour  l'époque  de  trois  cents  livres  tournois,  plus 
onze  livres  pour  les  frais  de  transport  ;  il  fallait  donc  avoir 
une  certaine  fortune  pour  pouvoir  faire  face  à  une  pareille 
dépense.  Enfin  les  manuscrits  acquis  sont  des  livres 
de  droit,  un  Digeste,  un  Code,  etc.  ;  et  les  érudits  ont 
remarqué  depuis  longtemps  que,  dans  la  partie  du  Roman 
de  la  Rose  qui  est  l'œuvre  de  Jean  de  Meun,  on  discernait 
la  marque  d'études  du  droit.  Suivant  Francisque  Michel, 
dans  une  note  de  son  édition  du  Roman  de  la  Rose,  tel  pas- 
sage «  a  fait  soupçonner  que  l'auteur  était  homme  de  loi  '  ». 
Sans  aller  aussi  loin,  M.  Ernest  Langlois  constate,  à  pro- 
pos de  Jean  de  Meun,  qu'«  à  trois  reprises  différentes,  il 
fait  part  au  lecteur  de  ses  connaissances  juridiques.  Une 
fois,  c'est  un  article  des  Institutes  de  Justinien  qu'il  cite. 
Plus  loin,  il  fait  allusion  soit  à  un  texte  du  Digeste,  soit  à 
quelque  commentaire  de  ce  texte.  Enfin,  il  rappelle  une 
prescription  du  «  Code  Justinien  »  '-'. 

Tout  ceci  est  singulièrement  suggestif.  Toutefois,  il  reste 
un  point  à  discuter.  Jean  de  Meun,  le  poète  du  Roman  de  la 
Rose,  a  eu  un  homonyme,  vivant  à  la  même  époque  que  lui 
et  originaire   de   la   même    contrée  :  Jean   de  Meun.  archi- 

1 .  Le  Roman  de  lu  Rose  .  . .  nouvelle  édition  revue  et  corri([ée.  par  Fran- 
cisque Michel  (Paris.  1864,  2  vol.  in-12),  t.  II,  p.  20.  note  1. 

2.  Ernest  Langlois,  Origines  et  sources   du   Roman   de   la  Rose  (Paris, 
1890,  in-8°),  p.  130.  —  M.  Langlois  estime  (pie   la  citation  du  «  Code  .Tnsti 
nien»  a  été  empruntée  par  Jean   de    Menu  à  Guillaume  de  Saint-Amour. 
Mais  la  même  idée  peut  se  rencontrer  chez  les  deux  auteurs.,  sans  qu'il  ^"it 
démontré  que  l'un  ait  nécessairement  copié  l'autre. 


440  IKAN    DE    MELIS    ET    I.'lTAUE 

diacre  de  Beauce  en  l'église  d'Orléans,  qui  fit  son  testament 
à  Orléans,  le  2.*i  janvier  1298,  et  vivait  encore  le  13  décembre 
1303.  Ne  serait-ce  pas  peut-être  cet  homonyme  dont  il 
serait  question  dans  le  document  des  Archives  de  Bologne? 
Je  crois  que  l'on  peut  répondre  sans  hésitation  par  la  néga- 
tive. En  effet,  d'une  part,  l'archidiacre  est  resté  purement  un 
Orléanais  dans  le  cours  de  sa  vie,  tandis  que  le  poète  se  tixail 
à  Paris.  Or,  où  les  livres  partis  de  Bologne,  en  1269,  doivent- 
ils  être  expédiés?  C'est  à  Paris,  et  non  pas  à  Orléans. 
D'autre  part,  il  est  déjà  question  du  chanoine,  archidiacre 
de  Beauce,  dans  un  acte  Orléanais  de  1270.  C'était  donc,  à 
ce  moment,  déjà  un  personnage  d'importance.  Il  serait 
invraisemblable  qu'un  an  plutôt,  en  1269,  il  eût  été  encore 
un  étudiant  travaillant  à  Bologne.  Au  contraire,  cette  situa- 
tion d'étudiant  en  1269  correspond  à  merveille,  comme  je 
l'ai  déjà  indiqué,  à  ce  que  nous  savons  du  poète.  Suivant 
Gaston  Paris,  celui-ci  prolongeait  encore  ses  études  aux 
alentours  de  1277  '. 

J'estime  donc  que  c'est  bien  Jean  de  Meun  le  poète,  le 
continuateur  du  Roman  de  la  Rose  après  Guillaume  de 
Lorris,  que  le  document  découvert  par  Malaguzzi-Valeri.  et 
signalé  récemment  par  moi-même  à  la  plus  grande  atten- 
tion du  public  français,  nous  montre,  en  juillet  1269,  étu- 
diant à  Bologne,  mais,  à  cette  époque,  se  disposant  évidem- 
ment à  quitter  bientôt  Bologne  pour  rentrer  à  Paris,  puisque 
c'est  à  Paris  qu'il  se  faisait  envoyer  le  lot  de  manuscrits, 
avec  l'obligation  que  l'envoi  lui  arrivât  dans  la  capitale  de 
la  France  pour  le  20  novembre. 

De  ce  séjour  en  Italie,  au  temps  de  sa  jeunesse,  resta-t-il 
quelque  chose  dans  l'esprit  de  Jean  de  Meun?  C'est  à  son 
œuvre  capitale,  la   seconde  partie  du    Roman   de   la  Rose, 

I.  Notre  confrère  M.  Paul  Fournier  a  t'ait  encore,  à  ce  propos,  cette 
judicieuse  remarque  (pie.  s'il  s'était  agi  du  chanoine,  les  manuscrits  à 
transporter  de  Bologne  à  Paris  auraient  été  des  livres  de  droit  canonique. 
tandis  que  ce  sont  exclusivement  des  ouvrages  de  droit  civil. 


JEAN    DE   MEUN    ET    l'iTALIE  44 1 

qu'il  faut  se  reporter  pour  chercher  quelque  indice  à  cet 
égard. 

On  a  relevé,  avec  juste  raison,  que  Jean  de  Meun  con- 
naissait fort  bien  les  auteurs  classiques.  «  Ce  qui  est  vrai- 
ment à  son  honneur,  d'autant  plus  que  c'était  une  chose 
très  rare,  c'est  son  intelligence  de  la  littérature  antique  », 
a  pu  dire  M.  Ernest  Langlois.  La  partie  qui  est  la  sienne 
dans  le  Roman  de  la  Rose  prouve  que  Jean  de  Meun  était 
très  familiarisé  avec  les  écrits  de  Cicéron,  Salluste,  Virgile, 
Juvénal,  Tite-Live,  Suétone  et  surtout  Ovide.  Il  cite  même 
Homère,  connu  de  lui  vraisemblablement  par  l'intermé- 
diaire des  œuvres  de  Boèce.  Ces  auteurs  de  l'antiquité,  au 
xiii°  siècle,  on  ne  les  ignorait  pas  en  France;  mais  c'était 
surtout  en  Italie,  dans  les  écoles  italiennes,  qu'ils  jouissaient 
de  la  grande  notoriété.  Il  n'y  a  qu'à  se  souvenir  du  rôle 
capital  que  Dante  assigne  à  Virgile  dans  la  Divine  Comédie. 
Toutefois,  je  concéderai  que  la  grande  connaissance  par 
Jean  de  Meun  des  lettres  latines  n'est  encore  qu'un  argu- 
ment secondaire. 

Mais  voici  une  observation  plus  topique  et  qui,  bien 
qu'elle  soit  assez  caractéristique  pour  impressionner  forte- 
ment 1  esprit,  quand  on  veut  y  bien  réfléchir,  ne  me  parait 
pas  avoir  été  dégagée  jusqu'ici  par  aucun  des  diiférents 
commentateurs  du  Roman  de  la  Rose. 

Dans  la  seconde  partie  du  Roman,  composée  par  Jean  de 
Meun,  les  acteurs  purement  allégoriques  imaginés  par  l'au- 
teur de  la  première  partie,  Guillaume  de  Lorris,  continuent 
à  occuper  presque  uniquement  la  scène.  Cependant  on  y 
rencontre  des  allusions  a  certains  faits  historiques,  s'élant 
passés  au  temps  de  Jean  de  Meun  ;  on  y  lit  des  noms  de 
personnages  qui  ont  vécu  à  la  même  époque  que  lui.  Les 
personnages  du  xme  siècle  ainsi  mentionnés  sont  :  Charles  Ier 
d'Anjou,  frère  de  saint  Louis,  Manfred  et  Conradin  de 
Hohenstaufen,  Henri  d'Espagne,  frère  du  roi  de  Castille 
Alphonse  le  Sage,  et  le  comte  Robert  II  d'Artois. 


î  \'2  .ii;a>   dé  m  1:1  n   et  i.'i  i  ami; 

Le  poète  s'attache  surtout  à  Charles  d'Anjou,  dont  il  l'ait 
un  éloge  enthousiaste.  Il  regrette  même  de  ne  pas  pouvoir 
s'étendre  plus  longuement  sur  sa  vie  glorieuse,  car  s'il  vou- 
lait  tout  rapporter. 

Un  grant  livre  en  convendroit  faire. 

Mais  ce  que  Jean  de  Meun  célèbre  en  Charles  d'Anjou, 
ce  n'est  pas  le  prince  du  sang'  de  France  ;  c'est  le  conqué- 
rant qui,  par  la  force  des  armes,  a  établi  son  empire  dans  le 
Sud  de  l'Italie  et  a  fondé  la  dynastie  des  rois  angevins  de 
\aples  ;  c'est  celui,  dit  le  poète, 

Qui  par  devine  porveance 

Est  ores  [maintenant    de  Sezile  rois. 

En  un   mot,  c'est  le  prince  devenu  un  souverain   italien. 

Quant  à  Manfred  et  Conradin  et  à  Henri  d'Espagne,  si 
.lean  de  Meun  en  parle,  c'est  pour  rappeler  qu'ils  ont  été  les 
adversaires  de  Charles  d'Anjou  dans  le  royaume  de  Xaples, 
et  des  adversaires  dont  le  prince  français  a  triomphé  :  Man- 
fred battu  par  lui  à  Bénévent,  Henri  d'Espagne 

Plain  d'orguel  et  de  traïson, 

jeté  en  prison  par  ses  ordres  :  Conradin  enfin, 

Dont  li  rois  Karles  prisi  la  teste 
Maugré  les  princes  d'Alemaigne, 

vers  dignes  d  attention,  remarquons- le  en  passant,  qui  nous 
montrent  Jean  de  Meun  ayant  cette  juste  clairvoyance  poli- 
tique de  comprendre  que  le  renversement  des  Hohenstaufen 
fut  la  défaite  d'une  emprise  germanique  sur  l'Italie. 

Reste  le  comte  Robert  II  d'Artois.  Pour  celui-ci,  c  est 
également  dans  le  royaume  de  Naples  que  s'est  déroulée  la 
plus  brillante  partie  de  sa  carrière.  Après  les  Vêpres  Sici- 
liennes, en  etfet.  Robert  d'Artois  alla  porter  son  concours 
en  Italie  à  Charles  d'Anjou  :  et  à  la  mort  de  celui-ci.  comme 
sou  lils  et  héritier,  h'  roi  Charles  II,  était  prisonnier  chez  les 


443 


JEAN    DE    MEUN    ET    L  ITALIE 

ennemis  des  Angevins,  Robert  d'Artois  devint  régent  du 
royaume  de  Sicile,  fonction  qu'il  occupa  pendant  cinq 
années  d'une  manière  très  heureuse. 

En  cherchant  bien,  il  est  encore  un  dernier  souvenir  his- 
torique qu'évoque  Jean  de  Meun.  Mais  ce  souvenir  se  rap- 
porte également  à  la  dynastie  angevine,  car  il  s'agit  de  la 
manière  dont  Charles  d'Anjou  réprima  une  révolte  à  Mar- 
seille : 

.  .  .ains  [avant]  que  de  Sezile 
Li  fust  li  roiaumes  donés. 

Ainsi  ce  qui  hantait  la  mémoire  de  Jean  de  Meun,  dans 
l'ordre  des  choses  de  son  temps,  quand  il  complétait  le 
Roman  de  la  Rose,  c'étaient  des  événements  et  des  noms 
que  le  poète  rattache  tous  ou  pouvait  rattacher  tous  à  ce 
chapitre  de  l'histoire  d'Italie  que  fut  l'établissement  des 
Français  de  Charles  d'Anjou  dans  les  provinces  méridio- 
nales de  la  Péninsule.  Il  nous  apparaît  sous  l'impression  de 
cette  conquête  du  trône  de  Sicile  qui,  faisons-le  ressortir, 
venait  de  s'accomplir  avec  éclat  et,  par  conséquent,  s'impo- 
sait en  Italie  aux  imaginations,  précisément  à  l'époque  où. 
d'après  l'acte  notarié  de  1269,  en  lisant  celui-ci  comme  je 
crois  qu'on  doit  le  faire.  «  maître  Jean  de  Meun  »  était 
étudiant  a  Bologne. 

En  résumé,  si  l'on  adopte  mes  conclusions,  nous  voyons 
le  document  bolonais  du  mois  de  juillet  1269  nous  révéler, 
grâce,  je  veux  encore  le  répéter,  à  la  correction  de  lecture 
si  heureuse  suggérée  par  M.  Maurice  Prou,  ce  fait,  totale- 
ment ignoré  jusqu'ici  des  biographes  de  Jean  de  Meun,  que 
le  poète  destiné  à  compléter  un  jour  le  Roman  de  la  Rose 
a  fait,  dans  sa  jeunesse,  un  séjour  en  Italie,  qu'il  a  étudié  à 
Bolo°-m\  ville  où  les  lettres  et  les  sciences  étaient  alors 
très  en  honneur  et,  circonstance  secondaire,  mais  intéres- 
sante, qu'il  a  été  <mi  relation  à  Bologne  avec  cet  enlumi- 
neur Oderisi  da  Gubbio,  que  Dante  a  connu  de  son  côté,  ce 


\ïi  i.ivkks   OFFERTS 

qui  éta))lit  comme  un  point  de  rapprochement  entre  un  des 
auteurs  de  notre  français  Roman  de  la  Rose  et  l'immortel 
chantre  italien  de  la  Divine  Comédie. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  <  )mont  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau,  au  nom  de  l'auteur 
M.  Henry  Cochin,  un  exemplaire  de  la  seconde  édition  de  Dante 
Alighieri,  Vita  nova,  suivant  le  texte  critique  préparé  pour  la  Società 
Dantesca  Italiana,  par  Michèle  Barhi,  traduite  avec  une  introduction 
et  des  notes  (Paris,   Champion,  1914,  in-8°,  lxxiv  et  255  pages). 

«  La  première  édition  de  cet  élégant  volume  a  été  présentée  à 
l'Académie  par  notre  regretté  confrère  Léopold  Delisle  dans  la 
séance  du  6  novembre  1908.  Quatre  ans  après,  elle  était  épuisée; 
c'est  le  meilleur  témoignage  du  mérite  de  la  traduction  de  M.  Henry 
Cochin  et  de  l'intérêt  de  ce  petit  livre,  œuvre  de  la  jeunesse  de 
Dante,  qui  permet  de  suivre  l'évolution  première  de  son  esprit  et 
son  activité  morale  pendant  les  années  où  se  formait  son  génie.  Cette 
seconde  édition,  imprimée  en  grande  partie  avant  la  guerre,  offre 
quelques  corrections  et  additions  importantes  au  texte,  mais  surtout 
à  la  traduction  et  aux  notes,  qui  ont  été  l'objet  d'une  révision  aussi 
exacte  que  savamment  informée.  » 


SÉANCE   DU   27    OCTOBRE 


PRÉSIDENCE    DE    M.     ANTOINE    THOMAS,     VICB-PRESIDBNT. 
PUIS    DB    M.     MAURICB    CROISET. 

M.  le  Dr  Capitan  fait  une  lecture  sur  six  stations  préhistoriques 
dans  la  région  du  Haut-Sénégal  et  au  Nord  de  Tombouctou  '. 

1 .  Voir  ci-apré- 


NOUVEAUX    GISEMENTS    PREHISTORIQUES    DANS    l'aZAOUAD        Ho 

M.  Prou  lit  un  mémoire  de  M.  l'abbé  Carrière,  pour  le  moment 
mobilisé,  sur  l'origine  de  l'appellation  d'Urhs  Clavorum,  souvent 
appliquée  à  Verdun  depuis  le  rve  siècle.  Ce  ne  serait  là  qu'une 
déformation  d'Urhs  Sclavorum  qui  témoigne  de  l'établissement 
à  Virodunum  d'une  colonie  de  Slaves,  probablement  des  Sar- 
mates  venus  des  pays  entre  la  Baltique  et  le  Pont  Euxin,  c'est- 
à-dire  la  Russie,  comme  il  y  en  eut  beaucoup  d'autres  en  Gaule, 
au  temps  de  l'Empire  romain.  Le  concours  que  ces  Slaves  prê- 
tèrent aux  Gaulois  et  aux  Romains  contre  les  envahisseurs  ger- 
mains rappelle,  à  la  distance  de  seize  siècles,  les  raisons  qui 
nous  unissaient  déjà  à  notre  grande  alliée,  la  Russie. 

MM.  Léger,  Thom\s  et  Cagnat  présentent  quelques  observa- 
tions. 


COMMUNICATION 


SIX    NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    LAZAOUAD 

(NORD    DE    TOMBOUCTOL 

ET    DANS    LA    RÉGION     DU    HAUT-SÉNÉGAL. 

PAR    M.     LE    Dr    CAPITAN. 

Les  études  d'ethnographie  préhistorique  asiatique  et 
africaine,  malgré  de  nombreuses  découvertes,  manquent 
encore  d'une  systématisation  générale,  analogue  à  celle  qui, 
créée  en  France,  a  permis  de  donner  en  Europe  à  ces  études 
un  développement  si  remarquable.  Mais  aujourd'hui  l'em- 
ploi des  méthodes  précises  actuelles  de  la  préhistoire  per- 
met d'arriver  à  de  bien  plus  précis  résultats.  Je  voudrais 
en  communiquer  à  l'Académie  de  très  nets  exemples  encore 
inédits. 

M.  Brévié,  administrateur  de  lre  classe  des  Colonies, 
chef  du  Cabinet  du  gouverneur  du  Haut-Sénégal-Niger, 
est  venu,  il  y  a  quelques  années,  me  demander  des  indica- 


illi       NOUVEAUX    GISEMENTS    PREHISTORIQUES    DANS    L  AZAOUAD 

tions  techniques  précises  touchant  les  recherches  préhisto- 
riques à  réaliser  sur  place.  Je  l'ai  complètement  docu- 
menté. 

Grâce  à  l'appui  du  président  Dislère,  de  M.  Clozel,  gou- 
verneur du  Haut-Sénégal-Niger,  M.  Brévié  a  pu,  lui-même, 
faire  d'intéressantes  explorations  dans  le  centre  de  l'Afrique 
et  en  susciter  d'autres  :  celles-ci,  réalisées  par  le  colonel 
Gadel  dans  l'Azaouad,  région  au  N.  de  Tombouctou,  tan- 
dis que  celles  de  M.  Brévié  ont  porté  sur  le  Haut-Sénégal. 

1°  Dans  l'Azaouad,  il  existe  une  première  région  s'éten- 
dant  vers  le  Nord  sur  une  distance  de  250  kilom.,  de  Tom- 
bouctou à  Arraouan,  où  des  pluies  d'hiver  déterminent 
l'apparition  transitoire  d'une  végétation  herbacée.  Il  y 
pousse  aussi  des  mimosas  et  des  gommiers. 

Mais,  au  Nord  d'Arraouan,  il  n'y  a  que  de  grandes  dunes 
moxivantes,  sans  aucune  végétation.  C'est  une  des  parties 
les  plus  dangereuses  du  Sahara.  C'est  là,  à  300  kilom.  au 
Nord  d'Arraouan,  avant  Taodenit,  que  le  long  de  l'Erg 
Jineïart,  le  colonel  Gadel  a  recueilli,  en  des  petits  amas, 
distants  de  10  à  20  mètres  les  uns  des  autres,  toute  une 
série  de  haches  quaternaires,  identiques  à  celles  découvertes 
par  M.  Bonnel  de  Mézières  et  que  j'ai  communiquées  à 
l'Académie,  en  1911 . 

2°  Plus  au  Nord  encore,  entre  Taodenit  et  le  Ksaïb. 
dans  de  petites  dunes  correspondant  à  d'anciens  habitats, 
M.  Brévié  a  pu  faire  recueillir  des  meules  dormantes  en 
forme  de  cuvettes  peu  profondes  avec  leurs  cylindres 
écraseurs.  (J'en  présente  un  beau  spécimen  envoyé  par 
M.  Brévié.)  Jadis  il  y  avait  certainement  là  des  points 
d'eau  et  un  climat  bien  plus  humide  rendait  la  vie  possible. 

3°  Dans  le  Haut  Sénégal,  à  110  kilom.  de  Kayes,  dans 
la  direction  de  Kiffa,  au  pied  de  falaises,  sur  les  bords  du  lit 
d'un  ruisseau,  M.  Brévié  a  trouvé,  entre  les  herbes  et  de 
gros  blocs  de  pierre,  un  grand  nombre  de  pierres  taillées 
que    nous   étudierons  plus  loin.  Plusieurs  lieux   d'habitats 


NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    l'aZAOUAD        447 

toujours  près   d'un  cours  d'eau  furent  ainsi  reconnus.  Ces 
lieux  portent  le  nom  de  Kollé. 

4°  A  80  kilom.  au  Nord  du  précédent,  à  9  kilom.  de  l'an- 
cien lac  de  Kankossa,  au  pied  d'une  colline,  sur  les  bords 
d'un  ancien  cours  d'eau,  M.  Brévié  a  trouvé  un  autre  gise- 
ment très  analogue  au  précédent.  C'est  celui  d'Agamami. 
D'ailleurs  on  peut,  dans  la  région,  recueillir  fréquemment 
des  armes  en  pierre.  Il  y  existerait  aussi  des  ruines  et  des 
cavernes.  C'est  la  riche  région  soudanaise  décrite  par  les 
vieux  géographes  arabes  Ibn  Haoukal,  Bekri  et  Edrisi. 

5°  Dans  la  région  du  Haut-Sénégal,  sur  la  rive  gauche 
du  fleuve,  à  hauteur  du  confluent  du  Ba-fing  et  du  Ba-Koï, 
au  sommet  de  la  berge  la  plus  élevée,  M.  Brévié  a  décou- 
vert une  station  préhistorique  s'étendant  sur  une  longueur 
de  1  kilom.  et  constituée  par  un  dépôt  considérable  de 
cailloux  roulés  du  fleuve  brisés,  débités  et  taillés  par 
l'homme  primitif. 

6°  Aux  environs  de  Sikasso,  dans  les  mêmes  parages, 
M.  Brévié  a  pu  recueillir  de  nombreux  spécimens  de  haches 
polies,  presque  toujours  sur  le  bord  des  cours  d'eau  ou  sur 
l'emplacement  des  villages  actuels  ou  des  villages  anciens 
et  très  rarement  dans  la  brousse.  Il  y  avait  donc  un  choix 
tout  spécial  fait  par  les  néolithiques  pour  y  établir  leurs 
villages  dans  les  meilleures  conditions.  Il  est  probable  que 
c'était  déjà  des  sédentaires  agriculteurs. 

Malgré  d'extrêmes  difficultés,  M.  Brévié  a  pu  recueillir, 
dans  ces  divers  gisements,  de  nombreuses  pierres  taillées, 
en  suivant  les  indications  que  je  lui  avais  données.  Après 
triage,  classement  et  étude  de  ces  séries,  j'ai  pu  en  déduire 
des  observations  que  je  voudrais  soumettre  à  l'Académie. 

On  sait  qu'en  Europe  chaque  époque  de  l'âge  de  la  pierre 
est  nettement  caractérisée  par  des  formes  d'armes  ou  d'ins- 
truments en  pierre  taillée,  de  types  spéciaux  à  chacune  de 
ces  époques.  En  est-il  de  même  en  Asie  et  en  Afrique  ?  Telle 
est  la  question,  non  encore  résolue  d'ailleurs,  que  l'on  peut 

1916  30 


H8       NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    l'azaOUAD 

se  poser.  En  bonne  logique,  il  ne  paraît  pas  possible  d'at 
tribuer  aux  gisements  extra-européens  un  âge  tout  autre  et 
une  chronologie  toute  différente  de  celle  d'Europe,  sous 
prétexte  qu'ils  se  trouvent  en  Asie  ou  en  Afrique.  Tout  au 
plus  pourrait-on  admettre  qu'ils  sont  un  peu  plus  ou  un 
peu  moins  anciens  qu'en  Europe  ;  cela  paraît  surtout  vrai- 
semblable pour  les  époques  les  plus  anciennes  :  chelléenne, 
acheuléenne.  En  effet,  les  communications  entre  lEurope 
méridionale  et  1  Asie  étaient  aisées  à  l'époque  quaternaire 
et  entre  l'Europe  et  l'Afrique,  bien  plus  faciles  et  plus 
larges  qu'elles  ne  le  sont  de  nos  jours. 

Les  spécialistes  sont  donc  d'accord  sur  ce  point  :  les 
gisements  contenant,  en  Asie  comme  en  Afrique,  des  silex 
taillés  des  types  dit  chelléen  et  acheuléen,  correspondent 
sensiblement  comme  âge,  à  ceux  d'Europe  et,  comme  eux, 
sont  quaternaires  inférieurs.  Ils  sont  d'ailleurs  nombreux 
en  Afrique,  depuis  ceux  du  cap  de  Bonne-Espérance  jusqu'à 
ceux  du  Zambèze,  des  Somalis,  d'Egypte  et  de  Tunisie, 
sans  parler  de  ceux  au  Nord  de  Tombouctou  que  j'ai  eu 
l'honneur  de  présenter  à  l'Académie. 

Mais  d'autres  civilisations  préhistoriques  ont  laissé 
leurs  traces  sur  le  sol  africain.  Elles  se  différencient,  par 
leur  morphologie,  des  civilisations  quaternaires,  mais,  en 
général,  elles  restent,  jusqu'ici,  assez  indéterminées  comme 
âge. 

C'est  pour  cela  que  l'étude  des  gisements  découverts  par 
M.  Brévié  présente  un  intérêt  tout  particulier.  Leur  analyse 
technologique  et  leur  comparaison  avec  les  silex  typiques 
des  divers  niveaux  de  l'époque  de  la  pierre  d'Europe  nous 
permettra,  je  pense,  d'arriver  à  des  conclusions  beaucoup 
plus  précises  que  celles  auxquelles  on  était  parvenu  jus- 
qu'ici. 

Examinons  donc,  au  point  de  vue  technologique,  les 
séries  systématiques  que  nous  avons  constituées  au  moyen 
<l<>^  diverses  récoltes  du  colonel  Gadel  et  de  M.  Brévié. 


NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQtES    DANS    l'aZAOUAD       449 

1°  Station  de  l Erg  Jineïart. 

Les  belles  pièces  dont  nous  présentons  quelques  spéci- 
mens sont  du  type  classique  des  haches  plates  ovales  et 
lancéolées,  caractéristiques  du  quaternaire  inférieur  corres- 
pondant au  Chelléen  supérieur  de  l'Europe. 

Ces  pièces  sont  identiques  à  celles  que  j'ai  présentées  en 
1911  à  l'Académie.  Leurs  caractères,  leur  patine,  leur  usure 
par  les  sables,  leur  aspect  ne  permettent  pas  d'autre  inter- 
prétation. Elles  démontrent  l'existence  en  ces  lieux,  au 
début  des  temps  quaternaires,  d  une  population  nombreuse, 
vivant  d'ailleurs  dans  des  conditions  météorologiques  tout 
autres  qu'aujourd'hui  :  eaux  abondantes,  climat  à  humidité 
assez  grande,  végétation  luxuriante,  faune  variée  et  riche. 

2°  Habitats  près  de  Taodénit. 

Très  au  Nord  de  l'Azaouad,  nous  avons  vu  qu'il  existait 
entre  le  Ksaïb  et  Taodénit  des  sortes  de  petites  dunes  sem- 
blant être  des  vestiges  d'habitats  antiques  d'un  tout  autre 
âge  que  les  gisements  de  Jineïart.  On  y  trouve  en  effet  des 
fragments  de  poteries  et  des  broyeurs,  des  percuteurs  et  de 
grandes  meules  plates  à  broyer  en  forme  de  cuvettes  en 
pierre,  avec  leur  pilon  de  pierre  ayant  dû  servir  à  la  fois  de 
broyeur  et  d'écrasoir. 

M.  Brévié  nous  a  envoyé  une  de  ces  meules  mesurant 
0m  50.  Celle  que  je  présente  à  l'Académie  est  de  plus  petite 
dimension  (0m30),  mais  très  typique  avec  son  pilon.  Ces 
objets  permettent  des  conclusions  fermes,  basées  sur  d'in- 
nombrables observations  mondiales.  Ce  sont  des  moulins 
peu  transportables  :  ils  devaient  donc  appartenir  à  des 
populations  sédentaires.  D'autre  part,  pour  moudre  des 
grains,  il  faut  en  avoir  et,  pour  en  avoir,  il  faut  les  culti- 
ver. Il  paraît  donc  légitime  d'admettre  qu'en  ces  lieux,  des 
populations  préhistoriques,  se  comportant  à  ce  point  de 
vue  comme  nos  néolithiques  d'Europe,  s'étaient  installées 
et  avaient  vécu,  ayant  une  culture  analogue  à  la  leur. 


|.">0       NOUVEAUX    GI8EMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    L  AZAOUAD 

Donc  les  conditions  désertiques  actuelles,  rendant  toute 
vie  impossible  en  ces  lieux,  n'existaient  pas  encore  durant 
une  période  qui  doit  correspondre  sensiblement  à  notre 
néolithique,  mais  probablement  plus  reculée  dans  le  temps, 
ainsi  que  les  observations  faites  en  Egypte  permettent  de 
le  penser.  La,  en  ell'et,  il  semble  que  l'on  doive  faire  remon 
ter  au  delà  du  IV1'  ou  Vp  millénaire  avant  l'ère  l'évolution 
du  néolithique. 

Peut-être  ces  habitats  voisins  de  Taodénit  correspondent' 
ils  à  cette  période. 

3°  Ateliers  de  Kollé. 

Les  pièces  de  cette  station  ont  été  taillées  dans  une 
roche  noire  à  l'intérieur  qui  a  pris,  en  surface,  une  patine 
ocre  d'aspect  rugueux,  résultant  de  l'altération  assez  pro- 
fonde de  la  surface  des  pierres.  Par  comparaison  avec  des 
pièces  déjà  signalées  dans  le  Bas-Sénégal,  il  est  vraisem- 
blable qu'il  s'agit  d'une  roche  éruptive,  sorte  de  lave 
dénommée  lahrudorite. 

L'outillage  des  stations  de  Kollé  comprend  d'abord  d'in- 
nombrables fragments,  résidus  de  taille  ou  pièces  d'usage, 
de  larges  éclats,  puis  de  grandes  lames  mesurant  jusqu'à 
0m  20  de  longueur,  formant  des  sortes  de  couteaux. 

Ensuite  vient  une  série  de  types  caractéristiques  d'une 
réelle  valeur  documentaire.  Ce  sont  :  1°  des  pièces  irréguliè- 
rement cylindriques  taillées  à  grands  coups,  terminées  à  une 
extrémité  en  pointe  et  à  l'autre  présentant  une  surface  élar- 
gie formant  un  vrai  tranchant  constitué  par  le  bord  natu- 
rel du  silex  ou  façonné  par  quelques  coups  seulement.  C'est 
là  le  type  ciseau  ou  tranchet,  si  caractéristique  du  début 
du  néolithique  en  Europe  et  qui  apparaît  seulement  à  ce 
moment. 

2°  Des  pièces,  se  rapprochant  de  celles-ci  par  leur  aspect! 
général,  se  présentent  aussi  sous  la  forme  d'un  instrument 
cylindrique  aplati,  taillé  à  grands  coups,  terminé  en  pointe  ; 


NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    l'aZAOUAD       4ol 

à  une  extrémité,  tandis  que  l'autre  s'élargit  et  forme  un 
tranchant  déterminé  par  une  série  de  retouches  assez  fines. 
Il  y  a  là  une  différence  très  nette  avec  les  pièces  précé- 
dentes. En  Europe,  on  désigne  ce  type  très  caractéristique 
par  la  dénomination,  d'ailleurs  erronée,  de  hache  préparée 
pour  le  polissage.  On  le  rencontre  en  abondance,  accom- 
pagné d'ailleurs  du  tranchet,  par  exemple,  en  France, 
dans  les  grandes  stations-ateliers  de  l'Yonne  ou  de  l'Indre- 
et-Loire,  et  en  Belgique,  à  Spiennes.  L'identité  morpholo- 
gique entre  ces  pièces  européennes  et  celles  que  nous  décri- 
vons ici  est  absolue.  Tranchets  comme  haches  étaient  cer- 
tainement des  outils  destinés  aux  divers  usages  auxquels 
peut  être  employée  la  hache  ou  l'herminette  (couper, 
entailler,  creuser,  racler,  voire  même  piocher).  Ces  pièces 
sont  très  spéciales.  Elles  caractérisent  en  Europe  un  faciès 
du  néolithique  primitif  et,  chose  singulière,  elles  appa- 
raissent à  ce  niveau  archéologique  ne  s'étant  jamais  ren- 
contrées dans  l'industrie  des  époques  antérieures.  Plus 
tard,  elles  continuèrent  à  être  en  usage  dans  le  courant  du 
néolithique,  associées  à  des  haches  polies  de  plus  en  plus 
fréquentes. 

3°  Avec  ces  tranchets,  ces  haches  ou  herminettes,  comme 
dans  l'Yonne,  comme  dans  les  limons  tout  à  fait  supérieurs 
de  la  Somme,  comme  à  Spiennes  en  Belgique,  on  trouve 
des  pièces  analogues  irrégulièrement  cylindriques,  taillées 
à  grands  coups,  pointues  à  une  extrémité  ou  aux  deux,  aux- 
quelles on  a  donné  en  Europe  le  nom  de  pic.  Lui  aussi 
apparaît  tout  à  fait  au  début  du  néolithique,  sans  jamais 
;  s'être  manifesté  antérieurement.  Il  accompagne  constam- 
ment en  Europe  le  ciseau  et  la  hache  taillée. 

4°  Enfin  fort  rares  sont  des  pièces  circulaires,  discoïdes, 
à  tacettes,  et  que  nous  allons,  au  contraire,  trouver  en  abon- 
dance dans  le  gisement  suivant. 

Gomme  on  le  voit,  la  constatation,  dans  les  ateliers  de 
Kollé.  du  tranchet,  de  la  hache  néolithique  taillée  et  du  pic 


5-52       NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    LAZAOUAb 

permet  de  les  dater  certainement  et  de  les  attribuer  à  une 
période  qui,  dans  l'évolution  préhistorique  africaine,  cor- 
respondrait tout  à  fait  au  début  de  notre  néolithique. 

4°  Atelier  d' '  Agamami. 

Les  pièces  sont  fabriquées  en  même  matière  que  dans 
les  ateliers  de  Kollé.  On  y  retrouve  également  de  larges 
éclats  et  de  grandes  lames,  quelques  pics  et  ébauches  de 
haches  néolithiques,  et  des  pièces  ressemblant  à  de  gros 
perçoirs  ou  à  des  pics  plats  et  fort  larges  vers  la  base.  Mais 
ce  qui  caractérise  surtout  cet  atelier,  ce  sont  de  multiples 
pièces  discoïdes  taillées  à  grands  coups,  généralement  sur 
les  deux  faces.  Or  cet  aspect  et  cette  taille  sont  en  Europe 
très  caractéristiques  du  moustérien.  On  ne  les  trouve  qu'as- 
sez exceptionnellement  dans  les  milieux  néolithiques. 
Quelques-uns  de  ces  disques  montrent  sur  une  de  leurs  faces 
un  large  éclat  enlevé  d'un  seul  coup  et  occupant  presque 
toute  la  surface  de  la  pièce.  Ce  type,  qui  se  rencontre  rare- 
ment en  Europe  et  dès  les  gisements  moustériens,  est  au 
contraire  très  abondant  et  très  typique  dans  les  gisements 
paléolithiques  égyptiens  qui  semblent  correspondre  à  notre 
moustérien. 

Il  y  a  donc,  pour  cet  atelier  d'Agamami,  un  petit  pro- 
blème résultant  de  l'association  de  pièces  qui  sembleraient 
(d'après  ce  que  nous  savons  d'autre  part)  ne  pas  devoir  se 
trouver  réunies.  Il  serait  possible  que  là,  comme  dans 
beaucoup  de  gisements  de  France,  il  y  eût  un  mélange  d'in- 
dustries d'époques  très  diverses  (la  couche  archéologique 
n"a,  en  effet,  que  0  '"  20  à  0m  30  d'épaisseur),  ou  bien  encore 
ce  serait  là  une  particularité  nouvelle  et  intéressante  de  la 
persistance  jusque  dans  le  néolithique  d'un  instrument  qui 
paraît  bien  être  originairement  moustérien. 

Ces  deux  stations-ateliers  semblent  être  à  peu  près  de 
même  époque  ;  c'est  la  première  fois  qu'on  signale  en 
Afrique  un  pareil  outillage. 


NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    l'aZAOUAD        453 

5°  Station  de  Bafoulabé. 

Toute  différente  est  l'industrie  recueillie  par  M.  Brévié 
sur  la  rive  gauche  du  Haut-Sénégal. 

La  matière  première  est  constituée  par  des  cailloux  rou- 
lés d'un  silex  argileux  blanc  ou  grisâtre  à  l'intérieur  et 
brun  fort  usé  à  l'extérieur.  La  matière  première  a  nécessai- 
rement fait  diminuer  considérablement  les  dimensions  des 
objets  exécutés  qui  sont  tous  assez  petits.  On  trouve,  dans 
cette  série,  d'abord  des  nuclei  ou  blocs  matrices  sur  les- 
quels ont  été  enlevées  de  petites  lames  fines,  minces,  allon- 
gées. Celles-ci  sont  assez  nombreuses  dans  le  gisement. 
Quelques-unes  de  ces  petites  lames  sont  retaillées  sur  le 
bord,  constituant  des  sortes  de  petits  couteaux  racloirs  ; 
d'autres  sont  retouchées  à  une  extrémité,  formant  l'instru- 
ment dit  grattoir  sur  lame.  Enfin  deux  pièces  paraissent 
être  des  sortes  d'ébauches  de  pointes  de  flèche. 

Comme  on  le  voit,  il  s'agit  donc  là  d'une  industrie  com- 
plètement différente  de  celle  des  autres  gisements  et  où  la 
finesse  de  la  taille  et  la  petite  dimension  des  pièces,  l'em- 
ploi d'une  matière  tout  autre  indiquent  nettement  l'œuvre  de 
populations  très  différentes.  Pour  ce  qui  est  de  l'âge 
à  attribuer  à  ces  silex,  il  paraît  vraisemblable  de  les  consi- 
dérer comme  beaucoup  moins  anciens  et  probablement 
d'âge  néolithique  très  avancé. 

6°  Trouvailles  erratiques  et  emplacements  de  villages  de 
la  région  de  Sikasso  (Haut-Sénégal). 

Les  observations  très  précises  de  M.  Brévié  sus-indiquées 
ont  montré  que  les  haches  polies  se  rencontrent  ou  bien 
d'une  façon  erratique  et  en  n'importe  quel  point  du  Sahara, 
ou  sur  les  emplacements  de  villages  anciens  ayant  souvent 
occupé  ceux  de  villages  beaucoup  plus  récents. 

C'est  là  une  règle  mondiale  d'ailleurs.  Quand  un  empla- 
cement était  favorable  et,  surtout  en  Afrique,  lorsqu'il  était 
voisin  de   l'eau     puits,  sources   ou    cours    d'eau)   et    voisin 


i."«i        NOUVEAUX    GISEMENTS    PRÉHISTORIQUES    DANS    l'aZAOUAD 

aussi  de  terres  cultivables,  il  fui  choisi  et  habité  par  les 
premiers  sédentaires  qui  s'y  installèrenl  dès  le  néolithique 
et  \  restèrent  tant  que  les  conditions  météorologiques  le 
leur  permirent.  Rien  d'étonnant  donc  à  ce  que  l'on  ren- 
contre la  pièce  caractéristique  de  leur  industrie  :  la  hache 
polie,  surtout  sur  ces  emplacements  de  sédentaires  agricul- 
teurs, à  état  social  probablement  déjà  relativement  assez 
avancé.  Ces  haches,  au  contraire,  manquent  ou  sont  excep- 
tionnelles dans  les  lieux,  tels  que  la  brousse,  où  ces  popula- 
tions sédentaires  ne  séjournaient  pas,  les  conditions  de  vie 
y  étant  pour  eux  défavorables. 

Ces  haches  sont  variées  de  formes  et  de  matières.  Les 
unes  sont  presque  cylindriques,  d'autres  à  tranchants  plus 
évasés,  d'autres  courtes  à  larges  tranchants.  Ce  sont  là  des 
variétés  qui  n'ont  rien  de  typique. 

Quant  à  la  matière,  ainsi  qu'on  peut  le  voir,  c'est  tantôt 
de  la  diorite,  tantôt  une  sorte  de  labradorite,  quelquefois 
du  minerai  de  fer  très  compact  hématite;.  Il  est  probable 
que  d'autres  pièces  accompagnent  les  haches  polies.  Dans 
les  séries  que  nous  avons  reçues  on  n'a  recueilli  que  la 
hache  qui  constituait  l'objet  le  plus  typique  et  le  plus  frap- 
pant. Les  populations  actuelles  ont  à  l'égard  de  ces  haches 
les  mêmes  superstitions  que  les  Anciens  et  le  plus  grand 
nombre  des  primitifs  actuels,  civilisés  ou  non.  Ils  les  con- 
sidèrent comme  des  pierres  de  foudre  douées  de  puissance 
magique. 

Telles  sont  les  quelques  ob-ervations  que  l'on  peut  faire 
sur  la  série  d'objets  préhistoriques  des  régions  au  Nord  de 
Tombouctou  et  du  Haut-Sénégal  recueillis  par  M.  Brévié. 
On  voit  que  leur  étude  systématique  permet  de  reconnaître, 
dans  ces  régions  de  l'Afrique  centrale,  l'existence  de  popu- 
lations trèsdilférentes.  ayant  occupé,  à  diverses  périodes  de 
la  préhistoire,  des  emplacements  variés  en  rapport  avec  leur 
mode  d'existence.  Il  y  a  là  une  méthode  qui  peut,  en 
ethnographie  préhistorique  fournir  d'intéressants  résultats; 


OBSERVATIONS    SLR    LE    THÉÂTRE    ROMAIN    DORANGE        ioo 

c'est  pour  cela  que  je  me  suis  permis  d'attirer  l'attention 
de  l'Académie  sur  cet  ensemble  de  faits  et  de  documents 
nouveaux. 


APPENDICE 


OBSERVATIONS  SLR  LE  THÉÂTRE  ROMAIN  D  ORANGE. 
PAR  M.  JULES  FORMIGÉ. 

J'ai  eu  l'honneur  de  lire,  le  12  juillet  19161,  devant  l'Aca- 
démie, une  communication  sur  le  prétendu  cirque  accolé 
au  théâtre  d'Orange,  qui  est,  en  réalité,  un  gymnase.  Cette 
communication  sera  publiée  dans  le  prochain  volume  des 
Mémoires  présentés  par  divers  savants.  Le  plan  de  ce 
théâtre  y  figure. 

Je  voudrais  rassembler  ici  quelques  observations,  rela- 
tives au  théâtre  lui-même,  que  j'ai  été  amené  à  faire  en 
examinant  cet  édifice  et  en  dressant  son  plan. 

Le  tracé  général  de  la  cavea  est,  comme  à  Arles,  un 
cercle  outrepassé  :  on  doit  y  voir  une  influence  grecque. 

Le  balteus  de  l'orchestre  a  laissé  sa  trace  très  nette  en 
deux  points,  de  sorte  qu'on  peut  le  placer. 

On  a  aussi  la  limite  des  gradins  de  l'orchestre  à 
trois  mètres  du  balteus.  Il  y  a  lieu  de  penser  qu'ils  étaient 
au  nombre  de  trois,  mesurant  chacun  1  mètre  de  large.  Cela 
donne  comme  diamètre  de  l'orchestre  11)  m  10,  alors  qu'à 
Arles  on  trouve  18  m  9o.  Un  fragment  de  siège  en  marbre 
paraît  en  provenir2. 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  317. 

2.  Une  découverte  analogue  a  été  faite  au  théâtre  de  Vaison  (Vaucluse). 
Voir  le  Théâtre  romain  de  Vaison,  par  J.  Sautel,  dans  les  Mémoires  de 
l Académie  de  Vaucluse  Avignon,  1909).  On  y  lit  :  N°  38.  Partie  supérieure 
«  du  dossier  d'un  siège  en  marbre  blanc.  La  partie  enroulée  qui  le  termine 
n  est  recouverte   d'écaillés  imbriquées  les  unes   sur  les  autres,  les  deu.\ 


4S6         OBSERVATIONS    SUR    LE   THÉÂTRE    ROMAIN    d'oRANGE 

Au-dessus  de  chacune  des  grandes  entrées  se  trouvaient 
trois  gradins  et  une  loge.  On  accédait  à  cette  dernière  par 


La  repëTifiOn  de  1a  moulure  en 
talon  est  caractéristique  de  lin- 
-f'uence  d>ecaue 


V 


J.  F.  del. 


Fragments  d  un  siège  en  marbre  qui  parait  provenir 
des  gradins  de  l'orchestre. 

un  escalier  adossé  au  mur  qui  la  supportait,  du    côté  de  la 

scène.  Elle  était  de   plain    pied  avec    la   première   précinc- 

tion. 

«  extrémités  en  sont  taillées  avec  une  grande  délicatesse  et  représentent 
»  d'un  coté,  une  jolie  rosace:  de  l'autre,  une  tête  de  Mercure  aux  cheveux 
»  en  désordre,  avec  deux  têtes  de  serpents  se  nouant  sous  le  menton... 
I-argenr  du  siège  0  "'495;  épaisseur  à  la  partie  enroulée  0  m  05  à  0m  06...  • 
De  même,  au  théâtre  de  Cherchcl  (Algérie),  les  fouilles  de  1915  ont  donné 
une  patte  de  lion  provenant  d'un  siège.  Voir  le  Journal  officiel  de  la  Répu- 
blique française,  29  avril  1916,  p.  1"  (compte  rendu  de  M.  Albert   Ballu. 


OBSERVATIONS    SUR    LE    THÉÂTRE    ROMAIN    D  ORANGE 


titt 


Le  mur  du  pulpitum  est  très  exactement  défini  du  côté 
de  l'orchestre  par  une  rigole  et  de  l'autre  côté  par  l'aligne- 
ment des  cassettes.  Son  épaisseur  est  de  0  m  75.  Il  est  donc 
probable  qu'au  lieu  d'être  orné  de  niches  suivant  la  dispo- 


CONTRE  MVR  P 

DV  PLANCHER         ° 


11  n'est  figure  ici  que 
la  partie  en  pierre  des 
cassettes:  Les  coulis- 
ses en  bois  et  leurs 
cordes  sont  donc  sup- 
primées. 


■  O*  C°) 


Coupe  perpendiculaire  au  mur  du  pulpitum. 
sur  la  fosse  des  cassettes  du  rideau. 

sition  habituelle,  il  possédait  une  irise  continue  comme 
celle  qu'on  voit  au  théâtre  de  Dionysos  à  Athènes1.  Un 
scellement  sur  la  dalle  qui  lui  est  adjacente,  au  centre,  fait 

l.  Nous  n'avons  pas  de  données  précises  sur  cette  décoration.  Néan- 
moins il  faut  mentionner  qu'on  a  retrouvé  dans  la  fosse  du  rideau  un  des 
fragments  ornés  de  Centaures.  Il  n'est  pas  impossible  qu'il  provienne  du 
mur  du  pulpitum, 


iaS        OBSERVATIONS    SLR    LE    TUÉAÏRI.    ROMAIS    0  ORANGE 

penser  qu'il  présentait  un  autel  en  son  milieu.  Peut-être  y 
en  avait-il  d';iutres.  On  ignore  si  des  escaliers  reliaient  la 
scène  à  l'orchestre  et  s'ils  étaient  en  marbre  ou  en  bois. 
Mais  .en  revanche,  aux  extrémités,  on  voit  deux  autres 
escaliers  de  quatre  marches,  revêtus  de  marbre,  qui  des- 
cendaient de  la  scène   aux   grandes   entrées.    Ils   mesurent. 

0  m  89  de  large.  Les  marches  ont  environ  0  m  28  de  haut,  ce 
qui  donne  1  m  12  pour  l'ensemble  du  pulpilum. 

Les  cassettes  du  rideau  mesurent  0  m  30  sur  0  m  32.  Elles 
sont  au  nombre  de  trente  et  une,  dont  seize  bordent  la  fosse 
du  côté  de  l'orchestre  et  quinze  du  côté  opposé.  Elles  sont 
sensiblement  équidistantes.  Leur  profondeur  est  de  1  m  1)9. 
La  fosse  est  large  de  0  m  69.  Des  dalles  épaisses  de  0  m  26 
la  recouvraient,  comme  à  Arles,  pour  que  le  rideau  ne  des- 
cende pas  plus  bas  :  l'une  d'elles  a  été  retrouvée  en  place. 
Il  résulte  de  ces  dispositions  que  la  course  utile  de  rame 
des  cassettes  était  environ  de  2  ra  80,  hauteur  à  laquelle  l'au- 
laeum  s'élevait  au-dessus  du  plancher.  Le  contre-mur,  qui 
recevait  ce  plancher,   est   éloigné  du   mur  du  pulpitum  de 

1  m  82.  Il  mesure  1  m  2o  d'épaisseur.  Une  rigole  pour  l'eau 
borde  son  pied.  Le  plancher  s'appuyait  à  son  autre  extré- 
mité sur  la  base  du  socle  des  colonnes  de  la  frons  scaenae 
et,  au  droit  des  trois  grandes  niches,  sur  des  murs  spé- 
ciaux. J'ai  remarqué  que  les  colonnes  de  la  frons  scaenae 
reposaient  sur  le    bord   extérieur   de   leur   socle,  large  de 

2  m  30,  ce  qui  change  complètement  l'aspect  de  la  décora- 
tion restituée  par  Caristie.  Au  lieu  d'être  tourmentée,  elle 
est  simple  et  ample.  C'est  le  même  parti  d'ensemble  qu'à 
Arles,  et  qu'on  retrouve  en  plus  petit  à  Dougga.  Il  permet 
l'emploi  des  trigones  comme  je  l'ai  proposé  pour  Arles. 
L'escalier  placé  au  fond  du  large  passage  dallé,  séparant 
le  théâtre  du  gymnase,  desservait  les  gradins  supérieurs 
du  théâtre.  Il  remplissait,  du  côté  de  l'Ouest,  le  même 
rôle  que  le  grand  escalier  extérieur,  du  côté  de  l'Est, 


489  "  L 
LIVRES    OFFERTS 


M.  Salomon  Reinach  présente  une  brochure  de  M.  le  Dr  Baudouin 
sur  l'orientation  des  dolmens  des  environs  de  Vannes.  Les  conclu- 
sions de  cette  brochure, fondées  sur  des  considérations  astronomiques, 
semblent,  dit  M.  Reinach,  attribuer  une  antiquité  trop  reculée  aux 
tombeaux  mégalithiques  du  Morbihan. 


/.c  Gérant,  A.  Picard. 


M  \i  ON,     l'ROTAl     !  RERES,     IMI'UIMI  1  RS 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE   DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE  DE  M.  MAURICE  CROISET 
SÉANCE    DU    3    NOVEMBRE 


PRESIDENCE    DE    M.    MAURICE    CROISET. 

Le  Président  renouvelle,  en  quelques  mots,  l'expression  des 
regrets  de  l'Académie  à  propos  de  la  mort  de  notre  confrère 
M.  l'abbé  Tuédenat,  aux  obsèques  duquel,  mardi  dernier,  il  a 
pris  la  parole  au  nom  de  la  Compagnie. 

M.  Antoine  Thomas  résume  une  étude  philologique,  destinée 
aux  Mémoires  de  l'Académie  et  dans  laquelle  il  expose  l'origine 
et  l'extension  géographique  de  certains  mots  français,  proven- 
çaux, espagnols,  catalans,  italiens,  etc.,  qui  sont  synonymes  du 
français  «  jointée  »  et  désignent  le  contenu  des  deux  mains 
jointes  en  forme  de  coupe.  Les  plus  anciens,  ambosla  (Lyon- 
nais, Dauphiné,  Savoie,  Suisse  romande.  Piémont,  Catalogne. 
Aragon,  Asturies)  et  galoxina  (Normandie,  Champagne. 
Franche-Comté,  Relfort),  se  rattachent  à  des  types  pré-latins 
sur  la  famille  linguistique  desquels  on  ne  peut  que  faire  des 
conjectures;  un  autre,  répandu  surtout  dans  le  Massif  Central 
(Corrèze,  Creuse,  Haute-Vienne,  Dordogne,  etc.),  paraît  reposer 

1916  25 


164  LIVRES    OFFERTS 

sur  un   type  "ganfata,  dérivé  du  haut  allemand  r/aufe,  qui  a  le 
même  sens. 

M.  le  comte   Durrieu  présente  quelques  observations. 

M.  Paul   Fourmer  fait  une  seconde  lecture  de  son  travail  sur 
les  collections  canoniques  du  pontificat  de  Grégoire  VII. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Gustave  Schlumbergeu  a  la  parole  pour  un  hommage  : 
«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie  le  tome 
troisième  et  dernier  des  Papyrus  grecs  d'époque  byzantine  publiés  à 
partir  de  1910  dans  le  Catalogue  général  des  antiquités  égyptienne 
du  Musée  du  Caire  par  le  si  jeune,  si  séduisant  et  déjà  si  excellent 
érudit  dont  nous  pleurons  la  mort  si  belle  pour  la  France  :  j'ai 
nommé  Jean  Maspero,  tué  par  une  balle  allemande  le  17  février 
1915,  le  fds  bien-aimé  de  celui  qui  vient  de  nous  quitter  aussi,  Gaston 
Maspero,  l'illustre  savant  qui  fut,  durant  plus  de  quarante  années, 
une  des  plus  pures  gloires  de  notre  patrie.  En  tète  de  ce  volume,  ce 
père  infortuné  a  consacré  ses  dernières  forces  à  rédiger  cette  tou- 
chante notice  sur  la  vie  si  courte  et  les  beaux  travaux  de  son  cher 
fils,  cette  notice  qu'aucun  de  nous  n'a  pu  lire  sans  sentir  ses  yeux 
se  remplir  de  larmes  en  présence  d'une  telle  douleur  si  noblement 
supportée  et  de  cette  jeune  vie  si  pleine  des  plus  belles  promesses, 
si  prématurément  fauchée  par  la  plus  cruelle,  mais  aussi  par  la  plus 
glorieuse  des  morts.  En  parcourant  ces  lignes  où,  à  travers  la 
presque  sublime  simplicité  du  récit,  perce  l'infinie  tendresse  du 
père  fier  de  son  enfant,  lequel  parmi  nous  n'a  pas  été  étonné  de  cet 
immense  labeur  accompli  déjà  par  tel  érudit  encore  si  jeune  dont 
nous  nous  rappelons  tous  la  douce,  la  fine  physionomie  aux  traits 
encore  presque  adolescents?  Jean  Maspero  n'avait  pas  achevé  sa 
trentième  année  quand  il  est  tombé  au  champ  d'honneur,  et  cepen- 
dant quelle  somme  de  travail  déjà  parcourue  par  le  jeune  maître, 
surtout  dans  ces  domaines   si  obscurs,  si  inconnus,  des  antiquités 


LIVRES    OFFERTS  465 

coptes  et  de  l'histoire  d'Egypte  à  l'époque  byzantine  !  Quelle  science 
profonde,  claire,  souple  !  Quel  beau  talent  à  tirer  le  plus  précieux 
enseignement  de  ces  innombrables  papyrus  d'ordre  administratif, 
en  apparence  si  maussades,  si  arides,  si  dépourvus  de  vie  et  d'inté- 
rêt !  Quelle  vive  lumière  jetée  par  tant  de  notes  précises,  succinctes, 
sur  la  vie  intime  des  foules  agricoles  de  la  vallée  du  Nil  à  cette 
époque  !  Pour  tous  ceux  désormais  qui  étudieront  l'histoire  d'Egypte, 
le  souvenir  de  Jean  Maspero  ne  périra  pas.  Il  survivra  à  côté  de 
celui  de  son  illustre  père. 

«  Pour  ce  qui  est  du  présent  volume,  je  n'en  parlerai  que  pour  en 
répéter  tout  le  bien  que  j'ai  dit  déjà  de  l'œuvre  en  général,  lorsqu'en 
1910,  en  1911,  1913  et  1914,  j'ai  présenté  ici  même  les  divers  fasci- 
cules des  tomes  I  et  II  des  Papyrus  grecs  d'époque  byzantine.  Jean 
Maspero  a  publié  dans  cette  dernière  livraison  près  de  cent  docu- 
ments inédits  nouveaux  :  requêtes  administratives,  ordres  et  rap- 
ports de  hauts  fonctionnaires,  quittances  ou  tableaux  d'impôts, 
comptes  publics  ou  privés,  lettres,  actes  de  cautionnement,  contrats 
d'èuç'jTS'jai;,  contrats  de  locations  diverses,  quittances  de  redevances 
et  de  loyers,  reconnaissances  de  dettes,  prêts  à  intérêt,  contrats  de 
mariage  ou  de  divorce,  testaments,  partages  d'héritage,  listes  de 
pâturages,  listes  de  comptes,  registres  de  cautionnements,  procès- 
verbaux  d'audiences  d'avocats,  comptes  de  dépenses  de  villages, 
donations  entre  vifs,  comptes  publics  ou  privés,  comptes  relatifs 
aux  impositions  urbaines.  Beaucoup  de  ces  documents  sont  très 
importants,  d'une  grande  étendue.  Leur  transcription  tient  parfois 
de  nombreuses  pages  de  ce  volume.  Ou  demeure  stupéfait  de  l'im- 
mense labeur  accompli,  du  si  grand  service  rendu  à  la  connaissance 
de  la  vie  administrative  et  publique  de  l'Egypte  à  cette  époque  si 
obscure  jusqu'ici.  Et  ce  n'est  là  qu'un  des  si  nombreux  et  utiles  tra- 
vaux qui  occupaient  si  constamment  cette  jeune  vie. 

«  Quand  Jean  Maspero  quitta  l'Egypte,  il  emporta  le  manuscrit 
de  ce  volume.  Seules  les  diverses  tables,  si  nombreuses,  si  impor- 
tantes, manquaient  encore.  Il  comptait  les  rédiger  au  fur  et  à  mesure 
de  l'impression.  La  mort  ne  lui  en  laissa  pas  le  temps.  Les  soins 
pieux  de  son  père  et  de  son  maître  très  aimé,  notre  cher  confrère 
M.  Bernard  Haussoullier,  qui  fut  pour  lui  le  plus  précieux  des  conseil- 
lers et  qui  se  dévoua  à  cette  dernière  grande  tâche  avec  un  soin  pas- 
sionné, ont  comblé  cette  lacune.  Ainsi  a  été  assuré  cet  énorme  tra- 
vail de  la  correction  des  épreuves  et  de  la  rédaction  des  onze  Indices 
différents.  En  dehors  des  si  nombreux  travaux  de  Jean  Maspero,  en 
dehors  de  ceux  encore  inédits  dont  des  soins  pieux  surveilleront  la 
publication,  ces  trois  volumes  sur  l'époque   byzantine  de  l'histoire 


4f)6  LIVRES    OFFERTS 

de  l'Egypte  constituent  à  eux  seuls  un  monument  de  science  exacte, 
profonde,  infiniment  utile.  Jean  Maspero,  «  déroulant,  classant,  décri- 
vant, commentant  »  ces  innombrables  papyrus  à  l'écriture  si  diffi- 
cile, a  réalisé  une  œuvre  de  bénédictin  comme  j'en  connais  peu. 

«  Et  maintenant  que  la  mémoire  du  père  comme  du  fils  est  entrée 
dans  l'éternité,  nous,  leurs  amis,  conservons  précieusement  en  notre 
souvenir  le  plus  précis  cette  grande  gloire  paternelle  et  cette  jeune 
gloire  filiale  inaugurée  si  utilement  sur  les  champs  de  fouilles  de 
l'antique  Egypte,  terminée  si  noblement,  avec  une  si  belle  vaillance, 
avec  un  si  complet  renoncement,  sur  le  sol  envahi  de  la  patrie.  Pour 
nous  consoler  quelque  peu,  pour  restaurer  nos  âmes  meurtries  par 
de  telles  douleurs,  relisons  les  pages  si  belles  en  leur  simplicité  con- 
sacrées par  le  père  à  son  fils,  le  journal  si  émouvant  en  cette  même 
simplicité  rédigé  par  le  fils  aux  mornes  veillées  du  front,  et  ses 
lignes  dernières,  admirable  testament  de  cette  jeune  vie.  Adressons 
un  salut  suprême  à  celle  qui,  non  loin  d'ici,  si  hautement  courageuse 
en  son  affreuse  douleur,  veille  d'un  soin  maternel  sur  cette  jeune  et 
charmante  mémoire.  » 

M.  Omont  a  la  parole  pour  un  hommage  : 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie,  au  nom 
de  l'auteur,  M.  René  Fage,  l'Histoire  d'une  famille  bourgeoise  depuis 
le  XVIe  siècle  (Brive.  1916,  in-8°,  59  pages;  extr.  du  Bulletin  de  la 
Société  scientifique,  historique  et  archéologique  de  la  Corrèze). 

«  M.  René  Fage,  dont  l'Académie  a  maintes  fois  apprécié  les  nom- 
breux et  attachants  travaux  sur  l'histoire  de  Tulle  et  du  Limousin,  a 
eu  la  bonne  fortune  de  retrouver  un  livre  que  se  sont  transmis  de  main 
en  main,  entre  les  années  1580  et  1835,  sept  générations  de  la  même 
famille  des  Maruc  et  des  Froment,  de  Tulle.  On  ne  lira  pas  sans  inté- 
rêt les  détails  qu'il  en  a  tirés  pour  reconstituer  l'histoire  d'une  famille 
de  la  bourgeoisie  tulloise,  dont  le  dernier  représentant,  l'abbé  Fro- 
ment de  Condamines,  fut  à  Paris  l'un  des  fondateurs  du  Collège 
Stanislas.  » 


467 


SÉANCE  DU  10  NOVEMBRE 


PRESIDENCE    DE     M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Maurice  Prou  est  nommé  membre  de  la  Commission  des 
travaux  littéraires,  en  remplacement  de  M.  Gagnât,  élu  Secré- 
taire perpétuel. 

Le  Président  annonce  ensuite  à  l'Académie  qu'il  vient  de  rece- 
voir, de  M.  Robert  de  Vogué,  l'annonce  de  la  mort  de  M.  le 
marquis  de  Vogué,  son  père,  membre  libre  de  l'Académie. 

La  séance  est  levée  en  signe  de  deuil. 


SÉANCE  DU   17   NOVEMBRE 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CROISET. 

Le  Président  annonce  que  l'Académie  a  accepté,  en  comité 
secret,  les  trois  donations  suivantes  : 

1°  Celle  de  M.  et  Mme  Le  Senne,  d'une  rente  de  1.000  francs, 
pour  la  fondation  d'un  prix  biennal  de  2.000  francs,  en  mémoire 
de  leur  fils  Emile  Le  Senne,  mort  glorieusement  pour  la  France. 
Ce  prix  est  destiné  à  récompenser  un  travail  relatif  à  l'histoire  de 
Paris  ; 

'2°  Celle  de  M.  le  professeur  Giles,  de  l'Université  de  Cam- 
bridge, destinée  à  fonder  un  prix  biennal  de  800  francs  pour 
récompenser  un  travail  relatif  à  la  Chine,  au  Japon  ou  à 
l'Fxtrême-Orient  en  général,  ce  prix  devant  être  décerné  à  un 
Français  ; 


tliS  SÉANCE    DU    17    NOVEMBRE    1916 

3°  Celle  de  M.  le  duc  de  Loubat,  qui  fonde,  sous  le  nom  de 
«  Prix  Gaston  Maspero  »,  un  prix  quinquennal  de  15.000  francs, 
en  faveur  d'un  travail  sur  l'Orient  classique  et  plus  particuliè- 
rement l'Egypte. 

M.  George  Foucart,  directeur  de  l'Institut  français  d'archéo- 
logie orientale  du  Caire,  expose  à  l'Académie  le  résumé  des  tra- 
vaux et  des  publications  de  cet  Institut  durant  l'année  écoulée. 

Il  signale  surtout  l'importance  croissante  des  études  d'archéo- 
logie musulmane  el  leur  intérêt  particulier  au  point  de  vue 
français. 

M.  Pottier  lit  un  i^apport  sur  les  résultats  de  la  mission  que 
l'Académie  lui  avait  conférée,  ainsi  qu'à  M.  Salomon  Reinach, 
pour  examiner  sur  place  les  objets  recueillis  dans  les  fouilles 
entreprises  par  M.  Mouret  à  Ensérune,  près  Béziers1. 

M.  Salomon  Reinach  fait  observer  que  les  fouilles  d'Ensérune 
posent  des  problèmes  ethnographiques  que  nous  sommes  hors 
d'état  de  résoudre.  Elles  nous  montrent,  vers  l'an  400,  des  épées 
et  des  fibules  de  La  Tène  I,  c'est-à-dire  celtiques,  dans  des 
tombes  à  incinération,  alors  que  les  mêmes  objets,  dans  l'Est  de 
la  Gaule,  paraissent  toujours  dans  des  tombes  à  inhumation.  La 
présence  de  graffites  ibériques  sur  les  vases  paraît  attester  que 
le  milieu  n'est  pas  celtique,  mais  seulement  destiné  à  le  devenir, 
soit  par  conquête,  soit  par  lente  infiltration. 

MM.  Antoine  Thomas  et  Héron  de  Villefosse  présentent 
aussi  quelques  observations. 

1.  Voir  ci-après. 


469 
COMMUNICATION 


RAPPORT    DE    MM.    E.    POTTIER    ET    SALOMON    REINACH, 
MEMBRES    DE  L  ACADÉMIE, 
SUR    LES    FOUILLES  d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS. 

L'Académie  a  bien  voulu  nous  déléguer  pour  examiner 
les  résultats  des  fouilles  entreprises  à  Ensérune,  près  de 
Béziers,  par  M.  Félix  Mouret  ;  cette  décision  fut  prise  après 
la  lecture  d'une  note  rédigée  par  l'auteur  des  découvertes 
[Comptes  rendus,  1916,  p.  42  et  suiv.).  Dans  ce  premier 
rapport  ont  été  exposés  les  détails  essentiels  sur  la  nature 
des  trouvailles,  la  disposition  des  tombes  dans  la  nécropole, 
la  composition  du  mobilier  funéraire  ;  il  est  accompagné  de 
quelques  photographies  qui  éclairent  les  descriptions.  Nous 
n'aurons  donc  pas  à  revenir  sur  les  faits  déjà  connus.  Nous 
nous  bornerons  aux  explications  qui  peuvent  compléter  les 
précédents  renseignements  et  aux  particularités  qui  nous 
ont  paru  dignes  d'attention. 

Le  plateau  d'Ensérune,  situé  à  9  kilomètres  au  Sud-Ouest 
de  Béziers,  s'élève  à  une  centaine  de  mètres  au-dessus  de 
la  plaine  environnante  et  forme  une  véritable  acropole  à 
laquelle  on  accède  par  un  chemin  assez  raide.  Du  haut  de 
cette  éminence,  on  découvre  un  panorama  de  grande  éten- 
due qui  comprend,  outre  les  villages  situés  dans  la  plaine, 
les  lointains  contreforts  des  Cévennes,  même  des  Pyrénées 
perdues  à  l'horizon,  et  qui  s'étend  jusqu'à  la  mer.  Le  site 
de  Montlaurès,  dont  le  nom  est  familier  à  notre  Académie 
depuis  les  belles  découvertes  de  M.  Rouzaud,  de  Narbonne 
(Comptes  rendus,  1905,  p.  136,  283  ;  1907,  p.  260  ;  1909, 
p.  981-995),  n'en  est  distant  que  de  14  kilomètres  vers  le  Sud, 
et  ces  deux  oppida,  de   la  même   civilisation  pré-romaine, 


470  fouilles  d'ensërune,  près  de  béziers 

semblent  jalonner   une  route    qui    commandait    l'accès  de 
l'embouchure  de  l'Aude. 

Le  nom  d'Ensérune  est  connu  de  tous  les  habitants  de  la 
région  ;  pourtant  il  ne  se  trouve  pas  sur  la  carte  de  l'Etat- 
major  et  ne  correspond  à  aucun  lieu  habité.  Il  paraît  avoir 
une  sonorité  exotique,  peut-être  ibère,  dont  nous  laissons  à 
de  plus  compétents  le  soin  de  rechercher  l'origine.  L'endroit 
était  bien  choisi  pour  y  grouper  des  habitations  sur  une 
hauteur  dont  les  pentes  ardues  rendaient  l'attaque  difficile 
et  d'où  l'on  pouvait  surveiller  les  environs  à  longue  dis- 
tance. Les  traces  de  l'oppidum  sont  encore  visibles  près  du 
plateau  où  l'on  voit  de  grands  silos  creusés  dans  le  roc  ; 
mais  les  restes  des  habitations  n'y  sont  pas  aussi  bien 
définis  qu'à  Montlaurès.  Les  ruines  d'une  villa  romaine 
considérable,  sur  le  flanc  méridional,  pourvue  d'un  impor- 
tant réservoir  avec  sa  canalisation,  des  constructions  en 
pierres  de  taille  avec  colonnes,  donnent  à  penser  que  les 
constructions  ultérieures  ont  dû  faire  disparaître  totalement 
l'habitat  primitif.  Il  n'en  est  resté  que  la  nécropole,  épar- 
pillée à  l'Ouest  sur  la  dernière  croupe  et  sur  les  pentes  de 
l'éminence.  Une  partie  de  ce  cimetière  pré-romain  se  trouve 
aujourd'hui  enclose  dans  le  plant  de  vignes  que  M.  Mouret 
a  eu  la  bonne  idée  d'acquérir  et  d'entourer  d'une  palissade 
pour  la  protéger  contre  les  déprédations  qui  ne  pouvaient 
manquer  de  se  produire.  C'est  là  que  nous  fûmes  conduits 
par  notre  hôte  dès  le  premier  jour  de  notre  arrivée  (10 
octobre)  ;  c'est  là  que  nous  avons  passé  toute  la  journée  du 
lendemain  pour  opérer  nous-mêmes  des  sondages  sur  le 
terrain.  Disons  tout  de  suite  que  notre  travail  y  fut  grande- 
ment facilité  grâce  à  l'expérience  acquise  par  M.  Mouret 
dans  la  conduite  de  ses  fouilles,  grâce  aussi  à  la  présence 
de  M.  Gartailhac,  directeur  du  Musée  archéologique  de 
Toulouse  et  correspondant  de  notre  Académie,  qui  voulut 
bien  se  mettre  à  notre  disposition  pendant  ce  voyage  et 
qui,  ayant  suivi  de  près  les  travaux   d'Ensérune,  savait  en 


FOUILLES    D  ENSÉRUNE,    PRÈS    DE    RÉZ1ERS 


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i72  fouilles  d'ensérune,  près  de  réziers 

explorer  les  tombes  avec  méthode.  Nous  ne  saurions  trop 
le  remercier  de  l'aide  précieuse  qu'il  nous  adonnée  pendant 
tout  notre  séjour  avec  une  inépuisable  obligeance. 

L'état  actuel  des  tranchées  rendait  assez  facile  notre  exa- 
men. Le  croquis  ci-joint  (fig.  1),  qui  est  un  schéma  con- 
ventionnel de  la  disposition  des  tombeaux,  fera  comprendre 
l'agencement  de  la  nécropole.  Au-dessous  du  sol  actuel, 
planté  de  vignes,  à  une  profondeur  qui  varie  entre  1  m.  et 
2  m.  50,  on  a  déposé  en  terre  des  vases  d'argile  contenant 
les  ossements  incinérés  des  morts  ;  on  n'a  trouvé  jus- 
qu'à présent  aucun  exemple  d'inhumation.  Pas  de  construc- 
tion en  pierre,  ni  en  briques;  rien  qu'une  poche,  un  loculus 
pratiqué  dans  l'argile  compacte,  dont  les  dimensions  varient 
de  0  m.  60  à  0  m.  80  en  hauteur  et  en  largeur  ;  la  pré- 
sence en  est  vite  dénoncée  aux  fouilleurs  par  une  terre 
plus  meuble,  mêlée  de  cendres.  Ces  loculi  se  trouvent  à 
peu  de  distance  les  uns  des  autres  ;  ils  sont  parfois  presque 
contigus,  quelques-uns  superposés  en  deux  étages,  mais 
rarement.  Il  en  résulte  que  la  coupe  de  terrain  offre  aujour- 
d'hui l'aspect  d'une  sorte  de  columbarium,  dans  lequel  on 
aurait  disposé  les  ossuaires  à  peu  près  à  la  même  hauteur 
et  à  courtes  distances  irrégulières.  On  remarque,  en  outre, 
qu'une  couche  de  cendres  mince  forme  une  ligne  à  peu  près 
continue  à  la  partie  supérieure,  au-dessus  des  loculi  ainsi 
répartis. 

De  ces  observations  on  peut  déduire  les  conclusions  sui- 
vantes. Si  les  morts  avaient  été  brûlés  sur  place,  la  couche 
supérieure  de  cendres  n'aurait  pas  cette  régularité  et  cette 
mince  épaisseur  ;  de  plus,  on  n'aurait  pas  pu  creuser,  en 
dessous,  la  cavité  où  l'on  déposait  l'ossuaire.  Il  faut  sup- 
poser que  l'incinération  rituelle  avait  lieu  ailleurs,  dans 
quelque  ustrinum  voisin.  On  recueillait  d'abord  les  osse- 
ments brûlés  du  défunt,  on  les  plaçait  dans  le  vase 
ossuaire  avec  les  menus  accessoires  de  costume  dont  nous 
parlerons    plus   loin    (fibule,    agrafe    de    ceinturon),   et  on 


FOUILLES    D  ENSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS 


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Fir, .  2.  —  Une  tombe  avant  et  après  l'enlèvement  du  tesson  de  protection. 


i74-  FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS 

déposait  le  vase  dans  une  petite  fosse  creusée  en  terre,  en 
a}'ant  soin  de  couvrir  le  récipient  avec  un  ou  deux  frag- 
ments de  poterie  épaisse  (ordinairement  des  morceaux  de 
dolium),  afin  de  protéger  l'ossuaire  contre  tout  accident 
(fig.  2).  Malgré  cette  précaution,  le  vase  est  souvent  fêlé  et 
brisé  par  la  seule  pression  des  terres.  On  devait  ensuite 
recueillir  les  cendres  du  bûcher  lui-même,  avec  les  débris  des 
offrandes  déposées  auprès  du  corps  (vases  à  libation,  réci- 
pients pour  la  nourriture  et  la  boisson  du  mort,  épées)  ; 
une  partie  des  cendres  servait  à  combler  la  cavité  où  repo- 
sait l'ossuaire,  et  le  reste  était  déposé  en  couche  mince  et 
régulière  par-dessus  le  tombeau,  comme  une  deuxième  et 
dernière  couverture  destinée  à  protéger  la  sépulture.  Telle 
est  l'hypothèse  qui  nous  paraît  rendre  compte  exactement 
de  l'état  actuel  des  lieux. 

Examinons  maintenant  le  mobilier  funéraire.  Le  vase 
ossuaire,  qui  est  de  dimension  moyenne  (0  m.  25  à  0  m.  30), 
ne  pouvait  pas  contenir  les  offrandes  importantes  ;  on  n'y 
trouve  que  des  ossements  calcinés,  mêlés  de  terre,  souvent 
aussi  un  objet  provenant  de  l'habillement  du  mort,  libule 
de  bronze  ou  boucle  de  ceinturon  ajourée,  bracelet,  perle 
de  collier,  etc.,  ou  bien  des  petits  vases  à  parfums,  une 
coupelle  pour  les  aliments,  etc.  Mais  autour  de  l'ossuaire, 
dans  la  poche  de  terre  formant  le  loculus,ou  dans  la  couche 
supérieure  des  cendres  du  bûcher,  on  recueille  les  débris  des 
autres  offrandes  :  assez  fréquemment  une  grande  épée  en 
fer  très  oxydé,  soit  placée  à  plat  sous  le  récipient,  soit  tor- 
due et  repliée  sur  elle-même,  en  vertu  d'un  rite  funéraire 
déjà  signalé  et  étudié  (cf.  S.  Reinach,  Cultes,  mythes  et 
religions,  t.  III,  p.  141),  et  déposée  près  de  l'ossuaire  ;  des 
restes  de  strigiles,  d'anneaux  de  fer,  de  vases  ayant  servi 
aux  libations  sur  le  bûcher  ou  destinés  à  l'entretien,  à  la 
toilette,  à  la  nourriture  du  défunt.  Pour  les  diverses  catégo- 
ries céramiques  qui  sont  représentées  par  ces  poteries,  nous 
renvoyons  à  la  note  déjà  citée   de  M.  Mouret  où  elles  sont 


FOUILLES    d'eNSÊRCNE,    PRÈS    DE    RÉZIERS  iT'S 

énumérées.  Nous  y  reviendrons  en  parlant  de  la  collection 
réunie  au  château  du  propriétaire. 

Pour  la  suite  des  travaux,  il  est  à  souhaiter  qu  un  journal 
de  fouilles  soit  tenu,  au  jour  le  jour,  situant  exactement  les 
découvertes  et  le  contenu  des  tombeaux.  Voici  les  procès- 
verbaux  de  ceux  que  nous  avons  vu  ouvrir  et  dont  nous 
avons  exploré  nous-mêmes  le  contenu. 

Mercredi  11  octobre  1016.  —  Tombe  n°  t.  Profondeur  au- 
dessous  du  sol  actuel  :  '2  m.  10.  Dimensions  du  loeulus,  environ 
0  m.  60  de  haut  sur  0  m.  60  de  large.  Ossuaire  en  forme  d'œno- 
choé  'argile  claire  sans  décor),  rempli  de  terre  et  de  petits  osse- 
ments incinérés,  sans  doute  d'enfant;  aucun  objet.  Deux  gros 
fragments  de  dolium  formaient  protection  par-dessus  ;  deux 
autres  sur  les  côtés.  L'œnochoé  avait  été  cependant  brisée  par  la 
pression  des  terres. 

Tombe  n°  2.  Profondeur  2  m .  Dimensions  0m.  80  sur  0  m.  70 
environ.  Grand  fragment  de  dolium  servant  de  couverture  sur 
l'ossuaire  en  forme  cTœnochoé  (argile  claire  sans  décor,  traces 
d'engobe  blanc  sur  la  panse),  brisée  par  la  pression  des  terres. 
Dans  le  vase,  terre  et  ossements  calcinés:  aucun  objet.  Un  peu 
plus  haut  et  à  gauche,  dans  la  terre  mêlée  de  cendres,  on  a 
recueilli  les  débris  très  oxydés  d'une  épée  en  fer,  un  morceau  de 
bracelet  et  un  petit  anneau  de  bronze,  les  fragments  d'une  petite 
coupe  grecque  à  vernis  noir  (fabrication  dite  de  dîmes,  décor 
en  rosace  incisée  à  l'intérieur). 

Tombe  n°  3  (voir  notre  fîg.  2).  Celle-ci  se  trouvait  au-dessous 
de  la  précédente,  à  environ  0  m.  '20  de  distance  et  un  peu  plus 
sur  la  droite,  formant  un  loeulus  de  dimensions  analogues; 
grand  fragment  de  dolium  recouvrant  l'ossuaire  en  forme  d'umo- 
choé  (argile  claire  et  traces  d'engobe  blanc  qui  fut  retirée 
intacte  ;  elle  ne  contenait  que  de  la  terre  et  des  petits  ossements. 
Mais,  dans  une  poterie  indigène,  en  forme  de  marmite,  couchée 
sur  le  flanc  à  côté  de  l'ossuaire,  étaient  renfermées  les  offrandes 
funéraires  :  une  belle  plaque  de  ceinturon  ajouré  avec  son 
anneau  de  bronze,  trois  bracelets  de  bronze  réunis  par  un  petit 
anneau.  Enfin,  dans  une  partie  des  terres  avoisinant  le  loeulus. 


iTt)  FOUILLES    D'ENSÉRl  NE,     PRÈS    DE    BÉZ1ER8 

sur  la  droite,  était  posée  de  champ  une  coupe  à  deux  anses, 
d'argile  grise,  sans  décor  (vase  sans  doute  indigène  imitant  les 
formes  hellénicpjes). 

Tombe  n°  1 .  Dans  une  tranchée  pratiquée  à  l'extrémité  du 
champ  de  fouilles,  vers  le  Nord,  les  parties  supérieures  du  sol 
ont  fourni  d'abord  quelques  fragments  de  vases  samiens  à  cou- 
verte rouge,  d'époque  romaine,  puis  des  fragments  de  vases  cam- 
paniens,  enfin  au-dessous  et  à  environ  0  m.  80  du  sol  moderne, 
sans  forme  définie  de  loculus,  mais  dans  un  terrain  mêlé  de 
cendres,  est  apparu  un  ossuaire  formé  d'un  grand  cratère  grec 
(brisé,  avec  tous  les  morceaux  en  place),  décoré  de  figures 
rouges  de  style  rapide  et  négligé  (fabrique  attique  du  ive  siècle)  ; 
sur  la  panse  très  encroûtée  et  endommagée  on  distingue  un 
éphèbe  assis,  derrière  lequel  est  debout  une  femme  qui  semble  le 
couronner  ?i,  et  de  grands  ornements  en  forme  de  rinceaux  et 
palmettes.  Aucun  fragment  de  poterie  ne  protégeait  le  dessus  du 
vase,  et  M.  Moureta  noté  que  cette  mesure  de  protection,  usitée 
pour  les  ossuaires  en  œnochoés  ibériques,  manque  aux  ossuaires 
formés  de  vases  grecs.  Dans  la  terre  qui  remplissait  la  cavité  du 
cratère,  on  a  recueilli,  mêlés  aux  ossements,  un  petit  vase  en 
forme  d'aryballe  orné  de  cercles  jaunâtres,  un  autre  en  forme 
de  petite  marmite,  un  troisième  en  soucoupe  d'argile  claire,  les 
débris  d'une  autre  poterie  plus  grande,  beaucoup  de  fragments 
de  fer  rouillé  (strigiles?),  un  gros  anneau  et  deux  petites  cupules 
de  bronze,  d'un  usage  indéterminé.  En  outre,  sous  le  pied  du  cra- 
tère, reposait  à  plat  une  grande  épée  de  fer,  à  environ  1  m.  30  du 
sol  actuel. 

Nous  ne  quitterons  pas  le  plateau  d'Ensérune  sans  dire 
un  mot  des  circonstances  dans  lesquelles  M.  Mouret  a  été 
amené  à  acquérir  ce  terrain  si  fertile  en  trouvailles.  L'envoi 
de  votre  délégation  officielle  ne  pouvait  passer  inaperçu  et 
suscita  dans  la  région  quelques  commentaires  passionnés 
qui  eurent  leur  écho  jusque  dans  la  presse  locale.  Nous 
n'aurions  pas  à  nous  occuper  de  ces  petites  querelles,  si 
l'on  n'avait  pas  cherché  à  y  dénaturer  le  rôle  du  possesseur 
actuel,  en  lui  prêtant  l'intention  d'accaparer  les  découvertes 


FOUILLES    D'ENSÉRUNE,    PRÈS   DE    BÉZIERS  477 

d'autrui.  Nous  nous  contenterons  de  renvoyer  au  rapport 
publié  dans  nos  Comptes  rendus  et  lu  à  l'Académie  le  15 
septembre,  où  M.  Moureta  fait,  en  toute  loyauté  et  équité, 
l'historique  des  fouilles  d'Ensérune,  en  énumérant  tous 
ceux  qui,  avant  lui,  avaient  pris  part  à  ces  recherches. 

Le  site  antique  est  connu  depuis  quarante-deux  ans;  on 
s'étonne  seulement  que  les  amateurs  du  pays  aient  attendu 
si  longtemps  pour  y  exécuter  des  fouilles  méthodiques,  et 
nous  en  avons  d'autant  plus  de  gratitude  envers  le  proprié- 
taire actuel  pour  avoir'mis  fin  à  des  recherches  intermittentes 
qui  risquaient  d'épuiser  le  gisement  sans  profit  scientifique. 
D'ailleurs,  la  haute  autorité  de  ceux  qui,  dans  la  région 
languedocienne,  représentent  la  science  française  suffit  à 
établir  le  caractère  des  fouilles  actuelles.  M.  Cartailhac,  de 
Toulouse,  et  M.  Rouzaud,  de  Narbonne,  ont  apporté  leurs 
encouragements  et  leur  collaboration  à  l'entreprise  nou- 
velle. M.  Rouzaud  nous  a  remis  une  note  détaillée,  qui  est 
un  journal  de  ses  observations  faites  sur  le  terrain  depuis 
1909  et  comme  une  préface  aux  recherches  de  M.  Mouret  ; 
nous  souhaitons  que  ce  rapport  prenne  place  un  jour  dans 
la  publication  définitive  sur  les  fouilles  d'Ensérune.  M.  le 
comte  Bégouen,  bien  connu  par  ses  explorations  de  grottes 
préhistoriques,  a  été  un  des  premiers  à  nous  signaler  le 
grand  intérêt  des  trouvailles  de  M.  Mouret.  A  Béziers 
même,  deux  jeunes  archéologues  dont  nous  noterons  plus 
loin  les  excellents  travaux,  MM.  Gensonet  Albaille,  prêtent 
obligeamment  leur  concours  à  ces  recherches.  M.  Michel 
Clerc,  correspondant  de  l'Académie,  conservateur  du  Musée 
Borély,  nous  a  fait  l'amitié  de  venir  de  Marseille  pour  se 
joindre  à  la  délégation,  et  il  a  constaté  avec  nous  la  haute 
valeur  des  résultats  obtenus.  Tant  de  témoignages  nous  per- 
mettent donc  de  féliciter  sans  restriction  M.  Mouret  de  son 
œuvre,  qu'il  saura  poursuivre  dans  les  conditions  les  meil- 
leures pour  la  science. 


i78  FOUILLES    d'eNSÉRUNE,     PRÈS    DE    IÎÈZ1ERS 

Dans  la  propriété  du  Nègre,  près  de  Vendres,  se  trouve 
réuni  l'ensemble  des  découvertes  faites  au  cours  de  son 
exploration  ;  on  y  voit  le  contenu  d'environ  loO  tombes. 
Sans  revenir  sur  les  détails  déjà  exposés  par  M.  Mouret 
dans  sa  notice,  nous  parlerons  seulement  de  quelques  trou- 
vailles qui  ont  plus  spécialement  attiré  notre  attention. 

Les  objets  en  métal  qui  peuvent  être  datés  avec  quelque 
précision  (épées  de  fer,  agrafes  de  ceinturon  et  fibules  de 
bronze)  appartiennent  tous,  comme  l'a  reconnu  M.  Mouret, 
à  la  première  période  du  deuxième  âge  du  fer  (450-300). 
La  fréquence  des  agrafes  ajourées  est  remarquable  ;  la  col- 
lection de  M.  Mouret  en  contient  déjà  un  plus  grand  nombre 
que  le  Musée  de  Saint-Germain,  qu'ont  enrichi  pourtant 
les  nécropoles  à  inhumation  de  la  Marne,  contemporaines 
des  incinérations  d'Ensérune.  Un  des  types  d'agrafes  s'est 
retrouvé  presque  exactement  dans  le  cimetière  gaulois  de 
Somme-Bionne  (Déchelette,  Manuel,  II,  %.  524,  I), 
d'autres  dans  la  Marne  et  les  Ardennes  (ibid.,  G  et  7).  Une 
fibule  diffère  du  type  ordinaire  par  l'absence  de  l'appendice 
caudal  ;  le  Musée  de  Saint-Germain  en  possède  deux  sem- 
blables, provenant  aussi  des  nécropoles  de  la  Marne  et  qui 
semblent  marquer  une  survivance  d'un  modèle  du  premier 
âge  du  fer. 

Le  cimetière  comprend  quatre  catégories  :  vases  grecs 
de  fabrication  attique,  vases  campaniens,  vases  dits  ibé- 
riques, vases  indigènes. 

Parmi  les  vases  grecs,  outre  les  sujets  déjà  décrits  par 
M.  Mouret,  il  faut  mettre  à  part,  comme  une  pièce  de  pre- 
mier ordre,  les  fragments  d'une  coupe  attique,  dont  nous 
avons  pu  reconstituer  l'ensemble  à  peu  près  complet. 
M.  Mouret  nous  a  communiqué  le  procès-verbal  de  la  décou- 
verte faite  dans  la  tombe  n°  71,  le  8  mai  1916. 

Vase-ossuaire  en  forme  d'œnochoé  sans  décor  où  étaient  dépo- 
sées, avec  des  ossements  calcinés,  une  fibule  de  bronze  à  arbalète 


FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    RÉZIERS  479 

et  une  agrafe  de  ceinturon  dont  la  découpure  ajourée  représente 
deux  oiseaux  affrontés  ;  contre  le  vase  adhérait  un  fragment  de 
fer  de  lance  rouillé.  Près  de  l'ossuaire,  on  a  recueilli  plusieurs 
anneaux  de  bronze,  deux  boutons  de  forme  bombée,  deux  tiges 
de  métal  en  forme  de  poignée  et  d'anse  de  vase,  une  fusaïole 
en  terre  cuite  grise,  une  coupe  brisée,  de  fabrication  sans  doute 
indigène,  en  argile  grise,  imitant  les  formes  helléniques,  et  les 
fragments  de  la  coupe  grecque  attique,  décorée  de  figures  rouges, 
dont  voici  la  description.  Intérieur  :  femme  debout  drapée,  éten- 
dant le  bras  gauche  (main  droite  disparue)  vers  un  éphèbe  assis 
qui  lui  tourne  le  dos,  mais  en  retournant  la  tête  vers  elle  ;  il  est 
nu,  assis  sur  sa  draperie.  Entre  les  deux  personnages,  un  chien 
à  poil  ras  lève  la  tête  vers  la  femme.  Le  terrain  est  indiqué  par 
une  bande  d'oves  formant  un  court  segment.  L'encadrement  cir- 
culaire, en  grecque  serrée,  est  mêlé  de  petites  croix  en  damier. 
Tout  autour,  près  du  rebord,  court  une  guirlande  de  lierre 
(feuilles  en  rouge  réservé),  accompagnée  de  baies  peintes  en  blanc 
laiteux.  —  Revers  A.  Ephèbe  nu,  le  pied  gauche  sur  une  émi- 
nence  ;  devant  lui  une  femme  drapée  (tunique  ouverte  sur  la 
jambe)  avance  le  bras  droit  (bracelet  en  double  spirale  indiqué 
par  un  relief  de  barbotine  qui  a  dû  être  doré)  et  tend  la  main 
gauche  vers  un  éphèbe  debout,  vêtu  d'une  chlamyde  (le  haut  du 
personnage  manque).  Derrière  lui  se  tient  une  autre  femme 
drapée,  la  main  droite  levée,  la  gauche  abaissée.  —  Revers  B. 
Ephèbe  nu  debout  ;  devant  lui,  une  femme  drapée,  le  corps  de 
face,  tend  une  phiale  (indiquée  en  relief  de  barbotine)  à  un  autre 
éphèbe  nu,  assis  sur  sa  draperie,  appuyé  de  la  main  droite  éle- 
vée sur  un  long  bâton  ou  une  lance  ;  derrière  lui,  une  autre 
femme  drapée  lève  le  bras  droit  (tête  disparue).  —  Autour  des 
anses,  un  peu  carrées  du  bout,  dont  les  attaches  sont  ornées 
d'une  collerette  d'oves,  s'épanouit  un  motif  floral  composé  de 
trois  grandes  palmettes  unies  par  des  rinceaux  à  volutes. 

Le  sujet,  comme  on  le  voit,  ne  sort  pas  de  la  banalité  et 
rentre  dans  la  catégorie  connue  des  «  conversations  entre 
femmes  et  éphèbes  »  qui  sont  si  fréquents  dans  la  seconde 
moitié  du  Ve  siècle  et  pendant  le  ive,  mais  le  style  de  la 
peinture  est  excellent,  l'exécution  fine,  et  l'on  y  reconnaît 

1916  26 


480  TOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    HÉZIERS 

un  produit  de  la  catégorie  dite  «  du  style  fleuri  »,  dont 
l'artiste  Meidias  a  été  le  plus  illustre  représentant  (voir 
l'étude  de  G.  Nicole,  Meidias  et  le  style  fleuri  clans  la  céra- 
mique attiquc,  avec  un  Supplément,  Genève,  1908).  Un 
spécimen  de  ce  genre  tranche  sur  l'ensemble  des  autres 
produits  grecs,  qui  sont  généralement  des  vases  d'exporta- 
tion, d'un  style  rapide  et  négligé.  C'est  le  joyau  de  la  col- 
lection Mouret,  et  nous  pensons  que  c'est  la  plus  belle 
peinture  grecque  qu'on  ait  jusqu'à  présent  trouvée  sur  le 
sol  de  France. 

La  série  dite  ibérique,  qui  comprend  de  nombreux  exem- 
plaires bien  conservés,  mérite  aussi  une  attention  spéciale. 
La  question  chronologique,  qui  a  déjà  soulevé  beaucoup 
de  discussions  i'voir  le  Journal  des  Savants,  1905,  p.  583; 
Comptes  rendus  de  l'Académie,  1909,  p.  991  et  note  1), 
trouve  ici  une  nouvelle  confirmation  du  fait  que  les  fouilles 
de  M.  Rouzaud  à  Montlaurès  avaient  déjà  démontré.  Cette 
céramique  est  contemporaine  des  vases  à  figures  rouges  de 
la  fin  du  Ve  et  du  ive  siècle.  Dès  1907,  dans  un  article  de 
V  Anthropologie  (XYlll,  p.  277,  A  propos  de  poteries  pseudo- 
mycéniennes), M.  Louis  Siret  s'accordait  avec  M.  Hohverda 
pour  reconnaître  dans  cette  catégorie  un  produit  de  l'âge 
hellénique  et  pour  combattre  la  théorie  qui  voulait  faire 
remonter  au  mycénien  et  au  crétois  l'origine  et  même  la  flo- 
raison de  ce  style  ibérique.  Les  faits  se  sont  multipliés 
depuis  cette  époque  pour  confirmer  la  date  basse  de  cette 
fabrication.  Mais  on  continue  à  se  demander  si  les  produits 
trouvés  en  France  ont  été  importés  d'Espagne  qui  en  a 
fourni  un  si  grand  nombre  (voir  P.  Paris,  Essai  sur  l'Es- 
pagne primitive,  tome  II),  ou  s'ils  sont  dus  à  des  ateliers 
indigènes  de  la  Gaule,  et  enfin  quel  serait  le  centre  de  créa- 
tion et  de  fabrication  originaire  de  ce  style.  Signalons  à  ce 
propos  une  intéressante  remarque  de  M.  Rouzaud.  Dans 
une  grotte  sépulcrale  d'Aubussarges,  explorée  en  1865 
(Lombard-Dumas,   Mémoire  sur  la  céramique  antique  de 


FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS  481 

la  vallée  du  Rhône,  Nîmes,  1879,  pi.  12  et  13),  on  a  recueilli 
des  tessons  de  poterie  grise  dont  le  décor  incisé  est  presque 
identique  à  celui  d'un  vase  peint  ibérique,  et  ce  décor  est 
assez  familier  à  la  céramique  du  Gard  ;  on  peut  donc  se 
demander  si  ce  style  n'était  pas  depuis  longtemps  entré 
dans  le  répertoire  des  ateliers  céramiques  de  notre  pays  et 
s'il  n'est  pas  franchement  indigène  en  Gaule.  Dans  les  pro- 
blèmes si  délicats  qui  concernent  l'emploi  du  style  géomé- 
trique, il  faut  toujours  poser  en  principe  que  l'on  a  souvent 
affaire  à  des  «  recommencements  »,  à  des  «  renaissances  de 
procédés  connus  »,  plutôt  qu'à  des  influences  et  à  des  survi- 
vances lointaines. 

Il  est  certain  que  le  style  dit  ibérique,  répandu  dans  notre 
pays,  comporte  des  variétés  assez  nombreuses.  La  collection 
de  M.  Mouret  comprend  les  fragments  d'un  beau  vase  que 
dans  son  rapport  (p.  49)  il  avait  signalé  comme  une  pote- 
rie ibérique,  de  fabrication  particulière  et  énigmatique.  Il  est 
en  terre  rouge,  recouverte  d'un  engobe  gris  sur  lequel  se 
détachent  en  blanc  des  lignes  et  des  volutes  dont  la  disposi- 
tion rappelle  un  peu  la  belle  décoration  des  vases  de  Sara- 
gosse  que  M.  P.  Paris  a  publiés  (Monuments  et  Mém.Piot, 
XVII,  1909,  p.  70,fig.  9-10). 

Nous  avons  remarqué  aussi,  chez  d'autres  collectionneurs 
de  la  région,  des  fragments  de  poteries  recouverts  d'un  enduit 
blanc  laiteux,  ornés  de  dessins  jaunes  ou  rouges,  qui  pour- 
raient appartenir  à  une  catégorie  «  ibérique  »  très  soignée 
et  fort  nouvelle,  que  nous  connaissons  mal.  Les  promesses 
pour  l'avenir  sont  grandes  dans  ce  domaine. 

Enfin  l'importance  des  inscriptions  ibériques,  tracées  sur 
les  poteries  d'Ensérune,  dont  le  rapport  de  M.  Mouret 
signale  déjà  plusieurs  spécimens  (p.  46,  48),  n'échappera 
pas  aux  linguistes  qui  savent  combien  ces  documents  sont 
encore  rares.  Nous  avons  noté,  dans  une  autre  collection  du 
pays,  celle  de  M.  J.  Albaille,  la  présence  d'un  précieux 
texte  de  quatre  lignes. 


482  FOUILLES    D  ENSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS 

Tel  est  le   résultat  de  notre  examen,   soit   sur  le  terrain 
même  des  fouilles,  soit  dans  la  collection  réunie  au  château 
du  Nègre.  L'Académie  jugera  sans  doute  avec  nous  que  ces 
découvertes  valaient,  en  effet,    la    peine  d'être  étudiées    de 
près  et  qu'elles  font  honneur  à  celui  qui  en  eut  l'initiative. 
L'activité  scientifique  de  M.  Mouret  ne  s'est   d'ailleurs  pas 
limitée  au  site  d'Ensérune.    Il  nous  a  conduits  aux  ruines 
situées  près  du  village   de   Vendres,    où  la  tradition  locale 
place  un  temple  de  Vénus  ;  on  y  trouva,  au  xvu°  siècle,  un 
torse  d'enfant  en  marbre  et,  provenant  de  la  même  région, 
un  petit  groupe  de  bronze  représentant  Vénus  et  Cupidon  ; 
l'un  et  l'autre  sont  perdus.  Toutes  les  publications  et  les  des- 
sins anciens,  relatifs  à  cet  édifice,  ont  été  recueillis  avec  soin 
par  M.   Mouret  dans  sa  publication  sur  Le  temple  de  Vénus 
près  de  Vendres  (extrait  du  Bulletin  de  la  Société  archéo- 
logique de  Béziers,  1916).  Notre  visite  rapide  ne  nous  a  pas 
permis  d'éclaircir  les  questions   qui   se  posent  au  sujet  de 
cette  construction  ;  il  y   faudrait  la  science  d'un  architecte 
compétent.  Notre  impression   sur   l'ensemble    est  que    ces 
restes  sont  loin  d'être  homogènes  et  que  sur  l'édifice  primitif 
ont  pu  s'élever  des  reconstructions  de  l'époque  romaine  ou 
même  plus  tardives.  A  cet  égard,  les  conclusions  de  la  bro- 
chure de   M.  Mouret  semblent  devoir  être  soumises  à  une 
sérieuse  révision  (cf.  Bévue  archéologique,  1916,  II,  p.  197). 
Dans    le  voisinage,   les    magnifiques    et    puissantes   ruines 
d'un  grand  aqueduc  romain,  dont   on  trouvera   une  repro- 
duction dans  la  même  brochure  (pi.  V),  attestent  la  prospé- 
rité antique   de   cette  région  et  l'activité   des  constructions 
de  l'époque  impériale.  Non  loin  de  là,  M.  Mouret  a  retrouvé 
aussi  les  fondations  d'une  grande    et    riche  villa  romaine, 
qu'il    fait   dégager  avec  soin  et  qui  s'étend  sur  une  surface 
de    terrain    assez    considérable  ;     on    y    voit   de    grandes 
chambres,  un  portique,  des  canalisations    d'eaux    fort  bien 
aménagées,  des  fragments  d'énormes  dolia  ayant  servi   de 
dépôts  pour  les  provisions  ;  on  y  a  recueilli  des  morceaux 


FOUILLES    d'eNSÉRUNE,    PRÈS    DE    BÉZIERS  483 

de  l'enduit  rouge  des  murs  et  des  mosaïques  du  sol,  de 
beaux  fragments  de  verreries  et  quantité  de  poteries  rouges 
à  reliefs.  Cette  importante  exploration,  s'ajoutant  à  celle 
d'Ensérune  et  à  celle  de  Vendres,  vous  montrera  que  les 
efforts  de  M.  Mouret  se  portent  sur  tous  les  points  de  la 
contrée  où  il  espère  exhumer  des  antiquités  et  reconstituer 
l'histoire  ancienne  de  cette  partie  du  Languedoc. 

En  résumé,  la  mission  dont  vous  avez  bien  voulu  nous 
charger  nous  donne  le  très  agréable  devoir  de  dire  que  les 
découvertes  de  M.  Mouret  sont  importantes  et  ses 
recherches  dignes  de  tous  éloges.  On  doit  souhaiter  qu'elles 
soient  poursuivies  dans  de  bonnes  conditions  scientifiques 
et  qu'elles  aboutissent  à  une  publication  d'ensemble  qui 
enrichira  de  documents  précieux  l'histoire  de  notre  pays. 

Nous  dirons  en  terminant  que  l'impulsion  intelligente 
donnée  aux  recherches  archéologiques  nous  a  paru  se  faire 
sentir  ailleurs  que  sur  ce  point  particulier;  et  là  nous 
retrouvons  l'influence  active  de  notre  confrère  M.  Car- 
tailhac,  dont  l'exemple  et  les  leçons  ne  sont  pas  perdus 
pour  les  jeunes  gens  qui  s'intéressent  aux  antiquités  de  la 
région.  Nous  eûmes  l'occasion  de  visiter,  tout  près  de 
Béziers,  la  collection  de  deux  jeunes  propriétaires, 
M.  Eugène  Genson  et  M.  Joseph  Albaille,  qui  emploient 
leurs  loisirs  à  explorer  les  environs  et  à  recueillir  les  objets 
de  toute  époque,  qu'ils  classent  avec  une  impeccable 
méthode,  en  tenant  un  journal  détaillé  de  leurs  découvertes. 
C'est  surtout  dans  le  domaine  du  préhistorique  et  du  début 
de  l'âge  de  bronze  qu'ils  ont  fait  des  récoltes  remarquables  : 
ils  ont  soigneusement  exploré  la  grotte  de  Bise,  déjà  fouil- 
lée par  Tournai  vers  1830,  la  grotte  de  la  Crouzade,  dans 
l'Aude  et  près  de  la  mer,  signalée  en  1874  par  M.  Rousseau 
et  étudiée  aussi  par  M.  Hélena,  instituteur  à  Narbonne, 
la  grotte  de  Bringayret,  près  d'Amissau,  à  laquelle 
M.  Genson  a  consacré  une  note  dans  le  Bulletin  de  la  Soc. 
préhistorique,    X,    1013,    p.    589.    Leur   intention  est   de 


484  LIVRES    OFFERTS 

publier  leurs  trouvailles.  On  ne  saurait  trop  se  réjouir  de 
voir  dans  ce  beau  pays  du  Midi,  si  fertile  en  sites  anciens, 
sous  la  direction  de  maîtres  autorisés  et  avec  le  secours  de 
l'excellent  Manuel  du  regretté  J.  Déchelette,  se  former  de 
nouvelles  générations  qui  prennent  l'habitude  du  travail 
méthodique  et  qui  remplacent  les  théories  hâtives  et  les 
rêveries  téméraires,  dont  l'archéologie  a  trop  souvent  fourni 
le  prétexte,  par  de  solides  et  précises  études  dont  la  science 
française  tirera  profit. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  le  fascicule  de  mai- 
juin  1916  des  Comptes  rendus  des  séances  de  i Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres  (Paris,  1916,  in-8°). 

M.  Antoine  Thomas  dépose  sur  le  bureau  une  brochure,  dont  il  est 
l'auteur,  intitulée:  Cartulaive  de  Bertaud  de  Ry,  gentilhomme  nor- 
mand, capitaine  de  Felletin  sous  Charles  VII  (Paris,  1916,  in-8°  ; 
extrait  du  «  Bulletin  philologique  et  historique  »,  1915). 

M.  Maurice  Prou  offre  à  l'Académie  une  étude,  dont  il  est  l'auteur, 
intitulée:  Le  transfert  de  l'abbaye  de  Saint-Remy  de  Sens  à  Vareilles; 
étude  sur  les  plus  anciens  privilèges  de  Saint-Remy  (Sens,  1916,  in-8°  ; 
extrait  du  «  Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  Sens  »,  tome 
XXVIII). 

M.  le  comte  Paul  Durrieu  a  la  parole  pour  un  hommage  : 
«  Il  y  a  un  an  et  demi,  le  15  mai  1915,  tombait  pour  la  France,  sur 
unchamp  de  bataille,  un  jeune  aspirant  d'infanterie,  M.  Paul  Lecestre, 
élève  de  l'École  des  Chartes  et  de  l'École  des  Hautes  Études.  Fils 
de  M.  Léon  Lecestre,  le  très  érudit  collaborateur  et  continuateur  de 
notre  confrère  M.  de  Boislisle  dans  la  magistrale  édition  de  Saint- 
Simon  et  héritier  des  qualités  de  travailleur  de  son  père,  Paul  Lecestre 
avait  préparé,  comme    thèse   pour  l'obtention   du    diplôme   d'archi- 


LIVRES    OFFERTS  485 

viste  paléographe,  une  Notice  sur  l'Arsenal  royal  de  Paris.  Sa  mort 
glorieuse  ne  lui  a  pas  permis  de  pousser  jusqu'au  bout  cette  étude. 
Mais  toute  la  partie  se  rapportant  à  la  période  la  plus  ancienne  de 
l'histoire  de  l'Arsenal,  jusqu'à  la  fin  du  règne  de  Henri  IV,  était  déjà 
sur  pied.  Elle  a  pu  paraître  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de  l'his- 
toire de  Paris  et  de  l'Ile-de-France  (tomes  XLII  et  XLIII);  et  c'est  le 
tirage  à  part  de  cette  Notice,  formant  un  véritable  volume  de  près  de 
200  pages  d'impression,  rempli  de  détails  intéressants,  que  je  suis 
chargé  d'offrir  à  l'Académie,  en  mémoire  du  jeune  érudit  qui,  si  sa 
vie  n'avait  pas  été  sacrifiée  à  la  cause  de  la  patrie,  aurait  certaine- 
ment, comme  on  peut  en  juger  par  ce  premier  travail,  grandement 
honoré  le  nom  qu'il  portait.  » 

M.  Durrieu  offre  ensuite,  de  la  part  de  l'auteur  et  à  destination  de 
la  Bibliothèque  de  l'Institut,  un  exemplaire  du  livre  de  M.  Pierre 
Gusman  intitulé:  La  gravure  sur  bois  et  d'épargne  sur  métal,  du 
XIVe  au  XXe  siècle,  auquel  l'Académie  a  décerné  cette  année  une 
récompense  sur  le  prix  Fould. 


SÉANCE     PUBLIQUE     ANNUELLE 


DU    VENDREDI    24    NOVEMBRE    1916 


PRÉSIDÉE      PAR 


M.    MAURICE    GROISET 


DISCOURS     DU     PRESIDENT 


Messieurs, 


Voici  la  troisième  fois  que  nous  tenons  cette  réunion 
annuelle  au  milieu  des  émotions  d'une  lutte  qui  absorbe 
toutes  nos  pensées.  C'était  pourtant  le  devoir  de  l'Aca- 
démie de  poursuivre  ses  travaux  ordinaires.  Elle  a  pu  le 
faire,  grâce  à  sa  foi  irréductible  dans  le  triomphe  définitif 
du  droit  et  de  l'humanité,  représentés  par  la  France  et  par 
ses  alliés.  Cette  foi,  elle  l'a  gardée  entière  aux  heures 
les  plus  sombres,  parmi  les  deuils,  parmi  les  anxiétés  per- 
sonnelles de  ses  membres.  Aujourd'hui,  quand  nos  vail- 
lantes armées  arrachent  à  l'ennemi,  morceau  par  morceau, 
ces  territoires  qu'il  croyait  déjà  posséder,  comment  ne 
s'associerait-elle  pas  à  l'élan  qui  soulève  et  emporte  toutes 
les  âmes  dans  une  commune  exaltation  de  fierté  patrio- 
tique ?  Voilà  pourquoi,  avant  de  vous  parler  d'ouvrages 
dont  beaucoup  se  rapportent  au  passé  de  notre  pays, 
aux  grandes  époques  de  notre  civilisation,  je  me  sens 
obligé     d'adresser    d'abord     notre    hommage    unanime     à 


i88  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

ceux  qui  écrivent  en  lettres  de  sang,  au  livre  de  notre 
histoire  nationale,  cette  page  nouvelle,  vraiment  incom- 
parable, à  ces  chefs  et  à  ces  soldats  qui  ont  sauvé  le 
monde  d'une  domination  écrasante,  à  nos  morts  dont  le 
sang  généreux  va  faire  surgir  de  notre  sol  reconquis  une 
moisson  nouvelle  de  gloire  et  de  vertu,  à  cette  chère  jeu- 
nesse, dont  l'effort  sublime  a  effacé  le  souvenir  cuisant  de 
nos  défaites  et  nous  assure,  dès  à  présent,  la  joie  immense 
de  revoir  bientôt  la  France  victorieuse  s'épanouir  en  force 
et  en  beauté  dans  l'intégrité  de  son  territoire,  désormais 
inviolable. 

Evidemment,  Messieurs,  à  côté  de  ce  qu'ils  ont  accompli, 
les  travaux  d'érudition,  les  recherches  paisiblement  pour- 
suivies dans  les  archives  ou  dans  les  bibliothèques,  les 
ouvrages  lentement  écrits  au  foyer  domestique  peuvent 
paraître  choses  bien  modestes.  Les  récompenses  qu'on 
obtient  dans  nos  concours  n'ont  pas  l'éclat  des  étoiles  d'or 
qui  scintillent  sur  le  ruban  de  la  Croix  de  guerre.  N'hési- 
tons pas  à  dire,  cependant,  que  ceux  qui  les  ont  méritées 
ont  fait,  eux  aussi,  œuvre  utile,  et  qu'à  leur  manière  ils 
ont  bien  servi  le  pays.  En  face  de  la  science  d'outre-Rhin, 
science  orgueilleuse  s'il  en  fût,  qui  prétendait  naguère 
s'imposer  à  tous  comme  le  modèle  unique,  il  est  bon,  il  est 
nécessaire  que  soient  affirmées  courageusement  les  saines 
traditions  de  la  science  française,  plus  lucide,  plus  modeste 
aussi,  et  par  là  même  moins  sujette  à  faillir.  Nos  lauréats 
les  ont  maintenues  malgré  les  très  sérieuses  difficultés  du 
temps  présent.  Rendons  justice  à  l'énergie  de  notre  race. 
Elle  ne  néglige  rien  de  ce  qui  est  bon  et  honorable.  Tout 
en  combattant  comme  elle  sait  combattre,  elle  poursuit 
sans  défaillance  les  œuvres  indispensables  de  la  paix.  Elle 
laboure  ses  champs,  elle  fait  le  pain  quotidien,  et  elle  écrit 
son  histoire. 

Elle  l'écrit  même  très  bien. 

Le  concours  pour  le  grand   prix    d'histoire    de   France, 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  489 

fondé  par  le  baron  Gobert,  nous  a  donné,  cette  année, 
une  satisfaction  particulière.  En  présence  d'événements 
qui  nous  font  si  vivement  sentir  tout  ce  que  nous  devons 
à  l'héritage  moral  de  nos  pères,  nous  étions  en  droit  de 
désirer  que  les  ouvrages  présentés  à  ce  concours  ne  fussent 
pas  simplement  des  monographies  érudites,  des  études 
d'un  intérêt  par  trop  restreint.  Il  nous  semblait  que  nous 
pouvions  espérer  mieux  ;  qu'il  nous  fallait  des  œuvres 
plus  larges,  plus  nationales,  où  se  montrât  quelque  chose 
du  puissant  effort,  bien  des  fois  séculaire,  qui  nous  a  fait 
ce  que  nous  sommes. 

Notre  espoir  n'a  pas  été  trompé.  Un  véritable  historien, 
M.  Delachenal,  qui  avait  déjà  obtenu  le  même  prix  en 
1909  pour  les  deux  premiers  volumes  de  son  Histoire  de 
Charles  V,  nous  apportait,  cette  année,  la  troisième  partie 
de  son  œuvre,  comprenant  la  période  qui  s'étend  entre 
1364  et  1368.  Nous  y  avons  reconnu  immédiatement  le 
livre  que  nous  attendions.  Ce  sont  les  débuts  d'un  règne 
réparateur  que  M.  Delachenal  nous  expose  dans  son  troi- 
sième volume.  11  le  fait  avec  une  abondance  et  une  sûreté 
d'informations  qui  ne  laissent  rien  à  désirer.  Il  apporte  des 
documents  nouveaux;  il  utilise,  d'une  manière  personnelle, 
tous  ceux  que  l'on  connaissait  déjà.  Sa  critique  est  ferme 
et  lucide,  son  jugement  est  éclairé  et  impartial.  Il  sait 
débrouiller  une  matière  complexe,  démêler  les  intérêts  en 
lutte,  dégager  les  grands  desseins  politiques,  former,  avec 
les  faits  qu'il  analyse,  des  groupements  synthétiques,  que 
le  lecteur  saisit  et  retient.  Mais  ce  qui  vaut  mieux  encore, 
c'est  que  M.  Delachenal  ne  traite  pas  les  hommes  comme 
des  abstractions.  Il  y  a  en  lui  un  psychologue,  qui  sait  inter- 
roger les  témoignages,  les  faire  parler,  en  tirer  de  la  vie. 
Nous  voyons  revivre  en  effet,  dans  son  récit,  des  person- 
nages que  tout  le  monde  connaît  bien  de  nom,  mais  dont 
la  figure  prend  sous  sa  plume  un  relief  vraiment  caracté- 
ristique. Voici  d'abord   le   roi   lui-même,  notre   Charles  V, 


490  SÉANCE    PUBLIQUE   ANNUELLE 

prince  de   chétive    apparence,  n'ayant   rien  de   la    fougue 
chevaleresque  du  roi  Jean,  son  père,  ni   de   son  incurable 
frivolité,  politique   réfléchi,   calculateur   subtil,  formé   par 
les  dures  expériences  de  sa  jeunesse,  trop  dissimulé  peut- 
être,  trop  enclin  à  la   ruse,  mais  à   tout   prendre  prudent 
et  sensé,  soutenant  sans  faiblir  le  fardeau  accablant  de  la 
responsabilité  royale,  habile  à  profiter  des  occasions,  pilote 
sage  qui,  à  travers  une   période   difficile,  sut  gouverner  le 
vaisseau  de  France,  tout  désemparé,  et  qui  le  mit  en  état 
de  supporter  les  terribles  tempêtes  dont  il  allait  être  assailli 
sous  le  règne  de  son  malheureux  fils.  Et,  k  côté  de  lui,  le 
brave  et  rude  Duguesclin,  le  vainqueur  de  Cocherel,  large 
d'épaules  et  ferme  de  volonté,  vrai  chef  de  guerre  à  la  mode 
du    moyen   âge,  intrépide   et   avisé,  dévoué,  généreux    au 
fond,  bien  que   capable   d'imposer   sa    forte    main   à  des 
bandes  de  pillards,  héros  de  légende  et  d'histoire  tout  à  la 
fois,  au  demeurant  une  des  gloires  de  notre  pays,  un  des 
ancêtres  de  nos  admirables  fusiliers  bretons,  qui  ont  arrêté 
à  Dixmude  la  ruée  allemande,  sous  l'ouragan  de  la  mitraille. 
Ces  hommes  d'autrefois,  M.  Delachenal  les  peint  tels  qu'ils 
ont  été  ;  mais,  parce   qu'il  ne  s'en  tient  pas  à  la  superficie 
des  choses,  parce  qu'il   découvre,  quand  il  le  faut,  le  fond 
des  âmes,  il  nous  permet  de   sentir  le   lien  qui  nous  unit 
à  eux,  il  met  en  lumière  la  perpétuité  de  la  France.  L'Aca- 
démie lui  a  décerné  sans  hésitation  le  premier  prix. 

Elle  attribue  le  second  k  M.  l'abbé  Dussert  pour  son 
étude  sur  les  Étals  du  Dauphiné  aux  XIVe  et  XVe  siècles. 
Travail  de  moindre  envergure  sans  doute,  mais  très  méri- 
toire en  son  genre,  très  propre,  lui  aussi,  à  nous  faire  mieux 
connaître  la  vieille  France.  Il  s'agit  ici  d'une  province  qui 
ne  fut  réunie  au  royaume  qu'en  1349  et  qui,  s'autorisant 
du  traité  conclu  alors  entre  le  dauphin  Humbert  II  et  le 
roi  Philippe  VI,  s'attacha  jalousement,  pendant  plus  d'un 
siècle,  k  conserver  une  certaine  autonomie.  Les  Etats  en 
étaient  les  défenseurs  naturels.  Exposer  ce  qu'ils  ont  fait 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  491 

ou  essayé  de  faire  aux  xive  et  xvp  siècles  jusqu'au  moment 
où  Louis  XI,  qui  n'aimait  pas  à  être  contredit,  les  assujettit 
définitivement  à  son  autorité,  c'était  mettre  en  lumière  un 
épisode  caractéristique  de  cette  grande  lutte  entre  la  force 
centralisatrice  de  la  royauté  et  les  résistances  locales,  qui 
est  en  quelque  sorte  la  trame  de  notre  histoire  intérieure. 
La  tâche  était  loin  d'être  aisée.  Il  fallait  compléter  par  des 
recherches  méthodiques  une  documentation  insuffisante, 
il  fallait  ensuite  en  tirer  parti.  M.  l'abbé  Dussert  y  a 
réussi.  Son  ouvrage,  riche  en  informations  précises  et 
dont  beaucoup  sont  neuves,  est  d'ailleurs  bien  composé, 
facile  à  lire.  Il  abonde  en  traits  qui  marquent  d'une 
manière  intéressante  le  caractère  original  des  populations 
dauphinoises.  Il  nous  fait  réfléchir  et  nous  instruit  sur 
notre  formation  nationale. 

Après  le  concours  pour  le  prix  Gobert,  un  de  ceux 
auxquels  l'Académie  attache  une  importance  particulière, 
est  le  concours  des  Antiquités  de  la  France.  Elle  est  heu- 
reuse lorsque  des  concurrents  nombreux  viennent  se  dis- 
puter les  médailles  et  les  mentions  qu'il  comporte.  Elle 
aime  à  y  voir  la  manifestation  de  ce  culte  intelligent  du 
passé  qui  atteste  la  solidarité  des  générations  dans  la 
famille  française. 

Certes,  ce  culte  est  aujourd'hui  plus  vivant  que  jamais. 
Mais  ceux  qui,  depuis  plus  de  deux  ans,  le  célèbrent  si 
magnifiquement  sur  les  champs  de  bataille  ne  pouvaient 
prendre  part  à  nos  concours  académiques.  Nous  n'avons 
eu  à  nous  prononcer  que  sur  cinq  ouvrages.  Malgré  les 
circonstances,  l'Académie  n'a  pas  cru  pouvoir  transiger 
sur  les  exigences  de  la  méthode  scientifique.  De  ces  cinq 
ouvrages,  elle  n'en  a  retenu  que  deux,  auxquels  elle  attri- 
bue une  seconde  et  une  troisième  médaille,  la  première 
n'étant  pas  décernée  cette  année. 

La  seconde  médaille  a  été  obtenue  par  M.  Pierre  Gautier, 
pour  son  travail  manuscrit  intitulé  :  Etudes  diplomatiques 


492  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

sur  les  actes  des  évéques  de  Langres,  du  VIIe  siècle  à  1136. 
On  sait  quel  intérêt  présentent  les  actes  des  chancelleries 
épiscopales  pendant  tout  le  cours  du  moyen  âge.  Ce  sont 
des  sources  abondantes  d'informations,  sur  le  droit  public 
et  privé,  sur  la  chronologie,  la  géographie  historique,  sur 
les  généalogies,  sur  les  mœurs,  sur  les  idées.  En  catalo- 
guant-soigneusement  les  actes  des  évêques  de  Langres,  en 
publiant  ceux  qui  étaient  inédits,  en  séparant  les  apo- 
cryphes des  authentiques,  M.  Pierre  Gautier  a  donc  fait 
une  œuvre  très  utile.  On  ne  peut  d'ailleurs  que  louer  son 
exactitude,  sa  sagacité,  sa  prudence.  Sa  connaissance  des 
choses  locales  paraît  complète  et  solide.  Elle  aurait  gagné 
seulement  à  se  compléter  par  des  vues  plus  étendues,  qui 
lui  auraient  permis  d'accroître  la  valeur  de  son  ouvrage  en 
faisant  mieux  ressortir  certains  résultats  généraux  de  ses 
recherches. 

La  troisième  médaille  est  accordée  à  M.  Moret  pour  son 
Plan  d' Ar  ras-ville  en  138$.  Ce  nom  d'Arras-ville  désigne 
l'ancienne  ville  comtale  d'Arras,  distincte  de  la  cité  épis- 
copale  qui  n'y  fut  réunie  qu'au  xvme  siècle.  L'auteur  pré- 
sente lui-même  son  ouvrage  comme  une  simple  étude  de 
topographie  urbaine,  sans  prétentions  historiques.  Pré- 
cieuse pourtant  par  les  descriptions  minutieusement  exactes 
qu'on  y  trouve,  cette  étude  nous  donne  une  idée  de  ce  que 
fut,  au  temps  des  grands  ducs  de  Bourgogne  Philippe  le 
Hardi  et  Jean  sans  Peur,  la  vieille  et  industrieuse  capitale 
de  l'Artois,  hère  de  la  richesse  de  ses  bourgeois,  de  l'adresse 
et  du  goût  de  ses  artisans,  de  ses  merveilleuses  tapisseries 
et  des  jolies  inventions  de  ses  chansonniers.  Elle  a  pris 
une  valeur  nouvelle,  depuis  que  les  obus  allemands  y  ont 
fait  leur  œuvre  impie  de  destruction.  L'auteur  lui-même 
n'a  pas  survécu  à  la  beauté  de  sa  ville  natale.  Son  livre, 
manifestation  touchante  de  sa  piété  filiale,  demeurera  du 
moins  comme  un  témoin  véritable  de  ce  qu'avait  édifié  une 
civilisation  active,  intelligente,  éprise  d'art  et  de  beauté,  et 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  493 

de  ce  qu'une  barbarie  odieuse  et  stupide  a  fait  disparaître, 
au  xxe  siècle. 

Un  autre  ouvrage  nous  a  été  adressé,  qui  ne  sollicitait 
pas  de  récompense,  comme  ne  répondant  pas  aux  condi- 
tions du  concours,  mais  qui  ne  peut  être  passé  sous  silence. 
Un  imprimeur  qui  fait  honneur  aux  bonnes  traditions  de 
la  typographie  française,  M.  Protat,  attaché  par  un  patrio- 
tisme local  aux  souvenirs  de  la  grande  et  glorieuse  abbaye 
de  Cluny,  a  pu  achever,  au  cours  de  cette  année,  la  réim- 
pression de  la  Bibliotheca  Cluniacensis,  œuvre  d'une  haute 
importance  historique,  devenue  introuvable,  et  qu'il  s'agis- 
sait de  rendre  plus  accessible  aux  érudits  français.  Il 
assurait  ainsi  du  travail  à  d'anciens  et  fidèles  ouvriers, 
sans  aucune  pensée  de  lucre  personnel,  et  en  même  temps 
il  rendait  service  à  la  science.  L'Académie  doit  un  hom- 
mage à  cette  pensée  doublement  honorable  et  généreuse. 
Je  suis  heureux  de  m'en  faire  ici  l'interprète. 

C'est  encore  à  notre  histoire  provinciale  qu'est  destiné 
le  prix  Prost.  Et  la  province  qu'a  eue  en  vue  le  fondateur 
est  une  de  celles  qui  nous  sont  le  plus  chères  :  c'est  la 
Lorraine,  notre  Lorraine  tout  entière,  celle  que  nous  avons 
gardée  et  celle  que  nous  allons  reprendre.  L'Académie  a 
partagé  le  prix,  d'une  valeur  de  1.200  francs,  par  portions 
égales,  entre  M.  Emile  Duvernoy,  archiviste  de  Meurthe- 
et-Moselle,  pour  son  Catalogue  des  actes  des  ducs  de  Lor- 
raine de  1048  à  1139  et  de  1176  à  1W0,  et  M.  Charles 
Chevreux,  sous-préfet  de  Ribérac,  pour  son  étude  intitu- 
lée :  Les  institutions  communales  d'Épinal  sous  les  évêques 
de  Metz.  Ce  sont  deux  bons  travaux  d'érudition.  Le 
premier,  faisant  suite  à  d'autres  publications  analogues, 
achève  de  constituer,  à  l'usage  des  historiens  de  la  Lor- 
raine, une  série  continue  de  documents  très  instructifs, 
bien  classés  et  bien  analysés.  Le  second  offre  un  tableau 
précis  et  complet  de  ce  qu'était  la  commune  d'Epinal, 
depuis  le  xc  siècle  jusqu'à  sa  réunion  au  royaume  de  France 


i9i  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

en  14 H,  ainsi  que  de  ses  relations  avec  l'autorité  épisco- 
pale  du  siège  de  Metz,  dont  elle  dépendait.  De  tels  livres 
sont  toujours  à  consulter.  Derrière  ces  événements  locaux 
et  les  pièces  authentiques  qui  les  constatent,  il  y  a  des 
intérêts,  des  passions,  des  caractères,  il  y  a,  en  un  mot, 
des  hommes,  et  ce  sont  ces  hommes  qui  ont  fait  notre 
France. 

Après  la  Lorraine,  voici  la  Bourgogne.  Le  prix  Dela- 
lande-Guérineau,  d'une  valeur  de  4.000  francs,  destiné  au 
meilleur  ouvrage  relatif  au  moyen  âge,  est  décerné,  cette 
année,  à  un  livre  qui  est  surtout  un  recueil  de  matériaux, 
mais  un  recueil  bien  fait.  C'est  le  tome  second  des  Inven- 
taires mobiliers  et  extraits  des  comptes  des  ducs  de  Bour- 
gogne de  la  maison  de  Valois.  Commencée  par  M.  Bernard 
Prost  et  interrompue  par  sa  mort  prématurée,  cette  publica- 
tion a  été  continuée  par  son  neveu,  M.  Henri  Prost,  récem- 
ment sorti  de  l'Ecole  des  Chartes.  Ce  jeune  homme  a  donné 
sa  vie  pour  la  France  le  27  janvier  1915.  Sergent  au  260e 
régiment  d'infanterie  et  «  blessé  une  première  fois  en  con- 
duisant sa  section  au  feu  avec  une  belle  énergie  »,  il  fut 
atteint  mortellement  «  quand,  ne  pouvant  plus  marcher, 
il  pansait  un  de  ses  camarades  blessé  ».  C'est  à  ce  vaillant 
soldat,  glorieusement  cité  en  ces  termes  à  l'ordre  de  sa 
division,  qu'est  attribué  le  prix.  Avant  de  donner  cet 
héroïque  exemple  d'abnégation,  il  s'était  révélé  comme  un 
érudit  formé  aux  meilleures  méthodes.  Les  comptes  du  duc 
Philippe  le  Hardi,  si  bien  publiés  par  lui,  nous  font  con- 
naître par  le  détail  les  encouragements  que  ce  prince  de  la 
maison  de  France  donnait  aux  arts  de  toute  sorte.  Ils 
témoignent  de  la  splendeur  de  cette  cour,  dont  l'influence 
allait  susciter,  en  Bourgogne  et  dans  les  Flandres,  tant  de 
chefs-d'œuvre  d'architecture,  de  sculpture,  de  peinture, 
d'orfèvrerie.  Henri  Prost  aurait  honoré  l'Ecole  des  Chartes 
par  ses  travaux,  s'il  avait  vécu;  il  l'a  honorée,  plus  encore, 
par  le  sacrifice  de  sa  vie. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  495 

A  côté  des   actes  et  des  chartes,  il  n'y  a   pas  de  docu- 
ments plus  précieux  pour  l'historien  que  les  monnaies.  Et 
pourtant,  nous  n'avions  pas,  jusqu'à  ces  dernières  années,  un 
manuel  de  numismatique  française  qui  répondît  à  ce  qu'on 
était  en   droit  de  demander.  Cet  ouvrage,  grâce  à  la  colla- 
boration de  plusieurs  spécialistes,  est  aujourd'hui  en  cours 
de  publication.  Le   tome  second,  qui  a  pour  titre  Les  mon- 
naies royales  françaises   depuis   Hugues  Capet  jusqu'à  la 
Révolution,  est  dû  à  M.  Adolphe  Dieudonné,  conservateur 
adjoint  du  Cabinet  des  médailles.  Comme  le  titre  l'indique, 
il  se  rapporte  en  grande  partie  à  la  numismatique  médié- 
vale, pour  laquelle  a  été  fondé  par  M"10  Duchalais  un  prix 
d'une   valeur  de    1.000  francs.  M.  Dieudonné  n'a  pas   fait 
simplement  une  description  des  divers  types  de  la  monnaie 
royale;  il  en  a  vraiment  écrit  l'histoire;  et,  en  l'écrivant, 
il  a  montré  qu'il  possédait  à  fond  un  sujet  singulièrement 
complexe  et  difficile.  Son  Manuel,  à  la  fois  substantiel  et 
bien  composé,  clair  et  précis,  contient  tout  ce  qu'il  est  utile 
de  connaître  sur  les  ateliers  monétaires  et  leur  technique, 
sur  les  multiples  questions  de  droit,  de  science  financière 
et    d'économie    politique    auxquelles   il    devait   toucher.  Il 
note,  comme  il  convient,  les  rapports  de  cette  histoire  par- 
ticulière  avec  l'histoire  générale.  C'est  au  témoignage  du 
juge    le    plus  compétent,    notre    confrère  M.  Babelon,  un 
livre    remarquable,  complet,  savant,  qui  fait   honneur  à  la 
numismatique  française.  Nous  ne  pouvions  mieux  répondre 
aux  intentions  de  la  fondatrice  qu'en  décernant  à  M.  Dieu- 
donné  le  prix  Duchalais. 

Si  l'érudition  ne  craint  pas  de  s'adonner  aux  tâches  les 
plus  sévères,  elle  est  bien  éloignée  pourtant  de  dédaigner 
ni  l'art  ni  la  littérature.  Et,  à  leur  tour,  l'art  et  la  littéra- 
ture doivent  reconnaître  les  grands  services  que  leur  rend 
l'érudition.  Notre  poésie  du  moyen  âge,  trop  longtemps 
méconnue,  profite  chaque  jour  du  développement  des 
méthodes   historiques  et  philologiques.  Des  textes  oubliés 

1916  -'T 


190  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

sont  remis  au  jour  ;  et  plus  on  étudie  ces  vieilles  produc- 
tions de  l'esprit  français,  plus  on  sent  combien  elles  nous 
éclairent  sur  nos  origines  morales  et  intellectuelles.  C'est 
bien  à  ce  sentiment,  si  je  ne  me  trompe,  qu'est  due  la  fon- 
dation du  prix  de  La  Grange,  d'une  valeur  de  1.000  francs, 
destiné  à  récompenser  la  publication  dune  œuvre  inédite 
d'un  de  nos  vieux  poètes  français. 

Cette  année,  ce  prix  est  décerné  à  un  des  maîtres  de  la 
philologie  médiévale,  à  M.  Jeanroy,  professeur  de  littéra- 
tures méridionales  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris,  pour 
ses  éditions  des  Chansons  de  Jaufré  Rudel  et  des  Joies  du 
Gay  savoir,  ainsi  que  pour  ses  publications  antérieures 
d'anciennes  poésies  provençales.  L'Académie  entend  d'ail- 
leurs témoigner  ainsi  en  quelle  haute  estime  elle  tient 
l'auteur  des  Origines  de  la  poésie  lyrique  en  France  au 
moyen  âge,  des  Mystères  provençaux  du  XVe  siècle  et 
d'autres  écrits,  où  la  science  la  plus  sûre  et  la  plus  précise 
s'allie  à  un  talent  des  plus  distingués. 

Notre  art  du  moyen  âge,  certainement  égal  en  mérite 
et  en  intérêt  à  la  littérature  du  même  temps,  n'est  pas 
moins  étudié  de  nos  jours.  Il  était  juste  que  cette  étude 
trouvât  aussi  parmi  nous  des  encouragements.  Le  prix 
Fould,  d'une  valeur  de  5.000  francs,  a  pour  objet  de 
récompenser  le  meilleur  ouvrage  sur  les  arts  du  dessin, 
dans  la  période  antérieure  à  la  fin  du  xvie  siècle. 

Il  est  partagé  cette  année  entre  trois  concurrents.  La  part 
principale  est  attribuée  à  la  Société  française  de  reproduc- 
tion des  manuscrits  à  peintures.  Fondée  en  1910  par  M.  le 
comte  Alexandre  de  Laborde,  cette  Société  s'est  vouée  en 
quelque  sorte  au  culte  des  belles  peintures  qui  illustrent 
tant  de  nos  vieux  manuscrits  français.  Œuvres  charmantes 
et  délicates,  souvenirs  infiniment  précieux,  images  vivantes 
de  ce  qui  n'est  plus,  mais  images  trop  fragiles,  toujours 
menacées  de  destruction,  soit  par  les  accidents  qu'on  ne 
peut  prévoir,  soit  du  fait  de  ces  accès  de  barbarie  furieuse 


SÉANCE    PUBLIQUE   ANNUELLE  497 

dont  nous  avons  aujourd'hui  sous  les  yeux  le  terrible  spec- 
tacle. Dans  sa  pieuse  prévoyance,  la  Société  que  nous 
récompensons  a  entrepris  de  les  reproduire  par  les  moyens 
les  plus  perfectionnés  que  l'industrie  moderne  met  au 
service  des  artistes.  Elle  s'est  attachée  à  cette  tâche  avec 
amour  et,  depuis  1911,  elle  n'a  pas  publié  moins  de  sept 
magnifiques  volumes.  Ses  reproductions  sont  de  nature  à 
satisfaire  à  la  fois  les  érudits  les  plus  exigeants  et  les 
hommes  de  goût  les  plus  délicats.  Les  historiens  de  l'art 
en  France,  en  Flandre  et  en  Italie,  y  trouveront  des  docu- 
ments très  précieux.  L'Académie  décerne  à  cette  belle 
et  utile  publication  un  prix  de  3.000  francs. 

Sur  les  2.000  francs  restant,  une  récompense  de 
1.500  francs  est  attribuée  à  M.  de  Mély,  pour  son  ouvrage 
intitulé  Les  Primitifs  et  leurs  signatures.  Par  cette  distinc- 
tion, l'Académie  a  voulu  reconnaître  des  mérites  incontes- 
tables, une  érudition  étendue,  un  zèle  infatigable,  qui  ont 
permis  à  l'auteur  de  recueillir  des  informations  très  variées, 
d'enrichir  son  livre  d'illustrations  fort  belles,  dues  en 
grande  partie  à  ses  recherches  personnelles.  Elle  se  plaît  à 
témoigner  qu'il  a  fait  ainsi  œuvre  utile.  Seulement,  elle 
entend  lui  laisser  toute  la  responsabilité  de  sa  thèse  fon- 
damentale, qui  consiste  à  affirmer  l'existence  de  signatures 
d'artistes  sur  un  grand  nombre  de  peintures  où  les  meil- 
leurs connaisseurs  ne  réussissent  pas  à  les  découvrir.  Elle 
ne  pense  pas  que  d'ingénieuses  combinaisons  puissent  équi- 
valoir à  une  démonstration  positive.  Et  elle  doit  exprimer 
quelque  regret  de  ce  que  cette  œuvre  d  érudition  prenne 
trop  souvent  les  allures  d'une  polémique  acerbe  et  passion- 
née. 

Une  autre  récompense,  de  500  francs,  est  dévolue  à 
M.  Pierre  Gusman  pour  un  travail  intitulé:  La  gravure  sur 
bois  et  d'épargne  sur  métal,  du  XIVe  au  XXe  siècle.  L'au- 
teur, qui  est  lui-même  graveur  sur  bois,  a  traité  son  sujet 
en  homme  du  métier   et  en   artiste.  Si  son  exposé   trahit 


498  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

quelque  inexpérience  d'écrivain,  il  est  du  moins  très  ins- 
tructif. Les  différentes  techniques  y  sont  démontrées  avec 
précision  et  avec  un  sentiment  d'art  délicat.  C'est  un  livre 
qui  manquait  à  l'enseignement  des  beaux-arts  et  où  l'on 
trouvera  beaucoup  à  apprendre. 

Tous  les  concours  dont  je  viens  de  rendre  compte  se 
rapportaient  à  notre  histoire  nationale.  Mais  l'activité  de 
l'Académie  s'étend  aussi,  personne  ne  l'ignore,  à  l'anti- 
quité d'une  part,  aux  civilisations  de  l'Orient  et  du  Nou- 
veau Monde,  d'autre  part.  Et  elle  doit  d'autant  moins  s'en 
désintéresser  que  le  cours  des  événements  nous  oblige  de 
plus  en  plus  à  porter  nos  regards,  soit  au  loin,  vers  ces 
nations  jeunes  qui  enferment  en  elles-mêmes  quelques- 
unes  des  forces  destinées  à  entrer  en  jeu  tôt  ou  tard,  soit 
en  arrière,  vers  le  monde  gréco-latin,  source  féconde  des 
grandes  idées  qui  scellent  aujourd'hui  l'alliance  des  peuples 
épris  d'idéal  humain  contre  ceux  qu'anime  l'esprit  de  vio- 
lence et  de  rapacité. 

Pour  l'antiquité  classique,  nous  ne  disposions,  cette 
année,  que  du  prix  Saintour,  d'une  valeur  de  3.000  francs. 
Il  nous  a  fallu  le  partager  entre  quatre  ouvrages,  que 
nous  aurions  voulu  pouvoir  récompenser  bien  plus  large- 
ment. 

Un  prix  de  1.000  francs  est  décerné  à  M.  Henri  Graillot, 
pour  son  livre  sur  Le  culte  de  Cyhèle,  mère  des  dieux, 
à  Rome  et  dans  l Empire  romain.  Œuvre  considérable, 
fruit  d'un  très  long  et  très  patient  travail,  qui  apporte  à 
l'histoire  si  complexe  des  religions  antiques  une  importante 
contribution.  Sous  la  richesse  des  détails  que  l'auteur  a  su 
dégager  et  préciser,  ce  qui  fait  surtout  la  valeur  de  son 
livre,  c'est  le  souci  constant  de  la  réalité  psychologique. 
Nous  comprenons,  en  le  lisant,  comment  et  pourquoi  un 
culte,  né  dans  quelques  cantons  de  l'Asie  Mineure,  simple, 
grossier  même  à  l'origine,  a  pu,  en  évoluant  peu  à  peu,  en 
s'enrichissant  d'idées  et  de  sentiments  nouveaux,  conque- 


SÉANCE   PUBLIQUE    ANNUELLE  499 

rir,  subjuguer  des  âmes,  s'insinuer  et  s'étendre  de  proche 
en  proche,  envahir  enfin  la  ville  reine,  la  capitale  du 
monde,  y  prendre  pied  si  fortement  qu'il  devint,  à  un 
certain  moment,  le  plus  tenace  adversaire  du  christianisme. 
Rien  de  plus  intéressant  pour  quiconque  cherche  à  sur- 
prendre, dans  l'intimité  profonde  des  consciences,  le  phé- 
nomène mystérieux  de  la  croyance,  que  cette  marche  des 
idées,  où  la  réflexion  semble  avoir  bien  moins  de  part  que 
l'imitation  spontanée,  provoquée  par  des  aspirations  à  la 
fois  confuses  et  puissantes. 

Une  autre  étude  d'histoire  religieuse,  sur  La  crise  mon- 
taniste,  due  k  M.  Pierre  de  Labriolle,  a  valu  à  son  auteur 
un  prix  de  800  francs.  Il  s'agit  ici  d'une  secte,  née  elle 
aussi  en  Phrygie,  dans  un  foyer  de  christianisme  exalté, 
et  qui  a  vécu  environ  sept  siècles,  malgré  les  condamna- 
tions de  l'Eglise  et  les  rigueurs  des  empereurs  chrétiens. 
M.  de  Labriolle  l'a  étudiée  en  véritable  historien.  Ni  sa 
science  ni  son  impartialité  ne  se  laissent  prendre  en  défaut 
dans  cet  ouvrage,  où  tous  les  documents  ont  été  examinés 
et  jugés  à  leur  valeur.  Enquêteur  de  bonne  foi,  il  n'hésite 
pas  à  reconnaître  que  les  témoignages  laissent  subsister 
bien  des  points  obscurs.  Mais  ce  qu'il  a  su  en  tirer  nous 
explique  comment  la  prétendue  révélation  apportée  par 
Montan  avait  pu  séduire  un  esprit  aussi  ferme  que  celui 
de  Tertullien  et  d'où  est  venue  l'influence  profonde  qu'elle 
a  exercée  sur  ses  mystiques  sectateurs.  L'Académie  fran- 
çaise avait  déjà  récompensé  un  ouvrage  du  même  auteur, 
qui  était  comme  le  complément  de  celui-ci,  son  étude  sur 
Les  sources  de  l'histoire  du  montanisme.  Nous  sommes 
heureux  de  joindre  notre  témoignage  à  celui  de  nos  con- 
frères. 

Le  reliquat  du  prix  est  partagé  également  entre 
M.  Edmond  Courbaud,  pour  son  livre  sur  Horace,  sa  vie  et 
sa  pensée  à  l'époque  des  Epitres,  et  M.  Pierre  Noailles, 
pour  ses  études  sur  les  Novelles  de  Justinien.  Le  charmant 


oOO  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

esprit  d'Horace  n'est  pas  de  ceux  qu'on  enferme  aisément 
dans   des  définitions  rigoureuses  ni  dans  une  chronologie 
inflexible.  M.  Courbaud,  qui  le    sait   mieux  que   personne, 
s'est  simplement  donné  pour  tâche  de  déterminer  l'essen- 
tiel de   ses  pensées  à  une  époque    bien   délimitée,  tout  en 
notant  finement  ses  variations  de  sentiments  et  d'humeur, 
ainsi  que  les  circonstances  d'où  est  née  chaque  composi- 
tion. Dans  ce  travail  d'analyse,  à  la  fois  historique  et  psy- 
chologique, il  a  rencontré  mainte   question   de  philologie, 
soulevée    par   la  critique    contemporaine,    et    surtout    par 
l'hypercritique  allemande.  Bien  loin  d'en  avoir  peur,  il  les 
a  discutées  simplement,  doctement,  délicatement,  avec  une 
raison  saine  et  ferme,  qui  ne  s'en  laisse   pas  imposer   par 
le  dogmatisme  pédantesque,  quelle  qu'en   soit   l'étiquette. 
Nous  lui   en   avons   su   beaucoup    de  gré.  —    Le  livre   de 
M.  Pierre  Noailles  complète  le  travail  d'ensemble  entrepris 
par  lui  sur  la  collection  des  Novelles  de  Justinien.  Grâce  à 
des  recherches  savantes  et  consciencieuses,  il  a  pu  éclairer, 
d'une  façon  qui  paraît   définitive,  la  question  obscure  des 
sources  et  de  la  formation  de  ce  recueil.  Les  études  de  droit 
romain    profiteront  grandement  de   son    travail.  Chez    lui 
aussi,  la  clairvoyance  et  la  netteté    des  vues   s'allient  à  la 
prudence.  De   tels   ouvrages  attestent  la  persistance,  chez 
nous,  des  qualités  auxquelles  nous  devons  tenir  plus  que 
jamais. 

En  Orient,  il  n'est  point  de  pays  qui  mérite  plus  que 
l'immense  empire  chinois  de  solliciter  la  curiosité  des 
savants,  par  son  histoire,  par  ses  monuments,  par  ses 
mœurs,  par  sa  langue.  Domaine  presque  infini,  qui  ne 
pourra  être  exploré  que  peu  à  peu.  L'Académie  ne  dispo- 
sait, jusqu'ici,  pour  encourager  cet  ordre  de  recherches, 
que  du  prix  Stanislas  Julien,  de  1.500  francs,  fondé  en 
faveur  du  meilleur  ouvrage  relatif  à  la  Chine.  Elle  l'attri- 
bue, cette  année,  à  M.  Bernhard  Karlgren,  professeur  à 
l'Université  d'Upsal,   pour  ses  Études  sur  la  phonologie 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  501 

chinoise.  Ce  savant  suédois  a  écrit  en  français  ce  beau  tra- 
vail de  linguistique,  dont  un  spécialiste  éminent,  notre  con- 
frère M.  Chavannes,  a  pu  dire  qu'il  marquerait  une  date 
dans  les  études  sinologiques.  Non  seulement,  en  effet,  il 
abonde  en  renseignements  nouveaux  sur  la  détermination 
et  l'évolution  des  sons  articulés  dans  la  langue  chinoise, 
mais  il  institue  une  méthode  et  la  justifie  par  ses  premiers 
résultats.  L'auteur  a  ouvert  une  voie.  La  récompense  que 
l'Académie  lui  décerne  est  un  hommage  rendu  à  cette  heu- 
reuse initiative. 

C'est  aussi  aux  études  orientales  que  revenait,  cette 
année,  le  prix  Bordin,  de  3.000  francs.  Il  a  été  partagé 
également  entre  MM.  Nau  et  Fagnan.  M.  l'abbé  Nau  est 
un  orientaliste  aussi  zélé  qu'érudit,  qui  s'est  adonné  parti- 
culièrement à  l'étude  du  syriaque  et  du  copte,  et  qui,  par 
ses  publications  nombreuses,  a  bien  mérité  de  la  patris- 
tique.  En  récompensant  son  recueil  de  Mênologes  des  Évan- 
géliaires  coptes-arabes  et  son  édition  des  Œuvres  dAm- 
monas,  disciple  et  successeur  de  saint  Antoine,  recueillies 
par  lui  pour  la  première  fois,  FAcadémie  témoigne  de  son 
estime  pour  un  ensemble  de  travaux  des  plus  honorables, 
d'autant  plus  dignes  de  son  attention  qu'ils  ne  sont  pas 
de  nature  évidemment  à  passionner  le  grand  public. 
M.  Fagnan,  professeur  à  l'Université  d'Alger,  obtient 
l'autre  partie  du  même  prix  pour  sa  traduction  de  l'ouvrage 
arabe  de  Mawerdi,  intitulé  Statuts  gouvernementaux. 

Les  études  relatives  à  l'Amérique,  d'origine  plus  récente, 
sont  encore  loin  d'avoir  pris  tout  le  développement  qu'elles 
comportent.  C'est  pour  les  encourager  que  notre  confrère 
M.  le  duc  de  Loubat  a  fondé,  il  y  a  quelques  années,  le 
prix  de  2.000  francs  qui  porte  son  nom.  Sur  cette  somme, 
l'Académie  attribue,  cette  année,  un  prix  de  1.500  francs 
k  M.  Henry  Vignaud  pour  son  ouvrage  sur  Améric  Vespuce; 
livre  bien  documenté,  qui  fait  suite  aux  travaux  antérieurs 
de  l'auteur  sur  la  découverte  de  l'Amérique.  On  y  retrouve 


r»02  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

tous  les  mérites  qu'il  avait  déjà  manifestés  dans  ses  études 
sur  Christophe  Colomb  ;  il  y  ajoute  celui  de  donner,  à  un 
âge  très  avancé,  l'exemple  dune  activité  d'esprit  et  d'un 
zèle  d'historien  vraiment  infatigables.  Les  500  francs  res- 
tant sont  attribués,  comme  encouragement,  à  M.  Callegari, 
de  Vérone,  pour  ses  recherches  sur  l'ancien  Mexique. 

J'aurais  achevé  cette  énumération,  si  nous  n'avions  eu, 
grâce  à  des  libéralités  récentes,  deux  prix  nouveaux  à 
décerner  cette  année. 

Tout  d'abord,  l'Académie  a  reçu,  pour  sa  participation 
à  la  fondation  Thorlet,  commune  à  tout  l'Institut,  une 
somme  de  2.500  francs.  Elle  a  cru  répondre  aux  intentions 
du  fondateur,  qui  a  voulu  à  la  fois  récompenser  le  mérite  et 
faire  le  bien,  en  attribuant  des  encouragements  à  des 
hommes  de  travail,  dignes  d'intérêt  et  de  sympathie.  Elle 
en  a  fait  bénéficier,  pour  une  somme  de  1.500  francs, 
M.  Saulnier,  ancien  élève  de  l'Ecole  des  Chartes,  en  consi- 
dération de  l'ensemble  de  ses  travaux;  pour  1.000  francs, 
M.  Poitevin,  auteur  d'études  sur  la  paléographie  et  la  cal- 
ligraphie ;  pour  1.000  francs,  M.  Achille  Millien,  qui  s'oc- 
cupe de  recherches  sur  le  folk-lore  nivernais. 

L'autre  prix  est  dû  à  une  donation  de  M'"°  la  marquise 
Arconati-Visconti,  qui  a,  si  largement  déjà,  témoigné  sa 
générosité  à  nos  grands  établissements  scientifiques.  Fondé 
en  mémoire  et  sous  le  nom  du  savant  collectionneur  Raoul 
Duseigneur,  ce  prix  de  3.000  francs  sera  attribué  tous  les 
trois  ans  à  des  travaux  concernant  l'art  et  l'archéologie 
espagnols,  depuis  les  temps  les  plus  anciens  jusqu'à  la  tin 
du  xvie  siècle.  Dès  cette  année,  l'Académie  l'a  attribué  à 
M.  Leite  de  Vasconcellos,  professeur  à  l'Université  de  Lis- 
bonne, directeur  du  Musée  ethnographique  portugais.  M.  de 
Vasconcellos  jouit  d'une  réputation  méritée,  à  la  fois 
comme  archéologue,  comme  érudit  et  comme  poète.  Sans 
parler  de  ceux  de  ses  travaux  qui  intéressent  la  philolo- 
gie  romane,   il    a    rendu    d'éminents  services    aux    études 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  503 

d'histoire  ibérique  par  ses  deux  volumes  sur  les  Reli- 
gions de  la  Lusitanie,  par  sa  revue  intitulée  Y  Archéologue 
portugais.  Nul  n'était  plus  digne  que  lui  d'inaugurer  le 
nouveau  prix.  En  le  lui  décernant,  l'Académie  n'a  voulu 
considérer  que  ses  titres  scientifiques.  Mais  elle  se  réjouit 
d'avoir  pu  honorer,  en  la  personne  de  ce  savant,  le  glorieux 
pays  de  Camoëns  et  de  Vasco  de  Gama,  le  peuple  énergique 
qui  a  tant  fait  pour  la  propagation  de  la  civilisation  latine, 
et  qui,  aujourd'hui,  s'est  rangé  si  résolument  dans  le  parti 
des  défenseurs  du  droit. 

A  côté  de  cette  libéralité,  j'en  dois  mentionner  une  autre, 
d'un  genre  différent,  mais  qui  procède  d'une  pensée  égale- 
ment élevée.  L'Académie  vient  d'entrer  en  possession  d'un 
legs  de  Mlle  Pellechet,  qui  lui  permettra  d'accorder,  soit  à 
des  municipalités,  soit  à  des  particuliers,  des  subventions 
pour  la  conservation  de  monuments  historiques  de  l'anti- 
quité ou  du  moyen  âge,  en  France  et  dans  nos  colonies.  De 
tels  monuments  sont  une  partie  de  notre  patrimoine  natio- 
nal. Nous  nous  associerons  de  grand  cœur  aux  intentions 
de  la  fondatrice. 

J'ai  à  rendre  compte  maintenant  de  l'activité  scientifique 
des  trois  écoles  sur  lesquelles  l'Académie  exerce  son  patro- 
nage :  École  de  Rome,  École  d'Athènes,  École  d'Extrême- 
Orient. 

Depuis  les  débuts  de  la  guerre,  elles  sont  pour  nous 
l'objet  d'une  sollicitude  quelque  peu  inquiète.  Presque  tous 
les  jeunes  pensionnaires  ont  été  arrachés  a  leurs  travaux, 
a  leurs  projets,  à  nos  espérances,  par  l'appel  aux  armes. 
Tous  ont  fait  vaillamment  leur  devoir.  Un  trop  grand 
nombre,  hélas!  ont  succombé  sur  les  champs  de  bataille; 
d'autres  ont  disparu,  sans  qu'aucune  nouvelle  ait  apporté 
à  leurs  familles  des  raisons  d'espoir.  Ceux  qui  restent  con- 
tinuent le  plus  possible  à  travailler.  Grâce  à  eux,  nos 
écoles  auront  traversé  cette  crise  sans  consentir  à  l'inaction. 

L'École  de   Rome   ne  comptait,  cette  année,  que  deux 


•JOi  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

membres.  L'un  d'eux,  M.  Canet,  s'attachant  aux  études 
bibliques,  a  profité  des  ressources  manuscrites  réunies  à 
Rome  par  une  circonstance  favorable  pour  publier  à  nou- 
veau la  version  de  certains  fragments  du  Livre  de  Daniel 
due  à  saint  Jérôme,  avec  une  introduction  intéressante. 
L'autre,  M.  Pocquet  du  Haut-Jussé,  poursuit  activement 
ses  recherches  sur  les  relations  de  la  papauté  avec  les 
ducs  de  Bretagne.  En  même  temps,  réminent  directeur 
de  l'École,  notre  confrère  Mgr  Duchesne,  dont  l'influence 
rayonne  bien  au  delà  du  Palais  Farnèse,  obtenait,  pour  la 
continuation  des  Mélanges  qu'il  dirige,  la  collaboration  de 
quelques  savants  italiens,  travaillant  ainsi,  dans  son  dio- 
cèse franco-italien,  à  l'union  intellectuelle  et  morale  qui 
doit  associer  fraternellement  les  peuples  latins. 

La  Grèce  a  ceci  de  particulier  qu'étant  un  petit  Etat, 
elle  s'est  donné  deux  gouvernements,  entre  lesquels  elle 
hésite  et  louvoie,  de  telle  sorte  que  l'un,  le  plus  récent, 
animé  d'un  grand  désir  de  bien  faire,  n'en  a  pas  les  moyens, 
tandis  que  l'autre,  l'ancien,  devenu  archéologique,  n'en  a 
pas  la  volonté.  Notre  École  d'Athènes,  dans  ces  circon- 
stances, pouvait  être  tentée  de  devenir  une  école  de  diplo- 
matie. Mais  elle  pense  sagement  que  la  meilleure  diploma- 
tie consiste  à  faire  simplement  ce  qu'on  s'est  engagé  à  faire. 
Après  tout,  elle  donne  ainsi  à  la  Grèce  officielle  un  bon 
exemple.  Elle  comptait,  cette  année,  quatre  pensionnaires 
français,  un  membre  belge,  un  professeur  français  en  mis- 
sion, et  enfin  un  architecte.  Ajoutons  qu'elle  est  dirigée  par 
un  savant,  M.  Gustave  Fougères,  qui  est  en  même  temps 
un  homme  d'action  et  un  homme  de  devoir.  Deux  de  ses 
champs  de  fouille,  l'île  de  Thasos  et  la  Macédoine,  lui  ont 
été  fermés  par  les  péripéties  de  la  guerre,  malgré  les  ten- 
tatives courageuses  de  MM.  Lejeune  et  Replat.  Elle  s'est 
rabattue  sur  Délos,  notre  Délos.  pourrait-on  dire,  car  en 
vérité,  l'île  sainte  nous  appartient  scientifiquement,  depuis 
que  nos  confrères,  M.  Homolle,  par  sa  science  et  ses  explo- 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  505 

rations,  M.  le  duc  de  Loubat,  par  son  inépuisable  généro- 
sité, l'ont  en   quelque   façon    annexée  à   notre    Académie. 
Nous  sommes  là  chez  nous,  presque  au  même  titre  qu'Apol- 
lon lui-même.  Nous  y  cohabitons  avec  lui,  nous  y  travail- 
lons pour  lui,  et  il  semble  bien  qu'en  revanche  il  nous  y 
protège.  Cette   année,   M.   Plassart    a    profité    d'un    sursis 
d'appel  pour  reprendre  ses  recherches  sur  les  voies  sacrées 
par   où  montaient  les   pèlerinages  vers  les  deux  cimes  du 
Cynthe  ;  il   a  pu  en   achever  l'exploration  jusqu'au   vieux 
sanctuaire  de  Zeus  Cynthien,  qui  en  dominait  l'un  des  som- 
mets. Il  a  découvert  que  l'autre  sommet  fut  consacré,  vers 
le  111e  siècle  avant  notre  ère,  à  Zeus  Hypsistos,  c'est-à-dire 
au     Très     Haut,  dédoublement    sémitique    du    maître    de 
l'Olympe  grec.  Outre  ses  travaux  sur  le  terrain,  l'Ecole  a 
continué  aussi,  malgré  la  guerre,  à  publier  son  Bulletin  de 
correspondance    hellénique.   Le   premier   fascicule  de  191G 
contient  le  résumé  de  recherches  exécutées  par  elle  anté- 
rieurement, en  particulier  de  celles  qui  avaient   été  si  bien 
commencées  sur  la  côte  d'Asie,  près  de  l'antique  Colophon, 
là    où   s'élevait    autrefois   le  temple   oraculaire    d'Apollon 
Clarios,  recherches   qu'il  faudra   reprendre  après  la  guerre 
et    qui   avaient    déjà  justifié    les    plus    belles   espérances. 
Aujourd'hui,  nos  jeunes  archéologues   sont    presque   tous 
dans  notre  armée  d'Orient.  Leur  directeur  nous  a  dit  avec 
émotion  les  grands  services  qu'ils  y  rendent,  comme  inter- 
prètes, comme  guides  et  comme  chefs.  Il  nous  a  dit  aussi 
leur  belle  intrépidité  et  comment  l'un  d'eux,  le  lieutenant 
Charles  Avezou,  a  succombé,  il  y  a  quelques  mois,  en  Macé- 
doine, à  la  tête  de  sa    section  de  zouaves,  tandis  qu'il   fai- 
sait face  à   une   attaque    bulgare.  «  Sa  nature    généreuse, 
nous    écrivait-il,  sa    verve,  son    intelligence    le    rendaient 
populaire  partout   où  il  passait;...  les  Hellènes  reconnais- 
saient   en     lui   le    type     achevé    du    Français.  »  Ce  jeune 
homme,  en  effet,  était  de  ceux  en  qui  éclatent  les  meilleures 
qualités  de   notre   race;  il  la  faisait  aimer.  Il    n'aura  donc 
pas  vécu  inutilement. 


S06  SÉANCE   PUBLIQUE    ANNUELLE 

De  notre  Ecole  d'Extrême-Orient,  je  ne  dirai  que  quelques 
mots.  Privée  par  la  guerre  de  son  directeur  et  de  presque 
tout  son  personnel,  elle  a  trouvé  le  moyen  de  vivre,  c'est- 
à-dire  d'entretenir  là-bas,  dans  cette  lointaine  Indochine,  le 
bon  renom  de  la  France.  L'honneur  en  revient  au  directeur 
intérimaire,  M.  Finot,  et  à  ses  quelques  collaborateurs, 
particulièrement  à  MM.  Parmentier,  Henri  Maspero,  Mar- 
chai et  Gœdès.  Grâce  à  eux,  le  Bulletin  de  l'Ecole  a  con- 
tinué à  paraître,  et,  ce  qui  n'est  pas  moins  méritoire,  les 
travaux  de  déblaiement  et  de  recherches,  entrepris  à  Angkor 
et  sur  plusieurs  autres  points,  n'ont  pas  été  abandonnés. 
L  Ecole  a  eu  malheureusement  à  déplorer  la  mort  tragique 
de  M.  Gommaille,  conservateur  des  monuments  d'Angkor, 
assassiné  le  29  avril  1916.  Témoignage  douloureux  des 
dangers  qui  menacent  parfois  ces  missionnaires  de  la  science 
et  du  courage  tranquille  avec  lequel  ils  les  affrontent. 

Il  me  reste,  Messieurs,  un  triste  devoir  à  remplir.  J'ai  à 
rappeler,  en  terminant,  le  souvenir  de  ceux  de  nos  confrères 
que  nous  avons  eu  la  douleur  de  perdre  depuis  un  an. 

C'est  d'abord  un  des  plus  éminents  représentants  des 
études  de  grammaire  comparée,  Michel  Bréal.  Vous  enten- 
drez tout  à  l'heure  son  éloge,  qu'un  autre  de  nos  confrères 
disparus,  notre  regretté  Secrétaire  perpétuel,  Gaston  Mas- 
pero, avait  achevé  de  composer,  lorsque  lui-même  nous  fut 
enlevé.  L'hommage  qu'il  rendait  à  Michel  Bréal  vous  sera 
lu  dans  quelques  instants  par  celui  de  nos  confrères  qui  lui 
a  succédé  dans  ce  poste  d'honneur  et  de  confiance,  auquel 
l'appelaient  naturellement  sa  grande  renommée  d'épigra- 
phiste  et  la  haute  estime  qui  s'attache  à  son  caractère.  Je 
n'ai  donc  pas  à  remémorer  les  travaux  de  Bréal  ni  sa  vie  si 
bien  remplie.  Je  dois  seulement  inscrire  pieusement  son 
nom  dans  cet  hommage  collectif  à  nos  morts,  comme  celui 
d'un  des  savants  qui  nous  ont  fait  le  plus  d'honneur  et  qui 
ont  le  mieux  représenté  parmi  nous  quelques-unes  des  qua- 
lités vraiment  caractéristiques  de  l'esprit  français. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  507 

Le  15  avril  dernier,  la  mort  nous  enlevait  un  des  maîtres 
de  l'indianisme,  Auguste  Barth,  qui  avait  conservé,  dans 
l'extrême  vieillesse,  toutes  ses  remarquables  qualités.  Son 
Histoire  des  religions  de  l'Inde,  qui  avait  établi  sa  réputa- 
tion, restera  comme  un  monument  durable  d'une  science 
aussi  étendue  que  scrupuleuse,  d'une  intelligence  historique 
aussi  lucide  que  compréhensive.  Ce  grand  savant,  si  simple, 
si  modeste,  si  attable,  était  la  loyauté  personnifiée.  Il  ins- 
pirait à  la  fois  la  sympathie  et  le  respect.  Alsacien  de  nais- 
sance et  de  cœur,  il  est  mort  trop  tôt  pour  voir  se  réaliser 
le  vœu  le  plus  ardent  de  son  àme  de  patriote,  mais  il  est 
mort  plein  de  confiance  dans  la  victoire  libératrice. 

Moins  de  trois  mois  après,  le  30  juin,  c'était  celui  que  je 
viens  de  nommer  à  l'instant,  notre  cher  et  illustre  Secré- 
taire perpétuel,  Gaston  Maspero,  qui  succombait  au  milieu 
de  nous,  subitement,  pendant  notre  séance  hebdomadaire. 
Tout  le  monde  sait  avec  quelle  autorité  et  quel  éclat  il 
représentait  cette  science  d'origine  française,  l'égyptologie, 
dans  laquelle  il  s'est  montré  le  digne  successeur  de  Cham- 
pollion  et  de  Mariette.  Plus  tard,  il  conviendra  que  cette 
belle  existence,  si  active,  si  féconde  en  œuvres,  soit  expo- 
sée ici  et  louée  comme  elle  le  mérite.  Je  ne  peux  aujour- 
d'hui qu'en  résumer  en  quelques  mots  les  traits  essentiels. 
Doué  d'une  intelligence  curieuse  et  pénétrante,  d'un  esprit 
aussi  capable  d'observation  patiente  que  d'intuition,  d'une 
mémoire  excellente,  d'une  puissance  de  travail  presque 
invraisemblable,  Maspero  a  pu,  grâce  à  une  volonté  forte 
et  réfléchie,  mettre  à  profit  toutes  ses  facultés,  réaliser 
en  œuvres  tout  ce  qu'il  avait  conçu.  Professeur  au  Collège 
de  France,  il  y  a  continué  avec  honneur  l'enseignement 
d'Emmanuel  de  Rougé.  Historien  et  archéologue,  il  a 
écrit,  non  seulement  de  savants  mémoires  qui  ont  marqué 
autant  de  progrès  de  l'égyptologie,  mais  aussi  des  œuvres 
de  longue  haleine,  comme  sa  belle  Histoire  des  peuples 
de     l'Orient     classique,   monument     durable,  où    tant    de 


508  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

science  s  unit  à  un  remarquable  talent  d'exposition.  Là, 
comme  dans  ses  livres  de  vulgarisation  archéologique, 
il  a  fait  revivre  l'ancien  Orient,  l'Egypte  particulièrement, 
dont  il  a  décrit,  avec  une  si  vive  précision,  les  mœurs,  les 
idées,  les  monuments.  Directeur  de  l'Ecole  du  Caire  et  du 
Service  des  Antiquités  égyptiennes,  il  s'est  révélé  adminis- 
trateur excellent,  négociateur  habile,  organisateur  métho- 
dique de  travaux  et  de  recherches.  Les  fouilles  qu'il  a  exé- 
cutées personnellement,  comme  celles  dont  il  fut  l'inspira- 
teur, ont  été  l'occasion  de  découvertes  retentissantes.  Déga- 
geant du  sable  les  antiques  sanctuaires,  rendant  au  jour 
les  nécropoles  enfouies,  exhumant  parfois  les  vieux  rois 
eux-mêmes,  qui  dormaient  depuis  des  siècles  dans  leurs 
cachettes  souterraines,  il  apparaissait  de  loin  comme  une 
sorte  de  vainqueur  pacifique,  qui  reprenait  à  l'oubli  ce  qu'il 
avait  enseveli  et  le  rendait  à  l'histoire.  L'Europe  savante 
l'admirait,  la  France  était  fière  de  lui.  On  ne  savait  guère 
ce  que  cette  œuvre  glorieuse  lui  coûtait  de  peines  et  de 
fatigues,  ce  qu'il  y  mettait  de  dévouement  passionné  et 
comment  il  s'y  consumait  peu  à  peu.  Chaque  année,  nous 
le  voyions  revenir,  toujours  énergique,  toujours  aussi  décidé 
à  suivre  sa  voie  jusqu'au  bout.  Et  nous  le  retrouvions 
alors,  nous,  ses  confrères  et  ses  vieux  amis,  tel  que  nous 
l'avions  toujours  connu,  simple  et  familier,  portant  sans 
aucune  trace  d'ostentation  sa  renommée  qui  grandissait. 
Appelé  par  nos  suffrages  unanimes,  en  1912,  à  remplacer 
Georges  Perrot  comme  Secrétaire  perpétuel,  il  n'a  pu  rem- 
plir ces  fonctions  que  bien  peu  de  temps.  Il  nous  a  quittés 
prématurément,  usé  par  ses  longs  travaux,  mais  surtout 
frappé  au  cœur  par  la  mort  d'un  fils  qu'il  avait  lui-même 
orienté  dans  les  voies  de  la  sience  et  qui  a  donné  sa  vie  au 
champ  d'honneur  en  combattant  pour  la  France.  A  ce  nom, 
deux  fois  glorieux,  la  patrie  doit  un  souvenir  doublement 
reconnaissant. 

Le   mois  dernier,  nous  avons  vu   s'éteindre  un  de  nos 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  509 

membres  libres,  l'abbé  Henri  Thédenat.  Archéologue  et 
épigraphiste,  il  a  marqué  sa  place  dans  la  science  par  des 
études  qui  ont  obtenu  les  suffrages  des  meilleurs  juges  et 
où  l'érudition  précise  s'allie  à  la  clarté,  à  la  bonne  méthode. 
Il  était  connu  du  public  qui  voyage  et  qui  s'intéresse  aux 
choses  de  l'antiquité  par  des  ouvrages  sur  le  Forum  romain 
et  sur  Pompei,  qui  ont  eu,  l'un  et  l'autre,  les  honneurs 
d'une  réédition.  Il  les  avait  préparés  par  des  visites  répé- 
tées aux  lieux  célèbres  qu'il  voulait  faire  connaître.  Tout 
dans  ses  descriptions  avait  été  vu  et  vérifié  par  lui-même  ; 
et  il  savait,  en  s  aidant  des  témoignages  anciens,  évoquer, 
autour  des  vieux  monuments,  les  scènes  dont  ils  furent 
jadis  les  témoins.  Prêtre  de  l'illustre  congrégation  de  l'Ora- 
toire, il  l'a  honorée  par  sa  science,  par  son  talent,  par  ses 
vertus.  Il  fut  directeur  de  la  maison  de  Juilly  et  professeur 
à  l'Ecole  des  hautes  études  ecclésiastiques  du  collège 
Massillon.  Assailli  au  seuil  de  la  vieillesse  par  de  dures 
épreuves,  il  les  supporta  avec  la  douceur,  la  résignation 
sereine  qui  étaient  un  des  charmes  de  sa  nature.  Il  laisse 
parmi  nous  le  souvenir  d'un  homme  de  grand  mérite,  bon 
et  obligeant,  aussi  digne  d'estime  pour  son  caractère  que 
pour  son  grand  et  solide  savoir. 

Il  y  a  quelques  jours  seulement,  nous  rendions  les  der- 
niers devoirs  à  un  autre  de  nos  membres  libres,  au  marquis 
Melchior  de  Vogué,  mort,  à  quatre-vingt-sept  ans  passés, 
dans  la  pleine  possession  de  sa  forte  intelligence.  Peu 
d'existences  ont  été  plus  belles  que  la  sienne.  Descendant 
d'une  ancienne  et  illustre  famille,  il  a  tenu  à  justifier  sa 
noblesse  par  le  meilleur  emploi  de  ses  brillantes  facultés. 
Archéologue,  épigraphiste,  historien,  diplomate,  il  s'est 
honoré  lui-même  et  il  a  honoré  la  France  par  tout  ce  qu'il 
a  fait.  Il  était  entré  dans  notre  Compagnie  en  1808,  comme 
un  des  représentants,  ou  plutôt  comme  le  rénovateur  en 
France,  des  études  araméennes.  Pendant  de  longues  années, 
il  a  dirigé   la   publication  du  Recueil  des  inscriptions  sémi- 


SlO  SÉANCE    PUBLIQUE   ANNUELLE 

tiques  avec  une  science  égale  à  son  zèle.  Quand  le  pavs 
eut  besoin  de  lui  pour  représenter  et  défendre  ses  intérêts 
nationaux  en  Orient,  il  répondit  sans  hésiter  à  l'appel  qui 
lui  était  adressé  par  Thiers.  Ambassadeur  de  France  à 
Gonstantinople,  de  IS71  à  187.').  puis  à  Vienne,  de  187o  a 
1879.  il  rendit,  dans  cette  période  difficile,  les  plus  grands 
services.  Rentré  en  1879  dans  la  vie  privée,  il  manifesta, 
par  la  publication  des  Mémoires  de  Villars,  par  ses  études 
sur  cet  homme  de  guerre,  par  d'autres  travaux  encore  sur 
le  xviic  siècle,  un  rare  mérite  d'historien  et  d'écrivain. 
L'Académie  française  l'élut  en  1901  comme  successeur  du 
duc  Albert  de  Broglie.  Ses  dernières  années  ont  été  sur- 
tout consacrées  à  faire  le  bien.  Président  de  la  Société  des 
Agriculteurs  de  France,  de  la  Société  de  secours  aux  blessés, 
de  la  Croix  rouge  française,  il  se  multipliait  pour  ne  man- 
quer à  aucun  devoir.  Sa  bonté,  sa  simplicité  lui  attiraient 
l'affection  de  tous.  La  beauté  de  son  caractère  autant  que 
sa  science  et  son  talent  commandaient  le  respect  et  l'admi- 
ration. Il  n'y  a  pas  une  seule  ombre  dans  le  souvenir  que 
nous  gardons  de  ce  grand  serviteur  du  pays. 

Parmi  nos  correspondants  nationaux,  nous  avons  perdu 
récemment  M.  Auguste  Prudhomme,  archiviste  de  l'Isère, 
un  de  ces  savants  attachés  de  cœur  à  leur  province  natale 
et  qui  se  donnent  à  elle  tout  entiers.  Il  s'était  comme  con- 
sacré aux  archives  du  Dauphiné.  Il  a  beaucoup  fait  par  son 
activité,  par  son  dévouement  professionnel,  par  ses  publi- 
cations, pour  mettre  en  valeur  ces  documents  de  notre  his- 
toire. Le  pays  ne  doit  pas  être  indifférent  à  l'égard  de  ces 
excellents  travailleurs  qui  ne  veulent  rien  laisser  perdre  de 
son  passé. 

Ces  disparitions  plus  ou  moins  récentes,  s'ajoutant  à 
d'autres  qui  ont  été  déjà  rappelées  ici,  ont  laissé  parmi  nous 
des  vides  douloureux.  Ces  vides,  Messieurs,  nous  n'avons 
pas  pu  nous  décider  jusqu'ici  à  essayer  de  les  combler. 
Peut-être    attendrons-nous,  pour  le  faire,  que  la   France, 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  511 

victorieuse  et  rassérénée,  puisse  de  nouveau  se  livrer  sans 
trouble  aux  œuvres  fécondes  de  la  paix.  Il  nous  semble 
qu'en  cette  crise  si  longue  nous  sommes  semblables  à  des 
voyageurs  qui  stationneraient,  aux  dernières  heures  d'une 
nuit  d'orage,  en  attendant  l'aube.  Et  voici  déjà  que  nous  la 
voyons  blanchir  à  l'horizon.  Elle  va  se  lever  sur  le  monde, 
qui  s'étonnera  presque  de  vivre  encore,  après  cette  tempête 
et  ce  déluge  de  sang.  Elle  se  lèvera,  radieuse,  sur  une  huma- 
nité instruite  par  la  souffrance,  et  qui,  sans  doute,  déli- 
vrée des  puissances  malfaisantes,  sentira  le  besoin  de  se 
faire  à  elle-même  une  vie  meilleure  par  plus  de  justice  et 
plus  de  bonté.  Nous  aurons  alors  à  rassembler  nos  forces,  à 
nous  reconstituer  pour  l'œuvre  de  réparation  et  d'expan- 
sion. En  le  faisant,  nous  accomplirons  la  pensée  de  nos 
morts.  Tous,  ceux  qui  sont  tombés  dans  la  mêlée  comme 
ceux  qui  ont  consumé  leur  vie  dans  les  travaux  de  l'esprit, 
tous  indistinctement  ont  eu  en  vue  la  grandeur  de  la  France  ; 
tous  lui  ont  apporté  une  contribution  d'honneur  et  de 
beauté.  Il  s'agira,  pour  leur  être  fidèles,  de  la  faire  plus 
glorieuse  encore.  Le  rôle  magnifique  qu'elle  vient  de  jouer 
depuis  trois  ans,  l'a  comme  revêtue  d'une  splendeur  incom- 
parable. Elle  a  fait  la  guerre  malgré  elle;  elle  l'a  faite 
héroïquement.  Victorieuse,  elle  ne  tirera  pas  de  ses  succès 
un  vain  orgueil  ;  elle  ne  se  laissera  pas  enivrer  par  des 
ambitions  malsaines.  Mais,  parce  qu'elle  a  souffert  cruelle- 
ment pour  sa  liberté  et  pour  celle  des  autres,  elle  revendi- 
quera le  droit  de  travailler,  de  concert  avec  ceux  qui  ont 
comme  elle  le  culte  de  l'honneur  et  de  l'humanité,  à  la 
grande  œuvre  commune  de  réparation  et  de  progrès,  qui 
va  s'imposer  à  toutes  les  nations  civilisées. 


1916.  28 


512  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 


II.   JUGEMENT  DES   CONCOURS 


PRIX    DU    BUDGET    (2.000    fï.) 

L'Académie  avait  proposé,  pour  l'année  1916,  le  sujet  suivant  : 
Étudier  la  fabrication  et  le  commerce  des  draps  dans   une.    région 
de  la  France  au  moyen  âge. 

Aucun  mémoire  n'ayant  été  adressé  au  concours  sur  le  sujet  pro- 
posé, la  question  a  été  retirée  et  remplacée  par  la  suivante,  pour  le 
prix  ordinaire  à  décerner  en  1919  : 

Les  institutions  militaires,  en  France,  de  la  mort  de  Louis  XI  à  la 
findes  guerres  d'Italie  (1559). 

ANTIQUITÉS    DE    LA    FRANCE 

La  commission  des  Antiquités  de  la  France  a  attribué  : 
La  2e  médaille  (1.000  fr.)  à    M.Pierre    Gautier,  archiviste   de    la 
Haute-Marne,  pour  sou  mémoire  intitulé  :  Éludes  diplomatiques  sur 
les  actes  des  évêques  de  Langres,  du  VIIe  siècle  à  1 136. 

La  3e  médaille  (500  fr.)  à  M.  E.  Morel  pour  son  ouvrage  :  Le  plan 
d'Arras  en  1382. 

PRIX    DE    NUMISMATIQUE    DUCHALAIS       1 1.000   fY.) 

Le  prix  de  numismatique  fondé  par  Mme  veuve  Duchalais  (numis- 
matique du  moyen  âgei  a  été  décerné  à  M.  Adolphe  Dieudonné,  con- 
servateur adjoint  au  département  des  médailles  à  la  Bibliothèque 
nationale,  pour  son  Manuel  de  numismatique  française. 

PRIX  FONDÉ  PAR  LE  BARON  GOBERT  (10.000  fr.) 

pour  le  travail  le  plus  savant  et  le  plus  profond  sur  l'histoire 
de  France  et  les  études  qui  s'y  rattachent. 

L'Académie  a  décerné  le  premier  prix  à  M.  Roland  Delachenal, 
pour  le  tome  III  de  son  Histoire  de  Charles  V  ; 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  513 

Le  second  prix  à  M.  l'abbé  Dussert,  pour  son  ouvrage  sur  Les 
États  du  Dauphiné  aux  XIVe  et  XVe  siècles. 

prix  bordin  (3.000  fr.) 

La  commission  du  prix  Bordin,  réservé  cette  année  aux  ouvrages 
sur  l'Orient,  a  partagé  le  prix  entre  M.  E.  Fagnan,  pour  son  volume  : 
Mawerdi.  Les  statuts  gouvernementaux  ou  règles  de  droit  public  ; 

Et  M.  l'abbé  F.  Nau,  pour  ses  Ménologes  des  Évangéliaires  coptes- 
arabes  et  pour  son  ouvrage  sur  Animonas,  successeur  de  saint  Antoine. 

prix  louis  fould  (5.000  fr.) 

Ce  prix  biennal,  destiné  à  l'auteur  du  meilleur  ouvrage  sur  l'his- 
toire des  arts  du  dessin,  en  s'arrêtant  à  la  fin  du  xvie  siècle,  a  été 
partagé  de  la  façon  suivante  : 

1°  Un  prix  de  3.000  francs,  à  la  Société  française  de  reproduction 
de  manuscrits  à  peintures  ; 

2°  Une  récompense  de  1.300  francs  à  M.  de  Mély,  pour  son  ouvrage  : 
Les  Primitifs  et  leurs  signatures; 

3°  Une  récompense  de  500  francs  à  M.  Pierre  Gusman,  pour  son 
ouvrage  :  La  gravure  sur  bois  et  d'épargne  sur  métal,  du  XIVe  au 
XXe  siècle. 

PRIX    STANISLAS    JULIEN     (1.500    fr.) 

La  commission  du  prix  Stanislas  Julien  a  décerné  le  prix 
à  M.  Bernard  Karlgren,  docteur  de  l'Université  d'Upsal,  pour  son 
livre  en  français  intitulé  :  Études  sur  la  phonologie  chinoise. 

prix  delalande-guérineau  (1.000  fr.) 

Le  prix  Delalande-Guérineau  destiné,  cette  année,  à  récompenser 
le  meilleur  ouvrage  relatif  au  moyen  âge  ou  à  la  Renaissance,  a  été 
décerné  à  MM.  Bernard  et  Henri  Prost  pour  leur  ouvrage  intitulé  : 
Inventaires  des  ducs  de  Bourgogne. 

prix  de  la  grange  (1.000  fr.) 

La  commission  du  prix  de  La  Grange  (publication  du  texte  d'un 
poème  inédit  des  anciens  poètes  de  la  France)  a  décerné  le  prix  à 


:\\ï  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

M.  Jeanroy  pour  ses  deux  publications  intitulées  :  Les  Chansons  de 
Jaufré  Rudel  et  Les  Joies  du  Gay  Savoir,  et  pour  l'ensemble  de  ses 
publications  antérieures  d'anciennes  poésies  provençales. 

PRIX    DU    DUC    DE    LOUBAT    (3.000  fr.) 

Ce  prix,  destiné  au  meilleur  ouvrage  imprimé  concernant  l'his- 
toire, la  géographie,  l'ethnographie  et  la  linguistique  du  Nouveau 
Monde,  a  été  attribué  de  la  manière  suivante  : 

1°  Un  prix  de  2.500  francs  à  M.  Henry  Vignaud,  pour  son  ouvrage 
sur  Améric  Vespuce  ; 

2°  Une  récompense  de  500  francs  au  professeur  Callegari,  de 
Vérone,  pour  l'ensemble  de  ses  éludes  américaines. 

NOUVELLE  FONDATION  DE  M.  LE  DUC  DE  LOUBAT  (6.000  fr.) 

L'Académie  a  appelé,  cette  année,  six  personnes  au  bénéûce  de 
cette  fondation,  destinée  soit  à  venir  en  aide  aux  savants  momenta- 
nément arrêtés  dans  leurs  travaux  par  le  manque  de  ressources 
matérielles  ou  la  maladie,  soit  à  secourir  leurs  parents,  etc. 

PRIX    JOSEPH    SAINTOUR    (3.000    fr.) 

La  commission  du  prix  Saintour,  destiné  à  des  ouvrages  relatifs 
à  l'antiquité  classique,  a  partagé  le  prix  de  la  façon  suivante  : 

1°  1000  francs  à  M.  Graillot,  professeur  à  la  Faculté  des  .lettres 
de  Toulouse,  pour  son  ouvrage:  Le  culte  de  Cybèle  ; 

2°  800  francs  à  M.  F.  de  Labriolle,  professeur  à  l'Université  de 
Fribourg,  pour  son  ouvrage  :  La  crise  montaniste  ; 

3°  600  francs  à  M.  Edmond  Courbaud,  professeur  adjoint  à  la 
Sorbonne,  pour  son  ouvrage  sur  Horace  ; 

4°  600  francs  à  M.  P.  Noailles,  chargé  de  cours  à  la  Faculté  de 
droit  de  Grenoble,  pour  son  ouvrage  :  Les  collections  de  Novelles 
de  Justinien. 

PRIX    GABRIEL-AUGUSTE    PROST 

La  commission  du  prix  Auguste  Prost,  destiné  à  récompenser  les 
travaux  historiques  sur  Metz  et  les  pays  voisins,  a  accordé,  sur 
les  revenus  de  cette  fondation,  les  récompenses  suivantes  : 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  51") 

600  francs  à  M.  Duvernoy,  archiviste  de  Meurthe-et-Moselle, 
pour  son  ouvrage:  Les  actes  des  ducs  de  Lorraine  jusqu'au XIIe  siècle; 

600  francs  à  M.  Chevreux,  sous-préfet  de  Ribérac,  pour  son 
ouvrage  :  Les  institutions  communales  d'Epinal  sous  les  évêques  de 
Metz. 


PRIX    RAOUL    DUSEIGNEUR 

(fondé  par  Mme  la  marquise  Arconati-Visconti),  triennal,  3.000  fr. 

Mme  la  marquise  Arconati-Visconti  a  fait  don  entre  vifs,  à  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres,  de  la  somme  nécessaire  pour 
la  fondation  d'un  prix  triennal  de  3.000  francs  pour  être  décerné  à 
des  travaux  concernant  aussi  bien  l'art  et  l'archéologie  espagnols 
depuis  les  temps  les  plus  anciens  jusqu'à  la  fin  du  xvie  siècle,  que 
les  trésors  artistiques  ou  archéologiques  de  ces  mêmes  époques 
conservés  dans  les  collections  publiques  ou  privées  de  l'Espagne. 
Ce  prix  devra  porter  le  nom  de  Raoul  Duseigneur  pour  conserver 
la  mémoire  d'un  amateur  très  distingué,  qui  a  toujours  porté  un 
grand  intérêt  à  l'histoire  de  l'art  espagnol  qu'il  connaissait  à  fond. 

Conformément  au  désir  exprimé  par  Mme  la  marquise  Arconati- 
Visconti,  un  prix  extraordinaire  de  3.000  francs  devait  être  décerné, 
pour  la  première  fois,  en  1916  ;  il  l'a  été  à  M.  Leite  de  Vasconcellos, 
archéologue  et  professeur  à  l'Université  de  Lisbonne,  pour  l'en- 
semble de  ses  travaux  d'archéologie  hispanique. 

PRIX    THORLET   (4.000   fi*.) 

Les  revenus  de  cette  fondation  seront  employés  par  l'Institut  à  la 
distribution  de  prix  de  toute  espèce  :  prix  de  vertu,  prix  d'encoura- 
gement pour  des  œuvres  sociales  ou  d'érudition  s'occupant  d'histoire 
ou  d'art,  en  particulier  de  peinture... 

L'Académie  a  attribué  sur  les  revenus  de  la  fondation  : 

1°  Un  prix  de  i.500  fr.  à  M.  Eugène  Saulnier,  pour  l'ensemble  de 
ses  ouvrages  d'érudition  ; 

2°  Un  prix  de  1.000  francs  à  M.  Achille  Millien,  pour  ses  recherches 
sur  le  folk-lore  du  Nivernais; 

3°  Un  prix  de  1.000  francs  à  M.  Poitevin,  pour  ses  recherches  sur 
la  paléographie  et  la  calligraphie. 


516  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 


III.    EMPLOI     DES    REVENUS     DES     FONDATIONS 


FONDATION    PIOT 

L'Académie  a  attribué,  sur  les  arrérages  de  la  fondation,  les  sub- 
ventions suivantes: 

1.500  francs  à  M.  Merlin,  directeur  des  antiquités  et  arts 
de  la  Régence  de  Tunis,  pour  continuer  ses  fouilles  à  Thuhurbo 
Majus  ; 

3.000  francs  au  R.  P.  Delattre,  pour  continuer  son  exploration 
de  la  basilique  chrétienne  qu'il  a  découverte  récemment  à 
Carthage  ; 

2.000  francs  à  M.  Gsell,  pour  une  mission  épigraphique  en 
Algérie  ; 

2.000  francs  à  M.  le  Dr  Carton  pour  continuer  les  fouilles  de 
Bulla.  Régla. 


517 
IV.    DÉLIVRANCE    DES    DIPLOMES 


D  ARCHIVISTE    PALEOGRAPHE 


En  exécution  des  prescriptions  d'une  lettre  du  Ministre  de  l'ins- 
truction publique  en  date  du  2  février  1833,  l'Académie  déclare  que 
les  élèves  de  l'Ecole  des  Chartes  qui  ont  été  nommés  archivistes 
paléographes  par  arrêté  ministériel  du  21  avril  1916,  conformément  à 
la  liste  dressée  par  le  Conseil  de  perfectionnement  de  cette  École, 
sont  par  ordre  de  mérite  : 

1.  M.  Pierre  d'Espezel  ; 

2.  M.  Jacques  de  Pont-Réaulx. 


51  (S  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 


V.     ANNONCE     DES     CONCOURS 

DONT  LES  TERMES   EXPIRENT 
en    1917,  1918,   1919  et    1920. 


PHIX    ORDINAIRES    DE    l' ACADÉMIE 

L'Académie  rappelle  qu'elle  a  proposé  les  questions  suivantes  : 

1°  Pour  l'année  1917  : 

Etude  critique  et  bibliographique  de  la  Germanie  de  Tacite. 

2°  Pour  l'année  1918  : 

Etude  grammaticale  sur  une  des  langues  nouvellement  découvertes 
de  VAsie  centrale. 

L'Académie  propose,  en  outre,  pour  l'année  1919,  le  sujet  suivant  : 

Les  institutions  militaires  en  France,  de  la  mort  de  Louis  XI  à  la 
fin  des  guerres  d'Italie  (1559). 

Les  mémoires  sur  chacune  de  ces  questions  devront  être  déposés 
au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  1er  janvier  de  l'année  du  con- 
cours '. 

Chacun  de  ces  prix  est  de  la  valeur  de  deux  mille  francs. 

ANTIQUITÉS     DE    LA    FRANCE 

Trois  médailles,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs  la  première, 
mille  francs  la  deuxième,  et  cinq  cents  francs  la  troisième,  seront 
décernées  en  1917  aux  meilleurs  ouvrages  manuscrits  ou  publiés  dans 
le  cours  des  années  1915  et  1916  sur  les  antiquités  de  la  France,  qui 
auront  été  déposés  en  double  exemplaire,  s'ils  sont  imprimés,  au 
Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  1er  janvier  1917.  —  Les  ouvrages  de 
numismatique  ne  sont  pas  admis  à  ce  concours. 

Le  concours  est  annuel. 

1.  Voir  p.  433  les  Conditions  générales  des  concours. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  519 


PRIX    DE    NUMISMATIQUE 

I;  Le  prix  de  numismatique  fondé  par  M.  Allier  de  Hauteroche 
sera  décerné,  en  1917,  au  meilleur  ouvrage  de  numismatique  ancienne 
qui  aura  été  publié  en  1916. 

II.  Le  prix  de  numismatique  fondé  par  Mme  veuve  Duchalais  sera 
décerné,  s'il  y  a  lieu,  en  1918,  au  meilleur  ouvrage  de  numismatique 
du  moyen  âge  qui  aura  été  publié    en  1917. 

Chacun  de  ces  prix  est  de  la  valeur  de  mille  francs. 

Les  ouvrages,  pour  chacun  de  ces  prix,  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire,  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  1er  janvier  de 
l'année  du  concours. 

PRIX  FONDÉS  PAR  LE  BARON  GOBERT  (10.000  fr.) 

Pour  l'année  1917,  l'Académie  s'occupera,  à  dater  du  1er  janvier,  de 
l'examen  des  ouvrages  qui  auront  paru  depuis  le  1er  janvier  1916  et 
qui  pourront  concourir  aux  prix  annuels  fondés  par  le  baron  Gobert. 
En  léguant  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  la  moitié 
du  capital  provenant  de  tous  ses  biens,  après  l'acquittement  des  frais 
et  des  legs  particuliers  indiqués  dans  son  testament,  le  fondateur  a 
demandé  «  que  les  neuf  dixièmes  de  l'intérêt  de  cette  moitié  fussent 
proposés  en  prix  annuel  pour  le  travail  le  plus  savant  et  le  plus  pro- 
fond sur  l'histoire  de  France  et  les  études  qui  s'y  rattachent,  et  l'autre 
dixième  pour  celui  dont  le  mérite  en  approchera  le  plus;  déclarant 
vouloir,  en  outre,  que  les  auteurs  des  ouvrages  couronnés  continuent 
à  recevoir,  chaque  année,  leur  prix  jusqu'à  ce  qu'un  ouvrage  meilleur 
le  leur  enlève,  et  ajoutant  qu"il  ne  pourra  être  présenté  à  ce  concours 
que  des  ouvrages  nouveaux  ». 

Tous  les  volumes  d'un  ouvrage  en  cours  de  publication,  qui  n'ont 
point  encore  été  présentés  au  prix  Gobert,  seront  admis  à  concourir, 
si  le  dernier  volume  remplit  toutes  les  conditions  exigées  par  le  pro- 
gramme du  concours. 

Sont  admis  à  ce  concours  les  ouvrages  composés  par  des  écrivains 
étrangers  à  la  France. 

Sont  exclus  de  ce  concours  les  ouvrages  des  membres  ordinaires 
ou  libres  et  des  associés  étrangers  de  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres. 

L'Académie  rappelle  aux  concurrents  que,  pour  répondre  aux  inten- 
tions du  baron  Gobert,   qui  a  voulu   récompenser  les  ouvrages  les 


T)20  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

plus  savants  et  les  plus  profonds  sur  l'histoire  de  France  et  les  études 
qui  s'y  rattachent,  ils  doivent  choisir  des  sujets  qui  n'aient  pas  encore 
été  suffisamment  approfondis  par  la  science.  La  haute  récompense 
instituée  par  le  baron  Gobent  est  réservée  à  ceux  qui  agrandissent 
Le  domaine  de  la  science  en  pénétrant  dans  des  voies  inexplorées. 

Six  exemplaires  de  chacun  des  ouvrages  présentés  à  ce  concours 
devront  être  déposés  au  Secrétariat  de  l'Institut  (délibération  du  27 
mars  1840)  avant  le  Ie1'  janvier  1917,  et  ne  seront  pas  rendus. 

Ce  concours  est  annuel. 

prix  bordin  (3.000  fr.) 

M.  Bordin,  notaire,  voulant  contribuer  au  progrès  des  lettres,  des 
sciences  et  des  arts,  a  fondé,  par  son  testament,  des  prix  annuels  qui 
sont  décernés  par  chacune  des  cinq  classes  de  l'Institut. 

L'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  a  décidé  que,  à  partir 
de  l'année  1904,  le  prix  annuel  de  la  fondation  Bordin  sera  destiné  à 
récompenser  successivement,  tous  les  trois  ans,  des  ouvrages  rela- 
tifs :  1°  à  l'Orient;  2°  à  l'antiquité  classique;  3°  au  moyen  âge  ou  à 
la  Benaissance. 

En  conséquence,  le  prix  Bordin  sera  décerné  : 

En  1917,  au  meilleur  ouvrage  relatif  à  l'antiquité  classique  publié 
depuis  le  1er  janvier  1914; 

En  1918,  au  meilleur  ouvrage  relatif  au  moyen  âge  ou  à  la  Benais- 
sance publié  depuis  le  1er  janvier  1915  ; 

En  1919,  au  meilleur  ouvrage  relatif  aux  études  orientales  publié 
depuis  le  1er  janvier  1916. 

Deux  exemplaires  de  chacun  des  ouvrages  présentés  devront 
être  déposés  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  1er  janvier  de 
l'année  du  concours. 

PRIX    EXTRAORDINAIRE    BORDIN    (3.000    fr.) 

L'Académie  a  décidé  que  le  prix  extraordinaire  Bordin,  qui  est 
biennal,  sera  décerné  : 

En  1917,  au  meilleur  ouvrage  sur  le  sujet  suivant  : 

Étudier  les  relations  littéraires  de  la  France  et  de  l'Angleterre  pen- 
dant la  Guerre  de  Cent  ans. 

Dépôt  des  ouvrages  au  Secrétariat  de  l'Institut  avant  le  1er  jan- 
vier 1917. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  o2i 

L'Académie  décide,  en  outre,  que,  s'il  y  a  lieu,  c'est-à-dire  au  cas 
où  aucun  mémoire  ne  serait  déposé,  ou  encore  si  les  travaux  étaient 
insuffisants,  elle  admettra  exceptionnellement  au  concours  les 
ouvrages  manuscrits  ou  imprimés  relatifs  au  moyen  âge  ou  à  la 
Renaissance  parvenus  à  sa  connaissance. 

PRIX    LOUIS    FOULD    (5.000    fl\) 

.  Après  la  délivrance  du  prix  de  vingt  mille  francs,  fondé  par 
M.  Fould,  un  prix  biennal  de  cinq  mille  francs  a  pu  être  institué,  d'ac- 
cord avec  ses  héritiers,  sur  les  revenus  de  la  même  fondation,  en 
faveur  de  l'auteur  du  meilleur  ouvrage  sur  l'histoire  des  arts  du 
dessin,    jusqu'à  la  fin  du  xvie  siècle. 

Ce  prix  sera  décerné  en  1918. 

Les  ouvrages  imprimés  devront  être  écrits  ou  traduits  en  français 
ou  en  latin  et  déposés,  en  double  exemplaire,  au  Secrétariat  de 
l'Institut,  avant  le  1er  janvier  1918  '. 

PRIX    DE    LA    FONS-MÉLICOCQ    (1.800    fl\) 

Un  prix  triennal  de  dix-huit  cents  francs  a  été  fondé  par  M.  de 
La  Fons-Mélicocq,  en  faveur  du  meilleur  ouvrage  sur  l'histoire  et 
les  antiquités  de  la  Picardie  et  de  l'Ile-de-France  (Paris  non  compris). 

L'Académie  décernera  ce  prix,  s'il  y  a  lieu,  en  1917;  elle  choisira 
entre  les  ouvrages  manuscrits  ou  publiés  en  1914,  1915  et  1916,  qui 
lui  auront  été  adressés  en  double  exemplaire ,  s'ils  sont  imprimés, 
avant  le  1er  janvier  1917. 

prix  rrunet  (3.000  fr.) 

M.  Brunet,  par  son  testament  en  date  du  14  novembre  1867,  a 
fondé  un  prix  triennal  de  trois  mille  francs  pour  l'ouvrage  de  biblio- 
graphie savante  que  l'Académie  des  inscriptions  jugerait  le  plus 
digne  de  cette  récompense. 

L'Académie  décernera,  en  1918,  le  prix  au  meilleur  des  ouvrages 
de  bibliographie  savante  publiés  en  France  dans  les  trois  dernières 
années  et  dont  deux  exemplaires  auront  été  déposés  au  Secrétariat  de 
l'Institut  avant  le  1er  janvier  1918. 

1.  Par  décision  de  l'Académie  du  22  mai  1908,  les  ouvrages  manuscrits 
sont  exclus  de  ce  concours. 


o22  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

PRIX    STANISLAS  JULIEN    (1.500    fl\) 

Par  son  testament  en  date  du  26  octobre  1872,  M.  Stanislas  Julien, 
membre  de  l'Institut,  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres  une  rente  de  quinze  cents  francs  pour  fonder  un  prix 
annuel  en  faveur  du  meilleur  ouvrage  relatif  à  la  Chine. 

L'Académie  décernera  ce  prix  en  1917. 

Les  ouvrages  devront  être  déposés,  en  double  exemplaire,  au  Secré- 
tariat de  l'Institut,  avant  le  1er  janvier  1917. 

PRIX    DELALANDE-GUÉRINEAU    (1.000   fr.) 

Mme  Delalande,  veuve  Guérineau,  par  son  testament  en  date  du 
16  mars  1872,  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres 
une  somme  de  vingt  mille  francs  (réduite  à  dix  mille  francs),  dont  les 
intérêts  doivent  être  donnés  en  prix  tous  les  deux  ans,  au  nom  de 
Delalande-Guérineau,  à  la  personne  qui  aura  composé  l'ouvrage  jugé 
le  meilleur  par  l'Académie. 

L'Académie  décide  que  le  prix  Delalande-Guérineau  sera  décerné, 
en  1918,  au  meilleur  ouvrage  relatif  au  moyen  âge  ou  à  la  Renais- 
sance. 

Les  ouvrages  manuscrits  ou  publiés  depuis  le  1er  janvier  1916,  desti- 
nés à  ce  concours,  devront  être  déposés,  en  double  exemplaire,  s'ils 
sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut,  avant  le  1er  janvier  1918. 

PRIX    JEAN      REYNAUD        10.000    fr.) 

Mme  veuve  Jean  Reynaud  ,  «  voulant  honorer  la  mémoire  de  son 
«  mari  et  perpétuer  son  zèle  pour  tout  ce  qui  touche  aux  gloires  de 
«  la  France  »,  a,  par  un  acte  en  date  du  3  décembre  1878,  fait  dona- 
tion à  l'Institut  d'une  rente  de  dix  mille  francs,  destinée  à  fonder  un 
prix  annuel,  qui  doit  être  successivement  décerné  par  chacune  des 
cinq  Académies. 

Conformément  au  vœu  exprimé  par  la  donatrice,  «  ce  prix  sera 
«  accordé  au  travail  le  plus  méritant,  relevant  de  chaque  classe  de 
»   l'Institut,  qui  se  sera  produit  pendant  une  période  de  cinq  ans. 

«  Il  ira  toujours  à  une  œuvre  originale,  élevée,  et  ayant  un  carac- 
«   tère  d'invention  et  de  nouveauté. 

«  Les  membres  de  l'Institut  ne  seront  pas  écartés  du  concours. 

<<  Le  prix  sera  toujours  décerné  intégralement. 

«  Dans  le  cas  où  aucun  ouvrage  ne  paraîtrait  le  mériter  entière- 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 


323 


ment,  sa  valeur  serait  délivrée  à  quelque  grande  infortune  scienti- 
fique, littéraire  ou  artistique. 

«  Il  portera  le  nom  de  son  fondateur  Jean  Reynaud.  » 

L'Académie  aura  à  décerner  ce  prix  en  1920. 

PRIX    DE    LA    GRANGE    (1.000    fr.) 

M.  le  marquis  de  La  Grange,  membre  de  l'Académie,  par  son  tes- 
tament en  date  du  4  août  1871,  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres  une  rente  annuelle  de  mille  francs  destinée  à  fonder 
un  prix  annuel  en  faveur  de  la  publication  du  texte  d'un  poème 
inédit  des  anciens  poètes  de  la  France;  à  défaut  d'une  œuvre  inédite, 
le  prix  pourra  être  donné  au  meilleur  travail  sur  un  ancien  poète  déjà 
publié. 

Ce  prix  sera  décerné  en  1917. 

PRIX    DU    DUC    DE    LOUBAT    (3.000    fl\) 

M.  le  duc  de  Loubat,  membre  de  l'Institut  et  de  la  New-York  Hislo- 
rical  Society,  a  fait  don  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres 
d'une  rente  annuelle  de  mille  francs,  pour  la  fondation  d'un  prix  de 
trois  mille  francs,  qui  sera  décerné,  tous  les  trois  ans,  au  meilleur 
ouvrage  imprimé  concernant  l'histoire,  la  géographie,  Varchéologic, 
V ethnographie  et  la  linguistique  du  Nouveau  Monde. 

Ce  prix  sera  décerné  en  1919. 

Seront  admis  au  concours  les  ouvrages  publiés,  en  langue  latine, 
française  ou  italienne,  depuis  le  lePjanvier  1916. 

Les  ouvrages  présentés  à  ce  concours  devront  être  déposés  en 
double  exemplaire,  avant  le  1er  janvier  1919,  au  Secrétariat  de 
l'Institut. 

Le  lauréat,  outre  les  exemplaires  adressés  pour  le  concours,  devra 
en  délivrer  trois  autres  à  l'Académie,  qui  les  fera  parvenir,  un  au 
Columbia  Collège,  à  New- York,  le  deuxième  à  la  New-York  Hislorical 
Society  de  la  même  ville,  et  le  troisième  à  l'Université  catbolique  de 
Washington. 

NOUVELLE  FONDATION  DE  M.  LE  DUC  DE  LOUBAT  (6.000  fl\) 

Par  actes  du  20  octobre  1910  et  du  28  mars  1911,  M.  le  duc  de 
Loubat,  membre  de  l'Institut,  a  fait  donation  entre  vifs  à  l'Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres  de  deux  titres  de  rente  annuelle 
de   trois  mille  francs   chacun.    «  Cette  fondation,   dit   le  donataire, 


524  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

a  pour  objet  et  pour  but  de  parer  aux  difficultés  de  la  vie  maté- 
rielle qui  pourront  entraver  les  recherches  scientifiques,  soit  que 
ces  difficultés  refusent  les  loisirs  nécessaires  à  ceux  qui  voudraient 
s'engager  dans  cette  voie,  soit  qu'elles  leur  enlèvent  la  liberté 
d'esprit  dont  ils  ont  besoin,  qu'elles  les  troublent  par  les  inquié- 
tudes qu'ils  peuvent  concevoir  sur  le  sort  réservé  à  leur  vieillesse, 
ou  à  la  famille  qu'ils  risquent  de  laisser  après  leur  mort  dans 
une  situation  étroite  et  pénible.  En  conséquence,  les  fonds  pro- 
duits par  cette  Fondation  seront  attribués,  sous  telle  forme  qui 
sera  déterminée  par  l'Académie,  aux  études  qui  rentrent  dans  l'ordre 
de  celles  que  l'Académie  patronne  et  encourage.  Ils  serviront  aussi 
à  venir  en  aide  aux  savants  momentanément  arrêtés  dans  leurs  tra- 
vaux par  le  manque  de  ressources  matérielles  ou  par  la  maladie, 
ou  à  secourir  les  parents,  veuves,  ascendants,  descendants  ou  col- 
latéraux, que  la  position  précaire  ou  le  décès  de  ces  savants  laisse- 
rait dans  l'embarras.  » 

L'Académie  réalisera  en  1917  les  généreuses  intentions  du  dona- 
teur. 

FONDATION  JOSEPH    SAINTOUR    (3.000    fl\) 

L'Académie  rappelle  que  ce  prix,  de  la  valeur  de  trois  mille  francs, 
sera  décerné  dans  l'ordre  suivant  : 

En  1917,  au  meilleur  ouvrage  relatif  au  moyen  âge  ou  à  la  Renais- 
sance, publié  depuis  le  1er  janvier  1914  ; 

En  1918,  au  meilleur  ouvrage  relatif  aux  études  orientales  publié 
depuis  le  1er  janvier  1915  ; 

En  1919,  au  meilleur  ouvrage  relatif  à  l'antiquité  classique,  publié 
depuis  le  1er  janvier  1916. 

Seront  admis  au  concours  les  ouvrages,  manuscrits  ou  imprimés, 
d'auteurs  français. 

Les  ouvrages  destinés  à  ces  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire,  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  1er  janvier  de  Tannée  du  concours. 

PRIX      ESTRADE-DELCROS     (8.000     fr.) 

M.  Estrade-Delcros,  par  son  testament  en  date  du  8  février  1876, 
a  légué  toute  sa  fortune  à  l'Institut.  Le  montant  de  ce  legs  a  été, 
selon  la  volonté  du  testateur,  partagé,  par  portions  égales,  entre  les 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  525 

cinq  classes  de  l'Institut,  pour  servir  à  décerner,  tous  les  cinq  ans,  un 
prix  de  la  valeur  de    huit  mille  francs. 

Ce  prix  sera  décerné  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres,  en  1917,  à  une  œuvre  rentrant  dans  les  ordres  d'études 
dont  elle  s'occupe  et  publiée  dansles  cinq  années  précédentes. 

PRIX    DE    CHÉNIER    (2.000    IV.) 

Mme  Adélaïde-Élisa  Frémaux,  veuve  de  M.  Louis-Joseph-Gabriel 
de  Chénier,  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres 
une  somme  de  quatorze  mille  francs,  «  pour  le  revenu  être  donné 
«  en  prix,  tous  les  cinq  ans,  à  l'auteur  de  la  méthode  que  ladite 
«  Académie  aura  reconnue  être  la  meilleure,  la  plus  simple,  la  plus 
«  prompte,  la  plus  efficace  pour  l'enseignement  de  la  langue 
«  grecque  ». 

Par  suite  d'un  accord  survenu,  le  2  juillet  1909,  avec  les  héritiers 
de  la  fondatrice  du  prix,  il  a  été  ajouté  au  programme  ci-dessus  la 
clause  suivante  : 

((  A  défaut  d'un  ouvrage  répondant  exactement  aux  termes  de  la 
«  fondation,  l'Académie  pourra  donner  le  prix  à  l'ouvrage  qui  lui 
«  paraîtra  être  le  plus  utile  à  l'étude  de  la  langue  et  de  la  littérature 
«  grecques,  pourvu  qu'il  ait  été  publié  dans  les  quatre  années  qui 
«  seront  écoulées  depuis  que  ce  prix  aura  été  décerné.  » 

L'Académie  décernera  ce  prix  en  1919. 

PRIX    JEAN-JACQUES    BERGER    (15.000    fl\) 

Le  prix  Jean-Jacques  Berger,  de  la  valeur  de  quinze  mille  francs, 
à  décerner  successivement  par  les  cinq  Académies  «  à  l'œuvre  la  plus 
méritante  concernant  la  ville  de  Paris  »,  sera  attribué  par  l'Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres  en  1918. 

PRIX    GABRIEL-AUGUSTE    PROST    (1.200    fr.) 

M.  Gabriel-Auguste  Prost,  membre  de  la  Société  des  Antiquaires 
de  France,  par  testament  olographe  du  7  février  1894,  a  légué  à 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  une  rente  de  douze 
cents  francs,  pour  la  fondation  d'un  prix  annuel  à  décerner  à  l'auteur 
français  d'un  travail  historique  sur  Metz  et  les  pays  voisins. 


*»2fi  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

L'Académie  décernera  ce  prix  en  1917. 

Les  ouvrages  destinés  à  ce  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  1er  janvier  1917. 

PIUX    DU    BARON    DE    JOEST      2.000   IV.) 

Ce  prix,  de  la  valeur  de  deux  mille  francs,  à  décerner  successive- 
ment par  les  cinq  Académies  «à  celui  qui,  dans  l'année,  aura  fait  une 
découverte  ou  écrit  l'ouvrage  le  plus  utile  au  bien  public  »,  sera  at- 
tribué par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  en  1920. 

Les  ouvrages    destinés  à  ce   concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de    l'Institut 
avant  le  1er  janvier  1920. 

PRIX    DU    BARON    DE    COURCEL    |  2.400    h.) 

Ce  prix,  de  la  valeur  de  deux  mille  quatre  cenfs  francs,  à  décerner 
successivement  par  l'Académie  française,  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres  et  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques, 
est  destiné  à  récompenser  «  une  œuvre  de  littérature,  d'érudition 
ou  d'histoire  qui  sera  de  nature  à  attirer  l'intérêt  public  sur  les 
premiers  siècles  de  l'histoire  de  France  (époque  mérovingienne  ou 
carlovingienne)  ou  à  populariser  quelque  épisode  de  cette  histoire, 
depuis  l'origine  rudimentaire  des  tribus  franques  jusqu'aux  environs 
de  l'an  1000». 

Ce  prix  sera  décerné  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres  en  1919. 

Les  ouvrages  destinés  à  ce  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  1er  janvier  1919. 

L'Académie  se  réserve  d'introduire,  s'il  y  a  lieu,  les  candidatures 
d'auteurs  dont  les  ouvrages  n'auraient  pas  été  présentés. 

PRIX    HONORÉ    CHAVÉE    (1.800    fr.) 

Ce  prix  biennal,  de  la  valeur  de  dix-huit  cents  francs,  institué  par 
Mme  veuve  Honoré  Chavée,  est  destiné  à  encourager  des  travaux  de 
linguistique  et  spécialement  des  recherches,  missions  ou  publica- 
tions   relatives    aux    langues  romanes. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  527 

Ce  prix,  de  la  valeur  de  dix-huit  cents  francs,  sera  décerné  en  1917. 

PRIX    LEFÈVRE-DEUMIER    (20.000  fl\) 

Ce  prix,  d'une  valeur  de  vingt  mille  francs,  sera  décerné  tous  les 
dix  ans  par  l'Académie.  Suivant  le  vœu  du  testateur,  il  doit  être  attri- 
bué «  à  l'ouvrage  le  plus  remarquable  sur  les  mythologues,  philoso- 
pbies  et  religions  comparées  ». 

Le  prix  sera  décerné,  pour  la  deuxième  fois,  en  1918. 

Les  ouvrages  étrangers  traduits  en  français  seront  admis  à  prendre 
part  au  concours. 

Les  ouvrages  présentés  devront  être  postérieurs  à  l'année  1908. 

FONDATION    PAUL    BLANCIIET 

M.  R.  Cagnat,  membre  de  l'Institut,  a  fait  don  à  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles-leltres,  au  nom  du  Comité  du  monument 
Blanchet,  d'une  somme  de  six  cents  francs,  reliquat  de  la  souscription 
ouverte  pour  élever  un  monument  à  Paul  Blanchet,  mort  à  Dakar 
(Sénégal)  au  cours  d'une  expédition  scientifique.  Les  arrérages  de 
cette  somme  serviront  à  fonder  une  médaille  qui  sera  attribuée  à 
une  découverte  relative  à  l'histoire,  la  géographie  ou  l'archéologie 
de  l'Afrique  du  Nord. 

PRIX    DE    NUMISMATIQUE    ORIENTALE    (1.200    fl\) 

M.  Edmond  Drouin  a,  par  ses  testament  et  codicille  olographes 
des  10  avril  1889  et  17  janvier  1899,  légué  à  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres  une  rente  annuelle  de  trois  cents  francs,  pour 
fonder  un  prix  qui  sera  décerné,  tous  les  quatre  ans,  au  meilleur  tra- 
vail, manuscrit  ou  imprimé,  sur  la  numismatique  orientale,  quelle 
que  soit  la  nationalité  de  l'auteur.  Ce  prix,  qui  pourra  être  partagé, 
sera  décerné  en  1918. 

Les  ouvrages  destinés  à  ce  concours  devront  être  déposés,  en 
double  exemplaire  s'ils  sont  imprimés,  au  Secrétariat  de  l'Institut, 
avant  le  1er  janvier  1918. 

prix  henri  lantoine  (500  fr.) 
Mlle  Louise-Bérengère-Marthe  Lantoine  a  fait  donation  entre  vifs  à 

1916  29 


528  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  d'une  somme  de  cinq 
cents  francs  pour  être  attribuée,  sous  forme  d'un  prix  une  fois  donné, 
à  l'auteur  d'un  travail  sur  Virgile  [étude  ou  édition),  écrit  de  préfé- 
rence en  latin,  quelle  que  soit  la  nationalité  de  l'auteur.  Ce  prix  por- 
tera le  nom  de  Henri  Lantoine,  frère  de  la  donatrice.  Il  sera  décerné, 
s'il  y  a  lieu,  en  1917. 

Dépôt  des  ouvrages  au  Secrétariat  de  l'Institut,  en  double  exem- 
plaire, avant  le  1er  janvier  1917. 

prix  raoul  duseigneur  (triennal,  3.000  fr.) 

Mrae  la  marquise  Arconati-Visconti  a  fait  don,  entre  vifs,  à  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres,  de  la  somme  nécessaire  pour 
la  fondation  d'un  prix  triennal  de  trois  mille  francs,  portant  le  nom 
de  Raoul  Duseigneur,  et  destiné  à  récompenser  des  travaux  concer- 
nant aussi  bien  l'art  et  l'archéologie  espagnols  depuis  les  temps  les 
plus  anciens  jusqu'à  la  fin  du  xvie  siècle  que  les  trésors  artistiques  ou 
archéologiques  de  ces  mêmes  époques  conservés  dans  les  collections 
publiques  ou  privées  de  l'Espagne. 

Ce  prix  sera  décerné  en  1919. 


PRIX    THORLET    (4.000   fr.) 

Les  revenus  de  cette  fondation  doivent  être  employés  par  l'Institut 
à  la  distribution  de  prix  de  toute  espèce  :  prix  de  vertu,  prix  d'en- 
couragement pour  des  œuvres  sociales  ou  d'érudition,  etc. 

L'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  en  ce  qui  la  con- 
cerne, attribuera,  en  1917,  divers  prix  suivant  le  programme  précité. 


FONDATION    AUGUSTE    PELLECHET    (9.000  fr.) 

MlleMarie-Léontine-Catherine  Pellechet,  aux  termes  de  son  testa- 
ment du  1er  janvier  1909,  a  légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres  une  somme  de  trois  cent  mille  francs  :  «  Les  intérêts 
de  cette  somme,  dit  la  testatrice,  devront  être  employés  à  conser- 
ver les  monuments  existant  en  France  et  aux  colonies  qui  présen- 
tent un  intérêt  historique  ou  archéologique. 


SÉANCE    PUBLIQUE  ANNUELLE 


529 


«  Chaque  année,  une  commission  sera  nommée,  comprenant  les 
membres  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  auxquels 
on  adjoindra  des  architectes  de  l'Académie  des  beaux-arts,  dont  le 
nombre  ne  devra  jamais  être  inférieur  au  quart  des  membres  de  la 
commission. 

<(  Cette  commission  sera  chargée  de  centraliser  les  demandes 
faites  par  les  municipalités  et  même  les  particuliers  pour  obtenir  un 
secours  afin  de  consolider  un  monument.  Ces  secours  devront  être 
consacrés  surtout  à  empêcher  la  ruine  ou  la  détérioration  du  ou  des 
monuments,  et  non  à  la  restauration  générale  de  ces  monuments... 

«  Cette  fondation  prendra  le  nom  de  Fondation  Auguste  Pellechet, 
en  souvenir  de  mon  père  qui  m'a  donné  le  goût  des  arts  et  les  moyens 
de  fonder  cette  rente.  » 

Mlle  Catherine-Hélène-Dorothée  Pellechet,  usufruitière  de  ce  legs, 
étant  décédée  le  30  juin  1916,  l'Académie  est  entrée  depuis  cette 
date  en  possession  dudit  legs. 

La  fondation  recevra  pour  la  première  fois  son  application  en  1917. 

fondation  garnier  (15.000  fr.  de  revenu) 

M.  Benoit  Garnier,  par  son  testament  en  date  du  11  avril  1883,  a 
légué  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  la  totalité  de 
ses  biens  (legs  réduits  d*un  tiers  en  faveur  des  héritiers,  par  décret  du 
27  septembre  1884).  Les  intérêts  du  capital  résultant  de  la  liquida- 
tion de  la  succession  doivent  être  affectés,  chaque  année,  «  aux  frais 
d'un  voyage  scientifique  à  entreprendre  par  un  ou  plusieurs  Français, 
désignés  par  l'Académie,  dans  l'Afrique  centrale  ou  dans  les  régions 
de  la  Haute  Asie  ». 

L'Académie  disposera,  en  1917,  des  revenus  de  la  fondation  selon 
les  intentions  du  testateur. 

fondation  piot  (17.000  fr.  de  revenu) 

M.  Eugène  Piot,  par  son  testament  en  date  du  18  novembre  1889, 
a  léo-ué  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  la  totalité  de 
ses  biens.  Les  intérêts  du  capital  résultant  de  la  liquidation  de  la 
succession  doivent  être  affectés,  chaque  année,  «à  toutes  les  expédi- 
tions, missions,  voyages,  fouilles,  publications  que  l'Académie  croira 
devoir  faire  ou  faire  exécuter  dans  l'intérêt  des  sciences  historiques 


530  SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE 

ou  archéologiques,  soit  sous  sa  direction  personnelle  par  un  ou  plu- 
sieurs de  ses  membres,  soit  sous  celle  de  toutes  autres  personnes 
désignées  par  elle  ». 

L'Académie  a  décidé  qu'il  sera  réservé,  chaque  année,  sur  les 
revenus  de  la  fondation,  une  somme  de  six  mille  francs  pour  la 
publication  d'un  recueil  qui  porte  le  titre  suivant  :  Fondation  Piot. 
Monuments  et  Mémoires  publiés  par  l'Académie  des  inscriptions  cl 
belles-lettres. 

L'Académie  disposera,  en  1917,  du  surplus  des  revenus  de  la  fon- 
dation selon  les  intentions  du  testateur. 

fondation  dourlans  (43.000  francs  de  revenu). 

M.  L.-G.  Dourlans  a,  par  son  testament  du  24  octobre  1899,  légué 
toute  sa  fortune  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  pour 
être  employée  en  faveur  des  études  dont  celle-ci  s'occupe.  La  guerre 
ayant  atteint  momentanément  les  revenus  de  cette  fondation,  l'Aca- 
démie ne  saurait  compter,  pour  1917,  sur  cette  source  de  revenus. 

FONDATION    LOUIS    DE    CLERCQ 

Mme  De  Clercq  et  M.  le  comte  de  Boisgelin  ont  fait  donation,  entre 
vifs,  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  d'une  somme 
d'environ  deux  cent  mille  francs,  représentée  par  huit  actions  de  la 
Société  des  mines  de  houille  de  Dourges  (Pas-de-Calais),  dont  les 
revenus  seront  affectés  à  continuer  la  publication,  commencée  par 
feu  M.  De  Clercq,  du  catalogue  de  sa  collection  d'antiquités  et  de 
médailles.  Après  l'achèvement  du  catalogue,  qui  devra  être  terminé 
dans  un  délai  maximum  de  dix  ans,  les  revenus  devront  être 
employés  à  subventionner  des  publications  relatives  à  l'archéologie 
orientale. 

Le  Cataloa-ue  ayant  été  terminé  dans  le  courant  de  l'année  1912, 
l'Académie  aurait  dû  disposer  du  revenu  de  la  fondation  en  191  < 
pour  subventionner  des  publications  relatives  à  l'archéologie  orien- 
tale :  le  rendement  des  mines  de  Dourges  étant  momentanément 
arrêté  par  la  guerre,  la  fondation  est,  pour  le  moment,  sans  effet. 


SÉANCE    PUBLIQUE    ANNUELLE  531 

CONDITIONS   GÉNÉRALES 

DES    CONCOUBS 


Les  ouvrages  envoyés  aux  différents  concours  ouverts  par  l'Acadé- 
mie devront  parvenir,  francs  de  port  et  brochés,  au  Secrétariat  de 
l'Institut,  avant  le   Ier  janvier  de  l'année  où  le  prix  doit  être  décerné. 

Ceux  qui  seront  destinés  aux  concours  pour  lesquels  les  ouvrages 
imprimés  ne  sont  point  admis,  devront  être  écrits  en  français  ou  en 
latin.  Ils  porteront  une  épigraphe  ou  devise,  répétée  dans  un  billet 
cacheté  qui  contiendra  le  nom  de  l'auteur.  Les  concurrents  sont  pré- 
venus que  tous  ceux  qui  se  feraient  connaître  seront  exclus  du  con- 
cours ;  leur  attention  la  plus  sérieuse  est  appelée  sur  cette  disposi- 
tion. 

L'Académie  ne  rend  aucun  des  ouvrages  imprimés  ou  manuscrits 
qui  ont  été  soumis  à  son  examen  ;  les  auteurs  des  manuscrits  ont  la 
liberté  d'en  faire  prendre  des  copies  au  Secrétariat  de  l'Institut. 

Le  même  ouvrage  ne  pourra  pas  être  présenté  en  même  temps  à 
deux  concours  de  l'Institut. 

Nul  n'est  autorisé  à  prendre  le  titre  de  Lauréat  de  l'Académie  s'il 
n'a  été  jugé  digne  de  recevoir  un  prix  ou  l'une  des  médailles  du  con- 
cours des  Antiquités  de  la  France. 

Les  personnes  qui  ont  obtenu  des  récompenses  ou  des  mentions 
ou  bénéficié  des  fondations  ci-dessus  n'ont  pas  droit  au  titre  de 
lauréat. 

Le  montant  des  sommes  annoncées  pour  les  prix  n'est  signalé  qu'à 
titre  d'indications  subordonnées  aux  variations  du  revenu  des  fonda- 
tions. 


LA    BATAILLE    DE    KOSOVO 

ET 

LA    CHUTE    DE   L'EMPIRE    SERBE 

PAR 

M.  LOUIS    LEGER 

MEMBRE     DE     l'aCADEMIE 


I 

A  la  fin  du  xive  siècle,  la  nouvelle  des  événements  accom- 
plis dans  la  Péninsule  balkanique  mettait  de  longues 
années  avant  d'arriver  en  Occident.  Si  Ion  en  croit  la  chro- 
nique dite  du  «  Religieux  de  Saint-Denis  »  l,  c'est  seule- 
ment au  mois  de  juillet  1395  que  fut  apporté  à  Paris  le 
récit  de  la  bataille  de  Kosovo  qui  avait  eu  lieu  au  mois  de 
juin  1389;  et  sous  quelle  forme  arrivait  ce  récit  ! 

Il  était  apporté  à  Paris  par  des  ambassadeurs  vénitiens. 
Ils  racontaient,  sans  préciser  la  date,  que  le  sultan  des 
Turcs,  appelé  Lamorat,  avait  amené  à  travers  la  Valachie 
et  la  Bulgarie,  qui  étaient  devenues  des  provinces  de  son 
empire-,  une  armée  colossale,  une  armée  si  formidable 
qu'on  eût  cru  qu'il  se  flattait  de  soumettre  toute  la  chré- 
tienté. 

A  la  nouvelle  de  son  arrivée,  le  roi  de  Hongrie  —  qui, 
notons-le  immédiatement,  n'a  pris  aucune  part  à  la  journée 

1.  Collection  des  Documents  inédits,  tome  III,  livre  xvi,  p.  389. 

2.  Ceci  est  absolument  inexact. 


.*'>:{  \  LA    BATAILLE    DE    KOSOVO 

de  Kosovo  —  rassemble  une  armée,  dont  l'avant-garde  est 
aussitôt  écrasée  par  les  envahisseurs.  Mais  il  ne  perd  pas 
courage. 

«  Braves  compagnons,  dit-il  à  ses  soldats,  mettons  notre 
espoir  en  Jésus-Christ.  Il  n'a  jamais  failli  à  ceux  qui  ont 
espéré  en  lui.  »  Les  chrétiens,  encouragés  par  ses  paroles, 
se  jettent  sur  l'ennemi  et  combattent  avec  acharnement. 
Parmi  eux,  le  roi  se  distingue  par  sa  valeur.  Les  barbares 
furent  enfin  vaincus,  et  ainsi  s'accomplit,  par  la  main  des 
chrétiens,  la  vengeance  que  le  ciel  devait  tirer  de  cette 
nation  sacrilège. 

Le  dit  Lamorat  et  son  fils  restèrent  sur  le  champ  de 
bataille  avec  cent  mille  des  leurs.  Les  survivants  s'en- 
fuirent. Le  roi  de  Hongrie  avait  juré  de  vaincre  ou  de  mou- 
rir. Rien  ne  put  le  faire  renoncer  à  sa  résolution. 

Le  roi  de  France  apprit  avec  joie  la  nouvelle  de  ce 
succès  des  chrétiens.  Il  alla  le  lendemain  rendre  grâces  à 
Dieu  dans  l'église  Notre-Dame  de  Paris  avec  ses  oncles  et 
les  grands  du  royaume  et  y  fit  célébrer  dévotement  une 
messe  solennelle  au  Saint-Esprit. 

Voilà  ce  que  Ton  savait  en  France  de  la  bataille  de 
Kosovo,  six  années  après  la  fatale  journée.  On  savait  que 
le  sultan  Mourad  avait  été  tué  et,  comme  on  avait  des  idées 
très  vagues  sur  les  Slaves  balkaniques,  on  substituait  au 
tsar  Lazare  un  roi  de  Hongrie.  Au  fond,  cette  confusion 
n'était  pas  bien  extraordinaire.  Jusqu'à  ces  dernières 
années,  nous  avons  toujours  été  assez  ignorants  des  popu- 
lations du  Danube  et  du  Balkan. 

A  ce  roman  de  nos  ancêtres,  essayons  de  substituer  la 
réalité. 

Au  lendemain  de  la  mort  du  tsar  serbe  Douchan  (1355) 
qui  avait  porté  à  son  apogée  la  puissance  de  sa  nation  et 
qui  s'intitulait  souverain  autocrate  des  Serbes,  des  Grecs, 
des  Bulgares  et  des  Albanais,  les  Turcs  s'établissaient  à 
Gallipoli  (1357).  Douchan  avait  bien  créé  un  empire  assez 


LA    BATAILLE    DE    KOSOVO  535 

vaste,  mais  cet  empire  était  peu  homogène.  Il  n'avait  pas 
eu  le  temps  de  le  consolider.  A  sa  mort,  ses  Etats  furent 
partagés  entre  son  frère  Siméon  et  son  fils  Ouroch.  C'eût 
été  le  moment  d'unir  toutes  les  forces  des  Slaves  balka- 
niques et  des  Grecs  contre  l'invasion  ottomane.  Mais  ces 
nations  ne  surent  pas  s'entendre  pour  concentrer  leurs 
efforts. 

Le  26  septembre  1371,  le  roi  Vlkachin  (Voukachin)  et 
le  despote  Ougliecha  de  Sérès  furent  défaits  sur  la  Maritsa, 
à  Kermianon  (le  Tchirmen  des  Turcs,  le  Tchernomien  des 
Bulgares).  Tous  deux  périrent  et  leurs  corps  ne  furent 
même  pas  retrouvés.  Le  fils  de  Voukachin.  Marko,  le  légen- 
daire Marko  Kralievitch  l,  devient  un  vassal  des  Turcs.  Les 
chants  serbes  qui  le  célèbrent  longuement  ne  dissimulent 
point  cette  vassalité. 

Au  lieu  de  se  concentrer  sous  un  seul  souverain,  les 
Serbes  se  divisent  de  plus  en  plus.  A  la  mort  d 'Ouroch, 
le  dernier  des  Xemanides,  Lazare  Hrbelianovitch,  qui  avait 
épousé  une  princesse  de  cette  dynastie,  prend  le  titre  de 
prince,  Marko  celui  de  roi.  Le  ban  de  Bosnie  Tvrdko  se 
proclame  re.r  Bnsciœ,  Bosnise,  maritim  or  unique  portuum. 
Georges  Balchitch  règne  à  Prizren.  Lazare  essaye  de  s'en- 
tendre avec  les  Ottomans,  movennant  un  tribut  annuel  de 
mille  livres  d'argent,  et  en  mettant  à  leur  service  un  contin- 
gent de  mille  cavaliers.  En  1382,  les  Turcs  s'emparent  de 
Sofia,  en  1380  de  Yiddin.  L'année  suivante,  Lazare  réussit 
à  les  repousser  devant    Plotchnick,  sur  la  rivière  Toplitsa. 

Cette  défaite,  la  seule  que  les  Osmanlis  aient  éprouvée 
de  la  part  des  Slaves  balkaniques,  allait  être  cruellement 
vengée  par  le  désastre  de  Kosovo  polie. 

Kosovo  polie  veut  dire  le  Champ  des  merles  et  c'est 
ainsi  que  L'interprètent  les  textes  latins  du  moyen  âge  :  Cam- 

1.  Dont  j'ai  étudié  L'histoire  et  la  légende  dans  un  volume  de  la  Biblio- 
thèque slave  (librairie  Leroux  . 


."130  f.A    BATAILLE    DE    KOSOVO 

pus  merularum;  Amschclfcld,  Amselfeld,  traduisent  les 
Allemands.  C'est  une  vallée,  un  ancien  bassin  d'alluvion, 
orienté  du  Nord-Ouest  au  Sud-Est,  d'environ  cinquante 
kilomètres  de  longueur  sur  vingt  de  largeur,  qui  s'étend 
au  Nord  de  la  ville  de  Prichtina.  Cette  vallée  représente 
un  ancien  fond  lacustre  dont  la  partie  la  plus  basse  est  à 
550  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  Elle  est  fermée 
au  Sud  par  le  mont  Char  et  traversée  dans  toute  sa  lon- 
gueur par  le  cours  de  la  Sitnitsa,  rivière  qui  va  se  jeter 
dans  Tlbar,  affluent  de  la  Morava  occidentale.  Les  localités 
sont,  outre  Prichtina,  siège  d'un  vilayet,  Voutchi  ïrn  1  et 
Mitrovitsa.  Les  rois  serbes,  qui  n'avaient  point  de  résidence 
fixe,  ont  souvent  résidé  ici  dans  des  châteaux,  notamment 
sur  les  flancs  du  Char  Planina.  La  vallée  s'allonge  au  croi- 
sement des  routes  qui  menaient  de  Constantinople  à  la 
Bosnie  et  à  l'Adriatique,  et  de  Salonique  au  Danube.  Elle 
devait  être  nécessairement  le  point  de  rencontre  et  le 
champ  de  bataille  des  nations. 

En  1072,  les  Byzantins  y  repoussèrent  une  attaque  des 
Serbes  et  des  Bulgares.  De  1091  à  1091,  Alexis  Comnène 
v  tint  les  Serbes  en  échec.  Vers  1180,  le  grand  joupan 
serbe  Etienne  Nemania  y  vainquit  ses  frères  et  leurs  alliés, 
les  Bvzantins. 

Après  la  bataille  qui  fait  le  sujet  de  cette  étude,  la  plaine 
de  Kosovo  fut  encore  le  théâtre  de  sanglants  engagements. 
En  1448,  quatre  ans  après  le  désastre  de  Varna,  Jean 
Hunyade,  gouverneur  de  la  Hongrie,  entreprit  une  expédi- 
tion contre  les  Ottomans.  Il  rencontra  le  sultan  Mourad  II 
dans  la  plaine.  L'action  s'engagea  le  18  octobre  et  dura 
trois  jours  entiers.  Les  Turcs  furent  vainqueurs  et  17.000 
chrétiens  perdirent  la  vie.  Un  certain  nombre  d'entre  eux 
réussirent  à  s'échapper  dans  la  direction  de  l'Ouest  et  trou- 
vèrent un  asile  à  Raguse. 

I.  Prononcez  «  tern  ».  Ce  mol  veut  dire  «  Tépine  du  loup  ». 


LA    BATAILLE    DE    KOSOVO  ."»37 

Avec  le  xvne  siècle,  c'est  l'armée  autrichienne  qui  entre 
en  scène.  En  1689,  Piccolomini  occupe  Prichtina  et  Prizren. 
L'année  suivante,  les  Impériaux  sont  battus  et  obligés  de 
se  replier  sur  Nich.  En  1831,  une  rencontre  eut  encore  lieu 
entre  les  Turcs  et  les  Musulmans  de  Bosnie,  insurgés  contre 
les  réformes  du  sultan  Mahmoud.  Ils  furent  défaits  par  le 
général  Kara  Moustapha. 

La  bataille  de  1389  eut  lieu  le  jour  de  la  Saint- Vid  ou 
saint  Guv  (Vidov  Dan).  En  laissant  de  côté  tous  les  orne- 
ments, tous  les  hors-d'œuvre  dont  l'a  parée  la  poésie  popu- 
laire, elle  peut  se  résumer  ainsi. 

Au  cours  de  l'année  1389,  le  sultan  entreprit  en  per- 
sonne une  campagne  contre  les  Serbes.  Il  était  accompagné 
de  ses  deux  fils  Bavezid  et  Jakoub,  de  son  vizir  Ali  Pacha 
et  des  plus  célèbres  généraux  de  son  armée  ',  Timon  Tach 
et  son  fils,  Evrenos,  Sakji  Beg,  Saroudj,  Moustedja,  Bala- 
ban  Beg.  Les  Etats  vassaux  de  l'Empire,  l'Asie  mineure, 
l'Albanie,  l'Epire,  la  Thessalie.  même  un  prince  serbe,  Cons- 
tantin, avaient  envoyé  des  troupes  auxiliaires.  «  On  avait 
rarement,  dit  M.  Jorga,  vu  une  armée  turque  si  nombreuse 
et  si  bien  conduite.  » 

Lazare  s'était  préparé  de  son  côté  ;  il  s'était  assuré  le 
concours  du  roi  de  Bosnie  Tvrdko.  Il  avait  sollicité  celui 
du  régent  de  Hongrie,  le  prince  Sigismond,  mais  les  négo- 
ciations traînèrent  en  longueur.  Ce  ne  fut  que  le  7  juillet 
1389,  trois  semaines  après  la  bataille,  que  Gara,  ban  de  la 
Matchva  -,  apparut  à  la  cour  du  Kenezius  de  Rascia  3  (c'est 
ainsi  que  le  protocole  hongrois  désignait  Lazare).  Elle  appa- 
rut pour  apprendre  qu'il  n'était  plus  de  ce  monde. 

L'armée  de    Mourad    franchit  le    défilé  d'Ichtiman,  puis 


1.  Jorga.  Histoire  de  l'empire  ottoman,  tome  I.  p.  360. 

2.  Région  du  bassin  de  la  Save,  dont  le  centre  était  la  ville  actuelle  de 
Schabats.  Elle  appartint  tour  à  tour  à  la  Hongrie  et  aux  Serbes. 

3.  Kenezius   représente  le  serbe  Knezn,  prince.  Rascia  est  un  des  noms 
de  la  Serbie. 


.">38  LA    BATAILLE    DE    KOSOVO 

obliqua  subitement  à  l'Ouest  dans  la  direction  de  Kustendjil 
et  de  Prichtina,  dépassa  cette  ville  et  rencontra  l'ennemi 
dans  la  plaine  de  Kosovo. 

Lazare  avait  avec  lui  son  gendre  Brânkoviteh  et  les 
troupes  auxiliaires  envoyées  par  le  roi  de  Bosnie,  Etienne 
Tvrdko.  Parmi  les  Serbes  figurent  un  certain  Milocfa  (pie 
les  documents  postérieurs  appellent  au  xvie  siècle  Kobi- 
litch  ou  Kobilovitch1,  et  au  xvine,  Obilitch.  Ayant  été 
calomnié  auprès  de  Lazare,  il  voulut  prouver  à  tout  prix 
sa  loyauté.  Il  pénétra  dans  le  camp  turc  jusqu'à  la  tente  du 
sultan  Mourad  et  réussit  à  le  poignarder.  Il  fut  aussitôt  mas- 
sacré par  les  Ottomans.  Si  invraisemblable  que  semble  cet 
exploit,  on  en  retrouve  l'analogue  au  siècle  suivant  dans 
l'histoire  des  Roumains.  En  1462.  Mohammed  II  entreprend 
une  expédition  contre  le  prince  Vlad,  surnommé  l'Em- 
paleur.  Vlad,  qui  savait  admirablement  la  langue  turque  — 
ce  qui  ne  devait  pas  être  le  cas  de  Miloch  —  s'habille  à 
la  turque  et,  avec  un  certain  nombre  de  compatriotes  vêtus 
de  la  même  façon,  il  entreprend  de  pénétrer  jusqu'à  la 
tente  du  sultan  afin  de  l'assassiner  ;  mais,  dans  l'obscurité, 
il  prend  la  tente  d'un  pacha  pour  celle  du  sultan.  Il  réussit 
à  s'échapper,  rejoint  son  armée  et,  plus  heureux  que  le 
Lazare  serbe,  il  met  les  troupes  ennemies  en  déroute. 

Le  tils  de  Mourad,  Bayezid,  prend  immédiatement  le 
commandement  et  rétablit  la  bataille  un  instant  compromise. 
Le  prince  Lazare  est  fait  prisonnier  et  a  la  tète  tranchée. 
Plus  tard,  la  légende  racontera  qu'il  a  péri  en  combattant. 

Son  corps,  abandonné  ou  restitué  à  ses  compatriotes,  fut 
enterré  au  monastère  de  Ravanitsa  qu'il  avait  fondé  huit 
ans  auparavant.  De  Ravanitsa  il  fut  transporté  en  1683  à 
Saint-André,  près  de  Bude  en  Hongrie,  puis  enfin  dans  la 
Frouchka  Gora  (montagne  des  Francs),  dans  la  Slavonie,  au 
monastère   de   Yrdnik    qui     fut     appelé    Nova    Ravanitsa 

1.  Ce  qui  voudrait  dire  "  fds  de  jument  •>. 


LA    BATAILLE    DE    KOSOVO  539 

(Glasnik,  XII,  p.  622).  Ainsi  le  martyr  de  Kosovo  repose 
aujourd'hui  en  terre  hongroise.  Le  corps  de  Mourad  fut 
transféré  à  Brousse.  Ses  entrailles  furent  ensevelies  dans 
un  tulbe  ou  mausolée  de  marbre  blanc.  C  est  un  petit  monu- 
ment qui  affecte  la  forme  d'une  mosquée  sans  minaret. 
Ce  monument  a  été  restauré  au  xixe  siècle  par  le  séraskier 
(ministre  de  la  guerre)  Hourch  pacha.  Il  est  pour  les 
Musulmans  le  but  d'un  pieux  pèlerinage.  Ce  tulbe  est 
entouré  de  quelques  habitations  réservées  au  personnel 
chargé  de  sa  conservation.  Aux  deux  extrémités  du  cercueil 
brûlent  deux  cierges.  Au-dessus,  sept  lampes  sont  suspen- 
dues. Les  visiteurs  —  quelle  que  soit  leur  religion  —  ont 
le  droit  d'être  défrayés  gratuitement  pendant  trois  jours. 
Après  la  Mekke,  le  tulbe  de  Mourad  est  le  sanctuaire  le 
plus  vénéré  des  pays  musulmans.  Autour  de  lui  se  groupent 
de  nombreuses  tombes  surmontées  d'un  turban1. 

Un  autre  tulbe  se  dresse  non  loin  du  village  de  Mazgit. 
Il  renferme  le  tombeau  de  Sinan  pacha,  vizir  de  Mourad, 
et  celui  de  son  serviteur.  Toute  cette  région  s'appelle  «  le 
cimetière  des  héros». 

II 

Que  nous  apprennent  de  précis  les  documents  historiques 
sur  cette  bataille,  qui   semble  appartenir  beaucoup  plus  à 

I  épopée  qu  à  l'histoire  ?  En  somme,  bien  peu  de  chose. 

Et  d'abord,  consultons  les  textes  contemporains. 

Deux  mois  après  la  bataille,  le  23  août  1389,  le  Conseil 
de  Venise  nous  révèle  ce  qu'il  sait  dans  des  instructions 
données  à   un  ambassadeur  qu'il  envoie  à  Constantinople. 

II  s'exprime  ainsi  : 

«  On  raconte  sur  cette  bataille  différentes  choses  aux- 
quelles il  est  difficile  de    croire  ;   mais  nous  devons  tenir 

1.  Ilahn.  Reise  von  Belgrad  nachSalonik;  Hilfording,  La  Bosnie.  l'Herzé- 
govine et  lu  vieille  Serbie. 


540  LA    BATAILLE    DE    KOSOVO 

compte  des   nouvelles  qu'on  rapporte  de  la  mort  de  Murât 
et  de  son  fils  et  de  l'avènement  de  son  second  (ils  '.  » 

Le  roi  Tvrdko  de  Bosnie,  dans  une  lettre  adressée  à  la 
commune  de  Trogir  (Trau)  en  Dalmatie  (Mémoires  de 
l'Académie  d'Agram,  année  1893),  annonce  que  le  15  juin 
précédent,  le  sultan  a  été  tué  in  campo  turdorum,  au  champ 
des  grives  (il  se  trompe  d'oiseau,  sans  doute  par  distrac- 
tion). Il  ignore  dailleursla  mort  de  Lazare. 

Il  transmet  la  même  nouvelle  à  la  ville  de  Florence.  Et 
par  une  lettre  datée  du  20  novembre  1389,  la  cité  le  féli- 
cite de  ce  glorieux  triomphe.  Pour  les  contemporains,  si  le 
sultan  a  péri,  c'est  évidemment  qu'il  a  été  vaincu. 

Un  renseignement  sérieux  nous  est  fourni  par  des  voya- 
geurs russes  qui,  vers  cette  époque,  avaient  fait  le  voyage 
de  Constantinople,  le  métropolitain  de  Moscou,  Pimène, 
l'évêque  de  Smolensk,  Michel,  et  le  diacre  Ignatiev. 

Ignatiev  s'exprime  ainsi  :  «  Miloch,  fidèle  serviteur  de 
Lazare,  tua  par  ruse  Murad,  et  immédiatement  après,  les 
Turcs  proclamèrent  Bayezid  fils  de  Murad.  Alors  les  Turcs 
furent  victorieux  et  s'emparèrent  du  tsar  serbe  Lazare.  Sur 
l'ordre  de  Bayezid,  il  fut  massacré.  » 

Ce  document  russe  est  le  premier  qui  nous  révèle  le  nom 
de  Miloch.  Ce  nom  est  répété  dans  un  firman  du  sultan 
Bayezid,  dont  la  traduction  serbe  a  été  publiée  au  tome  X 
du  Glasnik,  recueil  de  Mémoires  de  la  Société  des  Sciences 
de  Belgrade.  Ce  document  désigne  le  meurtrier  du  sultan 
sous  le  nom  de  Miloch  Kobilitch.  Ce  personnage  aurait, 
sous  prétexte  de  se  convertir  à  l'islam,  pénétré  dans  le 
camp  turc  et  tué  le  sultan  avec  une  arme  empoisonnée. 

Voilà,  en  somme,  les  seuls  documents  contemporains  de 
la  bataille. 

Les  récits  serbes  du  xve  et  du  xvn°  siècle  n'ajoutent  rien 
au  peu  que  nous  savons.  Ils  nous  fournissent  les  noms  d'un 

1.  Cité  par  Rackzi,  dans  son  étude  sur  la  bataille  de  Kosovo  (Mémoires 
de  l'Académie  d'Agràm,  XCVII). 


LA    BATAILLE    DE    KOSOVO  541 

certain  nombre  de  Serbes  qui  auraient  péri  avec  Lazare  : 
Joug  Bogdanovitch,  Miloch  Omilevitch,  Etienne  Mousitch, 
etc. 

L'ensemble  des  chants  serbes  relatifs  à  la  bataille  de 
Kosovo  constitue  un  groupe  dont  certains  adaptateurs  ont 
voulu  faire  un  cycle  épique  analogue  aux  poèmes  homé- 
riques. Quelques-uns  de  ces  chants  ont  dû,  vu  le  tempé- 
rament poétique  des  gouslars  serbes  { ,  se  produire  peu  de 
temps  après  la  bataille.  Des  légendes  se  sont  formées  peu 
à  peu,  et  quelques-unes  sont  fort  belles.  On  peut  s'en  faire 
une  idée  parles  traductions  de  Mrae  ElisaVoiart,  d'E.  d'Avril, 
de  Dozon  2. 

La  bataille  de  Kosovo  ne  marque  pas  —  comme  on  le 
croit  volontiers  —  l'écrasement  définitif  de  la  Serbie. 
L'État  serbe  devait  subsister  encore  soixante-dix  ans.  Sous 
le  règne  d'Etienne  Lazarevitch  et  de  Georges  Brankovitch, 
il  eut  même  plus  d'étendue  qu'il  n'en  avait  au  temps  de 
Lazare.  Mais,  au  fond,  il  ne  fit  guère  que  végéter  entre  la 
Turquie  musulmane  et  la  Hongrie  catholique. 

La  mort  tragique  de  Lazare,  victime  des  infidèles,  lui 
valut  d'être  canonisé  par  ses  compatriotes. 

L'imagination  populaire  a  voulu  expliquer  le  désastre 
de  Kosovo  par  la  trahison  d'un  gendre  de  Lazare,  Vouk 
Brankovitch.  Il  devient  le  Ganelon  de  l'épopée  populaire. 
Il  aurait  passé  à  l'ennemi  avec  12.000  hommes  et  sa  tra- 
hison aurait  entraîné  la  mort  de  77.000  guerriers.  Les 
textes  primitifs  ne  connaissent  rien  de  cette  trahison,  qui 
aura  été  imaginée  pour  consoler  l'amour-propre  national. 
Ces  chiffres  sont  empreints  d'une  singulière  exagération. 
77.000  et  12.000,  cela  fait  89.000.  En  supposant  que  10.000 

1.  Joueur   de    gousle   ou   guzla.  qui    chantent  en  «'accompagnant  de  cet 
instrument. 

2.  Élisa  Voiart,  Chants  populaires  des  Serbiens.  Paris,  1834  traduit 
d'après  l'allemand).  —  K.  d'Avril,  La  bataille  '/<•  Kosovo,  rhapsodie  serbe. 
Paris,  Librairie  du  Luxembourg,  L866.--  Dozon,  L'épopée  serbe.  Paris 
188:2. 


542  LA    BATAILLE    DE    KOSOVO 

aient  pu  s'échapper,  cela  ferait,  pour  les  Serbes,  un  total 
de  100.000  pertes,  ce  qui  suppose  une  armée  deux  ou  trois 
fois  plus  considérable.  Le  colonel  serbe  Michakovitch,  qui 
a  consacré  à  notre  bataille  une  étude  technique  ',  évalue 
—  sans  s'appuyer,  d'ailleurs,  sur  des  données  positives  — 
l'armée  de  Lazare  à  25.000  hommes,  celle  des  Bosniaques 
à  10.000  ;  total  :  35.000.  Il  suppose  que  celle  des  Turcs 
était  trois  fois  plus  forte.  Tout  cela  donnerait  un  chiffre 
d'environ  120.000  combattants  pour  les  deux  parties.  Les 
historiens  turcs  Nechria  et  Saduddine  Khodja,  qui  sont 
postérieurs  de  plus  d'un  siècle  à  la  bataille,  donnent  libre 
carrière  à  leur  imagination.  Nechria  évalue  le  nombre  des 
Serbes  à  500.000.  Il  fait  combattre  dans  leurs  rangs  des 
Allemands,  des  Valaques,  des  Arnautes,  des  Hongrois, 
des  Tchèques,  des  Bulgares.  En  réalité,  les  seuls  alliés  de 
Lazare  furent  des  Bosniaques,  autrement  dit  des  Serbes. 

Quelques  légendes  sont  restées  attachées  à  la  plaine  de 
Kosovo.  Un  écrivain  contemporain,  AL  Yeselinovitch,  les 
a  recueillies  et  publiées  (au  tome  XIV  du  Recueil  annuel 
Godichnitsa  de  la  Fondation  Tchoupitch).  En  voici  le 
résumé. 

Les  petites  pierres  blanches  qui  jonchent  le  sol  au  lieu 
dit  Gazimestan  et  près  du  tombeau  de  Mourad  représentent 
les  fragments  de  biscuit  que  l'armée  serbe  dut  abandonner 
dans  sa  retraite.  Ces  vivres  furent  changés  en  pierre  par 
la  vertu  de  la  prière  du  sultan.  Ceci  est,  évidemment,  une 
lég-ende  turque.  Quel  intérêt  le  sultan  avait-il  à  cette  méta- 
morphose? C'était  probablement  pour  que  les  Serbes  ne 
pussent  s'alimenter  de  nouveau  s'ils  reprenaient  l'offen- 
sive. 

Le  sol  de  la  plaine  présente  une  teinte  rougeâtre.  Il  la 
doit  au  sang-  des  combattants  tombés  pour  la  défense  de  la 
patrie. 

I.   Kosovska    Bitka.   La  bataille  de    Kosovo,   étude   d'histoire    militaire 
(Belgrade,  1890,  in-8). 


LA    BATAILLE    DE   KOSOVO  343 

Une  fleur  appelée  bojour  croît  en  abondance  dans  la 
région.  C'est  la  pœonia  officinalis,  une  espèce  de  renoncule 
ou  de  pivoine  de  couleur  rouge.  D'après  les  Serbes,  elle 
n'a  commencé  à  croître  qu'au  lendemain  de  la  bataille. 

Un  proverbe  conserve  encore  le  souvenir  de  la  journée 
fatale. 

Da  je  meni  chtelo  dobro  biti 
Ne  bi  Laxo  meni  poginuo. 

«  Pour  mon  bonheur,  il  eût  mieux  valu  que  Lazare  n'eût 
pas  péri  à  Kosovo.  » 

La  bataille  est  restée  dans  la  tradition  comme  le  sym- 
bole de  la  défaite  des  Serbes  écrasés  par  les  Osmanlis.  En 
réalité,  le  terrain  était  demeuré  aux  mains  des  Serbes.  Les 
Turcs,  déconcertés  par  la  mort  du  sultan,  n'avaient  pas 
osé  poursuivre  leur  avantage.  Ce  n'est  qu'en  1445  que 
Kosovo  tomba  aux  mains  des  Musulmans.  Quatre  ans 
après,  la  Serbie  devenait  un  pachalik.  Depuis,  elle  a  eu 
de  glorieux  triomphes,  elle  a  subi  de  cruelles  épreuves. 
Nous  pouvons  lui  dire,  avec  le  poète  : 

O  passi  graviora,  dabit  Deushis  quoque  fiucra. 

0  vous  qui  avez  souffert  de  pires  maux,  Dieu  mettra  fin, 
cette  fois  encore,  à  vos  souffrances  ! 


l'Jlb.  30 


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Comp     -  i  en  tu  «,    r  ç  /  Ij. 


MICHEL      BREAL 


-   "2-1  91  S) 


Pholotypie  Alarjr-Ruelis 


NOTICE 

SUR   LA    VIE    ET    LES    TRAVAUX 

DE 

M.  MICHEL    BRÉAL 

PAR 

FEU    GASTON    MASPERO 

SECRÉTAIRE  PERPÉTUEL 
LUE  PAR  M.  REISÉ  CAGNAT,  SECRÉTAIRE  PERPÉTUEL 


Messieurs, 

Si  ce  grand  cardinal  à  qui  notre  Compagnie  doit  indi- 
rectement l'existence  daigne  encore  s'intéresser,  dans 
l'autre  monde,  aux  choses  de  notre  monde  terrestre,  j'ima- 
gine qu'il  ne  laisse  pas  d'être  étonné  assez  souvent  par 
l'étrangeté  des  études  auxquelles  plusieurs  d'entre  nous 
se  livrent  et  par  la  nomenclature  dont  nous  nous  servons 
pour  les  désigner.  L'un  est  à  la  fois  un  romanisant  et  un 
médiéviste,  l'autre  s'intitule  assyriologue,  un  troisième  ne 
songe  qu'à  la  sinologie,  et  son  voisin  se  vante  d'être  un 
américaniste  de  marque  ;  tel  s'est  voué  presque  dès  l'en- 
fance à  l'égyptologie  la  plus  farouche  ou  s'adonne  au  déchif- 
frement des  langues  qu'on  découvrit  naguère  au  désert  de 
l'Altaï.  La  plupart  se  retranchent  dans  leur  domaine  spé- 
cial avec  un  soin  jaloux.  Michel  Bréal  se  plaisait  à  cumuler 
les    sciences    rares  :  il    était   tout    ensemble    sanscritisant, 


546  NOTICE    SLR    M.    MICHEL    BRÉAL 

iranisant,  grécisant,  mythologue  ;  il  ne  recula  point  devant 
les  dialectes  italiotes  les  plus  rebelles  à  l'interprétation,  et 
il  se  mut  longtemps  à  l'aise  dans  la  grammaire  comparée 
des  idiomes  indo-européens. 

Il  naquit  le  2C>  mars  1832  au  pays  rhénan,  dans  Landau, 
la  vieille  forteresse  qui,  revenue  légalement  à  la  France 
vers  le  milieu  du  xvir  siècle,  en  fut  brutalement  séparée 
au  lendemain  de  Waterloo  pour  être  livrée  contre  son  gré 
au  roi  de  Bavière.  J'ignore  ce  qu'il  en  est  maintenant,  après 
un  siècle  de  servitude  ;  mais  alors,  si  les  diplomates  réunis 
à  Vienne  avaient  pu  imposer  aux  habitants  une  nationalité 
étrangère,  ceux-ci  n'avaient  pas  dépouillé  leurs  sentiments 
intimes,  et  nulle  part,  chez  eux,  le  regret  de  la  patrie  per- 
due ne  persistait  plus  vivace  que  dans  la  famille  israélite 
à  laquelle  Bréal  appartenait.  Aussitôt  qu'il  fut  en  âge  de 
commencer  son  éducation,  elle  l'envoya  chez  nous,  à  Wis- 
sembourg,  à  Metz,  à  Paris,  enfin  au  collège  Louis-le-Grand; 
et  partout  lintelligence  de  l'enfant,  son  assiduité  au  tra- 
vail, l'ardeur  avec  laquelle  il  concentrait  son  attention  sur 
les  littératures  classiques  présagèrent  une  admission  cer- 
taine à  l'Ecole  normale.  J'ai  dit  ailleurs  {  qu'il  faillit  être 
arrêté  au  seuil  de  sa  carrière  par  l'intolérance  du  saint- 
simonien  repenti,  M.  Fortoul,  qui  régentait  alors  l'instruc- 
tion publique  :  il  fallut  que  Napoléon  III,  d'esprit  plus 
large  que  son  ministre,  intervînt  auprès  de  lui  pour  que 
Bréal  fût  autorisé  à  concourir.  Il  fut  reçu  en  même  temps 
que  Perrot,  Wescher,  Benoist,  Girardin,  Goumy  et  d'autres 
dont  les  noms  sonnent  moins  familiers  à  nos  oreilles  ;  mais 
le  régime  de  suspicion  auquel  l'Empire  naissant  soumit 
l'Université  attrista  ses  trois  années  de  séjour,  de  1852  à 
1855.  Un  demi-siècle  plus  tard,  il  ne  se  rappelait  point 
«  sans  rage  »  les  hommes  qui,  vers  cette  époque,  préten- 
dirent  plier  la  jeunesse  à  une    discipline   de   régiment   ou 

1.  A'otice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  M.  Georges  Perrot,  p.  6. 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL  ."U7 

d'ordre  monastique,  espérant  réfréner  ainsi  les  «  curiosités 
indiscrètes  »  qui  l'entraînaient  à  débattre  les  questions  les 
plus  hautes  de  l'histoire  ou  de  la  philosophie.  Leur  système 
d'inquisition  et  d'étoutfement  pesa  lourdement  sur  une 
dizaine  de  promotions,  jusqu'au  jour  où  Victor  Duruy  par- 
vint à  en  atténuer  la  rigueur,  non  sans  peine  :  le  maître, 
s'adressant  à  des  esprits  portés  vers  l'indépendance,  ne 
devait  pas  seulement  s'abstenir  de  les  exciter  librement  ;  il 
était  obligé  de  leur  enseigner  que  tout  avait  été  découvert 
avant  eux  et  que,  si  on  leur  concédait  encore  la  faculté 
d'apprendre  le  vieux,  ils  n'avaient  plus  celle  de  pouvoir 
chercher  du  nouveau.  L'Orient  islamique  n'a  jamais  pensé 
autrement,  et  c'est  ce  qui  prête  à  sa  civilisation  entière  cet 
air  d'indolence  et  de  fatalisme  engourdissant  que  nous  lui 
voyons 1 . 

Et  pourtant,  le  ministre  qui  décourageait  ainsi  la 
recherche  prit,  par  hasard,  une  mesure  qui  influa  sur  l'ave- 
nir de  Bréal  d'une  manière  décisive.  Ce  n'est  pas  qu'il  eût 
à  le  faire  un  désir  bien  chaud  d'utilité  générale  ;  il  s'y 
résigna  par  la  nécessité  de  caser  avantageusement  un  érudit 
allemand,  M.  Hase,  qui,  vivant  chez  nous  depuis  le  Con- 
sulat, avait  été  précepteur  des  fils  de  la  reine  Hortense, 
puis  était  entré  à  la  Bibliothèque  royale.  Napoléon  III, 
toujours  empressé  à  récompenser  les  services  rendus,  avait 
promu  Hase  au  rang  de  conservateur  lorsqu'il  était  lui-même 
simple  président  de  la  République  ;  maintenant  que  la  for- 
tune l'avait  élevé  au  trône,  il  réclamait  pour  son  protégé 
un  poste  plus  honorifique,  surtout  mieux  rétribué.  Cette 
requête,  qui  équivalait  à  un  ordre,  n'était  pas  facile  à  exau- 
cer, car  aucune  des  grandes  chaires  où  l'on  professe  l'anti- 
quité   n'était    vide   à   Paris   pour   le    moment  :    il    devenait 

I.  Voir  pour  une  partie  des  détails  qui  vont  suivre  la  notice  que  M.  Salo- 
mon  Heinach  a  consacrée  à  Bréal  et  les  lettres  de  celui-ci,  datées  du 
12  janvier  1881  et  du  3  avril  1909,  dans  la  lievue  archéologique,  j  série, 
t.  III  (1916),  [).  139  et  suiv. 


548  NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL 

nécessaire  d'en  créer  une  tout  exprés  pour  le  candidat  impé- 
rial. Fortoul    se    rappela    fort    opportunément    l'existence 
d'une   science  récemment  éclose  en  Allemagne,  la  gram- 
maire   comparée,   qui    comptait    déjà    divers    adeptes    en 
France  :  il    l'importa   en   Sorbonne  au  bénéfice    de    Hase. 
A  dire  le  vrai,  celui-ci,  ayant  quitté  son  pays  natal  avant 
l'apparition  des  doctrines  dont  il  allait  être  chargé  d'expo- 
ser les  principes,  en  ignorait  très  probablement  le  premier 
mot,  mais    ce    détail    ne   fut    point    pour    embarrasser   le 
ministre  :  le  cours  fonctionna  dès  1852  et  les  élèves  furent 
invités  à   le   suivre.  Le    professeur,  qui    avait    soixante  et 
douze  ans  révolus,  «  commença  un  enseignement  nouveau 
ou  qui  portait  un  titre  nouveau  et,  dans  une  série  de  leçons 
qui  ne   manquaient  ni  d'intérêt,  ni    de   charme,  il   apprit  à 
ses    auditeurs   beaucoup    d'excellentes    choses,  philologie, 
épigraphie,  paléographie,  qui  ne  sont  pas  absolument  étran- 
gères à  la  grammaire  comparée  '  ».  Cette  appréciation,  suf- 
fisamment ironique,  rend  bien   l'impression  de  Bréal  et  le 
genre   d'agrément  qu'il  tira    de   cette    première   rencontre 
avec   l'érudition  allemande  ;  néanmoins  il  trouva  dans   ce 
fouillis  de  notions   incohérentes  la  contre-partie  des  théo- 
ries arides  qu'on  prétendait  lui  inculquer  par  ailleurs   sur 
la  grammaire  des   langues   classiques,  et,  son   ingéniosité 
naturelle  aidant,  il  lia  plus  que  superficiellement  connais- 
sance avec  le  sanscrit  et  le  zend. 

Les  normaliens  d'alors  ne  jouissaient  pas  du  privilège 
de  pouvoir  se  présenter  aux  examens  d'agrégation  à  la  fin 
de  leur  troisième  année  :  ils  étaient  astreints  à  faire  un 
stage  dans  les  classes  des  lycées.  Bréal,  sorti  de  l'Ecole 
en  1855,  ne  devint  agrégé  qu'en  1857  ;  mais  comme,  depuis 
quelque  temps  déjà,  la  Sorbonne  ne  lui  fournissait  plus  de 
quoi  satisfaire  ses  appétits  de  science,  il  demanda  un  congé 

].  M.  Bréal,  La  jeunesse  de  M.  Hase,  dans  la  Revue  des  Deux  Mondes. 
mars  1883,  p.  366. 


NOTICE  SUR  M.  MICHEL  BRÉAL  549 

pour  aller  terminer  son  apprentissage  de  linguiste  à  Berlin, 
au  cœur  des  études  indiennes.  Il  y  fréquenta  les  séminaires 
de  Bopp  et  d'Albrecht  Weber  et  il  y  noua  des  relations 
amicales  avec  plus  d'un  étranger  venu  là  aux  mêmes  inten- 
tions. L'un  d'eux,  le  Norvégien  Sophus  Bugge,  plus  jeune 
que  lui  de  deux  ou  trois  ans,  s'était  acquis  déjà  une  répu- 
tation d'érudit,  et  il  avait  publié  dans  le  journal  de  Kuhn 
divers  articles  sur  l'osque  et  sur  l'ombrien  ;  ce  qui,  «  pour 
un  élève  frais  émoulu  de  la  rue  d'Ulm,  nourri  de  la  bonne 
direction  de  M.  Nisard  et  de  M.  Jacquinet,  était  prodi- 
gieux '  !  »  Il  acheva  de  se  pénétrer  de  sanscrit,  de  zend, 
de  grammaire  comparée;  et,  par  une  conséquence  qui  nous 
paraît  aujourd'hui  assez  singulière,  celle-ci  le  mena  droit 
à  la  mythologie.  Aussi  bien,  c'était  le  temps  où  les  spécula- 
tions de  Max  Millier  sur  la  mythologie  maladie  du  lan- 
gage, se  substituant  aux  rêveries  symboliques  de  Creuzer 
et  de  son  école,  tendaient  à  faire  de  l'histoire  des  religipns 
anciennes  une  dépendance  de  la  linguistique.  Des  images 
du  parler  populaire  prises  pour  des  réalités,  des  jeux  de 
mots  évoluant  sur  des  termes  à  double  entente,  condui- 
saient les  savants  à  grouper  les  légendes  les  plus  disparates 
autour  du  Soleil  ;  les  interprétations  solaires  les  moins  jus- 
tifiées sévissaient  presque  sans  contradiction  dans  l'Europe 
entière.  Bréal  les  accepta  avec  ardeur  et  les  propagea  chez 
nous  par  ses  premiers  travaux. 

Seul  dans  le  pays,  Paris  lui  offrait  alors  les  ressources 
indispensables  à  pousser  plus  avant  ses  recherches.  De 
retour  en  France,  la  perspective  d'aller  remplir  en  province 
la  place  due  à  son  titre  d'agrégé  lui  apparut  si  désolée  qu'il 
sollicita  comme  une  faveur  la  permission  d'occuper  à  la 
Bibliothèque  impériale  un  emploi  même  secondaire,  mais 
où  il  pût  s'abandonner  sans  contrainte  à  sa  vocation  scien- 


I.  Lettre  du  11  juillet  1907  à  Salomon  Reinach,    dans  la  Revue  archéolo- 
(fique.  5"  série,  t.  III    (1916  .p.  1  il. 


550  NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL 

tiiîque.  Il  fut  nommé  surnuméraire  au  département  des 
manuscrits  par  arrêté  du  28  juillet  1800,  pour  suppléer 
Renan  alors  en  mission  dans  la  Phénicie,  puis  il  passa  titu- 
laire dix-sept  mois  plus  tard,  le  premier  janvier  1862 '.  11 
ne  laissa  aucune  trace  de  son  activité  pendant  les  quatre 
années  qu'il  demeura  en  fonction  ;  il  n'ajouta  rien  au  cata- 
logue des  livres  syriaques  que  Renan  avait  commencé,  il 
n'amorça  aucun  catalogue  nouveau,  il  travailla  presque 
exclusivement  à  coordonner  les  connaissances  qu'il  avait 
précédemment  acquises  et  à  les  utiliser  pour  son  avance- 
ment. Notre  Académie  avait  mis  au  concours  pour  le  prix 
ordinaire  de  1862  le  sujet  suivant  :  Recueillir  les  faits  qui 
établissent  que  les  ancêtres  de  la  race  brahmanique  et  les 
ancêtres  de  la  race  iranienne  ont  eu,  avant  leur  séparation, 
une  religion  commune;  mettre  en  lumière  les  traits  prin- 
cipaux de  cette  religion  sous  le  rapport  des  rites,  des 
croyances  et  de  la  mythologie  ;  exposer  les  lois  qui  ont 
présidé  de  part  et  d'autre  aux  transformations  des  vieilles 
fables  et  qui  fournissent  une  méthode  assurée  pour  les 
comparer.  Le  jury,  composé  de  Jules  Mohl,  Ravaisson, 
Adolphe  Régnier  et  Renan,  adjugea  le  prix  de  2.000  francs 
à  Bréal,  et  le  jugement  porté  sur  lui  par  le  Secrétaire  per- 
pétuel dans  son  rapport  sembla  d'autant  plus  flatteur  qu'il 
émanait  d'un  partisan  convaincu  des  doctrines  adverses, 
Guigniaut,  le  traducteur  de  la  Symbolique  :  «  La  méthode 
et  surtout  la  distribution  des  matières  a  paru  satisfaisante, 
l'exposition  nette,  bien  ordonnée;  l'auteur  est  remonté  aux 
sources  mêmes  pour  y  chercher  les  éléments  de  la  question, 
et  il  a  fait  preuve  d'un  véritable  savoir  philologique.  » 
Quelques  reproches  se  mêlaient  à  ces  louanges  :  la  com- 
mission regrette  que  l'auteur  «  n'ait  pas  établi  des  degrés 
de  certitude,  de  vraisemblance,  de  simple  conjecture,  entre 


1.  Je  dois  à  ["obligeance  de  notre  confrère  M.  Omont    les  renseignements 
relatifs  au  séjour  de  Bréal  à  la  Bibliothèque  impériale. 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    RRÉAL  551 

les  résultats  qu'il  a  ou  empruntés  à  d'autres  ou  obtenus 
lui-même  '  ».  Le  mémoire  étant  resté  inédit,  on  ne  peut  dire 
jusqu'à  quel  point  l'éloge  et  la  critique  paraîtraient  justifiés 
aujourd'hui  :  les  qualités  principales  que  nous  avons  con- 
nues à  l'homme  sont  déjà  là,  ainsi  que  quelques-uns  de  ses 
défauts  ;  mais  dans  quelle  proportion  qualités  et  défauts 
se  trouvaient-ils  combinés? 

Les  morceaux  sur  la  composition  des  livres  zends  et  sur 
la  géographie  de  VAvesta,  qui  furent  insérés  peu  après  au 
Journal  asiatique*,  peuvent  nous  en  donner  une  idée,  mais 
surtout  les  deux  thèses  qu'il  présenta  en  1863  pour  l'exa- 
men du  doctorat  es  lettres  :  De  persicis  nominibus  apud 
scriptores  graecos  et  Hercule  et  Cacus  3,  enfin  l'article  sur 
le  mythe  d'OEdipe,  qu'il  écrivit  pour  la  Bévue  archéolo- 
gique \  Il  prenait  la  fable  de  Cacus  chez  les  Latins  ou 
celle  d'QEdipe  chez  les  Grecs,  et,  après  avoir  défini  d'après 
quelles  lois  universelles  elle  s'était  déformée  en  Asie  ou 
en  Europe,  il  tirait  d'après  elles  les  conséquences  des  faits 
qu'il  avait  établis  au  cours  de  son  analyse.  On  devinait 
sans  peine  dès  le  début  la  conclusion  à  laquelle  il  aboutis- 
sait :  «  Plus  on  pénétrera  dans  la  nature  des  mythes  primi- 
tifs, —  affirmait-il  avec  Max  Millier,  —  et  plus  on  se  con- 
vaincra qu'ils  se  rapportent  au  soleil  pour  la  meilleure 
part.  »  Le  Soleil  était  donc  présent  partout  dans  ces  pages, 
lui,  ses  doublures  ou  ses  dérivés,  ses  alliés^  ses  ennemis,  et 
tous  ils  incarnaient  en  eux  les  phénomènes  de  la  nature. 
L'Héraclès  hellénique,  que  les  nations  d'Italie  ont  super- 
posé à  leur  Hercule  ou  à  Sancus,  est  un  fils  de  Zeus-Dyaus, 


1.  Comptes  rendus,  1862,  p.  11  et  123. 

2.  Journal   asiatique,  t.  XIX  (1862),  reproduits   dans   les   Mélanges  de 
mythologie  et  de  linguistique,  L878,  p.  187-199,  207-215. 

3.  La  thèse  sur  Hercule  et  Cacus,  publiée  originairement  chez  Thorin, 
Paris,  in-8°,  a  été  reproduite  en  tète  des  Mélanges,  1878,  p.  1-161. 

\.  Revue   archéologique,  nouvelle   série,  t.  VIII  (1863),  réimprimé   dans 
les  Mélanges,  p.  163-165. 


.">.">;>  NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL 

et,  procédant  de  son  père,  il  personnifie  en  un  être  vivant  et 
agissant  un  des  aspects  du  firmament  éblouissant  de  clarté. 
Sous  le  nom  de  Cacus-Caecius,  on  entendra  le  vent  dorage 
qui  chasse  devant  lui  ce  que  la  tradition  prétend  être  les 
vaches  de  Géryon,  mais  qui  est  en  vérité  le  troupeau  des 
nuées  chanté  aux  hymnes  védiques.  On  discernera  sous 
Tidée  des  Centaures  comme  sous  celle  des  Gandharvas 
l'image  de  la  chevauchée  des  vapeurs  orageuses  à  travers 
l'espace.  Ixion  sera,  ainsi  que  son  nom  le  révèle,  la  roue  du 
soleil  que  le  dieu  suprême  dispute  au  démon  de  la  nuit  et 
de  la  stérilité.  Dans  OEdipe  comme  dans  Apollon,  dans 
Héraclès,  dans  Bellérophon,  un  héros  de  lumière  se  cachera 
pour  nous;  et  le  Sphinx  dont  il  résout  les  énigmes,  que 
figure-t-il  sinon  la  nue  qui  crève  après  avoir  grondé  sour- 
dement et  qui  s'abat  en  pluie  sur  le  sol?  Au  temps  où  la 
nature  vraie  des  dieux  cessa  d'être  comprise,  les  peuples 
qui  reçurent  l'héritage  de  leurs  histoires,  voulant  se  rendre 
compte  des  mots  qui  les  exprimaient  et  transportant  dans 
la  réalité  matérielle  ce  qui  n'était  que  métaphore,  inven- 
tèrent la  légende. 

Bréal,  d'abord  conquis  à  ces  interprétations  des  mythes, 
conçut  peu  à  peu  des  doutes  sur  leur  légitimité;  à  la  fin, 
il  n'aimait  plus  guère  à  en  parler,  et  quand  on  lui  en  citait 
qu'il  avait  émises  dans  sa  jeunesse,  il  détournait  volontiers 
la  conversation.  Elles  furent  tenues  à  l'époque  pour  la  vérité 
pure.  Le  jour  de  la  soutenance  des  thèses,  le  18  mars  1863, 
le  jury  d'examen  où  le  vieux  Hase  siégeait  à  côté  d'Egger, 
de  Patin,  de  Victor  Leclerc,  d'Himly,  et  l'assistance  où  l'on 
remarquait  Adolphe  Régnier,  Renan.  Stanislas  Julien  ' 
les  accueillirent  avec  une  faveur  marquée  ;  même  le  gros 
des  lettrés  leur  fît,  en  dehors  de  la  Sorbonne,  un  accueil 
tel  qu'on  n'aurait  jamais  osé  l'espérer. 

I.  Mémoires  de  Hase,  cités  par  S.  Reinach  dans  la  Revue  archéologique, 
:,-  série,  I.  TIT   [1916),  p.  143. 


NOTICE    SLR    M.    MICHEL    BRÉAL  553 

Ce  n'était  pas  assez  toutefois  d'avoir  prouvé  par  la  plume 
l'utilité  souveraine  de  la  science  comparative  ;  Bréal  voulait 
obtenir  le  droit  de  l'enseigner  officiellement  et  de  la  pro- 
pager par  la  parole  comme  par  la  plume  dans  la  France 
entière.  Sa  première  tentative  dans  cette  direction  échoua  ; 
et,  en  vérité,  elle  ne  pouvait  qu'échouer.  Depuis  trop  d'an- 
nées déjà,  la  chaire  de  langue  et  de  littérature  sanscrite  au 
Collège  de  France  était  entre  les  mains  d'un  simple  chargé 
de  cours  :  à  l'automne  de  1862,  le  Ministère  de  l'instruc- 
tion publique,  résolu  à  redresser  enfin  cette  situation  anor- 
male, déclara  la  vacance  de  la  chaire  magistrale.  Aussitôt 
Bréal  entra  en  campagne,  mais  «  en  subordonnant  son 
action  à  la  détermination  du  savant  »  Adolphe  Régnier, 
«  que  les  votes  du  Collège  placeraient  en  première  ligne, 
et  sans  prétendre,  le  cas  échéant,  s'opposer  au  candidat  », 
M.  Foucaut,  «  qui,  pendant  nombre  d'années,  avait  occupé 
le  poste.  Ce  qu'il  ambitionnait  dans  cette  circonstance, 
c'était  un  témoignage  d'estime  des  professeurs  et  de  F  Aba- 
ttue, qui  avait  couronné  récemment  son  mémoire  sur  les 
origines  védiques  des  religions  iraniennes'  ».  Ce  témoi- 
gnage lui  fut  refusé  provisoirement;  la  mort  de  M.  Hase, 
survenue  peu  après,  en  18G4,  lui  permit  de  réparer  ce  petit 
échec.  Le  ministre,  jugeant  que  la  grammaire  comparée 
était  dépaysée  en  Sorbonne  pour  l'instant,  la  transféra  de 
l'autre  côté  de  la  rue  Saint-Jacques;  puis,  appliquant  le 
règlement  qui  lui  laissait  le  droit  de  nommer  directement  à 
toute  place  de  création  nouvelle  dans  un  établissement  de 
l'Etat,  il  désigna  Bréal  comme  chargé  de  cours.  La  leçon 
d'ouverture  sur  la  méthode  comparative  appliquée  à  l'élude 
des  langues  2,  prononcée  devant  un  auditoire  où  se  trou- 
vaient plusieurs  membres  de  l'Institut,  lit  ressortir  en  évi- 

1.  Ce  sont,  à  peine  modifiés,  les  termes  de  la  lettre  de  candidature  qu'il 
adressa  à  l'Académie    Comptes  rendus,  1862,    p.  220-221). 

2.  En    brochure   chez  Thorin,    lsiiT,    Paris,   in-X°  :  reproduite   dans    les 
Mélanges,  1878,  p.  217. 


*.*  K* 


)4  NOTICE    SLH    M.     MICHEL     l'.l'.KAI. 

dence  les  qualités  qu'on  avait  seulement  entrevues  le  jour 
des  thèses  :  la  sobriété  élégante  et  la  pureté  de  la  forme,  la 
netteté  de  l'exposition,  la  maîtrise  de  soi-même:  on  la  relit 
avec  plaisir  aujourd'hui  encore,  après  un  demi-siècle.  Les 
leçons  suivantes,  si  elles  furent  plus  techniques,  ne  soule- 
vèrent pas  un  intérêt  moindre;  mais  l'inexpérience  des 
assistants  et  le  manque  de  livres  français  où  il  leur  fût  pos- 
sible de  compléter  la  parole  du  maître  décidèrent  celui-ci  à 
terminer  au  plus  vite  la  traduction  qu'il  avait  commencée 
en  Allemagne  du  gros  traité  de  Bopp  sur  la  Grammaire 
comparée. 

Il  nous  a  confié,  dans  l'Introduction  du  premier  volume, 
quelles  raisons  il  eut  de  l'entreprendre.  Tout  d'abord,  il  fut 
séduit  par  le  plan  de  l'ouvrage  qui,  étudiant  d'ensemble  un 
certain  nombre  d'idiomes  indo-européens,  les  replaçait  dans 
le  milieu  où  ils  étaient  nés.  et,  les  soumettant  à  une  anahrse 
minutieuse  à  partir  du  point  où  leurs  grammaires  spéciales 
finissent,  les  commentait  l'un  par  l'autre,  en  rendait  le 
développement  sensible  et  démontrait  que  les  soi-disant 
anomalies  demeurées  jusqu'alors  inexpliquées  dans  chacune 
d'elles  sont  uniquement  les  manifestations  particulières  de 
lois  générales.  Il  y  avait  là  un  trésor  de  connaissances  qu'il 
fallait  ouvrir  à  la  science  française  pour  l'aider  à  sortir  de 
l'anarchie  où  elle  se  complaisait.  «  Ce  n'est  pas,  ajoutait 
Bréal,  que  les  travaux  de  linguistique  manquent  en  France  : 
nous  pourrions  en  citer  qui  sont  excellents  et  qui  valent  à 
tous  égards  les  plus  savants  et  les  meilleurs  de  l'étranger  ; 
mais...  ils  s'ignorent  les  uns  les  autres,  je  veux  dire  qu'ils 
ne  se  continuent  ni  ne  se  répondent  ;  chaque  écrivain,  pre- 
nant la  science  à  son  origine,  s'en  constitue  le  fondateur  et 
en  établit  les  premières  assises.  Par  une  conséquence  natu- 
relle, la  science,  qui  change  continuellement  de  terrain,  de 
plan  et  d'architecte,  reste  toujours  à  ses  fondations...  A  la 
vue  de  tant  d'efforts  incohérents,  le  lecteur  est  tenté  de 
supposer  que   la  linguistique  est  encore  dans  son  enfance. 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL  555 


et  il  est  pris  du  même  scepticisme  qu'exprimait  saint 
Augustin,  il  y  a  près  de  quinze  siècles,  quand  il  disait,  à 
propos  d'ouvrages  analogues,  que  l'explication  des  mots 
dépend  de  la  fantaisie  de  chacun,  comme  l'interprétation 
des  songes1.  »  Le  tome  premier  fut  imprimé  en  1866  et 
obtint  le  prix  Volney  '2  ;  les  deux  volumes  suivants  se  suc- 
cédèrent régulièrement  de  1866  à  1869,  avec  des  Introduc- 
tions substantielles,  où  le  traducteur  résumait  les  données 
fournies  par  les  portions  afférentes  de  l'original  et,  à  l'oc- 
casion, en  discutait  la  doctrine.  Le  quatrième  ne  fut  prêt 
qu'en  1872:j. 

Aussi  bien,  la  vie  de  Bréal  s'était  compliquée  avec  les 
ans.  Disons  d'abord  que,  devant  le  succès  du  cours,  Duruy 
s'était  cru  autorisé  à  transformer  en  chaire  magistrale  la 
chaire  de  chargé  de  cours  qu'il  avait  instituée,  pour  la 
grammaire  comparée,  au  Collège  de  France;  Bréal,  renon- 
çant à  son  emploi  près  la  Bibliothèque  4,  fut  élu,  en  1864, 
à  l'unanimité  des  professeurs,  par  28  voix,  sur  33  votants, 
dans  l'Académie  des  inscriptions.  D'autre  part,  avec  le 
concours  de  M.  de  Charencey,  et  principalement  d'Egger, 
qu'on  trouve  mêlé  à  tout  ce  qui  se  fit  d'utile  vers  cette 
époque,  une  société  avait  essayé  de  se  constituer,  la  même 
année,  pour  grouper  les  linguistes  ;  mais  la  formation  de 
cette  Société  de  linguistique  fut  pénible  et  le  sort  en 
demeura  précaire  jusqu'en  1867,  où  Bréal  accepta  définiti- 
vement d'en  être  le  secrétaire,  fonction  de  pur  dévouement, 
dont  aucun  avantage  ne  rachetait  les  ennuis.  Et  pourtant, 
malgré  l'ardeur  de  conviction  inlassable  qu'il  y  déploya,  il 
ne  put  empêcher  qu'elle   ne   menât   longtemps   encore  une 


1.  Introduction,  p.  ii-iii. 

2.  Comptes  rendus,  1866,  nouvelle  série,  t.  II,  p.  91,  142. 

3.  Ces  volumes   furent   présentés  à  l'Académie,  le  deuxième  en  186»,  le 
troisième  en  1870,  le  quatrième  en  1872. 

4.  Notre  confrère  M.  Omont  veut  bien   m'a p prendre  que   ce   fut   le    l,r 
octobre  1864. 


556  NOTICE  SUR  M.  MICHEL  BRÉAL 

vie  errante  :  jusqu'après  le  siège  de  Paris,  nous  la  vîmes 
se  réunir  un  soir  chez  Egger,  l'autre  chez  Renan  ou  chez 
Brunet  de  Presle,  tant  qu'enfin  la  salle  Gerson  la  recueillit 
dans  les  annexes  de  la  vieille  Sorbonne. 

Il  participa  de  même  à  la  fondation  de  la  Revue  critique, 
lorsque,  en  1866,  ses  amis,  Gaston  Paris,  Thurot,  Paul 
Meyer,  de  La  Berge,  Gabriel  Monod  et  d'autres,  y  entamèrent 
leur  campagne  contre  la  mollesse  et  la  légèreté  avec 
laquelle  on  conduisait  et  on  jugeait  en  France  les  travaux 
historiques  et  philologiques.  Il  faut  avoir  assisté  a  ces 
luttes  pour  apprécier  à  leur  juste  valeur  le  courage  et  la 
ténacité  dont  les  rédacteurs  du  début  eurent  à  faire  preuve 
en  plus  d'une  occasion.  Les  auteurs  qu'ils  censuraient, 
rudement  parfois,  et  qui  étaient  habitués  à  plus  de  douceur, 
s'indignaient  contre  la  Revue,  et  l'appelaient  rageusement 
la  vipère  ;  dès  que  la  vipère  eut  sifflé  contre  eux  à  plusieurs 
reprises,  ils  se  renfoncèrent  chacun  dans  son  coin,  et  s'y 
tinrent  muets;  ou,  s'ils  se  risquèrent  encore  à  élever  la 
voix,  ce  fut  avec  une  prudence  qui  leur  évita  sa  morsure. 
Bréal  joua  son  rôle  dans  cette  petite  guerre,  et  ce  n'est  pas 
sans  raison  qu'il  fut  choisi  par  la  suite  pour  être  un  des 
quatre  directeurs  de  la  Revue. 

D'autres  soucis  s'ajoutèrent  bientôt  à  ceux  que  lui  caur 
sait  cette  besogne  d'assainissement  scientifique.  Victo- 
Duruy,  toujours  en  quête  d'innovations  précieuses,  songeait, 
à  fonder  parmi  nous  quelque  chose  d'analogue  à  ce  que 
sont  les  séminaires  auprès  des  Universités  allemandes,  mais 
avec  les  vertus  de  clarté  lumineuse  et,  si  possible,  de  faci- 
lité littéraire  qui  sont  ici,  comme  par  droit  de  naissance, 
l'accompagnement  de  l'érudition.  Lorsque,  en  1868,  il  réa- 
lisa son  projet,  Bréal  se  trouva  naturellement  désigné  pour 
enseigner  la  grammaire  comparée  a  l'Ecole  pratique  des 
Hautes  Études,  dans  la  section  d'histoire  et  de  philologie. 
C'était  une  charge  en  surcroît  de  celles  qu'il  portait  déjà; 
il   l'accepta  avec  allégresse,  car  elle  achevait  de  lui  donner 


NOTICE    SUR   M.    MICHEL    URÉAL  557 

la  haute  direction  sur  la  science  à  laquelle  il  s'était  voué 
dès  la  sortie  de  l'Ecole. 

Des  trois  moyens  qu'il  possédait  ainsi  de  l'avancer,  l'en- 
seignement du  Collège  de  France  fut  celui  que  l'expérience 
lui  révéla  bientôt  comme  étant  le  moins  efficace.  Avec  ses 
salles  constamment  accessibles  aux  désœuvrés  et  aux 
curieux  pendant  que  le  maître  parle,  avec  ses  auditeurs 
dont  la  plupart  viennent  assidûment  plutôt  pour  entendre 
un  développement  bien  équilibré  sur  des  points  curieux 
de  science  que  pour  apprendre  patiemment  les  méthodes 
de  la  science  même,  le  Collège  lui  sembla  ne  pas  offrir  à 
ses  besoins  de  prosélytisme  scientifique  un  champ  beaucoup 
plus  favorable  que  n'était  alors  la  Faculté  des  lettres. 
Comme  tout  bon  normalien  de  son  temps,  il  excellait  dans 
l'art  de  trousser  vivement  une  leçon,  et  il  l'avait  prouvé 
chaque  fois  qu'il  avait  ouvert  son  cours  ;  mais  il  préférait 
à  cet  exercice  d'éloquence  un  peu  solennel  la  conférence 
familière,  causée  sans  apparat  au  milieu  de  ses  élèves,  inter- 
rompue à  l'occasion  par  leurs  questions  ou  par  leurs 
remarques,  et  l'École  des  Hautes  Études  lui  prêta  le  cadre 
simple  qu'il  considéra  comme  plus  propre  que  celui  du 
Collège  aux  besognes  utiles.  Ceux  qui  travaillèrent  alors 
sous  lui  dans  les  salles  étroites  de  la  vieille  Sorbonne 
gardèrent  un  souvenir  très  particulier  de  leurs  premières 
rencontres  avec  lui.  En  ce  temps-là,  le  candidat  qui  solli- 
citait la  libre  pratique  de  ce  véritable  laboratoire  linguis- 
tique ne  pouvait  l'obtenir  qu'après  avoir  rendu  au  pro- 
fesseur de  son  choix  une  visite  d'épreuve  préliminaire,  et 
lorsqu'il  se  présentait  à  Bréal,  s'il  n'avait  pas  encore  vu 
de  près  celui-ci,  il  échappait  malaisément  à  un  accès  de 
timidité.  Il  devait  dire  d'où  il  sortait,  les  motifs  qu'il  avait 
de  croire  à  sa  vocation,  le  point  où  il  pensait  en  être  arrivé 
de  ses  études,  au  besoin  traduire  et  commenter  quelques 
lignes  d'un  texte  grec  ou  sanscrit  ;  cet  interrogatoire  conduit 
posément,   à   voix   lente,    par  ce   petit  homme   bâti  carré- 


5S8  NOTICh'    SUR    M.    MICHEL    IfHÉAL 

ment,  épaules  larges,  tête  énorme,  traits  taillés  puissam- 
ment, qui  l'écoutait  sans  broncher  et  le  cou  penché  légère- 
ment sur  l'épaule  gauche,  le  regardait  d'un  air  malicieux,  ne 
laissait  pas  de  lui  brouiller  un  peu  les  idées  ;  mais  la  bien- 
veillance retenue  du  sourire  corrigeait  cette  impression 
troublante,  et  les  rapports  que  le  cours  établissait  presque 
aussitôt  entre  le  maître  et  les  élèves  achevaient  de  la  dis- 
siper. Il  réussissait,  dès  le  premier  jour,  à  éveiller  en  eux 
la  sensation  qu'ils  étaient  pour  lui  des  collaborateurs 
autant  que  des  élèves,  il  provoquait  leurs  observations, 
il  critiquait  leurs  essais,  et,  impitoyable  pour  les  fautes 
de  méthode,  il  leur  accordait,  pour  le  reste,  une  liberté 
absolue.  Rien,  toutefois,  ne  leur  était  plus  instructif  que 
d'assister  au  travail  qui  s'accomplissait  dans  son  esprit 
lorsqu'il  abordait  à  leur  intention  l'examen  d'un  point  de 
doctrine  mal  résolu  ou  jugé  insoluble  par  d'autres.  La 
franchise  parfaite  avec  laquelle  il  exposait  les  données  du 
problème,  l'argumentation  serrée  par  laquelle  il  écartait 
les  solutions  avancées  précédemment,  son  adresse  à  grou- 
per insensiblement  les  faits  d'où  allait  découler  la  sienne, 
et  les  mots  saisissants  qu'il  employait  pour  la  formuler, 
tout  leur  montrait  comment  on  s'y  prend  pour  dégager 
la  vérité  des  nuages  qui  l'obscurcissent  et  excitait  en  eux 
l'ambition  de  l'égaler,  sinon  de  le  surpasser. 

Deux  ans  à  peine  s'étaient  écoulés  depuis  sa  nomination 
à  ce  poste  privilégié,  quand  la  guerre  franco-prussienne 
et  le  désir  de  contribuer  selon  son  pouvoir  au  relèvement 
de  notre  pays  donnèrent  un  autre  cours  à  son  activité. 
Après  la  défaite  de  l'Autriche,  en  1866,  c'était  devenu 
à  Paris  un  lieu  commun  de  répéter  que  la  Prusse  devait 
le  meilleur  de  ses  succès  militaires  à  la  façon  pratique 
dont  elle  avait  organisé  l'instruction  populaire,  ou,  pour 
citer  une  des  phrases  à  la  mode  en  ces  jours  déjà  lointains, 
que  Sadowa  avait  été  gagné  au  moins  autant  par  l'insti- 
tuteur  que  par  le  fusil  à  aiguille.   Après   le  désastre   de 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL  559 

Sedan,  cette  opinion,  d'ailleurs  contestable,  passa  soudain 
a  l'état  d'axiome,  et  se  répandit  par  toute  la  France  ;  les 
survivants  de  notre  génération  n'ont  pas  oublié  la  violence 
des  assauts  que  le  système  d'éducation  en  vigueur  alors 
subit  à  cette  occasion  et  les  nombreux  projets  qu'on 
échafauda  pour  le  réformer.  Or,  depuis  son  séjour  à  Ber- 
lin, en  1858,  Bréal  ne  cessait  d'amasser  des  notes  sur  la 
valeur  comparative  des  études  telles  qu'elles  étaient  orga- 
nisées en  France  et  en  Allemagne  ;  ce  ne  furent  donc  pas 
les  événements  de  l'année  terrible  qui  lui  suggérèrent 
l'idée  de  se  jeter  dans  la  mêlée  :  ils  le  décidèrent  seulement 
à  produire  ses  observations  plus  tôt  qu'il  n'aurait  songé 
à  le  faire  sans  eux.  Il  les  condensa,  en  1872,  dans  un  petit 
volume  in-18  qu'il  intitula  modestement  :  Quelques  payes 
sur  l'instruction  publique  en  France  l.  Elles  formaient  une 
critique  très  fermement  motivée  et  très  dure  par  endroits, 
sous  son  expression  courtoise,  des  trois  degrés  d'enseigne- 
ment que  l'Etat  avait  combinés  :  enseignement  primaire, 
enseignement  secondaire,  enseignement  supérieur  ;  véri- 
fiant les  résultats  de  ses  enquêtes  personnelles  par  ceux 
des  expériences  d'autrui,  Bréal  indiquait  pour  chacun  de 
ces  degrés  les  mesures  qu'il  estimait  être  le  plus  propres  à 
les  régénérer.  Le  livre  eut  deux  éditions  coup  sur  coup  ;  les 
conclusions  en  furent  approuvées  ou  condamnées  chaude- 
ment ;  mais,  à  quelque  parti  que  l'opinion  s'arrêtât,  elle 
demeura  convaincue  désormais  que  l'auteur,  loin  d'être  un 
de  ces  savants  enfermés  hermétiquement  dans  leur  science, 
se  doublait  d'un  observateur  attentif  de  tout  ce  qui  se 
passait  dans  le  monde  et  de  qui  l'on  pouvait  espérer  beau- 
coup pour  la  réfection  de  notre  édifice  universitaire. 

Toutefois,   avant  de  réclamer  l'application  intégrale  de 
ses  principes,  il  lui  parut  nécessaire  d'en  tenter  les  essais 


1.  Publié  chez  Hachette,  Paris,  1872,  in-18  ;  une  seconde  édition  en  parut 
la  même  année,  dans  le  môme  format  et  chez  le  même  éditeur. 

1916  31 


560  NOTICE    SUR    M.     MICHEL    ItRÉAL 

partiels  sur  divers  objets  déterminés.  Il  fut  donc  de  ceux 
qui,  fondant  l'Ecole  Alsacienne,  puis  le  Collège  Sévigné, 
montrèrent  aux  éducateurs  officiels  les  voies  qu'il  convenait 
de  suivre  pour  perfectionner  l'instruction  secondaire  des 
garçons  et  des  filles.  De  même,  il  s'associa,  dès  le  premier 
jour,  aux  travaux  de  la  Société  pour  l'enseignement  supé- 
rieur, et  il  devint,  en  1879,  un  des  promoteurs  les  plus 
ardents  de  cette  Société  pour  renseignement  secondaire, 
qui  a  fourni  depuis  de  si  belles  destinées,  acceptant  de  la 
présider  deux  fois  de  suite,  en  1880  et  en  1881,  puis,  après 
deux  années  de  repos  bien  gagné,  une  fois  encore,  en  1 88 i. 
Il  avait  été  nommé  dans  l'intervalle  un  des  inspecteurs  de 
l'enseignement  supérieur,  un  peu  à  son  corps  défendant, 
car  l'âge  l'alourdissait  déjà,  et  les  voyages  d'inspection  le 
fatiguaient. 

Défendant  ainsi  la  cause  des  études  classiques,  il  ne 
négligeait  pas  celle  des  études  orientales.  Il  relevait,  au 
cours  de  ses  tournées,  les  endroits  qui  lui  paraissaient 
offrir  le  plus  de  ressources  pour  celles-ci,  et,  de  retour 
à  Paris,  il  insistait  auprès  du  Ministère  pour  qu'on  y 
envoyât  des  professeurs  spéciaux  ;  c'est  à  son  initiative 
que  Lyon,  par  exemple,  doit  ces  deux  chaires  de  sanscrit 
et  d'égyptologie  dont  elle  n'est  pas  peu  fière  aujourd'hui. 
Enfin,  quand  la  loi  de  1880,  modifiant  la  constitution  du 
Conseil  supérieur  de  l'instruction  publique,  y  laissa  un 
certain  nombre  de  places  à  la  nomination  du  ministre, 
Jules  Ferry  le  désigna  pour  remplir  l'une  d'elles,  et  ce  choix 
ne  rencontra  partout  qu'approbation.  A  partir  de  ce 
moment,  Bréal  vécut  pour  ainsi  dire  deux  vies  accolées 
l'une  à  l'autre,  et  dont  chacune  aurait  suffi  à  fatiguer  les 
énergies  d'un  homme  actif. 

C'est  qu'en  effet,  tout  en  ayant  la  mine  de  se  livrer 
entièrement  à  l'amélioration  et  à  la  défense  de  l'Université, 
il  n'avait  rien  relâché  de  sa  vigueur  scientifique.  Son 
<roùt  l'avait  entraîné  de  bonne  heure  vers  le  déchiffrement 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL  561 

des  dialectes  les  plus  obscurs  de  l'Italie  :  les  Comptes 
rendus  de  notre  Académie,  les  Mémoires  de  la  Société  de 
linguistique,  la  Revue  critique  sont  pleins  des  articles  où 
il  déposait  fragment  par  fragment  le  produit  de  ses  recon- 
naissances sur  ce  terrain  mal  exploré.  Une  première  fois, 
en  1875,  cet  effort  aboutit  à  la  mise  au  jour  d'une  œuvre 
considérable  sur  les  Tables  eugubines  dans  la  Bibliothèque 
de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes.  Les  six  plaques  de  bronze 
déterrées  jadis  à  Gubbio  et  couvertes,  les  unes  de  carac- 
tères étrusques,  les  autres  de  caractères  latins,  contiennent 
les  restes  d'un  rituel  ombrien  qui  prescrivait  des  cérémo- 
nies destinées  à  assurer  la  prospérité  des  moissons.  Non 
seulement  le  texte  en  offrait  de  l'intérêt  pour  l'archéologue, 
mais  l'idiome  dans  lequel  il  est  conçu  ouvrait  un  champ 
fécond  au  linguiste.  Bréal  le  remua  assez  à  fond  pour  en 
tirer  les  éléments  d'une  grammaire  où  il  montrait  que 
l'ombrien,  à  côté  de  quelques  particularités  d'allure  toute 
moderne,  possédait  des  formes  plus  archaïques  que  celles 
du  latin. 

Tandis  qu'il  travaillait  à  rédiger  cette  œuvre,  un  fauteuil 
étant  devenu  vacant  chez  nous  par  la  mort  de  Brunet  de 
Presle,  il  se  présenta  pour  l'obtenir  ;  le  3  décembre  1875,  il 
fut  élu  au  premier  tour  de  scrutin  par  19  voix1.  Désormais 
notre  Académie  reçut  la  primeur  de  ses  recherches.  C'est 
ainsi  qu'il  compléta  sa  reconstruction  de  l'ombrien  par 
l'analyse  des  inscriptions  volsques  de  Velletri  et  de  Scop- 
pito,  par  l'examen  de  la  loi  de  Bantia  et  de  la  tablette 
d'Anagnone,  par  une  tentative  d'interprétation  plus  rigou- 
reuse du  chant  des  frères  Arvales.  La  même  curiosité 
qui  l'attirait  vers  les  monuments  les  plus  difficiles  à  élu- 
cider de  l'Italie,  le  poussa  vers  ceux  des  dialectes  les  plus 
excentriques  de  la  Grèce,  le  cypriote,  l'étolien,  le  crétois  : 


1.   Comptes  rendus,    1875  (4e  série,  t.  III),  p.  294-296  :  il  prit  place  dans 
la  séance  du  10  décembre  (ibid.,  p.  297). 


562  NOTICE    SUR    M.     MICHEL    BRÉAL 

un  morceau  de  la  loi  de  Gortyne  enfoui  au  Louvre  depuis 
I808  lui  permit  d'éclairer  certaines  obscurités  du  langage, 
de  définir  les  termes  relatifs  aux  adoptions  et  de  recon- 
stituer par  là  un  chapitre  entier  du  droit  grec1.  Malgré 
que  la  science  ait  progressé  depuis  lors,  et  que  certains 
des  faits  discutés  dans  ces  mémoires  aient  été  reconnus 
incomplets  ou  inexacts,  il  y  a  plaisir  toujours,  et  souvent 
profit,  à  les  relire,  tant  la  méthode  en  est  ferme  et  péné- 
trante, tant  la  hardiesse  s'y  unit  à  la  prudence.  Bréal 
avait  l'instinct  de  ce  qui  est  possible  en  exploration  scien- 
tifique comme  de  ce  qui  ne  l'est  pas  selon  les  conditions 
du  temps  présent,  et  cet  instinct,  affiné  par  une  longue 
pratique,  le  garda  contre  les  théories  où  d'autres  se  plai- 
saient à  voir  des  inspirations  de  génie.  Quel  savant 
aujourd'hui,  même  au  delà  du  Rhin,  défendrait  les  thèses 
bizarres  de  Corssen  sur  la  façon  de  lire  les  inscriptions 
étrusques  et  de  comprendre  la  langue  dans  laquelle  elles 
sont  écrites?  Ce  fut  Bréal  qui,  le  premier,  démontra  au 
professeur  allemand  qu'il  avait  perdu  son  temps  à  compo- 
ser un  gros  ouvrage  afin  d'établir  que  l'étrusque  est  un 
latin  mal  prononcé  2. 

Le  moment  vint  pourtant  où,  les  forces  d'un  seul  mena- 
çant de  succomber  sous  le  poids  de  tant  de  fonctions  di- 
verses, il  devrait  se  débarrasser  de  l'une  ou  de  l'autre  d'entre 
elles  :  à  l'automne  de  1881,  il  renonça  à  l'Ecole  des  Hautes 
Études.  Ainsi  qu'il  arrive  souvent  dans  nos  sciences,  celui 
qui  assemble  en  un  corps  de  doctrine  cohérent  les  notions 
éparses  que  d'autres  ou  lui  ont  acquises  dans  un  certain 
laps  de  temps  semble  ne  clore  la  période  pendant  laquelle 
sa  théorie  s'est  élaborée  que  pour  ouvrir  une  période  nou- 
velle, pendant  laquelle  une  génération  plus  jeune  manifeste 
des  tendances  opposées,  sinon  pour  le  tout,  du  moins  pour 

1.  Comptes  rendus,  1878  (4e  série,  t.  VI),  p.  139. 

2.  Revue  critique,  1874,  2'  semestre,  t.  VIII,  p.  321,  et  1876,  1"  semestre, 
t.  X,  p.  81. 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL  563 

une  grosse  part  des  résultats  estimés  le  plus  solides  par  ses 
prédécesseurs.  Bréal  en  avait  fini  à  peine  en  1872  avec  le 
dernier  volume  de  sa  traduction,  que  l'œuvre  de  Bopp,  for- 
tement battue  en  brèche  et  dans  son  pays  et  dans  le  nôtre, 
commençait  à  chanceler.  Pour  Bopp  et  pour  son  école, 
l'important  était  de  retracer  la  naissance,  l'accroissement, 
puis  le  dépérissement  des  formes  grammaticales  indo-euro- 
péennes, ceux  surtout  de  la  flexion,  mais  sans  trop  s'in- 
quiéter ni  de  leur  évolution  phonétique,  ni  de  leur  emploi 
dans  la  phrase,  ni  de  la  structure  de  cette  phrase  même. 
Près  de  lui  déjà  on  avait  entrepris  de  substituer,  à  l'étude 
des  lettres  et  de  leurs  correspondances  de  langue  à  langue, 
celle  de  l'articulation  et  de  ses  changements,  si  bien  qu'on 
en  arriva  vite  à  dégager  les  faits  applicables  à  toutes  les 
langues  et  non  pas  propres  seulement  à  telle  ou  telle  :  on 
reconnut  que  le  moindre  changement  phonétique  s'accom- 
plit mécaniquement,  suivant  des  lois  sans  exception  ;  en 
d'autres  termes,  qu'il  a  lieu  dans  une  direction  toujours  la 
même  chez  tous  les  hommes  qui  parlent  un  même  langage 
et,  dans  celui-ci,  un  même  dialecte,  si  bien  que  tous  les 
mots  où  entre  le  son  sujet  à  l'altération  la  doivent  subir. 
Les  élèves  de  Bréal  entraînés  par  le  courant  que  son  ensei- 
gnement critique  avait  déterminé  s'étaient  éloignés  de  Bopp, 
puis  de  leur  maître,  tant  qu'enfin  l'écart  entre  les  doctrines 
plus  récentes  et  les  plus  anciennes  devint  manifeste  lorsque, 
en  1879,  Saussure  publia  le  Mémoire  sur  le  système  pri- 
mitif des  voyelles  dans  les  langues  indo-européennes  ',  qui 
édifia  de  façon  définitive  la  théorie  du  vocalisme  dans  ce 
groupe  linguistique.  La  rigueur  inflexible  introduite  ainsi 
dans  la  science  ne  convenait  pas  beaucoup  mieux  au  tem- 
pérament de  Bréal  que  le  sec  empirisme  de  l'enseignement 
grammatical  donné  par  l'Ecole  normale  au  temps  de  sa  jeu- 
nesse.   Il  continua   son   cours  des  Hautes  Etudes  pendant 

1.  Leipzig.  1879,  in-8°  ;  Paris,  1887,  in-8". 


564  NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL 

trois  années  encore;  puis,  en  1881,  la  fissure  s'élargissant 
toujours,  il  quitta  la  partie,  mais  en  désignant,  pour  le  rem- 
placer, celui-là  même  dont  les  directions  scientifiques  s'éloi- 
gnaient le  plus  des  siennes,  Ferdinand  de  Saussure. 

Rien  ne  montre  plus  clairement  la  libéralité  de  son  esprit 
et  l'intelligence  très  avisée  qu'il  avait  des  besoins  du  mo- 
ment. Peu  de  professeurs,  appelés  à  se  donner  un  successeur, 
auraient  dirigé  aussi  généreusement  le  choix  du  ministre 
sur  un  disciple  qui  s'écartait  si  résolument  de  leurs  idées 
propres.  Bréal  trouva  tout  naturel  d'agir  comme  il  fît  en 
cette  circonstance,  suivant  d'ailleurs  en  cela  la  règle  de  sa 
vie  entière.  Jamais  il  ne  demanda  à  ses  élèves  d'adopter 
aveuglément  ses  idées  :  il  n'exigea  d'eux  que  le  sérieux  et 
la  bonne  foi  dans  les  recherches. 

Allégé  ainsi  d'une  partie  de  ses  devoirs  professoraux,  il 
lui  devint  moins  difficile  de  conduire  à  une  même  allure  et 
sa  poursuite  de  la  vérité  scientifique  et  sa  lutte  pour  l'Uni- 
versité. La  jeune  école  de  linguistique  n'avait  pas  pu  s'en- 
fermer presque  exclusivement  dans  la  démonstration  des 
lois  phonétiques,  de  leur  constance,  des  conséquences  qui 
en  découlent  pour  chacun  des  membres  de  la  famille  indo- 
européenne, sans  négliger  un  peu  l'analyse  des  sens  et  de 
leur  évolution,  ce  que  les  Allemands  affublaient  du  nom  de 
sémasiologie.  Bréal  préféra  ne  pas  oublier  qu'à  côté  de  ces 
lois  strictes  qui  meuvent  le  corps  matériel  du  langage,  il  y 
en  a  d'autres  aussi  rigoureuses  qui  en  commandent  le  méca- 
nisme psychologique,  et  il  en  donna  l'application  dans  une 
série  de  notes  rédigées  au  jour  le  jour  pendant  des  années. 
Les  changements  de  signification  qui  atteignent  les  mots  et 
les  formes  grammaticales  sont  le  produit  des  opérations 
incessantes  par  lesquelles  l'esprit  humain  se  fabrique  à  lui- 
même  des  outils  de  plus  en  plus  commodes  et  les  perfec- 
tionne ou  les  remplace  à  mesure  qu'ils  s'usent,  afin  de  s'en- 
tendre toujours  mieux  avec  ses  semblables  ;  mais  tandis 
que  leurs  sons  se  modifient  méthodiquement  à  travers  les 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL  565 

siècles,  leurs  sens  évoluent  avec  non  moins  de  régularité. 
Ce  n'est  pas  qu'ils  jouissent  d'une  autoplastie  réelle  et  que 
nous  ayons  le  droit  de  leur  attribuer  une  sorte  de  vie, 
comme  l'imagina  Arsène  Darmesteter  :  cette  conception, 
empreinte  qu'elle  était  du  mysticisme  germanique,  n'était 
pas  pour  plaire  à  Bréal,  et  n'a  pas  résisté  à  sa  critique;  mais 
ce  fut  en  1897  seulement  qu'il  crut  enfin  avoir  précisé 
suffisamment  ses  idées  sur  ce  sujet,  et  qu'il  les  livra  au 
public  dans  ses  Essais  de  sémantique.  Le  mot  avait  été 
frappé  par  lui  pour  désigner  cette  branche  de  la  science  où 
le  langage  est  considéré  avant  tout  au  point  de  vue  des 
choses  à  exprimer,  et  il  fît  une  fortune  rapide,  car  les  sa- 
vants de  profession  s'en  emparèrent  et  le  monde  lettré 
l'adopta  presque  aussitôt  qu'eux:  il  est  entré  dans  l'usage 
courant  et  on  n'imagine  pas  le  temps  où  il  n'y  était  pas. 
L'ouvrage  n'est  pas  un  simple  répertoire  de  faits,  hérissé 
de  mots  techniques  et  écrit  dans  la  manière  aride  ou  peu 
compréhensible  que  tant  d'auteurs  affectent  en  cas  pareil  ; 
c'est  plutôt  un  traité  psychologique,  mais  d'une  psychologie 
toujours  claire  dans  ses  principes.  Ecartant  «  l'inconscient  » 
des  théories  germaniques  ou  germanisantes,  Bréal  se  refuse 
à  prêter  au  langage  un  développement  spontané,  mais  il 
voit  en  lui  un  produit  réfléchi  de  l'homme  vivant  en  société, 
que  le  milieu  ambiant,  l'école,  la  littérature,  la  pratique  des 
classes  instruites,  le  frottement  hostile  ou^pacifique  avec 
l'étranger  modifient  sans  relâche.  A  la  netteté  des  principes 
déterminés  successivement  correspond  une  limpidité  et  un 
bonheur  d'expression  où  l'on  retrouve  l'ancien  normalien 
rompu  dès  l'enfance  à  l'art  de  bien  écrire.  La  phrase  est 
agile,  sobre,  dépouillée  d'ornement  superflu,  imagée  cepen- 
dant quand  il  faut  lètre.  Le  livre  a  eu  cinq  éditions  de  1897 
à  nos  jours,  et  le  succès  n'est  pas  épuisé,  loin  de  là.  Bréal, 
qui  en  avait  préparé  l'effet  par  mainte  note  préliminaire,  le 
continua  et  l'accrut  par  la  publicationjninterrompue  de  ce 
qu'il  appelait  ses  «  Variétés  philologiques  ».  «  C'est,  dit-il, 


560  NOTICE   SUR    M.    MICHEL    BRÉAL 

de  la  graine  jetée  un  peu  au  hasard  :  cela  germe  quel- 
quefois mieux  qu'en  serre  chaude1.  »  La  bonne  semence, 
en  effet,  quand  elle  est  lancée  à  propos,  se  perd  rarement, 
quel  que  soit  le  sol  sur  lequel  elle  tombe  :  celle-ci  a  levé 
drue  en  serre  chaude  et  en  terre  libre  ;  mais  souvent, 
lorsque  la  plante  est  arrivée  à  maturité,  la  moisson  ne  rend 
pas  au  semeur  les  fruits  qu'il  en  attendait,  et  les  espoirs  qu'il 
avait  bâtis  sur  elle  sont  déçus  cruellement. 

Il  l'éprouva  vers  le  même  moment,  lorsqu'en  1896  il  fut 
obligé  de  renoncer  à  cette  partie  éducatrice  de  son  œuvre 
qui  ne  lui  tenait  pas  moins  à  cœur  que  la  partie  scientifique. 
Vainement  avait-il,  depuis  1880,  prodigué  son  temps  et  sa 
peine  pour  aider  à  la  reconstitution  de  notre  enseignement: 
ses  projets,  tombés  entre  les  mains  de  gens  plus  habitués  à 
exécuter  des  manœuvres  de  stratégie  parlementaire  qu  à 
toucher  aux  rouages  délicats  de  notre  machine  éducatrice, 
avaient  subi  bientôt  des  déformations  qui  en  altéraient  sin- 
gulièrement la  nature.  Non  seulement  l'étude  du  grec 
tendait  à  disparaître  des  lycées,  mais  celle  du  latin  fléchis- 
sait, et,  comme  conséquence  de  ce  double  affaiblissement, 
la  crise  du  français  commençait  à  se  déclarer.  Depuis  que 
Bréal  avait  été  inscrit  d'office  au  Conseil  supérieur,  il  n'avait 
cessé  de  signaler  le  danger  et  de  le  combattre  énergique- 
ment  sur  tous  les  points  où  il  surgissait,  mais  sans  parvenir 
à  le  refouler.  Certes,  l'Etat  avait  beaucoup  fait  et  se  pro- 
posait de  faire  plus  encore  dans  le  domaine  de  l'enseigne- 
ment supérieur,  mais  la  parcimonie  avec  laquelle  il  pro- 
cédait ne  lui  permettait  pas  toujours  d'achever  ou  simplement 
d'amorcer  les  améliorations  annoncées  au  début,  et  quand 
même  elles  s'étaient  opérées  sérieusement  dans  la  masse 
professorale,  on  pouvait  craindre  que  le  recrutement  des 
étudiants  devînt  défectueux,  faute  par  l'enseignement  secon- 


1.  Lettre  à  M.  S.  Reinach,  dans  la  Revue  archéologique,  1916  (5e   série, 
t.  III),  p.  145. 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL  367 

daire  de  leur  donner  la  préparation  convenable.  Là,  en  effet, 
le  désir  louable  en  soi  d'agrandir  le  nombre  des  matières 
enseignées  au  collège,  en  ménageant  l'hygiène  des  enfants, 
avait  décidé  le  législateur  a  réduire  les  années  d'études  clas- 
siques et  à  écourter  les  heures  de  classe  dans  celles  qu'on 
leur  laissait,  tandis  qu'on  enlevait  son  caractère  propre  à 
l'enseignement  spécial,  pour  tailler  en  lui  comme  une  dou- 
blure de  l'enseignement  classique  ;  d'où  l'abaissement 
graduel  de  l'un  sans  l'élévation  suffisante  de  l'autre.  L'en- 
seignement  primaire  avait  bénéficié  d'un  traitement  plus 
favorable,  et  Bréal  y  aurait  loué  sans  réserve  les  résultats 
obtenus  si  des  arrière-pensées  purement  politiques 
n'avaient  risqué  d'y  fausser  le  rôle  de  l'école.  Il  lutta  seize 
années  durant  contre  le  mal  ;  mais  il  eut  beau  protester  au 
sein  de  l'assemblée,  multiplier  les  articles  de  journaux  et 
de  revues,  essayer  en  Sorbonne  une  propagande  de  confé- 
rences pratiques  sur  la  méthode  à  suivre  pour  enseigner  les 
langues  anciennes  et  les  langues  vivantes  :  sa  voix,  écoutée 
d'abord  avec  respect,  finit  par  devenir  importune.  En  1880, 
un  ministre  l'avait  porté  spontanément  sur  la  liste  des 
conseillers  à  sa  nomination;  en  1896,  un  autre  ministre  le 
raya  spontanément. 

Bréal  se  retira  de  la  bataille,  plein  de  tristesse  et  de 
doute  ;  une  dernière  fois  pourtant,  en  1899,  lorsqu'une 
commission  parlementaire,  présidée  par  notre  confrère 
M.  Ribot,  fut  chargée  d'enquérir  sur  l'état  de  l'enseignement 
en  France,  il  prit  la  parole  pour  rendre  son  témoignage 
avec  un  faible  regain  d'espérance.  Il  énuméra  de  nouveau 
les  fautes  commises,  il  s'éleva  fortement  contre  l'opinion 
qui  lui  en  attribuait  la  plupart  et,  dégageant  sa  responsa- 
bilité ainsi  que  celle  des  hommes  qui,  de  près  ou  de  loin, 
par  l'action  ou  par  le  discours,  avaient  collaboré  à  sa  grande 
œuvre,  il  déplora  l'affaissement  toujours  plus  sensible  des 
humanités,  il  signala  les  inconvénients  du  monopole  réel 
qu'un  engouement  injustifié  accordait  à  l'allemand  presque 


568  NOTICE    SUR    M.    MICHEL    RRÉAI. 

à  l'exclusion  des  autres  langues  modernes  ;  on  accueillit 
patiemment  cette  philippique  et  on  loua  l'énergie  prévoyante 
qui  l'avait  dictée,  mais  nous  savons  tous  par  expérience  ce 
qui  sortit  de  l'enquête. 

Bréal  garda  au  fond  de  son  cœur  une  sourde  rancune 
contre  ceux  qui,  ayant  l'autorité  nécessaire  pour  avancer 
la  tentative  de  réparation  à  laquelle  il  tenait  tant,  l'avaient 
compromise,  et,  bien  qu'il  se  renfermât  à  l'ordinaire  dans 
un  silence  dédaigneux,  il  ne  put  pas  toujours  l'empêcher 
de  percer.  Un  jour,  pendant  l'été  de  1899,  que  plusieurs 
de  nos  confrères  parlaient  instruction  publique,  au  pied 
de  la  statue  de  Chateaubriand,  dans  l'antichambre  de 
notre  salle  des  séances,  et  qu'ils  exprimaient  librement 
devant  lui  l'inquiétude  qu'ils  ressentaient,  l'un  d'eux, 
avisant  Bréal,  lui  demanda  son  avis.  «J'ai  eu,  répondit-il, 
mes  théories  à  ce  sujet  ;  elles  ont  plu  jadis,  vous  les 
connaissez,  j'ai  essayé  de  les  faire  adopter  en  haut  lieu,  et 
j'étais  si  bien  persuadé  de  leur  excellence  que  j'ai  élevé 
mes  enfants  d'après  elles  tant  bien  que  mal,  plutôt  mal 
que  bien  selon  ce  qu'on  m'a  donné  à  entendre  ;  mainte- 
nant donc,  je  m'abstiens  de  juger  ce  qui  se  passe.  »  Il 
n'avait  pas  si  mal  élevé  ses  enfants,  et  nul  ne  l'ignorait  de 
ceux  qui  avaient  pénétré  dans  l'intimité  de  sa  famille,  mais 
une  façon  de  légende  était  née  à  ce  propos,  et  le  ressen- 
timent qu'il  en  éprouvait  l'amena  à  s'exprimer  presque  de 
même  dans  une  occasion  plus  solennelle.  Vers  la  fin  de 
1899,  ses  admirateurs  et  ses  amis  avaient  comploté  de 
fêter  par  un  banquet  le  vingt-cinquième  anniversaire  de 
son  élection  à  l'Institut  ;  la  Société  de  linguistique,  dont 
il  était  le  secrétaire  assidu  depuis  1868,  prit  la  tète  du 
mouvement,  le  Collège  de  France,  l'Association  des  Etudes 
grecques,  l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  l'Académie  des 
inscriptions  où  il  comptait  comme  confrère  plus  d'un  de 
ses  anciens  élèves,  quelques-uns  des  journaux  et  des  revues 
dans  lesquels  il  écrivait,  s'empressèrent  à    la    suite,  et    le 


NOTICE  SUR  M.  MICHEL  BBÉAL  569 

banquet  eut  lieu  le  1er  décembre.  On  vit  là,  comme   il    le 
définit  assez  drôlement,    un  Bréalorama  complet,  où  défi- 
lèrent tous  ceux  qui  tenaient    à    honneur  d'affirmer    leurs 
sentiments   dévoués   ou  reconnaissants   pour  l'homme    qui 
avait  été  le  camarade  d'enfance  ou  le   compagnon  d'armes 
de  plusieurs  d'entre  eux,  le  maître  de  beaucoup.    Au  des- 
sert, Gaston    Paris,    Gabriel    Monod,    Eugène  d'Eichthal, 
Barboux,  Bernés,  Rosapelly  le  saluèrent  au  nom  des  corps 
savants  qu'ils  représentaient  ;  puis  Bréal,    se  levant  a  son 
tour,  les   remercia  de    l'hommage    qu'ils   venaient   de    lui 
rendre.  Il    esquissa    à   grands    traits   l'histoire  de    sa  vie, 
rappela  les  luttes  qu'il  avait  soutenues   pour  la    science  et 
l'instruction  publique,  confessa  les  illusions  dont  il   s'était 
bercé  au  début    sur  les    chances  de    succès    et   les   désap- 
pointements qui  ne  lui  avaient  pas  été  épargnés,   répéta   à 
ce  propos,  presque  dans   les  mêmes  termes,    ce  qu'il  avait 
dit  sur  la  manière  dont  on  prétendait  qu'il   avait  élevé  les 
siens.   Ce    fut,  parmi    les    douceurs    de     cette    sorte    de 
triomphe,    le  je    ne    sais    quoi  d'amer    que    le  poète    latin 
découvre  au  milieu  de  tous  les  plaisirs.    Des  bravos  una- 
nimes saluèrent    cette    petite    improvisation   où    l'émotion 
contenue  se  teintait  par  endroits  d'une  nuance  d'ironie,  puis 
l'écho  des   applaudissements  s'effaça,  et  la  vie  se.  reprit   à 
couler  en  silence.    Quatre    années    encore,  il    professa    au 
Collège  de  France  ;    mais    avant   que  la    cinquième    finît, 
constatant  que    la  génération  présente    s'écartait  toujours 
davantage  des  doctrines  auxquelles   il  s'était  attaché    dans 
sa  jeunesse  et  dans  son  âge  mûr,  il  céda  sa  chaire    à  celui 
de  ses  élèves  qu'il  savait  être  le  plus  digne  de  lui  succéder, 
M.  Meillet.  Il  se  dépouilla  ainsi  de  la  dernière  des  fonctions 
qui  lui  étaient  échues  depuis    près  d'un    demi-siècle,  mais 
ce  renoncement  extrême  à  la    pratique  de    l'enseignement 
ne  suspendit  point  la   marche  de  son   travail  personnel  :  il 
consacra  les  longs  loisirs    que  la    vieillesse    lui   avait   pré- 


")70  NOTICE    SI  H    M.    MICHEL    BRÉAL 

parés,  à  l'œuvre  qu'il  estimait  le  plus  propre    à   couronner 
sa    carrière. 

Il  en  avait  déjà  laissé  présager  l'importance  clans  des 
notes  analytiques  sur  plus  d'un  mot  de  la  langue  épique, 
dont  la  série  demeurait  perdue  dans  les  journaux  tech- 
niques, avant  qu'il  écrivît  pour  la  Revue  de  Paris  en  1903 
un  article  d'ensemble  sur  Homère  K  Dès  ses  premières 
études  sur  ce  sujet,  qu'on  aurait  cru  de  nature  à  tenter  un 
agrégé  des  lettres  plutôt  qu'un  grammairien,  il  avait  été 
mis  en  défiance  par  les  «  théories  creuses  »  et  par  les 
«  exagérations  poétiques  de  Wolf  ou  de  ses  continua- 
teurs »,  qui,  différant  par  le  détail,  ont  toutes  pour  effet 
de  repousser  l'origine  de  l'épopée  grecque  si  loin  dans  le 
passé  qu'elles  la  placent  «  hors  des  prises  de  la  science  », 
et  de  substituer,  à  la  supposition  d'un  auteur  personnel 
commun  à  V Iliade  avec  l'Odyssée,  celle  dune  création 
inconsciente  sortie  spontanément  de  l'âme  populaire  :  une 
<(  commission  de  savants,  au  temps  de  Pisistrate  »,  aurait 
réuni  les  rhapsodies  éparses  et,  les  classant  dans  l'ordre 
des  événements  pour  chaque  poème,  les  aurait  éditées 
sous  la  forme  où  nous  les  lisons.  Plus  Bréal  s'enfonçait 
dans  l'étude  de  la  poésie  homérique,  plus  il  lui  semblait 
qu'elle  rentrait  dans  la  conception  normale  des  produc- 
tions humaines,  et  que  rien  n'empêchait  la  critique  de  la 
remettre  à  sa  place,  «  parmi  les  institutions  et  les  œuvres 
du  génie  grec  déjà  pourvu  de  traditions  ».  Ses  idées, 
d'abord  un  peu  flottantes,  se  précisèrent  graduellement, 
mais  elles  n'apparurent  bien  claires  qu'en  1906,  dans  le 
livre,  mi  de  vulgarisation,  où  il  s'efforça  de  montrer  quel 
chemin  on  devait  parcourir  Pour  mieux  connaître  Homère-. 
Il  y  prouvait,  dans  une  première  partie,  que  l'Iliade  et 
VOdyssêe    sont   certainement,    aux  yeux   du    lecteur   sans 


1.  Revue  de  Paris,  1903,  t.  X,  1,  p.  T51 . 

2.  Paris,  Hachette,  in-16,  vm-309  pp. 


NOTICE    SUR    M.    MICHEL    I5RÉAL  571 

préjugés,  l'œuvre  d'une  «  intelligence  consciente  et  maî- 
tresse d'elle-même  »,  que  d'ailleurs  tout  en  elles,  cérémo- 
nial de  la  vie  publique,  raffinements  et  luxe  des  mœurs 
privées,  scènes  de  festins  et  de  combats,  usage  constant 
de  formules  pour  le  moindre  acte  de  l'existence,  surabon- 
dance des  épithètes  consacrées  et  des  locutions  invaria- 
bles, caractère  savant  de  la  versification,  richesse  du 
lexique  et  de  la  grammaire,  jusqu'à  l'omission  systé- 
matique d'allusions  à  l'écriture  et  à  la  monnaie,  trahit, 
malgré  des  affectations  d'archaïsme  voulu,  un  âge  relati- 
vement moderne  de  la  civilisation  hellénique.  La  seconde 
partie,  la  plus  longue,  contient,  sous  le  titre  de  Lexilogus 
qu'il  lui  donna  en  mémoire  du  philologue  allemand  de 
lignée  française  Philippe  Buttmann,  l'analyse  de  divers 
termes  homériques  dont  l'examen  lui  semble  devoir  mon- 
trer «  le  secours  que  la  philologie  classique...  peut  tirer 
des  enseignements  de  la  linguistique  »  :  elle  nous  conduit 
à  des  conclusions  analogues  par  la  détermination  exacte 
des  idées  que  le  poète  y  rattache  et  des  formes  sous 
lesquelles  il  les  emploie.  Bref,  on  en  arrive  à  penser 
que  Vlliade  est  une  de  ces  épopées  savantes,  qui  furent 
composées  chez  les  différents  peuples  aux  différents 
âges  de  l'humanité  ;  seulement  elle  est  la  première  en 
date  jusqu'à  présent,  elle  restera  toujours  la  plus  belle  ; 
et  VOdyssée  n'est  pas  d'une  autre  espèce  que  l'Iliade. 
Si  donc  on  recherche  la  personnalité  de  l'auteur  ainsi 
que  le  temps  et  le  lieu  de  sa  naissance,  il  convient  de  ne 
pas  s'égarer  dans  l'antiquité  reculée  :  on  est  attiré  par  la 
force  des  choses  vers  le  vnc  siècle  avant  notre  ère,  et 
vers  ce  royaume  de  Lydie  qui  fut,  à  partir  de  Gygès,  un 
des  Etats  les  plus  policés  et  les  plus  riches  du  monde 
oriental.  Il  y  avait  par  là,  dans  les  villes  d'Ionie  ou  d'Éolie 
vassales  des  Lydiens,  des  sacerdoces  ou  des  corporations 
religieuses,  voués  à  la  célébration  de  jeux  gymniques  ou 
de  fêtes  cycliques,  dont   le    programme  comportait,  entre 


*)72  NOTICE    SUR    M.    MICHEL    BRÉAL 

autres,  l'exécution  de  chants  composés  expressément  sur 
un  thème  de  traditions  nationales.  Lorsque  les  principaux 
épisodes  de  la  guerre  troyenne  et  les  erreurs  des  princes 
grecs  coalisés  pour  la  soutenir  eurent  été  traités,  quelques- 
uns  plusieurs  fois,  un  aède  se  rencontra,  l'Homère  de  la 
légende,  sous  le  nom  duquel  on  présenta  les  rhapsodies 
anciennes  ou  récentes,  tant  qu'enfin,  une  sélection  s'opé- 
rant  parmi  elles,  elles  furent  introduites  dans  Athènes, 
où  une  récension  raisonnée  leur  imposa  la  forme  en 
laquelle  nous  les  admirons  aujourd'hui.  On  ne  s'étonnera 
pas  si  cette  hypothèse  rencontra  peu  de  partisans  parmi 
les  hellénistes  de  métier  :  l'opposition  ne  se  borna  pas  à  la 
critique,  elle  se  manifesta  par  un  éreintement  véritable 
en  Allemagne  ;  mais  Bréal  ne  s'en  soucia  guère.  «  Cela 
m'est  égal  »,  écrivait-il  à  un  de  nos  confrères  {  ;  «  je 
crois  que  l'avenir  me  donnera  raison.  » 

Ce  fut  son  adieu  au  monde  des  lettres.  Pendant 
quelque  temps  encore,  il  publia  ses  dernières  Variétés  phi- 
lologiques, puis  il  posa  la  plume  et  s'enferma  dans  la 
retraite.  Depuis  quelques  mois  déjà,  la  vieillesse,  qui  avait 
été  lente  à  venir  pour  lui,  commençait  à  mordre  sur  son 
robuste  tempérament.  Il  avait  toujours  été  assez  lourd 
d'allures  et  assez  lent  de  mouvement,  mais  la  maladie 
l'avait  respecté,  et  il  avait  atteint  ses  quatre-vingts  ans 
sans  infirmité  réelle  ;  vers  1903,  un  mal  de  genou  se 
déclara  qui,  augmentant  sans  lui  laisser  de  répit,  lui  rendit 
la  marche  de  plus  en  plus  pénible.  Monter  en  voiture  ou 
en  descendre  devint  pour  lui  toute  une  affaire  :  en  1905, 
il  dut  renoncer  à  fréquenter  régulièrement  l'Académie2, 
et,  ce  qui  le  chagrina  peut-être  davantage,    sa  bien-a'mée 


1.  Lettre  à   M.   S.  Reinach,  en  date  du  9  octobre  1907,  dans   la  Revue 
archéologique,  1916  (5*  série,  t.  III),  p.  149. 

2.  Lettre  à  M.  S.  Reinach,  en  date  du   30  octobre    1907,    dans  la  même 
Revue,  même  volume,  p.  150. 


NOTICE  SUR  M.  MICHEL  BRÉAL  573 

Société  de  linguistique.  Ses  sorties  s'espacèrent,  ces- 
sèrent entièrement  ;  c'est  chez  les  siens,  au  87  du  bou- 
levard Saint-Michel,  à  quelques  numéros  à  peine  de  la 
maison  où  il  avait  préludé  à  sa  vie  mariée,  qu'il  s'immo- 
bilisa dans  la  retraite  presque  absolue.  Non  qu'il  perdît 
le  contact  avec  ses  anciens  élèves  :  il  s'intéressait  encore 
à  ce  qu'ils  faisaient,  et  il  surveillait  la  marche  de  la 
science  avec  attention,  mais  avec  une  attention  qui  se 
lassait  parfois.  Les  soins  affectueux  dont  ses  enfants  l'en- 
touraient, ses  deux  fils,  sa  fille,  son  gendre,  le  prolon- 
gèrent sans  secousse  jusqu'au  delà  de  sa  quatre-vingt-troi- 
sième année.  Les  souvenirs  de  son  passé  laborieux  lui 
revenaient  parfois  en  foule, et  alors  il  aimait  à  en  entretenir 
son  entourage  de  parents  ou  d'amis  :  c'est  ainsi  que 
l'avant-veille  de  sa  mort,  il  leur  racontait  les  incidents  qui 
avaient  marqué  son  entrée  à  l'École  normale,  plus  d'un 
demi-siècle  auparavant.  Il  s'éteignit  enfin  le  2o  no- 
vembre 1915,  emportant  dans  la  tombe  le  regret  de 
n'avoir  pu  saluer  encore  le  triomphe  plein  de  nos  armées 
et  la  fin  de  la  guerre  effroyable  qui  met  aux  prises  les 
Allemands  et  la  France. 

Dès  le  moment  où  elle  nous  avait  été  déclarée,  la  vision 
des  horreurs  commises  chez  nous  en  1870  s'était  ravivée 
dans  sa  mémoire  ;  il  s'était  senti  par  instant  oppressé 
d'angoisse  ;  l'écrasement  de  la  Belgique,  les  revers  de 
nos  armées  trop  peu  nombreuses,  leur  retraite  à  travers 
les  provinces  du  Nord,  l'arrivée  presque  foudroyante  des 
avant-gardes  prussiennes  au  voisinage  de  Paris  avaient 
paru  justifier  les  pronostics  les  plus  sombres  :  il  semblait 
que  l'histoire  se  répétât  lugubrement  et  que  les  désastres 
d'il  y  a  quarante-cinq  ans  fussent  sur  le  point  de  se  renou- 
veler. La  victoire  de  la  Marne  rendit  la  sérénité  à  Bréal 
comme  à  tant  d'autres  ;  mais  il  connaissait  trop  bien 
l'Allemagne  et  l'immensité  de  sa  force  brutale  pour  n'être 
pas   persuadé  que    la  décision   suprême  serait  longue  à  se 


574  NOTICE   SUR    M.    MICHEL    BRÉÂL 

produire,  et  il  se  résignait  à  l'attendre  patiemment.  Sa 
destinée  mauvaise  ne  lui  a  point  permis  de  durer  jusque 
là.  Comme  le  prophète  de  l'ancienne  loi,  il  a  pu  entre- 
voir la  terre  promise  aux  brumes  de  l'horizon  lointain  ; 
il  n'a   pas  eu  la  joie   d'y  pénétrer. 


Le  Gérant,  A.   Picard. 


MAÇON,  PROTAT  FRERES,  IMPRIMEURS 


COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 


DE 


L'ACADEMIE    DES    INSCRIPTIONS 

ET    BELLES -LETTRES 

PENDANT     L'ANNÉE     1916 

PRÉSIDENCE  DE  M.  MAURICE  CROISET 


SÉANCE    DU  ll  DÉCEMBRE 


PRESIDENCE    DE    M.      MAURICE    CROISET. 

M.  Antoine  Thomas,  à  propos  du  procès-verbal,  présente 
quelques  observations  relatives  au  nom  d'Ensérune  et  à  ses 
transformations. 

L'Académie  procède  à  l'élection  de  deux  membres  de  la  Com- 
mission des  inscriptions  et  médailles,  en  remplacement  de 
M.  Cagnat,  nommé  Secrétaire  perpétuel,  et  de  M.  l'abbé  Théde- 
nat,  décédé. 

Sont  élus  :  MM.  Babelon  et  Châtelain. 

M.  de  Mély  annonce  qu'il  a  remarqué  que,  tout  comme  les 
galons  des  vêtements  des  personnages  des  tableaux  primitifs,  les 
bordures  des  vêtements  des  tapisseries  portaient  des  inscriptions 
qui  pouvaient  alors  fournir  des  renseignements  sur  les  auteurs 
des  carions  de  ces  tentures.  Des  pièces  d'archives  et  des  cartons 
(ceux  du  Louvre  ayant  confirmé  pour  Jean  de  Rome,  pour 
Philippe  van  Orley,  pour  Moer,  pour  Aelst,  cette  hypothèse,  il 
s'est  attaché  à  étudier  ces  inscriptions  dans  les  tapisseries  de  la 
cathédrale  de  Reims,  exposées  au  Petit  Palais. 

191'i  32 


;i7l)  Livres  ôtfFERtâ 

Dans  YArhrc  de  Jeesé,  on  lil  lies  facilement  Le  Maire  Jean. 
C'est  le  maître  des  œuvres  de  Marguerite  d'Autriche,  le  collabo- 
rateur de  Perréal  pour  l'église  de  Brou.  Un  manuscrit  de  Carpen- 
tras  nous  donne  de  belles  miniatures,  presque  des  cartons  de 
tapisseries,  exécutées  de  sa  main  et  qu'il  déclare  avoir 
laites. 

Sur  le  sabre  d'un  des  gardes  de  l' Adoration  des  Mages,  on  lil 
mv.  C'est  le  monogramme  d'un  peintre,  nivar,  qui  en  1530,  a 
donné  le  carton  d'un  autre  épisode  de  la  Vie  de  la  Vierge,  pour 
une  verrière  de  Saint-Paul  de  Liège.  Sur  une  autre,  on  lil 
Tebaldo. 

Mais  la  plus  intéressante  est  l'inscription  qu'on  relève  dans 
Anne  et  Joachim  renvoyés  pur  le  Grand-Prêtre:  Ioritzel  van 
Baios.  Ce  nom  se  retrouve  sur  le  Rheinholds-Altar  de  Dantzig, 
écrit:  van  Banos.  Ce  tableau  était  néanmoins  attribué  au  Maître 
de  lu  Mort  de  Marie  de  Cologne,  parce  que  ce  nom  semblait 
déroutant  ;  cependant  l'architecte  de  Pierre  le  Grand  s'appelait 
van  Balos,  qui  en  est  bien  proche.  La  tapisserie  de  Reims  vien- 
drait donc  peut-être  authentiquer  le  nom  du  maître  anonyme 
du   tableau  de    Cologne,  le  Maître  de  la  Mort  de  Marie. 

M.  Salomon  Reinacu  déclare  ne  pouvoir  admettre  la  conclu- 
sion indiquée  par  M.  de  Mély. 


LIVRES  OFFERTS 


M.  Emile  Picot  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  un  travail, 
dont  il  est  l'auteur,  intitulé  :  Les  professeurs  et  les  étudiants  de 
langue  française  à  l'Université  de  Pavie  au  XVe  et  au  XVIe  siècle 
(Paris,  1916,  în-8°;  extrait  du  Bulletin  philologique  et    historique  . 

M.    Camille   JuxLIan   présente,    au    nom    de   l'auteur,    M.    L'abbé 
J.-B.  Gabarra,  chanoine   honoraire,  curé  de  Capbreton,  un   ouvrage, 
en  -  volumes,  intitulé:  Vie  de  l'abbé  Pedegerl,  curé-doyen  de  Sabres 
Dax,  in-8°  . 


LIVRES    OFFER't'S  .")77 

M.  Héron  de  Villefosse  offre  à  l'Académie,  au  nom  de  M.  Eugène 
Lefèvre-Pontalis.  un  volume  intitulé  :  Congrès  archéologique  de 
France  ;  LXXXe  session  tenue  à  Moulins  el  à  Nevers  en  1913  par  la 
Société  française  d'archéologie  (Paris-Caen,  1916,  in-8°  de  509  p., 
avec  2GS  planches  et  figures)  : 

<>  Le  Congrès  de  1913  comprenait  dans  son  programme  l'étude  des 
monuments  anciens,  en  particulier  celle  des  églises  les  plus  remar- 
quables, appartenant  à  cinq  départements,  la  Nièvre  et  l'Allier 
d'abord,  et  par  extension  l'Yonne,  Saône-et-Loire  et  le  Puy-de-Dôme. 
Ces  monuments  ont  été  décrits  avec  le  plus  grand  soin  par 
MM.  E.  Lefèvre-Pontalis,  Deshoulières,  Serbat,  Rhein,  Bégule, 
.1.  Yirey,  P.  Gauchery,  le  chanoine  Clément  et  l'abbé  Luzuy.  La 
richesse  des  informations,  la  description  des  édifices  faite  sur  place 
par  chacun  des  auteurs,  leur  histoire  accompagnée  d'une  abondante 
bibliographie,  l'admirable  illustration,  composée  en  grande  partie 
de  reproductions  phototypiques,  font  du  présent  volume  un  guide 
archéologique  des  plus  sûrs  et  des  plus  instructifs. 

«Les  noms  deMoulinset  deNevers,  ceux  de  Saint-Menoux,  Paray- 
le-Monial,  Cluny,  Riom,  Souvigny,  Ambierle,  etc.,  rappellent  tant  de 
souvenirs  glorieux  de  notre  architecture  française,  tant  d'oeuvres 
magnifiques  de  nos  sculpteurs  et  de  nos  peintres,  qu'il  n'est  pas 
besoin  d'insister  longuement  sur  l'intérêt  de  ce  volume.  L'abbaye  de 
Cluny,  qui  joua  un  si  grand  rôle  dans  l'histoire  générale  dès  la  fin  du 
xe  siècle,  pendant  tout  le  xie  et  le  premier  tiers  du  xne,  fut  saccagée 
pendant  la  Révolution  ;  son  ancienne  église,  le  plus  vaste  et  l'un  des 
plus  beaux  édifices  delà  chrétienté,  a  été  presque  entièrement  détruite 
sous  le  premier  Empire  ;  ce  qui  en  reste  est  l'objet  d'observations 
importantes.  Un  plan  de  1623  permet  de  se  faire  une  idée  de  ce  grand 
monastère  et  de  ses  dépendances.  Dans  celle  petite  ville,  l'architec- 
ture civile  est  encore  représentée  par  un  certain  nombre  de  maisons 
du  moyenàge  et  delà  Renaissance  qui,  malheureusement. y  deviennent 
de  plus  en  plus  rares.  On  en  trouve  aussi  à  Charlieu.  De  beaux  des- 
sins nous  en  montrent  plusieurs  ;  malgré  les  remaniements  subis  par 
ces  logis  au  cours  des  siècles,  on  peut  encore  se  faire  une  idée 
de  ce  qu'étaient  autrefois,  dans  ces  localités,  les  installations  des 
commerçants  et  des  petits  bourgeois.  On  conserve  à  Ambierle  un 
triptyque  remarquable  dont  les  beaux  volets  onl  été  attribués. à 
Rogier  Van  der  Weyden  ;  les  vitraux  de  l'église,  remontant  au 
xv  siècle,  n'ont,  subi  aucun  dommage.  Un  ne  peu!  pas  en  dire  autanl 

des  célèbres  tombeaux  des  dues  de  Bourbon,  Louis  II  et  Charles  I, 
élevés  dans  l'église  de  Souvigny,  qui  fonl  aussi  partie  de  notre  patri- 


578  LIVRES    OFFERTS 

moine  artistique.  C'est  avec  une  profonde  tristesse  .pie  nous  déplo- 
rons les  mutilations  qui  les  ont  déshonorés. 

*<  Ce  volume  continue  brilla  minent  une  série  très  précieuse  pour  no  lie 
archéologie  monumentale.  Les  événements  actuels,  au  cours  desquels 
nous  sommes  les  témoins  des  outrages  sans  nombre  et  des  destruc- 
tions systématiques  que  nos  ennemis  font  subir  aux  plus  beaux  spé- 
cimens de  notre  architecture  nationale,  se  chargent  de  nous  démon- 
trer l'utilité  des  Congrès  archéologiques  de  France  et  de  leurs 
publications.  » 


SÉANCE  DU  S  DÉCEMBRE 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE     CROISET, 

M.  Fourn'ier  termine  la  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur 
les  collections  canoniques  du  pontificat  de  Grégoire  VII. 

M.  Clément  Iluart,  professeur  à  l'École  nationale  des  langues 
orientales  vivantes,  lit  un  mémoire  sur  un  poème  épique  per- 
san, le  Gerschâsp-nâmè  d'Asadî  (milieu  du  xie  siècle).  Cet 
ouvrage,  resté  inédit  en  grande  partie,  a  passé  longtemps  pour 
une  imitation  du  Livre  des  Bois  de  Firdausî.  M.  Iluart  montre 
qu'il  faut  y  voir  plutôt  un  complément  de  ce  chef-d'œuvre  de  la 
littérature  persane,  et  que  son  auteur  a  utilisé  un  cycle  de 
légendes  qui  a  pour  centre  la  région  de  Ghazna,  dans  l'Afgha- 
nistan '. 

1.   Voir  ci-après. 


379 


COMMUNICATION 


LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE    GHAZNA 

(AFGHANISTAN), 

PAR     M.      CLÉMENT      HUART,     PROFESSEUR    A      L'ÉCOLE     NATIONALE 

DES     LANGUES      ORIENTALES      VIVANTES. 

La  mort  de  Darius  III,  en  330  avant  1ère  chrétienne, 
ouvrait  à  Alexandre  de  Macédoine  les  routes  des  parties 
orientales  de  l'empire  achéménide.  Après  un  repos  de  quinze 
jours  à  Zadrakarta,  capitale  de  l'Hyrcanie,  le  Djourdjàn  des 
géographes  arabes,  le  «  pays  des  loups  »  (Vehrkàna), 
actuellement  la  province  d'Astéràbàd,  dans  la  basse  vallée 
de  l'Atrek,  le  long  de  la  frontière  russo-persane,  l'armée 
macédonienne  continua  sa  marche  vers  le  Sud-Est  ;  elle 
traversa  le  pays  des  Zaranges  ou  Drangiane,  dont  l'ancienne 
ville  de  Zarandj  a  conservé  le  nom  ;  elle  rencontra  ensuite 
les  Ariaspes  ou  Evergètes  «  les  bienfaiteurs  »,  traduction 
grecque  du  perse  'Opoffâvvai,  qiu  habitaient  les  bords  du 
fleuve  Etymander.  le  Hîlmend  de  nos  jours.  Bien  que  la 
province  traversée  ne  soit  pas  nommée  par  les  biographes 
du  grand  conquérant,  c'est  de  la  Sacastène  qu'il  s'agit,  le 
«  pays  des  Saka  »,  le  Sidjistân  ou  Sîstàn  des  géographes 
arabes.  C'est  la  quinzième  satrapie  de  l'empire  perse  selon 
l'énumération  d'Hérodote  (m,  90-94),  la  vingtième  de  la 
liste  dans  la  grande  inscription  de  Darius  Ier  à  Bîsoutoûn. 
De  là,  Alexandre  se  dirige  vers  l'Arachosie,  soumise  en 
quelques  jours  ;  remontant  ensuite  par  les  régions  de  Ghazna 
et  de  Kaboul,  où  il  ne  tarde  pas  à  entrer  en  contact  avec  les 
Indiens,  il  franchit  le  Paropamise  ou  Ilindou-Kouch.  après 
avoir  établi  une  forte  garnison  à  Alexandrie  sub  Caucaso, 


580        LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE   GHAZNA 

pour  se  rendre  à  Bactres.  C'est  la  contrée  habitée  par  les 
Thatagush,  SccTtaYiiSat,  qui  forment  La  21"  satrapie  de 
l'inscription    de    Bisoutoûn    et     la     7"    de    rémunération 

d'Hérodote.  Elle  est  appelée  le  Zâboulistân  ce  pays  de 
Zâboul  »  par  l'épopée  iranienne;  elle  fait  actuellement 
partie  de  l'Afghanistan. 

Que  le  Zâboulistân  corresponde  à  la  région  de  Ghazna, 
cela  semble  ne  pas  faire  de  doute.  Le  géographe  arabe 
Yàqoùt,  qui  écrivait  au  XIIIe  siècle  mais  nous  a  conservé  des 
extraits  d'auteurs  beaucoup  plus  anciens,  admet  formelle- 
ment l'identité  de  Zâboul  et  de  Ghazna.  Le  vieil  Ibn-el- 
Faqîh  classe  le  Zâboulistân  dans  le  second  climat,  avec 
Kaboul.  Ibn-Khordâdhbih,  le  maître  de  poste,  énumère 
successivement  Rokhkhadj,  c'est-à-dire.  l'Arachosie,  le 
pavs  de  Dâwar,  et  le  Zâboulistân,  qui  fait  partie  des  fron- 
tières du  ïokhâristàn,  le  pays  des  Tokhariens,  peuple 
oublié  qui  vient  d'être  remis  à  la  mode  par  les  récentes 
découvertes  linguistiques  en  Asie  centrale. 

L'historien  Mas'oûdî  connaît  le  nom  de  la  ville  de 
Ghaznîn,  qui  est  la  même  que  Ghazna;  il  nous  entretient, 
dans  son  livre  de  V Avertissement,  des  fleuves  du  Sidjistan, 
de  ceux  de  Ghaznîn  et  du  Dâwar,  ainsi  que  des  autres 
cours  d'eau  du  pays  du  Zâboulistân,  de  Kaboul,  etc.  Quand 
il  parle  du  roi  indigène  de  l'Arachosie,  adversaire  des 
Arabes,  dont  le  nom  incertain  flotte  entre  Rotbîl  et  Zenbîl 
—  encore  un  mauvais  tour  de  ces  misérables  points  dia- 
critiques de  l'écriture  arabe,  —  il  l'appelle  le  roi  du 
Zâboulistân  ;  dans  son  esprit,  les  deux  appellations  sont 
identiques. 

Le  pèlerin  bouddhiste  chinois,  le  fameux  Hiouen-tsang, 
a  visité  la  capitale  de  ce  pays;  il  l'appelle  Ho-si-na,  c'est- 
à-dire  Ghaznîn  ou  Ghazna,  nom  que  J.  Marqua  rt  suppose 
dérivé  d'un  ancien  Gandjak,  c'est-à-dire  «  le  trésor  ».  Sur 
les  monnaies  d'argent  décrites  par  Cunningham.  on  lit 
Djabûla,  Djaubûla,  Djabuvla,  à  rapprocher  du  Djâbulistân 


LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE    GHAZNA        581 

du  géographe  arabe  Moqaddési.  J'ajoute  que  du  temps  de 
Hiouen-tsang,  c'est-à-dire  en  630  de  notre  ère  —  c'est  la 
date  où  il  a  traversé  l'Hindou-Kouch  —  Zàboul  était  encore 
un  royaume  particulier,  dont  le  prince  pouvait  remonter  à 
une  longue  série  d'ancêtres. 

Le  Zàboulistân  est  donc  le  pays  de  Ghazna.  Or,  dans 
l'épopée  iranienne,  il  se  trouve  que  Rustem,  le  fameux 
Rustem,  le  chevaleresque  et  légendaire  défenseur  de  la 
nationalité  iranienne,  descend  des  rois  de  ce  pays  de 
Ghazna,  vassaux  du  grand  empire;  il  est  fils  de  Zàl,  fils 
lui-même  de  Sàm  ;  il  a  pour  arrière-grand-père  Nérimàn, 
fils  de  Gerchàsp.  Cette  lignée  de  grands  vassaux  se  ratta- 
chait au  mythique  Djemchid,  le  Yima  Khchaêta  «  Djem  le 
brillant  »  de  l'Avesta,  par  une  suite  de  cinq  rois,  dont  la 
tradition  a  conservé  les  noms. 

L'épopée  iranienne  possède  une  geste  de  ce  roi  Gerchàsp, 
père  de  Nérimàn  ;  c'est  le  Gerchàsp-nâmè  «  le  livre  de 
Gerchàsp  »,  imitation  du  Livre  des  Bois  de  Firdausî,  comme 
le  chef-d'œuvre  du  poète  de  Tous  en  a  suscité  d'innom- 
brables dans  la  suite  des  temps.  Imitation  est  bientôt  dit; 
mais  il  faut  voir  de  près  dans  quelles  conditions  celle-ci  a 
été  faite.  Ses  vers  ont,  il  est  vrai,  le  même  mètre  proso- 
dique. Le  style  des  deux  épopées  se  ressemble  beaucoup  ; 
mais  nous  pouvons  laisser  de  côté  cette  considération 
purement  littéraire,  car  ce  n'est  pas  à  ce  point  de  vue  qu'il 
convient  de  juger  le  Livre  de  Gerchàsp,  mais  bien  plutôt 
à  celui  des  renseignements  qu'il  peut  intrinsèquement  nous 
fournir.  Ce  ne  seront  pas  des  informations  historiques  que 
nous  y  chercherons,  nous  ferions  fausse  route  ;  nous  sommes 
en  pleines  régions  mythologiques,  et  nous  aurions  tort  d'y 
voir  autre  chose  que  des  amplifications  de  mythes  dont 
quelques  rares  traits  se  retrouvent  par  ailleurs. 

Le  premier  éditeur  du  texte  persan  du  Livre  des  Rois,  le 
capitaine  Turner  Macan,  interprète  de  la  Compagnie  des 
Indes,  avait  aisément  reconnu  l'interpolation  <U'  chapitres 


582        LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE   GHAZNA 

entiers  du  Livre  de  Gerchàsp  dans  le  texte  qu'il  se  propo- 
sait de  publier;  il  les  avail  extraits  de  la  place  qu'ils  occu- 
paient indûment,  et  les  avait  rejetés  à  la  fin  des  quatre 
volumes  in-octavo  sortis  des  presses  de  Calcutta  en  1829. 
Les  éditions  orientales  lithographiées  dans  l'Inde  et  en 
Perse  ont  fidèlement  reproduit  la  disposition  adoptée  par 
l'éditeur  anglais  et  rejettent  ces  fragments  interpolés  à  la 
lin  du  grand  poème  épique.  C'est  là  que  M.  Rugarli  a  été 
les  chercher  pour  en  donner  une  traduction  italienne  dans 
le  Journal  de  la  Société  asiatique  italienne  de  1895-1896. 

Cependant  le  texte  complet  du  Gerchâsp-namè  n'était 
pas  inconnu  des  orientalistes.  La  Bibliothèque  nationale  en 
possède  trois  exemplaires  ;  le  plus  ancien  de  la  collection 
est  celui  qui  fut  rapporté  de  l'Inde  par  Anquetil-Duperron 
et  déposé  par  lui  à  la  date  du  15  mars  1762,  en  même  temps 
que  son  inappréciable  ensemble  de  documents  parsis  ;  les 
deux  autres  n'y  sont  entrés  que  plus  tard  :  le  plus  récem- 
ment acquis  est  le  n°  1376  de  la  collection  Schefer. 
J.  Mohl  a  étudié  le  manuscrit  d'Anquetil  :  il  en  a  donné 
une  analvse  dans  la  préface  de  sa  traduction  du  Livre  des 
Bois,  et  établi  correctement  que  cet  ouvrage  avait  été  com- 
mencé l'an  456  hégire  (1064)  et  achevé  en  458  (1066).  Une 
étude  plus  approfondie  du  texte  permet  de  corriger  quelques 
traits  du  tableau  magistralement  tracé  par  l'illustre  orien- 
taliste. 

La  grande  ambition  de  l'auteur  n'est  pas  d'  «  égaler  ou 
de  surpasser  Firdausî  »,  comme  l'a  écrit  J.  Mohl  peut-être 
un  peu  à  la  légère,  mais  de  le  compléter  dans  des  parties 
que  le  grand  poète  avait  volontairement  négligées,  ce  qui 
n'est  pas  tout  à  fait  la  même  chose.  Ce  n'est  pas  le  lieu  de 
dire  «  qu'il  ait  montré  de  la  jalousie  littéraire  à  l'égard  de 
son  grand  prédécesseur  »  et  qu'il  élève  «  autel  contre 
autel  ».  Il  a  voulu  nous  conserver  toute  une  section  de  la 
geste  iranienne  qui,  sans  lui,  aurait  probablement  disparu, 
comme    ont   disparu    la    plupart    des    sources    où    a    puisé 


LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE    GHAZNA        583 

Firdausî.  On  ne  saurait  lui  en  vouloir  de  ce  qu'il  préfère 
son  héros  à  celui  de  son  illustre  prédécesseur  :  c'est  un 
péché  mignon  d  artiste. 

L'auteur  dont  le  nom  était  ignoré  au  temps  déjà  lointain 
où  a  paru  le  premier  volume  de  la  traduction  de  Mohl,  c'est- 
à-dire  en  1838,  nous  savons  maintenant  comment  il 
s'appelle.  Son  nom  est  'Ali,  fils  d'Ahmed,  surnommé  Asadî, 
de  la  ville  de  Tous  en  Khorasan,  la  patrie  même  de 
Firdausî  :  ville  qui  joua  un  grand  rôle  dans  le  haut  moyen 
âge,  où  mourut  le  khalife  Hàroûn  er-Rachîd,  et  qui  a 
aujourd'hui  disparu,  à  l'exception  de  quelques  ruines 
informes  dans  les  environs  de  la  ville  de  Mechehed,  capi- 
tale actuelle  de  la  province  persane  du  Khorasan.  Cet 
Asadî  porte  le  même  surnom  qu'un  poète  qui  fut  le  maître 
de  Firdausî;  c'est  assez  naturel,  puisque  c'était  son  fils.  Il 
paraîtrait  même,  d'après  le  colophon  du  ras.  202  du  British 
Muséum  et  d'après  une  annotation  du  ras.  du  Vatican  de 
son  Dictionnaire  persan,  qu'il  était  le  fils  de  la  sœur  de 
Firdausî  :  Asadî  senior  aurait  épousé  la  sœur  de  son  élève, 
et  son  fils  Asadî  junior  était  le  propre  neveu  du  grand 
poète  épique.  Comment  aurait-il  pu  le  jalouser  et  élever 
<(  autel  contre  autel  »  ? 

Son  héros,  Gerchàsp,  est  nommé  dans  l'Avesta  :  son  nom 
y  figure  sous  la  forme  Keresâspa,  qui  rappelle  immédiate- 
ment le  Kriçnrva  de  l'épopée  indienne,  héros  valeureux  qui 
a  donné  son  nom  à  plusieurs  sortes  d'armes.  Cette  appel- 
lation signifie  :  «  Celui  qui  a  des  chevaux  sveltes,  élancés, 


maigres.  » 


Keresâspa,  que  J.  Darmesteter  a  appelé  Y  «  Hercule 
avestéen  »,  figure  en  deux  endroits  du  livre  sacré  des 
Mazdéens  ;  au  Yasht  19  (38-44)  où  il  est  raconté  que  quand 
la  gloire  royale  s'enfuit  de  Yima  Khshaêta  (Djemchîd), 
elle  fut  saisie  par  Keresâspa  au  cœur  viril,  qui  tua  le  ser- 
pent cornu  ;  et  au  Yasht  13  (61),  où  il  est  parlé  de  <•  Sâma 
Keresâspa,  le  bouclé,  porteur  de  massue  ».  Son  père  Thrita, 


584        LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE    GHAZNA 

proprement  «  le  troisième  »,  est  cité  Yaçna  9  (Hôm  Yast  I, 
28  et  suiv.),  comme  un  bienfaiteur  de  1  humanité  par  la 
préparation  du  saint  Haoma,  bienfait  dont  il  fut  payé  par 
la  naissance  de  deux  tils,  Urvàkhshava.  le  justicier,  et 
Keresàspa,  "  héroïque  jeune  homme,  bouclé,  porteur  de 
massue,  lequel  tua  le  serpent  cornu,  venimeux  et  jaune, 
qui  dévorait  les  chevaux  et  les  hommes  ». 

Le  serpent  monstrueux  n'est  pas  nommé  dans  l'Avesta, 
mais  nous  savons  par  la  tradition  qu'il  s'appelait  Azhi 
Srvara  ;  sa  corne  était,  en  hauteur,  grande  comme  une 
branche  d'arbre.  J.  Darmesteter  a  fait  remarquer  dans  une 
note  que  le  héros  qui  le  vainquit  fut  tué  dans  son  sommeil 
par  un  Turc,  et  qu'il  repose  dans  les  plaines  de  Pèshgànsài; 
le  Mînùi-khrad  (XLII,  20)  le  fait  reposer  près  du  mont 
Démàwend  où  Zohhàk  est  enchaîné  ;  à  la  fin  du  monde, 
ajoute  le  Dinkart,  pendant  le  millénium  d'Aûshêtar-màh. 
les  chaînes  de  Zohhàk  seront  relâchées  et  Keresàspa  se 
,   lèvera  pour  le  tuer. 

Le  serpent  Srvara  n'est  pas  nommé  dans  le  Livre  de 
Gerchàsp,  non  plus  que  dans  l'Avesta  ;  mais  l'épisode  du 
dragon  est  un  des  premiers  qui  se  rencontrent  dans  le 
poème.  Le  vainqueur  de  Djemchîd,  Zohhàk,  devenu  par  la 
conquête  roi  de  la  Perse  entière,  parcourt  son  empire  ;  les 
maîtres  du  Zàboulistân  sont  devenus  ses  vassaux  :  le  poète 
n'a  pas  un  mot  de  révolte  contre  la  domination  de  cet 
étranger.  D'ailleurs  Firdausî  avait  déjà  reconnu  ce  fait. 
«  Les  guerriers  de  l'Iran,  qui  tous  demandaient  un  roi,  se 
dirigèrent  vers  Zohak.  Ils  lui  rendirent  hommage  comme  à 
leur  maître  ;  ils  lui  donnèrent  le  titre  de  roi  de  l'Iran.  » 
Zohhàk  régna  mille  ans,  pendant  lesquels  «les  coutumes  des 
hommes  de  bien  disparurent,  et  les  désirs  des  méchants 
s'accomplirent.  La  vertu  était  méprisée,  la  magie  était  en 
honneur,  la  droiture  demeurait  cachée,  le  vice  se  montrait 
au  grand  jour.  »  Ce  n'est  pas  sous  cette  couleur  que  la 
légende   de    Gha/.na   présente  le    roi   étranger  :    admis    par 


LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE    GIIAZNA        585 

l'unanimité  des  grands  chefs,  il  est  reconnu  comme  souve- 
rain de  fait  et  en  exerce  les  fonctions  avec  les  mêmes  pré- 
rogatives, il  distribue  les  mêmes  encouragements  que  les 
rois  légitimes.  Gerchâsp,  après  des  prouesses  qui  lui  ont 
valu  l'estime  du  roi,  reçoit  Tordre  de  combattre  et  de  tuer 
le  dragon.  «  Il  s'est  montré  un  dragon  dont  personne  n'a 
jamais  vu  le  pareil,  dit  le  roi  ;  il  s'est  installé  dans  la  mon- 
tagne de  Ségàwend.  »  Or  nous  savons,  d'après  un  géo- 
graphe persan,  que  Sédjàwend,  forme  arabisée  du  même 
mot,  est  le  nom  d'une  dépendance  du  touman  de  Lahokar 
dans  la  province  de  Ghazna.'  Voilà  le  lieu  de  la  légende 
positivement  fixé. 

Le  héros  se  met  en  route,  et  après  des  péripéties  terri- 
fiantes, tue  le  monstre  et  lui  décoche  dans  les  yeux  un  trait 
d'arbalète. 

Pour  rattacher  la  dynastie  des  Sàma  au  roi  mythique 
Djemchîd,  la  légende  a  inventé  que  celui-ci,  que  Firdausî 
nous  dit  avoir  été  renversé  du  trône  pour  punir  son  orgueil 
de  s'être  cru  Dieu,  arriva,  dans  sa  fuite,  jusque  dans  le 
Zâboulistàn  et  y  épousa  la  fille  du  roi  du  pays,  rencontrée 
dans  un  décor  champêtre  dont  le  poète  donne  une  fraîche 
description  ;  il  nous  peint  un  paysage  d'automne  décrit 
d'une  manière  simple  et  variée,  sans  les  amphigouris  et  les 
jeux  de  mots  et  d'esprit  dont  la  poésie  persane  sera  plus 
tard  prodigue. 

il  s'agit  d'expliquer  maintenant  pourquoi  le  héros  my- 
thique dut  quitter  une  contrée  qui  l'avait  si  bien  accueilli. 
«  L'homme  a  beau  tenir  un  secret  caché,  la  longueur  du 
temps  finit  par  le  dévoiler.  Les  paroles  que  deux  personnes 
avaient  échangées  ont  été  dispersées  au  sein  de  toute  une 
assemblée.  Djemchid,  de  nouveau,  disposa  le  chemin  pour 
fuir  ;  il  choisit  une  nuit  obscure,  aux  nuages  crevant  de 
pluie  ;  de  là  il  tira  vers  les  frontières  de  la  Chine  :  tout  le 
monde  a  entendu  dire  ce  qui  lui  est  arrivé  par  la  suite.  » 
Nous  savons,  en  effet,  ]>;« r  le  Livre  des  Unis,  que  <•  ce  roi, 


586        LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    I.A    RÉGION    DE    GHAZNA 

infidèle  à  la  pure  doctrine,  apparut  un  jour  sur  le  bord  de 
la  mer  de  Chine  ;  Zohak  le  saisit  à  l'improviste,  et  ne  lui 
accorda  pas  un  long  délai  ;  il  le  fît  scier  en  deux,  et  délivra 
le  monde  de  lui  et  de  la  peur  qu'il  inspirait  ». 

Après  la  mort  du  dragon,  Gerchâsp,  descendant  de 
Djemchîd,  s'en  va  dans  l'Inde  secourir  le  Maharadja  contre 
son  parent  révolté  Bohoû,  roi  de  la  ville  de  Sérandîb,  c'est- 
à-dire  de  l'île  de  Ceylan  ;  mais  il  n'y  va  pas  de  son  propre 
mouvement,  il  s'y  rend  sur  un  ordre  de  son  suzerain,  Zohhàk. 
Dans  l'Inde,  il  se  livre  à  la  chasse  au  tigre  ;  il  défait  le 
rebelle  en  plusieurs  combats  ;  il  lutte  avec  les  singes  dans  les 
forêts  et  fait  empailler  ceux  qu'il  a  vaincus  ;  il  s'embarque 
à  bord  d'un  navire  et  revient  en  Perse  par  mer.  Gela  nous 
vaut  un  tableau  de  la  navigation,  épisode  assez  rare  dans 
l'épopée  persane  :  les  Iraniens  n'ont  jamais  été  de  grands 
marins. 

Gerchâsp,  du  vivant  de  son  père  Thrita,  s'en  va  conquérir 
de  haute  lutte  la  main  de  la  fille  de  1  empereur  de  Rome  ;  il 
s'en  rend  digne  en  bandant  un  arc  d'une  force  extraordi- 
naire ;  1  empereur,  surpris  et  furieux,  lui  accorde  sa  fille, 
mais  exile  immédiatement  les  deux  époux. 

Les  campagnes  de  Gerchâsp  en  Afrique,  dont  la  capitale 
est  Qairowân,  dans  le  Touran  et  la  Chine,  et  même  jusque 
dans  l'Andalousie,  ne  peuvent  remonter  à  l'original  où  le 
poète  avait  trouvé  la  base  de  ses  élucubra tiens  ;  rémuné- 
ration de  contrées  aussi  lointaines  ne  peut  provenir  que  du 
désir  secret,  chez  lui,  que  les  héros  de  l'Iran  égalent,  au 
moins  par  leurs  prouesses,  les  conquérants  musulmans  ; 
ceux-ci,  quatre  cents  ans  auparavant,  avaient  constitué  cet 
énorme  empire  des  Oméyvades  qui  s'était,  en  effet,  étendu 
des    Pyrénées  au  Turkestan. 

Gerchâsp  vécut  huit  cent  trente-trois  ans.  «  Quand  il  eut 
atteint  cet  âge,  l'oiseau  de  sa  vie  laissa  tomber  son  aile  hors 
de  sa  base.  »  Il  avait  pu  voir  Zohhâk  renversé  par  Féridoûn, 
et  l'empire  perse,  débarrassé  de  ses  odieux  envahisseurs, 


LES    LÉGENDES    ÉPIQUES    DE    LA    RÉGION    DE    GHA7.NA        o87 

reprendre  le  cours  de  sa  glorieuse  destinée.  Son  petit-fils, 
Sâm,  prononça  son  oraison  funèbre  :  «  0  héros éminent,  tu 
es  parti,  et  nous  ne  te  verrons  plus  !  Par  ta  droiture,  tu 
étais  une  lune  brillante,  tu  as  continué  ton  cours,  et  la 
diminution  t'a  atteint.  Ton  cœur  était  vaste  comme  la  mer, 
ta  main  aussi  bienfaisante  que  les  nuages  ;  tu  n'es  plus 
qu'une  poignée  de  poussière,  hélas  !  Ainsi  va  le  monde,  de 
près  et  de  loin  ;  tantôt  deuils  et  pleurs,  tantôt  festins  et 
fêtes.  C'est  comme  le  travail  des  pêcheurs  de  perles  :  tantôt 
ils  ramassent  des  joyaux,  tantôt  ils  ne  recueillent  qu'une 
poignée  de  sable  et  de  pierres.  » 

La  comparaison  des  rares  traits  épars  dans  l'Avesta, 
fragments  d'une  geste  perdue,  allusion  à  de  hauts  faits 
d'un  chevalier  pourfendeur  de  démons,  à  des  ennemis  qu'il 
a  défaits  et  tués,  avec  le  poème  d'Asadî,  montre  bien  que 
celui-ci  n'en  dérive  pas  directement.  Les  seuls  points  de 
contact  sont  la  lutte  avec  le  dragon  Srvara,  dont  j'ai  parlé 
tout  à  l'heure,  et  avec  le  div  Manhirâs  —  nom  purement 
iranien,  «  effroi  de  l'intelligence  »,  qui  figure  dans  une 
autre  partie  du  poème.  Gela  prouve  clairement  que  l'au- 
teur ne  tirait  pas  ses  renseignements  d'un  Mazdéen  qui 
aurait  pu  lui  réciter  des  fragments  de  son  livre  sacré,  mais 
qu'il  a  eu  effectivement  sous  les  yeux  un  ouvrage  pehlvi  où 
était  relatée  l'épopée  particulière  du  Zâboulistân,  rattachée 
artificiellement  à  la  grande  geste  iranienne  par  le  mariage 
de  Djemchîd  avec  la  descendante  des  rois  locaux.  On 
sait  la  valeur  du  chef-d'œuvre  de  Firdausî  pour  éclaircir 
les  points  laissés  dans  l'ombre  par  l'Avesta  et  les  autres 
livres  échappés  au  naufrage  de  la  littérature  sassanide  ; 
pour  cette  province  de  Ghazna,  éloignée  du  cœur  de  l'em- 
pire perse,  limitrophe  des  contrées  de  l'Inde,  le  poème 
d'Asadî  est  le  résumé  des  chroniques  légendaires  qui  nour- 
rirent autrefois  l'imagination  populaire  dans  ce  canton 
perdu,  loin  des  grands  centres  de  civilisation  ;  il  est  pré- 
cieux à  ce  titre,  et  mérite  d'être    étudié    dans  ses  détails. 


BcSB 


LIVRES  OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  offre,  au  nom  de  l'auteur,  M.  Joseph 
Bosco,  les  ouvrages  suivants  : 

Notices  :  I"  Sur  un  fragment  d'inscription,  découvert  à  tïons- 
tàntine,  d'un  Pactumeius  Fronio  ;  2"  Sur  l'emplacement  d'un 
oppidum  du  nom  d' Elefantaria  dans  la  région  du  Kroub  (Cons- 
tantine)  ;  3°  Sur  un  nouveau  fragment  d'inscription  grecque  de 
P.  Julius  Geminius  Marcianus  trouvée  à  Constantine;  't°  Sur  um' 
nouvelle  inscription  lybique  du  Djebel-El  Ouahch  (troupe  du  Djebel- 
T&frent  extr.  du  Recueil  des  notices  et  mémoires  île  la  Société  archéo- 
logique de  Conslantinc,  1010  el  191  4). 


SÉANCE  DU    15  DÉCEMBRE 


PRESIDENCE    DE    M.     MAURICE    CKOISET. 


M.  Loth,  professeur  au   Collège  de  France,  fait  une  commu- 
tation si 
Tristan  '. 


nicalion  sur   File  de  Saint-Samson   signalée  dans    le  Roman  de 


M.  Gagnât  lit  une  noie  sur  l'origine  de  la  ville  romaine 
d'Algérie  cpii  porte  aujourd'hui  le  nom  de  Djemila.  Il  établit 
par  l'étude  de  différentes  inscriptions  dédiées  au  dieu  Mars  que 
cette  cité  est  une  colonie  militaire  de  l'empereur  Nerva  2. 

M.  Umont  donne  quelques  détails  sur  les  origines  de  la  collec- 
tion Doat,  conservée  à  la  Bibliothèque  nationale.  Formée  par 
les  soins  de  Jean  de  Doat,  président  de  la  Chambre  des  Comptes 
de  Navarre,  celte  collection  constitue  l'une  des  sources  les  plus 


1.  Voir  ci-après, 
'j.  Voir  ci-après. 


L'iLE    DE    SAINT-SAMSON    DANS    LÉ    ROMAN    DE    TH1STAN     589 

abondantes  et  les  plus  pures  de  l'histoire  du  Midi  de  la  France 
au  moyen  âge.  Doat  commença  ses- recherches,  sur  l'ordre  de 
Golbert,  en  1063  et  les  poursuivit  jusqu'en  1670  dans  plus  de 
135  dépôts  d'archives  du  Béarn,  de  la  Guyenne  et  du  Languedoc. 
Des  documents  nouveaux  ont  permis  de  retracer  complète- 
ment son  itinéraire  dans  nos  provinces  méridionales. 


COMMUNICATIONS 


L  ILE    DE    SAINT-SAMSON    DANS     LE    ROMAN     DE    TRISTAN. 

MARk's    GATE    A     LANTYAN    (lANCTEN), 
PAR    M.    J.    LOTII,    PROFESSEUK    AL     COLLÈGE    DE    FRANCE. 

Dans  une  communication  faite  à  l'Académie  des  inscrip- 
tions en  1911,  j'ai  pu  lixer  avec  précision,  ce  qui  n'avait 
jamais  été  fait,  le  lieu  d  origine  d'un  roman  de  la  Table 
Ronde  et  du  plus  important  de  tous,  le  roman  de  Tristan, 
tel  que  l'ont  fait  connaître  les  poètes  français  du  xn°  siècle. 
Après  avoir  montré  que  ce  roman  est  dû  à  la  collaboration 
des  Celtes  surtout,  mais  aussi  des  Anglais  et  des  Français, 
et  que,  dans  ces  conditions,  il  ne  pouvait  avoir  eu  d'autre 
berceau  que  le  Cornwall,  j'ai  démontré  qu'il  en  avait  été 
réellement  ainsi,  par  l'étude  des  noms  d'hommes  et  de 
lieux,  par  la  géographie  du  roman.  La  clef  de  cette  géogra- 
phie, c'était,  de  l'aveu  des  critiques,  le  lieu  de  la  résidence 
du  roi  Mare  chez  Béroul.  Lancien.  J'ai  démontré  que  Lan- 
cier», après  avoir  été  un  important  manor  figurant  dans  le 
Domesday  Book,  est  aujourd'hui  un  village  sur  la  rivière 
de  Fowey,  dans  la  paroisse  de  S'-Sampson's  ;  or  c'est  à 
l'église  Saint-Samson  que  le  roi  Marc  et  Iseut,  chez  Béroul, 
allaient  faire  leurs  dévotions.  J'ai  constaté,  sans  trop  d'éton- 


590     L'ILE    DE    SAINT-SAMSON    DANS    LE    ROMAN    DE    TRISTAN 

nement,  que  Lancien,  depuis  ma  découverte,  aux  yeux    de 
certains  romanistes,  avait  perdu  de  son  importance. 

Outre  Lancien,  l'église  Saint-Samson,  j'ai  retrouvé,  de  la 
façon  la  plus  certaine,  le  Mal  Pas  et  la  Blanche  Lande,  que 
l'on  prenait  pour  des  noms  de  lieux  imaginaires,  le  Mont 
qui  n'est  autre  que  le  mont  Saint-Michel,  de  la  baie  de  Pen- 
zonce,  vraisemblablement  aussi  la  forêt  de  Morrois. 

Depuis  ma  première  communication,  je  suis  retourné  en 
Cornwall  ;  j'ai  traversé  le  Mal  Pas  et  suis  monté  de  l'autre 
côté  de  la  rivière  (la  rivière  de  Truro)  jusqu'à  Nansaval- 
lan,  qui  représente  aujourd'hui  la  Blanche  Lande.  J'ai  pu 
constater  la  précision  de  la  description  que  fait  Béroul  de 
cette  région. 

Il  est  certain  que  la  principale  autorité  de  Béroul  con- 
naissait parfaitement  le  Cornwall,  en  particulier  la  région 
Est.  Béroul  a  subi  d'autres  influences,  comme  en  témoignent 
les  incertitudes  et  les  contradictions  que  l'on  peut  relever 
chez  lui.  Il  est  clair  qu'il  a  existé  une  version  plus  ancienne 
et  plus  sincère,  circulant  en  Cornwall  avec  d'importantes 
variations  qu'explique  facilement  la  source  en  grande  partie 
orale  d'abord  de  ces  récits. 

Il  est  non  moins  certain  qu'il  a  existé,  entre  cette  version 
et  celle  que  nous  retrouvons  chez  Thomas  et  Béroul,  des 
versions  intermédiaires.  Aussi  m'a-t-il  paru  quelque  peu 
exagéré  d'exiger  de  moi  rétrospectivement ,  dans  l'exposé  de 
la  géographie  du  roman,  l'exactitude  d'un  Baedeker. 

Un  des  points  restés  obscurs,  c'est  la  situation  de  l'île 
où  eut  lieu  le  combat  entre  Tristan  et  le  Morholt.  Il  eut 
lieu,  en  eiï'et,  non  loin  de  la  résidence  royale.  Tristan  se 
rendit  en  barque  dans  l'île  ;  elle  était  située  si  près  du 
rivage  que  la  foule  angoissée  pouvait  suivre  les  péripéties 
de  la  lutte.  Or  il  n'y  a  pas  d'île  près  de  Lancien,  dans  le 
bras  de  mer  de  Fowey,  ni  à  l'embouchure  ;  j'ai  signalé,  à 
8  milles  à  vol  d'oiseau,  une  île  un  peu  au  Sud  de  la  rivière 
Looe.  à  un  tiers  de  mille  de   la  terre   ferme  ;  mais  il  aurait 


l'île  de   saint -samson    dans   le   ROMAN   DE  TRISTAN    591 

fallu,  pour  que  la  foule  pût  assister  au  combat,  qu'elle  se 
transportât  à  une  assez  grande  distance  de  Lancien.  Il  y  a 
sur  la  côte  Est  un  autre  ilôt  du  nom  de  Greef,  mais  situé 
plus  loin  encore.  Dans  l'impossibilité  de  retrouver  l'île 
aussi  bien  sur  la  côte  Ouest,  du  côté  de  Tintagel,  que  sur  la 
côte  Est,  on  a  supposé  que  l'île  en  réalité  n'existait  pas  ; 
que  le  roman  avait  suivi,  en  mettant  le  combat  dans  une  île, 
une  sorte  de  tradition.  Tristan  et  le  Morholt  combattent  dans 
une  île,  comme  Roland  et  Olivier  dans  Gérart  de  Vienne, 
Caraheu  et  Ogier  dans  l'Enfance  Ogier,  et  d'autres  héros 
encore  dans  la  poésie  anglaise  (Bédier,  Le  roman  de  Tristan 
par  Thomas,  I,  p.  84  et  85). 

Cette  hypothèse,  en  elle-même  plausible,  a  contre  elle  la 
précision  des  détails  géographiques  en  ce  qui  concerne  Lan- 
cien et  S'-Sampson's.  Aussi  avais-je  fait  remarquer  que 
le  bras  de  mer  sur  lequel  se  trouve  Lancien  est  large,  que 
la  rivière  torrentueuse  charrie  beaucoup  d'alluvions,  que 
peut-être,  anciennement,  il  avait  pu  exister  quelque  îlot 
sablonneux  que  les  flots  auraient  rongé  et  peu  à  peu  fait 
disparaître.  Or  je  suis  tombé,  il  n'y  a  pas  longtemps,  sur 
un  document  officiel  qui  paraît  bien  justifier  mon  hypothèse. 
Dans  une  charte  datée  du  20  mai  1301,  vue  par  le  roi 
Edward  I  (Calendar  of  Close  Rolls,  Edw.  I,  tome  IV, 
p.  448),  et  transcrite  du  latin  en  anglais,  on  lit  :  To  the 
sherl/f  of  Cornwa.ll  order  to  deliver  to  Brother  Robert  of 
Pcnlyn,  hennit,  the  island  surrounded  (inclusam)  by  the 
ivater  of  Faire,  with  a  rent  of  56  s.  2d.  from  certain 
tenants  of  the  manor  of  Penkneth,  to  be  lield  by  him  for 
Life  as  lie  held  them  before  (lie  deat/i  of  Edmund  Earl  of 
Cornwall  by  reason  of  ndiose  death  the  sherijf  took  them 
into  the  Ring' s  hand,  as  the  Earl  granted  them,  together 
with  the  houses  bail/  on  the  island  to  liobert  by  his  char- 
ter, which  the  King  has  inspected.  WInquisitio  post  mor- 
tem  d'Edmund,  comte  de  Cornwall  (28  d'Edm.  2),  mentionne 
des  dons  accordés  à  frère  Robert  de  Penlyn,  hermite,  sans 

1916  33 


^92     I/ILE    DE    SAINT-SAM  SUN     l)\\S    LE    ROMAN    DE    TRISTAN 

mentionner  l'île.  Le  mannr  de  Penlyn  («  bout  de  l'étang-  » 
en  comique,  aujourd'hui  écrit  Pelyn  ou  Pc.llyn),  est  dans  la 
paroisse  de  Lanlivery,  limitrophe  de  S'-Sampson's,  et 
peu  éloigné  de  Lantvan,  d'un  mille  ou  deux.  Il  est  logique 
de  supposer  que  l'île  était  voisine  des  terres  de  Penlyn.  En 
remontant  f[uel({ue  peu  le  rivage,  peut-être  même  de 
quelque  endroit  du  territoire  de  Lancien,  la  foule  pouvait 
facilement  assister  au  combat.  Insula  peut  avoir  plusieurs 
sens  au  moyen  âge,  mais  les  termes  inclusam  aqua  Fawe 
ne  laissent  pas  place  au  doute.  Ayant  fait  de  vaines 
recherches  sur  les  cartes  les  plus  détaillées  pour  retrouver 
cette  île,  je  m'adressai  à  mon  savant  ami,  le  Rév.  Thomas 
Taylor,  vicar  de  Sl-Just  en  Penwith.  N'ayant  pas  été 
plus  heureux  que  moi,  il  eut  recours  aux  lumières  d'un 
écrivain  du  Cornwall  qui  a  passé  la  plus  grande  partie  de 
sa  vie  à  Fowey  et  célébré  cette  région  dans  quelques-uns 
de  ses  ouvrages,  Arthur  G.  Couch  :  il  lui  fut  répondu  qu'il 
n'y  avait  aucune  île  dans  la  rivière  de  Fowey.  Nulle  part, 
ni  avant  ni  après  la  charte  de  1301 ,  il  n'y  a  trace  de  cette 
île,  habitée  cependant  encore  à  cette  date.  Elle  aurait  donc 
disparu  depuis  comme  je  l'avais  supposé  :  est-ce  sous  les 
eaux  ?  Il  est  plus  vraisemblable  qu'un  des  bras  de  la  rivière 
se  sera  déplacé  et  que  l'île  aujourd'hui  fait  partie  de  la  terre 
ferme.  Thomas,  Eilhart  d'Oberg,  la  Folie  Tristan,  le  roman 
en  prose,  parlent  de  l'île,  mais  ne  lui  donnent  pas  de  nom. 
Seuls,  le  roman  en  prose,  la  Folie  Tristan,  et  Chrétien  de 
Troves,  dans  son  Érec,  la  connaissent  sous  le  nom  d'Ile 
Saint-Samson.  Il  me  paraît  tout  naturel  qu'on  lui  ait  donné 
ce  nom,  puisqu'elle  était,  tout  en  dépendant  du  manor  de 
Penlyn,  voisine  de  la  paroisse  portant  ce  nom. 


Par  l'intermédiaire  du  Rév.  Thomas  Taylor,  j'ai  obtenu 
de  son  collègue,  le  Rév.  H.  Lines,  vicar  de  S'-Sampson's, 


DJE.UILA,    COLONIE    MILITAIRE    DE    NEKVA  593 

un  supplément  d'information  concernant  le  territoire  de 
Lantyan  ;  il  a  même  poussé  l'obligeance  jusqu'à  y  joindre 
une  carte  donnant  les  noms  des  champs  et  des  bois,  d'après 
la  carte  qui  sert  de  base  à  la  dîme  dans  sa  paroisse,  dîme 
convertie  en  rentes  fixes.  J'y  ai  relevé  un  nom  de  terre 
indiquant  clairement  une  entrée  dans  le  grand  bois  de  Lan- 
tvan,  qui  borde  le  bras  de  mer  de  Fowey,  Mark' s  Gâte  \  à 
l'extrémité  sud  du  bois,  il  y  a  une  autre  entrée,  Wood  Gâte. 

11  ne  saurait  y  avoir  dans  ce  nom  de  Mark's  Gâte  aucun 
souvenir  littéraire  ni  romantique;  car,  avant  ma  publication, 
on  ignorait  absolument  que  cette  terre  de  Lantyan  aussi 
bien  que  la  paroisse  de  Sl-Sampson's  eussent  aucun  lien 
avec  le  roman  de  Tristan.  D'un  autre  côté,  mark  dans  cette 
région  ne  peut  être  qu'un  nom  propre;  car,  d'après  le  témoi- 
2-naee  du  Rév.  H.  Lines,  il  n'y  a  pas  de  terme  commun 
mark  employé  dans  l'anglais  de  cette  région  du  Cornwall. 
Quoi  qu'il  en  soit,  le  nom  de  Mark's  Gâte  m'a  paru  valoir 
la  peine  d'être  signalé. 

Une  visite  trop  courte  à  Lantyan  m'a  laissé  l'impression 
qu'on  pourrait  encore  retrouver  les  principaux  traits  du 
paysage  décrit  par  nos  romanciers.  J'espère  qu'un  autre 
pèlerinage  en  ces  lieux  me  permettra  d'être  plus  explicite. 
Je  dois  cependant  prévenir  certains  critiques,  peut-être  trop 
exigeants,  que  je  ne  réponds  pas  d'y  retrouver  le  Grand 
Pin  au-dessus  delà  fontaine. 


DJEMILA,    COLONIE    MILITAIRE    DE    NEUVA, 
PAR     M.    RENÉ    CAGNAT,    SECRÉTAIRE    PERPÉTUEL    DE    l'aCADÉMIE^ 

Parmi  les  inscriptions  votives  qui  avaient  été  découvertes 
ou  copiées  à  Djemila  jusqu'à  ces  dernières  années,  aucune 
ne  portait  Le  nom  du  dieu  Mars,  ou,  du  moins,  on  ne 
l'avait  déchiffré  sur  aucune  ;  ce  qui  semblait  tout    naturel, 


•"iit'i  DJEMILA,    COLONIE    MILITAIRE    DE    NERVA 

la  ville  de  Cuicul  ne  présentant  aucun  caractère  militaire 
et  la  dévotion  au  dieu  de  l'armée  né  pouvant  guère  être  le 
l'ait  que  de  militaires  ou  d'anciens  militaires. 

Les  fouilles  entreprises  depuis  dix  ans  par  le  Service 
des  Monuments  historiques  de  l'Algérie  ont  modifié  la 
situation.  Elles  ont  mis  au  jour  plusieurs  bases  de  statues 
élevées  à  Mars  Auguste  ;  leur  étude  conduit,  comme  on  le 
verra,  à  des  conclusions  intéressantes  pour  l'histoire  de  la 
colonie  romaine  de  Cuicul. 

Je  citerai  d'abord,  pour  mémoire,  le  fragment  étant  trop 
mutilé,  un  débris  de  dédicace  en  quatre  lignes,  qui  provient 
des  environs  du  temple  de  la  gens  Septimia  : 

Marti 

proui]nciae  Af[ricae 

testame[nto 

rilus  si 

Evidemment,  il  n'y  a  rien  à  tirer  de  ces  quelques  mots  ; 
j'arrive  aux  textes  instructifs. 

4°  J'ai  communiqué  à  la  Société  des  Antiquaires  de 
France,  le  5  mai  1915,  une  dédicace  gravée  en  210  de 
notre  ère  par  un  bénéficiaire  du  légat  de  Numidie  '.  On  y 
lit: 

Marti  Aug.  sacr.  Pro  salute  dddnnn  Auggg  C.  Egri- 
lius  Fuscianus  h.  f.  Subatiani  Proculi  ley.  Auggg  pr. 
pp.  cos.  desig .  adiutor principis pràetori  scribatu  Horati 
Viatoris  et  Didi  Aprilis.  Posita  pr.  non.  Apr.  Faus- 
lino  et  Ru  fi  no  cos. 

Le  dédicant  étant  un  soldat  attaché  au  «-énéral  en  chef, 
on  peut  admettre  que  le  culte  rendu  par  lui  à  Mars  n'a  rien 
de  commun  avec  la  ville  de  Djemila  et  est  alfaire  de  dévo- 

1.  Je  l'ai  reproduite  dans  l'Année  épigraphique,  19)6.  29.. 


DJEMILA,    COLONIE    MILITAIRE    DE    NERVA  .*)9." 

tion  personnelle  et  même  professionnelle.  On  ne  saurait 
appuyer  sur  ce  monument  aucune  déduction  particulière  à 
Cuicul. 

2°  Il  n'en  est  plus  de  même  d'une  autre  inscription 
employée  au  forum  dans  un  mur  de  date  postérieure  et 
publiée  depuis  quelque  temps  déjà  '  : 

Marti  Aug.  sacr.  Q.  Gargilius  Q.  fil.  Pap.  Quietus  aedi- 
lis  pracf.  pro  II  uir.  statnam  quam  pro  honore  aed.  super 
légitima  promise  rat  s.  p.  p. 

Ici  le  dédicant  n'est  pas  un  militaire  ;  mais  on  ne  voit 
pas  bien  pourquoi  c'est  à  Mars  qu'il  rend  hommage  à  l'occa- 
sion de  son  édilité. 

3°  La  question  s'éclaircit  si  l'on  se  reporte  à  un  autre 
monument,  émanant  du  même  personnage,  mais  celui-ci 
consacré  seulement  après  sa  mort 2  : 

Marti  Aug  Genio  col  sacr.  statuam  quam  Q.  Gargilius 
Q.  fil  Pap  Quietus  omnih.  honorib.  functus  fl.  p.p.  testa- 
men[to  s]uo  a  Domitia  Honorata  fl.  p.  uxore  sua  poni  iusse- 
rat  fdi  eorumQ.  Gargilius  Honoratus fl. pp.  et  L.?  Gargilius 
Seuerus  équités  romani  posuerunt. 

Faut-il  interpréter  ce  texte  comme  contenant  en  tète  le 
nom  de  deux  divinités,  Mars  Auguste  et  le  Génie  de  la 
colonie?  ou  considérer  les  mots  Genius  coloniae,  comme 
un  qualificatif  de  Mars  indiquant  que,  à  Djemila,  Mars 
Auguste  était  la  divinité  poliade  adorée?  Il  me  semble 
qu'on  ne  saurait  garder  aucun  doute  à  cet  égard  puisqu'on 
n'élève  à  la  double  divinité  qu'une  seule  statue.  S'il  s'agissait 
de  dieux  dilférents,  on  aurait  écrit,  non  pas  statuam,  mais 


1.  Ihill.  urch.  du  Comité,  1901.  p.  318,  n.  22. 

2.  Ibid.,  1912.  p.  clxxxvhi=  Ann.  >:l>i<ir,.  1912,  26.  On  a  retrouvé  depuis 
celle  époque  la  partie  gauche  inférieure  de  la  pierre. 


;>0f>  DJEMILA,    COLONIE    MILITAIRE    DE    NERVA 

statuas.  Il  résulte  donc  de  ce  texte  que  Cuicul  honorait 
Mars  comme  protecteur  de  la  colonie. 

Pourquoi  en  était-il  ainsi  ?  C'est  ce  que  nous  appren- 
dront les  deux  autres  inscriptions  qu'il  me  reste  à  rappeler. 

4°  La  première  a  été  trouvée  sur  la  place  où  s'élevait  le 
Capitole.  Je  l'ai  commentée  ailleurs  1  : 

Marti  Aug.  et  Genio  coloniae  sacr.  T.  Fhiuius  Quir. 
Breucus  ueteranus  acceptarius  militant/  in  ala  I Pannonio- 
rum  dec.  et  princeps  an.  XXVI  flamen  colon,  perpetuus 
s.  p.p. 

5°  La  seconde,  où  le  même  dédicant  est  mentionné,  a  été 
publiée  au  Corpus  en  deux  fois,  sans  que  les  deux  morceaux 
dont  elle  se  compose  aujourd'hui  aient  été  rapprochés  3.  La 
vue  des  originaux  ne  permet  aucun  doute  à  cet  égard. 
L'ensemble  donne  : 

ma  Kl     I  A  u  g  G  E  N  10       col 
S   A  c  R   V  M 
quaM     FLAVIVS       B  R  E  V  C  V  S  F  L  a  m  p.p 

sua      PEC     DEDERAT-RESPBA;  im  cutn 
c  oL    V    M     N    IS    ET    THOLOFEC/i 
c«RANTIBLOCT(IVIO      N  A  T  A  /  /  cl 
rASSIO    H  O  N  O  R  A  T  O  II  u  i  r  îs  d.d 

On  remarquera  dans  l'inscription  n°  4  qu'il  y  a,  entre 
Marti  Aurj.  et  Genio,  la  copulative  et,  ce  qui  pourrait  aller 
à  l'encontre  de  la  conclusion  à  laquelle  je  me  suis  arrêté 
pour  le  n°  3  ;  mais,  dans  la  seconde  (n°  5),  où  j'ai  examiné 
scrupuleusement  la  place  donl  on  dispose  entre  les  deux 
frag-ments  conservés,  il  est  impossible  de  restituer  A VG  ET; 

1.  Revue  des  études  anciennes.  191  â,  p.  .'54. 

a,  O.I.L.,  VIII,  8311  et  20150.  Cf.  fler.  des  et.  aac,  1915,  p.  186, 


DJEMILA,    COLONIE    MILITAIRE    DE    NEKVA  597 

les  lettres  VG  suffisent  amplement  à  combler  la  lacune.  On 
doit  donc  admettre  que  dans  la  formule  Marti  Aug.  et 
Genio  coloniae,  le  mot  et  n'indique  pas  la  pluralité  des 
dieux  adorés  par  Breucus,  mais  la  double  qualité  de  la 
divinité  honorée  qui  est  à  la  fois  le  Mars  romain  et  aussi 
le  protecteur  de  la  ville. 

Cette  difficulté  étant  levée,  on  remarquera  que  le  dédi- 
cant  est  dit  vétéran  et  non  point  vétéran  ordinaire,  mais 
vétéran  doté  d'une  concession  de  terres  ;  telle  est  du  moins 
l'explication  qui  me  paraît  convenir  au  terme  acceptarius. 
Ce  vétéran  n'est  pas,  d'ailleurs,  un  fils  de  Djemila  :  il  est 
inscrit  dans  la  tribu  Quirina,  qui  n'est  pas  celle  de  Cuicul; 
il  faut  donc  y  voir  un  ancien  militaire  venu  d'ailleurs  et 
qui  s'est  établi  ou  plutôt  que  le  gouvernement  romain  a 
établi  dans  la  région.  Ceci  nous  conduit  à  penser  qu'il  aura 
fait  partie  d'une  déduction  de  colons  envoyés  à  Cuicul, 
autrement  dit  qu'il  est  un  des  fondateurs  de  la  colonie. 

A  quelle  date  se  place  cette  fondation?  C'est  ce  qu'on  a 
essayé  de  déterminer  1  en  faisant  remarquer  que  la  colonie 
était  inscrite  dans  la  tribu  Papiria  2,  laquelle  était  très 
vraisemblablement  la  tribu  de  Nerva  et  assurément  celle 
de  Trajan.  Comme  les  décurions  de  la  ville  sont  déjà  men- 
tionnés sur  une  inscription  de  Djemila  datée  par  les  noms 
et  titres  de  ce  dernier  empereur  3,  on  a  émis  l'idée  que 
l'établissement  de  la  colonie  remontait  à  son  règ-ne. 

Cette  assertion  concorderait  bien  avec  les  données  des  deux 
dédicaces  4  et  5.  D'abord,  à  considérer  la  forme  des  caractères, 
autant  que  l'on  peut  s'appuyer  sur  un  critérium  aussi  incer- 
tain que  la  paléographie  lapidaire,  elles  paraissent  remonter 
à  la  fin  du  ieI"  ou  au  début  du  [Ie.  En  second  lieu,  on  notera 
que  ce  vétéran  acceptarius  porte  les  noms  de  T.   Flavius. 


1.  Cf.  Gsell,  Atlas  arcft.  de  l  Algérie,  XVI.  p.  13. 

2.  Kubitschek,  Imperium  rom.  tributim  discriptum,  p.  "i. 

3.  C.I.L..  VIII.  x.M*. 


.")!>S  DJEMILA,    COLONIE    MILITAIRE    DE    NERVA 

Ce  sont  précisément  ceux  que  l'on  s'attend  à  voir  attribués 
à  un  homme  libéré  sous  Trajan  après  2(1  ans  de  service, 
c'est-à-dire  entré  dans  l'armée  sous  les  Flaviens.  Suivant 
l'usage,  il  aura  reçu  de  Vespasien  ou  de  l'un  de  ses  fils, 
avec  la  cité,  les  nom  et  prénom  du  prince  régnant,  ainsi 
que  sa  tribu,  la  tribu  Quirina,  qui  est  celle  des  Flaviens. 

Ainsi,  on  peut  conclure,  avec  quelque  vraisemblance, 
pour  ne  pas  dire  plus,  de  tous  les  textes  cités  que  le  terri- 
toire de  Djemila  reçut,  au  temps  de  Nerva  ou  de  Trajan, 
une  colonie  de  vétérans.  S'il  en  est  ainsi,  on  n'a  point 
besoin  de  chercher  longtemps  pourquoi  la  divinité  poliade 
choisie  fut  Mars  plutôt  que  tout  autre  dieu. 

On  peut  apporter  encore  à  l'appui  de  cette  conclusion  un 
autre  argument,  celui-ci  singulièrement  digne  d'attention. 

Dans  le  voisinage  de  Djemila  se  trouve  la  ville  de  Sétif, 
située  dans  la  plaine,  tandis  que  Djemila  est  en  pleine 
montagne.  Or  Sétif  était,  on  le  sait  pertinemment,  une 
colonie  de  vétérans.  Ses  noms  mêmes  le  prouvent  :  colonia 
Nerviana  Augusta  Martialis  veteranorum.  Ils  nous  prouvent 
aussi  qu'elle  avait  été  établie  par  l'empereur  Nerva. 
Gomme  telle,  elle  était  inscrite  dans  la  tribu  Papiria.  Enfin 
elle  avait  pour  patron  Mars  Auguste  :  «  Marti  deo  Aug. 
Genio  coloniae  »,  dit  une  inscription  qui  y  a  été  découverte; 
d'où  son  surnom  de  Martialis  2. 

Ces  particularités  se  retrouvent  à  Djemila  :  il  y  a  entre 
les  deux  cas  une  telle  similitude  dans  le  détail,  que  l'on  ne 
peut  guère  s'empêcher  de  les  considérer  comme  identiques. 
Aussi  semble-t-il  légitime  d'attribuer  l'établissement  de  la 
colonie  de  Cuicul  à  Nerva  plutôt  qu  à  Trajan.  Les  raisons 
politiques  ou  économiques  qui  avaient   amené    la   création 

1.  C.I.L.,  VIII,  p.  722. 

2.  '.'././...  VIII,  8438.  Les  autres  villes  d'Afrique  où  Mars  parait,  comme 
divinité  poliade  sont  des  municipes,  non  des  colonies.  Leur  cas  ne  saurait 
être  rapproché  de  celui  de  Djemila  et  de  Sétif  Satafis  ;  C.I.L.,  VIII, 
8390;  Mididi  :  /Innée  épiyr.,  1899,  lis). 


LIVRES    OFFERTS  599 

d'une  colonie  militaire  à  Sitifîs  amenèrent,  sans  doute,  celle 
d'un  centre  de  colonisation  à  Cuicul,  sa  voisine. 


LIVRES    OFFERTS 


Le  Secrétaire  perpétuel  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le 
n°  de  juillet-décembre  191b  du  Bulletin  de  correspondance  hellénique 
Paris,  1915,  in-8°). 

M.   O.mont  a   la  parole    pour  un    hommage: 

«  J'ai  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  l'Académie,  au  nom 
de  notre  correspondant,  M.  Louis  Demaison,  le  texte  de  l'allocution 
qu'il  a  prononcée  comme  président  de  l'Académie  de  Reims,  dans 
la  séance  tenue  par  cette  Académie,  à  Paris,  le  2  juin  1916  (Reims, 
1916,  in-8°,  10  pages). 

«  Dans  ces  quelques  pages,  agréablement  écrites  et  encore  mieux 
pensées,  le  savant  historien  de  la  cathédrale  de  Reims  s'applique  à 
détruire  la  légende  qui  a  fait  de  la  cathédrale  un  amas  de  murs  crou- 
lants, dont  la  déchéance  est  sans  remède.  La  grande  blessée  devra 
son  salut  à  sa  constitution  robuste,  qui  permettra  de  lui  rendre  sa 
vie  et  sa  splendeur  d'autrefois.  Une  restauration  discrète,  conscien- 
cieuse, fondée  sur  les  nombreux  documents  que  l'on  possède, 
relevés,  plans,  photographies,  ménageant  le  [dus  possible  tout  ce 
que  les  flammes  et  le  choc  des  obus  ont  épargné,  pourra  lui  rendre 
fidèlement  l'aspect  qu'elle  offrait  à  la  veille  de  la  guerre,  sauf  les 
irréparables  blessures  causées  à  ses  ornements  et  à  ses  statues.   » 


non 


SÉANCE    I)T    -2-2    DÉCEMBRE 


PRESIDENCE    nr    M.     MAURICE    CROISET. 

M.  Louis  Léger  résume  un  rapport  de  M.  Uuspensky,  corres- 
pondant de  l'Académie.  .M.  Ouspensky  a  été  chargé  par  le  gou- 
vernement  russe  d'une  mission  archéologique  dans  la  ville  de 
Trébi/onde.  Il  a  publié  un  premier  rapport  dans  le  Bulletin  de 
V Académie  des  .sciences  de  Pétrograd.  Ce  rapport  n'est  que 
l'esquisse  d'un  travail  d'ensemble  sur  lequel  M.  Léger  aura 
l'occasion  de  revenir. 

M.  Cordier  fait  un  rapport,  au  nom  de  la  Commission  de  la 
Fondation  Garnier.  Cette  commission  propose  d'allouer  une 
somme  de  dix  mille  francs  à  M.  le  1)'  Victor  Segalen,  pour  con- 
tinuer dans  la  Chine  occidentale  les  recherches  archéologiques 
commencées  en  10 J  4  après  la  mission  qui  lui  avait  été  confiée 
avec  .MM.  Gilbert  de  Voisins  et  Jean  Lartigue. 

La  proposition  est  adoptée. 

L'Académie  se  forme  en  comité  secret. 


LIVRES    OFFERTS 


M.  Camille  Julljan  dépose  sur  le  bureau  de  l'Académie  le 
n°  LXXI1  de  ses  Notes  gallo-romaines  lexlr.  de  la  »  Revue  des 
Etudes  anciennes  »,  octobre-décembre  1916). 

M.  Edouard  Cuq  offre  à  l'Académie  son  article,  extrait  de  la 
"  Revue  d'Assyriologie  et  d'Archéologie  orientale  ,  intitulé  :  Les 
nouveaux  fragments  du  Code  >!<'  Hammourabi, 


601 


APPENDICE 


RAPPORT    SUR    LES    TRAVAUX    DES    ÉCOLES    FRANÇAISES 

d'athènes  ET  DE  ROME  BIS    1915-1916, 

PAR    M.     BERNARD    HAUSSOULL1ER,    MEMBRE     DE    L'ACADÉMIE  ; 
LU    DANS    LA     SÉANCE    DU    22    DÉCEMBRE     1910. 


Messieurs, 

J'ai  l'honneur,  au  nom  de  la  Commission  des  Ecoles 
d'Athènes  et  de  Rome,  de  vous  présenter  le  rapport  sur  les 
travaux  des  deux  Ecoles  en  1913-1916.  Que  ce  rapport  soit 
bref,  vous  n'en  serez  pas  surpris.  Il  y  a  plutôt  lieu  de 
s'étonner  que  l'activité  de  nos  deux  grandes  colonies  archéo- 
logiques ait  pu  continuer  à  s'exercer  au  cours  de  la  seconde 
année  et  au  début  de  la  troisième  d'une  guerre  sans  pareille. 
Si  le  travail  a  pu  être  poursuivi  a  Rome  et  à  Athènes,  si 
les  résultats  dont  nous  avons  à  vous  rendre  compte  ont  pu 
être  obtenus,  l'honneur  en  revient  surtout  aux  directeurs 
qui  ont  vaillamment  maintenu  la  tradition,  luttant  tous 
deux  contre  les  difficultés  communes  du  recrutement,  mais 
aussi  vivant  l'un  et  l'autre  dans  un  milieu  différent  :  à 
Rome,  en  pleine  confiance,  au  cœur  d'une  nation  tendue 
dans  le  même  effort  que  la  nôtre  ;  à  Athènes,  sous  la  menace 
d'une  hostilité  latente  d'abord,  puis  brutalement  déchaînée, 
qui  devait  aboutir,  au  commencement  du  mois  de  décembre 
1916,  à  la  fermeture  de  l'Ecole. 

Au  seuil  de  I'Ecole  de  Rome,  dont  je  vous  entretiendrai 
d'abord,  nous  avons  à  saluer  la  mémoire  de  deux  anciens, 
tués  à  l'ennemi  :  Ernest-Théodore  Babut  et  hélix-Georges 
De  Pachtere. 


002        RAPPORT    SI  H    LES    ÉCOLES    d' ATHÈNES    ET    DE    ROME 

E.-Th.  Babut,  né  à  Nîmes  le  23  mars  187"),  appartenait, 
dès  le  début  de  la  guerre,  à  un  régiment  territorial  et  c'est 
sur  ses  instances  qu'il  fut  versé  dans  l'armée  active.  Griè- 
vement blessé  dans  les  tranchées  à  Bœsinghen,  il  a  suc- 
combé presque  aussitôt,  le  28  février  1916,  non  sans  avoir 
souri  à  la  mort  et  fait  preuve  de  la  plus  grande  fermeté,  du 
plus  haut  sentiment  du  devoir.  Ancien  élève  de  l'Ecole 
Normale  (promotion  de  1896)  et  de  l'Ecole  de  Rome  '1899), 
il  s'était  voué  dès  ses  débuts  à  1  histoire  du  christianisme, 
qu'il  enseignait  depuis  1910  à  la  Faculté  des  Lettres  de 
Montpellier.  Il  laisse  deux  livres  qui,  non  moins  que  sa 
mort  glorieuse,  défendront  son  nom  de  l'oubli  :  d'abord  sa 
thèse  de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes  :  Priscillien  et  le  Pris- 
cillianisme  (1909),  puis  Saint  Martin  de  Tours  (1912)  que 
l'Académie  française  a  récompensé  en  1910  '. 

Le  lieutenant  De  Pachtere  a  été  tué,  comme  plusieurs  de 
ses  camarades  d'Athènes,  en  Orient,  en  Macédoine,  sur  le 
champ  de  bataille  de  Florina,  le  24  septembre  1916.  C'est 
une  perte  que  ressentiront  vivement  tous  ceux  qui  avaient 
mis  leur  confiance  en  lui,  tous  les  témoins  de  sa  remar- 
quable activité  d'esprit.  Ancien  élève  de  l'Ecole  Normale 
(promotion  de  190-1),  membre  de  l'Ecole  de  Rome  (1907), 
il  s'était  fait  connaître  de  vous,  non  seulement  par  un 
mémoire  d'une  très  grande  originalité  sur  La  propriété 
foncière  dans  l'Apennin  de  Plaisance  oVaprès  la  table  de 
Veleia 2,  mais  encore  par  des  communications  sur  ses 
recherches  et  découvertes  en  Afrique'.  Enfin  il  était  l'au- 
teur d'un  livre  sur  Paris  à  Vépoque  gallo-romaine  (1912 
qui  a  reçu  les  éloges  des  maîtres  les  plus  compétents,  nos 


1.  Voy.  le  rapport  de  M.  Lamy  à  l'Académie  française,  lu  dans  la 
séance  publique  du  14  décembre  191<ï.  C.W  Revue  historique,  CXXII,  1916, 
p.  224-225. 

2.  Comptes  rendus,  1<>K>.  p.  603.  Cf.  1909,  p.  558. 

3    Comptes  rendus.  1910,  pp.    18,  315  :  1911,  p.  «03:  1913,  p.  411. 


RAPPORT    SUR    LES    ÉCOLES    d'aTHÈNLS    ET    DE    ROME         603 

confrères  MM.  Héron  de  Villefosse  et  Camille  Jullian  ',  et 
auquel  vous  avez  décerné,  en  1913,  une  part  du  prix 
Berger'2.  Félix  De  Pachtere  méritait  à  plus  d'un  titre  d'être 
cité  à  l'ordre  de  l'Académie. 

L'Ecole  de  Rome  n'a  eu  à  sa  disposition,  en  l'année  19 15- 
1916,  que  deux  de  ses  membres,  M.  Louis  Canet,  pension- 
naire de  ic  année,  M.  Pocquet  du  Haut-Jussé,  de  lre. 

Breton  de  naissance,  M.  Pocquet  du  Haut-Jussé  a  conti- 
nué à  Rome  les  études  sur  la  Bretagne  qu'il  avait  commen- 
cées à  l'Ecole  des  Chartes.  Il  s'est  attaché  cette  année  aux 
relations  qu'ont  entretenues  avec  la  papauté  les  ducs 
bretons,  depuis  Pierre  Mauclerc  jusqu'il  la  duchesse  Anne, 
c'est-k-dire  du  xin°  au  xve  siècle.  L'autonomie  presque 
complète  du  duché  donne  à  penser  que  sa  politique  reli- 
gieuse fut  différente  de  celle  du  reste  de  la  France.  Ce  sera 
le  sujet  du  mémoire  que  M.  Pocquet  du  Haut-Jussé  vous 
présentera  l'an  prochain.  En  le  préparant,  il  a  déjà  fait  des 
trouvailles  intéressantes.  Etudiant  l'origine  et  l'histoire  de 
l'église  dédiée  à  saint  Malo,  qui  existe  à  Rome,  il  a  décou- 
vert des  constitutions  synodales  publiées  en  1421  par 
l'évèque  de  Saint-Brieuc  et  aussi  une  oraison  funèbre  du 
cardinal  Guibé,  évêque  de  Nantes,  mort  en  1513. 

M.  Louis  Canet  est  l'auteur  du  seul  mémoire  que  votre 
Commission  ait  reçu  cette  année. 

Ancien  élève  de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  où  il  a  parti- 
culièrement suivi  la  direction  de  M.  Daniel  Serruvs, 
M.  Canet  s'est  consacré  à  la  critique  et  à  l'histoire,  émi- 
nemment difficiles,  des  textes  bibliques.  Dans  un  premier 
mémoire,  présenté  en  191  i,  il  s'était  efforcé  de  reconstituer 
le  texte  lucianique  du  Livre  de  Daniel,  c'est-à-dire  le  texte 
selon  l'usage  de  l'église  d'Antioche  dont  Lucien  fut  l'évèque 


1.  Comptes  rendus.  L912,  p.  67G,  et  Revue  des  Études  anciennes,  L916, 

p.  308. 

2.  Comjiles  rendus.  L913,  p.  ;>ii. 


604      uai'POrî  srit  i.i:s  écoles  d'athènes  i:t  de  rôMË 

an  m"  et  au  commencement  du  i\"'  siècle'.  Le  mémoire 
d'aujourd'hui  a  pour  titre  :  Les  fragments  deutérocanoniques 
du  Livre  de  Daniel  ;  édition  de  la  version  hiérony  mienne, 
et  notre  confrère,  M.  Châtelain,  a  bien  voulu  l'examiner. 

Saint  Jérôme  déclare  qu'il  n'a  pu  retrouver  dans  le  texte 
hébreu  ni  la  prière  d'Azarias  et  le  cantique  des  Trois  jeunes 
hommes  (Daniel,  ni,  2  i-'.H) ,,  ni  les  histoires  de  Susanne, 
de  Bel  et  du  dragon  (xiii-xiv),  mais  qu'il  les  a  empruntés 
en  les  traduisant  à  l'édition  grecque  de  Théodotion.  Ce  sont 
ces  passages  que  M.  Canet  se  proposait  d'éditer,  en  remon- 
tant, si  possible,  jusqu'au  texte  d'Origène  à  travers  le  texte 
actuel  de  Théodotion,  profondément  différent  de  celui  que 
saint  Jérôme  avait  sous  les  yeux  dans  la  sixième  colonne 
des  Hexaples. 

En  tète  de  cette  édition  de  la  version  hiéronvmienne, 
M.  Canet  a  placé  une  longue  Introduction,  qui  contient  les 
résultats  d'une  vaste  enquête  sur  les  textes  imprimés  et 
manuscrits  de  la  Vulgate  latine.  Pour  mener  cette  enquête 
à  bien,  Fauteur  a  prolité  des  ressources  amassées  à  Rome 
par  la  Commission  bénédictine  qui  prépare,  sous  les  auspices 
du  Pape,  une  édition  nouvelle  de  la  Bible  latine,  mais  dans 
la  première  comme  dans  la  seconde  partie  de  son  Intro- 
duction, il  a  fait  œuvre  personnelle.  L'examen  de  la  tradi- 
tion manuscrite  a  mis  surtout  en  lumière  ses  connaissances 
paléographiques  et  la  pénétration  de  sa  critique.  S'il  a 
constamment  sous  les  yeux  le  livre  du  regretté  Samuel 
Berger,  il  le  complète  en  plus  d'un  endroit. 

Avec  le  secours  des  manuscrits  qu'il  a  choisis  et  retenus, 
il  établit  le  texte  des  fragments  deutérocanoniques  du 
Livre  de  Daniel,  tel  que  saint  Jérôme  a  dû  l'écrire.  L'ap- 
parat critique  de  cette  édition  d'un  texte  d'une  vingtaine 
de  pages  est  extrêmement  riche  et  peut  être  cité  comme  un 
modèle.  M.  Louis  Canet  a  pris  rang  parmi  les  maîtres  clans 
l'étude  des  textes  bibliques. 

1.   Comptes  rendus.   1915.  p.  62. 


tuppoiif  Suk  les  écoles  d*atiiknes  Et  de  ftoivtE      6Ô8 

Ajoutons  qu'il  a  travaillé  activement  au  classement  de  la 
bibliothèque  de  l'Ecole  et  à  la  publication  des  Mélanges. 
Notre  confrère,  Monseigneur  Duchesne,  se  loue  du  zèle 
intelligent  et  dévoué  de  son  collaborateur. 

L'année  1916  fera  époque  dans  l'histoire  de  I'Ec.ole 
d'Athènes,  puisqu'elle  a  dû  fermer  ses  portes,  pour  la 
première  fois  depuis  sa  fondation,  et  cela  du  fait  de  la 
Grèce  «  amie  et  hospitalière  »  à  laquelle  l'historiographe 
de  notre  Ecole  a  dédié  son  livre. 

L'Ecole  n'a  heureusement  aucun  deuil  nouveau  à  déplo- 
rer ;  la  liste  déjà  longue  de  ceux  qui  sont  tombés  à  la 
guerre  ne  s'est  alourdie  d'aucun  nom.  Par  contre,  l'angois- 
sante obscurité  qui  pèse  sur  le  sort  des  trois  disparus  ne 
s'est  pas  dissipée. 

L'elFectif  de  l'Ecole  comprenait,  en  novembre  191"),  trois 
membres  réguliers  :  M.  Plassart  (pensionnaire  de  0e  année), 
M.  Lejeune  (de  3e),  M.  Lacroix  (de  liej,  auxquels  fut 
adjoint,  avec  le  titre  de  membre  libre,  un  ancien,  M.  Dugas. 
M.  Graindor,  membre  belge,  complétait,  avec  l'architecte 
M.  Replat,  l'équipe  de  travailleurs,  que  vint  renforcer,  au 
début  de  février  191  G,  un  ancien  secrétaire  de  l'Ecole, 
M.  Chamonard,  professeur  de  lycée,  détaché  en  mission  à 
Athènes.  Soucieux  de  parfaire  notre  représentation  scienti- 
fique en  Grèce  et  désireux  de  faciliter  la  lourde  tâche  du 
directeur,  nos  ministres  de  l'Instruction  publique  et  des 
Affaires  étrangères  avaient  multiplié  les  sursis  d'appel  et 
fait  bon  accueil  aux  volontaires  de  la  réserve. 

Le  champ  d'action  qui  s'offrait  aux  Athéniens  s'était 
encore  restreint.  Sans  parler  de  l'Asie  Mineure,  fermée 
depuis  le  début  de  la  guerre,  toute  la  Grèce  dû  Nord,  la 
Macédoine  et,  par  contagion,  la  Thessalie,  Thasos  même 
où  l'Ecole  avait  ouvert  un  important  chantier,  lui  étaient 
ou  lui  devinrent  inaccessibles.  En  Macédoine,  le  directeur 
laissai!  au  moins  un  excellent  agent  de  liaison,  un  ancien. 


606        RAPPORT    SIR    LES    ÉCOLES    D'ATHÈNES    ET    DE    ROME 

M.  Mendel,  chargé  du  service  archéologique  de  l'armée 
d'Orient.  M.  Fougères  obtint  sans  peine  de  l'esprit  libéral 
du  général  commandant  en  chef  que  tous  les  mémoires, 
rapports  et  notes  relatifs  aux  fouilles  entreprises  à  l'armée 
d'Orient  fussent  transmis  à  l'Ecole  d'Athènes  et,  après 
examen,  imprimés  par  les  soins  de  celle-ci  dans  une  publi- 
cation spéciale.  Pour  Thasos,  où  MM.  Lejeune  et  Replat 
avaient  repris  pied,  ils  durent  se  retirer,  après  une  courte 
campagne,  devant  les  difficultés  de  la  vie  matérielle,  les 
dangers  du  bombardement  aérien,  lavis  formel  du  général 
Sarrail.  Je  mentionnerai  plus  loin  les  importantes  fouilles 
d'Eléonte  de  Thrace,  auxquelles  d'anciens  Athéniens  ont 
pris  une  si  grande  part. 

Restait  l'île  sainte,  qui  depuis  quarante-trois  ans  n'a 
jamais  trompé  la  confiance  des  Français,  1  île  sûre  où  l'on 
était  encore  à  l'abri  des  pirates,  l'île  déserte  où  l'on  n'avait 
pas  même  à  redouter  l'émeute  civile  ou  militaire  :  Délos. 
M.  Plassart  fut  chargé  d'y  terminer  l'exploration  du  Mont 
Cynthe,  qu'il  avait  commencée  en  1914 '.  Il  y  a  séjourné 
du  26  juin  au  o  septembre  et  a  mené  sa  tâche  à  bien.  Vous 
l'entendrez  sans  doute,  Messieurs,  vous  rendre  compte  de 
cette  intéressante  campagne  et  vous  l'en  féliciterez.  Qu'il 
me  suffise  aujourd'hui  de  vous  dire  que  sur  le  sommet  prin- 
cipal où  Lebègue  avait  déblayé,  en  1873,  le  sanctuaire  de 
Zeus  Kynthios  et  d'Athèna  Kynthia,  M.  Plassart  a  retrouvé 
les  restes  d'un  temple  plus  ancien.  Le  second  sommet,  au 
S.-E.,  était  consacré  à  Zeus  Hypsistos.  M.  Plassart  a  éga- 
lement découvert  deux  nouveaux  sanctuaires  orientaux  et 
des  inscriptions  sabéennes  que  notre  confrère  M.  Clermont- 
Ganneau  s'est  chargé  d'examiner.  Le  dégagement  des 
voies  d'accès  qui  menaient  aux  deux  cimes,  avec  leurs  cha- 
pelles ou  stations  de  processions,  a  été  poussé  aussi  avec  le 
soin  minutieux  dont  M.  Plassart  a  donné  tant  de  preuves. 

].  Comptes  rendus,  1915,  p.  55. 


RAPPORT    SUR    LES    ÉCOLES    D'ATHÈNES    ET    DE    ROME        607 

Avant  de  diriger  ces  fouilles,  il  avait  entrepris  avec 
M.  Lejeune,  aux  mois  de  mai  et  de  juin,  un  voyage  d'explo- 
ration dans  le  Péloponnèse;  plus  tard,  au  cours  de  l'été 
brûlant  dont  nos  troupes  d'Orient  ont  tant  souffert, 
MM.  Lejeune  et  Lacroix  ont  parcouru  la  Crète  à  l'effet  d'y 
découvrir  un  nouveau  champ  de  fouilles. 

M.  Lejeune,  pensionnaire  de  3e  année,  était  seul  tenu  de 
vous  présenter  un  mémoire.  Rendu  par  l'autorité  militaire 
à  l'Ecole  d'Athènes  trop  tard  pour  choisir  et  préparer  un 
sujet,  il  n'a  pas  voulu  se  soustraire  entièrement  à  ses 
obligations  et  s'est  chargé  de  dépouiller  et  d'étudier  les 
notes  et  estampages  que  son  regretté  camarade  Avezou 
avait  rapportés  de  ses  voyages  en  Chalcidique  et  en  Macé- 
doine. Par  ses  soins  pieux,  le  nom  d  Avezou  revivra  dans 
le  Bulletin  de  Correspondance  hellénique. 

Enfin  l'Ecole  a  imprimé  un  nouveau  fascicule  du  Bulle- 
tin (le  n°  I  de  l'année  1915),  que  M.  le  Secrétaire  perpétuel 
vous  a  présenté  le  15  septembre  1916.  Vous  y  trouverez  un 
rapport  très  détaillé  sur  les  «  Fouilles  archéologiques  sur 
l'emplacement  de  la  nécropole  d'Eléonte  de  Thrace  (juillet- 
décembre  1915)  ».  Il  a  pour  auteurs  ceux  qui  ont  dirigé  les 
fouilles  :  deux  anciens  Athéniens,  MM.  J.  Chamonard  et 
F.  Gourby,  et  M.  Dhorme.  Notre  confrère  M.  Edmond 
Pottier  vous  l'a  présenté,  au  nom  de  l'Etat-Major  du  corps 
expéditionnaire  d'Orient,  dans  la  séance  du  21  janvier 
1916'. 

Vous  savez,  Messieurs,  comment  s'est  terminée  cette 
année  dans  laquelle  directeur  et  pensionnaires  ont  bien 
mérité  de  la  France  lointaine  où  combattaient  leurs  fils  et 
leurs  frères.  Vous  savez  le  guet-apens  et  les  massacres 
d'Athènes.  Vous  savez  contre  qui  l'armée  grecque  a  réservé 
son  courage  soigneusement  dissimulé.  Qu'il  nous  soit 
simplement  permis  de  rendre  justice  à  l'attitude  vraiment 

1.  Complet  rendus,  1916,  pp.  37  et  40. 

1916  34 


608  S^ANGÈ    1)1'    29    DÉCEMBRE    191») 

courageuse  du  directeur  et  qu'on  nous  laisse  exprimer  le 
souhait  de  voir  l'École  française  se  rouvrir  bientôt  dans  une 
Grèce  revenue  ou  ramenée  à  la  raison  ! 


SÉANCE   DU    29  DÉCEMBRE 


PRESIDENCE     DE     M.     MAUK1CE    CROISET. 

Le  Secrétaire  perpétiel  donne  lecture  de  la  lettre  suivante 
qu'il  a  reçue  de  M.  l'abbé  J.-B.  Chabot  : 

«   Monsieur  le  Secrétaire  perpétuel, 

«  Le  R.  P.  Delattre  vient  de  m'adresser,  en  me  priant  de  le 
communiquer  à  l'Académie,  l'estampage  d'une  inscription  funé- 
raire qu'il  a  trouvée,  à  Carthage,  hors'de  sa  place  primitive,  dans 
les  terres  qui  ont  recouvert,  à  l'époque  chrétienne,  la  grande 
basilique  à  sept  nefs  qui  est  en  ce  moment  l'objet  d'une  explora- 
tion méthodique. 

«  L'épitaphe  est  gravée  sur  une  pierre  calcaire  dont  la  face 
seule  a  été  dressée  et  polie.  Cette  pierre  mesure  0ml5  de  lar- 
geur, sur  01"  Il  de  hauteur  et  0'"  095  d'épaisseur.  L'inscription, 
légèrement  écornée  à  l'angle  gauche  supérieur,  gravée  en 
caractères    puniques,  se  lit  ainsi  : 

[*T]a  p  imbîra  ^2p 

F-  P 

Ce  que  le  P.  Delattre  a  correctement  traduit  : 

Tombeau  de  Balalyatoni  fils  de  Bod- 
melqart,  fils  de  Himilco,   /ils  de   IJanno, 
fils   de  May  on. 


SÉANCE  DU  29  DÉCEMBRE  1916  609 

«  Après  le  dernier  nom  le  graveur  avait,  semble-l-il,  ajouté 
quelques  signes  qui  ont  été  ensuite  martelés. 

«  Le  nombre  des  épitaphes  trouvées  à  Garthage  est  encore 
assez  restreint,  surtout  en  comparaison  du  grand  nombre  des  tom- 
beaux fouillés.  Elles  méritent  d'être  recueillies  avec  soin,  alors 
même  —  c'est  ici  le  cas  —  qu'elles  n'apporteraient  pas  une 
contribution  nouvelle  à  l'onomastique  punique. 

«   Veuillez  agréer,  etc. 

M.Camille  Jùllian  signale,  dans  le  dernier  numéro  du  «  Bul- 
letin archéologique  »  du  Comité  des  travaux  historiques,  l'épi- 
taphe  d'une  Viennoise  trouvée  à  Volubilis  fMaroc),  par  M.  Louis 
Châtelain. 

M.  Henri  Cordier  a  la  parole  pour  une  communication: 
«  On  se  rappellera  que,    avant    la  guerre,  M.  le  commandant 
Tilho  avait  été  chargé  par   l'Académie  d'une  mission  à  l'Est  du 
lac  Tchad.  Il  a  été  maintenu  dans  le  commandement  du  cercle 
de  Paya  auBorkou  pour  défendre  contre  les  entreprises  ennemies 
la  marche  orientale  du  Territoire  militaire  du  Tchad  ;  c'est  pour 
cette  raison  que  nous  n'avons  pas  encore  reçu  de  rapport  de  cet 
officier,   pas   plus    que    de  M.    Bonnel    de    Mézières    retenu  en 
Afrique  occidentale.  Néanmoins,  j'ai  pu  apprendre  que  le  com- 
mandant  Tilho  a,   tout  en   remplissant  ses    devoirs   militaires, 
exécuté   de   très   importants  travaux   géographiques   dans  cette 
région  presque  inconnue.  Une  citation  à  l'ordre  du  Territoire  du 
Tchad,  en  date  du    14  juillet  1915,   dont   il  a  été  l'objet,  men- 
tionne l'établissement    par  cet    officier  supérieur  des  cinq  pre- 
mières feuilles  d'une  carte  de  l'Ounianga  et  de  l'Ennedi  appuyée 
sur  des  coordonnées  astronomiques.  Ultérieurement,  du    i  sep- 
tembre au  12  novembre  1915,  le  commandant  Tilho   a  entrepris 
une  expédition   dans   le  Tibesti   méridional,  afin  de   donner  la 
(•liasse    aux    Toubouss  rebelles   qui    s'apprêtaient   à   couper   les 
convois  de  vivres  destinés  au  Borkou  lorsqu'ils  traverseraient  la 
large  bande  de  désert  qui  sépare  ce  pays  de  Kanem.  Celte  recon- 
naissance, longue  de  plus  de  1.500  kilomètres  en  pays  inconnu, 
a    amené     le    commandant    Tilho    à    parcourir    les    principales 
vallées  du  Koussi  et  à  gravir  le  point  culminant  de  ce  puissant 


610  SÉANCE    DU    29    DÉCEMBRE    1910 

massif  montagneux.  l'Enni-Koussi,  dont  l'altitude  dépasserait 
3. 000  mètres.  Cette  haute  cime  est  un  ancien  volcan  dont  le 
cratère,  parfaitement  conservé,  atteint  une  profondeur  de 
300  mètres.  Lors  du  séjour  de  l'expédition  sur  ce  sommet,  il  y 
soufflait  un  vent  du  Nord-Est  «  très  aigrelet  ». 

«  La  marche  de  la  petite  colonne  a  été  rendue  très  pénible  par 
la  nature  tourmentée  du  pays.  Le  Tibesti  est  un  pays  extrême- 
ment découpé,  déchiré  de  vallées  encaissées  qui,  très  souvent, 
deviennent  de  véritables  canons  profonds  d'environ  400  mètres. 
Sur  les  lianes  de  ce  relief,  le  ruissellement,  s'il  est  éphémère, 
s'exerce  avec  une  très  grande  puissance.  Une  note  du  comman- 
dant Tilho  signale  dans  ce  massif  un  village  troglodytique  d'habi- 
tations creusées  dans  une  roche  volcanique  tendre.  » 

Il  est  procédé  à  l'élection  du  bureau  pour  l'année  1917. 
M.  A.  Thomas  est  élu  président  par  19  voix  ;  M.  Elie  Rerger, 
vice-président,  par  21  voix. 

On  passe  ensuite  à  l'élection  des  membres  des  différentes  com- 
missions annuelles.  Sont  élus  : 

Travaux  littéraires:  MM.  Senart,  Héron  de  Ville  fosse,  Alfred 
Croiset,  Glermont-Ganneau,  de  Lasteyrie,  Collignon,  Omont, 
Prou. 

Antiquités  de  la  France  :  MM.  Héron  de  Villefosse,  de 
Lasteyrie,  Salomon  Reinach,  Omont,  C.  Jullian,  Durrieu,  Four- 

nier. 

Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome  :  MM.  Heuzey, 
Foucart,  Homolle,  Collignon,  Pottier,  Châtelain,  Ilaussoullier, 
Prou. 

Ecole  française  d'Extrême-Orient  :  MM.  Heuzey,  Senart, 
Pottier,  Chavannes,  Cordier,  le  P.  Scheil. 

Fondation  Benoit  Garnier  :  MM.  Senart,  Chavannes,  Cor- 
dier, le  P.  Scheil. 

Fondation  Eugène  Piot  :  MM.  Heuzey,  Héron  de  Villefosse,  de 
Lasteyrie.  Homolle,  Collignon,  Babelon,  Pottier,  Haussoullier, 
Durrieu. 


SÉANCE  DU  29  DÉCEMBRE  1916  611 

Fondation  De  Glercq  :  MM.  Heuzey,  Senart,  Babelon,  Pottier, 
le  P.  Scheil. 

Fondation  Doirlans  :  MM.  Emile  Picot,  Châtelain,  Haus- 
soullier,  Cuq. 

Commission  administrative  centrale  :  MM.  Alfred  Croiset, 
Omont. 

Commission  administrative  de  l'Académie  :  MM.  Alfred  Croiset, 
Omont. 

Commission  du  prix  Gorert  :  MM.  Kmile  Picot,  Omont, 
C.  .lullian.  Prou. 

M.  Alfred  Jeanroy  fait  une  communication  sur  les  débuts  de 
la  poésie  courtoise  dans  la  France  méridionale,  les  premières 
théories  et  les  premiers  modèles.  — Les  troubadours  ont  été, 
presque  dès  l'origine,  très  conscients  de  leur  art  :  les  premières 
théories  apparaissent  avec  la  seconde  génération  poétique,  no- 
tamment chez  Marcabru  et  Peire  d'Auvergne.  Le  fond  de  la 
poésie  courtoise  étant  très  conventionnel,  il  s'agissait  de  masquer 
ce  caractère  par  des  artifices  de  fond  ou  de  forme.  Peire  d'Au- 
vergne pratique  l'enchevêtrement  des  idées,  qui  laisse  le  lecteur 
libre  de  choisir  entre  diverses  interprétations  et  lui  pose  de  véri- 
tables énigmes.  D'autres,  par  la  recherche  du  mot  rare,  de  la 
rime  riche  essaient  de  voiler  la  maigreur  du  fond  sous  les  splen- 
deurs de  la  forme  ;  sans  affecter  de  parti-pris  l'obscurité,  ils  y 
tombent  également.  De  part  et  d'autre,  c'est  un  art  de  virtuoses. 
On  a  souvent  reproché  aux  troubadours  de  manquer  d'origina- 
lité :  si  l'on  se  représente  nettement  leur  conception  de  la 
poésie,  il  sera  plus  juste  de  s'étonner  qu'ils  en  aient  autant 
déployé  dans  un  domaine  si  étroitement  limité. 


612 

LIVRES   OFFERTS 


M.  Cagnat  offre,  de  la  part  de  M.  Toutain,  professeur  à  l'École 
des  Hautes  Éludes  religieuses,  nue  brochure  intitulée:  L'idée  reli- 
gieuse de  la  rédemption  et  l'un  de  ses  principaux  rites  dans  l'antiquité 
grecque  et  romaine.  Le  sujel  de  cette  note,  fort  intéressante,  a 
donné  lieu  à  une  lecture  de  M.  Toutain  à  l'Académie  dans  sa 
séance  du  17  mars  dernier. 

M.  Cagnat  offre  également  un  mémoire  de  M.  A..-L.  Constans, 
ancien  membre  de  l'Ecole  de  Rome,  sur  Gigthis,  ville  de  l'Afrique 

antique  située  sur  le  littoral  de  la  petite  Syrie.  «  Ce  mémoire,  dit-il, 
est  celui-là  même  que  M.  Constans  a  envoyé  à  l'Académie  ,:i  la  suite 
de  son  séjour  au  Palais  Farnèse.  et  dont  j'ai  déjà  parlé  avec  quelque 
détail  dans  le  rapport  que  j'ai  lu  devant  noire  Compagnie  le  17  décem- 
bre 1915.  M.  Constans  Ta  revu  el  accompagné  d'un  certain  nombre  de 
plans  dus  à  feu  Sadoux  et  à  M.  Emonts,  architecte  de  la  Direction 
des  Antiquités  de  Tunisie;  il  y  a  joint  aussi  des  photographies 
fournies  par  le  même  service.  C'est  une  bonne  monographie.  » 

M.  Omont  offre,  au  nom  de  M.  Georges  Guigue,  archiviste  en  chef 
du  département  du  Rhône,  une  notice  sur  des  Documents  des,  archives 
de  là  cathédrale  de  Lyon  récemment  découverts  :  la  trouvaille;  un 
diplôme  original  de  Charles  de  Provence  (Paris,  1916,  irt-86,  15  pages; 
extrait  de  la  Bibliut/ièi/ue  de  l'Ecole  des  Chartéi,  année  HU'i. 
t.  LXXVI).  C'est  une  étude  du  savant  archiviste  du  Rhône  sur  les 
documents  dont  l'intérêt  a  été  signalé  à  l'Académie  dans  la  séance 
du  11  février  dernier  (Comptes  rendus,  p.  84-85). 

M.  Clermont-Ganneau a  la  parole  pour  un  hommage  : 
«  J'ai  l'honneur  d'offrir  à  l'Académie,  de  la  part  de  M.  Vassel,  un 
nouveau  fascicule  de  ses  Eludes  puniques,  portant  le  n°  VII  et  inti- 
tulé :  Quatrième  note  su/'  la  néopunique  de  Bir  Tlelsa.  L'auteur  y 
reprend  l'examen  de  cette  inscription  dont  l'interprétation  présente 
de  grandes  difficultés,  et  il  discute  les  solutions  qu'en  a  proposées 
récemment  M.  Dussaud.  Il  conclut  avec  raison  que  ce  texte  obscur 
esl  encore  loin  d'avoir  dit  son  dernier  mot.  » 


613 


PÉRIODIQUES      OFFERTS 


American  Journal  of  Archaeology,  June  1916  (Xew-York,  in-8°). 

Archaeoîôgia  or  Miscellaneous  tracts  relating  to  antiquiiy,  publish- 
ed  by  the  Society  of  Antiquaries  of  London,  vol.  XVI  (London, 
in-4°). 

Archivio  délia  R.  Società  Rornana  ai  storia  patria,  vol.  XXXVIII, 
fasc.  1  à  5;  vol.  XXXIX,  fasc.  1  el  2    Roma,  in-8°). 

Àtti  délia  R.  Accademia  dei  Lincei.  Xotizie  degli  Scavidi  anlichilà, 
vol.  XII,  fasc.  7  à  12;  vol.  XIII,  fasc.  1  6  (Roma,  in-8°). 

Riblioleca  nazionale  centrale  di  Firenze.  —  Bolleltino  délie  pubbli- 
cazioni  italiane  ricevute  per  dïritto  di  slampa,  1916,  nos  181  à  192 
Firenze,  in-8°). 

Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Chartes,  revue  d'érudition  consacrée 
spécialement  h  l'étude  du  moyen  âge,  1915,  mai  à  décembre;  1916, 
janvier-juin  (Paris,  in-8°). 

Bolet im  da  Associaçao  dos  archeologos  portuguezes,  tome  XIII, 
nos  3  et  4  (Lisboa,  in-8°). 

Bulletin  de  la  Société  scientifique,  historique  et  archéologique  de  la 
Corrèze,  1915,  janvier-décembre  (Brive,  in-8°). 

Bulletin  de  la  Société  historique  el  archéologique  du  Finistère. 
Procès-verbaux  et  Mémoires,  tome  XLII,  1915  (Quimper,  1916, 
in-8"  . 

Bulletin  de  la  Société  archéologique  île  Béziers,  3e  série,  t.  X, 
2e  livraison,  1914-1916  (Béziers,  in-8°). 

Bulletin  de  la  Société  historique  et  archéologique  de  Langres, 
t.  VII,  1er  octobre  1916  iLangres,  in-8°). 

Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  1915,  4e  trimestre 
(Poitiers,  in-8°). 

Bulletin  de  la  Commission  archéologique  de  Xarbonne,  année  1915, 
2e  semestre  (Narbonne,  in-8°). 

Bulletin  de  la  Société  historique  et  archéologique  du  Périgord, 
t.  XLIII,  lre  livraison  et  mars-octobre  1916  Téiig-ueux,  in-8°). 

Bulletin  trimestriel  de  la  Société  îles  Antiquaires  de  la  Picardie, 
1915,  3e  et  41"  trimestres;  1917,  1er  et  2*  trimestres  (Amiens,  in-88). 

Bulletin  trimestriel  de  la  Société  archéologique  de  Touraine,  année 
1915  (Tours,  in-8°). 


61  i  PÉRIODIQUES    OFFERTS 

Bulletin  de  la  Société  des  sciences  historiques  el  naturelles  de 
VYonne,  année  1915,  1er  semestre  (Auxerre,  1015,  in-8°). 

Bulletti  de  la  Biblioteca  de  Catalunya,  jener-agost,  1915  (Barce- 
lona,  1915,  in-4°). 

Ecole  française  de  Borne.  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire, 
juillet-décembre  1915  (Rome,  in-8°). 

Ecole  française  d  Athènes.  Bulletin  de  Correspondance  hellénique, 
juillet-décembre  1915  (Paris,  in-8°). 

Encyclopédie  de  l'Islam,  22e  livraison    Paris  et  Leyde,  in-8°). 

Journal  asiatique,  mars-juin  1915  (Paris,  in-8°). 

Journal  of  the  Boyal  Institute  of  British  Architects,  vol.  XXIII, 
n01  16  à  20  (Londres,  1915  et  1916,  in-4°). 

London  University  Gazette,  vol.  XV,  n°176  à  185  (London,  in-8°). 

Mémoires  de  la  Société  royale  du  Canada,  1915,  septembre;  1910 
mars  à  décembre  (Ottawa,  in-8°). 

Memorie  délia  B.  Aecademia  délie  scienze  dell  Istituto  di  Bologna, 
1914-1915  (Bologna,  1915,  in-8°). 

Pro  Alesia,  novembre  1914,  février-mai  1915  (Paris,  in-8°). 

Proceedings  of  the  American  Philosophical  Society  held  at  Phila- 
delphia  for  promoting  useful  knowledge,  octobre-décembre  1915; 
janvier-mars  1916  (Philadelpbia,  in-8°). 

Proceedings  of  the  Boyal  Society  of  Edinburgh,  vol.  XXXV,  part 
III;  vol.  XXXVI,  parts  I-ï I  (Edinburgh,  1915,  in-8°). 

Procedings  of  the  Society  of  Antiquaries  of  Scotland,  1914-1915 
(Edinburgh,  in-8°). 

Proceedings  of  the  Society  of  Biblical  Archaeology,  vol.  XXXVII, 
part  4;  vol.  XXXVIII,  parts  3-6  (London,  in-8°). 

Proceedings  of  the  Society  of  Antiquaries  of  London.  Session 
1914-1915  (London,  in-8°). 

Bendiconfo  délie  sessioni  délia  B.  Aecademia  délie  scienze  dell 
Istituto  di  Bologna,  vol.  XIII,  1914-1915  (Bologna,  1915,   in-8°  . 

Bendiconti  délia  B.  Accadejnia  dei  Lincei,  vol.  XXIV,  fasc.  7  à 
12;  vol.  XXV,  fasc.  1  à  4  (Roma,  in-8°). 

Berista  de  Archivos,  Bibliotecas  y  Museos,  1916.  Enero-Agosto 
1916  (Madrid,  in-8°). 

Bévue  des  «  Amitiés  franco-étrangères  »,  mai-juin  1915  (Paris, 
in-8°). 

Bévue  algérienne,  tunisienne  et  marocaine  de  législation  et  de 
jurisprudence,  juillet-octobre  1916  (Alger,  in-8°). 

Bévue  archéologique,  publiée  sous  la  direction  de  MM.  E.  Pottier 
et  S.  Rbinach,  novemhre-décembre  1915;  janvier-août  1916  (Paris, 
in-8'M. 


PÉRIODIQUES    OFFERTS  015 

Revue  biblique  publiée  par  l'École  pratique  d'études  bibliques 
établie  au  couvent  dominicain  Saint-Étienne  de  Jérusalem,  janvier 
et  avril  1916  (Paris  et  Rome,  in-8°). 

Revue  de  l'histoire  des  religions,  janvier-décembre  191  o  (Paris, 
in-8°). 

Revue  savoisienne,  publication  périodique  de  l'Académie  florimon- 
tane  d'Annecy,  1915;  3e  et  4e  trimestres,  1910,  1er,  2e  et  3e  trimestres 
(Annecy,  in-8°). 

Société  archéologique  et  historique  de  l'Orléanais.  Rullelin,  1er,  2e, 
3e  et  4e  trimestres  1915  (Orléans,  et  Paris,  in-8°). 

The  Jewish  Quarlerbj  Review,  avril-octobre  1916  (London,  in-8°). 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Académie  des  sciences  de  Lis- 
bonne. Condoléances  à  l'occa- 

•  sion  de  la  mort  de. M.  Maspero, 
344. 

Académie  des  sciences  du  Por- 
tugal. Condoléances  à  l'occa- 
sion delamortdc  M.  Maspero, 
344. 

Académie  des  sciences  de  Turin. 
Condoléances  à  l'occasion  de 
la  mort  de  M.  Maspero,  302. 

Actes  île  Philippe  Aug liste,  270. 

Administrative  <  Commission), 
296,  416,611. 

Administrative  centrale  (Com- 
mission', 416, 611. 

Aeqitza.  Nom  figurant  dans 
une  inscription  chrétienne  de 
Cartilage,  157. 

Afghanistan.  —  Voy.  Ghazna. 

Afrique.  Les  camps  de  la  troi- 
sième  légion  au  premier  siècle 
de  l'Empire.  273.  —  Statuette 
de  l'Afrique  personnifiée,  ac- 
quise à  Alexandrie  par  M.Jean 
Maspero,    337.  Voy.   aussi 

Algérie,  Azaouad,  Sénégal 
(Haut-  ,  Tillio,  Tunisie,  Volu- 
bilis . 

Agde.  Lettre  de  M.  Ginestel  au 
sujet    de  la     destruction    pro- 


jetée d'un  hôtel  du  xvie  siècle, 
271. 

Agrafes  en  or,  ornées  de  cabo- 
chons, trouvées  sur  le  Kou- 
diat-Zâteur,  1">. 

Albaille  (Joseph).  Collection 
d'objets  préhistoriques,  483. 

Alep  (Milliaires  de  Septime  Sé- 
vère découverts  à  l'E.  d"), 
388. 

Alexandre  le  Grand.  Passage 
d'Elien  sur  le  portrait  équestre 
de  ce  roi  peint  par  Apelles, 
il  4. 

Alexandrie  (Egypte i.  Inscription 
grecque  du  Musée,  164,  165. 

Algérie.  —  Voy.  Cheffia  (la), 
Djemila,  Dougga,  Khamissa. 

Amélineau  |E.  .  Prolégomènes  à 
l'élude  de  la  religion  égyp- 
tienne, 210. 

Amiens.  Découverte  d'objets 
divers  dans  des  puits  funé- 
raires, 56,  66. 

André-Michel  (Robert).  Les 
fresques  </>■  lu  ijarde-rohe  au 
Palais  des  papes  à  Avignon, 
427. 

Annuaire  général  de  V Indo-Chine, 
366. 

Ani  iochus.  Nom  figurant  dans  une 


TAULE    ALPHABÉTIQUE 


617 


inscription  chrétienne  de  Car- 
thage,  157. 

Antiphon  (Les  nouveaux  frag- 
ments d')  publiés  dans  le 
recueil  des  papyrus  d'Oxy- 
rhynchus,  418,  426 . 

Antiquités  delà  France  (Concours 
des),  4.  —  Rapport,  137,  303, 
307.  —  Commission,  610. 

Apelles.  Anecdote  d'Élien  sur  le 
portrait  équestre  d'Alexandre 
peint  par  cet  artiste,  414.  — 
Vénus,  414. 

Apollon.  Son  rôle  dans  les  Eu- 
ménides  d'Eschyle,  212. 

Appliques  en  or,  avec  pierres 
fines,  trouvées  sur  le  Koudiat- 
Zàteur,  15. 

Arc  (Jeanne  d'  .  Sou  itinéraire 
parisien  et  la  journée  du  8 
septembre  1429,  119,  214.  — 
L'ancien  hôtel  de  Vaucouleurs 
à  Paris  et  la  fausse  Jeanne 
d'Arc,  219,  222,  253. 

Arc  Décision  du  IIe  concile  de 
Latran  prohibant  l'usage  de 
1')  et  de  l'arbalète  dans  les 
guerres   entre  chrétiens,  295. 

Archiviste  paléographe  (Déli- 
vrance des  diplômes  d'),  517. 

Arconati-Visconti  (Marquise'. 
Fondation  d'un  prix,  sous  le 
nom  de  Prix  Raoul Duseigneur, 
en  faveur  des  études  sur  l'art 
et  l'archéologie  espagnols  jus- 
qu'à la  fin  du  xvie  siècle,  221, 
241,  396. 

Argyropoulô  (Georges).  I.'.UIr- 
magne  ennemie  de  V hellénisme, 
390. 

Ariane.  Légendes  relatives  à  sa 
Mini  i .  38" 


Arméniennes  (Inscriptions M'Aïn- 
Bagnaïr  et  de  Marmachène, 
317. 

Assyriennes  (Un  naufrage  d'an- 
tiquités) dans  le  Tigre,  223, 
22  î. 

Auch.  Pierre  tombale  d'une 
petite  chienne  nommée  Cy- 
théris,  au  Musée,  76. 

Azaouad  (L'),  au  N.  de  Tom- 
bouctou.  Gisements  préhisto- 
riques, 444,  445. 

Baal  Adir  (Saturne-Auguste). 
Inscription  punique  dédiée  à 
ce  dieu,  348. 

Baal  Hammon.  Inscription  pu- 
nique dédiée  à  ce  dieu,  130. 

Babelon  (Ernest i.  Commissions, 
5,  190,  575,  610,  611.  —  Rap- 
port, 114.  —  Signatures  d'ar- 
tistes sur  des  monnaies  grec- 
ques, 89.  —  Observations,  17, 
85,  397.  —  Hommages,  21  i, 
294,  315.  il  2. 

Bacchus  (La  mosaïque  de  l'Ivresse 
de)  au  Musée  de  Lyon,  285, 
286. 

Bague  en  or,  avec  représenta- 
tion d'une  colombe,  d'une 
palme  et  d'une  étoile,  trouvée 
sur  le  Koudiat-Zâteur,  15.  — 
Autre  bague  en  or,  avec  cou- 
ronne et  lettres  grecques,  lu. 

Balance.  —  Vby.  Vénus. 

Barbier-Muret  Fondation-,  189. 
—  Commission,  190,  255. 

Barcelone.  Condoléanceë  de  l'A- 
thénée à  l'occasion  de  la  mort 
de  M.  Maspero,  316. 

Bahtii  Auguste).  Commissions, 
ri.  _  Décédé,  214. 


GIS 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Basmadjian.  Inscriptions  armé- 
niennes d'Aïn-Bagnaïr  et  de 
Marmachêne,  317. 

Bassel  Henéj.  Mélanges  afri- 
cains et  orientaux,  35. 

Baudouin  (Dr).  L'orientation  dos 
dolmens  des  environs  de 
Vannes,  459. 

Beaune  (Hôtel-Dieu  de).  Date 
de  l'exécution  du  polyptyque 
attribué  à  Roger  Van  der  Wey- 
den,  48. 

Benedicta.  Nom  Qgurant  dans 
une  inscription  chrétienne  de 
Carthage,  157. 

Berger  (Élie).  Commissions,  5, 
6.  —  Vice-président  pour 
1917,  610. 

Berniolle  (J.-B.).  Excursion  ar- 
chéologique à  l'oppidum  de 
Conslantine  {commune  de  Lan- 
çon, etc. ,  333 . 

Béziers.  Fragments  de  vases 
grecs,  410. 

Biator.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  funéraire  de  Car- 
tilage, 159. 

Bibliothèque  de  l'Institut  de 
France.  Albums  et  dessins  at- 
tribués à  Charles  Errard,  304. 

—  Croquis   d'Antoine    Desgo- 
detz,  305. 

Bibliothèque  nationale.  Dessins 
de  la  Paraphrase  du  psaume 
XXVI  exécutée  pour  François 
Ier  sur  l'ordre  de  Louise  de 
Savoie  (ms.   franc.  2088),    87. 

—  Origines    de   la  Collection 
Doat,   588. 

Bictorinia.  Nom  figurant  dans 
une  inscription  chrétienne  de 
Carthage,  159. 


liijoux  d'or  trouvés  dans  une  sé- 
pulture; chrétienne  sur  le  Kou- 
diat-Zâteur,  15. 

Bixianis.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
thage. 157. 

Blanchard  1)'  Raphaël).  Corpus 
inscriptionum  ad  medicinam 
biologiamque  spectantium,  267. 

Bonifatius.  Inscription  funéraire 
découverte  sur  le  Koudiat-Zà- 
teur,  14.  -  ■  Inscription  funé- 
raire de  Carthage,  159. 

Bordin  (Prix),  4.  — Commission, 
5.  —  Rapport,  241. 

Bosco  (Joseph).  Publications 
diverses  concernant  l'archéo- 
logie de  l'Algérie,  588. 

Bostra  (Syrie).  •  Voy.  Porphy- 
rios. 

Bouché-Leclercq  (A.).  Commis- 
sion, 6.  —  Observations,  135. 
317,  427. 

Boucher  (Colonel  A.).  La  bataille 
de  Platées  d'après  Hérodote, 
50. 

Boucle  en  or  massif,  trouvée- 
sur  le  Koudiat-Zàteur,    15. 

Bréal  i  Michel).  Notice  sur  sa 
vie  et  ses  travaux,  545. 

Bréhier  (Louis).  Les  galeries  des 
rois  et  les  catalogues  officiels 
des  rois  de  France,  53,  61.  — 
L'hagiographie  byzantine  du 
vin0  et  du  ixe  siècles,  349,  357, 
359.  —  La  cathédrale  de  Reims, 
210. 

Breuil  (Abbé  H.).  Inscription  la- 
tine de  Galera,  358. 

Brimo  (La  déesse).  Passage  de 
Properce  la   concernant,  224. 

Briois.  Traduction  du  rapport  de 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


619 


Lephore  des  antiquités  de 
Chypre  pour   1914,  218. 

Bronze  (Objets  en)  découverts 
dans  les  fouilles  d'Ensérune, 
près  de  Béziers,  408,  476. 

Buerfunée,  347. 

Bulletin  de  correspondance  hel- 
lénique, 411,  599. 

Byzantine  (Hagiographie)  des 
vin"  et  ixe  siècles,  349,  357, 
359. 

Cagnat  (Bené).  Commissions,  6, 
190,  272.  —  Rapport,  149.  - 
Élu  secrétaire  perpétuel,  334, 
345.  —  Allocution,  345.  — 
Lettre  de  M.  Chabot  sur  le 
nom  de  Dougga,  136.  —  Note 
de  M.  Merlin  sur  une  nouvelle 
inscription  découverte  à  Thu- 
burbo  Majus,  259.  —  Note  de 
M.  De  Pachtere  sur  les  camps 
de  la  troisième  légion  en 
Afrique  au  premier  siècle  de 
l'Empire,  273.  —  Note  de 
M.  Fabia  sur  les  mosaïques  de 
la  Déserte  (place  Sathonay,  à 
Lyon),  350.  —  Djemila,  colo- 
nie militaire  de  Nerva,  588,  593. 

—  Lettre  de  M.  Chabot  sur  une 
inscription  funéraire  punique 
de  Carthage,  608.  —  Homma- 
ges, 117, 267, 396, 427, 5SS,  612. 

—  Observations,  16,  17,  1 19,445. 
Caire  (Institut  français  d'archéo- 
logie   orientale    du).    Rapport 
du   Directeur,  468. 

Canatha  (Syrie).  — Voy.  Porphy- 

rios. 
Canoniques   (Les  collections)  du 

pontificat     de    Grégoire     VII, 

164,  578. 


Capitan  (Dr).  Les  chiens  et  le 
vin  à  l'époque  gallo-romaine, 
56,  66.  — Le  couteau  de  pierre 
à  sacrifices  humains  de  l'an- 
cien Mexique  dans  deux  livres 
du  xvne  siècle,  367,  368.  — 
Six  nouveaux  gisements  pré- 
historiques dans  l'Azaouad  et 
dans  la  région    du  Haul-Séné- 

If  f    f         f    t  *» 
,  m,  4*d. 

Carrière     Abbé  Victor).  Origine 

de  l'appellation  d't/ros  Clavo- 

rum  appliquée  à  Verdun,  445. 

—    Pouillés    de  la  province  de 

Trêves,   250. 

Carthage.  Stèle  punique,  31.  — 
Une  grande  basilique  près  de 
Sainte-Monique  à  Carthage, 
149,  150.  —  Deux  inscriptions 
trouvées  dans  les  fouilles  delà 
grande  basilique,  430,  431.  — 
Inscription  funéraire  punique, 
608. 

Carton  (Dr),  correspondant. 
Lettres,  221,  253.  —  Les  fa- 
briques de  lampes  dans  l'an- 
cienne Afrique,  425. 

Cartulaire  (Le  Grand;  de  l'église 
de  Lvon,  84. 

Caryatides  (L'origine  des),  218, 
241,256. 

Ceiu,  Ceius.  Nom  figurant  dans 
des  inscriptions  puniques, 
129,  131. 

Celtiques  Mots  dans  des  ins- 
criptions latines  sur  pesons 
de  fuseau,  150,  168. 

Céramique  de  la  nécropole  d'En- 
sérune, près  de  Béziers,  397, 
Î7't,  478. 

César    Virgile  et),  344. 

Chabot    .1.-1'-. i.  Les  inscriptions 


B20 


Table  alphabétique 


puniques  de  la  collection  Mar- 
chant, 17.  —  Les  Inscriptions 
puniques  de  Dougga,  118,  119. 

—  Formation  du  nom  de 
Thugga  (Dougga  ,  136,  — Deux 
inscriptions  puniques  et  une 
inscription  latine  d'Algérie, 
241,  212.  — Inscriptions  néo- 
puniques   de    Masculula,   347. 

—  Inscription  funéraire  pu- 
nique de  Carthage,  608. 

Ghamonard  J.).  Résume  de  son 
rapport  sur  les  fouilles  d'Elé- 
onte,  37,  40. 

Chandelier  à  sept  branches 
(Fragment  de  sarcophage  of- 
frant une  représentation  du), 
au  Musée  national  de  Rome, 
285. 

Charles,  roi  de  Provence.  Di- 
plôme original  découvert  à 
Lyon,  84. 

Châtelain  (Emile).  Commissions, 
6,  575,  610,  611. 

Châtelain  (Louis;.  Chien  de 
bronze  découvert  à  Volubilis 
(Maroc),  259.  —  Mémoire  de 
M.  Cuq  sur  un  inscription  dé- 
couverte au  même  lieu,  261, 
284.  —  Fouilles  de  Volubilis, 
359.  —  Épitaphe  d'une  femme 
originaire  de  Vienne  (Isère), 
trouvée  à  Volubilis,  609. 

Chavannes  (Edouard1,  président 
sortant.  Allocution,  1.  — 
Commissions,  5,  610.  —  Rap- 
port, 114.  —  Donation  du  pro- 
fesseur IL  A.  Giles,  118.  — 
Textes  relatifs  à  l'histoire  de 
la  principauté  de  Wou  et  Vue, 
190.  —  Observations.  296. 
Hommage,  VI 5. 


Cheffla  La),  Algérie.  Inscrip- 
tion latine.  249. 

Chienne  (Pierre  tombale  d'une 
petite)   nommée  Cythéris,  au 

Musée  d'Auch,   76. 

Chiens  (Les  à  l'époque  gallo- 
romaine,  55,  66.  —  Chien  de 
bronze  découvert  à  Volubilis 
Maroc),  260.—  Autre  chien  de 
bronze  découvert  aux  environs 
de  Luxé    (  lharente),  261. 

Chine.  —  Voy.  Wou. 

Chypre.  Traduction,  par  M.  Bri- 
ois,  du  Rapport  de  l'éphore 
des  antiquités  de  cette  ile 
pour  1914,  218. 

Clément  VII  (Le  pape).  Bulle  en 
faveur  de  l'église  de  Lyon,  85. 

Clermont-Ganneau  (CIi.  .  Com- 
missions, 5,  610.  —  Observa- 
tions, 16,  17.  224,  242,  387.  — 
Hommages,  219,  315,  612. 

Cochin  (Henry).  Le  Vita  nova  de 
Dante,  444. 

Colisée.  Lettrede  M.  Lemonnier 
sur  les  stucs  de  ce  monument, 
302,  303. 

Collier  d'or  orné  de  pierres  pré- 
cieuses, découvert  sur  le  Kou- 
diat-Zàteur,  15. 

Colugnon  Maxime).  Commis- 
sions, 5,  6,  256,  272,  610.  - 
Rapport,  149.  —  Secrétaire  per- 
pétue] intérimaire,  334.  —  Sta- 
tuette de  l'Afrique  personnifiée 
acquise  à  Alexandrie  par  Jean 
Maspero,  337.  — Observations, 
256.  —  Hommages,  115,  218, 
251,  428. 

Comité  du  Livre.  211,  414. 

Commaille,  conservateur  des 
ruines  d'Angkor.  Décédé,  221. 


Table  alphabétique 


621 


Commont.  Découverte  d'objets 
divers  dans  des  puits  funé- 
raires, à  Amiens,  56,  60. 

Concours  (Annonce  des),  '-'AH.  — 
Situation  pour  1916,  4.  —  Ju- 
gement des  concours,  512. 

Constans  (A.-L.).  Gigthis,  612. 

Gonway  (Sir  W.  Martin).  The 
abhey  of  Saint-Denis  and  itë 
ancient  treasures,  349. 

Cokdier  (Henri).  Commissions, 
5,  256,  610.  ■  Rapports,  85, 
600.  —  Délégué  pour  assister  of. 
ficieusement  aux  prières  dites 
en  faveur  des  armées  françaises 
et  alliées  en  la  basilique  de 
Montmartre,  137.  —  Traduction 
inédite  du  Tchoung  Young  par 
le  P.  de  Ventavon,  416.  — 
Nouvelles  de  M.  le  comman- 
dant Tilho,  609.  —  Hommages, 
13,  35,  148. 

Coupe  attique  découverte  h  Ensé- 
rune,  près  de  Béziers,  401,  476. 

Courby  (F.).  Résumé  de  son  rap- 
port sur  les  fouilles  d'Éléonte, 
37,  40.  — Fouilles  de  Delphes, 
115. 

Couteau  de  pierre  à  sacrifices 
humains  de  l'ancien  Mexique, 
367,  368. 

Covuldonia.  Nom  figurant  dans 
une  inscription  chrétienne  de 
Carthage,   157. 

Cratères  campaniens  découvci K 
à  Ensérune,  près  de  Béziers, 
400,  106. 

Cresconius.  Épitaphe  de  ce  per- 
sonnage trouvée;  à  Garthage, 
431. 

Croisade,  lue  participation  in- 
connue;!   la    Croisade   de'  Phi- 


lippe le  Bon  contre  les  Turcs, 
268. 

Choiset  (Alfred).  Commissions, 
6,  610,  611.  —  Les  nouveaux 
fragments  d'Antiphon  publiés 
dans  le  recueil  des  papyrus 
d'Oxyrhynchus,  418,  426.  — 
Observations,  212,  357. 

Croiset  (Maurice),  président  pour 
1916.  Allocutions,  2,  214,  297, 
367,429.  —  Discours  à  la  séance 
publique  annuelle,  487.  —  Le 
rôle  d'Apollon  dans  les  Eumé- 
nides  d'Eschyle,  212.  — Obser- 
vations, 114, 135, 138,  296, 317, 
427.  —  Hommage,  50. 

Cumont(  Franz).  Projet  de  fouilles 
à  Vechten  (anc.  Fectio)  en  Hol- 
lande, 271.  — Fragment  de  sar- 
cophage romain  offrant  une 
représentation  du  chandelier  à 
sept  branches,  au  Musée  natio- 
nal de  Borne,  285.  —  Disques 
de  caractère  magique  prove- 
nant d'un  atelier  de  Tarente, 
344.  —  Deux  milliaires  de  Sep- 
lime  Sévère,  388. 

Ci  o (Edouard). Commissions,  190, 
296,61 1 .  —  Délégué  pour  assis- 
ter officieusement  aux  prières 
dites  en  faveur  des  armées  fran- 
çaises et  alliées  en  la  basilique 
de  Montmartre,  137.  —  Mé- 
moire surune  inscription  latine 
découverte  à  Volubilis  (Maroc) 
par  M.  Louis  Châtelain,  261, 
284.  —  Observations,  359.  — 
/.es  nouveaux  fragments  du 
Code  de  Ha.mmoura.bi,  600. 

(  !\  priana.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
tilage,  bis. 


022 


TA  M  LE    ALPHAMÉTIOUE 


Cyprien  (Saint).  Réminiscences 
présumées  de  son  traité  Dezelo 
et  livore  dans  une  inscription 
chrétienne  I  rouvée  à  Khamissa, 
39. 

Cythéris.  Pierre  tombale  d'une 
petite  chienne  de  ce  nom,  au 
Musée  d'Auch,  76. 

Dalmatie.  Mouvement  intellectuel 
à  l'époque  de  la  Renaissance, 94. 

Daliha.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
tilage, 1  59. 

De  Clercq  (Fondation).  Commis- 
sion, 611. 

Dehérain  (Henri),  349,  357,  359, 
416.  —  Rôle  de  Pierre  Ruffin 
dans  l'orientalisme  français, 
414. 

Delaborde  (H. -François).  Recueil 
des  actes  de  Philippe  Auguste, 
270. 

Delalande-Guérineau  Prix),  5. — 
Commission,  5.  —  Rapport, 
118. 

Delattre  (R.  P.),  correspondant. 
Lettre  annonçant  la  découverte 
d'une  sépulture  chrétienne  sur 
le  Koudiat-Zàteur,  14.  — 
Une  grande  basilique  près  de 
Sainte-Monique  à  Cartilage, 
149,  150.  --  Deux  inscriptions 
trouvées  dans  les  fouilles  de  la 
grande  basilique,  430,  431.  — 
Inscription  punique  de  Car- 
tilage, 608.  Inscriptions  de 
Darnous-El-Karita,  186. 
Bulles  de  plomb  trouvées  à  Car- 
tilage, 214. 

Delaville  Le  Roulx  (Joseph).  Les 
Hospitaliers  à  Rhodes,    2">6. 


Délos  (L'histoire  de]  d'après  le 
prix  d'une  denrée,  296,  303. 

Delphes.  Fouilles  (t.  II),   115. 

Demaison(  Louis),  correspondant. 
Discours  prononcés  aux  séances 
annuelles  de  V  Académie  de 
Reims  en  I !) I .'>'  et  1916,  148, 
599. 

De  Pachtere  (Lieutenant  .  Lettre 
annonçant  la  découverte  d'un 
sarcophage  antique  dans  les 
tranchées  de  Salonique,  255. 
-  Les  camps  de  la  troisième 
légion  en  Afrique  au  premier 
siècle  de  l'Empire,  273. 

Desdevises  du  Dezert  (G.).  L'In- 
quisition aux  Indes  espagnoles 
à  la  fin  du  X  VIIIe  siècle  ;  —  La 
Louisiane  à  la  fin  du  XVIIIe 
siècle,  13. 

Desgodelz  (Antoine!.  Croquis 
originaux,  à  la  Bibliothèque 
de  l'Institut,  305. 

Dictionnaire  des  antiquités  grec- 
ques et  romaines,  356. 

Diehl  (Charles).  Commission,  5. 
—  Thessalonique  et  les  inva- 
sions slaves  en  Macédoine  au 
vie  et  au  vne   siècle,  431. 

Dieulafoy( Marcel).  Commission, 
272.  —  Lettreannonçantlamort 
de  Mme  Jane  Dieulafoy,  256. 

Djemila,  colonie  militaire  de 
Nerva,  588,  593. 

Disques  de  caractère  magique 
provenant  d'un  atelieT  de  Ta- 
rente,  344. 

Doat  (Collection),  à  la  Bibliothè- 
que nationale.    Origines,    588. 

Dominica.  Nom  figurant  dans 
une  inscription  chrétienne  de 
Carthage,  156. 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


G23 


Donat.  Les  premiers  temps  du 
donatisme  et  la  question  des 
deux  Donat,  oO. 
Dorez  (Léon).  Tables  des  Monu- 
ments et  Mémoires  de  la  Fon- 
dation Piot  t.I-XX),  251. 
Dottin    (Georges).    Les    anciens 

peuples  de  l'Europe,  314. 
Dougga     (Algérie).     Inscriptions 
puniques,  118,  119.  --  Inscrip- 
tion grecque,    129.  —  Forma- 
tion du  nom  de  cette  ville,  136. 
Dourlans  (Fondation).    Commis- 
sion, 611. 
Doulrepont  (Georges).  Une  parti- 
cipation inconnue  à  la  Croisade 
de  Philippe  le   Bon  contre  les 
Turcs,  268. 
Duchalais  (Prix),   4.  —  Commis- 
sion, o. —  Rapport,  114. 
Duchesne    (Mgr  Louis  .  Membre 
de  la  commission  du   prix  Vol- 
ney  pour  l'Académie  française, 
114. 
Dirbieu  (Comte   Paul).  Commis- 
sions, 5,  256,  272,  610.  —Rap- 
ports,   90,    261.    —  Note    de 
M.   Esdoubard  d'Anisy   sur  la 
date  du  polyptyque  conservé  à 
l'Ilôtel-Dieu  de  Beaune  et  attri- 
bué à  Roger  Van  der  Weyden, 
48.  —  Dessins  de  la  Paraphrase 
du  psaume  XXVI  exécutée  par 
François    Ier    sur    Tordre     de 
Louise   de    Savoie  (ras,   franc. 
2088  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale),   87.  —  Souvenirs   de  la 
mythologie  antique  clans  un  li- 
vre d'Heures  exécuté  en  France 
entre  1423  cl   1430,    190,   191.— 

Jean  de  Meun  et  L'Italie,    i30, 
loi*; 


436.  —  Les  goûts  archéologi- 
ques <l'un  pharmacien  militaire 
sous  le  premier  Empire,  35.  — 
Oderisi  de  Guhbio,  42'>. —  Ob- 
servations, 90,  95, 119, 273, 464. 

—  Hommages,  251,  256,  427, 
484,  485. 

Duseigneur  (Prix  Raoul),  222, 
241,  396.  — Commission,  272. 

—  Rapport,  295. 

E  final  masculin.  Tentative  faite 
vers  1300  pour  le  distinguer, 
dans  les  mots  français,  de  l'e 
final  féminin,  296. 

Écoles  françaises  d'Athènes  et  de 
Rome.  Commission,  610.  — 
Rapport,  601. 

École  française  d'Athènes.  Rap- 
port, 601.  —  Bulletin  de  cor- 
respondance hellénique,  411, 
599. 

Ecole  française  de  Rome.  Rap- 
port, 601. 

Ecole  française  d'Extrême- 
Orient.  Commission,  610. 

Egrilius.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  latine  et  néo-puni- 
que de  Masculula,  348. 

Egypte.  Inscriptions  grecques, 
165,  il 7,  i-20.  —  L'administra- 
lion  locale  sous  l'ancien  Em- 
pire, 368,  378.  — Voy.  aussi  Kop- 
tos,  Loubat  Duc  de),  Pepi  11. 

Élamites  (La  prière  des  morts 
chez  les),  396. 

Elections.  Ajournements  à  si\ 
mois,  16,  255,317. 

Eléonte.  fouilles  archéologiques 
sur  remplacement  delà  nécro- 
pole, 37.  M). 
Eleusis.    L'instruction    prépara- 

35 


6â4 


TABLE    AI.I'HaIU;THJI  I. 


toiredes  candidats  à  l'initiation 
aux  mystères,  212,   218. 

Élien.  Anecdote  relative-  au  por- 
trait équestre  d'Alexandre 
peint  par  Apelles,  41  i-. 

Lnsérunc,  près  de  Bé/.iers. 
Fouilles,  397,  408,  409.  —  Le 
nom  de  cette  localité  et  ses 
transformations,  575. 

Épingle  d'or  à  ressort,  trouvée 
sur  le  Koudiat-Zâteur,  15. 

Errard  (Charles).  Albums  de  des- 
sins à  lui  attribués,  à  la  Biblio- 
thèque de  l'Institut,  304. 

Errata,  112. 

Eschyle.  Rôle  d'Apollon  dans  ses 
Euménides,  212. 

Esculape.  Inscription  relative 
aux  purifications  exigées  des 
fidèles  avant  de  pénétrer  dans 
son  temple  à  Thuburbo  Majus, 
259,  2112. 

Esdouhard  d'Anisy  (P.).  Date  de 
l'exécution  du  polyptyque  de 
l'Hôtel- Dieu  de  Beaune  attribué 
à  Roger  Van  der  Weyden, 
48. 

Espagne.  —  Voy.  Galera. 

Espérandieu  (Emile),  correspon- 
dant. Recueil  général  des  bas- 
reliefs...  de  la  Gaule  romaine 
(t.  VI),  13,  268.  —  Monuments 
antiques  figurés  du  Musée  ar- 
chéologique de  Milan,  18(1. 

Eude( Emile). L'itinéraire  parisien 
de  Jeanne  d'Arc  et  la  journée 
du  8  septembre  1429,  119,  214. 
-  L'ancien  hôtel  de  Yaucou- 
leurs  à  Paris  et  la  fausse  Jeanne 
d'Arc,  218,  253.  —  Le  moulin 
de  La  Chapelle,  près  Paris, 
il6. 


Euquitius.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
thage,  157. 

Exsiizios.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
tilage, 157. 

Exsilaraia.  Nom  ligurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
thage,  LIT. 

Fabia  (Philippe),  correspondant. 
La  mosaïque  de  l'Ivresse  de 
Bacchus  au  Musée  de  Lyon, 
285,   286.  Les     mosaïques 

superposées  de  la  Déserte 
(place  Sathonay,  à  Lyon  , 
350. 

Fage  (René).  Une  famille  bour- 
geoise  depuis    le    XVIe    siècle, 

lin;. 

Faustus  (Anicius  Acilius  Glabrio). 
Inscription  datée  de  son  consu- 
lat, 432-433. 

Felicissima.  Nom  figurant  clans 
une  inscription  chrétienne  de 
Carlhage,  161. 

Félicitas.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
tilage, 1")8. 

Fer  (Objets  en)  découverts  à 
Ensérune,  près  de  Béziers,409, 
478. 

Figeac.  Inscription  provençale, 
50,  53,57,  118. 

Formigé  (Jules).  L'édifice  accolé 
au  théâtre  romain  d'Orange 
(gymnase',  317.  —  Observa- 
tions sur  le  théâtre  romain 
d'Orange,  455. 

Fortunata.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
lhage, l")8. 


tABLE    ALPkABETKjl  L 


02 


0 


Foucart  (George).  Rapport  sur 
l'Institut  français  d'archéolo- 
gie orientale  du  Caire,  468. 

Foucart  (Paul).  Commission,  610. 

Fould  (Prix),  4.  —  Commission, 
5.  _  Rapport,  261. 

Fourmer (Paul). Commissions,  5, 
610.  —  Rapports,  137,303,307. 
—  Délégué  pour  assister  offi- 
cieusement aux  prières  dites  en 
faveur  des  armées  françaises  et 
alliées  en  la  basilique  de  Mont- 
martre, 137.  —  Décision  du 
IIe  concile  de  Latran  prohibant 
l'usage  de  l'arc  et  de  l'arbalète, 
295.  —  Les  collections  cano- 
niques du  pontificat  de  Gré- 
goire VII,  464,  578.  —  Obser- 
vations,  431. 

François  Ier.  Dessins  de  la  Para- 
phrase du  psaume  XXVI  exécu- 
tée à  son  usage  sur  l'ordre  de 
Louise  de  Savoie  (ms.  franc. 
2088  de  la  Bibliothèque  na- 
tionale), 87. 
Frédéric  Barberousse  (L'empe- 
reur). Diplômes  en  faveur  de 
l'église  de  Lyon,  85. 
F" remont  (Charles).  Origine  de 
Vhorlorje  à  poids,  240.  —  Le 
balancier  à  vis  pour  estampage, 
294. 

Gabarra  (Abbé  J.-B.).  Vabbé 
Pédegert,curè-doyen  de  Sabres, 
576. 

Galera       Espagne).      Inscription 

latine    dédiée  à    .lulia    Maesa. 
358. 
Gallipoli.   Résumé  de   la  note  du 
Lieutenant  Leune  sur  les  touil- 
les, 47. 


Garnier    (Fondation).     Commis- 
sion, 610.  —  Rapport,  600. 
Gauckler  (Paul).   Les   nécropoles 

puniques  de  Cartilage,  93. 
Geminia.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
tilage, 139. 
Genson  i  Eugène).  Collection  d'ob- 
jets préhistoriques,  483. 
Ghazna  (Afghanistan).  Légendes 
épiques  de  cette   région,  578, 
579. 
Giles  (H.  A.),  professeur  à  l'Uni- 
versité de  Cambridge.    Fonda- 
tion d'un  prix  biennal,  destiné 
au  meilleur  ouvrage   écrit  par 
un  Français   sur  la  Chine,   sur 
le   Japon    ou    sur     l'Extrême- 
Orient   en  général,     113,    118, 
467. 
Ginestel.    Lettre  au   sujet  de    la 
destruction  projetée  d'un  hôtel 
du  xvie  siècle  à  Agde,  271. 
Girard     (Paul).     Sens     du     mot 
7to&<xpxir)s  dans    l'Iliade,    114. — 
Hommage,  356. 
Glotz    (Gustave).     L'histoire    de 
Dtdos  d'après   le    prix     d'une 
denrée,  296,  303. 
Gobert(Prix),  4,  5. —  Attribution 
du  prix,  285.    —   Commission, 
611. 
Grecs  (Vases)  découverts  à    En- 
sérune,  près   de  Béziers,     397, 
407  et  suiv.,  476  et  suiv. 
Grégoire  VII  et    les  collections 

canoniques,  464,  57S. 
Grégoire  X   (Le   pape).    Bulle  en 
faveur    de    l'église    de     Fyon, 
85. 
Guesnon    A.  .  /'/i   Collège  incon- 


G26 


TABLE     ALPHABÉTIQUE 


nu  des  lions  enfants  d'Arras  à 
Paris,  348. 

Guigue  Georges;.  Découverte  de 
documents  provenant  des  an- 
ciennes archives  de  l'église  de 
Lyon,  84,  612. 

Guimet  Musée).  Stèle  anépigra- 
[ihe  punique  de  la  collection 
Sainte-Marie,  28. 

Gusman  (Pierre).  La  gravuresur 
bois  et  d'épargne  sur  métal, 
485. 

Gymnase  accolé  au  théâtre  an- 
tique d'Orange,  317. 

Hagiographie  hyzantine  des  vin1' 
et  ixp  siècles,  349,  357,   359. 

Harsy  Noël  de),  imprimeur 
rouennais  du  xvc  siècle,  et 
L'Ordinaire  des  chrestiens  par 
lui  imprimé,  416. 

Haussoullier  (Bernard).  Com- 
missions, 6,  610,  611.  —  Rap- 
port, 601  . 

Hautfuné,  3i7. 

H  a  vet  (Louis).  Commission,  6.  — 
La  répartition  des  actes  dans 
les  Comédies  de  Térence,  135. 

—  Passage  de  Properce  con- 
cernant la  déesse  Brimo,  224. 

—  Observations,  138. 
Ilenchir  Guergour  (anc.    Mascu- 

lula),  Tunisie.  Inscription  néo- 
punique et  inscription  bilingue 
!  latine  et  néo-punique),  347-348. 

Ilennion  d'Estaires  (Le  P.  Léo- 
nard). Allas  «/«'s  missions  fran- 
ciscaines en  Chine,   148. 

IIkmon  de  Yillefosse  (A.).  Com- 
missions, 5,  610.  —  Lettre  du 
P.  Delà ttre  annonçant  ladécou- 
verte    d'une    sépulture    chré- 


tienne sur  le  Koudiat-Zâteur, 
14. —  Ornements  de  vêlements 
en  or,  trouvés  à  Kertch, auj.au 

Musée  du  Louvre,  16. —  Lettre 
sur  une  inscription  relative  au 
marseillaisXénocritos,  établi  à 
Syracuse,  132.  —  Rapport  du 
R.  P.  Delattre  sur  les  fouilles 
d'une  grande  basilique  chré- 
tienne située  à  Carthage,  près 
de  Sainte-Monique,  149. — Chien 
de  bronze  découvert  à  Volubi- 
lis (Maroc i  par  M.  Louis  Châte- 
lain, 259.  —  Lettre  de  M.  Le- 
monnier  sur  les  stucs  du  Coli- 
sée,  302,  303.  —  Mémoire  de 
M .  Formigé  sur  un  édifice  ac- 
colé au  théâtre  d'Orange  (un 
gymnase  ,317.  —  Tê te  déjeune 
homme,  provenant  du  Parlhé- 
non,  offerte  au  Musée  du  Louvre 
par  M"e  de  La  Coulonche,334. 
—  Deux  inscriptions  chré- 
tiennes trouvées  à  Carthage, 
430.  —  Musée  du  Louvre.  Ac- 
quisitions et  dons  département 
des  antiquités  grecques  et  ro- 
maines), 253.  — Observations, 
466.  -  Hommages,  186,  212, 
21 L  252,  253,  268,  314,  315, 
333,  425,  429,  468,  577. 

Heures  (Souvenirs  de  la  mytho- 
logie antique  dans  un  livre  d:) 
exécuté  en  France  entre  1423 
et  1430,  190,  191  . 

HeuzeyI  Léon  .Commissions, 610, 
611. 

Holwerda  (Dr  J.H.  .  Projet  de 
fouilles  à  Vechten  anc.  Fectiô) 
en  Hollande,  271  . 

Homère.  Sens  du  mot  -ooiy/.r,ç 
dans  l'Iliade,  114. 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


G27 


IIomolle  (Théophile).,  Commis- 
sion, G 10.  —  Traduction,  par 
M.  Briois,  du  Rapport  de 
l'éphore  des  antiquités  de  Chy- 
pre pour  1914,  218.  —  L'origine 
des  caryatides,  218,  241,  256. 
—  Observations,  303. 

Iluart  (Clément1.  Les  légendes 
épiques  de  la  région  deGhazna 
(Afghanistan),  578,  579. 
Trois  actes  notariés  arabes  de 
Yârkend  ;  —  Le  Ghazel  heptag- 
lotte  (V Ahou-hhaq  Hallâdj,  13. 

Ibérique  (Vases  de  style),  inscrip- 
tions et  monnaies  découverts  à 
Ensérune,  près  de  Béziers,  401 
et  suiv.,  480  et  suiv. 

Indo-Chine.  Lettredu  gouverneur 
général  annonçant  la  création 
d'un  dépôt  d'Archives  géné- 
rales en  ce  pays  et  demandant 
la  désignation  d'un  archiviste 
paléographe,  250. 

Infinitif  (Développement  de  1'), 
138. 

Innocent  VI  (Le  pape).  Bulle  en 
faveur  de  l'église  de  Lyon,  85. 

Inscriptions  :  grecques,  10,  132, 
101,  162,166,  m,  424,434;  - 
ibériques,  403;  —  latines,  14, 
38,  155-162,  104,  109,  171,  173- 
175, 179, 182, 184, 249,  250,  263- 
204,  348,  358,  388, 389,  390,  432, 
434,  594-596  ;  —  provençale, 
58;  —  puniques,  22-20,  32-34, 
120-122,  12V,  127-130,214,  247, 
348,  008. 

Inscriptions  et  médailles  (Com- 
mission des),  575. 

Institut     français     d'archéologie 


orientale  du  Caire.  Rapport  du 
Directeur,  408. 
Istar.  Légende  de  sa  descente  aux 
Enfers,  53. 

Jean  de  Meun  (La  date  de  la  mort 
de),  138.  —  Jean  de  Meun  et 
l'Italie,  430,  436. 

Jean  d'Udine.  Dessins  des  stucs 
du  Colisée,  303,  300. 

Jeanne  d'Arc.  —  Voy.  Arc. 

Jeanroy  (Alfred).  Les  débuts  de 
la  poésie  courtoise  dans  la 
France  méridionale,  011. 

Jizôn  y  Caramano  (J.).  Estudios 
de  prehistoria   americana,  34. 

Jointée.  Étude  sur  ce  mot  et 
autres  mots  de  diverses  langues 
romanes  désignant  le  contenu 
des  deux  mains  jointes  en  forme 
de  coupe,  403. 

Joly.  Inscription  chrétienne  trou- 
vée à  Khamissa,  37. 

Julia  Maesa.  Inscription  à  elle 
dédiée,  358. 

Julien  (Prix  Stanislas),  4.  —  Com- 
mission, 5.  —  Rapport,  114. 

Jri.LiAN  (Camille).  Commissions, 
272,  010,  011.  —  Théorie  alle- 
mande faisant  de  Postume  un 
empereur  «  à  la  façon  germa- 
nique »,  10. —  Lettre  de  M.  Hé- 
ron de  Villefosse  relative  à  une 
inscription  mentionnant  le  mar- 
seillais Xénocritos,  établi  à 
Syracuse,     132.  Lettre   de 

M.  De  Pachtere,  annonçant  la 
découverte  d'un  sarcophage 
romain  dans  les  tranchées  de 
Salonique,  255.  —  Note  de 
M.  Fabia  sur  la  mosaïque  de 
l'Ivresse  de  Bacchus  au  Musée 


628  TABLE    ALPHABÉTIQUE 

de  Lyon,  285.  —  Épitaphe d'une 
femme  originaire  de  Vienne 
[sère  ,  i  rouvre  ii  Volubilis,609. 
—  Observations,  135,  272.  — 
Notes  gallo-romaines,  186,  268, 
315,  li'tO.  —  Hommage,  576. 
.lunius  Egrili  f.  Saturus  (P.). 
Nom  figurant  dans  une  inscrip- 
tion de  Masculula,  348. 


Kèlek  (radeaux)  employés  dans 
la  navigation  du  Tigre,  227, 
22s. 

Kertch  (Crimée).  Ornements  de 
vêtements  en  or,  auj.  au  Mu- 
sée du  Louvre,  16. 

Kliamissa  (Algérie''.  Inscription 
chrétienne.  37. 

Kliorsabad.  Naufrage  des  anti- 
quités recueillies  par  Victor 
Place  dans  ses  fouilles,  22 L 

Koptos  (Décrets  de),  13s,  110, 
.117,  31  s. 

Kosovo  (La  bataille  de^  et  la  chute 
de  l'empire  serbe,  337,  533. 

Koudiat-Zâtêur  (Le),  en  Tunisie. 
Découverte  d'inscriptions  et 
d'un  bas-relief  de  sarcophage 
chrétien.   14. 

La  Chapelle  (Le  moulin  de  ,  près 
Paris,  416. 

La  Coulonche  (M1Ie  Louise  de). 
Don  au  Musée  du  Louvre  d'une 
tête  déjeune  homme  provenant 
du  Parthénon,  334. 

La  Grange  [Prix  de),  5.  —  Coin- 
mission,  5.  —  Rapport,  137. 

Laloy  IV  L.  .  Catalogue  des  pé- 
riodiques de  la  Bibliothèque  de 
l'Académie  de  médecine,  366. 

Langdon    Stephen  .  La   légende 


de  la  descente  d'Istar  aux  En- 
fers, 53. 

Lantier  (R.).  Inscription  latine 
de  Galera  (Espagne  ,  358. 

Lantoine  (Prix  Henri  ,5.  —  Com- 
mission. 6. 

Larrabure  y  Unanne  (E.).  Archi- 
ves des  Indes,  et  Bibliothèque  de 
Ferdinand  Colomb,  35. 

Lascaris  Jean).  Lettre  mention- 
nant une  invention  nautique 
par  lui  faite,  1 1  k 

LasteyhïE  (Comte  R.  de).  Com- 
missions, 5,  610. 

Leblond  D1  V.).  Les  deux  plus 
anciens  comptes  de  l'Hôtel-Dieu 
de  Beauvais,  220.  —  La  topo- 
graphie romaine  de  Béarnais  et 
son  enceinte  au  IVe  siècle,  232. 

Lecestre  (Paul).  L'Arsenal  royal 
de  Paris,  484. 

Lefèvre-Pontalis  (Eugène).  Con- 
grès  archéologique  de  Fiance 
(80e  session;,  377. 

Légendes  Quelques  de  l'histoire 
slave,  367.  —  Légendes  rela- 
tives à  la  mort  d'Ariane.  387. 
—  Légendes  épiques  de  la  ré- 
gion de  Ghazna  (Afghanistan', 
577,578. 

Legeb  Louis  .  Commission,  5.  — 
Désigné  comme  lecteur  pour 
la  séance  publique  annuelle, 
344.  —  Mouvement  intellectuel 
en  Dalmatie  à  l'époque  de  la 
Renaissance,  94.  —  La  bataille 
de  Kosovo  et  la  chute  de  l'em- 
pire serbe,  337.  333.  —  Quel- 
ques légendes  de  l'histoire 
slave,  367.  —  L'étymologie  des 
mots  •'  obus  »,  et  «  obusier  », 
'.  17.  418.  —  Mission  archéolo- 


TA  RLE    ALPHARÉT1QIE 


629 


gique  de  M.  Ouspensky  à  Tré- 

bizonde,  600.  —  La  lutte  sécu- 
laire des  Germains  et  des  Slaves, 
396.  —  Observations,  445. 

Légion  Auguste  (Les  camps  de  la 
troisième)  en  Afrique  au  pre- 
mier siècle   de  l'Empire,  273. 

Lemonnier  'Henry'1,  membre  de 
l'Académie  des  beaux-arts. 
Lettre  sur  les  stucs  du  Colisée, 
302,  303.  —  Procès-verbaux  de 
VAcadémie  royale  d'architec- 
ture,  117. 

Léon  X  Le  pape).  Bulle  en  fa- 
veur de  l'église  de  Lyon,  8b. 

Le  Senne  (Fondation),  467. 

Leudet  (Maurice  .  Les  Allemands 
et  la  science,  315. 

Leune  (Lieutenant).  Résumé  de 
sa  note  sur  les  fouilles  de  Galli- 
poli,  47. 

Lisbonne  Académie  des  sciences 
de).  Condoléances  à  l'occasion 
de  la  mort  de  M.  Maspero, 
344. 

Liceti  (Fortunio).  Couteau  à 
sacrifices  mexicain  représenté 
dans  un  de  ses  ouvrag-es,  367, 
368. 

Londres.  Couteau  de  pierre  mexi- 
cain, au  Musée  Britannique, 
373. 

LongNON  Auguste).  Fouillés  de 
la  province  de  Trêves,  230. 

Loth  (J.).  Le  gaulois  petru-  et 
son  évolution, 85.— Remarques 
aux  inscriptions  latines  sur  pe- 
sons de  fuseau  trouvés  en  ter- 
ritoire gaulois  el,  en  particu- 
lier, à  l'inscription  grecque  de 
Saint-Révérien     Nièvre  ,    ISO, 


168.  —  L'île  Saint-Samsondans 
le  Roman  de  Tristan;  Marks 
Gâte  à  Lantyan  (Lancien),  588, 
589.  —  Le  dieu  Lug,  48. 

LoLBAT(Ducde).  Don  d'un  recueil 
de  photographies  de  monu- 
ments mexicains,  186.  —  Fon- 
dation sous  le  nom  de  <(  Prix 
Gaston  Maspero  »  d'un  prix  en 
faveur  de  travaux  sur  l'Orient 
classique  et  plus  particulière- 
ment l'Egypte,  468. 

Loubat  (Prix  du  duc  de),  5.  — 
Commission,  5. —  Bapport,85. 

Loubat  (Nouvelle  fondation  du 
duc  de),  512. 

Louise  de  Savoie.  Dessins  de  la 
Paraphrase  du  psaume  XXVI 
exécutée  sur  son  ordre  pour 
François  Ier  (ms.  franc.  2088  de 
la  Bibliothèque  nationale),  87. 

Louvre  (Musée  du).  Ornements 
de  vêtements  en  or,  trouvés  à 
Kertch,  16.  —  Inscriptions  et 
stèles  anépigraphes  puniques 
de  la  collection  Marchant,  17, 
29.  —  Tète  de  jeune  homme 
provenant  du  Parthénon,  don- 
née par  Mlle  de  La  Coulonche, 
334.  —  Moule  de  disque  ma- 
gique provenant  d'un  a  telier  de 
Tarente,  344. 

Luxé  (Charente).  Chien  de  bronze 
découvert  dans  les  environs 
de  cette  localité,  261 . 

Lvciens  (Politeuma  ou  xotvôv  des 
à  Alexandrie,  166,  167. 

Lyon.  Découverte  de  documents 
provenant  des  anciennes  ar- 
chives de  l'église, 84.  —  La  rao- 
eaïque  de  l'Ivresse  de  Bacchus 


030 


TAULE    ALPHABÉTIQUE 


au  Musée  de  cette  ville,  285, 
280.  —  Origine  d'une  étymo- 
logie  ancienne  du  nom  de  cette 
ville,  349.  —  Les  mosaïques 
superposées  de  la  Déserte 
place  Sathonay  .  350. 

Macédoine  (Thessalonique  et  les 
invasions  slaves  en)  au  vi'  et  au 
vu''  siècle.  431 . 

Magique  ^Disques  de  caractère) 
provenant  d'un  atelier  de  Ta- 
rente,  34  1 . 

Maia.  Xom  figurant  dans  une  ins- 
cription chrétienne  de  Car- 
thage,  159. 

Major.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
tilage, lîiG. 

Maktar  (Tunisie  .  Inscription  pu- 
nique, 130. 

Marbre  Objet  enj  trouvé  à  Car- 
tilage, 154. 

Marchant  (Collection).  Inscrip- 
tions puniques,  17 . 

Maria.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
tilage, 139. 

Maroc.  —  Voy.  Volubilis. 

Mais.  Inscriptions  de  Djemila 
dédiées  à  ce  dieu,  588,  593  et 
suiv. 

Marseille.  —  Voy.  Xénocritos. 

Martin  V  (Le  pape).  Bulle  en  fa- 
veur de  l'église  de  Lyon,  85. 

Martin  (Henry).  La  guerre  au 
XVe  siècle,  251. 

Masculula  (auj.  Henchir  Guer- 
gour),  Tunisie.  Inscription  néo- 
punique et  inscription  bilingue 
(latine  et  néo-punique),  347-8. 

Maspero  (Gaston  ,  secrétaire  per- 


pétuel.    Rapports  semestriels) 

6,  334,  338.  —  Membre  de  la 
commission  du  prix  Volney,  6. 
—  Hommages,  13,  34,112,  210, 

230.  270,  284.  —  Décédé,  296, 
297,  302,  310,  344.  —  Notice 
sur  la  vie  et  les  travaux  de 
M.Michel  Bréal,  545.     -  Notice 

sur  son    œuvre,    366. 

Maspero  (Prix  Gaston  ,  fondé  par 
M.  le  duc  de  Loubat,  1-68. 

Maspero  (Jean).  Statuette  de 
l'Afrique  personnifiée,  par  lui 
acquise  à  Alexandrie,  337.  — 
Papyrus:  grecs  d'époque  byzan- 
tine du  Musée  du  Caire,  404. 

Mathorez  (G.).  Population  orien- 
tait' en  France,  411. 

Mayence.  Moulage  de  la  colonne 
historiée  reconstitué  à  Saint- 
Germain-en-Laye,  418. 

Medinaceli  (Archives  de  la  mai- 
son de  ,  272. 

Meillet  (A.).  Développement  de 
l'infinitif,  138. 

Mély  (F.  de).  Inscriptions  des  ta- 
pisseries de  la  cathédrale  de 
Reims,  375. 

Mémoires  de  l'Académie,  313. 

Merlin  (Alfred),  1 1.  —  Une  nou- 
velle inscription  découverte  à 
Thuburbo  Majus,  259,  262.  — 
Note  sur  un  plat  à  sujet  figuré 
trouve  en  Tunisie  ;  — Les  sta- 
tues du  Capitole  de  Thuburbo 
Majus  ; —  Supplément  au  Cata- 
logue des  lampes  du  Musée 
Alaoui,  213. 

Mexique.  Don,  par  M.  le  duc  de 
Loubat,  d'un  recueil  de  photo- 
graphies de  monuments  an- 
ciens de  ce  pays,   186.    —   Le 


couteau  de  pierre  à  sacrifices 
humains  de  l'ancien  Mexique 
dans  deux  livres  du  xvne  siècle, 
367,  368. 

Meyek  (Paul).  Commissions,  5. 

Michaïlovitch  (Le  grand-duc 
Georges).  Monnaies  de  V Empire 
russe,  412. 

Michon  (Etienne).  Musée  du  Lou- 
vre (département  des  antiquités 
grecques  et  romaines  :  acquisi- 
tions et  dons,  253. 

Milliaires  de  Septime  Sévère  dé- 
couvertes à  TE.  d'Alep,  388. 

Mirot  (Léon).  Lettre  sur  l'ancien 
hôtel  de  Vaucouleurs  à  Paris, 
222. 

Monacu.  Origine  de  ce  nom,  347. 

Monceaux  (Paul).  Commission, 
6.  —  Inscription  chrétienne 
trouvée  à  Khamissa,  37.  —  Les 
premiers  temps  du  donatisme 
et  la  question  des  deux  Donat, 
50. 

Monnaies  grecques  (Signatures 
d'artistes  sur  des),  89.  —  Mon- 
naies ibériques  trouvées  à 
Ensérune,  409. 

Montmartre  (Basilique  de).  Délé- 
gation de  quatre  membres  pour 
assister  officieusement  aux 
prières  dites  en  faveur  des  ar- 
mées françaises  et  alliées,  137. 

Monument  aux  morts  de  la  guerre 
(Erection  d'un  .  189. 

Monuments  <■/  Mémoires  de  la 
Fondation  Piot,    251,    '&8. 

Morel-Fatio  Alfred  .  Commis- 
sions, ."»,  272.  —  Rapports,  118, 
137,  295.  —  Lettre  mention- 
nant une  invention  nautique 
faite  par  Jean  Lascaris,  114. — ■ 


TABLE    ALPHABÉTIQUE  631 

Archives  de  la  maison  de  Medi- 
naceli,  272.  —  Observations, 
95.  —  Hommage,  35. 

Moret  A.).  Sur  un  terme  rare  des 
décrets  de  Koptos,  138,  140. 
—  Déclaration  d'un  domaine 
royal  et  transformation  en  ville 
neuve  sous  Pepi  11,317,318. — 
L'administration  locale  sous 
l'ancien  Empire,  368,  378.  — 
L'œuvre  de  Gaston  Maspero, 366. 

Mosaïque  (La)  de  l'Ivresse  de 
Bacchus  au  Musée  de  Lyon, 
285,  286.  —  Les  mosaïques  su- 
perposées de  la  Déserte  (place 
Sathonay,  à  Lyon),  350. 

Mouret  (Félix).  Fouilles  d'Ensé- 
rune,  près  de  Béziers,  397  ;  cf. 
468,  409. 

Munier  (Abbé).  Découverte  d'ins- 
criptions latines  et  d'un  bas- 
relief  chrétien  sur  le  Koudiat- 
Zàteur,  14. 

Musée  de  l'Armée.  Remise  à  ce 
Musée  du  pavillon  de  l'embar- 
cation du  capitaine  Lenfant 
(mission  au  lac  Tchad),  416, 
430. 

Mythologie  antique  (Souvenirs  de 
la)  dans  un  livre  d'Heures  exé- 
cuté en  France  entre  1423  et 
I  t.U>,  190,  191. 


Naître.  Anciens  noms  de  famille 
français  où  entrent  certaines 
formes  de  ce  verbe,  -il  T. 

Nareissos.  Inscription  funéraire 
métrique  de  Sinope,  95. 

Nautiques    Inventions,   114,   117. 
Nehlil.  Lettres  cher ifiennes,  112. 
Nerva    Djemila,  colonie  militaire 
de  .  588,  593. 


632 


i  ABLE    ILPHABÉ1  [QUE 


Noms  de  famille  français  où  en- 
trent certaines  formes  «lu  verbe 
naître,  3 17. 

Normand  (Charles  .  Ruines  d'un 
théâtre  près  «les  restes  de  la 
Troie  antique,  55. 

Numisius  Vitalis  L.).  Mentionné 
dans  une  inscription  de  Thu- 
burbo  Majus,  263,  267. 

Nyrop  (Kr.  ,  correspondant. 
Frankriff,  36.  —  Frankrike, 
387. 

Obus.  Étymologie  de  ce  mot, 
VIT.  Vis,  i26. 

Omont  Henri).  Commissions,  5, 
6,  296,  416,  610,611.  —  Décou- 
verte de  documents  provenant 
des  anciennes  archives  de 
l'église  de  Lyon,  84.  -  Ori- 
gines de  la  Collection  Doat, 
588.  -  Observations,  296.  — 
Hommages,  148,  220.  210,  348, 
41).    i'O.  466,  399,  612. 

Onasioikos.  Nom  de  potier  sur 
l'anse  d'une  amphore  rhodienne 
découverte  à  Cartilage,  162. 

Optatus  Primus.  Nom  figurant 
dans  une  dédicace  à  Baal  Ilam- 
mon,  130. 

Or  Objets  en).  —  Voy.  Bijoux, 
Pendant  d'oreille,  etc. 

Orange.  Edifice  accolé  au  théâtre 
antique  (gymnase),  317. —  Ob- 
servations sur  le  théâtre  ro- 
main,  i-i.'>. 

Ordinaire  Prix  .  i.  — Commis- 
sion, 5.  —  Sujet  proposé  pour 
1919,  255. 

Ouspensky  (F.-J.  ,  correspon- 
dant. Mission  archéologique  à 
l  i  ébizonde,  600 


Oxyrhynchus  (Papyrus  d'),  37, 
il*.  fc26. 

Panaetius  Contributions  à  la 
critique  littéraire,  357. 

l'a  ris.  Itinéraire  de  Jeanne  d'Arc 
dans  la  journée  du  s  sep- 
tembre 1429,  119,  214.  —  L'an- 
cien hôtel  de  Vaucouleurs, 
218,  222,  253.  —  Le  moulin 
de  La  Chapelle,  près  Paris, 
416.  —  Voy.  aussi  Biblio- 
thèque, Louvre  Musée  du), 
Musée  de  l'Armée. 

Paris  (Pierre),  correspondant. 
Lettre,  22t. 

Parthénon.  Tête  de  jeune  homme 
provenant  d'une  frise  et  don- 
née au  Musée  du  Louvre  par 
M11''  de  La  Coulonche,  334. 

Paulus,  aurifex.  Personnage  men- 
tionné dans  deux  inscriptions 
chrétiennes  de  Carthage,  161. 

Pendant  d'oreille  en  or,  décou- 
vert à  Ensérune,  près  de 
Béziers,  409. 

Péon  d'Amathonle. Légende  rela- 
tive à  la  mort  d'Ariane,  387. 

Pepi  II  Déclaration  d'un  do- 
maine royal  et  transformation 
en  ville  neuve  sous  le  roi 
d'Egypte),  317,  318. 

Périodiques  offerts.  613. 

Pesons  de  fuseau  Inscriptions 
latines  sur  .   150,   168. 

Petit  Gabriel).  Les  Allemands 
et   la  science,  315. 

Petrii-  Le  gaulois)  et  son  évo- 
lution au  point  de  vue  du 
sens,  85. 

Philadelphie  'Musée  de  '..  Ta- 
blette     contenant    nue    partie 


TABLE    ALPHABET1QIK 


633 


de  la  légende  de  la  descente 
d'Istar  aux  Enfers,  34. 

Philippe  Auguste.  Actes,  270. 

Philippe  le  Bon,  duc  de  Bour- 
gogne. Une  participation  in- 
connue à  sa  croisade  contre 
les  Turcs,  2<is. 

Pichon(René).  Virgile  et  César, 
344. 

Picot  (Emile).  Commissions,  5, 
611.  —  Professeurs  et  étudiants 
f  nuirais  à  VUniversité  de  Pavie 
au  XVe  et  au  XVIe  siècle,  376. 

Pie  IV  i  Le  pape).  Bulle  en  faveur 
de  l'église  de  Lyon,  85. 

Pillet  (M.).  Un  naufrage  d'anti- 
quités assyriennes  dans  le 
Tigre,  223,  224. 

Piot  /Fondation1.  Commission, 
610.  —  Rapport,  90;  cf.  516. 
—  Monuments  et  Mémoires,  25 1 , 
428. 

Pitart  (Jean),  chirurgien  et  poète, 
95. 

Place  Victor  .  Naufrage,  dans  le 
Tigre,  des  antiquités  assy- 
riennes par  lui  recueillies  à 
Khorsabad,  223,  224. 

\\'joy.y/.r{;.  Sens  de  ce  mot  dans 
l'Iliade,  114. 

Poésie  courtoise  (Les  débuts  de 
la)  dans  la  France  méridio- 
nale, 611. 

Pprphyrios,  citoyen  de  Canatha 
et  de  Bostra.  Epitaphe  trou- 
vée à  Carthage,  434. 

Portugal  (Académie  des  sciences 
de).  Condoléances  à  L'occasion 
de  la  mort  de  M.  Maspero,  344. 

Postume.  Empereur  «  à  la  façon 
germanique  »  selon  certains 
savants    allemands,    16 


Potamon  Ulpius).  —  Voy.  llpius. 

Pottier  (Edmond  .Commissions, 
t>10,  l'dl.  —  Fouilles  archéo- 
logiques sur  l'emplacement  de 
la  nécropole  d'Eléonte,  37,   40. 

—  Note  de  M.  Félix  Mouret 
sur  les  fouilles  d'Ensérune, 
près  de  Béziers,  397.  —  Rap- 
port  sur  les  fouilles  d'Ensé- 
rune, 468,  469. —  Observations, 
224.  —  Hommages,  50,  93, 
350,  411. 

Pouillés  de  laprovince  de  Trêves, 
250. 

Préhistoriques  Gisements  dans 
l'Azaouad  et  dans  la  région  du 
Haut-Sénégal,  444,  445. 

Prière  des  morts  (La)  chez  les 
Elamites,    396. 

Primus  (Optatus).  Nom  figurant 
dans  une  dédicace  à  Baal 
Hammon,  130. 

Proeicius.  Nom  figurant  dans 
une  inscription  chrétienne  de 
Carthage,  159. 

Profugus.  Nom  figurant  peut-être 
dans  une  dédicace  à  Baal  Adir, 
348. 

Properce.  Passage  concernant  la 
déesse  Britno,  224. 

Prost  Prix  Auguste),  5.  —  Com- 
mission, 6.  —  Rapport,  149. 

Prou  Maurice).  Commissions,  5, 
256,  i'iT.  610,  611.  —  Rapport, 
333.  —  Nommé  directeur  de 
l'Ecole  des  Chartes,  53. —  Note 
de  M  .  l'abbé  Carrière  sur  l'ori- 
gine de  l'appellation  d'TVAs  Cla- 
vorum  donnée  à  Verdun,   i  t5. 

—  Les  anciens  privilèges  tic 
Saint-Ii'-mi/    dr   Sens,     isi.    — 

Observations,  53.  85.  296. 


634 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Provençale  (Inscription)  décou- 
verte à  Figeac,  50,  53,  57,  118. 

Prudhomme  (Auguste),  corres- 
pondant. Décédé,  429. 

Puniques  (Inscriptions)  de  la  col- 
lection Marchant,  17.  —  Stèles 
anépigraphes  de  diverses  col- 
lections, 27.  —  Inscriptions 
puniques  de  Dougga,  118,  119. 
—  Deux  inscriptions  puniques 
d'Algérie,  241,  2+2.  —  Inscrip- 
tions néo-puniques  de  Mascu- 
lula,  347.  —  Epitaphe  trouvée 
à  Carthage,  608. 

Rados  (Constantin).  Nicolas  Tses- 
mélis,  356. 

Rédemption.  Idée  religieuse  con- 
nue par  le  paganisme,  134. 

Reims.  Inscriptions  des  tapisse- 
series  de  la  cathédrale,  575. 

Reixach  (Salomon).  Commis- 
sion, 610.  —  Traité  latin  men- 
tionnant une  invention  nau- 
tique, 117.  —  L'instruction 
préparatoire  des  candidats  à 
l'initiation  d'Eleusis,  212,  218. 
Origine  d'une  étymologie 
ancienne  du  nom  de  Lyon, 
349.  —  Contributions  du  philo- 
sophe Panaetius  à  la  critique 
littéraire,  357.  —  Légendes 
relatives  à  la  mort  d'Ariane, 
387. —  Anecdote  d'Éliensur  le 
portrait  équestre  d'Alexandre 
peint  par  Apelles,  414.  — 
Représentations  de  Vénus  te- 
nant une  balance,  417.  — 
Fouilles  d'Ensérune,  près  de 
Réziers,  468,  469.  —  Réper- 
toire de  la  statuaire  grecque 
et  romaine,    425.   —  Observa- 


tions, 17,  88,  135, 219, 224,  2  42, 
296,  397,  576.  —  Hommages, 
48,   186,  349,  459. 

Reinach  (Théodore).  Papyrus 
d'Oxyrhynchus,  37.  —  Ins- 
cription  funéraire  métrique  de 
Sinope  (Narcissos),  95.  —  Épi- 
gramme  grecque  adressée  à 
une  poétesse  ou  à  une  musi- 
cienne qualifiée  de  Sirène, 
255.  —  Observations,  90,  114, 
135,  212,  218,  357. 

Ricci  (Seymour  de).  Inscriptions 
grecques  d'Egypte,  149,  165, 
417, 420.  —  L'imprimeur  rouen- 
nais  Noël  de  Harsv  et  L'Oral- 
nairedeschrestiens,  par  lui  im- 
primé, 416. 

Rois  de  France.  Les  galeries  des 
rois  et  les  catalogues  officiels 
des  rois  de  France,  53,  61.  — 
Chartes  de  divers  rois  en  fa- 
veur de  l'église  de  Lyon,  85. 

Romanet  du  Caillaud  (F.).  Ori- 
gines du  christianisme  au  Ton- 
kin  et  dans  les  autres  pays 
annamites,  284. 

Rome.  Fragment  de  sarcophage 
offrant  une  représentation  du 
chandelier  à  sept  branches, 
au  Musée  national,  285.  — 
Stucs  du  Colisée,  302,  303. 

Rouen.  --  Voy.  Ilarsy  (Noël  de). 

Ruffin  (Pierre).  Son  rôle  dans 
l'orientalisme  français,  414. 

Ruslica.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
thage, 158. 

Saint-Germain  -  en  -Lave.  Mou- 
lage de  la  colonne  de  Mayence, 
418, 


TABLE    ALPHABÉTIQUE 


635 


Saint-Révérien  (Nièvre).  Inscrip- 
tion celtique,  150,  168. 

Sainte-Marie  (Collection).  Stèle 
punique  anépigraphe,  aujour- 
d'hui au  Musée  Guimet,  25. 

Saintour  <Prix),  5.  —  Commis- 
sion, 6.  —  Rapport,  149. 

Saint-Samson  (L'île)  dans  le 
Roman  de  Tristan,  588,  589. 

Sa  Ionique.  Sarcophage  d'époque 
romaine  découvert  dans  les 
tranchées,  255. 

Sarcophage.  Bas-relief  chrétien 
découvert  sur  le  Koudiat-Zâ- 
teur,  15.  —  Sarcophage 
d'époque  romaine  découvert 
dans  les  tranchées  de  Salo- 
nique,  255.  —  Fragment  de 
sarcophage  romain  offrant  une 
représentation  du  chande- 
lier à  sept  branches,  285. 

Saturus  (P.  Junius  Egrili  f.). 
Nom  mentionné  dans  une  ins- 
cription latine  et  néo-punique 
de  Masculula,   348. 

Sceau  de  Charles,  roi  de  Pro- 
vence, 84. 

Scheil  (R.  P.).  Commissions,  5, 
6,  190,  610,  611.  -  -  Rapport, 
'241.  —  La  légende  de  la  des- 
cente d'Istar  aux  Enfers,  53. 
—  La  prière  des  morts  chez  les 
Elamites,  396.  —  Hommage, 
88. 

SCHLUMBERGER     (Gustave   .     Coill- 

mission,  5.  —  Note  de  M.  Bré- 
hier  sur  les  galeries  des  rois 
el  les  catalogues  officiels  des 
rois  Me  France,  53.  -  Un  em- 
pereur  '/'■  Byzanee  à  Paris  et 
à  Londres,  131.  —  Voyage 
dans  lesAbruzzeset  les  Pouilles, 


270.  —  Récits  de  ByzHiice  et  des 
Croisades,  429.  —  Hommages, 
210,  464. 

Séance  publique  annuelle,  487. 

Secrétaire  perpétuel  (Election 
d'un    nouveau),  302,   334,  345. 

Securitatis  (Templum).  Mention- 
né sur  un  marbre  votif  trouvé 
à  Carthage,  162. 

Senart  (Emile).  Commissions,  5, 
190,  610,  611.  —  Délégué  pour 
assister  officieusement  aux 
prières  dites  en  faveur  des  ar- 
mées françaises  et  alliées  en  la 
basilique  de  Montmartre,  137. 
—  Annonce  de  la  mort 
de  M.  Commaille,  221  .  — 
L'inscription  du  vase  de  War- 
dali  ;  —  Bojas  et  la  théorie 
indienne  des  trois  Gunas,  270. 

Sénégal  (Haut-).  Gisements  pré- 
historiques, 444,  415. 

Septime  Sévère  Milliaires  de) 
découverts  à   L'E.   d'Alep,  388. 

Serbie.  La  bataille  de  Kosovo  et 
la  chute  de  l'empire  serbe, 
337,  533. 

Sergius  III  (Le  pape).  Bulle  en 
faveur  de  l'église  de  Lyon, 
85. 

Signatures  d'artistes  sur  des 
monnaies  grecques,  89  ;  —  sur 
les  tapisseries  de  la  cathédrale 
de  Reims,  575. 

Sinope.  Inscription  funéraire 
métrique  de  Narcissos,   95. 

Sirène  Épigramme  grecque  a- 
dressée  à  une  musicienne  ou 
poétesse  qualifiée  de  ,  255. 

Slave  (Quelques  légendes  de 
L'histoire  .  367.  —  Thessalo- 
nique  >■!    les   invasions   sla\<> 


iVM\ 


i  \iii.i:    m  l'H  \iii:iioi  i. 


en  Macédoine  au  vie  et  au 
\  11e  siècle,  fc3i.  —  Urbs  Cla- 
vorum  Verdun  =  Urbs 
Sclavorum,  445. 

Steenstrup  Johannes  .  corres- 
pondant. Publication.  313. 

Stein  Sir  Aurel).  A  third  jour- 
ney  in  Central  Asia,  H  5. 

Stèles  puniques  :  de  la  collection 
Marchant,  27  :  de  la  collection 
Sainte-Marie,  28.  Stèle  pu- 
nique trouvée  à  Carthage,  32. 

Syracuse.  Inscription  mention- 
nant le  marchand  marseillais 
Xénocritos,  132. 

Syrie.  — Voy.  Alep,  Porphyrios. 

Tarente.  Disques  de  caractère 
magique  provenant  d'un  ate- 
lier de  cette  ville,  344. 

Térence.  Répartition  des  actes 
dans  ses  comédies,  133. 

Théâtre    antique    (Ruines    d'un 
pies  de  Troie.   55.    —  Édifice 
accolé    au     théâtre    d'Orange 
gymnase),  317. 

Thédenat  (Abbé  Henry  .  Décédé, 
463. 

Théodore  II  L'empereur  .  Ins 
cription  datée  deson  10e consu- 
lat. 430. 

Thessalonique  et  les  invasions 
slaves  en  Macédoine  au  vie  et 
au  vne  siècle,  431. 

Thomas   Antoine),  vice-président. 

—  Président    pour   1017,   610. 

—  Une  inscription  provençale 
récemment  découverte  à  Fi- 
geac,  50,  53,  57,  1 18.  —  Jean 
Pilait,  chirurgien  et  poète, 
95.  —  La  date  de  la  mort  de 
Jean  de  Meun,   138.  —  Lettre 


de  M.  Mirot  sur  l'hôtel  de 
Vaucouleurs,  222.  —  Tentative 
faite  vers  1300  pour  distinguer 
en  français  l'e  final  masculin 
de  l'e  final  féminin,  296.  an- 
ciens noms  français  où  entrent 
certaines  formes  du  verbe  naî- 
tre, :U7.  —  Ltymologie  du  mol 
obus,  426. —  Le  mot  jointée  et 
autres  mots  de  diverses  langues 
romanes  désignant  le  contenu 
des  deux  mains  jointes  en 
forme  de  coupe,  463.  —  Le 
nom  d'Ensérune  el  ses  trans- 
formations, 575.  —  Cartulaire 
de Bertaud de Ry ,  484. —  Obser- 
vations, 88,  138,  431,  445,  fc68. 
—  Hommages,  36,  387. 

Thorlet  (Fondation),  189.  — 
Commission,  2'16. —  Rapport, 
333. 

Thuburbo  Majus  Tunisie).  Dé- 
couverte d'une  inscription  con- 
cernant les  purifications  impo- 
sées aux  fidèles  avant  d'entrer 
dans  le  temple  d'Esculape,  259, 
262. 

Tluig-g-a  (Dougga).  Formation  du 
nom  de  celte  ville,  136. 

Tilho  Commandant).  Nouvelles 
de  ses  travaux  en  Afrique,  609. 

Tombes  de  la  nécropole  d'Ensé- 
rune, près  de  Réziers,  307, 
400,  468,  460  et  suiv. 

Toutain  Jules  .  L'idée  religieuse 
de  la  rédemption  connue  par 
le  paganisme,  134,  (>12.  —  Pro 
Alesia,  i27. 

Travaux  littéraires  Commis- 
sion des),  467,  610. 

Trébizonde.  Mission  archéolo- 
gique de  M.    Ouspensky,  600. 


1ABLE    ALPHABETKJt  I. 


1)37 


Tristan  (L  île  Saint-Samson  dans 
le  Roman  de),  588,  589. 

Troie.  Ruines  d'un  théâtre  près 
des  restes  de  la  ville,  55. 

Troubadours.  Débuts  de  la  poésie 
courtoise  dans  la  France  méri- 
dionale, 61 1 . 

Tunis.  Inscriptions  puniques  de 
la  collection  Marchant  au  Mu- 
sée du  Rardo,  17. 

Tunisie.  —  Voy.  Koudiat-Zâteur 
(Le),  Maktar,  Masculula,  Thu- 
burbo  Majus. 

Turin  Académie  des  sciences 
de).  Condoléances  au  sujet  de 
la  mort  de  M.  Maspero,  302. 

Udine  Giovanni  Ricamatore.  dit 
Jean  d';.  —  Voy.  Jean. 

Ulpius  Potamon.  Personnage 
mentionné  dans  une  inscription 
grecque  d'Alexandrie,  166,  167. 

Urbs  Clavorum.  —  Voy.  Verdun. 

Van  der  Weyden  (Roger).  Date 
de  l'exécution  du  polyptyque 
de  l'Hôtel-Dieu  de  Reaune  à 
lui  attribué,  48. 

Vassel  (Eusèbe).  Etudes  puni- 
ques, 219,  315,  612. 

Vaucouleurs  (L'ancien  hôtel  de), 
à  Paris,  218,  222,  253. 

Vayssié  (Abbé).  Inscription  pro- 
vençale de  Figeae,  53,  118. 

Vechten  anc.  Fectio),  Hollande. 
Projet  de  fouilles,  271. 

Ventavon  (Le  P.  de).  Traduction 
inédite  du  Tchoung  Ybung,  i  I  6. 

Vénus  La)  d'Apelles,  ili.  — 
Vénus  tenant  une  balance,  Sta- 
line monnaie  romaine  el  sur  la 
colonne  de  Mayence,  i  17. 


Verdun.  Origine  de  l'appellation 
(\Trhs  Clavorum  appliquée  à 
cette  ville,  445. 

Veines  Maurice).  Publications 
diverses,  88. 

Verulus  Sidoniensis.  Épitaphe 
découverte  sur  le  Koudiat-Zâ- 
teur, 14. 

Victoria.  Nom  figurant  dans  des 
inscriptions  chrétiennes  de 
Carthage,  159,  434. 

Vienne  (Isère).  Épitaphe  d'une 
femme  originaire  de  cette  ville, 
trouvée  à  Volubilis  Maroc), 
609. 

Vin  (Le)  à  l'époque  gallo-ro- 
maine, 56,  66. 

Viola.  Nom  figurant  dans  une 
inscription  chrétienne  de  Car- 
thage, Lis. 

Virgile  et  César,  344. 

Vitalis  (L.  Numisius).  Mentionné 
dans  une  inscription  de  Thu- 
burbo  Majus,  263,  267. 

Vogué  (Marquis  de).  Commis- 
sions, .">,  190.    —  Décédé,  467. 

Volney  (Prix).  Commission,  6, 
114. 

Volubilis  Maroc).  Chien  de 
bronze  découvert  par  M.  Louis 
Châtelain,  259.  —  Mémoire  de 
M.  Cuq  sur  une  inscription  la- 
tine découverte  par  le  même, 
261.  —  Note  sur  les  fouilles, 
359.  —  Epitaphe  d'une  femme 
originaire  de  Vienne  tjsère), 
publiée  par  M.  Louis  Châte- 
lain, 609. 

Wou  et    Vue      Textes    relatifs   à 
l'histoire  de  la  principauté  de), 

l'.Ht. 


*^  TABLE    ALPHABÉTIOIR 

Xénocritos.  Inscription  mention-  de  ce  nom,  établi  à   Syracuse 

liant  1111    marchand  marseillais  132. 


k- 


TABLE      DES    GRAVURES 


Stèle    anépigraphe    de    la     collection     Sainte-Marie      Musée 

Guimet) 28 

Stèle  n°  2  de  la  collection  Mai-chant  (Musée  du  Louvre) 29 

Stèle  n°  20  de  la  la  collection  Marchant  (Musée  du  Louvre) 30 

Stèle  punique  inédite  trouvée  à  Cartilage 32 

Inscription     chrétienne     talismanique     trouvée     à     Khamissa 

(  Algérie 38 

Fouilles  d'Éléonte  : 

Fi»-.  1  et  2.   Tombeaux  d'Éléonte 42  et  43 

—  3.  Croquis  d'ensemble  indiquant  l'emplacement  du 
champ  de  fouilles  d'Éléonte  hors  texte)...  entre 
les  pages 46  et  47 

Inscription  provençale  découverte  à  Figeac 58 

Pierre  tombale  d'une  petite  chienne    Musée  d'Auch) 76 

Inscriptions  puniques  de  Dougga 122,  124  et  129 

Inscription  punique  de  Maktar 130 

Inscription  grecque  mentionnant  le  marchand  marseillais  Xéno- 

critos,  fds  d'Héphestoclêos 132 

Fragments  des  décrets  de  Koptos 142 

Signes  égyptiens  relatifs  à  l'art  du  potier 143 

Fabricants  de  vases  hni.tj  et  l'outil  (un 14a 

Signe  rare  employé  dans  les  décrets  de  Koptos  et  divers  docu- 
ments égypl  iens 1  iii,  1 17 

Objet  en  marbre  trouvé  à  Carthage  dans  une  grande  basilique 

près  de  Sainte-Monique 154 

Inscription  grecque  d'Egypte  relative  ;<  des  Lyciens  chargés  de 

la  garde  d'une  nécropole 166 


640  TABLE    DF.S    GRAVURES 

Kèlek  traversant  les  gorges  du  Tigre 227 

Chien  en  bronze  découvert  dans  les  ruines  de  Volubilis    Maroc  .  260 

Mosaïque  de  l'Ivresse  de  Bacchus,  au  Musée  de  Lyon  (schéma  .  291 

Décret    de    fondation    et    de    déclaration    d'un    domaine    sous 

Pepi  II .{;>:> 

Première  charte  d'immunité  relative  à  ce  domaine   texte  inédit).     326 

Fouilles  de  Volubilis  (Maroc).  —  Maison  au  S.-S.-O.  de  l'arc  de 

triomphe.  —  Vue  prise  du  tablinum 36b 

Le  manche  et  la  base  du  couteau  mexicain  en  pierre,  figuré  par 
Fortunio  Liceti  en  1634 370 

Le  couteau  de  pierre  mexicain,  à  manche  de  bois  incrusté,  du 

Musée  Britannique :<7  i 

Inscription  d'un  milliaire  de  Septime  Sévère  découvert  à 
Scheik-Nedjar,  au  N.-E.  d'Alep 390 

Fouilles  d'Ensérune,  près  de  Béziers  : 

Fig.  1 .    Cratère  campanien   servant  d'ossuaire 400 

—  2.   Coupe  attique  apportée  en  offrande  funéraire 401 

—  3.   Vase  de  style  dit  ibérique,  servant  d'ossuaire 402 

—  4.    Inscription  ibérique  gravée  sous  le  pied  d'un  cratère 

campanien 403 

—  5.   Inscription  ibérique  gravée  sous  le  pied    d'un   petit 

vase  ibérique 403 

—  6.    Fragment  de  coupe  à  figures  rouges,  trouvé  à  Béziers.     410 

Inscription  grecque  d'Egypte  mentionnant  peut-être  les  6475...     421 

Fragments  d'un  siège  en  marbre  qui  paraît  provenir  des  gradins 
de  l'orchestre  du  théâtre  romain  d'Orange 456 

Coupe  perpendiculaire  au  mur  du  pulpitum  du  même  théâtre, 
sur  la  fosse  des  cassettes  du  rideau 457 

Fouilles  d'Ensérune,  près  de  Béziers  : 

Fig.  1.  Coupe  du  terrain  (échelle  de0m  10  pour   1  m.) ili 

—    2.  Les  tombes  d'Ensérune.  —  Lue  tombe  avant  et  après 
l'enlèvement  du  tesson  de  protection 473 

Portrait  de  M.  Michel  Bréal  (hors  texte),  entre  les  pages  544  et  54'>. 


TABLE    DES    MATIERES 


CAHIER  DE  JANVIER 

Séances 1 ,   14,  37,  48 

Appendice  : 

Rapport  du  Secrétaire  perpétuel  sur  les  travaux  des  commis- 
sions de  publication  de  l'Académie  pendant  le  second 
semestre  de  1915  ;  lu  dans  la  séance  du  7  janvier  1916.  ...         6 

Communications  : 

Les  inscriptions  puniques  de  la  collection  Marchant,  par 
M.  J.-R.  Chabot 17 

Fouilles  archéologiques  sur  l'emplacement  de  la  nécropole 
d'Eléonte,  en  Thrace.  Note  de  M.  E.  Pottier,  membre  de 
l'Académie,  sur  le  Rapport  présenté  au  nom  de  l'Etat-Major 
du  corps  expéditionnaire  d'Orient  à  l'Académie  des  inscrip- 
tions         40 

Livres  offerts 13,  3  i,  i-X,  .'>0 

CAHIER  DE  FÉVRIER 

Séances 53,  84,  89,  94 

Communications  : 

Une  inscription  provençale  récemment  découverte  à  Figeac, 
par  M.  Antoine  Thomas,  membre  de  l'Académie 57 

Les  galeries  des  rois  et  les  catalogues  officiels  des  rois  de 
France,  par  M.  Louis  Bréhier,  professeur  à  l'Université  de 
(  llermont 61 

Quelques  observations  sur  les  chiens  et  le  vin  à  l'époque 
gallo-romaine,  par  M.  le  I)r  Capitau 66 

Jean  Pitart,  chirurgien  et  poète,  par  M.  Antoine  Thomas, 
membre  de  l'Académie 95 


642  ÎARLK  des    matikkes 

Appendice  : 

Rapport  de  M.  le  comte  Durrieu,  membre  de  l'Académie,  sur 
les  travaux  exécutés  ou  encouragés  à  l'aide  des  arrérages 
de  la  Fondation  Piol  ;  lu  dans  la  séance  du  18  février  li)IO.       '.tu 
Livres  offerts .     88    93    j  j  o 

Errata 112 

CAHIER    DE   MARS 

Séances 113,  117,  132,  136,  149 

Communications  : 

Les  inscriptions  puniques  de  Dougga,  par  M.  J.-B.  Chabot.  .      119 

La  date  de  la  mort  de  Jean  de  Meun,  par  M.  Antoine  Thomas, 
membre  de  l'Académie 138 

Sur  un  terme  rare  des  décrets  de  Koptos,  par  M.  A.  Moret, 
conservateur  du  Musée  Guimel 1  i(i 

Une  grande  basilique  près  de  Sainte-Monique,  à  Carlhage  ; 
rapport  du  R.  P.  A.-L.  Delattre,  correspondant  de  l'Aca- 
démie        1 50 

Une  inscription  grecque  d'Egypte,  par  M.  Seymourde  Ricci.      163 

Remarques  aux  inscriptions  latines  sur  pesons  de  fuseau 
trouvés  en  territoire  gaulois  et,  en  particulier,  à  l'inscrip- 
tion celtique  de  Saint-Révérien  (Nièvre),  par  M.  J.  Loth.  .      16S 

Livres  offerts I  l.'i.  131.  I  i-8.  186 

CAHIER  D'AVRIL 

Séances 1 89,  -Ml.   2 !  i .  2 1 N 

Communication  : 

Souvenirs  de  la  mythologie  antique  dans  un  livre  d'Heures 
exécuté  en  France  entre  1423  et  1430,  par  M.  le  romte 
Paul  Durrieu,  membre  de  l'Académie 191 

Livres  offerts 210,  212,  219 

CAHIER   DE    MAI 
Séances 221,  241,  253,  2o.'i 


TABLE    DES    MATIÈRES  643 

Communications  : 

Un  naufrage  d'antiquités  assyriennes  dans  le  Tigre,  par 
M.  Pillet,  architecte,  ancien  attaché  à  la  Délégation  en 
Perse 224 

Sur  deux  inscriptions  puniques  et  une  inscription  latine 
d'Algérie,  par  M.  J.-B.  Chabot 242 

Livres  offerts 240,  250,  256 

CAHIER  DE  JUIN 

Séances 259,  268,  271,  284,  295 

Communications  : 

Une  nouvelle  inscription  découverte  à  Thuburbo  Majus,  par 
M.  Alfred  Merlin,  directeur  des  Antiquités  de  la  Régence 
de  Tunis 262 

Les  camps  de  la  troisième  légion  en  Afrique  au  premier 
siècle  de  l'Empire,  par  M.  De  Pachtere 273 

La  mosaïque  de  l'Ivresse  de  Bacchus  au  Musée  de  Lyon,  par 
M.  Philippe  Fabia,  correspondant  de  l'Académie 286 

Livres   offerts 267,268,284,294 

CAHIER    DE   JUILLET 

Séances 297,  316,  333,  344 

Communications  : 

Lettre  de  M.  Henry  Lemonnier,  membre  de  l'Académie  des 
beaux-arts,  sur  les  stucs  du  Colisée 303 

Déclaration  d'un  domaine  royal  et  transformation  en  ville 
neuve  sous  Pepi  II,  par  M.  Moret,  conservateur  du  Musée 
Guimet 318 

Appendices  : 

Rapport  sur  le  concours  des  Antiquités  de  la  France  en  1910  ; 
lu  par  M.  Paul  Fournier,  membre  de  l'Académie,  dans  la 
séance  du  7  juillet  1916 307 

Happort  du  Secrétaire  perpétuel  sur  les  travaux  des  commis- 
sions de  publication  de  l'Académie  pendant  le  premier 
semestre  de  1916  ;  lu  dans  la  séance  du  21  juillet  1916.  .  .  .      338 

Livres  offerts. .513,    333 


04  i  TABLE    DES    MATIÈRES 

CAHIER  D'AOUT 
Séances 345,  349,  357,  358 

t  COMMUNICATIONS   : 

Note  sur  les  mosaïques  superposées  île  la  Déserte  (place 
Sathonay,  à  Lyon  .  par  M.  Philippe  Fabia,  correspondant 
de  l'Académie 350 

Note  sur  les  fouilles  de  Volubilis  Maroc  ,  par  M.  Louis 
Châtelain,  ancien  membre  de  l'Ecole  de  Rome 3.V.I 

Livres  offerts. 348,  356,  306 

CAHIER  DE  SEPTEMBRE 

Séances. 367,  387,  396,  414,  410 

Communications  : 

Le  couteau  de  pierre  à  sacrifices  humains  de  l'ancien  Mexique 
dans  deux  livres  du  xvne  siècle;  comparaison  avec  deux 
pièces  originales,  par  M.  le  Dr  Capitan.. 368 

L'administration  locale  sous  l'ancien  Empire  égyptien,  par 
M.  A.  Moret,  conservateur  du  Musée  Guimet 378 

Deux  milliaires  de  Septime  Sévère,  par  M.  Franz  Cumont, 
associé  étranger  de  l'Académie 388 

Note  de  M.  Félix  Mouret  sur  les  fouilles  d'Ensérune,  près  de 
Béziers 397 

Livhes  offerts 387,  396,  411,  41  o 

CAHIER    D'OCTOBRE 

Séances.. 417,  126,  120,  444 

Communications  : 

L'étymologie  des  mots  «  obus  »  et  «  obusier  •■,  par  M.  Louis 
Léger,  membre  de  l'Académie ils 

Une  inscription  grecque  d'Egypte,  par  M.  Seymour  de  Ricci.      420 

Deux  inscriptions  chrétiennes  trouvées  à  Carthage,  par 
M,  A.  Héron  de  Villefosse,  membre  de  TAcadémie 431 


TABLE    DES    MATIÈRES  645 

Jean  de  Meun  et  l'Italie,  par  M.  le  comte  Durrieu,  membre 


de  l'Académie. 


36 


Six  nouveaux  gisements  préhistoriques  dans  l'Azaouad  (Nord 
de  Tombouctou  et  dans  la  région  du  Haut-Sénégal,  par 
M.  le  Dr  Capitan 445 

Appendice  : 

Observations  sur  le  théâtre  romain  d'Orange,    par  M.  Jules 

Formigé *00 

Livres  offerts «3,  427,  444,  459 

CAHIER   DE   NOVEMBRE 

Sk.ances 463>467 

i8  7 
Séance  publique  annuelle ™" 

Communications  : 

Rapport  de  MM.  E.  Poltier  et  Salomon  Reinach,  membres 
de  l'Académie,  sur  les  fouilles  d'Ensérune,  près  de  Béziers.     469 

La  bataille  de  Kosovo  et  la  chute  de  l'Empire  serbe,  par 
M.  Louis  Léger,  membre  de  l'Académie 533 

Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  do  M.  Michel  Rréal,  par  feu 
Gaston  Maspero,  secrétaire  perpétuel,  lue  par  M.  René 
Cagnat,  secrétaire  perpétuel 545 

i  464    484 

Livp.es  offerts *"*'  *°^ 

CAHIER   DE    DÉCEMBRE 

Séances 575,  578,  588,  600,  608 

Communications  : 

Les  légendes  épiques  de  la  région  de  Ghazna  (Afghanistan), 
par  M.  Clément  Huart,  professeur  à  l'École  nationale  des 
langues  orientales  vivantes 579 

L'île  de  Saint-Samson  dans  le  roman  de  Tristan.  Mark's  Gâte 
à  Lantyan  Lancien),  par  M.  J.  Loth,  professeur  au  Collège 
de  France •>°,•, 

Djemila,  colonie  militaire  de  Nerva,  par  M.  René  Cagnat, 
secrétaire  perpétuel  de  l'Académie 593 


fiifi  TAULE    DES    MATIÈRES 

Appendice  : 

Rapport  sur  les  travaux  des  Écoles  françaises  d'Athènes  et 
de  Rome  eu  1915-1916,  par  M.  Bernard  Ilaussoullier, 
membre  de  l'Académie;  lu  dans  la  séance  du  22  décembre 
1916 601 

Livres  offerts 576,  588,  599,  600,  612 

Périodiques  offerts 613 

Table  alphabétique 616 

Table  des  gravures 639 

Table  des  matières 641 

Errata 647 


647 


ERRATA 


P.    114,  I.  18,  au  lieu  de  :  Karlgrest,  lire  :  Karlgren. 

P.    296,  1.  16,  au  lieu  de:  denrée,  lire:  denrée. 
P.   342,  1.  20,  au  lieu  de  :  XXX,  lire  :  XX. 


(Un  Errata   supplémentaire,    pour   l'année   1915,    se    trouve 
p.  112.) 


Le  Gérant,   A.    Picard. 


MAÇON,  PROTAT  FRERES,  IMPRIMEURS. 


PUBLICATIONS 


DE 


L'ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS  ET  BELLES-LETTRES 


Mémoires  i>e  l'Académie.  Tomes  I  à  XII  épuisés  ;  XIII  à  XL  :  chaque 
tome  en  2  parties  ou  volumes  in-4°.  Prix  du  volume 15  fr. 

Le  tome  XXII  ^demi-volume),  contenant  la  table  des  dix  volumes  précé- 
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A  la  1"  partie  du  tome  XXXII  est  joint  un  allas  in-fol.  de  11  planches, 
qui  se  vend 7  fr.  50 

Le  tome  XXXIII  (3e  partie),  comprenant  la  table  des  tomes  XXIII  à 
XXXIII 6  fr. 

Table  des  tomes  XLV  à  L  de  l'ancienne  série  des  Mémoires..  . .     15  fr. 

A  partir  du  tome  XL,  la  division  en  deux  parties  n'existe  plus. 

Mémoires  présentés  par  divers  savants  étrangers  a  l'Académie  : 

lre  série  :  Sujets  divers  d'érudition.  Tomes  I  à  IV;  tomes  V  à  XI, 

1"  et  2°  parties  ;  t.  XII,  1"  et  2e  parties. 
2°  série  :  Antiquités  de  la  France.  Tomes  I  à  III  :  tomes  IV  à  VI,  ' 
1"  et  2e  parties. 
A  partir  du  tome  V  de  la  lr*  série  et  du  tome  IV  de  la  2e  série,  chaque 

tome  forme  deux  parties  ou  volumes  in-4°.  Prix  du  volume 15  fr. 

La  première  partie  du  tome  XI  et  la  seconde  partie  du  tome  XII 
(lre  série)  se  vendent  séparément 25  fr. 

Notices  et  Extraits  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  et 
autres  ribliothèques,  publiés  par  l'Institut  de  France.  Tomes  I  à  X 
épuisés;  XI  à  XXVI;  XXVII,  1er  et  2e  fascicules  de  la  V  partie,  et 
XXVII,  2'  partie;  XXVIII  à  XXX,  lre  et28  parties  (contenant  la  table  des 
tomes  XVI  à  XXIX)  ;  XXXI  à  XXXVI,  1"  et  2"  parties  ;  tome  XXXVII; 
tome  XXXVIII,  1"  et  2e  parties;  tome  XXXIX,  1"  et  2°  parties. 

A  partir  du  tome  XIV  jusqu'au  tome  XXXVIII  (sauf  le  tome  XXXVII, 
qui  est  en  un  seul  volume),  chaque  tome  est  divisé  en  deux  parties;  du 
tome  XIV  au  tome  XXIX,  la  première  partie  de  chaque  tome  est  réser- 
vée à  la  typographie  orientale.  Prix  des  tomes  XI,  XII,  XIII  et  de  chaque 
partie  des  tomes  suivants 15  fr. 

Le  tome  XVIII,  2"  partie  (Papyrus  grecs  du  Louvre  et  de  la  Biblio- 
thèque nationale),  avec  atlas  in-fol.  de  52  planches  de  facsimilés,  se 
vend 45  fr. 

Le  premier  fascicule  de  la  première  partie  du  tome  XXVII  (Inscrip- 
tions sanscrites  du  Cambodge),  avec  un  atlas  in-fol.  de  17  planches  de 
facsimilés,  se  vend 20  fr. 

Le  second  fascicule,  avec  un  atlas  in-fol.  de  28  planches  de  facsimilés, 
se  vend 30  fr. 

DlPLOMATA,    CHARTiE,    EPISTOLJE,     LEGES    ALIAQUE    INSTRUMENTA    AD    RES    GALLO- 

francicas  si'ECTANTiA,nunc  nova  ratione  ordinata,plurimumque  aucta, 
jubente  ac  modérante  Academia  inscriptionum  et  humaniorum  littera- 
rum.  Instrumenta  ab  anno  cdxvii  ad  anniini  dccli.  2  volumes  in-fol. 
Prix  du  volume 30  fr. 

Table    chronologique    des    diplômes,    >  martes,    titres    et    actes    imprimes 


concernant   l'histoire  de  France.  Tomes  I  à  IV  épuisés;   V  à   VIII 
in-fol.  (L'ouvrage  est  terminé.)  Prix  du  volume 30  fr. 

(Ihahtes  et  diplômes.  Recueil  des  actes  fie  l.oihaire  et  de  Louis  \' ,  Prix 
du  volume 12  fr. 

—  Recueil  des   actes  de  Philippe  l" .  Prix  du  volume 30  fr. 

liecueil    des    actes    de    Henri    II.  —    Introduction    (avec    un    allas    de 

planches).  Prix  du  volume 50  fr. 

Recueil  des  actes  de  Henri  //textes  .  tome  I.  Prix  du  volume..  31   fr. 

—  Recueil  des  actes  île  Louis  IV.  Prix  du  volume 10  fr. 

—  Recueil  des  actes  de  Philippe  Auguste,  tome.  Prix  du  volume.  .  2'«  fr. 

Ordonnances  dbs  iiois  db  France  de  la  troisième  race,  recueillies  par 
ordre  chronologique.  Tomes  I  à  XXI  (tomes  I  à  XIX  épuisés),  et  volume 
de  table,  in-fol.  Prix  du  volume 30  fr. 

Recueil  des  historiens  des  Gaui.es   bt  de    la    France.   Tomes  I   à   XXII] 

(épuisés),  in-fol.  Tome  XXIV,  en  2  parties.  Prix  du  volume 60  fr. 

Nouvelle  série  in-4°  du  même  Recueil  : 

I.  Documents  financiers. Tome  I.  Inventaire  d'anciens  comptes  royaux 
dressé  par  Robert  Mignon,  sous  le  règne  de  Philippe  de  Valois. 
Prix  du  volume 20  fr. 

II.  Obititaires.  Tome  I.  Obitu aires  de  la  province  de  Sens.  I"  et 
2*  parties.  Prix  de  chaque  demi-vol 25  fr. 

—  Tome  II  [diocèse  de  Chartres).  Prix  du  volume. ...     25  fr. 

—  Tome  III.  Prix  du  volume 25  fr. 

III.  Pooiixés.  Tome  I.  Pouillés  de  la  province  de  l^yon.  Prix  du 

volume 15  fr. 

—  Tome  II.  Pouillés  de  la  province  de  Rouen.  Prix  du 

volume 25  fr. 

—  Tome  III.  Pouillés  de  la  province  de  Tours.  Prix  du 

volume 25  fr. 

—  Tome  IV.  Pouillés  de  la  province  de  Sens.  Prix  du 

volume 30  fr. 

—  Tome  V.  Pouillés  de  lu  province  de  Trêves.  Prix  du 

volume 25  fr. 

—  Tome  VI,  lre  et  2'  parties.  Pouillés  de  la    prorince 

de  Reims.  Prix  de  chaque  demi-volume 25  fr. 

Recleil  des  historiens  des  croisades  : 

Lois.  [Assises  de  Jérusalem.)  Tomes  I  et  II.  in-fol.  Epuisés. 

Tome  I,  en  2  parties,  in-fol.  Prix  du  volume...     45  fr. 

Historiens  Tomes  II,  III  et  IV,  in-fol.  Prix  du  volume.. . .     30  fr. 

occidentaux.     J     Tome  y   en  2  pai.ties   in_fol    Pl.ix  du  volume. .     55  fr. 

Tomes  I  et  III,  in-tol.  Prix  du  volume 45  fr. 

Tome  II,    lre   et  2e   parties,  in-fol.  Prix  de 

chaque  demi-volume 22  fr.  50 

Tome  IV,  in-fol.  Prix  du  volume 50  fr. 

Tome  V,  in-fol.  Prix  du  volume 25  fr. 

Historiens  arméniens.  Tome  I,  in-fol.  Prix  du  volume 45  fr. 

—  Tome  II,  in-fol.  Prix  du  volume 60  fr. 

Historiens  grecs.  Tomes  I  et  II,  in-fol.  Prix  du  volume 45  fr. 

Histoire  littéraire  de  la  France.  Tomes  XI  à  XXXIV  (tomes  XI  à  XXIX 

épuisés).  in-4°.  Prix  du  volume 25  fr. 

G  Al. LIA  CHRISTIAN  A.  Tome  XVI,  in-fol.  Prix  du  volume 37  fr.   50 

Œuvres  de  Bohghesi.  Tomes  VII  et  VIII,  in-4".  Prix  du  volume. .     20  fr. 

—  Tome  IX,  1"  partie.  Prix  du  demi-volume 12  fr. 

—  Tome  IX,  2e  partie.  Prix  du  demi-volume 8  fr. 

—  Tome  IX,  3'  partie    contenant  In  lahlc  des  tomes  VI,  VII  et  VIII).  Prix 


Historiens 
arabes. 


du  fascicule *  , 

Tome  X,  lr*  et  28  parties.  Prix  de  chaque  demi-volume 15  "'■ 

CORPUS  INSCRIPTIONUM  SEMITICARUM. 

I   Tome  I,  fasc.  i  et  u,  in-fol.  Prix  du  fasc.  25  lr. 

I   Tome  I,  fasc.  m  et  iv.  Prix  du  fasc.     37  fr.  50 

1"  partie  :                  1  Tome  II.  fasc.  i.  Prix  du  fascicule 25  fr. 

Inscriptions  phéniciennes  \  Tome  II,  fasc.  u.  Prix  du  fascicule 50  fr. 

f   Tome  II,  fasc    m.  Prix  du  fascicule..  25  fr. 

\    Tome  II,  fasc.  îv.  Prix  du  fascicule.  .  50  fr. 

I   Tome  I.  fasc.  i  et  u.  Prix  du  fascicule..  50  fr, 

2<  Pal,tie  ;                  )  Tome  I,  fasc.  tu.  Prix  du   fascicule..  60  fr. 

Inscriptions    arameennes    J  Tome  H    fagc    (    P|,ix  du  fascicuie..  80  fr. 

/    Tome  I,  fasc.  i.  Prix  du  fascicule..     37  fr.  50 

1    Tome  I,  fasc.  u.  Prix  du  fascicule 25  fr. 

4"  partie  :                  l  Tome  I,   fasc.  ni.  Prix  du  fascicule...  50  fr. 

Inscriptions    himyarites     \  Tome  I,  fasc    iv.  Prix  du  fascicule.  .  .  .  40  fr. 

F   Tome  II,  fasc.  i.  Prix  du  fascicule 35  lr. 

\    Tome  II,  fasc.  il.  Prix  du  fascicule.  .  .  35  fr. 


EN  PRÉPARATION  : 
Mémoires  de  i," Académie.  Tome  XLI. 

MÉMOIRES  PRÉSEMÉS  PAR  DIVERS  SAVANTS  ETRANGERS  A  l' ACADEMIE. Tome  XIII. 

Notices  et   extraits   des  manuscrits  de   la    Bibliothèque  nationale,    etc. 
Tome  XL. 

Chartes  et  diplômes.  Recueil  des  Actes  des  rois  de  Provence. 

Recueil  des  historiens  des  Gaules  et  de  la  France. 

Nouvelle   série  in-4°  :  Obitiaihes,  tome    IV.  Obiluaires   de   la  province 
de   Sens.  —  Pouillés,  tome  VII.  Pouillés  de  la  province  de  Bourges.   - 
Pouillés,  tome  VIII.  Pouillés  des  provinces  d\\ix,  d'Arles,  d'Avignon, 
d'Embrun  et  de  Tarentaise. 

Histoire  littéraire.  Tome  XXXV. 

CORPUS  INSCRIPTIONUM  SEMITICARUM,    \"  partie,  tome  II.  fasc.  v;  - 
2-  partie,  tome  II,  fasc.  u. 


TIRAGES  A   PART  DES  PUBLICATIONS 


AMÉLINEAU  (E.).  Notices  des  manuscrits  coptes  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale renfermant  des  textes  bilingues  du  Nouveau  Testament,  avec  six 
planches  (1895) 4  fr    70 

BABELON  (E.).  La  théorie  féodale  de  la  monnaie  |  I00s 3  fr'  20 

—  Moneta    loin ._,  (|,  30 

BABIN  (C.j.  Rapport  sur  les  fouilles  de  M.  Schliemann  à  Hissarlik  (Troie), 
avec  deux  planches  (1892) 2  fr. 

BARTHELEMY  (A.  i>ii).  Note  sur  l'origine  de  la  monnaie  tournoi* 
(1896) 0  fr    80 

BERGER  Ph.  Mémoire  sur  la  grande  inscription  dédicatoire  et  sur  plu- 
sieurs autres  inscriptions  néo-puniques  du  temple  d'Hathor-Miskar 
à  Maktar    1 899 4  f,. 

—  Mémoire  sur  les  inscriptions  de  la  fondation  du  temple  d'Esmoun    à 

Sidon  (1902) 3  fr.  20 

BERGER  (S.).  Notice  sur  quelques  textes  latins  inédits  de  l'Ancien  Testa- 
ment (1893) ]    fr    70 

—  Un  ancien  texte  latin  des  Actes  des  Apôtres,  retrouvé  dans  un  manu- 

scrit provenant  de  Perpignan  (1895) 2  fr. 

—  Les  préfaces  jointes  aux  livres  de   la   Bible  dans   les  manuscrits  de  la 

Vulgate,   mémoire   posthume    (1902) 3  fr.   50 

CAGNAT  (R.).  Les  bibliothèques  municipales  dans  l'Empire  romain 
(1906) o  fr.    !0 

—  Les    deux    camps    de   la   légion    IIP  Auguste  à    Lambèse,  d'après   les 

fouilles  récentes  (1908) 4  IV. 

La     frontière      militaire     de    la     Tripolitaine     à      l'époque     romaine 
1912  .... 3  fr. 

—  L'annone   d'Afrique  (1915) I   IV.  50 

CAPITAN  (Dr).  Quelques  caractéristiques  de  l'architecture  maya  dans  le 

Yucatan  ancien  (1912Ï 3  fr. 

CARRA  DE  YAUX  (Baron).  Le  livre  des  appareils  pneumatiques  et  des 

machines   hydrauliques   par   Philon    de    Byzance,   édité    d'après   les 

versions  arabes  et  traduit  en  français  (1902^ s  fr.    50 

CARTON    (Dr).  Le   théâtre    romain    de    Dougga,    avec  dix-huit  planches 

(1902) ".. 10   fr. 

—  Le  sanctuaire  de  Tanit  à  El-Kénissia    1906 9  fr.  20 

CHABOT  (Abbé  J.-B.).  Synodicon  orientale  ou  recueil  de  synodes  nesto- 

riens   (1902) ;.     30  fr. 

CHAVANNES  (Ed.).  Dix  inscriptions  chinoises  de  l'Asie  centrale,  d'après 

les  estampages  de  M.  Ch.-E.Bonin  (1902 6  fr 

COLLIGNON    Maxime  .  Le  consul  Jean  Giraud  et  sa  relation  de  l'Attique 

au  .xxiie  siècle 2  fr .  tin 

CORDIER  (IL).  Un  interprète    du   général  Brune  et   la  fin  de  l'École  des 

Jeunes  de  langues  :  1911    4  fr. 

CROISET    (Maurice).   Observations    sur    la    légende    primitive    d'Ulysse 

(1910) 2  fr. 

CUMONT    (Franz).    La    théologie   solaire   du    paganisme    romain     1909). 

GUQ  (Ed.).  Le  colonat  partiaire  dans  l'Afrique  romaine,  d'après  l'inscrip- 
tion d'Henchir  Mettich  (1897) 3  fr. 

Lesénatus-consulte  de  Délos  de  l'an  166  avant  notre  ère    1912       1  Fr.  70 

—  Un  nouveau  document  sur  l'apokèryxis  (1913) 2  fr.  60 

Une  statistique  de  locaux  affectés  à   l'habitation  dans  la   Rome  impé- 
riale (1915) 2  fr.  50 

DELABORDE  (H.-E.).  Les  inventaires  du  Trésor  des  Chartes  dressés  par 
Gérard  de  Montaigu    1900 3  fr.  60 

DELISLE  (L.).  Notice  sur  un  psautier  latin-français  du  xn'  siècle  (ms.  latin 
1670  des  Nouvelles  acquisitions  de  la  Bibliothèque  nationale  ,  avec 
fac-similé  (1891) 1  fr.   10 

—  Anciennes    traductions    françaises    du    traité    de    Pétrarque    sur   les 

Remèdes  de  l'une  el  Vautre  fortune  ,1891) 1  fr.  40 


—  Notice  sur  la    chronique    d'un   anonyme    de   Béthune    du    temps   de 

Philippe  Auguste  (1891) 1  fr.  70 

—  Fragments  inédits  de  l'Histoire  de  Louis  XI  par  Thomas  Basin,  tirés 

d'un  manuscrit  de  Gœttingue,  avec  trois  planches  (1893). .       2  fr.  60 

—  Notice  sur  les  manuscrits  originaux  d'Adémar  de  Chabannes,  avec  six 

planches  (1896) 6  fr.  50 

—  Notice    sur  la   chronique  d'un   dominicain    de    Parme,  avec  facsimilé 

(1896) 2  fr. 

—  Notice  sur  un  livre  annoté  par  Pétrarque  (ms.  latin  2201  de  la  Biblio- 

thèque nationale\.  avec  deux  planches  (1896) 1   fr.  70 

—  Notice  sur  les  Sept  psaumes  allégorisés  de  Christine  de  Pisan   (1896,. 

0  fr.  80 

—  Notice  sur  un  manuscrit  de  l'église  de  Lyon  du  temps  de  Charlemagne, 

avec  trois  planches  (1898) 1  fr.  70 

—  Notice    sur    une    Summa    diclaminis    jadis    conservée    à     Beauvais 

(1898) 1   fr.   70 

—  Notice  sur  la  Bhétorique  de  Cicéron  traduite  par  maître  Jean  d'An- 

tioche,  avec  deux  planches    1899Ï 3  fr.   50 

—  Notice  sur  un  registre  des  procès-verbaux  de  la  Faculté  de  théologie  de 

Paris  pendant  les  années  1505-1533  (1899) 3  fr.   80 

—  Notice  sur  les  manuscrits  du  «  Liber  Floridus  •>  de  Lambert,  chanoine 

de  Saint-Omer  M 906) 8  fr.  60 

—  Le  livre  de  Jean  de  Stavelot  sur  saint  Benoit  (19081 2  fr. 

—  Enquête  sur  la  fortune  des  établissements  de  l'ordre  de  Saint-Benoit 

en  1338  (1910) 3  fr. 

DELOCHE  (M.).  Saint-Remy  de  Provence  au  moyen  âge,  avec  deux  cartes 
(1892) ' ) 4   fr.   40 

—  De  la  signification  des  mots  pax  et  honor  sur  les  monnaies   béarnaises. 

et  du  s  barré  sur  des  jetons  de  souverains  du  Béarn  (1893).        1   fr.   10 

—  Le  port  des  anneaux    dans   l'antiquité   romaine  et  dans  les  premiers 

siècles  du  moyen  âge  (1896) 4  fr.  40 

—  Des  indices  de  l'occupation  par  les  Ligures  de  la  région  qui  fut  plus  tard 

appelée  la  Gaule  (1897) 0  fr.   80 

—  Pagi  et  Vicairies  du  Limousin  aux  ixa,  x"  et  xi"  siècles,  avec  une  carte 

,(1899) 3  fr.   50 

DEVERIA  (G.).  L'écriture  du  royaume  de  Si-Hia  ou  Tangout,  avec  deux 

planches  (1898) '. '2  fr. 

D1EULAFOY   (M.).    Le   château    Gaillard   et    l'architecture    militaire    au 

xiii"  siècle,  avec  vingt-cinq  figures  (1898 3  fr. 

La  bataille  de  Muret  (1899) 2  fr. 

Le  Mausolée  d'Halicarnasse  et  le  Trophée  d'Auguste  '19111.       2  fr.  30 
La    bataille  d'Issus,  analyse   critique  d'un  travail  manuscrit  du  com- 
mandant Bourgeois  (1912) 2  fr. 

Esagil  ou  le  temple  de  Bèl-Marduk  à  Babylonc.  Voir  Scheil  (le  R.  P. 
et  Dieulafoy  (Marcel  . 
DOREZ  (Léon).  Notice  sur  un  recueil  de  poésies  latines  el   un  portrait  de 
l'humaniste  véronais  Leonardo  Montagna     I  125-1  185      Ms.  806  de  la 

Bibliothèque  de  l'Institut  (1913) 2  fr. 

DURRIEU  (Comte  Paul).  Michelino  da  Besozzo  et  les  relations  entre  l'art 

italien  et  l'art  français  à  l'époque  du  règne  de  Charles  VI  (1911,).     3  fr. 

EUTING   J.i.  Notice  sur  un    papyrus  égypto-ai'améen   de   la  Bibliothèque 

impériale  de  Strasbourg     1903 1  fr.  40 

FERRAND  (G.).  Un  texte  arabico-malgache  du  xvi«  siècle  (1904)..       5  fr. 
FORMIGE  .1.      Remarques  diverses  sur  les  théâtres  romains  à  propos  de 

ceux  d'Arles  cl  d'Orange     1914) 1    fr.   50 

FOUCART  l  P.).  Recherches  sur  l'origine  et  la  nal  lire  'les  mj  stères  d'Eleusis 

(1895) 3   fr.   50 

Les  grands  mystères  d'Eleusis.  Personnel.  Cérémonies    1900  .       6  fr.  50 

—  La  formation  de  la  province  romaine  d'Asie  (1903) 2  fr. 

—  Le  culte  de  Dionysos  en  A  (lu pie    l'toi  8  fr. 

Sénatus-consulte  de  Thisbé  [170     1905     2  fr 

Etude  sur  Didymos,  d'après  un  papyrus  de  Berlin    1907 8  fr. 

Les  Athéniens  dans  la  Chersonèse  de'Thraceau  iv"  siècle  1909).  I   fr.    70 

FOUCHER     A.      Catalogue  «les  peintures   népalaises  et   tibétaines  de  la 
collection  B.-II.  ETodgson  à  la  Bibliothèque  de  l'Institut  de  France 

1X97, 1    fr.    70 

FOI  RNIER    P.  .   Un  gi pe  de  recueils  canoniques  des  v   et  \r  siècles 


1915) 5  IV. 

FUNCK-BRENTANO  Fr.  .  Mémoire  sur  la  bataille  de  Courtrai  (11  juillet 
1302)  et  les  chroniqueurs  qui  en  ont  traité,  pour  servir  à  1  historio- 
graphie du  règne  de  Philippe  le  Bel  (1891) 4  fr.  4d 

GAUTIER   (E.-F.)    et    FROIDEVAUX   (H.).     lTn    manuscrit    arabico- 

malgache  sur  les  campagnes  de  La  Case  dans  l'Imoro,  de  1659  à  1663 

I  907  6  fr.   50 

CIHY  Ai.  Etude  critique  de  quelques  documents  angevins  de  l'époque 
carolingienne,  avec  deux  planches  f" 1 900) 3  fr.  50 

GLOTZ   G.     Le  droil  des  gens   dans  l'antiquité  grecque    1916  ..     I   fr.  50 

GRAUX  (Ch.).  Traité  de  tactique  connu  sous  le  titre  Ile'.'  /.ataaxiaetai 
x-lt'/.-.oj ,  Truite  de  castramétation.  rédigé  par  ordre  de  Nicéphore 
Phocas,  texte  grec  inédit,  augmenté  d'une  préface  par  Albert  Martin 
(  1 898)  . 2   fr.   60 

GRÙNEISÉN  (W.  de  .  Le  portrait  d'Apa  Jérémie.  Note  à  propos  du  soi- 
disant  nimbe  rectangulaire  (1912) 2  fr.  30 

HAURÉAU  (B.).  Notices  sur  les  numéros  3143,  14877,  16089  et  16409  des 
manuscrits  latins  de  la  Bibliothèque  nationale,  quatre  fascicules 
(1890-1895) 0  fr.   80,  1   fr.    10,   1    fr.   70  et  2  fr. 

—  Le  poème  adresse  par  Abélard  à  son  fils  Astralabe  (1893, 2  fr. 

—  Notices  sur  les  mss.  latins   583,  657,  1249,  2945,  2950.  314;"),  3146,  3437. 

3473,  3482.  3495.  3498,  3652,  3702,  3730  de  la  Bibliothèque  nationale. 

2  fr.   30 

HELBIG  (W.).  Sur  la  question  mycénienne  (1896) 3  fr.   50 

Les  vasesdu  Dipylon  et  les  Naucraries,  avec  25  figures    1898).       1    fr.   70 

—  Les  ir.r.dç  athéniens  (1902) 5  fr. 

—  Sur  les  attributs  des  Saliens  (1905) 3  fr.  20 

JOULIN    (L.).    Les   établissements    gallo-romains   de   Martres-Tolosanes. 

avec  25  planches  (1900) 18  fr.  80 

LANGLOIS  (Ch.-V.).  Formulaires  de  lettres  du: xne.  du  xnie  et  du  xive  siècle, 
six  fascicules,  avec  deux  planches  (1890-1897) 8  fr.    10 

—  Les  papiers  de  Guillaume  de  Nogaret  et  de  Guillaume  de  Plaisians  au 

Trésor  des  Chartes 2  fr. 

—  Les  registres  perdus  de  la  Chambre  des  comptes  (1917) 1  i   fr. 

LÂNGFORS  (A.).  Notice  du  ms.  français   12  183  de   la  Bibliothèque  natio 

nale    1916  ._ 7   fr. 

LASTEYRIE  (Comte  R.  de  .L'église  Saint-Martin  de  Tours,  étude  critique  sur 
l'histoireetla  formedece  monumentdu  V  au  xi"  siècle  (1891).       2  fr.  60 

—  La  déviation  de  Taxe  des  églises  est-elle  symbolique? 1    fr.  70 

L'église  de  Saint -Philbert-àe-Grandlieu  (Loire-Inférieure)  [1909]. 

7  fr.   70 

LE   BLANT  (Edmond).  De  l'ancienne  croyance  à  des   moyens  secrets  de 

défier  la  torture  (1892) 0  fr.   80 

—  Note  sur  quelques  anciens  talismans  de  bataille  (1893) 0  fr.  80 

—  Sur  deux  déclamations   attribuées  à    Quintilien  .  note    pour  servir   à 

l'histoire  de  la  magie  (1895) 1    fr.   10 

—  750   inscriptions  de   pierres  gravées   inédites  ou   peu    connues,    avec 

deux  planches     1896) 8  fr.  75 

—  Les  commentaires   des    livres  saints  et  les  artistes  chrétiens  des  pre- 

miers siècles  (1899) 1  fr. 

—  Artémidore  (1899) 1   fr. 

LUCE  (S.).  Jeanne  Paynel  à  Chantilly    1892) 4  fr.   70 

MARTIN    A.   .  Notes  sur  l'ostracisme  dans  Athènes  (1907) 2  fr.  60 

MAS-LATRIE  (Comte  de).  De  l'empoisonnement  politique  dans  la  répu- 
blique de  Venise  (1893) 2  fr.  90 

MENANT  .1.  .  Kar-Kemish.  sa  position  d'après  les  découvertes  modernes, 
avec  carte  et  figures  (1891) 3  fr.  50 

—  Éléments  du  syllabaire  hétéen  (1892) 4  fr.  40 

MEYER     P.  .  Notices  sur  quelques  manuscrits  français  de  la  bibliothèque 

Philipps  à    Cheltenham  (1891) 4   fr.   70 

—  Notice  sur  un  recueil  d'Exempla  renfermé  dans  le  ms.  B.  iv.   19  de  la 

bibliothèque  capitulaire  de  Durham  (1891) 2  fr. 

—  Notice    sur    un    manuscrit  d'Orléans  contenant    d'anciens  miracles   de 

la  Vierge,  en  vers  français,  avec  planche  (1893 1  fr.  70 

—  Notice  sur  le  recueil  de  miracles  de  la  Vierge,   renfermé  dans  le  ms. 

Bibl.  nat.  fr.  818    "1893) 1   fr.  70 

—  Notice  de  deux  manuscrits  de  la  Vie  de  saint  Rémi,  en  vers  français. 


ayant  appartenu  à  Charles  V,  avec   une    planche  (1895)...       1   fr.  40 

—  Notice  sur  le  manuscrit  fr.  24862  delà  Bibliothèque  nationale  contenant 

divers  ouvrages  composés  ou  écrits  en  Angleterre  (1895) 2  fr. 

—  Notice  du  manuscrit  Bibl.  nat.  fr.  6447  :  traduction  de  divers  livres  de 

la  Bible  :  légendes  des  saints  (1896) 3  fr.  20 

—  Notice      sur     les     Corrogationes     Promethei     d'Alexandre      Neckam 

(1897) .' 2  fr. 

—  Notice  sur  un  Légendier  français  du  xiii"  siècle,  classé  selon  l'ordre  de 

l'année  liturgique  (1898) '. 3   fr. 

—  Le  Livre-Journal  de  maître  Ugo  Teralh,  notaire  et  drapier  à  Forcalquiet 

(1330-1332).  avec  une  planche  (1898) 2  fr.   50 

—  Notice    sur  trois    Légendiers   français    attribués   à  Jean  Belet   (1899). 

3  fr.   50 

—  Notice  d'un  Légendier  français  conservé  à  la  Bibliothèque  impériale  de 

Saint-Pétersuourg,  avec  planche  (1900) 2  fr.  50 

—  Notice  d'un  manuscrit  de  Trinity  Collège   (Cambridge)  contenant   les 

Vies  en  vers  français  de  saint  Jean  L'aumônier  et  de  saint  Clément, 
pape   (1903) '. 2  fr.    50 

—  Notice  sur  la  Bible  des  sept  étals  du  monde  de  Geufroi  de  Paris  (1908). 

3  fr. 
MICHON  (Et.).  Un  décret  du  dénie  de  Cholargos  relatif  aux  Thesmopho- 

ries  (1913) 1   fr.  50 

MONCEAUX     (P.).     Enquête     sur     l'épigraphie    chrétienne     d'Afrique 

(1907) 7  fr.  50 

MOBEL-FATIO  (A.)  Une  histoire  inédite  de  Charles-Quint  par  un  fourrier 

de  sa  cour,  avec  une  planche  1 191 1) 2   fr. 

MOBISSE  (G.).  Contribution  préliminaire  à  l'étude   de    l'écriture  et  delà 

langue  Si-Hia  (1904) 3  fr.  50 

MOBTET  (V.)etTANNERY  (P.).  Un  nouveau  texte  des  traités  d'arpentage 

et  de  géométrie  d'Epaphroditus  et  de   Vitruvius  Rufus,   avec  deux 

planches  (1896) 2  fr.  60 

N'IL'NTZ    (E.).    Les    collections    d'antiques    formées    par    les    Médicis    au 

xvie  siècle  (1895) 3  fr.  50 

—  La  tiare  pontificale  du  vin'auxvi*  siècle,  avec  figures  (1897).       3  fr.  80 

—  Le  Musée  de  portraits  de  Paul  Jove,  contribution  pour  servir  à  l'ico- 

nographie du  moyen  âge  et  de  la  Renaissance,  avec  55  portraits 
(1900Ï 3  fr.  80 

NAVILLE  (Ed.).  La  découverte  de  la  loi  sons  le  roi  Josias  ;  une  interpré- 
tation égyptienne  d'un  texte  biblique  (1910) 1  fr.   70 

NOLHAC  (P.  pr).  Le  De  viris  illustribus  de  Pétrarque,  notice  sur  les 
manuscrits  originaux,  suivie  de  fragments  inédits  (1890)..       3  fr.  80 

—  Le  Virgile  du  Vatican  etses  peintures,  avec  une  planche  (1897).       4  fr.   70 
OMONT  (H.).    Journal   autobiographique    du    cardinal   Jérôme    Aléandre 

(1480-1530),  publié  d'après  les  manuscrits  de  Paris  et  Udine,  avec 
deux  planches  (1895) 5  f>.  30 

—  Notice    sur   un    très  ancien  manuscrit  grec    de    l'Evangile    de    saint 

Matthieu  en  onciales  d'or  sur  parchemin  pourpré  et  orné  de  minia- 
tures, conservé  à  la  Bibliothèque  nationale,  avec  deux  planches 
'1900) 4  fr. 

—  Notice  du  ms.  nouv.   acq.  franc.  10050  de  la  Bibliothèque  nationale. 

contenant  un  nouveau  texte  français  de  la  Fleur  des  histoires  de  l,t 
terre  d'Orient  de  Hayton  (1903) 2  fr.   60 

—  Notice  du  ms.  nouv.  acq.  lat.  763  de  la  Bibliothèque  nationale  (glossaires 

grec  el  latin),  et  de  quelques  autres  mss.  provenant  de  Saint-Maxi- 
min  de  Trêves  (  1 903) 2  fr.  60 

—  Notice  sur  le  ms.  latin  886,  contenant  différents  opuscules  mathéma- 

tiques de  Gerbert,  etc .   (1907) 2  fr.  50 

—  Becherches  sur  la  bibliothèque  de  l'église  cathédrale  de  Béarnais  (1914). 

3  fr.  80 
PELISSIEB  (L.-G.).Sur  les  dates  de  trois  lettres  inédites  de  Jean  Lascaris. 

ambassadeur  de  France  à  Venise,  1504-1509  (1901) 2  fr. 

PROU  (M.).  Chancel  carolingien  orné  d'entrelacs,  à  Sdiaennis  (canton  de 

Saint-Gall)  (1912) 3  fr.  20 

-Un   diplôme  de   Charles  le  Chauve   pour  l'abbaye  de  Montier-en-Der 

QAX7  (191"') ' I   fr.  50 

KAVAISSON  (F.).  La  Vénus  de  Milo,  avec  neuf  planches  (1892). . .       6  fr. 

—  Une  œuvre  de  Pisanello.  avec  quatre  planches  (1895) 2  fr.  30 


—  Monuments  grecs  relatifs  à  Achille,  avec  six  planches  (1895)...       4  fr 
REINACH    (Théodore  .    L'anarchie    monétaire   et    ses  remèdes  chez   les 

anciens  (  rrecs     1911) 0  fr.  so 

RICCI  (S.  1.1:    cl  WINSTEDT     K.  .  Les  quarante-neuf  vieillards  de  Scété, 

texte  copte  et  traduction  française  (1910) I  fr.  70 

ROBIOU  (F.  .  L'étal  religieux  de  la  Grèce  el  de  l'Orient  au  siècle  d'Alexandre, 

deux  fascicules  (1893-1895) 4  fr.  <•!    i  fr.   iO 

SCHEIL   Le  li.  P.   La  chronologie  rectifiée  do  règne  de  Hammourabi   1912 

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SCHEIL  {Le  R.  P.)  el  DIEULAFOY  (Marcel  .  EsagH  ou  le  temple  de  Bèl- 

Marduk  à  Babylone.  —  Etude  documentaire  par  le  li.  P.  S<  mu,.  

Etude   arithmétique  et  architectonique,  par  M.  M.  Dieulafoi  (1913). 

i   !'i  .    10 
SCHWAB      M..    \  ocabulaire   de    l'Angélologie,    d'après    les    manuscrits 

hébreux  de  la  Bibliothèque  nationale  |  1*97 ) 12  fr. 

—  Le   manuscrit   n"   1380  du    fonds    hébreu  à   la   Bibliothèque   nationale. 

Supplément  au  Vocabulaire   de   l'Angélologie  (1899 2  fr.  30 

—  Le    manuscrit     hébreu    n°     L388    de    la    Bibliothèque     nationale:    une 

Haggadah  />ascaLe    1903 1  fr.  50 

—  Le  manuscrit  hébreu  n°  I  108  de  la  Bibliothèque  nationale  (1913 

1    fr.  50 

—  Livre  des   comptes  de  Mardoché   Joseph,  manuscrit  hébréo-provençal 

(1913; 1  fr.  80 

—  Homélies  judéo-espagnoles    1916 3  fr.  80 

SIDEBSKY  (D.).  Etude  sur  l'origine  astronomique  de  la  chronologie  juive 

.    1011) 3  fr.  go 

—  Etude  sur  la  chronologie  assyro-babylonienne    1916 1  IV. 

SLOUSCHZ  (N.).  Un  voyage  d'études  juives  en  Afrique  (1909  ...     4  fr.  50 
SPIEGELBEBG     iW.i.    Correspondances     du     temps    des     rois-prètres. 

publiées  avec  d'autres  fragments  épistolaires  de  la  Bibliothèque 
nationale,  avec  huit  planches  (1 895) 7  fr.   50 

TANNERY  (P.).  Le  traité  du  quadrant  de  maître  Robert  Angles  (Montpel- 
lier. xiue  sièclej;  texte  latin  et  ancienne  traduction  grecque,  avec 
ligures  I  I  897 3  fr.   50 

TANNERY  (P.)  et  CLERVAL.  Une  correspondance  d'écolâtres  du  xi«  siècle 
1900) 2   fr.   60 

TOUTAIN  (.1.).  Fouilles  à  Chemtou  (Tunisie),  sept.-nov.  1892.  avec  plan 
I  893 1   fr.   70 

—  L'inscription  d'Henchir  Mettich.  Un  nouveau  document  sur  la  propriété 

agricoledans  l'Afrique  romaine, avecquatre  planches(1897).       3  fr.  80 

—  Le  cadastre  de  l'Afrique  romaine    1907    2  fr.  30 

YIOLLET    (H.).  Description  du    palais    de   Al-Moutasim,    (ils    d  Ilaroun- 

al-Raschid,  à  Samara,  et  de  quelques  monuments  de  Mésopotamie 
(1909) S   fr. 

—  Fouilles  à  Samara    en  Mésopotamie.  Un  palais  musulman  du  ixe  siècle 

(1911) 9  fr.  50 

VIOLLET  (P.).  Mémoire  sur  la  Tanistry  (1891) 2  fr. 

—  La  question   de   la  légitimité  à  l'avènement    de    Hugues  Capet     1S92 ). 

1    fr.    40 

—  Comment  les  femmes  ont  été  exclues  en  France  de  la  succession  à  la 

couronne  (1893) 2  fr.  60 

—  Les  États  de  Paris  en  février  1358  (1894) 1   fr.   70 

—  Les  communes  françaises  au  moyen  âge  J1900) 6  fr.   50 

—  Les    interrogatoires   de    Jacques  de   Molai,  grand   maître  du  Temple 

..(1909) 0  fr.   80 

VOGUE  (Marquis  de).  La  citerne  de  Ramleh  et   le  tracé  des  arcs  brisés 

1912) 2  fr. 

WEIL    (H.).    Des    traces    de    remaniement    dans    les    drames    d'Eschyle 

I  890) 1    fr.   1 0 


MAÇON,     l'ROTAT    FRBRES.     IMPRIMEURS 


MANUELS   DE    BIBLIOGRAPHIE   HISTORIQUE 


I.  —  LES    ARCHIVES    DE    L'HISTOIRE    DE     FRANCK 

l'AH 

M.  C.i.-V.  LANGI.OIS,  I  M.  H.  STEIN, 

Directeur  des  Archives  Nationales.  Conservateur  des  Archives  modernes 

aux  Archives  Nationales. 

1  vol.  iu-8°  de  xix-1000  pages,  broché,  15  fr.        Relié  toile  non  rogné...     17   fr. 


II.  —  MANUEL    DE    BIBLIOGRAPHIE    GENERALE 

!  IMIM.IOTHECA    B1BI.IOGHAPHICA    NOVA) 

Par    Henri  STEIN. 
1  volume  in-8"  (xx-895  pages),  15  fr.  Relié  toile,  non  rogné  ....  17   fr. 


III.  — LES   SOURCES   DE  L'HISTOIRE    DE    FRANCE 

Chaque  volume,   broché,  5  fr.  Relié   toile 7  fr. 

Première  partie  :  Des  origines  aux  guerres  d'Italie     1494),  par  Aiîgustb 
Molimer. 

I.  Époque  primitive.  —  Mérovingiens  et  Carolingiens. 

II.  Epoque  féodale.   —  Les  Capétiens  jusqu'en   1180. 

III.  Les  Capétiens,   1180-1328. 

IV.  Les  Valois,  1328-1461. 

V.  Introduction  générale. — Valois  [suite),  1461-1494. 
VI.  Table  générale  rédigée  par  L.  Polain. 
Deuxième  partie  :  Le  XVIe  siècle  (1494-1610),  par  H.  Hausek,  professeur  à  l'Uni- 
versité de  Dijon. 
I.  Les  premières  guerres  d'Italie.  —  Charles  VIII  et  Louis  XII  (  1494- 1 51 5 
II.   François  I"  et  Henri   II  (1515-1559). 

III.  Les  guerres  de  rri.igion,  François  II.  Charles  IX,  Henri  III   (1559-1589 

IV.  Henri   IV    1589-1610). 

Troisième  partie  :  Le  X  VIIe  siècle  (161 0-1 71 5),  par  E.  Bourgeois,  professeur  à  l'Uni- 
versité de  Paris,  et  Louis  André,  docteur  es  lettres. 
I.  Géographie  et  Histoires  générales. 

II.   Mémoires  et  Lettres.  —  Exceptionnellement  le    prix   de  ce  gros   fascicule 
est  :  broché,  7  fr.  50,  rel.  t.,  9  fr.  50. 

IV.—  BIBLIOGRAPHIE   GÉNÉRALE    DES    CARTULAIRES 
FRANÇAIS  OU   RELATIFS    A  L'HISTOIRE  DE  FRANCE 

Par    Henri   STEIN. 
1    vol.  in-s°.    broché.  15  fr.  Relié  toile 17  fr. 

Y.   —   MANUEL    PRATIQUE    POUR  L'ÉTUDE    DE    LA 

RÉVOLUTION    FRANÇAISE 

Par  Pierre  Caron,  avec  lettre-préface  de  A.  Aulard.  1  vol.  in-8°,  br 6  fr. 

Rel.  t 8  fr. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS    ET    BELLES-LETTRES 

COMPTES    RENDUS    DES    SÉANCES 

publiés  par  m.   r.B  secrétaire  perpétuel  de  l'académie 

Ce  recueil  paraît  tous  les  mois  par  fascicules  de  7  A  8  feuilles,  avec  pi.  et  fig. 

PRIX    DE    L'ABONNEMENT:    12    FRANCS    FAR    AN 

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professeur  de  philologie  classique,   paraîtra   en  huit  fascicules  dont  quatre  sont  en 
vente.  —  I.  Géographie,  histoire,  institutions  grecques.—  II.  Littérature  grecque. 
III.  Grammaire  grecque.  — IV.  Géographie,  histoire,  institutions  romaines. 

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VII.  Métrique.  Sciences  complémentaires  notions  sur  la  paléographie,  l'épigraphie  . 
Renseignements  pratiques  sur  le   travail  philologique,  les  Bibliothèques,  etc.  — 

VIII.  Tables  méthodiques  et  alphabétiques. 

Cagnat  (R.),  membre  de  l'Institut,  professeur  au  Collège  île  France,  et  V.  Chapot, 
docteur  es  lettres,  ancien  membre  de  l'Ecole  d'Athènes.  Manuel  d  archéologie 
romaine.  Tome  I"  :  Architecture,  décoration  des  monuments,  sculpture. 
1   vol.  in-8°,   371    figures ]  5  fr.   » 

Lni.art  (Ci.  Manuel  d  archéologie  française  depuis  les  temps  Mérovin- 
giens jusqu'àla  Renaissance.  T.  III  :  Le  costume.  1  vol.  in-8°,  figures.   15  fr.   »> 

Dieudon.né  (A..).  Manuel  de  Numismatique  française.  T.  II  :  Monnaies 
royales  françaises  depuis  Hugues  Capet  jusqu'à  la  Révolution.  1  vol.  in-8°. 
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Dklache.nal  (R.).  Histoire  de  Charles  V.  tome  III  (1364-1368).  1  vol.  in-8»,  gra- 
vures et  cartes :'....     15  fr.     » 

Les  tomes  I  et  II  précédemment  parus 30  fr.     » 

Hausbr  (H.).  Les  sources  de  l'histoire  de  France.  2e  partie  :  Le  XVIe  siècle 
(1494-1610),  tome  IV  :  Henri  IV    1589-1610.  1  vol.  in-8°,  br.  5  fr.,  relié  t.  7  fr.     » 

Chartes  de  l'abbaye  de  Jumièges.  publiées  par  J.-.I.  Vernier.  T.  I.  1  vol. 
in-N° 12  fr.  » 

Welter  J.  Ch.1  :  «  Le  spéculum  laicorum  ».  Edition  d'une  collection  d'«  exem- 
pta» composée  en  Angleterre  à  la  fin  du  xine  siècle.  In-8° 5  fr.   » 

Congrès  archéologique  de  France.  LXXXC  session,  Moulins  et  Nevers,  en 
1913.  1   vol.  in-8" 12  fr     » 

Maigis  Ed.).  Histoire  du  Parlement  de  Paris,  de  l'avènement  des  rois 
Valois  à  la  mort  d  Henri  IV.  III.  Rôle  de  la  cour  par  règnes  (1345-1610  . 
Présidents,  conseillers,  gens  du  roi.  1  vol.  in-8° 10  fr.     » 

Labande  (L.  H.).  Le  trésor  des  chartes  du  comté  de  Rethel.    T.  IV.  1  vol. 

in-8° 20  fr.  » 

De  la  Collection  des   Mémoires  et  Documents  publ.  par  ordre  de  S.  A.  S.  le  prince 
de  Monaco. 

Prentoct  i  Henri).  Étude    critique  sur   Dudon    de   Saint-Quentin  et  son 
Histoire  des  premiers  ducs  Normands.  1  vol.  in-* °.  xxxu-470  p. . .     12  fr.  •> 
Cent  exemplaires  dans  le  commerce. 

Terret  (Victor).  La  sculpture  bourguignonne  aux  XIIe  et  XIIIe  siècles. 
Ses  origines  et  ses  sources  d'inspiration  :  «  Cluny  ».  Autun-Paris,  in-4°, 
65  pi 35  fr.   » 

Anoer  (D.  P.).  Le  collège  de  Cluny,  fondé  à  Paris  dans  le  voisinage  de  la  Sor- 
b<  mne  et  dans  le  ressort  de  l'Université.  1  vol.  in-8° 3  fr.  » 

Gallia  christiana  novissima.  Histoire  des  archevêchés,  évêchés.  etc. 
publiée  par  le  chanoine  J.  H.  Albanès,  complétée,  annotée  et  publiée  avec  une 
introduction  par  le  chanoine  Ulysse  Chevalier,  membre  de  l'Institut.  T.  VI  : 
Orange    évèques  et  prévôts).  1  vol.  in-4° 20  fr.   » 

Aclocque  Geneviève),.  Les  corporations,  1  industrie  et  le  commerce  à 
Chartres  du  XIe  siècle  à  la  Révolution.  1  vol.  in-8°  (pi.) 7  fr.  50 

M  (mmokami  Max.de.  Une  femme  poète  du  XVIe  siècle.  Anne  de  Graville: 
sa  famille,  sa  vie,  son  œuvre,  sa  postérité.  1  vol.  in-s     pi.  ...     10  fr.    » 

ma. -.on.  photai    frères,  imprimeurs.  Le  Gérant,  A.  Picarr. 


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AS 
162 
P315 
1916 


Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres,  Paris 

Comptes  rendus  des  séances 


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